Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 17 Sep - 23:44

252 résultats trouvés pour famille

Vénus Khoury-Ghata

Une maison au bord des larmes

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Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.


Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
par Aventin
Hier à 0:12
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Fabrice Caro

Le discours

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Une soirée dans la tête d’Adrien, quadragénaire névrosé et éternel loser, qui vient d’être largué par sa copine, et assiste à un repas en famille Sa soeur Sophie, qui ne cesse de lui offrir des encyclopédies, va bientôt se marier, sa mère enchaîne les stéréotypes, son père simule la connivence à coups de clins d’œil… Et comble du comble son beau frère lui demande de faire un discours pour le mariage…

C’est sympa, très bien vu, tellement proche de la réalité que cela fait alternativement sourire et rager, avec une tendance au leit-motiv qui s’incarne aussi bien dans l’esprit tourne-en-rond du narrateur que dans les petits rituels familiaux, aussi exaspérants qu’attendrissants. Un bon moment, même si riend n’est ici inoubliable.

Mots-clés : #amour #famille #solitude #viequotidienne
par topocl
le Sam 14 Sep - 10:11
 
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Anosh IRANI

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Le colis

Pour perdre la face, il faut avoir une face, et pas ce qu’avait Madhu : un visage indéfini, homme et femme se la disputant inlassablement pour tenter de s’imposer. Une énergie féminine existait en elle depuis son enfance. Elle s’était exprimée de manière très progressive, d’abord subtile, une cuisse par-ci, un regard timide par-là, un gloussement dans l’obscurité, puis, plus franche, la femme avait pris le dessus, elle s’était moquée de l’homme et l’avait laissé pour mort. Mais cet homme du passé revenait maintenant prendre sa vengeance, il la punissait de s’être débarrassée de lui, se frayait un chemin vers le devant de la scène. Et si cet affrontement ne cessait pas, elle finirait sans visage. Il ne lui resterait plus qu’un crâne.


En Inde, les hijras sont vénérées, un peu. Méprisées, beaucoup. Et craintes peut-être encore plus. Nées femmes dans un corps d’homme, elles se regroupent en communauté autour de leur gourou. Elles ont le don de bénir ou de maudire, à leur guise. Elles sont « le troisième sexe ». Très jeune, Madhu a fui le rejet familial pour devenir l’une d’entre elles et vivre dans le quartier rouge, haut lieu de la prostitution de Bombay. Mais à bientôt 40 ans, son corps autrefois adulé la trahit, et les questions existentielles affluent...

Madhu est à l’heure des bilans. L’heure d'admettre que la liberté qu’elle a crue trouver chez les hijras n’était probablement qu’illusoire et que, derrière le charme de sa gourou et les soupirs exaspérés de son père, se cachaient une complexité qu’elle a toujours niée. L’heure de réaliser que, dans le quartier rouge, les luttes de pouvoir et d’argent sont à l’oeuvre à chaque instant, jusque les rares endroit dont on les pensait exclus. Son passé, sa vie semée d’échecs la rongent… Et c’est précisément à ce moment qu’on la charge d’un nouveau colis.
Les "colis", ce sont des fillettes vendues par leurs familles et qu’il faut broyer mentalement afin qu'elles se résolvent à leur sort : 10 passes par jour, 300 jours par an. Minimum. Madhu a sa propre méthode, bien différente de la violence inouïe des proxénètes, et pourtant tout aussi glaçante… Cette fois encore elle l’applique froidement, consciencieusement. Mais le chaos intérieur qui est le sien depuis quelques temps l’amène à douter…

Il y a des romans, comme ça, qui vous remuent au plus profond de vous. Des livres qui vous rappellent à quel point un seul être peut receler en même temps des abîmes de tendresse et de monstruosité, et qui vous mettent face à votre propre humanité si imparfaite. Pour moi, Le colis fut de ceux-là.
D'ordinaire, les prostituées comme les hijras ne sont que des ombres interchangeables à la merci des proxénètes et du sida, vouées au rejet, aux quolibets et à la honte. Anosh Irani leur rend un visage, des rêves sous le désespoir, des rires et des amours, aussi. Sa plume, tour à tendre tendre, nostalgique ou d’une crudité acerbe, épouse cette humanité mouvante, ambigüe, reniée et pourtant tellement réelle. Madhu, avec ses contradictions, son verbe haut et sa fragilité, est inoubliable.
Un roman coup de poing. Un roman coup de coeur.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #lieu #psychologique #sexualité
par Armor
le Sam 7 Sep - 16:02
 
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Sujet: Anosh IRANI
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Vénus Khoury-Ghata

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi



Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
par Aventin
le Sam 7 Sep - 8:33
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Charles Bertin

Tag famille sur Des Choses à lire 51q46s10

La Petite Dame en son jardin de Bruges

Originale : Français, 1996

Actes Sud a écrit:Charles Bertin, qui est né en 1919, a rêvé de sa grand-mère, morte depuis un demi-siècle. Au matin, ce rêve lui est apparu comme le signe qu’il fallait sans délai rendre visite à la petite dame en son jardin de Bruges.
Dans la manière d’un tissage aux laines délicates se compose alors, au fil du voyage, un portrait d’une tendresse si sensible et d’une véracité si évidente que nul ne saurait lire ces pages sans aller aussitôt à ses propres souvenirs, ni sans ressentir, à l’exemple de Charles Bertin, l’effroi de revoir si bien sans jamais pouvoir franchir le glacis qu’impose la mort.


REMARQUES:
Donc, il s’agit ici pas d’un roman mais bien d’un récit, un portrait, des souvenirs de Charles Bertin sur sa grande-mère Thérèse-Augustine, et les étés d’enfance qu’il a passé chez elle dans les années 20 et début années 30 à Bruges. Quel sens de la mise en scène elle avait, avec quelle fantaisie elle rejoignait les rêves de son petite-enfant ! Elle avait grandi dans un atmosphère où c’était normal que l’éducation des filles était négligée en faveur de celle des fils de la famille. Quel gâchis ! Tôt, et si on comptait bien : avant le temps imposé, elle tombait enceinte pour pouvoir fuir l’emprise familiale et marier son cheminot. Ensemble ils vont devoir changer d’habitation et d’affectation à plusieurs reprises. Le petit Charles passe ses étés d’enfant chez eux et puis chez la veuve. Il y a le temps sacré et magique passé avec elle qui raconte l’histoire de telle façon qu’elle fait de l’enfant un confident ! Ensemble ils découvriront, carte à la main, la ville de Bruges sous différents aspects. Elle sait rendre les choses intéressantes et mystérieuses. Et elle propose alors la découverte de la mer : et une expédition se fera, inoubliable, à bicyclettes.

Mais bien sûr Charles va passer aussi des heures seul lors de ces séjours, découvrant ces « lieux secrets et magiques », propres à l’enfance. Il s’invente des aventures dont il est le héros (solitaire), explore des endroits mystérieux, et si ce n’est ce grenier attirant.

Hommâge et quasimment lettre d’amour à la grande-mère, mais aussi perspectif retrouvé d’un enfant !

Quelle poèsie !


Mots-clés : #enfance #famille #portrait
par tom léo
le Dim 1 Sep - 15:31
 
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Sujet: Charles Bertin
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Irène Nemirovsky

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Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Karel Schoeman

Cette vie

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La narratrice est une vieille agonisante qui rassemble ses souvenirs tout au long d’une nuit pour « tenter de comprendre, [de] tenter de pardonner. »
Elle a vécu dans une ferme isolée du veld, en bordure du désert du Karoo où hiverne la famille avec les moutons et dont vient sa mère, obstinée, parcimonieuse et irascible. Elle reconstitue, avec ses réminiscences de discrète enfant observatrice et quelques conjectures, l’histoire de son ascendance depuis son établissement jusqu’à la prospérité relative dans ce milieu difficile.
« À la ferme, lorsque j’étais enfant, je jouais souvent seule près du vieux cimetière derrière la colline, là où les anciens jetaient ce dont ils ne vouaient plus ; je ramassais parmi les pierres des fragments de poterie, de porcelaine, ou encore des morceaux de verre bleu ou mauve. Parfois, certains de ces fragments étaient assez gros et assez grands pour permettre, en examinant l’arrondi et les décorations, de retrouver la forme et le motif de la tasse ou du bol d’origine ; c’est ainsi que se présentent les fragments de souvenirs à partir desquels je dois maintenant tenter de reconstituer la forme et les motifs du passé. »

« C’est sans doute comme cela que notre domaine s’est étendu et que nos prétentions se sont affirmées : par des disputes avec les voisins et des menaces ou des violences envers ceux qui étaient plus faibles que nous. »

« …] le but était là depuis toujours et nous autres, les enfants, n’étions que des instruments pour y parvenir. »

Les domestiques, d’anciennes esclaves, dorment à même le sol de bouse séchée, au pied de leur maîtresse. Il y a également une sous-classe de genre de serfs, les Bâtards de Bastersfontein :
« Tous sont morts et enterrés jusqu’au dernier sans laisser ne fût-ce qu’un nom, qu’un visage ; enterrés soit derrière le mur d’enceinte, de l’autre côté du cimetière réservé aux Blancs, soit quelque part le long de la route qui mène vers le Karoo, soit encore dans l’intérieur des terres, vers Grootrivier, là où les ont menés leurs pérégrinations ; les pierres dont on les avait recouverts se sont écroulées et ont été dispersées par le vent, leurs enfants et leurs petits-enfants sont morts à leur tour quelque part dans la plaine, dans le ravin, ou près du feu de camp, et les derniers souvenirs de leur existence se sont évanouis avec eux. Seules leurs voix résonnent encore tandis que je cherche en vain le sommeil. »

La vieille fille de la maison se remémore un drame familial, voudrait ne plus se ramentevoir. Elle aura finalement été seule, une sorte d’étrangère chez elle, un témoin invisible.
Dans ce livre est aussi démontrée la prépotence de femmes fortes, ambitieuses, égoïstes ‒ ainsi que la vanité des vies humaines.
« Dans le coffre où nous rangions le linge de maison, les draps et les taies d’oreiller s’entassaient sans que quiconque prît la peine d’expliquer pourquoi, à l’image de ces terres et de ces troupeaux de moutons dont notre famille, à la même époque, faisait l’acquisition dans la plus grande discrétion, méthodiquement, dans la perspective d’un avenir sans doute inconnu, mais fascinant. »

« En réalité, au fil des ans, seuls les visages autour de la table avaient changé, un simple renouvellement des ombres à la lueur de la bougie dans une maison où, pour le reste, tout était comme avant. »

Après Cette vie et Des voix parmi les ombres, Phébus a édité L’Heure de l’ange, qui clôt le triptyque de Karel Schoeman consacré aux voix ; à écouter bientôt…


Mots-clés : #famille #lieu #ruralité
par Tristram
le Mer 24 Juil - 0:49
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio

Voyage à Rodrigues

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Récit romancé, 1986, 135 pages environ.

Il s'agit d'une relecture, à rebrousse-poil, puisque j'ai envie ces prochaines semaines de relire aussi Le chercheur d'or, qu'on lit en principe avant (voir même L'Africain, histoire de caser ça en trilogie).

Le Clézio m'agace quand il brasse en rond dans ces pages surchargées d'emphase une espèce de vacuité que je peine à prendre pour du souffle (Désert, par exemple, je n'ai jamais pu aller au-delà des premiers paragraphes):
Il est des auteurs que l'on aimerait voir foisonner, se laisser aller à une faconde verbeuse, et d'autres dont on souhaiterait qu'ils se continssent.

135 pages, c'est pourtant bref, mais cela eût pu être écrit sans dommage, à mon humble avis, en 75-80 pages, format nouvelle.
Ce qui fait sujet, c'est un parcours, idéalement d'ordre initiatique, de l'auteur qui tente de mettre ses pas dans ceux de son grand-père, qui a cherché là en vain un trésor de corsaire, entre 1902 et 1930, avec un acharnement des plus rares.

Comme son grand-père s'avéra un gros traqueur de signes et un déchiffreur d'énigme codée, l'auteur effectue un glissement, de signe à signifiant, d'encodages à symbolique, se demandant si, en fin de compte, il n'y a pas là les éléments d'un langage personnel, dont il devient de facto le dépositaire: avec les quelques descriptions, exotiques à souhait, de l'ile, c'est dans l'abord de cette problématique-là qu'il faut rechercher les meilleures pages.

La fin du livre, transcription de son grand-père dans la généalogie des Le Clézio, nous transporte à Eurêka, la munificente demeure familiale mauricienne d'où le grand-père fut expulsé par ses créanciers, et son jardin d'abondance, et la montagne Ory, le Pouce, le Piether Both, toutes éminences bien connues des lecteurs de Malcolm de Chazal.  

La quête de l'auteur est sans fin, nous le comprenons, ainsi que la recherche acharnée du trésor le fut pour son grand père.
Au final tout de même une bien belle lecture, sur un thème...en or, et dans des lieux lointains et esseulés, que Le Clézio nous restitue à merveille: allez vers ces pages sans crainte.

page 63 a écrit:Mais ce trésor, qu'était-il ? Ce n'était pas le butin des rapines de quelques pilleurs des mers, vieux bijoux, verroteries destinées aux indigènes de la côte des Cafres ou des Moluques, doublons ou rixdales. Ce trésor, c'était donc la vie, ou plutôt la survie. C'était ce regard intense qui avait scruté chaque détail de la vallée silencieuse, jusqu'à imprégner les roches et les arbustes de son désir. Et moi, aujourd'hui, dans la vallée de l'Anse aux Anglais, je retrouvais cette interrogation laissée en suspens, j'avançais sur ces cartes anciennes, sans plus savoir si c'étaient celles de l'écumeur de mer ou celles de mon grand-père qui l'avait traqué.



Tag famille sur Des Choses à lire Anse_a10
L'Anse aux Anglais, à Rodrigues.






Mots-clés : #famille #insularite #lieu #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 22 Juil - 22:55
 
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Sujet: Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio
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Josephine Winslow Johnson

Novembre

Tag famille sur Des Choses à lire Proxy195

Face aux espoirs de la jeunesse, les affres de la Grande Dépression dans cette ferme perdue où la famille s’est retirée, s’égrainent au fil d’une année qui conclue sinistrement dix ans de lutte. Pèsent la rudesse du père accablé de n’avoir que de filles, la folie de la soeur aînée, la hantise de l’hypothèque sur la ferme. La sérénité de la mère, dont la résilience est portée par l’amour de Dieu et de son mari, et l’amour du garçon de ferme, quoique sans retour, sont des baumes bienfaisants. La nature sauve en autant d’instants lumineux cette existence tourmentée, jusqu’à ce que la sécheresse s’en mêle, accablante.

Il y a un côté Steinbeck, bien sûr, mais avec des personnages plus torturés et un lyrisme passionné. La détresse de la jeune narratrice alterne en permanence avec une forme d’espoir, à moins que ce ne soit une résignation. Troublant, même si le style dans son emportement et sa singularité  poétique, se fait parfois opaque (traduction?).


Mots-clés : #catastrophenaturelle #famille #jeunesse #lieu #ruralité #social
par topocl
le Lun 22 Juil - 10:05
 
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Sujet: Josephine Winslow Johnson
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Claire Messud

Tag famille sur Des Choses à lire 41g5f511

La fille qui brûle

Cassie et Julia ont 12 ans et se connaissent depuis la maternelle. Elles s'aiment tendrement au point de se sentir jumelles et totalement complémentaires. Cet été là sera l'apothéose de leur complicité, mais, en même temps des failles vont apparaître, mais elles ne le savent pas encore. Les germes de la division sont en fait déjà en elles-mêmes.

Leur milieu familial est très différent et, dans le cas de Cass traumatisant. Sa mère est névrosée, fantasque, et elle va se marier avec un bigot culpabilisateur. Peut-être et surtout, les différences individuelles vont s'affirmer et Cass met fin à leur relation. Elle va tenter de s'émanciper hors de son foyer, mais elle s'égare et se met en danger.

Julia, profondément blessée, s'interroge sur ses responsabilités et aussi sur la féminité.

Parfois, je me disais que grandir en étant une fille, c'était apprendre à avoir peur. [...] Vous découvriez, avez une acuité inconnue dans l'enfance, la vulnérabilité du corps que vous habitiez, ses fortifications imparfaites. À la télévision, dans les journaux, les livres et les films, jamais ce ne sont des hommes qui se font violer, kidnapper, lapider, démembrer ou brûler à l'acide. Mais dans les romans, dans les séries et les films policiers aussi bien que dans la vraie vie, ça arrive tout le temps, tout autour de vous. [...]
Vous grandissez, et à cause de toutes les histoires qu'on vous raconte vous apprenez comment est le monde, et vous commencez à perdre des libertés. Même si personne ne vous dit de vive voix que vous les avez perdues, vous savez qu'il faut faire attention. [...] Méfiez-vous de l'obscurité, de l'isolement, des espaces naturels, des fenêtres mal fermées, des hommes que vous ne connaissez pas. Et ensuite vous découvrez que même les hommes que vous connaissez, ou croyiez connaître, peuvent se révéler dangereux.


Un jour, Cass disparaît.

Je n'en dirai pas plus.

***

Ce qui est passionnant dans le livre, c'est ce qui se passe dans l'esprit de chacun, la remise en question de ce qu'on croit savoir de soi et des autres. Y compris des plus proches.

Toute ma vie j'avais connu Cassie, ses gestes, ses expressions et le timbre de sa voix, le fonctionnement de son esprit et son sens
de l'humour... N'étions nous pas secrètement soeurs, reliées comme par un cordon ombilical ?
Mais j'avais détourné d'elle mon regard, et presque aussitôt, semblait-il, avec le recul, elle avait changé, les choses avaient changé.


Les questions sont là, taraudantes, mais comment y répondre ?

Cassie fait partie de ceux pour qui il n'y a pas de vrai chemin. Elle le sait mais sa connaissance est autodestructrice.

Julia découvre qu'elle est seule à vingt ans et réalise qu'être adulte c'est être seul. Ce que découvre à son tour sa propre mère. Mais Julia est forte et capable de suivre sa propre route.



Mots-clés : #amitié #enfance #famille
par bix_229
le Sam 20 Juil - 15:58
 
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Sujet: Claire Messud
Réponses: 22
Vues: 718

Claire Messud

Avant le bouleversement du monde

"Et elle avait appris une expression balinaise qui l'avait touchée : C'était celle qui décrivait l'époque paisible de l'origine de l'île, lorsque tout allait bien sur terre, avant l'arrivée des hommes blancs. L'expression était "dugas gumine enteg", et elle signifiait
avant le bouleversement du monde."


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Melody, une maîtresse femme, a deux filles, l'aînée Virginia et Emmy la cadette. A l'âge adulte Emmy se marie avec un australien et part vivre dans son pays, tandis que Virginia reste vivre avec sa mère. Deux caractères très différents ; Emmy dit maîtriser sa vie alors que Virginia pense que nous sommes tributaires du destin, notre vie nous échappe.

A la suite d'une grande déception Virginia, alors que la famille est athée, trouve refuge dans la religion et surtout dans son groupe de lecture de la Bible qui se déroule régulièrement chez son amie Angelica.

Emmy après quelques années de confort matériel et moral, une fille Portia en âge de se marier, ne contrôle plus sa vie : son mari la quitte pour sa meilleure amie. Mais a-t-elle jamais contrôler sa vie ? Elle part à Bali pour se retrouver. La seule chose qu'elle arrivera à accomplir, non s'en mal c'est l'ascension de la montagne Abang. Invitée par le fils d' un riche australien elle sera rejetée par une ancienne maîtresse de Buddy Spark. Retour chez elle. Que reste-t-il de son "moi" de l'île, qu'en est-il de son "moi" Sydnéen" ?  Elle se glisse dans  sa vie d'avant, comme dans ses loques refuge.


De son côté Virginia est dans une mauvaise passe, professionnelle mais surtout spirituelle ; elle découvre le révérend faisant l'amour avec un homme. Bouleversée, elle n'en dira mot à personne mais acceptera de partir quelques jours sur l'île de Sky avec sa mère, pensant elle aussi faire le point de sa vie. Retour à Londres.

"Et elle sentait que la seule voie qu' il lui restait était de poursuivre sa quête des bras accueillants de son Dieu. Si elle avait eu un souhait, il aurait été de retrouver son éclatante certitude : n'avoir jamais vu, jamais su, jamais douté."


Durant le séjour sur l'île de Skye où Molly pensait mourir, celle-ci écrit une lettre à son aînée pour lui recommander de se rapprocher de sa soeur.

"Elle et toi, vous ne vous ressemblez pas, à part, malheureusement, par votre orgueil ; vous n'avez pas toujours été gentilles l'une avec l'autre ; c'est peut-être ma faute. Je voulais que vous vous entendiez, mais tu es née avec la peau dure, et Virginia sans peau du tout."

Virginia fait le voyage pour l'Australie afin d'assister au mariage de sa nièce, qu'elle ne connait pas, Portia. Les deux soeurs se retrouvent et chacune mesure le fossé qui les sépare, qui les a toujours séparé, Emmy veut se montrer sous son meilleur jour, elle joue un rôle ce qui n'échappe pas à Virginia qui malgré tout lui envie sa liberté.

"Une telle liberté lui apparaissait à la fois comme la chose qu'elle avait le plus enviée à sa soeur et comme un vide terrifiant, le dénouement effroyablement triste qu'elle prévoyait pour elle-même lorsque leur mère serait enfin partie, la chose justement dont tout le monde semblait chercher à se prémunir avec tant de zèle. Vu sous cet angle, elle ressentait presque de la pitié pour Emmy qui, comme tous les autres, avait tant essayé, et cependant échoué. Pourtant Emmy avait Portia."


***

De beaux portraits de femmes ;  l'auteure nous livre leurs pensées les plus intimes. L'écriture souligne l'ironie, l'hypocrisie, les faiblesses des personnes au gré des situations ; l'incertitude dans laquelle  tout être subit son destin.
Je pense que la religion, les religions sont un peu pointées dans le récit (ou plutôt les adeptes ?), ainsi que la guerre (évoquée à deux reprises, notamment pour son impact sur les deux enfants).

Le choix du titre ; un tacle sur la colonisation ?

De belles descriptions de la région de Bali.

Cette écriture m'a rappelé  JCO qui sait si bien elle aussi  "entrer" dans la tête des personnages.

C'est une première lecture de cet auteure et c'est son premier roman, donc je continuerai à faire sa connaissance.

J'attends vos propositions ! Smile


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique #religion
par Bédoulène
le Ven 21 Juin - 19:04
 
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Sujet: Claire Messud
Réponses: 22
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Henri Vincenot

La Billebaude

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D’abord, le titre :
En note (de l’auteur vraisemblablement) dans le livre :
Billebauder : chasser au hasard des enceintes [zone de remise des animaux en forêt] et des voies [ensemble des traces laissées par un animal, permettant de l’identifier et de le suivre] ; faire les choses au hasard.
Chasser à la billebaude : chasse au hasard des rencontres.
« Et voilà que je me laisse entraîner dans des digressions qui s’emmanchent l’une dans l’autre et qui met là où je n’avais pas prévu d’aller, mais n’est ce pas que ça que billebauder ? C’est notre façon de chasser certes mais la vie toute crue n’est-elle pas une billebaude permanente ? »

Chez Littré :
Billebaude : « Terme familier qui signifie confusion, désordre. »
À la billebaude : « En confusion. »
« Tir à la billebaude, tir irrégulier et à volonté, s'est dit autrefois soit à la guerre, soit à la chasse. »
Pour le TLFi :
À la billebaude : en désordre, dans la confusion,
Chasser, tirer à la billebaude : chacun à sa fantaisie, sans que des places précises aient été assignées.
Wiktionnaire :
Billebaude : sorte de traque du gibier menée au hasard.
Billebauder : chasser au hasard et généralement mal, en parlant de chiens.
À la billebaude : (Bourgogne) (familier) à la fantaisie ; au hasard.
En billebaude : en parlant d'un type de chasse ou d'attaque dans lequel les chasseurs ou les soldats ne sont ni postés, ni alignés.

Œuvre principale, ou la plus connue (vendue) de Vincenot, ce livre (autobiographique dans une large mesure) mérite une précaution liminaire : il n’est plus mainstream. D’entrée le narrateur-auteur enfant découvre l’anus du chevreuil braconné par son grand-père :
« Ce fut une sorte d’ivresse : cette fiente sentait bon ! On peut avoir une idée de son parfum en broyant ensemble des noisettes, des mûres dans du lait aigre avec un je-ne-sais-quoi qui rappelait la terre, le champignon, la mousse, la touffeur des ronciers épais où n’entrent jamais les rayons du soleil. C’était plus qu’il n’en fallait à l’époque pour me saouler. »

C’est qu’on aime la sauvagine et son fumet, dans la famille Tremblot ! Et on y parle vert, et dru !
Texte savoureux : terroir, identité forte, les mots et les mets, le dialecte et celui de la cuisine ; encore cette liberté de randonner dans de vastes terres boisées ‒ d’y chasser !
« À les entendre, la chasse devenait ce qu’elle était vraiment : la plus noble, la plus sûre, la plus haute préoccupation de l’être humain, roi de la terre. »

Il faudra certes bémoliser… De même, Vincenot le bourguignon revendique fièrement l’appartenance à « l’ancienne civilisation », gauloise, celte, voire mégalithique, « le temps des grosses pierres » ‒ ce qui est sans doute erroné… Et dire que les propos issus de ce milieu traditionnel frôlent parfois le conservatisme voire le réactionnaire ne me semble pas excessif ; cet ardent pamphlétaire va même jusqu’à préconiser l’Inquisition pour limiter « la réussite des cuistres ! »… On trouve cependant profit à lire ces réflexions (achevées et parues en 1978) sur le "progrès", le risque technologique, la destruction de l’environnement et du monde rural :
« Ce n’est que plus tard que je compris encore autrement les choses, mon "exceptionnelle intelligence" n’avait pas encore à cette époque la maturité voulue, ni l’expérience, pour se cabrer contre cet écrémage du monde rural de l’artisanat et de l’agriculture qui lui enlevait ses meilleurs éléments dès leur certificat d’études primaires pour les verser à jamais dans le monde de la théorie, pour en faire des administratifs, des bureaucrates ou des hauts théoriciens de tout poil, des ingénieurs, des inutiles coûteux, des nuisibles bien payés, perdus à jamais pour le monde sain et équilibré de l’ouvrage bien fait.
Là commençait cette crise qui dévore comme chancre la société moderne et qui la tuera aussi sûr que furet saigne lapin ! Mais du diable si toutes ces idées contestataires pouvaient me venir. Autour de moi, on s’extasiait au contraire devant ce merveilleux élitisme scolaire et universitaire qui permettait aux enfants des milieux les plus modestes de s’élever vers les plus hautes destinées, et autres fariboles. »

« Mon bel avenir ! Mais je lui tournais le dos ! Mon avenir était dans les pâturages, dans les bois où les derniers de la classe jouaient à la tarbote [jeu d’adresse] en gardant les vaches, en attendant d’aller à la charrue ou d’apprendre à raboter les planches. Leur école avait le ciel pour plafond, et que me restait-il à moi, condamné aux études à perpète ? Une journée de liberté par semaine, celle de la grande promenade, pour reprendre respiration, comme une carpe de dix livres qui vient happer une goulée d’air à la surface d’un plat à barbe, oui, voilà l’impression que je me faisais.
Devant moi, je le pressentais sans bien l’imaginer avec précision, s’étendait une vie où je ne vivrais vraiment qu’un jour sur sept, comme tous les gens des villes et des usines, le jour de la grande promenade des bons petits citadins châtrés. »

« Or, tous les poètes, tous les rêveurs, tous les "littéraires", comme on disait, choisissaient comme moi le groupe qui devait gagner les espaces rupestres, sylvestres, champêtres, les zones imprécises et inutiles, sans clôture, sans chemin, sans ciment et sans bitume. Les forts en mathématiques, au contraire, se trouvaient tous dans le groupe qui se traînait en ville sur le macadam et cherchait à voir passer des automobiles pour les compter, fourrer leur nez dans le capot si par bonheur l’une d’elles venait à tomber en panne.
A tort ou à raison, je vis dans ce clivage naturel, quoique manichéen, le partage spontané de l’humanité en deux, dès l’enfance ; d’un côté, les gens inoffensifs, de bonne compagnie, un tantinet négligents, mais dotés d’imagination, donc capables de savourer les simples beautés et les nobles vicissitudes de la vie de nature, et, de l’autre, les gens dangereux, les futurs savants, ingénieurs, techniciens, bétonneurs, pollueurs et autres déménageurs, défigureurs et empoisonneurs de la planète.
Certes, ce n’est que quelques années plus tard que je devais découvrir ce paradoxe bien celte, énoncé par mon frère celte Bernard Shaw : Les gens intelligents s’adaptent à la nature, les imbéciles cherchent à adapter à eux la nature, c’est pourquoi ce qu’on appelle le progrès est l’œuvre des imbéciles. […]
Et je ne croyais pas si bien dire ! Mais, qui, à l’époque, ne m’eût pas considéré comme un plaisantin ? Aujourd’hui, pourtant, parce que l’on se désagrège dans leur bouillon de fausse culture, que l’on se tape la tête contre les murs de leurs ineffables ensembles-modèles, que l’on se tortille sur leur uranium enrichi comme des vers de terre sur une tartine d’acide sulfurique fumant, que l’on crève de peur en équilibre instable sur le couvercle de leur marmite atomique, dans leur univers planifié, les grands esprits viennent gravement nous expliquer en pleurnichant que la science et sa fille bâtarde, l’industrie, sont en train d’empoisonner la planète, ce qu’un enfant de quinze ans, à peine sorti de ses forêts natales, avait compris un demi-siècle plus tôt. Il n’y avait d’ailleurs pas grand mérite car, déjà à cette époque, ça sautait aux yeux comme le cancer sur les tripes des ilotes climatisés. Et, que l’on me pardonne, il m’arriva de vouloir, déjà à cette époque, arrêter le massacre, endiguer le génocide généralisé, mettre un terme à la fouterie scientifique et effondrer le château de cartes des fausses valeurs. »

« ‒ Un seul conduira la Cormick [la toute nouvelle faucheuse mécanique, qui remplace dix faucheurs] ! mais les neuf autres ? hein ? Qu’est-ce qu’ils feront les neuf autres ? Tu veux que je te le dise ? Ils iront à Dijon, à Paris, esclaves dans les usines ! Et les villages deviendront vides comme des coquilles d’escargots gelés. Le ventre des maisons se crèvera, qu’on ne verra plus que les côtes de leurs chevrons ! Et eux qu’est-ce qu’ils deviendront, là-bas, dans la ville ? Des mendiants de l’industrie, des mécontents-main-tendue, des toujours-la-gueule-ouverte !… »

« Une horloge pointeuse !
Lorsque je vis cet instrument pour la première fois et qu’un huissier m’expliqua comment je devais m’en servir, je crus à une plaisanterie de bizuthage. Je répondis bravement que je trouvais cela plaisant et je passai outre. Mais on me rattrapa vivement en me disant que le pointage était obligatoire !
Oui brave gens : à l’avant-garde du progrès et des techniques de pointe en matière de gestion des entreprises, d’économie et de sociologie, l’École des Hautes Études commerciales donnait, dès cette époque, l’exemple, en imposant aux admirables élites estudiantines, aux futurs dirigeants de la société rationnelle, standardisée, technocratique et totalitaire en pleine gestation en Europe, cet avilissement quatre fois quotidien, cette abjecte génuflexion devant la machine. Ce mouchard impavide ridiculisait tout simplement ce que le Compagnon-fini avait de plus noble et de plus efficace : la Conscience et le libre arbitre.
Le déclic de cet engin pointeur, c’était le bruit de la dignité qui se brisait et toute joie d’œuvrer et de vivre alors m’abandonna.
J’étais atterré. […]
Halte à la technique ! Halte à la croissance ! »

Il y a bien sûr aussi un aspect historique de cette société riche en femmes après la première Guerre Mondiale, et même un témoignage pratiquement de valeur ethnologique sur le lieu. Artisanat et compagnonnage, bourrellerie, forge (feu, fer ‒ puis locomotives !), paysannerie, importance de l’Église ‒ et de croyances plus anciennes.
Beaucoup d’aperçus étonnants, comme l’importance du chant (notamment à l’église, justement), ou la longévité inattendue à cette époque, que les « astuces de la statistique » nous masquent aujourd’hui :
« Oui, pleines de femmes étaient alors les maisons ! Pas de camarade à moi qui n’eût lui aussi, dans nos pays de prodigieuse longévité, deux mémères-bi, une Tontine aussi et, bien entendu, sa mère. Que de girons pour s’y cacher ! […]
Tout ce monde vivait dans la maison familiale au rythme des chansons. On pouvait entrer à n’importe quelle heure, on était sûr d’entendre au moins chanter une femme, et les plus vieilles n’étaient pas les dernières. Le plus souvent, d’ailleurs, elles chantaient toutes ensemble, à l’unisson il est vrai, car la race n’est pas musicienne et se contente de la romance ; on les entendait alors jusque sur le pâtis.
Il faut dire que la radio leur était inconnue. Elles fabriquaient donc elles-mêmes leur musique. »

« En tout, un bon tiers d’animal, quelque vingt-cinq kilos d’une viande noire à force d’être rouge, encore en poil, bardée d’os blancs comme ivoire.
Toutes ces femmes avaient passé deux jours à dépiauter, à mignarder cette chair musquée comme truffe, pour la baigner largement dans le vin du cousin, où macéraient déjà carottes, échalotes, thym, poivre et petits oignons. Tout cela brunissait à l’ombre du cellier dans les grandes coquelles en terre. C’était moi qui descendais dans le cellier pour y chercher la bouteille de vin de table et lorsque j’ouvrais la porte de cette crypte, véritable chambre dolménique qui recueillait et concentrait les humeurs de la terre, un parfum prodigieux me prenait aux amygdales et me saoulait à défaillir. C’était presque en titubant que je remontais dans la salle commune, comme transfiguré par ce bain d’effluves essentiels et je disais, l’œil brillant :
‒ Hum ! ça sent bon au cellier !
Alors les femmes radieuses me regardaient fièrement. Ma mère, ma grand-mère, la mémère Nannette, la mémère Daudiche, toutes étaient suspendues à mes lèvres pour recueillir mon appréciation. C’était là leur récompense.
De son côté, le grand-père s’occupait des viandes à rôtir. Aux femmes les subtiles et multiples combinaisons des bouilletures, meurettes, gibelottes, salmis, civets, saupiquets, qui supposent les casseroles, coquelles, cocottes et sauteuses, mais aux hommes, toujours, depuis le fond des temps, l’exclusivité des cuissons de grand feu, des rôts et des grillades, celles où brasier et venaisons communient sans intermédiaire. C’était alors ainsi. Les dons spécifiques des sexes étaient utilisés, même dans les plus petits détails de la vie. C’était là une des caractéristiques de notre vieille civilisation. »

Mais « la vie à la campagne au temps de la civilisation lente » n’était pas non plus le paradis :
« Aux vacances de Noël, c’était autre chose : le bûcheronnage. À celles de Pâques, les bêchages, les débardages de bois avec trois juments de file dans les fondrières de la montagne, et, en tout temps, deux heures de scie par jour pour débiter, dans le bûcher, le bois pour la journée. »

Encore que l’exercice permette de dévorer impunément, et de garder le contact avec la nature primordiale…
« Qui n’a pas couru pieds nus dans le fumier ne sait pas ce que c’est que la joie de vivre, le fumier frais surtout, somptueux, qui fume dans la fraîcheur du matin et vous entre, bien tiède, entre les orteils. Voilà l’image que j’ai de la misère de cette époque dans nos pays. Je ne peux pas vous en dire davantage, sans inventer mensonge. »

Célébration d’un mode de vie à la fois fort économe et fondé sur l’abondance de bonne chère comme sur l’activité physique (notamment manuelle et pédestre) :
« Après moisson, nous glanions avec acharnement, ramassant épis après épis, pour les volailles. En définitive, qu’achetait-on ? Cinq livres de plat de côtes ou de rondin par semaine, pour le pot-au-feu et chaque mois un litre de caillette pour emprésurer dix litres de lait par jour, car notre vache, une montbéliarde, nous donnait en moyenne vingt à vingt-trois litres quotidiens. On faisait des fromages gras, de gros fromages qui mûrissaient dans le cellier et qu’on lavait à l’eau salée tous les soirs ; ils devenaient roses et mauves sur leur feuille de platane étalée. Le petit lait servait à faire la pâtée du cochon et à me désaltérer en été.
Nous mangions au moins un fromage de quatre livres dans la journée, soit frais, soit passé, c’est-à-dire mûri à cœur et couvert d’une peau rougeâtre qui se ridait à la surface et dont les grand-mères conduisaient la fermentation en le lavant à l’eau plus ou moins salée ou bien la ralentissaient en temps voulu avec des ablutions d’eau-de-vie. »

On retrouve l’inéluctable sacrifice annuel du porc, avec une belle morale finale :
« Chacun connaît si bien son petit travail personnel qu’en moins de deux, les jambons et les épaules sont détachées, les filets levés, le filet mignon mis à l’écart, avec le foie, le cœur, les rognons et la saignette, le côtis partagé en six carrés, les pattes grattées, les ergots arrachés et jetés aux gamins qui tournent autour du sacrifice, avec les chiens, prévenus on ne sait comment.
Ils se les disputent pour les croquer tout crus pendant qu’on fend la hure en deux et que la cervelle jaillit, toute rose, hors de son alvéole. Tous les morceaux s’étalent sur un linge blanc sur la grande table et le grand-père prépare "les présents".
Ce sont les morceaux traditionnels que je vais aller porter à sept ou huit voisins. Ce n’est pas charité, mais équité, car lorsque ces gens-là tuent leur cochon, ils réservent les mêmes morceaux pour nous.
On dit : "Deux façons de conserver le cochon : le sel et l’amitié." Toujours cette morale utilitaire qui règle et stimule les élans du cœur.
Il faut comprendre que la viande qui va au saloir, on la retrouvera salée, tout au long de l’hiver, mais celle qui va au voisin, elle vous reviendra aussi, mais fraîche, sous la forme de présent en retour, avec, en plus, une intention d’amitié qui vous réchauffe. »

C’est encore une expérience de communion à la nature, de prise directe sur la réalité, qui disparaît avec ces mœurs :
« Puis cela se perdit dans les combes, mais, alors que tout redevenait majestueusement silencieux, j’entendis le léger "froutt froutt" d’un lièvre qui se dérobe. Je pensais que c’était la bête de chasse qui, les oreilles en arrière, s’approchait. Et j’en eus la certitude lorsque tout à coup à cent mètres de moi, il y eut une ruée brutale, fulgurante, puis un cri incroyablement aigu. C’était le cri d’agonie du capucin. Là, à une portée de fusil de moi, le couple de renards venait de réussir sa merveilleuse stratégie, maintes fois répétée et modifiée, mise au point inlassablement. Sa stratégie vitale. Et un lièvre venait de manquer la sienne. Tout prenait un sens, le plan universel se déroulait, et moi j’avais ma place dans ce plan. Chacun de nous, le lièvre, le couple Renard et moi étions là où il fallait que nous fussions. »

De façon assez originale, le protagoniste-Vincenot, en pension, dessine une carte des environs qu’il parcourait, et y organise ses rêveries cynégétiques ; une philosophie rustique en découle :
« Nous n’avions pas encore fini d’étudier le premier acte d’Athalie et le dixième théorème de géométrie plane que je me trouvais déjà en possession d’une carte assez satisfaisante de mes propriétés, car je possédais tout cela pour l’avoir parcouru, regardé et retenu dans ma tête et dans mon cœur.
Un mois de claustration, de cette claustration tant redoutée, avait suffi (à quelque chose malheur est bon !) à me faire admettre cette définition de la liberté et de la richesse, que j’inscrivis à l’intérieur de mon pupitre et que je savais par cœur pour l’avoir trouvée je ne sais où, peut-être dans mes propres rêveries :
Toute chose t’appartient que tu peux amasser dans ta mémoire et conserver dans ton cœur.
Je devais y ajouter un peu plus tard, lorsque nous fîmes connaissance des épicuriens et des stoïciens, …et cette richesse-là, rien ni personne ne pourra jamais te l’arracher.
Enfin, cette phrase d’Épictète :
Considère-toi comme homme libre ou comme esclave, cela ne dépend que de toi.
La carte ainsi obtenue était un prodigieux monument de subjectivité. Ainsi les terriers de garenne ou de renard, les repaires des chats sauvages y étaient indiqués soigneusement, les moindres bourbiers que l’on nomme chez nous des mouilles, où les sangliers viennent se vautrer à plaisir, y figuraient avec une grande précision ainsi que les roches, les éboulis, les grands arbres, foyards, chênes et tilleuls sacrés, que l’on appelait les "Ancêtres", et qui pouvaient se vanter d’avoir vu passer les hommes d’armes de Charles le Téméraire et, qui sait ? les convois de la croisade de saint Bernard partant de Vézelay et gagnant, par le travers de nos monts, ces pauvres régions barbares situées au sud de Mâcon, brûlées de soleil, où les guettaient les punaises, la peste et les pires malandres [maladies (lèpre), malheurs ? ]. »

On rencontre aussi de beaux personnages, tels ces colporteurs de nouvelles, Jean Lépée, « messager » plus que roulier, et la Gazette, trimardeur, « le vicaire des alouettes, le prophète des étourneaux, le pape des escargots », celui-là même du roman éponyme.
« Jean Lépée était un des plus grands philosophes que j’aie jamais connus. S’il était à la pêche et qu’on lui demandât : "Ça mord ?", il répondait : "Un peu, un peu, y a pas à se plaindre. – Mais, Jean, votre bourriche est encore vide ? – Oui, oui, j’ai bien encore rien pris, mais ça ne va pas tarder, le vent tourne."
Je l’ai vu rentrer fin bredouille. Il disait à ceux qu’il rencontrait : "Bonne journée ! Bonne journée !" S’il pleuvait, ça faisait pousser ses salades. S’il faisait sec, ça faisait mûrir ses nèfles. La vie était merveilleuse autour de lui.
Le chariot avançait en balançant sa lanterne au rythme des mulets endormis qui marchaient par cœur. Ils s’arrêtaient pour pisser, on descendait en faire autant ; ils repartaient avant qu’on ait fini, on les rattrapait cinq cents mètres plus loin. Ça dégourdissait les jambes. Si on s’endormait, ils continuaient tout seuls, ils connaissaient bien sûr le trajet par cœur. La campagne était immense et le temps était infini. »

« La Gazette but une troisième goulée, puis continua :
‒ … Il est assis dans un très grand fauteuil de velours rembourré, et les anges lui apportent à manger. Et il mange ! Il mange sans s’arrêter, parce qu’il peut manger sans attraper d’indigestion, lui. Pardi, sa panse est grande comme l’univers ! Il peut avaler des mondes et des mondes sans s’arrêter, il a toute l’éternité… Les anges lui versent des tonneaux de passetougrain dans la bouche et quand il avale, cré milliard de loups-garous, ça fait le bruit de la cascade du Goulou ! Oui !… C’est le repas de Dieu !
La Gazette vient de s’étaler sur un sac de riz, le ventre débridé, la mine épanouie et savoure sa phrase finale comme un verre de ce passetougrain divin. »

Dans ce livre décousu, où les chapitres sont de durées fort inégales et vaguement organisés chronologiquement ou par thèmes, un épisode marquant est celui, ultime, de la découverte de la Peuriotte, « ce hameau abandonné dans la plus belle des combes de toute la Bourgogne chevelue », que Vincenot fera revivre.
« Une espèce de sentier nous prit et nous conduisit près d’un lavoir brisé où coulait l’eau d’une source captée entre deux roches, elle remplissait un petit lavoir et, au-delà, elle se perdait dans le cresson, le baume de rivière et la menthe, et divaguait dans un verger mangé de ronces, d’épines noires et d’herbes plates. »

Et bien sûr il trouve femme parfaite pour refonder la Combe-Morte, au « vieux pays »…

Mots-clés : #enfance #famille #identite #nature #ruralité #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Sam 15 Juin - 16:59
 
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Sujet: Henri Vincenot
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Michael Ondaatje

Divisadero

Tag famille sur Des Choses à lire Divisa10

Veuf, le père d'Anna adopte deux orphelins, Claire et Cooper. Soudés dans une même fratrie sans être du même sang, ses trois enfants grandissent en osmose dans une petite ferme de Californie. Une nuit, le père découvre Anna nue dans les bras de Cooper. Drame, coups de sang, fugues. Les trois enfants se séparent. Chacun trace son chemin. Des années plus tard, leurs destins se croiseront à nouveau.

Présentation de l'auteur.


J'ai découvert l'écriture de Michael Ondaatje avec ce récit et j'avoue que cela a été une belle rencontre.

La narration est très belle, un grande part faite à la nature et dans ce cas-ci, une construction du roman que j'ai adorée. Et je ne peux m'empécher d'aimer les livres qui me parlent encore et encore de ... livres !

Roman choral mais également "à tiroirs" , les récits des uns et des autres s'imbriquant les uns dans les autres. Des personnages "secondaires" qui permettent de décrire d'autres cultures - comme le Manouche- ou d'autres destins - comme celui de cet homme sur lequel Anna travaille- .

Et c'est ainsi, qu'à un moment, pour moi, un second livre naît dans le premier...


C'est comme une villanelle cette tendance à revenir sur le événements du passé, de la manière dont la villanelle elle-même se refuse à adopter un développement linéaire pour tourner au tour des instants d'émotions familiers. Seule compte la relecture, a dit Nabokov... Car nous vivons dans les rappels de notre enfance qui se fondent et se répercutent tout au long de notre existence...Nous vivons en permanence dans la répétition de nos propres histoires, et cela quelque soit l'histoire que l'on raconte.


Mots-clés : #enfance #famille #fratrie
par kashmir
le Dim 9 Juin - 22:08
 
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Sujet: Michael Ondaatje
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Kéthévane Davrichewy

Tag famille sur Des Choses à lire 414bkf10

La mer noire

Aujourd’hui, Tamouna a 90 ans. C’est une vieille dame épuisée qui vit sous assistance respiratoire. Pourtant, c’est avec le coeur battant d’une midinette qu’elle attend Tamaz, qui s’est annoncé à la fête organisée par la famille pour son anniversaire. Tamaz, son amour de jeunesse, l’homme des occasions manquées, qui a traversé sa vie d’émois en regrets, et n’a jamais quitté ses pensées...

Durant cette journée où elle attend Tamaz, Tamouna se remémore son existence ; l’enfance heureuse, en Géorgie, avec la ribambelle de cousins et de frères et sœurs. Puis, en 1918, la déclaration d’indépendance du pays, dont son père devint l’éphémère ministre de l’agriculture. Les premières amours, le temps d’un été, auprès de Tamaz. Un temps qui se rêvait éternel, mais ne fut qu’une parenthèse enchantée avant l’irrémédiable la déchirure : la fuite devant l’invasion soviétique et son cortège de représailles, et l’inquiétude dévorante quant au sort de ceux qu’on a à jamais laissés derrière soi...
Arrivés en France, il a bien fallu se construire une vie. A travers le destin de Tamouna se dessine en creux le sort des immigrés Géorgiens ; l’adaptation à la vie française, la nostalgie du pays perdu, le besoin de préserver les coutumes, de rester soudés pour ne pas affronter seuls l’adversité, et de garder une forme de légèreté, aussi, malgré les épreuves et les deuils. Dans la vie de tous ceux-là il y a eu la guerre, ceux qui ont choisi le camp de la résistance et ceux qui ont combattu auprès des Allemands. Et puis la vie comme elle va, les enfants, les amis, les  amours éphémères, et pour Tamouna, toujours Tamaz, aperçu de loin en loin, comme un rappel du paradis perdu et de ce qui aurait pu être…

Le récit alterne sans cesse entre présent et passé avec nostalgie, pudeur, et une vraie tendresse pour cette famille géorgienne, ses silences, ses non-dits, ses éclats de rire et son incroyable capacité de résilience.

Merci Kashmir, grâce à toi j’ai pu cocher la case Géorgie de mon périple mondial avec un bien joli livre !


Mots-clés : #amour #exil #famille #immigration #nostalgie
par Armor
le Ven 7 Juin - 19:04
 
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Sujet: Kéthévane Davrichewy
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Nuala O'Faolain

Best Love Rosie

Tag famille sur Des Choses à lire Rosie10

La cinquantaine passée, Rosie qui a parcouru le monde pour son travail décide de quitter celui-ci et de revenir vivre en Irlande auprès de sa tante Min qui l'a élevée.

Les deux femmes n'ont pas eu la même existence, n'ont pas les mêmes idées, et le retour de Rosie s'accompagne pour celle-ci d'une multitude de questions concernant sa vie passée et celle qui l'attend.

Je n'en dirai pas plus parce qu'il faut découvrir les choses petit à petit. Les paysages de l'Irlande, la vie de ce pays, son Histoire et la présence de l'"écrit"- des livres et des auteurs cités - font de ce roman un réel bonheur de lecture.
C'est le livre à lire quand les jours paraissent tristes et que la nostalgie envahit tout.

On en sort ragaillardi, "dépoussiéré" par le vent irlandais et plein de projet pour l'avenir !


Je n'ai pu m'empècher de murmurer en refermant ce livre, la même phrase que j'avait dite en ayant regardé La vie est belle de Franck Capra : "la vraie vie n'est pas si simple que cela...."

Mots-clés : #contemporain #famille #nostalgie #solitude #vieillesse
par kashmir
le Dim 26 Mai - 15:43
 
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Sujet: Nuala O'Faolain
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Per Petterson

Jusqu’en Sibérie

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Originale:  Til Sibir (Norvègien, 1996)

CONTENU:
Nous accompagnons Jesper et sa soeur cadette de trois ans (je n’ai pas trouvé un nom ?), en plusieurs épisodes. Cela se passe dans le grand Nord du Danemark, commençant au milieu des années 30 quand nos protagonistes ont une dizaine d’années. Même si la sœur (qui est la narratrice) est une soixantanaire quand elle écrira, l’histoire s’arrêtera vers 1948, à son retour de la Suède. Ils avaient vécu donc dans un port danois, et avaient à souffrir d’un père silencieux et d’une mère bigote qui chante ses hymnes sur son orgue à casser les oreilles des autres. Tandisque Jesper rêve du Maroc et s’identifie avec les combattants républicains de la Guerre en Espagne, elle rêve de la Sibérie. Qu’est-ce qu’il en adviendra ? Quand plus tard arrivera aussi le voisin allemand et occupera le pays (2ième partie)? Et quand on va s’éloigner de la patrie (3ième partie) ?

REMARQUES:
Petterson fait donc intervenir une narratrice, et voilà déjà une idée belle et, peut-être réussie. Elle regarde en arrière, vers un passé lointain, comme le fait le narrateur dans « Pas facile de voler... ».

Le temps prédominant semble être le brouillard, le temps de jour prédominant la nuit. La mort ou une menace diffuse, des relations cassées entre des générations et des problèmes d’alcool ne sont pas trop loin derrière les expériences d’enfants innocents. Donc, il y a des nuages sombres à l’horizon, et une atmosphère lourde et solitaire. S’il n’y avait pas comme contrepoids alors cette relation entre frère et sœur qui semble être appelée à remplacer tout ce qui ne peut pas être donné par la famille, par la société… Cet amour donne relief aux premières deux chapitres (de trois) et manquera justement cruellement dans la troisième.

Est-il permis de penser que

Spoiler:
rien aura remplacé chez la sœur son frère et qu’à l’annonce de la mort de celui-ci – comme elle le dira – la vie s’est arrêté. Depuis plus rien d’important est advenu dans sa vie.


On trouvera des références à Stig Dagerman et aussi, me semble-t-il, un image d’un roman de Dostoïevski : le cheval maltraité à mort ! Pendant un temps on trouvera en elle une lectrice affamée !

Si j’ai eu l’impression que dans sa troisième partie le roman perd un peu de son intérêt, cela peut alors tenir à l’absence du frère, et une certaine perte d’orientation chez elle.

Moins fort que « Pas facile que de voler des chevaux » !

Mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #fratrie #initiatique
par tom léo
le Mar 21 Mai - 22:39
 
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Sujet: Per Petterson
Réponses: 12
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Patrick Gale

Tableaux d'une exposition

Tag famille sur Des Choses à lire 71bnda10

De son écriture tout en nuances, Patrick Gale nous livre une chronique familiale douce-amère autour de la figure maternelle d'une artiste peintre bohème et excentrique, dans le décor splendide de la Cornouailles. Par une belle journée d'hiver, Rachel Kelly s'écroule dans son atelier. Cette peintre renommée laisse derrière elle une oeuvre impressionnante et une famille déchirée. Un homme, d'abord, Antony, qui fut son compagnon, son soutien, son souffre-douleur aussi, quand ses crises dépressives étaient trop fortes ; deux fils qui ne se sont jamais sentis à la hauteur de cette mère trop douée, trop passionnée, trop vivante ; une fille, Morwenna, qui a choisi de fuir... Comment les liens qui les unissaient se sont-ils distendus ? Qui était vraiment cette artiste de génie, gravement malade, qui a toujours fait passer l'art avant tout ? Pourquoi la fragile Morwenna a-t-elle soudain rompu avec ses parents ? Qu'est-il arrivé à Petroc, le petit dernier, le fils préféré, disparu trop tôt ? Quels secrets les tableaux de Rachel Kelly ont-ils encore à livrer ?



L’histoire se déplie au fil de la découverte des tableaux de l’artiste Rachel Kelly, exposés post mortem. La vie de l’artiste, au travers des regards de ceux qui l’ont le mieux connue, ses enfants, sa sœur, son époux, est ainsi évoquée dans les bribes de souvenirs que chacun livre, dans les bouts de leur histoire avec elle, et au travers des quelques mots apposés comme présentation de chaque œuvre.

Ainsi, nous rencontrons au fil de ce roman une mosaïque de portraits de Rachel Kelly, des périodes artistiques qu’elle a pu avoir, des différents moments de sa maladie, entre moments dépressifs ou maniaques. Nous apprenons un peu de sa vie, et ses mystères peu à peu s’éclairent, au fil des tranches de vie livrées pat les autres personnages.

On perçoit comment chacun, dans sa relation avec elle, a eu de bons moments et d’autres plus compliqués ; et, au-delà, au travers de ces brefs témoignages comme des clichés photographiques,  on perçoit comment la maladie de Rachel a régenté la vie de chacun et leur a dévoré une part de celle-ci.

Mais de Rachel, finalement, on ne saura que ce que d’autres ont retenu d’elle, ont partagé avec elle ou se souviennent d’elle, ce donc au travers du filtre de leurs sentiments, attentes comblées ou déçues. Rachel gardera donc sa part de mystère, sa part d’insu. Elle ne parle pas, on ne l’entend pas, juste on la devine alors qu’elle est au centre de l’histoire, sans y être présente mais en prenant toute la place

Ce roman, c’est l’histoire d’un deuil qui ravive les souvenirs d’une vie, où chacun se réapproprie son lien avec la défunte et fait avec ce qu’elle a laissé. C’est, derrière cela, l’histoire d’une famille à part où chaque membre est différemment déchiré par sa relation à cette mère, femme, amie, sœur, hors norme, une femme abîmée de différentes manières, dont on ne percevra la fêlure que tard et pour laquelle il faudra se contenter de juste l’entrapercevoir.

Cette lecture a été riche, j’ai trouvé le choix de l’auteur intéressant, et inhabituel. J’ai voulu, et continue à souhaiter, en savoir plus sur Rachel, mais là est toute la frustration de l’œuvre, on reste quelque part avec ses attentes et questions.


Ce que je pourrai reprocher à ce choix, c'est le revers du choix que l'auteur a fait d'utiliser différents regards, car, bien que très intéressant, avancer au fil de ces bouts d’histoire disparates a fait que j’ai eu du mal à m’attacher à un personnage et à m’émouvoir avec lui, attendre la suite des événements. Ce serait le bémol pour moi de ce livre, de ne pas avoir réussi à m’embarquer avec lui car je me suis toujours sentie coupée dans une histoire, une tranche de vie.

Mots-clés : #famille #peinture #portrait
par chrysta
le Dim 19 Mai - 21:15
 
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Sujet: Patrick Gale
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Alice McDermott

La neuvième heure

Tag famille sur Des Choses à lire 51lysm10

Nous sommes entre deux guerres, dans un quartier populaire de New-York, où malgré leurs bigoteries et leur rigorisme, les bonnes sœurs développent des trésors d’humanité pour adoucir le quotidien de la veuve, de l’orphelin et de bien d’autres qui souffrent et se débattent.

C’est là qu’ont vécu enfants les parents du curieux "nous"  anonyme qui raconte. Là que la rigueur de leurs existences amène tour  à tour le grand-père, la grand-mère et la mère de ce « nous »  à se rendre coupables d’un péché mortel, pourtant péripétie ordinaire de leurs vies difficiles, qui les confronte à la réprobation ou la bienveillance de chacun.  

Surtout la bienveillance, au final, qui semble être une des qualités maîtresses de l’œuvre de McDermot, avec la subtilité, la douceur et une extraordinaire proximité à l’humilité et la souffrance des petites gens. Une réelle aménité pour ces vies si dures, faites de sentiments profonds, de droiture, d‘odeurs  mêlées et de lumières. J’ai beaucoup aimé cette voix singulière et attentive.


Mots-clés : #famille #relationenfantparent #religion
par topocl
le Dim 19 Mai - 18:44
 
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Sujet: Alice McDermott
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Vues: 376

Angela Flournoy

La maison des Turner


@kashmir a écrit:La maison des Turner

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Une histoire autour d'une maison symbolique ou le coeur palpitant d'une famille nombreuse...Viola et Francis ont eu treize enfants, et c'est la vie de chacun d'entre eux qui apparaît au fil des pages. Avec un fil conducteur qu'est l'histoire de Lelah, la plus jeune soeur, celle qui va nous ramener vers la maison désertée depuis que Viola , malade, habite chez son fils aîné. Que faire de la maison : la vendre, la garder, nous sommes début 2008.

En lisant cette histoire, c'est la vie sur un demi-siècle, d'une famille Afro-Américaine que l'on découvre au fil des pages.
Avec l'envie de lire d'autres livres qui ont forcément un rapport...

Un livre à tiroirs.



Tout jeune couple fuyant la discrimination du Sud, Francis et Viola s’installent à Detroit où ils font le pari d’espérer une vie heureuse en donnant naissance à 13 enfants. L’action se déroule  au crépuscule de la vie de Viola, alors que la quatrième génération pointe le nez,  que les aînés abordent la vieillesse et les plus jeunes la maturité . Tous s’interrogent sur le devenir de la vétuste maison familial à laquelle tant de souvenir les rattachent.

La promesse de cette grande fratrie afro-américaine est modérément tenue, car Angela Flournoy centre son récit sur l’aîné, qui se sent responsable de tous, mais s’effarouche d’un fantôme, et la benjamine qui lutte contre son addiction au jeu. Si ces deux personnages ont une belle épaisseur, les autres restent des figures secondaires. Le fil rouge  de la ville de Détroit, peu à peu abandonnée par les Blancs, paupérisée, sujette aux trafics en tout genre et aux émeutes n’est qu’une lointaine toile de fond. Ce n’est qu’au moment du chapitre final, une grande fête qui réunit toutes les générations , que le récit prend une ampleur à la hauteur de son ambition.



Mots-clés : #famille #fratrie #lieu
par topocl
le Sam 20 Avr - 18:39
 
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Sujet: Angela Flournoy
Réponses: 4
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Tim Winton

La femme égarée :

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Fred Scully et sa femme Jennifer ont décidé de quitter l'Australie pour une vie nouvelle en Europe. Ils tombent amoureux d'une vieille maison dans le sud de l'Irlande. Les jours sont longs dans cette maison inconfortable au bas du château de Leap hanté par les cavaliers fantômes, que Scully retape en attendant sa femme et sa fille reparties régler quelques affaires en Australie. Leur retour est annoncé mais, à l'aéroport, Scully ne voit que sa fille Billie. Sa femme a disparu et sa fille est muette. Alors commence pour Scully et Billie une cavale désespérée à travers l'Europe, dans les lieux où ils avaient vécu en famille. Plus la traque avance, plus la disparition de Jennifer est mystérieuse, plus Scully se sent torturé, seul. Billie le sauvera.

Présentation de l'éditeur.


Autant le dire tout de suite, j'ai adoré ce livre que je n'ai pas su lâcher avant de tourner la dernière page.

Quand Scully accepte de comprendre que Billie est seule à descendre de l'avion, c'est comme si sa vie, sa raison se perdaient.
Et c'est ce cataclysme que raconte ce livre : les situations les plus banales deviennent terrifiantes pour ce père et sa fille car celui-ci, ivre d'incompréhension, décide de se lancer à la recherche de sa femme.

C'est un roman d'atmosphère, où règne un sentiment de perte inconsolable, un sentiment de solitude immense. Scully, dans son chagrin,  ne sait pas voir tout l'amour que lui porte sa fille.

Et de croiser une kyrielle de personnages qui ont connu la petite famille soudée et qui donnent désormais leurs opinions sur les acteurs de cette séparation : ce qui nous fait découvrir les uns et les autres avec des yeux différents.

J'ai été happée par le récit et suis curieuse d'en découvrir un autre, histoire de voir si le sortilège opérera encore. Je l'espère vraiment.

Mots-clés : #famille #relationenfantparent #solitude
par kashmir
le Jeu 18 Avr - 21:07
 
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Sujet: Tim Winton
Réponses: 6
Vues: 420

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