Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 19 Nov - 3:18

22 résultats trouvés pour insurrection

Alain Damasio

Les furtifs

Tag insurrection sur Des Choses à lire Proxy196

Tu te sens prêt, Lorca?
– Absolument pas…
– C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.



On est en 2041. Les villes sont privatisées. La Gouvernance, grâce aux technologies numériques, a mis en place une société basée sur le contrôle , Jouant sur la peur et le désir, elle a habilement su la faire accepter au commun des mortels. 
Une nouvelle espèce arrive peu à peu à la connaissance humaine : les furtifs, qui semble à l’origine de tout le vivant. Elle a pu survivre grâce à sa  capacité à se cacher , ne pas laisser de trace, échapper au contrôle, justement. Elle intéresse l’armée de par cette capacité, et le pouvoir de la rébellion qu’elle est susceptible de nourrir. Les furtifs sont des êtres étranges, en métamorphose permanente - empruntant en quelques minutes à différentes espèces animales ou végétales, mais pouvant aussi transmettre à un humain une part d’eux-même. Ils se déplacent avec une vélocité extrême, échappant au regard humain, car ce seul regard peut les tuer. Ils ont à voir avec la fuite, la liberté. Ils s’expriment par sons, mélodies, phrases mi-infantiles mi-sybillines. Et laissent d’obscures glyphe comme seul signe de leur passage.

Tishka, l’enfant mystérieusement disparue de Lorca et Sahar, n’a t ’elle pas rejoint le camp des furtifs ?. Ses parents la recherchent dans une logue enquête,  riche en péripéties, en rencontres parfois ésotériques, en épreuves.

Plus leur enquête avance, plus se lève dans le pays une prise de conscience, d’où émerge un mouvement pro-furtif, réunissant les libertaires, les marginaux, les exclus et ceux qui se sont exclus par choix, grapheurs, musiciens, scientifiques, rebelles en tout genre..., qui va nous mener dans une ZAD à Porquerolles et vers un combat politique et une insurrection finale grandiose.


C’est un formidable roman d’aventure, où le réel infiltre un imaginaire prolifique. Les six personnages-phares, identifiées par leur symboles, sont des figures mythologiques, héros portés par leur grandeur et leurs petitesses, leur singularité, leur folie, leur charisme. Les rebondissements s’enchaînent , mêlant scènes intimes, épisodes guerriers ou quasi magiques, poursuites, amples scènes de foule.

C’est un magnifique roman d’amour autour du trio Varèse, au centre duquel Trishka est l’enfant troublante, qui a pris son envol,  mais n’en aime pas moins ses parents. Ceux-ci l’ont fait naître pour elle-même, respectent son choix, mais voudraient quand même bien la voir grandir, la caresser, l’aimer. C’est d’un pathétique grandiose et sans pathos.

C’est un roman philosophique, sociétal, politique, une grande réflexion sur les outils numériques et les risques qu’ils nous font encourir, si réels, si proches. Une exhortation à s’intéresser à l’autre et le respecter, à s’ouvrir à l’étrange, à s’ancrer dans le vivant. Un hommage aux sens, à la musique et  aux sonorités, au beau, aux valeurs et émotions perdues.

C’est enfin un objet littéraire pharaonique, unique, où on retrouve tout le travail sur la langue, la ponctuation et la typographie qu’on a déjà connu dans La horde du Contrevent, mais magnifié, mûri, amplifié. Damasio est un inventeur de mots fantasque et érudit, un joueur de son assez incroyable, un surdoué du jeu de mots, de lettres, de l’Oulipo. Il multiplie les néologismes, les inversions de sens et de syllabes, les allitérations et les assonances, cela s’accélère dans les temps forts, monte en puissance tout au fil du livre pour créer dans les derniers chapitre, s’insinuant peu à peu,  comme une langue nouvelle, le damasien, issue du français, parfaitement compréhensible mais parfaitement différente, d’une poésie, d’un rythme, d’une tension, d’une mélodie incroyables.

C’est livre géant, titanesque, décapant, totalement enthousiasmant. Il ne faut pas hésiter à s’obstiner à y entrer, c’est une lecture exigeante, qui demande un temps d’habituation (il m’a fallu 200 pages) mais qui devient enchanteresse.

Mots-clés : #amour #aventure #fantastique #insurrection #relationenfantparent #romanchoral #sciencefiction #urbanité #xxesiecle
par topocl
le Mar 30 Juil - 13:54
 
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Sujet: Alain Damasio
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André Hardellet

Le parc des archers
Suivi de Lady Long Solo

Tag insurrection sur Des Choses à lire Parc_d10

- Le parc des archers: roman, 1962, 215 pages environ.
- Lady Long Solo: nouvelle, 1971, 35 pages environ.
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Le parc des archers













Roman écrit au "je", et ce "je" se prénomme André et est écrivain de profession, donc le héros-narrateur n'est pas même masqué !
Idem, au reste, en ce qui concerne les noms propres utilisés (Vincerennes pour Vincennes, Saint-Macloud pour Saint-Cloud, etc...- seul Cortezzo, sur la riviera italienne à ce qu'il semble, m'échappe et semble une contraction de Cortina d'Ampezzo, qui n'a...rien à voir).


Au retour "d'un long voyage à l'étranger" André Miller, écrivain, se fait alpaguer dans le bois de Vincerennes par des membres des forces de l'ordre au bord d'un étang où il souhaitait retrouver un moment de son enfance. S'ensuit une plongée critique dans un monde en devenir ("La Gale") à la fois déshumanisé, policier, et attentant au moindre petit plaisir de l'existence.

Une soirée mondaine permet la rencontre avec deux personnages principaux, Frank Blake et Florence van Acker; caractères très fouillés qu'Hardellet dévoile peu à peu au fur et à mesure du déroulement du livre.  

Le peintre "Stève" Masson, personnage qui semble un peu fil-rouge chez Hardellet (il est le héros principal du Seuil du jardin, et c'est sous ce pseudo qu'Hardellet fit paraître Lourdes, lentes), fait quelques apparitions dans ce roman (il est devenu aliéné, sous camisole chimique et traitements).


Du mélange couple - insurrection - amitié - combats de rue - monde totalitaire sortent bien des péripéties, qu'on évitera de narrer ici. Roman attrayant, fort bien mené, même si c'est presque dans les séquences un peu digressives que je trouve que le bonheur de lire Hardellet atteint son summum.

Je regrette, certes avec mon regard d'occidental de 2019, le traitement de l'homosexualité - même si bien sûr les propos tenus par André Miller doivent être ramenés à l'époque d'écriture, etc... Et puis cela permet de se remémorer le chemin parcouru depuis ce temps-là, quand même pas si éloigné.

Jeter un coup d'œil aux actualités de 1962 et années précédentes pour essayer de trouver des correspondances entre cette fiction et ce temps-là n'a rien donné (peut-être n'ai-je pas bien cherché ?) - je pense qu'il est impossible de voir dans ces lignes-là une évocation ou une allégorie des guerres d'Indochine et d'Algérie, par exemple. De même une référence à l'occupation nazie ne fonctionne pas: je pense qu'Hardellet a vraiment tenté de signifier un avertissement au générations futures, dont la nôtre.

Chapitre XII La Section psychologique a écrit:"Vous êtes un petit joueur de banlieue, et c'est pour vous le démontrer que nous vous avons prié de venir faire un tour à la D.S. Vos amis politiques, eux, ont un programme et des buts définis, une organisation qui les soutient, vous, vous enfourchez des nuages. Ils vous utilisent provisoirement à cause de votre talent. Le romantisme est mort depuis pas mal d'années, monsieur Miller.
- Est-ce pour m'en faire part que vous m'avez prié de vous rendre visite ?"
Il haussa les épaules; il suait un mépris écrasant dans toute sa personne.  
"Vous ne vous nommez pas André Miller mais Durand et vous exercez l'emploi de comptable dans une compagnie d'assurances. Vous sortez d'une clinique psychiatrique où l'on vous a traité pendant six mois pour troubles mentaux. Votre état civil, votre profession, votre passé, c'est nous qui en disposons, qui vous les attribuons comme il nous plaît. Des témoignages, nous en produirons autant qu'il le faudra. [...]"  
 


La séquence du Parc des Archers proprement dite (c'est le titre de l'un des chapitres en plus d'être le titre de l'ouvrage), très chargée en onirisme, en symbolique, est un pur régal "hors tout". En prime, un érotisme léger, suggéré, flotte sur l'ensemble du livre.

  

Mots-clés : #erotisme #insurrection #intimiste #jalousie #politique

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Lady Long Solo







En voici l'entame:
Je revenais d'une banlieue spongieuse où Fulcanelli m'avait donné rendez-vous.
À la station, j'attendis en vain le car qui devait me ramener à Paris et que j'avais pris plusieurs fois auparavant; je voulus me renseigner dans un café distant de quelques centaines de mètres, mais il était fermé.
Plus d'une heure s'écoula ainsi, puis survint un très vieux taxi, semblable à ceux de la Marne, et je fis signe au chauffeur dont l'aspect s'accordait à l'antique guimbarde "À Paris, lui dis-je, Place de la Concorde. - Je sais", me répondit-il.  


Nouvelle un peu fantastique, un peu libidineuse, assez onirique. Hardellet semble y reprendre le pseudonyme de "Stève" (Masson). Il y a un autre rappel aux thématiques du Seuil du jardin (voir plus haut): les images emmagasinées, donnant la possibilité à des scènes de se revivre, ou de se vivre fictivement. Et qui se couple à la fuite du temps...



Fats Waller, avec, évoqué comme "titre préféré" I've got to write myself a letter - bon, c'est I'm gonna sit right down and write myself a letter le vrai titre, on ne va pas chipoter !




Mots-clés : #contemythe #erotisme #intimiste #reve
par Aventin
le Mer 3 Juil - 15:29
 
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Sujet: André Hardellet
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Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

La fille du capitaine

Tag insurrection sur Des Choses à lire 00498110


C'est avec grand plaisir que j'ai lu ce livre, dans le cadre d'une chaîne de lecture. merci à Quasimodo pour sa proposition.
Je n'avais lu, de Pouchkine, que Boris Godounov, dans le cadre d'une lecture thématique sur la figure du tyran, en litterature comparée, lors de mes années de faculté. (Et je n'en ai que peu de souvenirs malheureusement.)

Piotr Andréievitch Griniov est envoyé par son père dans un fort, pour se frotter à la vie d'homme. Ce dernier espère ainsi l'écarter des premieres tentations de débauche et de boisson. Avant d'arriver sur le site, en compagnie de son valet Savélitch , le jeune homme commence son apprentissage du monde extérieur. Des tavernes, des voyous, des tempêtes, son voyage n'est pas de tout repos, et Savélitch, fidèle et bienveillant, s'avère précieux pour le guider, le réprimander, ou l'accompagner tout simplement. La libéralité de l'un compense la grande prudence de l'autre et vice versa. ils aideront pourtant un homme, en route, enigmatique.Arrivés au fort, recommandation en main, Piotr croit déchanter, quelle tranquilité, quel simulacre guerrier l'attend. Le chef cosaque Pougatchev, qui se fait instituer empereur Pierre III à la force du combat, a beau être dans la région, et se rappeler au souvenir du capitaine et ses troupes, le hâvre ne semble promettre aucun véritable drame . La femme et la fille du Capitaine  vivent parmis les hommes, sagement, et l'esprit familial prédomine sur le militaire. Une romance pudique nait entre Piotr et Maria, des jalousies s'en mêlent, Chvabrine, un autre militaire, n'a de cesse de perturber l'idylle. Mais la menace la plus grande est arrivée et se révèle sans fard, le fort tombe aux mains des troupes de Pougatchev.
Griniov et sa bien-aimée échappent seuls au massacre, avec le valet et quelques villageois.
Je ne raconte pas la suite car ce serait divulgâcher, mais disons que le roman d'apprentissage se corse de douleur et de decillages.

Le contexte :

Ecrit un an avant la mort de l'auteur.

Wikipédia :
"Pouchkine s'est documenté sur la révolte de Pougatchev, avec comme objectif d'en rédiger un compte-rendu historique : l'Histoire de Pougatchev, restée à l'état d'ébauche. C'est ce qui lui permet de mêler ici réalité historique et invention romanesque (...) Il brosse aussi un tableau de la société russe de la fin du XVIIIe siècle : organisation sociale et situation politique (soulèvements populaires, contestation dynastique, expansion de l'empire vers l'est). Le tableau de la Russie, de ses immenses steppes et de son climat extrême, constitue un autre centre d'intérêt du roman.
(...) Pougatchev est (...) complexe, cruel et magnanime à la fois, contrairement à la représentation officielle de l'époque. C'est sans doute que, comme Mazeppa ou le faux Dimitri, autres personnages historiques apparaissant dans l'œuvre de Pouchkine (respectivement dans Poltava et dans Boris Godounov), il est un symbole de l'impossible résistance à l'autocratie, un thème qui a toujours fasciné un écrivain constamment opprimé par les empereurs Alexandre Ier puis Nicolas Ier."

Je confirme, ce roman est l'occasion de réaliser une page d'histoire, et de plonger dans une société dont j'ignorais quasiment tout.

J'ai beaucoup apprécié. Je ne sais si c'est bien traduit (par Raoul Labry) mais cette prose est d'un élégant classicisme.
Le fil de narration est épuré de toute scorie, très relié à la voix centrale du protagoniste, que l'on accompagne au fil du récit qu'il nous fait comme en "conscience".
Du coup, l'initiatique perd sa valeur traditionnellement demonstrative, il est certes induit, mais est particulièrement inclusif à la vie. Piotr conte en effet toujours au même rythme, qui repose sur une sincérité et une candeur, une sorte d'objectivité , non maniériste, Du coup nous est transmis implicitement que la vie initie tout bonnement, car le narrateur ne prend pas lui même compte de ces révélations pour nous en faire un laïus particulièrement appuyé. Le rythme prime, et le ton de Piotr est remarquablement stable.. Aucun changement stylistique, de valeur, entre le jeune homme du debut et de la fin , et pourtant son discours , etroitement relié à la trame vécue, continue d'être vrai.
On est plongé dans une ecriture qui traduit l'évolution intime en n'en prenant pas acte formellement, et c'est fabuleux. ça produit un sentiment de dépaysement, de désuetude, qui à bien réfléchir doit valoir plus que cela : comme un paradis perdu où l'Ego , au centre de la réception, ne ramènerait sa fraise qu'à bon escient.

Enfin, il y a dans mon édition librio un supplément au chapitre final.

Ce dernier est clôs par une "fausse" note d'éditeur "ici s'arrêtent les souvenirs de P.A.Griniov " etc.

Le supplément, lui, développe et dépeint une tentative de massacre survenue lors d'une étape de leur avancée vers le bonheurs. C'est fait selon ce même prisme du narrateur, qui reflète plutôt que réfracte ou disperse. C'est très violent, émotionnellement, on réalise que l'auteur aurait pu sans doute décrire "historiquement" bien plus de carnages, c'est en cela que j'en ai été particulièrement touchée. Je n'ai pas d'explication à cet appendice, je ne sais si il a été censuré ou s'il a été sciemment ôté par l'auteur. Mais c'est un fragment qui donne à voir avec encore plus d'écho l'humanisme certain de Pouchkine. Je devrais relire pour commenter, car l'émotion porte un peu d'imprecision , du coup, mais tant pis. Ce supplément vient après une sorte de "happy end", aussi il replace les enjeux societaux, et politiques, que Pouchkine  incluait certainement dans son oeuvre. C'est touchant.

J'ai aimé qu'il distorde les manichéismes, il dépeind la violence, les raisons supérieures, mais aussi les nuances en chaque personnage. Ses personnages sont clairement situables, certes (gentils, méchants etc) mais il sait donner à chacun la touche qui relativise et contextualise l'argument de chacun.
Impressionnée.


Final du chapitre XI :
Pougatchov eut un sourire amer. "Non, répondit-il. Il est trop tard pour me repentir. Pour moi il n'y aura pas de miséricorde. Je continuerai comme j'ai commencé. Qui sait ? Peut-être aussi réussirai-je ! Grichka Otrepiev a bien règné sur Moscou.
- Mais sais-tu comment il a fini ? On l'a jeté par la fenêtre, dépecé, brûlé, on a chargé de sa cendre un canon et tiré !
-Ecoute, dit Pougatchov, avec une sorte d'inspiration sauvage. Je vais te conter un conte, que dans mon enfance j'ai entendu d'une vieille Kalmouke. Un jour l'aigle demanda au corbeau : " Dis-moi, oiseau corbeau, pourquoi vis-tu sous le soleil 300 ans et moi 33 seulement en tout et pour tout , - c'est parce que toi, mon cher, répondit le corbeau, tu bois du sang frais, tandis que moi je me nourris de charogne." L'aigle réfléchit : "Allons, essayons nous aussi de nous nourrir de même." Bon. L'aigle et le corbeau prirent leur vol. Et voilà qu'ils aperçurent un cheval crevé. Ils descendirent et se posèrent. Le corbeau se mit à becqueter et à louer la pitance. L'aigle donna un premier coup de bec, en donna un second, battit de l'aile et dit au corbeau : "non, frère corbeau; plutôt que de me nourrir 300 ans de charogne, je préfère me gorger une seule fois de sa&ng frais; et puis , à la grâce de Dieu !" Que dis-tu de ce conte Kalmouk ?
-Il est ingénieux, lui répondis-je. Mais vivre de meurtre et de brigandage, c'est pour moi becqueter de la charogne.
Pougatchov me regarda avec étonnement et ne répondit rien. Nous nous tûmes tous les deux, chacun plongé dans ses réflexions. Le tatare entonna une chanson plaintive; Savélitch, sommeillant, vacillait sur le siège. La kibitka volait sur la route d'hiver toute lisse. Soudain je vis le petit village, sur la rive escarpée du Yaïk, avec sa palissade et son clocher, et un quart d'heure après nous entrions dans le fort de Biélogorsk.



Mots-clés : #exil #guerre #historique #independance #initiatique #insurrection #ruralité #trahison
par Nadine
le Dim 12 Mai - 14:11
 
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Sujet: Alexandre Sergueïevitch Pouchkine
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SHI Nai'an

Tag insurrection sur Des Choses à lire Produc12

Au bord de l'eau

Un des grands romans classiques de la littérature chinoise, Au bord de l'eau évoque une rébellion de cent-huit hors-la-loi, révoltés contre la corruption et le mépris de dignitaires et hauts fonctionnaires gouvernementaux de la dynastie Song (XIIème siècle).

Il s'agit avant tout d'un immense récit d'aventures qui se développe sur plusieurs milliers de pages. Le lecteur est emporté par l'euphorie et la créativité d'une narration qui maintient une tension permanente, les intrigues se succédant selon un rythme trépidant. Il faut accepter de se perdre dans les méandres de l'action qui s'attache à suivre un personnage, puis un autre, en multipliant les perspectives et les détours apparents.

Au bord de l'eau est à la fois une oeuvre formidablement dépaysante et étrangement familière, dans sa révélation d'une sensibilité intemporelle fragile et souvent bouleversante. Des moments de violence implacable et de tendresse infinie se superposent sans cesse, dévoilant la complexité et les contradictions des comportements humains.
Ce fut en tout cas une découverte marquante de mon année littéraire.



mots-clés : #aventure #corruption #historique #insurrection
par Avadoro
le Sam 22 Déc - 0:56
 
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Sujet: SHI Nai'an
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Martín Caparrós

A qui de droit

Tag insurrection sur Des Choses à lire Fullsi10

Dans la passion de sa jeunesse,, Carlos a participé à la lutte armée contre les militaires. Sa femme, enceinte,  a été capturée sous ses yeux, et nul ne sait ce qui lui est advenu. Il a passé ces trente ans dans une fidelité morbide à ressasser cela, imaginer des destins possibles à Estela. Il regarde avec amertume l'Argentine d’aujourd’hui, témoin de leur échec, du désastre, de la débâcle : un pays où posséder un écran plat est plus important qu'une société égalitaire et juste, Il voit souvent Juanja, ancien du mouvement, aujourd'hui au gouvernement, avec qui il se livre à quelques joutes verbales, et tous les  jeudis une jeune femme, incarnation de la   nouvelle génération pour qui lutter n’est plus une option. Elle lui donne du plaisir et le pousse dans ses retranchements.

Je l'ai toujours dit, Estela, la conséquence la plus grave de la dictature militaire n’est pas qu'ils vous aient tués, ce n’est pas vous, les morts, les disparus ; c’est ce pays, l'Argentine d'aujourd'hui.


La soixantaine dépassée, une maladie appelée Le Mal le rattrape, se manifestant curieusement par une simpe odeur nauséabonde, les questionnements  s'enrichissent, l'imaginaire ne suffit plus, il recherche des faits, la question de la vengeance se pose. Mais quel sens a-t'elle encore, quarante ans après ?

Peut-être aussi parce que ce serait ma dernière fin d'année et que je m'abandonnais à la triste jouissance des dernières fois. Quand elles deviennent les dernières, les choses retrouvent un sens, des significations dont la répétition les avait privé depuis longtemps.


Très beau roman introspectif et politique, à la prose parfois un peu lourde. Plein de nuances et de vérités regardées en face, il met en scène les bourreaux et les victimes, montre leur place dans al société d'aujourd'hui. Carlos, plein d'amertume, ne vit que de son passé, Est-ce parce que ce passé était glorieux, ou est-ce qu'il n'a simplement pas pu le dépasser, devenu un homme finalement geignard et procrastinateur ? Est-on un héros à vie ? Les comptes sont loin d'être soldés,  et si la société détourne le regard, ce n'est pas le cas de notre héros.




mots-clés : #devoirdememoire #insurrection #regimeautoritaire #vengeance
par topocl
le Dim 11 Nov - 11:26
 
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Sélim Smaoui

Faites place . Novices en lutte

Tag insurrection sur Des Choses à lire Proxy_47

Sélim Smaoui a participé aux occupations de place  Plaça Catalunya (Barcelone) en 2011 et Place de la République au printemps 2016  (Nuit Debout). A Nuit Debout se sont retrouvés des militants, des intellectuels, des passants, des sympathisants, des gens qui savaient pourquoi ils étaient là et d'autres qui ne savaient pas trop, puis, souvent, on su peu à peu.  Sélim Smaoui répond aux critiques du "sens commun" qui a dénigré, s’est interrogé sur "l'utilité" de évènement, son manque de résultats, et a ainsi pu parler d'échec.

Mais pour cela, il faut déplacer le regard et se tenir loin des dithyrambes enchantés qui y voient la promesse d'un bouleversement du paysage politique, comme des verdicts cyniques qui prétendent que rien ne s'est passé. Il convient, au contraire, d'examiner concrètement de quoi sont faites ces expériences, afin d'en apprécier l'intérêt politique.


Tag insurrection sur Des Choses à lire Nuit-d10

Pour Sélim Smaoui, si cette expérience n' a pas mené de résultats directement tangibles (et notamment rien n'a empêché la loi Travail qui était l'étincelle qui avait mis le feu aux poudres), elle a par contre été  incroyablement productive, creuset d'opinion,  lieu d'échange , d'ouverture et de formation, un passage initiatique  pour de nombreux novices qui sont passés de leur quotidien anordir à une prise de conscience, à la formulation de celle-ci, sont passés du discours dans l'action voire dans la lutte. Les répercussions sont là dans ce travail réellement humain et  politique.

Sélim Smaoui parle en scientifique, dans une démarche d'"ethnographie politique", à partir du corpus de témoignages recueillis auprès des participants de tous bords, mais aussi avec ses tripes propres de participant (il dit "nous"). Il raconte cette expérience "aussi foisonnante qu'inédite", "mouvement polycentrique", "chantier permanent". Il montre comment pour ces "novices", ont pu identifier une force commune dans une "sortie de la solitude" et par là une libération de la culpabilité; "Le vécu ordinaire se politise" en un "apprentissage de la transgression". "D'expériences en coups de matraques", "l'évènement est transformateur", dans une refonte des conceptions du pensable et du possible".


mots-clés : #insurrection #jeunesse #politique
par topocl
le Lun 13 Aoû - 10:18
 
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Sujet: Sélim Smaoui
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Justine Augier

De l'ardeur

Tag insurrection sur Des Choses à lire Proxy_54

Justine Augier s'attache au personnage de Razan Zaitouneh, avocate dissidente, élément clé de la résistance syrienne, qui a été enlevée avec trois "comparses"en décembre 2013, on ne sait pas par qui, même si on a des doutes, et dont on est sans nouvelles. C'est l'occasion d'un portrait de ce qui se passe en Syrie, la très large répartition des exactions entre pouvoir en place, activistes, et islamistes.

Tag insurrection sur Des Choses à lire Proxy_55

Justine Augier le dit elle-même, elle n'a jamais été en Syrie, mais elle s'attache à cette icône de la liberté, ayant elle-même travaillé dans l'humanitaire, partageant ses idées à défaut de ses actions.

Elle livre un récit  sans doute volontairement éclaté, sans chronologie vraie, prenant ses distances avec les faits. il ne faut donc pas compter sur ce livre pour satisfaire l'espoir d'y comprendre enfin quelque chose sur la situation en Syrie, qui est présupposée comme acquise .  Il ne faut pas non plus attendre un portrait psychologique fin, on y trouvera plutôt une Razan Zaitouneh reconstituée par Justine Augier. Mais là encore, frustration, si l'auteur s’implique tout au fil du récit, on ne comprend guère  ce lien qu'elle revendique. C'est surtout l'importance du témoignage, plus que l’œuvre littéraire en elle-même, le devoir de mémoire immédiate, qui pousse à terminer le livre.

Un peu foireux donc, fouillis (brouillon?), plein d'enseignement malgré ses lacunes c'était évidemment une bonne idée, même si cela reste inabouti,  d'attirer notre attention sur cette femme emportée par un devoir qui n'admet aucune concession et sur le drame humanitaire de la Syrie.

Mots-clés : #actualité #biographie #captivite #guerre #insurrection #regimeautoritaire #violence
par topocl
le Ven 25 Mai - 11:21
 
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Sujet: Justine Augier
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Naomi Klein

Dire non ne suffit plus.

Tag insurrection sur Des Choses à lire Proxy_10

Mekasi Camp Horinek (membre de la nation ponka)
" je voudrais remercier le président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend - pour toutes les dominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis"


Naomi Klein analyse les raisons qui, dans le capitalisme galopant, le mépris des enjeux écologiques, des travailleurs et des minorités ont ouvert la voie à l'élection de Trump. Comment il a profité de ce terrain pour soigneusement construire sa marque (une "marque creuse " à l'instar de Nike et consorts, "qui siphonnent les profits et apposent ensuite leur nom sur des services bons marchés ou inexistants"), préparant cette victoire qui s'assimile à un coup d'Etat des grandes entreprises. Son fonctionnement s'appuie sur la stratégie du choc, chaque désastre économique, écologique, sociétale ou guerrier jouant pour terroriser la population, la sidérer pour lui  faire accepter l'inacceptable.  L'idée est même sans doute  que ce choc peut-être  volontairement recherché, d'autant que les tout-puissants multimilliardaires qui prennent actuellement les décisions politiques ont toute capacité à s'en protéger, s'isolant dans des « zones vertes » s'opposant aux "zones rouges "du chaos.

Naomi Klein, au contraire, affirme que la rage monte .

Face aux crises, les sociétés ne régressent pas forcément, ne rendent pas toujours les armes. Il existe une autre voix face au péril : on peut choisir de se rassembler et de faire un saut évolutif.(...) Refuser de se laisser prendre à c es vieilles tactiques de choc éculées, refuser d'avoir peur, quelles que soient les épreuves.


Face à Trump il n'est plus temps pour l'attente, atermoiement ou les querelles de chapelle:

« de toute évidence, il n'est plus temps de s'attaquer aux mesures politiques l'une après l'autre, il faut s'attaquer à la racine même de la culture qui les a produites."


Avec la participation d'organisations de tous bords faisant taire leurs divergences devant l' urgence(écologistes, syndicalistes, defenseurs des minorités, alter-mondialistes divers), elle participe à l'élaboration de "un bond vers l'avant", "manifeste en action", "projet vivant, en évolution, une sorte de chantier collaboratif", joint à la fin de l'ouvrage, dont  les valeurs déclarées sont : "respect des droits des Autochtones, internationalisme, droits humains, diversité et développement durable".

Elle affirme que:

« les plates-formes populaires commencent à  mener le jeu. Et les politiciens devront suivre. »


Après une première partie profondément déprimante, je me suis attachée (malheureusement sans trop d'illusions) à croire comme elle que l'utopie peut devenir réalité, et comme Howard Zinn
"il importe peu de savoir qui est assis à la Maison-Blanche, ce qui importe, c'est qui fait des sit-in - dans les rues, dans les cafétérias, dans les lieux de pouvoir, dans les usines. Qui proteste, qui occupe des bureaux et qui manifeste - voilà ce qui détermine le cours des choses."

.

Je fais tout ce que je peux pour y croire (mais ce n’est quand même pas facile...).

mots-clés : #discrimination #ecologie #immigration #insurrection #mondialisation #politique
par topocl
le Dim 6 Mai - 11:53
 
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Sujet: Naomi Klein
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Paul Auster

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
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Lola Lafon

Mercy, Mary, Patty

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"Défiez-vous des histoires simples "


Patricia Hearst, l'héritière du richissime magnat d'une presse sevile, élevée dans les meilleures institutions américaines, est enlevée par un groupe révolutionnaire. En quelques jours, elle adhère à leur cause, revendique le droit pour tous à manger à sa faim, quitte à recourir à des méthodes violentes.

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"On ne trouvera dans ces pages  ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire."


Manipulée, droguée, terrorisée? ou simplement révélée à elle-même comme une photo dan le  bac de développement, parce qu'"elle a vu l'envers de l'Amérique"? Pour elle, n'est-ce pas "un  deus ex machina providentiel vêtu de treillis militaire ?"
Si j'ai subi un lavage de cerveau c'est celui qui nous conditionnes tous à prendre et garder notre place dans la société. J'ai passé douze années dans des écoles privées au milieu de jeunes occupés à développer leurs aspirations de dominants. Rétrospectivement, pour moi, ces écoles sont un terrain d'entraînement, de formation de futurs petits fascistes, on nous encourageait à développer toutes les valeurs du capitalisme : individualisme, sens de la compétition, sans oublier le racisme.


C'est ce que s'activent à dénouer trois femmes, se passant avec passion le relais entre 1975 et aujourd'hui, portant chacune en elle sa forme et sa méthode de rébellion : Gene Neveva, la chercheuse Américaine ancienne activiste, Violaine, son assistante anorexique et -croit-on- candide, et, des années plus tard, bouclant la boucle, la narratrice inommée.

Cela donne un curieux roman très élaboré, un édifice tout à la fois déroutant et magistral de maîtrise. On peine au début à se glisser dans le récit du fait d'un fouillis initial volontairement orchestré, mais surtout du  choix narratif, les personnages sont "je", "elle" et "vous" et cela déconcerte dans les premières pages, et même parfois au-delà, rendant la lecture parfois ardue. Mais ce choix se justifie  pleinement  quand on avance en lecture, instituant une hiérarchie de respect  entre les protagonistes.

Quant au propos, son intérêt est sa grande fluidité.

Pas de chronologie détaillée, mais une analyse rétrospective des archives, textes, radio-cassettes, films pour en tirer la moelle cruciale.

Pas d'apologie du terrorisme, simplement une mise à plat de ce qui peut y mener, ou à toute rébellion quelle qu'elle soit. Ce questionnement: qu’est ce qui fait que dans une société de jeunes blanches bourgeoises font le choix d’adopter la tribu indienne qui les a enlevées (Mercy et Mary), de partager la cause d'un groupuscule terroriste (Patty), ou de partir au Jihad… Car plus qu' encore plus que des actes, c'est sans doute des motivations de ces  "âmes flottantes", "identités mouvantes" » qu'il faut trouver le sens. Le rôle des rencontres qui permettent les choix et les refus.

Pas de leçons, pas de conclusions définitives, pas de raccourcis réducteurs, mais une réelle attention à la détresse que cela exprime, une détermination farouche à ne pas tomber dans le manichéisme, à débusquer l'ambiguïté et la complexité des choses, une pensée intelligemment subversive.

Mercy, Mary, Patty est un hommage à toutes celles qui ont eu le courage de ne pas suivre le  chemin tracé, une analyse,  indépendante de toute naïveté, des accomplissements et des errements que cela implique,  une belle incitation à s'indigner.




mots-clés : #conditionfeminine #insurrection #captivité
par topocl
le Sam 9 Sep - 10:14
 
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Sujet: Lola Lafon
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Hans Magnus Enzensberger

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Le bref été de l'anarchie

Durruti : une légende ?

Spoiler:
Définitions : Récit à caractère merveilleux, où les faits historiques sont transformés par l'imagination populaire ou l'invention poétique.
 Représentation embellie de la vie, des exploits de quelqu'un et qui se conserve dans la mémoire
 Bruit, rumeur, nés d'une déformation et d'une amplification de faits réels par l'imagination.


Je le crois dans la mémoire de la Catalogne, de l’Espagne et plus encore  puisque de nos jours l’histoire de cet homme suscite encore l’envie de savoir, de le connaître.
Durruti est entré dans l’Histoire, celle d’un peuple, celle de la révolution et la guerre d’Espagne.

L'auteur : «"Cependant, l'ensemble de ces propos anonymes et contradictoires se confond et acquiert une qualité nouvelle : ces histoires deviennent l'Histoire. C'est ainsi que depuis la plus haute antiquité "Elle" nous a été transmise : sous forme de légendes, d'épopées, de romans collectifs."

Sa vie est assez  rocambolesque, bandit d’honneur
Spoiler:
Le terme bandit, familièrement, désigne une personne commettant des actions illégales. Associée au terme  honneur , son action prend une dimension politique plus évidente.

, aimé du peuple qui d’ailleurs l’a pleuré comme « Fils du Peuple » à sa mort.

Durruti c’est un ouvrier, un homme qui a toujours défendu les travailleurs, qui a su s’en faire comprendre et aimer. Un Anarchiste, membre du syndicat  de la CNT et du Parti anarchiste F.A.I. qui a participé dès les premiers jours à la révolution Espagnole et aux nombreuses grèves qui s’égrenèrent avant le mois de Juillet 36.

Ce mois, plus,  cet été où l’anarchie dressait les drapeaux, les barricades et les armes contre ceux qui exploitaient les travailleurs, les paysans, c’est-à-dire contre les propriétaires terriens, la bourgeoisie, l’ église et tout ce qui représentait la répression. Les anarchistes étaient habités d' une haine du capitalisme très vive.

Durruti a été souvent arrêté, emprisonné, obligé de s’exiler pour les idéaux qu'il défendait. De même ses proches amis Ascaso et Jover, surnommés d'ailleurs "les trois mousquetaires".
Durruti a cherché des fonds et du soutien auprès des anarchistes d’Argentine, de France pour la révolution et  ses méthodes n’étaient pas toujours très orthodoxes mais il a été honnête envers ses camarades, le peuple.

Après l’arrivée au pouvoir de la République, après leur participation à la victoire aux élections de  la Généralité de la Catalogne, ce qui constituait un dilemme quant aux idéaux qu’ils défendaient,  les anarchistes durent participer avec les autres partis.  Il devenait urgent de battre le général Franco, pour tous les anti-fascistes Espagnols.

Sans abandonner l’idée de continuer la révolution Durruti forma une colonne pour aller se battre sur le front de Saragosse., puis à Madrid où il trouva la mort. Comment ? cela reste aussi  un mystère.

Alors qu’ en 1918 80% de la classe ouvrière Catalane adhérait aux organisations anarchistes, après l’arrivée des Brigades Internationales majoritairement communistes, l’ envoi de matériel, armes par l’URSS, la main mise de l’URSS sur la guerre civile Espagnole le PCE devint majoritaire, les autres partis furent écrasés, interdits (FAI, POUM….) De fait la révolution fut étouffée, Staline n’en voulait pas, son objectif était de battre Hitler mais pas de sauver la révolution Espagnole.

Les anarchistes espagnols avaient choisi la ligne Bakounine depuis longtemps, plutôt que celle de Marx. L' une des racines de l'anarchisme s'était implantée lors de la venue en Espagne d'un certain Giuseppe Fanelli (Bakouniste) lequel avait su se faire comprendre du Peuple. L'exploitation des travailleurs, ouvriers et paysans avait consolidé l'idéal libertaire.


Ce récit est à de nombreuses voix et s’il en est une qui a su estimer au plus juste, a été la plus franche, la plus lucide c’est bien celle de Simone Weil.
Le choix de l’auteur de justement amener toutes ses voix en fait un récit très animé, attachant, instructif.



Quelques participants :
Le vicaire Jesus Arnal Pena, Diego Abad de Santillan, Ricardo Sanz, A. Souchy, César Lorenzo, Kaminski, A. Sanchez, Emma Goldman, Franz Borkenau, Louis Berthomieux, Ilya Ehrenbourg, MikhaÏl Kolcov, M. Hernandez


Extraits

Rien n’est changé effectivement, sauf une petite chose : le pouvoir est au peuple. Les hommes en bleu commandent. C’est à présent une de ces périodes extraordinaires qui jusqu’ ici n’ont pas duré, où ceux qui ont toujours obéi prennent les responsabilités. Cela ne va pas sans inconvénients, c’est sûr. Quand on donne à des gamins de dix-sept ans des fusils chargés au milieu d’une population désarmée…  « Simone Weil »

On a déjà eu en Europe une expérience de ce genre, payée de beaucoup de sang elle aussi. C’est l’expérience russe. Lénine, là-bas, avait publiquement revendiqué un Etat où il n’y aurait ni armée, ni police, ni bureaucratie distinctes de la population. Une fois au pouvoir, lui et les siens se sont mis, à travers une longue et douloureuse guerre civile, à construire la machine bureaucratique militaire et policière la plus lourde qui ait jamais pesé sur un malheureux peuple.   « Simone Weil »

Parlant de l’Espagne : Le mensonge organisé existe, lui aussi, depuis le 19 juillet. « S. Weil »

Je ne sentais plus aucune nécessité intérieure de participer à une guerre qui n’était plus, comme elle m’avait paru être au début, une guerre de paysans affamés contre les propriétaires terriens et un clergé complice des propriétaires, mais une guerre entre la Russie, l’Allemagne et l’Italie. « S. Weil »

Au prolétariat de l’URSS : Nous savons que pour la défense de notre révolution, nous pouvons compter sur vous, les travailleurs de l’URSS Mais on ne peut pas se fier aux politiciens, qu’ils s’instituent antifascistes ou démocrates. Nous ne croyons qu’à nos frères de classe. Seuls les travailleurs peuvent défendre la révolution espagnole, comme nous l’avons fait il y a vingt ans pour la révolution russe.
Vous pouvez nous croire. Nous sommes comme vous des travailleurs. Nous ne renierons en aucun cas nos principes et nous ne déshonorerons pas la faucille et le marteau, ces instruments de notre travail, symbole du prolétariat. Salut de tous ceux, qui, les armes à la main ,combattent contre le fascisme sur le front d’Aragon.  Votre camarade B. Durruti
Aux travailleurs russes : Le prolétariat international ne comprend pas pourquoi ces camarades (anarchistes) sont retenus prisonniers. Nous ne comprenons pas davantage pourquoi les renforts et les armes que la Russie envoie à l’Espagne sont devenus les instruments de négociations politiques à la suite desquelles le révolutionnaire espagnol sera obligé de renoncer à sa liberté d’action.
La révolution espagnole doit suivre d’autres voies que la révolution russe. Elle ne doit pas se développer sous le slogan d’ « un parti au pouvoir, tous les autres en prison ». […] Au peuple de choisir le régime qu’il désire !. Buenaventura Durruti


la LC ICI


mots-clés : #biographie #historique #insurrection
par Bédoulène
le Lun 9 Jan - 9:26
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
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Juan Rulfo

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"Le Llano en flammes"

Le titre sonne mieux en castillan: "El Llano en llamas", allitération...

Bonne claque, bonne reculée que ce livre. Il a fallu que je repousse sine die toute autre tentative de lecture après, indice de livre vécu comme un chef-d'œuvre.

C'est un recueil de dix-sept nouvelles, souvent courtes.

Une langue proche de l'oralité, typique, "facile" allez-vous dire, mais, essayez - j'ai essayé - de faire du Rulfo-style, vous n'êtes pas au bout de vos peines.

La toile de fond est la révolte, la rébellion ou plutôt, pour employer le mot exact que les ultimes, vraiment tout derniers survivants appliquent encore à ces évènements, la révolution des Cristeros.

1925. Le Président du Mexique, Plutarco Elias Calles décide d'établir le contrôle absolu de la religion par l'État et la fermeture des églises. La plus grande partie de la population des États ruraux du centre du Mexique se soulève et initie une opposition armée, la guerre des Cristeros, d'après un surnom douteux donné par l'armée fédérale aux insurgés du sanctuaire de la Vierge Noire de Guadalupe, à Guadalupe.
L'affrontement s'étendit jusqu'en 1929.

Il faut imaginer des campesinos et des peones pauvres, des miséreux, équipés de bonne volonté et d'escopettes de réforme, contre l'armée fédérale, puissamment armée, commandée et organisée, et appuyée par l'aviation, des blindés et des canons, toutes armes en version dernier cri de la technologie d'alors.

Juan Rulfo est enfant, et écolier dans une institution Catholique. Son propre père a trépassé, assassiné en 1924 dans les troubles pré-révolutionnaires et son grand-père est mort pendu, après que ses deux pouces lui soient arrachés vifs.

Gamin, sa mère lui mettait la main sur les yeux afin qu'il ne puisse voir les Cristeros amenant au poteau leurs prisonniers pour l'exécution.

Au reste, et même si le Llano en flammes décrit de l'intérieur, en insider en somme, bien davantage les Cristeros que les troupes fédérales, nous ne sommes pas sur un brûlot révolutionnaire.
Le renvoi de la violence se fait dos à dos.
La nouvelle éponyme au titre du recueil est, du reste, assez parlante à cet égard.

Il nous reste un recueil écrit "près de l'os" (NB: il faut rester près de l'os, disait Cioran).

Dépouillé, avec parfois une touche d'humour, on rit certes un peu jaune, un rire-cicatrice si vous voulez, mais il se peut que le rire prenne, rarement il est vrai, le dessus.
Pour ceux qui souhaitent comparer la version d'origine avec la traduction, quelques-unes d'entre ces nouvelles en langue originale sont disponibles ici.

Dans le Llano en flammes, qu'y a-t'il ?
Eh bien, par exemple et pas nécessairement par ordre de compilation des nouvelles dans le recueil par l'éditeur:

On trouve l'absurde, comme par exemple celle de la terre stérile mais donnée (ou stérile et par conséquent donnée ?) comme par exemple dans la nouvelle "On nous a donné la terre".

On trouve le mauvais sort, la poisse qui s'acharne (par ex. dans "C'est qu'on est très pauvre").

On trouve l'assassin d'une famille entière, coursé, et un berger involontairement mêlé à l'histoire, qui craint la justice, pour sa peau (L'homme).

On trouve un pélerinage-calvaire-agonie (Talpa).

On trouve un Cristero, laissé parce qu'il n'en pouvait plus, qui sauve sa vie d'extrême justesse (La nuit où on l'a laissé seul).

On trouve une émouvante tranche de filiation dans "Tu n'entends pas les chiens aboyer".

On trouve une inhumaine, détestable tranche de filiation dans "L'héritage de Matilde Arcángel".

On trouve une bizarre tranche de filiation, un peu d'humour, un peu de bêtise aussi dans Paso del Norte.

On trouve sans doute la plus comique des nouvelles du recueil dans "Le jour du tremblement de terre".

On trouve un orphelin (peut-être un idiot de village ?) famélique et cloîtré par nécessité de violence alentours à son encontre (Macario).

On trouve la guerre, son absurdité, son horreur, et les protagonistes renvoyés dos-à-dos dans la nouvelle éponyme à l'ouvrage.

On trouve la vengeance et une vie entière à se planquer pour finir exécuté quand même (Dis-leur de ne pas me tuer !).

On trouve un endroit hostile, une campagne inhumaine, un village de bout de monde qui n'a que les bras de ceux qui s'exilent pour apporter un peu de ressource au pays, une très belle nouvelle (Luvina).

On trouve de l'inceste, du meurtre, de l'escroquerie, de la pudibonderie à œillères pharaïsantes dans la dernière nouvelle, Anacleto Morones.




Deux messages du 15 et du 16 octobre 2013 rapatriés et contractés


mots-clés : #insurrection #nouvelle
par Aventin
le Mar 27 Déc - 18:53
 
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Sujet: Juan Rulfo
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Alois Jirásek

Tag insurrection sur Des Choses à lire 41z7e310

Philosophes

Roman qui se démarque de la bibliographie de Jirasek, plutôt spécialiste de romans historiques, Philosophes nous narre le récit d'évènements d'une petite ville au nord de Prague Litomysl, site sur lequel siège une importante université de philosophie et de religion qui fait la notoriété nationale de la petite bourgade.

On y rencontre quatre philosophes devant réussir leurs études mais également en prise avec leurs amours torturés et délicats au sein de la bourgeoisie tchèque.
C'est une histoire en deux plans : l'amour de la patrie et l'amour tout court. En effet le récit se passe lors des évènements de 1848 concrétisation de l'appel de Palacky et des révoltes praguoises contre l'empire basé à Vienne. Un patriotisme tchèque naît et se révolte : on veut reparler tchèque, regoûter à la culture tchèque et redevenir indépendants.

C'est aussi une certaine lutte contre la bourgeoisie et un certain conservatisme immobiliste. Les moeurs sont emprisonnés et le rôle de la philosophie est dans ce récit de le briser. C'est par le biais de ces histoires d'amour entre les étudiants et les jeunes filles que l'appel à la liberté se fait et est particulièrement touchant. Le droit de dire ce que l'on ressent, de souffrir et d'être heureux dans une société aseptisée. Récit cruellement d'actualité.

Le style est simple comme la tradition tchèque en fait l'usage. Simple mais pas simpliste, le vocabulaire est riche et varié mais sans ajout artificiel et exagéré. Le récit est souvent descriptif davantage des situations que des pensées des personnages, les dialogues ayant pour rôle d'exprimer ces pensées et l'on comprend bien pour quoi. Pour revendiquer une liberté d'expression des sentiments autant le revendiquer directement dans la manière d'articuler le récit, seuls les dialogues doivent être l'endroit où trouver les plus vives émotions des héros de l'ouvrage.

Une oeuvre agréable dans la plus pure tradition tchèque, que j'ai lu d'une traite tant et si bien que le livre n'a tenu que deux jours.


mots-clés : #historique #insurrection
par Hanta
le Dim 25 Déc - 20:47
 
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Sujet: Alois Jirásek
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Sylvain Prudhomme

Les grands

Tag insurrection sur Des Choses à lire Index122

En Guinée, c'est  la guérilla qui a permis d'accéder à l'Indépendance, en même temps que les amitiés et les inimitiés se sont scellées. Ensuite, la vie a repris son cours, chacun son chemin et son camp, l'armée a peu à peu pris les rênes du pays,vite dominée par les narcotrafiquants.
Le groupe Mama Djombo a produit une musique rebelle qui a fédéré les foules, consolé les perdants, et puis la chanteuse Dulce à quitté son amoureux Couto, changé de camp…
Quarante ans plus tard, le jour de la mort  de Dulce est aussi celui  du coup d'état militaire, c'est l'occasion d'un retour en arrière mélancolique pour Couto, et d' un ultime concert inspiré pour le groupe reconstitué.

   « Il y a des soirs où quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s'en va se promener. C'est tellement bien que tu t'en vas, ton esprit par faire un tour ailleurs, s'en va visiter l'esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont là, tout près de toi, en train de sourire. Tu sens que c'est bon, tu ne penses plus à rien, tu n'écoutes plus que ce que tu font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent à côté de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n'as même pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu'eux aussi savent, c'est très bon. »


Tout au long de cette journée, Couto vieil homme qui espère encore en l'amour, traîne sa tristesse à travers la ville où les armes se bandent, dans l'indifférence générale : car ce sont l'amour, l'amitié et la musique  les vrais vainqueurs face à l'amertume de l'échec, la perte des espoirs et amours de jeunesse. Certains ont cédé aux mirages européens, mais pour ceux qui restent, l’engagement reste là, source de solidarité et d'intenses moments de bonheur, même si la foi est sans doute perdue.

Sylvain Prudhomme nous offre un habile mélange de fiction et de réalité. L'histoire de la Guinée est là en toile de fond, le groupe Mama Djombo a été et reste un groupe guinéen mythique. Mais  Dulce et Couto sont des personnages inventés. Couto, le guitariste vieilli en qui coexistent son vieil amour  pour Dulce, la star en-allée et la jeune Esperanza qui lui ouvre un nouvel horizon lumineux. Dulce la voix sublime, la chanteuse que toute la Guinée   porte comme un baume en son cœur, restée elle-même malgré trahison.

Tag insurrection sur Des Choses à lire Talac113

L'écriture alterne des dialogues  laconiques qui dévoilent superbement les enthousiasmes et la profondeur des sentiments des personnages, des élans lyriques, sombres ou joyeux , des descriptions urbaines chatoyantes. La langue créole et les paroles de chansons apportent leur touche de sincérité.

   
« Atchutchi dans ses chansons ne  disait pas amour , il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d'aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n'y pouvaient rien, ils étaient les jouets d'une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante ».


Très beau roman, déchirant et douloureux, mélancolique et palpitant, bercé à toutes ses pages par la musique et la sensualité, constat d'échec d'un pays et de ses aspirations, témoin que des hommes et des femmes font le choix d'y vivre, d'y connaître malgré tout des fulgurances heureuses ou malheureuses.

(commentaire récupéré)
mots-clés : #creationartistique #insurrection
par topocl
le Mer 21 Déc - 13:44
 
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Sujet: Sylvain Prudhomme
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Joseph Conrad

Nostromo

Tag insurrection sur Des Choses à lire 51tj1h10

  "Il y a dans un trésor quelque chose qui s'attache à l'esprit d'un homme. Il prie et  blasphème et persévère cependant ; il maudit le jour où il en a entendu parler pour la première fois, et laisse arriver sa dernière heure sans s'en apercevoir, croyant toujours qu'il ne l'a manqué que d'un cheveu. Il le voit chaque fois qu'il ferme les yeux. Il ne l'oublie qu'à sa mort - et même alors… docteur, avez-vous jamais entendu parler des misérables gringos de l'Azuera, qui ne peuvent pas mourir ? Ah ! ah ! Ce sont des marins comme moi. On ne peut pas échapper à un trésor une fois qu'il s'est  attaché à votre esprit."


Sur fond historique de colonialisme, de coup d'états militaires, de guerre civile, et de politique dictatoriale au Costaguana, petit pays fictif d'Amérique latine, Joseph Conrad nous fait vivre au rythme d'un groupe d'Européen, installés là-bas comme chez eux. Écartelés entre leurs amours, leurs rêves et leur cupidité, ils mènent une existence à la fois brillante et fiévreuse, où ils apprennent que la réalisation des espérances, financières ou autres,  ne mène pas forcément à l'épanouissement personnel. Même chose pour Nostromo, un marin génois débarqué ici pour faire fortune, emblématique de cette petite communauté, qui voue un mélange d'admiration et de mépris à ce personnage valeureux et  fantasque.

Difficile de faire un commentaire  sur ce roman,  considéré par tous comme le chef-d’œuvre de Joseph Conrad, si ce n'est pour redire que c'est un roman magistral, qui se mérite, mais qui récompense généreusement l'effort qu'on a pu mettre dans sa lecture.On est captif des allers-retours temporels, des péripéties romanesques dignes des meilleurs romans d'aventure, de la complexité des personnages pris dans les rets de cette vie coloniale alternativement délicieuse et rude, cette petite communauté imbue d'elle-même, égocentrique et brillante, qui au delà de son lustre n'échappe pas à la moiteur.
Un roman âpre, foisonnant et tumultueux dont on ressort avec une satiété heureuse.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #colonisation #insurrection
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:36
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Hans Magnus Enzensberger

Les rêveurs de l’Absolu

Tag insurrection sur Des Choses à lire 51uoe910


Le titre même est une invitation ; c’est le nom que Marx a attribué à une catégorie de conspirateurs, ceux qui exerçaient  avec  honneur : « Un rêveur de cette trempe, un inconnu au milieu d’une foule, suffit pour plonger tous les puissants de ce monde dans la terreur. »

Après la conspiration des Hommes de Décembre (Russie 1825), le Comité Central de la révolution en 1862, les conspirateurs Russes importaient les idées de l’Europe Occidentale (St-Simon, Charles Fourier, Feuerbach, Karl Büchner, Owen Proudhon, Darwin, Marx, Engels et Lassalle….)mais la pratique ils l’ apprirent dans leur pays.

Des groupes  aux noms évocateurs se formèrent : Sté du Tribunal du Peuple ou de la Hache, Union Centrale des Travailleurs, la Volonté du Peuple, ainsi que la presse :  La Libre Parole, La Cause du Peuple, Le Messager de la Vérité…. Les tracts et les bombes livraient combat.

Trois Hommes et leurs doctrines s’ affrontaient : le « Géant Bakounine, anarchiste, l’un de ses élèves Netchaïev Sergheï et un autre disciple de Bakounine Peter Tkatchev.

90% des Russes étant analphabètes dont 50 millions de paysans,  la presse et les tracts n’atteignaient qu’une minorité.

En 1870 La jeunesse de la bourgeoisie, de la noblesse décidèrent d’aller vers le Peuple, ces pélerins du socialisme se firent appelés les Narodniki.  Mais la tâche était rude tant le Peuple était écrasé de misère physique et morale.

193 de ces pélerins furent arrêtés leur procès en octobre 1877 fut retentissant.

1879 Le Comité exécutif de la Volonté du Peuple provenait de l’aile gauche des Narodniki, ces transfuges de leur propre classe n’en trouvèrent aucune autre pour les accueillir. Des petits bourgeois, des paysans et des ouvriers et  de nombreuses femmes rejoignirent le Comité. Les statuts sont en faveur de la révolution qui devait être prioritaire sur la famille, l’amitié, l’amour ;  l’individu cède la place à l’organisation.

Alexandre II fut tué par une bombe lancé par Grinevitzki en mars 1881 Le Comité adresse une lettre ouverte au fil du Tsar (non pas pour demander son départ mais une vie meilleure et plus de justice pour le Peuple) dont la réponse fut celle d’un despote et  ses exactions  décimèrent le Comité exécutif de la Volonté du peuple en 2 ans, ces membres exterminés.

Une trentaine d’années plus tard Lénine  à la tête de la révolution détruisait l’ordre ancien.

L’Occident s’était inspiré de l’exemple russe, des attentats contre les dirigeants des pays se répandirent malgré la police secrète dont ils s’entouraient.  L’ Internationale anarchiste avait proclamé la Terreur noire et provoqué des troubles  dans plusieurs pays.

1905 une nouvelle organisation s’ installa ; Kaliaïev l’un des membres  de l’organisation de Combat des révolutionnaires sociaux (organe  exécutif du Parti  des révolutionnaires sociaux)fut l’un de ces rêveurs de l’Absolu, lui qui renonça à  commettre l’attentat prévu contre le Grand-Duc quand il s’aperçut que la Grande-Duchesse et les enfants étaient dans la voiture. (attitude approuvé à l’unanimité par l’organisation)

C’est cette conscience qui marquait la différence entre les conspirateurs de 1905 et ceux qui les avaient précédés des décennies auparavant «  Ceux de 1905 n’étaient pas seulement des caractères extraordinaires au sens littéral du mot : ils en étaient conscients. »

C’est grâce aux « Mémoires d’un terroriste »  Boris Savinko que fut connue le fonctionnement, les méthodes de l’organisation de Combat des révolutionnaires sociaux.

Pour Lénine ces révolutionnaires sociaux n’ ont jamais compris le rôle historique du prolétariat, de même que les Communistes n’ont jamais compris que le combat de ces « Rêveurs de l’Absolu » n’était pas politique « Durant la seconde de vérité où ils lançaient la bombe, ils réalisaient leur salut et anticipaient celui des autres. »

Cette lecture très prenante est enrichissante historiquement, politiquement et socialement.
L’écriture est  agréable et  permet l’accessibilité à ce récit qui se lit aussi facilement qu’un thriller, ce qu’il peut sembler d’ailleurs  par la mobilité des  conspirateurs  et  les traques de la police secrète.
Je pense d’ailleurs que l’Ochrana avait intérêt à ce qu’ existent  ces  organisations révolutionnaires  et/ou terroristes qui garantissaient  sa propre existence.
Les évènements survenus en  Russie et ceux qui se déroulèrent  dans l’Occident  annonçaient dans  leur différence   la   destinée des  pays  concernés.
Le passage  concernant  les « Mémoires d’un terroriste » de Savinko m’ a tout particulièrement intéressée, je pense d’ailleurs en faire la lecture  (ce passage est aussi relevé par Guilloux dans l’Herbe d’Oubli)

"message rapatrié"



mots-clés : #insurrection
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 15:56
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
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B. Traven

La révolte des Pendus

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Là, comme dans des lectures précédentes qui traitent de révoltés se  retrouve l'exploitation de l'homme par l'homme, avec la complicité (réelle ou muette) de l'église,  quel  que soit le pays.

" Mais Dieu qui est venu sur terre deux mille ans auparavant pour sauver les hommes, a sans doute oublié les Indiens."

Qui dit "opprimés" dit "révoltés" et c'est bien cette révolte que dans ce livre l'auteur nous conte, celle des Indiens du Mexique.

Dans l'enfer qu'est une "montaria" pour les Indiens on retrouve aussi des "classes" sociales, le patron (patroncito) le chef  ou Jefe, ses contremaîtres ou capataces, ensuite viennent les artisans (sellier, cuisinier etc.....) et les exploités les Indiens nommés chamulas.

"Les maîtres, les Cachupines, les Espagnols, les Ladinos et les Chinos blancos des cafetales allemands étaient des dieux contre lesquels un péon indien n'eut jamais osé se révolter. Ce n'était ni par lâcheté ni par l'esprit d'un pardon qu'ils agissaient ainsi. Ils savaient qu'il y a des dieux et des serviteurs. Et qui n'était pas dieu ne pouvait être qu'un serviteur obéissant et soumis."

La forêt est aussi exploitée par l'homme, l'acajou est d'un grand profit et est exporté, les grands exploitants étaient souvent des étrangers d'ailleurs (Américains, Allemands..)
Les exploités devaient fournir 3 à 4 tonnes de « trozas » rondins par jour, le lecteur peut imaginer facilement le chantier d’abattage.

Ce pays à cette époque est sous la dictature d'un vieux "cacique", lequel adopte toutes les "suggestions" des grands propriétaires. La révolte gronde dans toutes les régions, mais seuls les patrons le savent, les Indiens ne savent ni lire, ni écrire et donc facilement exploitables.

"Si le trône du vieux vacille et s'effondre, alors toute la République sera en feu. Et, comme depuis des années, personne n'a appris à penser, parce que c'était interdit de penser, elle brûlera jusqu'à ce que tout soit consumé et nous avec."

La violence répond à la violence, c'est pour cela que la révolte va être meurtrière.

Mais après avoir si longtemps baissé la tête, donné l'échine, les Indiens des exploitations avaient besoin d'un révélateur pour oser se libérer, c'est un enseignant qui peine avec eux qui va les inciter à la révolte.
Donc là,  la reconnaissance du "savoir" est une force libératrice.

"Mais quand l'opprimé commence à prendre conscience que sa vie est devenue semblable à celle des animaux, qu’il lui est impossible de leur ressembler davantage, alors les limites sont déjà franchies. Alors, l’homme perd toute raison et il ait comme un animal, comme une brute, pour tenter de retrouver sa dignité d’homme. »



Certains tels les péones de la petite exploitation que rencontrent nos révoltés  font  une révolution pratique, c’est-à-dire uniquement à leur profit comme le constate et  regrette l’un des protagonistes,  El Pofesor.

« Une révolution qui explique et qui a besoin d’être motivée n’est plus une révolution. Elle n’est qu’une lutte pour la propriété et les emplois. La vraie révolution, celle qui est capable de changer les systèmes, elle est au fond  du cœur des vrais révolutionnaires. Le vrai révolutionnaire ne pense pas au profit personnel qu’il peut retirer d’une révolution. Il démolit le système social au milieu duquel il souffre et voit souffrir les autres hommes. Il se sacrifie et meurt pour le détruire et pour réaliser d’autres idées. »

Le lecteur ne connaîtra pas le dénouement de cette « révolution », mais il apparait que tous  ces révoltés sont conscients qu’à présent ils ne doivent et ne peuvent que continuer dans leur engagement.

J’aime que l’auteur ait laissé la liberté au lecteur d’imaginer une fin à son goût à ses idées.

Je reviendrais pour d’autres lectures.

"message rapatrié"


mots-clés : #insurrection
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 12:05
 
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Sujet: B. Traven
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Manuel Scorza

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Roulements de tambours pour Rancas


Ce qu'en dit l'auteur:
“c'est la chronique désespérément vraie d'un combat solitaitre: celui que livrèrent, dans les Andes centrales,
entre 1950 et 1962, les hommes de quelques villages visibles seulement sur les cartes d'état-major des troupes qui les rasèrent.”
En effet, la socièté minière Cerro de Pasco Corporation a clôturé un million d'hectares pour élever le bétail de sa section agricole
au détriment de ces hommes et femmes qui vivaient dans ces villages qui, du jour au lendemain, se sont trouvés coupés du monde avec leurs troupeaux affamés.
La révolte populaire se terminera par le massacre des comuneros.

L'histoire est on ne peut plus vraie: tous les personnages sont réels ainsi que tous les faits.
L'auteur a volontairement modifié certains noms et certaines dates pour “protéger les justes de la justice”.
Hector Chacon, chef de la révolte, sera arrêté et jeté en prison durant 11 ans. Le traducteur avertira le lecteur qu'Hector fut libéré le 28 juillet 1971,
à la suite de la campagne de presse sans précédent soulevée au Pérou par la publication de “Roulements de tambours pour Rancas” de Manuel Scorza.

Malgré le contenu tragique et révoltant du roman, Scorza (membre du mouvement littéraire indigéniste de l'époque), militant des luttes paysannes indiennes de son pays,
emploie un ton humoristique, un peu naïf, plein de tendresse avec une touche de réalisme magique qui nous rapproche des croyances précolombiennes qui ont survécu au christianisme
chez les habitants des hauts plateaux (parler avec les animaux, sonder les rêves, interpréter les signes de la nature,etc...)

L'histoire de ce premier volet d'une saga qui en comporte 5:
A Yanahuanca, la population est terrorisée par le Docteur Monténégro (l'habit noir), juge du district et riche propriétaire.
Les paysans, peu éduqués et sans défense, se voient privés de leurs droits.
A cela vient s'ajouter l'apparition d'une clôture américaine qui ne fera que grandir tout au long de l'histoire, qui coupera les accès aux différents villages, aux terres pour les troupeaux.
Les bêtes mourront de faim et les habitants tomberont dans la misère. Les malheureux exploités tenteront de résister chacun à sa manière et verront l'appartition de soldats.
Un habitant de Rancas, Hector Chacon, va tenter avec d'autres, si pas de stopper l'avancée de la clôture, au moins de mettre fin
aux agissements tyraniques du Docteur Monténégro mais l'issue de la rébellion sera l'arrestation d'Hector et le massacre des habitants.

Les chapitres sont très courts et présentés un peu comme dans un conte; chaque protagoniste a son nom mais aussi un ou plusieurs surnoms,
ça peut poser un petit problème de confusion au début de la lecture.


Cette lecture est une agréable découverte et je déplore que les livres soient si difficiles à trouver.
J'ai pu me procurer 3 volumes de la saga en occasion.
Je pense que Scorza est unique en son genre et avec son style si sensible, si poétique, il donne une dimension encore plus tragique aux faits qu'il relate.


mots-clés : #insurrection #social
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 8:57
 
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Sujet: Manuel Scorza
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Drago Jancar

Des bruits dans la tête

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C’est des années après, toujours emprisonné, que Keber, raconte à l’un de ses codétenus, pour la transmettre  à la mémoire de tous, l’histoire de l'insurrection de la prison de Livada, dans un récit que l'oralité rend syncopé.

Donc, oui, c'est le récit de cette insurrection, de minute en minute, racontée comme un thriller, cette explosion de violence insensée pour une cause perdue d'avance. Les prisonniers sont d’abord portés par l'illusion de leur improbable puissance, d'une illusoire solidarité. Et puis, de petitesses en mégalomanie, de trahison en fascination du pouvoir, l'absurde apparaît peu à peu, l'impasse se dessine, dans une haletante course aux chimères. Et par des retours obsédants sur le siège de Massada, archétype de la résistance désespérée à l’enfermement, Keber donne à son récit une belle universalité.

Mais c'est aussi l’extraordinaire portrait de Keber, cet homme  dont « on prononçait [ le nom ] avec respect », Keber, auréolé d’un passé qui le hante :

Keber, son béret vert sur la tête, avait dormi au Vietnam parmi les cadavres, il avait traversé les océans en bateau, à Saint-Domingue il  avait fait trembler des généraux en caleçon, en Russie des femmes avaient tenté de se suicider pour lui ».


Lui-même se voit tout autre, « esseulé et déglingué » :

Bien sûr, je n'habite nulle part, c'est pourquoi je ne comprends pas tes bon Dieu et qu’ils ne me comprennent pas non plus

.
Dans son récit halluciné de cette révolte qu'il a initiée et qui lui échappe, Keber intercale des réminiscences, des souvenirs, des rêves et des cauchemars, des fantasmes, des hallucinations obsessionnellement intriqués et répétés. Un interminable voyage dans des wagons à bestiaux dans son enfance, des missions répétées comme soldat ou mercenaire dans tous les coins du globe,  la claustration d ‘une cabine de bateau,  son amour impossible et dont il est captif pour la trop sage Leonca : sa vie entière n’a été qu’un enchaînement d’enfermements dont il garde ces « bruits dans la tête» comme autant de stigmates.

On croit lire un roman d’aventure, mais s’y camoufle une palpitante variation sur les thèmes de l’enferment, de la liberté, du pouvoir et du libre arbitre.

Tag insurrection sur Des Choses à lire 280px-10

Le site de Massada


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #insurrection #captivité
par topocl
le Mar 6 Déc - 17:06
 
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Sujet: Drago Jancar
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Philippe Huet

Philippe Huet
Né en 1942

Tag insurrection sur Des Choses à lire Philip10

Philippe Huet est passionné depuis son enfance par le journalisme. Après ses 3 années d'études à l'ESJ Paris, il intègre le journal Le Havre Presse. Il a l'ambition de devenir grand reporter. Il obtient ce poste en entrant à la rédaction de Paris Normandie. Pendant quinze ans, il couvre de grands évènements tels que des déplacements présidentiels, le Tour de France, des guerres (notamment au Liban), des grands procès, ou encore la catastrophe aérienne d’Ermenonville du 3 mars 1974 où il arrive en premier sur les lieux.
En 1989, Philippe Huet démissionne de son poste de rédacteur en chef adjoint du journal Paris Normandie et entame, parfois en collaboration avec son épouse Elizabeth Coquart, une carrière littéraire qui inclura documents, œuvres biographiques, romans noirs et romans sociaux.

source : wikipedia.org

Bibliographie ::

L'ivresse des falaises
1994 : Quai de l'oubli
1994 : La main morte
1997 : La nuit des docks
1999 : Cargaison mortelle
2001 : Les démons du comte
2003 : Un jour sang
2003 : L'enfer du décor
2005 : Les quais de la colère
2006 : Souk à Marrakech
2011 : La poubelle pour aller danser
2012 : Nuit d'encre
2014 : Les égarés de la plage
2015 : Les émeutiers
2016 : le feu aux poudres

Ouvrages écrit en collaboration avec Élisabeth Coquard
1989 : Ma liberté dans l'église
1990 : Bourvil ou la tendresse du rire
1994 : Le jour le plus fou, 6 juin 1944, les civils dans la tourmente
1996 : Mistinguett : la reine des années folles
1997 : Le Monde selon Hersant
1999 : Les rescapés du Jour J
1999 : Vacances secrètes en Normandie
2004 : Stars et paquebots




(oooooh un fil inédit !)

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Tag insurrection sur Des Choses à lire 97827420

Le feu aux poudres

Le roman d'un contexte social extrêmement tendu. Au Havre en 1936 le chômage écrase ouvriers et dockers alors que les patrons alliés aux organisations d'extrême droite et anxieux d'une victoire prochaine du front populaire jouent  des épaules. Polyphonique à la troisième personne et documenté le roman narre un tournant de la lutte sociale dont le pivot est une grève chez Breguet (fleuron de l'aéronautique). Par petites touches l'auteur dévoile les conditions de vie et préoccupations des uns et des autres. Les espoirs des uns côtoient la marque indélébile de la grande guerre. Les craintes des autres sont alimentées par les nouvelles venues d'Amérique et de Russie. En toile de fond principale les quartiers pauvres et laborieux du Havre et le décalage avec le monde de ceux qui s'en sortent ou incarnent une humanité à la fois soucieuse et insouciante. Nous trouvons donc ici un journaliste amoureux qui est un pont entre ces mondes et qui voisine avec la figure de Céline. Pour la beauté des anecdotes mais aussi pour une humanité qui se perd en laissant s'échapper l'espoir.

Le genre d'espoir qui s'incarne dans la dignité de la solidarité et du combat pour le progrès social. Et toutes ces cartes ne sont pas mal jouées. Tout en s'appuyant sur une vision actuelle avec ses acquis ( ?) dans le monde du travail et dans l'égalité de droits entre hommes et femmes, le récit déroule un panorama assez large qui fait sentir que ce n'est pas si simple.

Certes la recette est visible et l'écriture n'est pas fracassante mais l'empathie et la volonté de détail et de représentation de plusieurs milieux font que ça vaut le détour. Et puis on ne peut pas se plaindre des personnages sympathiques qui font vivre cette tranche d'histoire populaire. Ca se lit tout seul et c'est instructif. Je ne dirais pas non à lire les précédents tomes de cette trilogie (je crois) !

Et puis Le Havre...


mots-clés : #insurrection #social #historique
par animal
le Lun 5 Déc - 22:35
 
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Sujet: Philippe Huet
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