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187 résultats trouvés pour famille

Charif Majdalani

L'empereur à pied



Pourtant, depuis que j'avais entendu cette histoire racontée par mon père qui la tenait de Chehab Jbeibi, je le l'avais si souvent imaginée, réélaborée, tournée  et  retournée dans ma tête, qu'elle avait acquis force de loi à mes yeux. Elle était devenue indiscutable, j'y croyais comme on croit aux légendes, aux choses lointaines dans le temps autant que dans la géographie et qui n'ont pas la même logique que ce qui nous entoure immédiatement, ce qui semble correspondre aux lois de la raison.


En un siècle et demi, le Liban, de terre ancestrale légendaire est devenu un lieu de luttes économiques, géo-politiques  et religieuses impitoyables. Au fil des décennies, chez les Jbeili, si la noblesse s'est perdue au passage, l'âpreté au gain, la vénalité et l'autoritarisme sont bien les mêmes. C'est bien ce qu’illustrent les 5 générations de cette famille , dont le patriarche, venu de nulle part avec ses trois fils, a commencé en défrichant des terres hostiles . Ses descendants devenus négociants font fructifier un pactole acquis pas toujours honnêtement, mais subissent aussi la loi dictée par l'ancêtre: seuls les aînés peuvent se marier, et enfanter. Les cadets seront donc des personnages qui vont compenser la stérilité de leur vie intime par le rêve, l'aventure, le nomadisme. Et de l'autre côté, le commerce se déploie, l'héritage fructifie, par des moyens nobles et moins nobles.

À partir de moi, le passé devient légende et pourra être défait. Et une autre histoire pourra commencer.


Cette histoire, cette tradition familiale,  est racontée par divers narrateurs de la famille, comme un conte ensorcelant, au fil de longs monologues sous d'élégantes vérandas. Ce sont des récits plaisants, des héros fascinants, des destinées hors pair. Comme dans toute légende, les versions officielles ou officieuse, peuvent varier,  et rien n'est vraiment sûr, le récit s'offre aux suppositions et à la rêverie. Ce qui est sûr c'est cette malédiction qui transfigure les générations, c'est cet appât de puissance, financière ou aventureuse qu'ils partagent tous. Ce qui est sûr c'est le désastre final d'un pays dévasté par la guerre, la corruption, l'avidité.

L'entropie est  partout, le monde se défait, la laideur gagne à toute allure.



Mots-clés : #famille #historique
par topocl
le Sam 23 Juin - 14:47
 
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Sujet: Charif Majdalani
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Paolo Cognetti



Sofia s'habille toujours en noir


Originale : Sofia si veste sempre di nero (Italien, 2012)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Depuis toujours la vie est une guerre pour Sofia. Une guerre contre sa famille, ses proches, contre le monde entier. Inquiète, débordante, excentrique, insaisissable, Sofia est toujours habillée en noir. Et son humeur aussi est souvent revêtue de noir. Pourtant elle fascine tous ceux qui l'observent depuis le jour de sa naissance. L'infirmière penchée sur sa couveuse ; le compagnon de jeu, Oscar, captivé par le monde des pirates ; la tante Marta, une militante d'extrême gauche un temps exilée à Paris ; les parents enfermés dans un quotidien traversé de tensions silencieuses. Chacun d'entre eux tente de s'inscrire dans le mouvement du monde. Des ghettos résidentiels s'installent en bordure des villes, le tissu industriel se défait, la politique perd de son aura. Et Sofia, fille unique de la petite bourgeoisie, semble flotter dans ce monde qui en trente ans, depuis les années 70, a profondément changé.
Paolo Cognetti joue à merveille de son savoir-faire de nouvelliste pour composer un roman-mosaïque original.


REMARQUES :
Dans ce roman de Cognetti on retrouve à nouveau une protagoniste féminine. L’oeuvre consiste de dix « nouvelles-chapitres », qui pourront presque exister de façon autonome, parlant chacune d’une autre période des trente années de vie de Sofia : en commençant dans l’enfance dans une famille bourgeoise qui est normal seulement en apparence, mais à l’intérieur sous le choc. La jeunesse sera marquée par la revolte et aussi des problèmes psychiques jusqu’à une tentative de suicide. Comme adulte, elle trouvera une place au théâtre…

Il s’agit donc d’un registre autre comme le « Garçon sauvage » ou « Les huit montagnes ». Dans chaque chapitre au premier regard on parle même d’une autre personne, mais toujours des environs autour de Sofia. Parfois elle ne semble même pas apparaître pendant des pages. Procédé étonnant !? Puis j’ai trouvé de plus en plus intéressant de faire connaissance d’une personne par l’intermédiaire d’autres personnes de son entourage, par ce qui a pu la marquer. Cela permet aussi différentes perspectives sur une même donnée en racontant une histoire de deux points de vue.

Sofia est à peu près de l’âge de l’auteur, née en 1977. Et ainsi naturellement influencée par diverses facteurs d’origine familiaire et sociétale.
- les parents bien situés selon la façade, mais se disputant toujours. La mère maniaco-dépressive, le père un Workoholic et ingénieur, menant double vie avec une maîtresse.
- les facteurs italien « église » et « Mafia »
- le milieu ouvrier des années 70 entre communisme et pauvreté
- la vie dans les écoles de théâtre, d’acteurs à Rome, puis New York (Cognetti qui connaît bien cette ville!)

Sofia se bloque parfois, se révolte comme fille et adolescente. Elle souffre sous les circonstances de vie, mais montre une tendance farouche de rester indépendante. Dans et surtout à cause de sa « sauvagerie » le lecteur va l’aimer. Elle vit entre ce qui la marque (sans l’avoir choisi) une forme d’intouchabilité et d’indépendance.

Le livre est plein de « bonnes observations » qui meritent qu’on s’en souvient. Un bon auteur déjà dans ce premier roman qui a entre-temps confirmait son talent.

mots-clés : #contemporain #famille #identite
par tom léo
le Mar 19 Juin - 12:05
 
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Sujet: Paolo Cognetti
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Nicolas Bokov


Loin de la Tour Eiffel


Originale : вдали от эйфелевой башни  (Russe, 2015)

CONTENU :
Récit d'un écrivain, père d'une fille née handicapée en France, dans une famille de réfugiés politiques soviétiques. Turbulences de relations autour d'elle, conflits d’intérêts entre les parents et l'administration au sein du foyer d'accueil.

REMARQUES :
Voilà un "autre" livre de Nicolas Bokov qui retrace un « aspect » (?) douloureux de sa vie. Etant père d'une fille handicappée, Marie, aujourd'hui âgée d'une quarantaine d'années, il parle de sa relation avec elle, empreinte de tendresse et respect pour ce qu'elle est, et ce qu'elle n'est pas. Mais plus qu'une relation à deux, ce livre est aussi une sorte d'accusation parfois dure (mais authentique et vraie) contre toutes les absurdités rencontrées quand on veut soulager la vie d'un être cher, dans un établissement régi par des normes, et des fois oubliant complètement sa vocation d'un « chez soi ». Oui, cela rend Bokov des fois solitaire, malheureux, voir amer : comment ne pas se revolter ? Quand éventuellement d'autres ont jeté l'éponge et disent rien à cause d'une dépendance de ces établissements, d'une manque d'assurance, et le sentiments même d'une culpabilité cachée ?

L'écrivain parsème ces moments-là avec des souvenirs d'un passé plus ou moins heureux ou menacé, de réfugié politique en France ou de dissident en URSS. Pour moi c'est profondement parlant, ayant moi-même une sœur handicappé, et me sentant d'autre part, proche du monde d'origine de Bokov.

On souhaite des lecteurs à ce petit livre...

mots-clés : #autobiographie #famille #immigration #pathologie
par tom léo
le Ven 15 Juin - 7:16
 
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Sujet: Nicolas Bokov
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.



Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Laura Kasischke

Et j'avais lu aussi:

A moi pour toujours



J'imagine Laura Kasischke, cette belle jeune femme épanouie et sûre d'elle que j’ai vue à la télé la semaine dernière, s'asseyant devant sa machine à écrire ou son ordinateur, considérant belle sa vie aboutie, correspondant plus ou moins au rêve qu'elle en avait fait quand elle avait 20 ans, réalisant avec effroi que cela pourrait être précaire, qu'il y a peut-être des zones d'ombre et fragilité, que le danger rôde, et décidant de l’illustrer dans un roman. C'est plutôt beau, non. D'ailleurs je me reconnais assez en elle, et comme elle, à l’heure où mes enfants quittent un à un le foyer , je me rends compte qu’il faut passer à autre chose, les moments de bonheur quotidiens seront là mais seront différents. Et je comprends qu’elle puisse douter.

Seulement voilà, plus démonstratif que ce livre il n’y a pas. Des révélations sur le passé, de personnes qu’on croit connaître et qu ‘on découvre autres que ce qu’ils ont été  pendant 20 ans, (tous, sans exception, à commencer par soi même) , il en pleut de tous cotés, il n’y a pas une personne saine ici et que j’en remette une couche, et quand on croit que c’est fini il y en a encore…
Le démonstratif ne s’arrête pas au déroulé de l’histoire. Il y a la métaphore de l’animal mort (avez vous bien compris comme la vie est cruelle et éphémère, et des fois que vous n’auriez pas compris on les retrouve en topiaires à la fin)) : un lapin, une mouche ; un écureuil, une biche, à croire que les animaux ne sont sur terre que pour nous faire passer des messages. La psychologie des personnages est totalement incohérente, des marionnettes dans les mains de Kasischke

Quant aux rêves (en général je déteste les rêves dans les romans car je ne comprends rien à leurs sens caché) leur métaphore du quotidien est tellement convenue et insipide.. Et pour le sexe, avons nous bien compris la dérive que vit l’héroïne ?

Ce roman n’est pas un œil acerbe porté sur la famille et notre société policée. C’est un délire grand-guignol de Mme Kasischke (c’est çà, l’effet atelier d’écriture ???). Et, à part quelques italiques, j’ai du mal à y retrouver JCO à laquelle on la compare volontiers.

Bon je m’arrête là dans la critique. D’un certain coté l’idée du « ça tient à si peu de chose », du dérapage contrôlé, de la spirale infernale me plaisent. L’idée que les non-dits magistraux de l’épilogue ne sont que l’aboutissement de tous les non-dits anodins de 20 ans de vie partagée. Cette histoire, bien que totalement impossible, est rondement menée, dans un style alerte et chaleureux, qui a su trouver sa propre voix (e ?). Au fil des pages, j’ai vue une sensibilité, un sens aigu de l’émotion, une compréhension de l’interrogation existentielle le qui prend à la gorge à l’heure des bilans, un lien à la nature et aux saisons qui m’ont touchée.

Récup 2012

mots-clés : #contemporain #famille
par topocl
le Lun 4 Juin - 12:05
 
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Sujet: Laura Kasischke
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Laura Kasischke

Esprit d’hiver



Le titre se réfère à un poème de Wllace Stevens.

Ne faites pas la même bêtise que moi : en feuilletant le livre, je suis tombé sur la dernière page imprimée avec une typographie différente, j’ai pensé à une table des matières ou quelque chose de ce genre ; erreur, cette page donne une explication rationnelle à ce qui précède.
Toutefois, le côté thriller du récit n’est qu’un des aspects, qui n’est pas, à mon avis, le plus intéressant de ce livre. Disons que c’en est le moteur.

Nous voilà donc dans une famille de classe moyenne du Michigan le matin de Noël. La maîtresse de maison, Holly, se réveille tard, trop tard. Son époux doit partir précipitamment  chercher à l’aéroport ses parents, les invités vont arriver. Pour couronner le tout, Tatiana, adolescente en crise est d’humeur revêche.
A partir de là tout va aller de mal en pire : le blizzard souffle, les invités se décommandent, Eric doit gagner un hôpital en raison de ses parents en pleine « confusion ». Le réel commence à se fissurer de toute part.

Le récit se construit essentiellement sur les rapports entre Holly, la mère, une poétesse incapable d’écrire à nouveau et Taty, sa fille. Des allers-retours précisent le rapport qui les unit. Holly fait partie d’une famille frappée par une maladie génétique : sa mère, une de ses sœurs sont mortes de cancer, une autre sœur se suicide. Holly décide donc une mammectomie et une ovariectomie pour conjurer le destin de sa famille. Elle adopte Tatiana, jeune orpheline russe.

Il s’agit donc d’un roman sur la filiation, sur le patrimoine génétique d’une personne qui est conçue avec des facteurs prédéterminés de chance ou de pas de chance.
C’est un livre aussi sur les non-dits, sur ce qu’on décide de mettre dans un coin de l’esprit et d’oublier. Holly a une technique toute particulière pour cela. Elle porte un élastique au poignet qu’elle fait claquer sur la peau, si nécessaire. Car seul compte le bonheur de Tatiana.

L’écriture de Laura Kasischke joue à merveille de ce huit-clos enfermé sous la neige qui tombe sans arrêt et enfouit tout ; atmosphère qui paradoxalement va réveiller les fêlures entre la mère et sa fille.

Spoiler:
Je dirais volontiers que l’écriture de Laura Kasichke est caractéristique d’une écriture féminine, par la « douceur » de son approche, mais en disant cela,  je vais m’attirer une volée de bois vert.  Razz


« Esprit d’hiver » est un très beau roman que j’ai eu du plaisir à lire. Sûr, je vais continuer avec cette écrivaine.

« Et bien, avait expliquée Tatiana, parfois l’âme pouvait être derrière le corps, peut-être, et parfois elle pouvait être à côté ou en-dessous ou au-dessus, mais oui, habituellement elle se trouvait à l’intérieur. Un livre, par exemple, avait son âme dans le creux entre les deux pages du milieu. C’était typique des choses pliables. Comme les papillons qui avaient l’âme là où leurs deux ailes se rejoignaient. »


« … c’était à cette occasion que Holly avait vu les pieds nus de sa belle-mère.
Ils ressemblaient à d’horribles oiseaux déplumés. Des choses émaciées et sans ailes, préparées pour un maigre repas de prison ou une soupe du tiers-monde. Holly crut même voir le sang couler dans les veines de ces pieds, se rassemblant en petits amas de la taille d’une pastille avant de pulser. Ces pieds l’avaient rendue malade de pitié. Elle s’était dit que ce n’était pas étonnant que la vieille femme clopine de la sorte. Comment Gin arrivait-elle-même à marcher ? Et combien de temps encore des pieds si abîmés, si épuisés pouvaient-ils tout bonnement marcher sur cette terre ?»


« Ils se dirent au revoir puis, une fois la discussion finie, Holly écouta le bruit de la connexion coupée, qui était celle d’une hache toute minuscule s’abattant sur le tronc très fin d’un arbre. »


Deux réflexions intéressantes dans une interview publiée par le journal Le Monde du 22/08/2013 :

« Oui, reprend Laura Kasischke. Ici, dans Esprit d'hiver, c'est le refoulement, le déni, les souvenirs "oubliés"... Tous mes livres tournent autour de ça, l'inconscient, sa façon de nous travailler au quotidien, dans la fausse quiétude de l'univers domestique. »


« Œdipe, le roi Lear, Nora dans Une maison de poupée d'Ibsen... Vous voyez, c'est toujours la même obsession qui revient, des êtres qui voudraient supprimer des choses qu'ils savent avant que ces choses ne les anéantissent eux-mêmes."



mots-clés : #contemporain #famille #psychologique #relationenfantparent
par ArenSor
le Lun 4 Juin - 11:35
 
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Sujet: Laura Kasischke
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Jérome Garcin

Le syndrome de Garcin



Jérôme Garcin poursuit son œuvre d’autoportrait sans en avoir l'air, à travers la recension de ses morts. Ici ses deux grands-pères (et plus particulièrement son grand père Garcin célèbre neurologue qui décrivit le signe de Garcin, le syndrome de Garcin et j'en passe) et à travers eux deux lignées médicales dans la plus belle tradition du mandarinat, du patriarcat, du népotisme, appelez ça comme vous voudrez.

Cela donne deux portraits attachants, et amusants car contrastés. L'un est rigide, austère, totalement absorbé par son travail, mais droit et accueillant,un chef d’œuvre d'humanisme avec ses patients (enfin il est décrit comme tel), l'autre, psychiatre renommé, est plus joyeux, plus souple, très ouvert avec ses vieux pantalons de velours côtelé.

C'est un hommage affectueux à ces grands père, à leur façon d'aborder la vie avec une dignité discrète, réservant l'étalage de leurs affects, pleinement investis de leur vocation médicale, tant dans son versant scientifique qu'humain. De grands hommes. C'est une réflexion sur la médecine, ses rapports avec la littérature, qui partagent une attention à l'humain. C'est une confession intime sur l'esprit Garcin, cette façon de raconter les tragédie sans y avoir l'air d'y toucher, ce qui  n'empêche pas de souffrir.

Comme souvent avec Jérôme Garcin, il y a de très beaux moments, du fait de son œil tout à la fois perçant et attentionné, d'autant qu'il a une belle écriture, presque trop par moments, un peu désuète par moments (et obligeant parfois à relire certaines phrases pour les comprendre).Mais ce "ne pas y toucher " me laisse aussi toujours un peu sur ma faim.

Et puis, il faut reconnaître que si se tartiner la généalogie de ces patrons-médecins a un réel sens sociologique, j'ai vu moins d’intérêt, même moi neurologue, à l'énumération des maladies rares, des titres de travaux...alors je me dis que pour les non-médecins, cela doit être par moments carrément indigeste.

Curieux mélange, donc. N'empêche, j’aime quand même bien Jérôme Garcin.


Mots-clés : #famille #medecine
par topocl
le Sam 2 Juin - 8:58
 
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Sujet: Jérome Garcin
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Etienne Davodeau

Les mauvaises gens



C'est l'histoire d'une époque faite de solidarité et d'optimisme. La vie n'était pas moins dure qu'aujourd'hui. Mais les ennemis et les obstacles semblaient plus identifiables.


De la sortie de la guerre à l'élection de Mitterand, Davodeau explore le parcours de ses parents, en leur compagnies, avec son œil crique d'enfant puis d'adulte. Leurs débuts sont écrits par la pauvreté, entre l'usine et l'église. Le curé des JOC les initie à l'action, à la recherche de l'émancipation. Toute leur vie se poursuit sous la double égide de la foi et du syndicalisme, dans la  lutte, la solidarité, et parfois  la victoire. Leur histoire est un miroir de l'évolution collective de tout le monde ouvrir  et des droits du travail
Avec humour, modestie et affection Etienne Davodeau, dans une impeccable scénarisation, mêle habilement histoire intime et collective pour ce portrait d'hommes et de femmes oubliés, d'une espèce quasi disparue, qui ont eu une importance cruciale.



Mots-clés : #biographie #documentaire #famille #mondedutravail #social
par topocl
le Dim 27 Mai - 14:45
 
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Sujet: Etienne Davodeau
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Jayne Anne Phillips



Lark et Termite

Quatrième de couverture.
Entre la Corée du Sud et la Virginie-Occidentale, quelques dizaines de milliers de kilomètres et neuf ans séparent les deux temps de ce roman à quatre voix. Au centre du récit : Lark, une adolescente rayonnante, qui s'est donné pour mission de protéger son demi-frère handicapé, Termite, à la sensibilité hors du commun. En écho, la voix du caporal Leavitt, le père de Termite, pris dans le chaos de la guerre de Corée. Au fil de leurs pensées surgissent et s'évaporent les mystères familiaux, marqués par les secrets des solitudes aliénées et l'amour de Lola, la mère défunte des deux enfants. Une polyphonie envoûtante sur les liens invisibles.



Si vous n'aimez pas les romans à quatre voix, ceux qui mêlent l'Histoire et les histoires, ceux qui parlent de l'Amérique des années 60, ceux qui parlent de familles éclatées, brisées mais cependant aimantes et pleine d'humanité, si vous n'avez aucune disposition pour les perceptions sensorielles que la science n'explique pas, alors passez votre chemin et vous aurez perdu une merveilleuse rencontre...

Mais si vous pensez au contraire que la vie n'est pas seulement ce que seuls les yeux perçoivent, alors ce livre vous comblera. Et l'amour partagé de Lark et Termite vous habitera longtemps.
La vie est parfois si terrible mais ce roman est plein d'une humanité si précieuse.

mots-clés : #famille #guerre
par kashmir
le Dim 27 Mai - 11:41
 
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Sujet: Jayne Anne Phillips
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Ernesto Sábato

Alejandra



Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Anne Tyler

Une bobine de fil bleu



- A l’enterrement, Marilee Hodges m'a dit : "je vous ai toujours enviés, toi et ta famille. Je vous voyais jouer au poker ensemble avec des cures-dents sous votre véranda, et tes deux frères si grands et si beaux, et le gros pick-up que ton père conduisait avec vous, les quatre enfants qui fanfaronniez à l'arrière."
-Marile Hodges était une gourde, dit Amanda.



C'est l'histoire de cette famille, ordinaire quoique unique avec, comme dans toutes les familles, ses récits fondateurs, ses rituels, ses inimitiés qui ne suffisent pas à détruire les liens du sang, ses rancœurs et ses souvenirs, ses non-dits, ses compromis, sa chère maison comme ancrage. Ce n'est pas plus que cela, mais raconté avec un regard acéré et tendre, une perspicacité joyeuse, une attention mutine.
J'ai moins aimé les deux chapitres qui racontent les rencontres amoureuses des couples des parents et des grands-parents, car si on y trouve la même finesse psychologique, il y manque le rythme qu'insufflait ailleurs la multiplicité des personnages.
Mais c'est une histoire de vies simples qui passe par des dialogues plus vrais que vrais, où l'on se reconnaît en tant que mère, fille, sœur qu'on a pu être au fil des décennies, quelque chose qui émeut et qui touche.


mots-clés : #famille #psychologique #viequotidienne
par topocl
le Dim 13 Mai - 20:56
 
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Isabelle Carré

Les rêveurs



Isabelle Carré, cette jeune femme "people" que les journalistes qualifient de "discrète et lumineuse", raconte ses années de jeunesse, sa famille complexe et torturée, les errements de sa jeune âme si mal accompagnée, que le jeu d'actrice, et la propre famille qu’elle saura se créer finiront par sauver.
S'il est vrai  que cette histoire ne manque pas de pathétique (et c'est peu dire), j'ai eu du mal à en être émue, tenue à distance par une certaine superficialité de ce grand déballage, son caractère saucissonné, aussi.
Bon. Voilà. Elle a vécu comme ça, Isabelle Carré. Cela m'indiffère assez finalement, même si c'est une vie et qu'elle mériterait de l'attention.


mots-clés : #autofiction #enfance #famille #solitude
par topocl
le Ven 23 Mar - 14:41
 
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Sujet: Isabelle Carré
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Renato Cisneros

La distance qui nous sépare



[Ce livre est un roman de fiction. L'intention de l'auteur n'est pas que les faits rapportés ici, ainsi que les personnages qui y apparaissent, soient jugés en dehors de la littérature.]


Parce que son père est mort mais ne le quitte pas depuis vingt ans, Renato Cisernos va à sa recherche dans ce roman sincère, douloureux et courageux. Une pierre de plus dans la mare des livres consacrés au père, une pierre qui déclenche des remous concentriques qui vont mettre un sacré temps à s'estomper.

Ce qui désormais vous désespère est de ne pas savoir. De ne pas être sûr, de ne faire que suspecter. L'ignorance et 'la détresse une intempérie : voilà pourquoi elle vous irrite,  vous étourdît et vous donne froid.Voilà pourquoi vous continuez à creuser. Pour savoir si vous avez bien connu votre père, ou si vous n'avez fait que le voir passer. Pour savoir à quel point les souvenirs éparpillés dans les réunions familiales d'après-repas sont exacts ou déformés. Pour savoir ce que cachent les éternelles anecdotes qui, répétées comme des paraboles, dessinent parfaitement la surface de toute une vie, mais ne révèlent jamais son intimité : quelle vie détachée se dissimule derrière les tables domestiques dont la seule finalité est de sculpter une mythologie que vous ne supportez plus, dont vous n'avez plus besoin car, en plus, elle ne vous sert à rien pour répondre aux silencieuses, monumentales et gênantes questions qui compriment a présent votre cerveau.


Luis Cisernos Visquerra, dit El Gaucho, a été général, Ministre de l'Intérieur, Ministre de la Guerre de plusieurs gouvernements militaires péruviens, porteur de plusieurs coups d'états, adversaire implacable, simultanément controversé et adulé du Sentier Lumineux.

le ministre le plus redoutable de cette époque qui était déjà elle-même redoutable.


Renato a vécu dans cette ombre arrogante , séductrice, autoritaire, enfant incertain et froissé, fasciné par ce père qu'il avait "besoin de conquérir".

L'auteur - outre son père, mais aussi comme lui - endosse plusieurs générations d'hommes fantasques, marqués par le destin, aux amours prolifiques et atypiques. Cette empreinte est là qui impacte les parcours et les émotions des générations successives.

A l'époque je l'ignorais, mais à présent je sais que l'histoire de mes parents (...)est l'histoire d'une passion triomphante, une passion qui s'oppose à l'ordre  établi et permet à un ensemble de mots moralement et culturellement sales comme infidélité, adultère, bigamie, illégitimité,de devenir - du moins pour moi - amical, propre, digne, sensible et humain. J'ai envie de serrer ces mots dans mes bras, de les recueillir comme des mendiants ou des chiens dans la rue, de les  revendiquer pour toutes les fois où quelqu'un les a repoussés, a préféré les laisser enfermés dans le fond de la caverne de leur biographie pour savourer des termes et des substantifs plus acceptables. Ces mots méprisés, évités comme s'ils étaient le synonyme d'insultes insolentes, d'une pourriture contagieuse, d'un péché abominable, ces mots ressemblant à des animaux nuisibles, ces mots que des multitudes de bouches et de mains ont écartés de peur de se voir contaminées par leur perversité, ces mots, dis-je, composent mon lignage, font parti de mon patrimoine, car ils nomment ce qui me constitue sans que je l'aie choisi, ce à quoi je ne puis échapper car ils ont nourri et élaboré ma présence dans le monde.


Mon arrière grand-père était un bâtard. Mon grand-père, un déporté. Mon père, un étranger. Trois hommes illégitimes et déracinés. trois hommes publiques qui défendaient leur réputation,leur hypersensibilité seulement dans l'intimité, seulement pour eux-mêmes, et qui reniaient leur origine bourrée de non-dits. D'abord ignorer puis enterrer les détails scabreux de leur provenance et vivre ensuite en tournant le dos aux intrigues de ce passé commun les conduisit à une errance de tous les instants à laquelle chacun tenta d'échapper à sa façon.


Veut-il confesser, dénoncer, minimiser, pardonner? Il se situe d'entrée de jeu dans un acte psychothérapeutique et ses chemins le mènent peu à peu  à un engendrement littéraire.

Dans ces pages, j'ai engendré El Gaucho, en donnant son nom à une créature imaginaire, afin de devenir son père littéraire. La littérature est  la biologie qui m' aura permis de le mettre en monde, à mon monde, en provoquant sa naissance dans la fiction.


C'est quoi être le fils d'un titan tyrannique et de l'aimer? C'est quoi de le connaître en homme et non en loup? de déterrer ses blessures jamais avouées, sa généalogie pathogène? Renato veut comprendre tout cela, avec une fureur déterminée, à sa façon à lui, il écrit donc un roman et non une biographie, un roman différent de celui qu'écriraient ses frères et sœurs (les enfants de sa mère et ceux que Luis a abandonnés pour créer cette deuxième famille), ses femmes et ses mantes, ses compagnons politiques ou militaires, ses opposants traqués, torturés et tués, tous auteurs possibles d'histoires différentes.

Il y a  des pages dont la sincérité est d'une audace profonde, qui m'ont étreint le cœur, dans leur intensité, dans leur douceur intime. L'analyse implacable,  toute en subtilité, de cet attachement parfois révulsé, laisse par moments la place aux rares épanchements de cet homme fermé et haïssable. Il ressort de cette enfance qu’elle fut malgré tout protégée, et cependant heureuse. Tout autant que son père, on apprend à connaître Renatio, ce jeune homme délicat et tourmenté, poète et journaliste,  nonobstant fier de son arrogant paternel,, d'une honnêteté et  d'une  fidélité touchantes envers son passé, sa mère, ses frères et sœurs, sa famille tentaculaire et son histoire, ce jeune homme qui raconte son amour désarçonné pour un homme non aimable, un amour marqué par cette  "distance qui [les] sépare" .

Par moment, je n'écoute plus ce qu'elle dit et me fixe sur ses yeux : deux lumières vertes et expressives sur lesquelles semble s'être renversé un triste sirop. Et je me dis qu'il existe des yeux dans le monde - pareils aux siens ou à ceux de mon père, peut-être aux miens - qui ne sauront jamais dissimuler


mots-clés : #biographie #famille #regimeautoritaire #relationenfantparent
par topocl
le Sam 17 Mar - 14:16
 
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Sujet: Renato Cisneros
Réponses: 4
Vues: 76

Karl-Heinz Ott



Que s'ouvre l'horizon


Originale : Ins Offene (Deutsch, 1998)
Traduction : Françoise Kenk, 2010

CONTENU :
Présentation de l'éditeur a écrit:Le diagnostic des médecins est formel : la mère va mourir. dans quelques semaines tout au plus. Son fils unique se doit de revenir au pays natal afin de l'accompagner dans ses derniers instants. L'homme n'y était pas retourné depuis plusieurs décennies. Il avait fui l'univers clos et asséché d'un village souabe dont le catholicisme à la poigne de fer et la morale étroite avaient depuis longtemps condamné sa mère célibataire, tout comme lui, l'enfant naturel. Au chevet de celle-ci, le voilà confronté à sa mémoire, de même qu'à une femme qui fut à la fois le pivot de sa vie et son ennemie dévorante. Se libère-t-on jamais de ses origines, de son ascendance ? Est-il possible d'embrasser d'autres horizons ? Dans un roman tendu et poétique, Karl-Heinz Ott aborde ces questions avec une sincérité et une finesse qui forcent l'admiration. On comprend que le livre ait été couronné en Allemagne par le prestigieux prix Hölderlin.



REMARQUES :
Voici que je viens vous présenter – en interrompant le fil chronologique de la publication – le premier livre de l'auteur qui fut traduit voici 8 ans en français.

Au début du roman le narrateur reçoit la nouvelle d'un danger de vie imminent chez sa mère. Donc, il se met en route vers son pays natal et l'hôpital, et tout ce qui suit est une dialogue avec le passé et le présent, sous le regard de l'éphémère, de la mort imminente. Non, on trouvera pas juste des souvenirs en rose d'un passé maquillé, et aussi pas juste une compassion très imposante avec la mère mourante, mais d'abord même un aveu de haine, de désir de mort. Ainsi les souvenirs sont marqués par les anciennes rivalités et désir de mort ET, de l'autre coté pour ainsi dire, le repentir anticipé si ils vont se séparer dans ces termes là, et si le fils ratera la dernière chance d'une réconciliation possible avec sa mère et – peut-être encore plus ? - tout le passé qui allait avec ?! Dans ce sens-là on se trouve dans ce livre plus ou moins directement face à la mort, de la mère, et de la sienne, et des questions ultimes.

Dans mon édition allemande le livre était sous-divisé en des paragraphes d'une demie jusqu'à deux pages, séparés par une ligne vide. Il y a une certaine forme de chronologie dans la narration : de la réception de la nouvelle de l'état de la mère  jusqu'à… Mais elle est aussi si bien entourée par une langue parfaitement maîtrisée, des retours en arrière, et des transitions et sauts dans le temps qui ne sont pas facilement perceptibles.

La langue est – au moins pour moi – merveilleux et impressionnant, autant plus qu'il s'agit alors du premier roman d'Ott, même s'il avait déjà auparavant amassé des expériences en tant que dramaturge et ayant dépassé les 40 ans. On trouve souvent des énumérations, des séries de mots, éventuellement pour certains trop ? Il y a presque pas de dialogue directe, mais des fois un rapport en citant dans le conjonctif et langue indirecte.

Plus impressionnant encore je trouve ces bonnes observations sur le conflit intérieur face à la mort (le « mourir ») d'une personne proche : on vacille entre des possibilités ratées, des souvenirs de conflits, mais aussi le pressentiment qu'on va jamais réussir à fixer l'autre tel qu'il est à travers notre regard en fin de compte assez limité. Sur ce sujet l'auteur livre quelques très belles réflexions à la fin du livre.

Ce narrateur était alors enfant naturel. Le père avait déjà demandé lors d'une première grossesse de la mère « de se débarasser de l'enfant », mais pour le deuxième enfant, elle refusera, et alors c'est la rupture avec cet amant déjà marié avec enfant. Mais avoir un enfant hors mariage dans la très catholique Souabie est chose dure : constamment on reste marqué par le sentiment d'avoir commis un mal irréparable. Voilà une expérience fondamentale face à une réligion doloriste et parlant tout le temps du péché. Ce contexte, l'auteur va en parler à plusieurs reprises : certes il y a la superstition dans l'air, et ce moralisme inacceptable. Ensemble avec les expériences de sa mère, le refus à l'intérieur de la propre grande famille maternelle, le contexte de village, on peut comprendre que le passé, la « patrie », le « chez soi » soient souvent vécus comme quelque chose de limitant, d'étroit, de petit, de coupant la faim pour la vie. Pourtant – et une analyse trop rapide ne tient pas compte de cet imbroglio humain – ce même contexte peut créer une forme étrange d'attachement. Ainsi on trouvera d'un coup des remarques presque nostalgique sur la perte d'identité du village qui est devenu avec les années un pur dortoir pour les gens de la ville et qui a perdu ses magasins etc... Ainsi il y a un mélange étrange entre étroitesse et largeur, chez soi et sentiment de perte, revolte et consentement.

On discerne bien un hommage à « L'étranger » d'Albert Camus. Les idées mentionnés sur le « chez soi » sont splendide, comme aussi la reconnaissance sur la fragmentation de tous nos souvenirs. Après un début accusatoire la fin sonne plus en recherche de paix...

Impressionnant, cet Ott ! Découvrez-le !

mots-clés : #famille #mort
par tom léo
le Ven 23 Fév - 22:22
 
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Sujet: Karl-Heinz Ott
Réponses: 15
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Gunnar Gunnarsson

L'histoire de la famille Borg/Af Borgslægtens Historie



Originale : Af Borgslægtens Historie  (Danois)

sous-divisé en 3 (ou 4, selon le comptage) livre :
Borgslægtens historie I-II (Ormarr Ørlygsson, Den unge Ørn) 1912/14 ;  7 chap.
Den danske frue på Hof, 1913 ; 8 chap.
Gæst den enøjede, 1913 ; 14 chap.

existe
en allemand : Die Leute auf Borg
en italien : La famiglia di Borg
en anglais : Guest the One-eyed  (seulement un des livres???)

CONTENU :
Drame, histoire d’une famille en Islande sur trois générations, vers la fin du XIXème (?). Ceci était le premier grand succès de Gunnarsson et deviendra rapidement un classique : une histoire entre des descriptions de paysages, des caractères nordiques, empreintes e gravité, attachement à la terre et à la foi, poussés sur un chemin entre l’inquiétude existentielle intérieure et la grande quête de son lieu de vie et la réconciliation avec son destin.

REMARQUES :
Le livre se sous-divise alors en trois, voir quatre livres, et comme ils se trouvent dans une ligne narratrice – malgré quelques sauts dans le temps - je ne pourrais pas ici dévoiler plus en avant les contenus des livres suivants. Je me contente donc de raconter la situation dans le premier livre et puis l’atmosphère général.

Au centre la famille d’Oerlygur sur Borg, pas seulement grand propriétaire de terrain et de troupeaux de moutons, mais aussi conseiller reconnu, aide des pauvres, vétérinaire et, à sa façon entre autorité et douceur, pacificateur. Les gens le reconnaissent volontiers dans cette autorité exercée avec responsabilité en le nommant même leur « roi » (plutôt honorifique). Les adversaires se trouvent plutôt chez les gens aisés, jaloux : le pasteur, le marchand, le docteur. Au début du livre il a 42 ans et deux fils d’âge différents : Ormarr d’une quinzaine d’années, rêvant malgré la perspectif de hériter de tout ces biens (et même du prestige) d’aller ses propres chemins. Et son père le soutient même dans son départ pour Kopenhague où il étudiera son passe-temps favori : la violine ! Et il acquiert une virtuosité, se trouve après une dizaine d’année auprès d’un maître devant le concert qui inaugurera certainement une carrière incroyable. Mais..., il ne peut pas ! Sa quête le pousse à retourner au pays, puis de monter, de retour au Danemark plus tard, de presque rien une société de transport entre le continent et l’Islande. Il contribuera à sa façon à des prix juste et un commerce florissant... Mais cela ne s’arrête pas là... Est-ce que son chemin le ramènera un jour chez lui ?

Le deuxième né, beau garçon, intelligent, a suivi l’appel pour devenir pasteur. Autorité spirituelle, morale ? On verra bien. Dans cette première partie il jouera encore un rôle moindre, mais cela se développera... L’histoire est loin d’être terminé ! Et elle nous mène via des trahisons, des déceptions vers ceux qui sont au bord du chemin. Fractures, des nouveaux commencements, des réconciliations... - comment Gunnarsson décrit ici l’être humain dans toute sa palette d’expressions, du plus obscur au plus lumineux, dans son cœur si souvent pleine d’une mélancolie, d’un désir (=Sehnsucht), chargé des fois par des fardeaux énormes marque et marquera encore le cœur du lecteur. On se sent face à des descriptions qui touchent aux plus profonds de l’homme.

Souvent la question surgit : dans quel mesure nous choisissons le destin ou nous suivons un destin, un appel ?! Qui finalement semble nous venir d’ailleurs, de Quelqu’un qui veut du bien pour nous.

On trouvera aussi ces personnes, ces caractères, chers à Gunnarsson (et pas mal d’auteurs nordiques?) qui allient en eux une foi simple, voir d’un enfant, avec un savoir dirait-on presque ancestrale, mystérieux. Ce sont – à coté des figures d’homme seulement apparemment au centre du roman - des femmes.

Un chef d’oeuvre absolu qui m’a profondément ému !

De « Af Borgslægtens Historie »  on avait fait en 1919 comme premier roman islandais de l’histoire une adaptation cinématographique.


mots-clés : #famille #religion #traditions
par tom léo
le Mar 20 Fév - 7:49
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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Daniel Pennac

Le cas Malaussène, I, Ils m’ont menti



Retrouvé avec plaisir les personnages de la saga Malaussène, et la contagieuse empathie de leur auteur. Pour ceux qui en ont oubliés, des astérisques renvoient à un lexique en fin d'ouvrage : procédé un peu lourd, mais peut-être pas totalement inutile. Ces "caractères" m'ont rappelé ceux de Fred Vargas par leur pittoresque, leur originalité et la sensibilité à les camper.
Sans que ce soit du tout exceptionnel de nos jours, il y a beaucoup d'auto-références, et de références à la littérature et à l'écriture (cela évoque Jasper Fforde, un univers tout à fait personnel, aussi dans une série à épisodes) ; d'autre part, le livre se présente, au moins partiellement, comme une énigme policière : tout cela n'est pas fait pour me déplaire :
« …] tout enquêteur bosse comme un romancier. Il cherche la cohérence. »

On y trouve aussi nombre de réflexions pertinences, notamment sur l'actualité, sur notre société, et parfois assez acerbes.
« En période de grande lâcheté on fusille les joyeux intrépides. »

mots-clés : #famille #humour #polar
par Tristram
le Dim 14 Jan - 23:55
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Jean-Paul Dubois

Après, il y a eu comme une respiration::

Je pense à autre chose




Quinze ans avant le cas Sneijder, Dubois écrivait déjà la même histoire : Un homme, Paul, hospitalisé en service psychiatrique raconte son incapacité à accepter son bonheur, les failles qui s’infiltrent peu à peu dans sa vie et l’entraînent dans un système délirant , où l’autre est responsable de son enfermement, qu’il prend comme système de référence. L’autre, ici Simon, c’est le jumeau toujours honni, c’est Anna , l’ex-épouse qui s’est détachée de lui.

Dubois glisse très subtilement les indices de la fragilité de Paul, de ses petits décalages qui ne choquent pas fondamentalement en première lecture mais qui deviennent une faille profonde et sont ainsi rétrospectivement éclairés. C’est très astucieusement fait et on met longtemps à voir venir le délire, dans un glissement progressif insensible puis patent.

Une première partie d’exposition éblouissante d’humour et de vivacité mélancolique, on pense souvent à Woody Allen dans cette façon de voir décalée et désenchantée de ce juif laïque, dont le frère jumeau est outrageusement religieux et la femme goy. Une petite perte de vitesse au milieu, avec des diversions météorologiques (comme les ascenseurs dans le cas Sneijder) et une reprise en force sur la fin , où la description de ce monde clos dans lequel Paul vit,  pense et s‘enferme devient prenante.
Un roman inégal donc, intéressant, drôle mais tragique,  et brillant par moments.

Commentaire récupéré



mots-clés : #famille #humour #pathologie
par topocl
le Lun 8 Jan - 20:52
 
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Sujet: Jean-Paul Dubois
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Alice McDermott

Someone




« Je haussai les épaules, consciente et ravie de cette chance d'avoir une conversation ordinaire »


« Someone », titre parfait : Marie est « quelqu'un » avec tout ce que cela implique d'anonyme, d'ordinaire mais aussi de singulier et d'intime.
C'est donc l'histoire d'une femme, de ses 7 ans à la vieillesse. C'est, en fait, totalement banal : dans son quartier de Brooklyn d'immigrés irlandais entre-deux-guerres,elle grandit entre son père alcoolique, sa mère bigote, son frère trop sérieux. Premier amour, mariage, enfants et vaisselles, veuvage, vieillesse... Qu'est-ce qui peut bien nous intéresser dans cette histoire d'une femme qui accueille la vie sans vraiment se battre, ses joies et ses peines, ses hasards ? Eh bien c'est le fait que son regard bienveillant, sa finesse, sa compréhension de l'autre font qu'au seuil de la mort, elle peut se retourner vers quelque chose de plus construit, déterminé, empathique, que le simple énoncé des péripéties pourrait le laisser croire. Cette femme accueille l'instant (la joue d'un enfant qui frotte contre la manche du manteau de son père, la lumière sur une toile cirée, une caresse effleurant l'autre…), accueille l'autre, accueille la vie, en fait un tout : sans en avoir l'air, dans son humilité délurée, elle l'impacte à sa façon. Dans son récit globalement chronologique, mais qui n'est pas totalement linéaire, fait d'instants choisis, de gestes, d'émotions partagées, elle se montre unique, roc incertain et tendre.

Bien qu'échappant aux pires stéréotypes ( puisque le père est doux et gentil et ne roule pas sous la table, la mère montre une compréhension responsable), toute la première partie m'a donné une certaine impression de déjà-vu, modulée par la sensualité du récit, la finesse descriptive et émotionnelle. J'ai accroché surtout à partir de la magnifique scène où Marie rencontre son futur époux, décrite avec une simplicité, une évidence, une générosité qui m'ont fait tomber amoureuse de Tom le bavard timide bien avant Marie. C'est ensuite dans la maturité et dans la vieillesse, où elle quitte le rôle de spectatrice et fait pleinement corps avec son histoire de vie, jouant l'éponge face aux événements,  les affrontant dans une douceur loyale, que je me suis vraiment mise à aimer cette femme singulière quoique ordinaire.

Ce qui caractérise ce livre, lui donne son ton, c'est finalement la bienveillance commune à tous les personnages, cette part d'honnêteté et de bonté qu'Alice McDermott sait aller chercher au fond de chacun, cette loyauté qui fait que certains sont heureux et d'autres écorchés.

Commentaire récupéré

mots-clés : #enfance #famille #viequotidienne
par topocl
le Jeu 28 Déc - 15:46
 
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Sujet: Alice McDermott
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Elena Ferrante

L'Amie prodigieuse



« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Il nous arrivait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour ; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C'était la vie, un point c'est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
Prologue, 5


La misère, avec ce qu’elle fait ignorer, supporter et commettre : violences familiales et dans la rue, jusqu'au gâchis des dons. Au fil chronologique d'une narration à résonance autobiographique, Elena Greco nous rapporte sans misérabilisme ses enfance et adolescence dans un quartier populaire du Naples des années cinquante, notamment marquées par l’ascendant de son amie du même âge, Rafaella Cerullo, dite Lila, surdouée dont les parents ne peuvent payer les études, « méchante » dure et déterminée, perspicace et intransigeante, qui l’influence, ou plutôt la tire en remorque. Le motif dominant du récit, c’est cet écrasement de la narratrice, toujours effacée par l’ascendant de son amie qu’elle ne peut au mieux que suivre (sans que celle-ci en ait voulu ainsi, uniquement acharnée à apprendre, comprendre). Une sorte d’émulation, voire de rivalité sourde, unit les deux jeunes filles : toujours en avance lui semble-t-il, Lila demeure cependant la référence indispensable d’Elena, seule à aller au lycée.
Le meurtre d’un voisin enrichi sans scrupule, Don Achille, constitue un fil d’intrigue. Machisme foncier et susceptible ; espoirs de réussite sociale ‒ l’argent, qui généralement manque : la plèbe, qui contamine et enferme.

« Quels signes pouvais-je donc porter ? Et quel était mon destin ? Je pensai au quartier comme à un gouffre d’où il était illusoire d’essayer de sortir. […]
"J’emploierai toute ma vie, me dit-il comme s’il s’agissait d’une mission, à m’efforcer de ne pas lui ressembler [à son père]." »
Adolescence, 32

« C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. »
Adolescence, 43


Tome premier d’une saga de quatre romans, il se termine sur une amorce de la suite.


mots-clés : #enfance #famille #jeunesse #social #violence
par Tristram
le Dim 24 Déc - 15:53
 
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Sujet: Elena Ferrante
Réponses: 30
Vues: 636

Wallace Stegner

Oups, j'arrive trop tard pour topocl et son train..



The Big Rock Candy Mountain ( La bonne grosse montage en sucre)
traduit de l'anglais ( Etats- Unis ) par Eric Chédaille
Editions Phébus

Ce roman, traduit en 2002, a été écrit trente ans avant Angle d'équilibre. Mais il traite en fait du même thème, analysé avec peut-être moins de recul, et ça se comprend, trente ans de vie aident, quelquefois, à prendre du recul !
C'est une histoire très autobiographique, celle de la famille de cet écrivain américain mort en 1993.
Cette fameuse "candy mountain" représente ce qu'on appelle couramment le "rêve américain", partir de rien et arriver... à quoi, c'est autre chose !
La grande majorité des habitants de ce pays y aspiraient, en tout cas, en ce début de siècle dernier. De là à tous y aboutir....
C'est le récit d'une quête effrénée pour "réussir", en allant toujours plus loin et de manière toujours plus aventurière, du père, donc, de Wallace Stegner, un homme de l'étoffe des premiers pionniers, mais né un peu tard, peut être, alors que la fortune des pionniers est déjà faite, et qu'il ne reste que des miettes à grappiller dans des conditions toujours plus difficiles.

Cet homme traîne derrière lui sa famille, bien obligée de suivre et de s'adapter, sa femme (merveilleux hommage rendu à la femme dans son personnage de mère, le reste est beaucoup plus ambigu) et ses fils, de plus en plus révoltés par les sautes d'humeur d'un père éternellement sujet à des revers de fortune. Un des fils en mourra, et l'autre deviendra universitaire puis écrivain, et son histoire familiale lui servira de trame pour ce premier roman.
A la mort du père, ce fils va lui rendre une sorte d'hommage en écrivant :

"Harry Mason était et un enfant et un homme. Quoiqu'il fît jamais, à n'importe quel moment de sa vie, il fut, jusqu'en ses colères, un être mâle de bout en bout, et il fut presque toujours un enfant.
A une époque plus ancienne, en d'autres circonstances, il aurait pu être un individu montré en exemple par la nation toute entière, mais il n'eût été en rien différent. Il n'en fût pas moins resté un être humain au développement imparfait, un animal social immature ; or, plus la nation va de l'avant, moins il y a de place pour ce genre de personnage. Harry Mason vécut avec celle qui fut ma mère et que je révère pour sa bonté, sa douceur, son courage et sa sagesse. Mais j'affirme, en ce jour où sont célébrées les obsèques de cet homme, et en dépit de la haine que j'ai eue pour lui pendant de nombreuses années, qu'il possédait plus de talents, plus de ressources et d'énergie qu'elle. En affinant les qualités de ma mère, on arriverait à la sainteté, jamais à la grandeur. Ses qualités à lui étaient la matière brute à partir de laquelle se construisent les hommes remarquables. Quoique je l'aie toujours détesté, et bien qu'aujourd'hui je ne l'honore ni ne le respecte, je ne peux lui retirer cela..."

Dans des extraits d'entretiens publiés par le journal Libération en juin 2002, Stegner, parlant de la littérature, écrit :
"Penser qu'il y ait quelque chose de nouveau à dire, à mon sens, ne mène à rien. Ce qui importe, c'est la compréhension toujours plus approfondie de ce qui de tout temps a existé."


C'est ce que, je pense, il a essayé de faire au long de son oeuvre (du même auteur, toujours chez Phebus, deux très beaux romans d'un écrivain plus assagi sinon plus serein, "Vue cavalière" et "La vie obstinée").


mots-clés : #autobiographie #famille #initiatique
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:30
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 44
Vues: 833

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