Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 16:59

138 résultats trouvés pour creationartistique

Paul Auster

Le livre des illusions

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Paul Auster nous offre un incroyable imbroglio d’illusions, de faux semblants, d’apparitions et disparitions, de doubles, qui ne sont que le reflet de l’impasse de ses personnages emportés par les aléas d’une vie où se mêlent absurde et destinée. S’ils croient un temps que l’art les sauvera, qu’il est un moyen d’y échapper, mais  il n’en est rien, ils restent froidement manipulés par le rouleau compresseur de leur culpabilité et de leur mauvais fortune.

On retrouve la prose élégante et distanciée d’Auster, son intelligence aiguë, son élégance de joueur d’échec montant impitoyablement son jeu, pièce à pièce. Outre la longueur du récit d’un des films d’Hector Mann, c’est sans doute là que le bas blesse, il y manque un sursaut d’émotion, le jeu est trop parfait pour laisser place au déchaînement des émotions. Brillant exercice de style, donc, mais qui s’exerce au détriment d’un romanesque trop contrôlé.

Mots-clés : #amour #creationartistique #culpabilité
par topocl
le Mer 9 Oct - 17:17
 
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Sujet: Paul Auster
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Pierre Bayard

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

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Attention, ce livre est d’une importance fondamentale. Il démontre l’inutilité de la lecture, voire sa dangerosité. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de le lire puisque je vais essayer d’en donner un résumé aussi fidèle de possible.
J’espère convaincre définitivement tous les participants de ce forum de la stupidité de perdre du temps à la lecture, souvent d’ailleurs prétexte fallacieux pour ne pas participer aux discussions.

Dans le prologue, l’auteur présente les thèses qu’il compte soutenir :

« Plus encore, comme il apparaîtra au fil de cet essai, il est même parfois souhaitable, pour parler avec justesse d’un livre de ne pas l’avoir lu en entier, voire de ne pas l’avoir ouvert du tout. Je ne cesserai d’insister en effet sur les risques, fréquemment sous-estimés, qui s’attachent à la lecture pour celui qui souhaite parler d’un livre, ou mieux encore, en rendre compte. »


« Je connais peu de domaines de la vie privée, à l’exception de ceux de l’argent et de la sexualité, pour lesquels il est aussi difficile d’obtenir des informations sûres que pour celui des livres.


Il nous donne également quelques explications sur les abréviations qu’il va utiliser :
LI = livres inconnus de moi
LP = livres parcourus
LE = livres dont j’ai entendu parler
LO = livres oubliés
Ces abréviations ne sont pas exclusives les unes des autres et se complètent par des appréciations. Ainsi, on pourra trouver par exemple l’indication LP et LE ++. Ce qui signifie : livre parcouru et dont j’ai entendu parler avec avis très positif.
Personnellement, j’ai trouvé le dispositif astucieux. Il pourrait d’ailleurs être adopté au sein du forum.

Première partie : Des manières de ne pas lire

Chapitre 1 : les livres qu’on ne connaît pas. Où le lecteur verra qu’il importe moins de lire tel ou tel livre, ce qui est une perte de temps, que d’avoir sur la totalité des livres ce qu’un personnage de Musil appelle une « vue d’ensemble ».

Il est donc question de la visite du général Stumm à la bibliothèque et de la théorie du bibliothécaire :

« Le secret de tout bon bibliothécaire est de ne jamais lire, de toute la littérature qui lui est confiée, que les titres et la table des matières. Celui qui met le nez dans le contenu est perdu pour la bibliothèque ! m’apprit-il. Jamais il ne pourra avoir une vue d’ensemble »


Ce qui importe n’est donc pas le contenu du livre mais une vue d’ensemble sur la littérature.

« Celui qui met le nez dans les livres est perdu pour la culture, et même pour la lecture. Car il y a nécessairement un choix à faire, de par le nombre de livres existants, entre cette vue générale et chaque livre, et toute lecture est une perte d’énergie dans la tentative, difficile et coûteuse en temps, pour maîtriser l’ensemble. »


« Si de nombreuses personnes non cultivées sont des non-lecteurs, et si, à l’inverse, de nombreux non-lecteurs sont des personnes cultivées, c’est que la non lecture n’est pas l’absence de lecture. Elle est une véritable activité, consistant à s’organiser par rapport à l’immensité des livres, afin de ne pas se laisser submerger par eux. A ce titre, elle mérite d’être défendue et même enseignée. »


Chapitre 2 : les livres que l’on a parcourus. Où l’on voit avec Valéry, qu’il suffit d’avoir parcouru un livre pour lui consacrer tout un article et qu’il serait même inconvenant, pour certains livres, de procéder autrement.

Paul Valéry n’était pas un grand lecteur. Il l’avouait dans un hommage à la mort de Proust :

« Quoique je connaisse à peine un seul tome de la grande œuvre de Marcel Proust, et que l’art même du romancier me soit un art presque inconcevable, je sais bien toutefois, par ce peu de la Recherche du temps perdu que j’ai eu le loisir de lire, quelle perte exceptionnelle les Lettres viennent de faire … »


Cela ne l’empêche pas de beaucoup parler et écrire sur les écrivains. Son discours de réception à l’Académie française au fauteuil d’Anatole France est un modèle de perfidie. Son éloge de Bergson est une langue de bois, vantant les mérites qui peuvent s’appliquer certes à Bergson mais aussi à tout autre savant.
C’est que Valéry s’intéresse surtout à dégager les lois générales de la littérature. Pour cela, il se tient à distance des auteurs et des œuvres proprement dits.
L’important serait donc de saisir l’esprit d’une œuvre et pour cela la parcourir est la méthode la plus souvent utilisée ; parcours qui consiste à commencer le livre au début et à sauter ensuite passages ou pages ou parcours aléatoire dans l’œuvre, au choix.

« Mais Valéry nous permet aussi d’aller plus loin en nous invitant à adopter cette même attitude devant chaque livre et à en prendre une vue générale, laquelle a partie liée avec la vue sur l’ensemble des livres. La recherche de ce point de perspective implique de veiller à ne pas se perdre dans tel passage et donc de maintenir avec le livre une distance raisonnable, seule à même de permettre d’en apprécier la signification véritable »


Appliquant à présent les judicieux préceptes de l’auteur, je ne signalerai maintenant que les titres des chapitres du reste du livre dont je pense avoir saisi l’esprit sans perdre trop de temps à le lire intégralement.

Chapitre 3 : Les livres dont on a entendu parler. Où Umberto Eco montre qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir eu un livre en main pour en parler dans le détail, à condition d’écouter et de lire ce que les autres lecteurs en disent.

Chapitre 4 : les livres que l’on a oubliés. Où l’on pose, avec Montaigne, la question de savoir si un livre qu’on a lu et complètement oublié, et dont on a même oublié qu’on l’a lu, est encore un livre qu’on a lu.

Deuxième partie : Des situations de discours

Chapitre 1 : Dans la vie mondaine. Où Graham Greene raconte une situation de cauchemar, das laquelle le héros se retrouve face à toute une salle d’admirateurs attendant avec impatience qu’il s’exprime à propos de livres qu’il n’a pas lu

Chapitre 2 : Face à un professeur. Où il se confirme avec les Tiv, qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir ouvert un livre pour donner à son sujet, quitte à mécontenter les spécialistes, un avis éclairé.

Chapitre 3 : Devant l’écrivain. Où Pierre Siniac montre qu’il peut être important de surveiller ses propos devant un écrivain, surtout quand celui-ci n’a pas lu le livre dont il est l’auteur.

Chapitre 4 : Avec l’être aimé. Où l’on se rend compte, avec Bill Murray et sa marmotte, que l’idéal, pour séduire quelqu’un en parlant des livres qu’il aime sans les avoir lus soi-même, serait d’arrêter le temps.

Troisième partie : Des conduites à tenir.

Chapitre 1 : Ne pas avoir honte. Où il se confirme, à propos des romans de David Lodge, que la première condition pour parler d’un livre que l’on n’a pas lu est de ne pas en avoir honte.

Chapitre 2 : Imposer ses idées. Où Balzac prouve qu’il est d’autant plus facile d’imposer son point de vue sur un livre que celui-ci n’est pas un objet fixe et que même l’entourer d’une ficelle tachée d’encre ne suffirait pas à en arrêter le mouvement.

Chapitre 3 : Inventer les livres . Où l’on suit, en lisant Soseki, l’avis d’un chat et d’un esthète aux lunettes à montures dorées, qui prônent tous deux, dans des domaines d’activité différents, la nécessité de l’invention.

Chapitre 4 : Parler de soi. Où l’on conclut, avec Oscar Wilde, que la bonne durée de lecture d’un livre est de six minutes, faute de quoi on risque d’oublier que cette rencontre est d’abord un prétexte à écrire son autobiographie.

En conclusion : que pense l’auteur de son livre ?

« L’humour est un élément fondamental de mon écriture. Il n’est d’ailleurs pas toujours perçu par mes lecteurs. Certains ouvrages sont ainsi parcourus avec le plus grand sérieux, quand ils mériteraient d’être pris au second degré. Dans Comment parler des livres que l’on a pas lus ?, le narrateur enseigne la manière de ne pas lire, ce qui est une plaisanterie car je suis moi-même un grand lecteur. L’humour a pour moi une fonction analytique. Il permet de marquer un décalage entre soi-même et soi, et donc de prendre une distance avec ce que l’on écrit. »


Humour certes mais s’appuyant sur une érudition et des réflexions de haute volée. Un vrai régal de lecture. !  Very Happy


Mots-clés : #creationartistique #humour #universdulivre
par ArenSor
le Mer 11 Sep - 19:54
 
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Sujet: Pierre Bayard
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Patrick Grainville

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Falaise des fous

Patrick Grainville compose une fresque autour des mémoires d'un Normand, des années 1860 à l'après Première Guerre mondiale. Revenu blessé des guerres coloniales d'Algérie et dès lors enraciné à Etretat, sa terre d'attaches, il évoque à la fois les tourments et passions de sa vie affective et son témoignage d'une effervescence artistique. De Monet à Courbet, de Hugo à Flaubert, il partage ses souvenirs des artistes qui ont cherché l'inspiration auprès des majestueuses falaises d'Etretat...un décor mémorable et fascinant, qui révèle une soif d'absolu et la beauté limpide d'une composition picturale.

Le roman est très ambitieux par son ampleur chronologique et thématique, mais j'ai eu beaucoup de difficultés à trouver mon rythme de lecture. Le style, foisonnant jusqu'à l'excès, laisse trop souvent une sensation de trop-plein au fil des citations et des rencontres. Patrick Grainville cherche à exprimer une fascination, à retranscrire l'atmosphère créative et pourtant si fragile de la Belle Epoque...il étouffe cependant ses personnages à force d'enchaîner les évènements en arrière-plan.
J'ai été davantage touché dans la dernière partie du récit, lorsque le vieillissement et l'héritage douloureux de la guerre esquissent une tonalité entre tristesse et amertume. Mais l'impression finale reste en demie-teinte, car l'abondance narrative provoque une frustration au lieu d'emporter l'enthousiasme.


Mots-clés : #amour #creationartistique #lieu #peinture
par Avadoro
le Sam 3 Aoû - 22:58
 
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Sujet: Patrick Grainville
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Rick Bass

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Sur la route et en cuisine avec mes héros

quatrième de couverture a écrit:Rick Bass a quitté sa vallée sauvage du Montana afin de rendre visite à ses mentors, disséminés à travers les États-Unis et l'Europe, pour leur cuisiner un repas raffiné, en guise de remerciement, car ces héros lui ont appris non seulement à écrire, mais aussi à vivre. C'est parfois un dernier hommage puisque le pèlerin ne reverra pas certains d'entre eux, ainsi Denis Johnson, John Berger ou Peter Matthiessen, disparus peu après.


Sur la route et en cuisine est un exercice d'admiration, une succession de portraits intimistes et d'épisodes drôles, truculents, voire hilarants : une dinde explose chez Thomas McGuane, des chiens de prairie pestiférés hantent un camping par une nuit d'orage, Rick Bass remarque des traces de sang à l'aéroport de Londres, Joyce Carol Oates s'offusque d'être photographiée, certains dîners se transforment en d'inénarrables fiascos.


Hum, il y aurait eu le choix entre la liste exhaustive des noms, de larges extraits avec ou sans élan, des anecdotes de seconde main et... quelques impressions. Heureusement pour la découverte, dommage pour le reste c'est la deuxième option que je retiens.

Autant le dire tout de suite j'en attendais plus. Plus d'émerveillement ? plus sur les oeuvres de ces auteurs/personnages ? Une écriture un petit peu plus développée ? Je ne sais pas.

Ceci dit Rick Bass conserve tout son capital sympathie et cette idée de s'inviter chez ses mentors, comme il les appelle, pour leur préparer des repas de compet', si possible en incluant de la viande chassée par ses soins, en est une manifestation inspirante.

Tout comme choisir de se faire accompagner si possible par la génération suivante fait partie du plan. Les tribulations d'un Rick Bass qui se remet difficilement de son divorce et écume les kilomètres c'est amusant et met l'eau à la bouche. C'est aussi le regard de l'écrivain sur sa vie, son écriture, son parcours et "sa" nature et un peu plus loin un petit panorama, quelques liens entrevus, sur la littérature américaine. Malgré tout. Pour la rubrique people alternative c'est pas mal non plus.

Pas une grande révélation mais agréable et plutôt inspirant. L'impression qu'il lui manque un petit truc à ce pauvre Rick en plein tournant et résolu à aller de l'avant.


Mots-clés : #amitié #autobiographie #creationartistique #ecriture #nature #peinture #universdulivre
par animal
le Mar 23 Juil - 21:16
 
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Sujet: Rick Bass
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Ernesto Sábato

Avant la fin

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Ce sont les mémoires d’Ernesto Sábato, rédigées à 86 ans.
Dans la première partie, l’auteur suit la chronologie. Jumeau d’un mort-né, traumatisé par un père autoritaire, le monde lui apparaît très tôt comme une noire source de terreur dans le malheur du manque d’amour. Après les misère et rigueur d’une triste enfance de pauvres immigrés dans la pampa, « cette métaphore du néant », il passe du communisme à l’anarchisme sans jamais renoncer à l’humanisme, de la physique dans les laboratoire Curie et MIT au surréalisme, de la pureté absolue des théorèmes mathématiques et du rationnel à l’art (il est aussi peintre).
Ayant abandonné la science et sa position confortable, il retourne à Paris pour travailler à l’UNESCO :
« L’édifice où était situé l’UNESCO avait été le siège de la Gestapo, et dans cette atmosphère raréfiée de paperasseries bureaucratiques je sentis une fois encore se fissurer autour de moi cet univers kafkaïen où je me mouvais. Sombrant dans une grave dépression, face aux eaux de la Seine, je fus submergé par la tentation du suicide.
Un roman profond surgit quand notre existence affronte des situations limites, douloureuses croisées des chemins où nous sentons la présence inéluctable de la mort. Dans un tremblement existentiel, l’œuvre est notre tentative, jamais tout à fait réussie, de reconquérir l’unité ineffable de la vie. Torturé par l’angoisse, je me suis mis avec fébrilité à écrire, sur une machine portative, l’histoire d’un peintre qui cherche désespérément à se faire comprendre [Le Tunnel].
Égaré comme je l’étais dans un monde en décomposition, parmi les ruines d’idéologies en banqueroute, l’écriture a été pour moi le moyen fondamental, le plus absolu et puissant, qui m’a permis d’exprimer le chaos dans lequel je me débattais ; et j’ai pu ainsi libérer non seulement mes idées, mais surtout mes obsessions les plus secrètes et inexplicables.
La véritable patrie de l’homme n’est pas l’univers pur qui fascinait Platon. Sa véritable patrie, à laquelle il revient toujours après ses détours dans l’idéal, c’est cette région intermédiaire et terrestre de l’âme, ce territoire de déchirements où nous vivons, aimons et souffrons. Et dans une époque de crise totale, l’art seul peut exprimer l’angoisse et la désespérance de l’homme, parce que, à la différence de toutes les autres activités de la pensée, c’est la seule qui capte la totalité de son esprit, et tout spécialement dans les grands romans qui réussissent à pénétrer jusqu’au domaine sacré de la poésie. La création est ce début de sens que nous avons conquis de haute lutte contre l’immensité du chaos.
"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer." Vérité absolue, cher, admiré et douloureux Artaud ! »

Cet aspect cathartique de l’écriture n’est pas propre à Sábato ; c’est même sans doute l’un des principaux moteurs de la création littéraire.
Pessimisme et doute métaphysiques, proximité avec Camus dans une sorte d’existentialisme humanitaire, conscience de la tragique condition humaine et de l’avenir compromis de la planète, dans une seconde partie Sábato expose sa vision de l’illusion du progrès civilisationnel compromis par la technique et la raison aveugles et orgueilleuses, en fait régression et involution dues à la croissance économique qui exclut l’humanité, l’argent qui a remplacé les valeurs, le pouvoir entre les mains de quelques-uns.
Sábato cite, à cinquante ans d’écart, son premier essai (1951), Hommes et engrenages :
« Ce paradoxe, dont nous subissons actuellement les ultimes et plus tragiques conséquences, a été le résultat de deux forces dynamiques et amorales : l’argent et la raison. Ce avec quoi l’homme s’empare du pouvoir séculier. Mais ‒ et c’est là que le paradoxe prend ses racines ‒ cette conquête se fait sous les espèces de l’abstraction : du lingot d’or au clearing, du levier au logarithme, l’histoire de la maîtrise croissante de l’homme sur l’univers a été aussi l’histoire des abstractions successives. Le capitalisme moderne et la science positive sont les deux faces d’une même réalité dépourvue d’attributs concrets, d’une fantasmagorie abstraite dont fait partie l’homme lui-même, non plus désormais l’homme concret et individuel mais l’homme-masse, cet être étrange à l’aspect encore humain, doté d’yeux et de larmes, de voix et d’émotions, mais devenu en réalité un engrenage d’une gigantesque machine anonyme. C’est là le destin contradictoire de ce demi-dieu de la Renaissance qui avait revendiqué son individualité, qui s’était soulevé avec orgueil contre Dieu, en proclamant sa volonté de dominer et transformer les choses. Il ignorait qu’il finirait lui-même par se transformer en chose. »

C’est chose faite sur ce forum… Mais si ce discours n’est pas nouveau de nos jours, je vois presque de la prophétie dans cette progression de l’artificiel "hors-sol", qui se prolonge si symptomatiquement aujourd’hui dans le virtuel : une sorte de confirmation de l’analyse de Sábato.
« …] malheur des hommes, destinés à la beauté mais condamnés à survivre dans la banalité de cette culture où ce qui autrefois avait un sens a dégénéré en une grossière diversion, en excitants et en pathétiques objets décoratifs. Triste épilogue d’un siècle déchiré entre les délires de la raison et la cruauté de l’acier. »

Là, je ne peux que penser aux "substances" et aux récupérations "ethniques" (et mercantiles) actuelles…
Rappel avec à propos d’un titre de gravure de Goya :
« Les rêves de la raison engendrent des monstres »

Sábato parle aussi de la commission nationale (argentine) sur les disparus de 1976, qu’il présida, et son rapport Nunca Más (Jamais plus) ‒ cette surenchère du « terrorisme d’état » qui n’a pas pu trouver l’apaisement…
Dans la troisième partie, toujours par courts textes regroupés selon une thématique, Sábato évoque ses grandes douleurs, comme la perte d’un fils, la détresse de la jeunesse actuelle, l’ombre du suicide, soit ce « testament spirituel » de sa quête de vérité et de sacré. L’épilogue est une adresse aux jeunes gens, aux enfants déshérités : un message d’espoir, d'ouverture et de solidarité, un appel aux « héros, saints ou martyrs » nécessaires.
Voici ses derniers mots (cervantesques), avant la fin de sa vie, ou du monde :
« Seuls ceux qui se montreront capables d’incarner l’utopie pourront mener le combat décisif, celui dont l’enjeu est de recouvrer toute l’humanité que nous avons perdue. »

L’auteur étant un grand lecteur, les références et citations littéraires sont nombreuses : Dostoïevski, « ce diabolique Rimbaud » et bien d’autres, notamment Cioran, avec qui Sábato se trouve des affinités :
« Comme la nécessité de démythifier un rationalisme qui ne nous a apporté que la misère et les totalitarismes. »

Je dois signaler que ‒ en tout cas dans la traduction française ‒ ce livre est entaché par endroits de poncif, de pathos et d’un certain passéisme, ce qui ne retire rien aux convictions de l’auteur, ni à la valeur de son témoignage.

Voici un passage qui résonne particulièrement en moi (mais pas pour le style), sans doute compte tenu de ce que j'ai pu observer de mon côté :
« Dans la ville de Resistencia, j’ai fait une expérience qui me paraît déterminante. C’était au début de l’année, pendant les grandes inondations du Paraná. J’ai été alors bouleversé de voir une telle pauvreté et à la fois une telle humanité. Comme si elles étaient inséparables, comme si l’essentiel de l’homme se révélait dans l’indigence. »


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #ecriture #essai #temoignage #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Dim 14 Juil - 16:23
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Almudena Grandes

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Castillos de cartón

J'ai terminé Castillos de cartón avec de grosses réserves. L'histoire n'est pas sans qualités et se lit assez agréablement, mais le style est plein de tics d'écrivain milieu de gamme, nourri d'images convenues, abusant d'hyperboles et d'anaphores insipides (dieu sait pourtant si j'aime ces dorures, lorsqu'elles sont réussies), qui d'un même mouvement dévoilent les intentions de l'autrice et en amoindrissent la portée. Les dialogues, fabriqués, s'enchâssent grossièrement au récit; la narration (à la première personne) est vaine par ses outrances plaintives, désincarnée malgré la meilleure volonté du monde, ce qui donne à soupçonner que l'autrice ne croit pas tout à fait en ce qu'elle écrit. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est pas un roman très original ni très bon.

Malgré tout, j'y ai pris un plaisir réel, qui résidait presque entièrement dans le fait de lire en espagnol. Je le recommande donc bien franchement à qui voudrait se remettre à lire dans le texte, car la langue est très claire, le vocabulaire assez riche pour qu'un débutant y trouve de quoi s'alimenter, et assez restreint pour que l'on puisse assez tôt s'émanciper du dictionnaire.

[précision : il n'est pas traduit en français, mais j'ai le sentiment que mes reproches pourraient s'appliquer à ses autres livres]


Mots-clés : #amour #creationartistique #culpabilité #identite #initiatique #jalousie #peinture #sexualité
par Quasimodo
le Ven 5 Juil - 15:33
 
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André Hardellet

Les chasseurs
I et II

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Fourre-tout où l'on retrouve des nouvelles, parfois très courtes (des brèves ?) quelques rares poèmes, deux répertoires.
Publiés en 1973 chez l'éditeur Pauvert, Les chasseurs I puis sa suite Les chasseurs II parurent ensuite, réunies en un seul ouvrage, chez Gallimard collection L'imaginaire: 135 pages environ pour cette dernière publication.

Très recommandable ouvrage inclassable, souvent délectable, truffé de clins d'œil (comme cette brève intitulée Niouorlinsse, dédiée in memoriam à Boris Vian, évocation de l'afro-jazz à connotations antillaises et bop.

Loisive est un somptueux (et long) poème,  bien des charmes restent à glaner dans Les échassiers, Le logis d'Aramis, L'artillerie hollandaise, Jalousies, Les carrières, L'enquête...tandis que la Comptine en latin, espièglerie de potache de niveau cancre de collège émarge au plus que dispensable (mais c'est le seul titre dans ce cas-là et ça ne "pèse" que quelques mots, même pas une page).
Hardellet fait penser par son art d'écrivain à ses potes Doisneau le photographe, Prévert le poète, Brassens le fin auteur-compositeur-interprète, Mac Orlan, ou son ancêtre Carco, vous voyez, ces artisans en cousu-main du trottoir urbain nocturne: allez-y, la veine est indubitablement la même - Réda, quasi-contemporain, a dû tremper dans Hardellet aussi.

Si Jack-Hubert passe par cette page, confions-lui combien il y a du fin flâneur urbain chez Hardellet (échantillon dans le dernier extrait) !

Les deux répertoires sont à éplucher avec des lenteurs de pêcheur à la ligne au bord de l'assoupissement, on y trouve, par exemple, à:
Cartes (à jouer) a écrit:L'odeur d'un vieux jeu retrouvé dans un tiroir, avec un jacquet et des jetons en os. Autrefois, après le souper, ces rois, ces reines et ces valets écoutaient évoquer des amours, des chasses et des fêtes qu'il nous faut réinventer.

Saule a écrit:Le saule qui, d'une basse branche, tâte l'éternité de la rivière.


Histoire de vous mettre l'eau (ou plutôt le vin blanc des coteaux de Suresnes) à la bouche, ci-dessous in extenso la première (courte !) nouvelle, qui suit immédiatement la préface, préface que vous resservirez plus tard, en postface avec un hochement de tête.

La chambre froide a écrit:Le vin blanc des coteaux de Suresnes se récolte maintenant sous forme d'une pluie à peine ambrée, de mince saveur et qui provoque néanmoins de jolis arcs-en-ciel lorsque le temps s'y prête; animés d'une grande vitesse de rotation, ces météores présentent bientôt l'aspect de disques blancs coupés par l'horizon.
 Au coucher du soleil, des joueurs de bonneteau guettent les habitués d'un hippodrome clandestin qui serpente à travers les constructions neuves, les jardins d'enfants, les champs de lierre et de manœuvre et parfois même emprunte la piste officielle du Val d'Or. Des satyres vétustes observent les environs, évoquant de riches souvenirs.  
 De temps en temps, des vagues policières, avec bulldozers et filets motorisés, ratissent le secteur. On trouve de tout, parmi les prises, à la Grande Maison: une main de bonneteur, des fragments de rentières, une jeune fille qui se caressait à l'ombre de lilas, plusieurs peaux-rouges, un neuf de trèfle maculé, l'âme des violons, un sourire.
 Ces rafles sont généralement suivies de la pluie plus haut décrite, et d'un grand calme. Par les journées favorables, un parfum s'élève, musical, comme venu d'anciens foins, de vendanges trépassées.
 Quelqu'un s'arrête, hume.
 




Mots-clés : #creationartistique #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Sam 29 Juin - 19:24
 
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Sujet: André Hardellet
Réponses: 15
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Paul Greveillac

Maîtres et esclaves

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Fils d’un peintre dilettante étiqueté droitiste, le talent artistique de Kewei lui vaut de pouvoir  mettre la distance avec l'opprobre et la misère familiale:il est envoyé étudier aux Beaux-Arts à Pékin. Vite distingué par ses talents, imprégné de maoïsme obséquieux, il devient un peintre propagandiste apprécié, puis grand manitou qui sélectionne les œuvres conformes ou non conformes à l'idéologie en place. Le virage vers l'économie de marché à la fin des années 70, la dissidence de son fils ont du mal à  remettre en question ce bloc de fidélité à la pensée dominante.

Cette biographie d'un jeune homme manipulé par la dictature jusqu'au plus profond de lui-même, nous mène du fin fond du Sichuan à la place Tian'anmen en 1989. On appréhende l'ampleur de la maîtrise totalitaire sur le quotidien des Chinois en général, et plus particulièrement sur la culture et l'art pictural.C'était une lecture opportune en parallèle à vos discussions sur la démocratie.

Si j'ai trouvé l'aspect documentaire tout à fait intéressant, les péripéties romanesques n'ont pas réussi à effacer en moi un certain ennui.


Mots-clés : #creationartistique #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Mer 8 Mai - 17:39
 
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Sujet: Paul Greveillac
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François Cheng

Le Dit de Tian-Yi

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Roman, 1998, 435 pages environ, trois parties de tailles inégales.

L'écriture de François Cheng est gracile, légère, précise; et il faut bien cela pour un ouvrage excédant les 400 pages, pour cet exercice si particulier ambitionnant de couvrir la vie entière d'un personnage, exercice à écueils par excellence, où l'on risque de donner dans l'empâté, l'accessoire, les pages de moindre haleine: c'est un choix courageux d'auteur déjà notoire, qui se risque à un premier roman publié.

Si le roman croise sans nul doute l'autobiographie de François Cheng, il ne se moule jamais dedans: Néanmoins, on a bien un jeune artiste chinois, de sa génération -quasiment de son âge- qui part à Paris, jusque là d'accord, mais à ceci près, et c'est une grosse différence, qu'il revient en Chine et y demeure dès les années 1950 et jusqu'à la fin de ses jours.

C'est la peinture d'un trio, composé de Yumei -l'Amante- artiste de théâtre, d'Hoalang -l'Ami- poète, écrivain et Tian-Yi, le peintre.
De la possibilité, ou de l'impossibilité, d'un amour et d'une amitié, fusionnels, à trois. Mais c'est aussi une fresque de la Chine sur un gros demi-siècle, embrassée depuis la guerre d'invasion nippo-chinoise jusqu'à la fin de la vie de Mao Zedong, ce dernier curieusement jamais nommé, en tous cas jamais autrement que le Chef.    

Beaucoup de considérations passionnantes sur la symbolique, l'art, jalonnent ce qui a l'apparence d'un récit (normal au vu de l'auteur).
Tout ce qui est dit en matière de Taoïsme, Bouddhisme, société traditionnelle et société révolutionnaire ne le cède nullement pour ce qui est de l'intérêt du lecteur.

La représentation romanesque de la nature est à l'honneur, manière peut-être de jonction avec l'art pictural chinois traditionnel: par exemple après ce livre, jamais plus vous ne regarderez un fleuve de la même façon qu'avant:

1ère partie, chapitre 30 a écrit:
"Question très intéressante, essentielle même, essentielle..." C'était le professeur F. célèbre spécialiste de la pensée chinoise, que d'aucuns approchaient avec un respect craintif. J'y étais allé de ma naïveté, sans gêne outre mesure, car je ne demandais qu'à écouter.

"Oui, le fleuve comme symbole du temps; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? " Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d'argent. "Il faut bien parler de la Voie, n'est-ce pas ? ... Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qui est, vous le savez bien à l'origine du taoïsme et qui a développé l'idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mû par le Souffle primordial. A demain alors; on en parlera."

"La Voie donc..." reprit le savant le lendemain, comme s'il n'y avait pas eu l'interruption de la nuit.
 

   


Pour ce trio, apprenant une funeste nouvelle touchant Haolang, Tian-Yi reviendra de France en Chine, aux heures sombres et tourmentées, pour son malheur peut-on penser, mais toute l'adresse de François Cheng consiste à montrer combien la quête de Tian-Yi, bien que semblant aussi vaine que dangereuse à nos regards, dépasse nos considérations terre-à-terre: il n'y a que cela qui vaille, parce qu'au fond, c'est bel et bien une passion qu'ils vivent (donc une souffrance à mort).  

Si la chronologie par le menu mêle la petite histoire, celle des personnages, à la grande, celle de la Chine du XXème, l'érudit M. François Cheng nous fait aussi caresser, en forme de roman et c'est donc très singulier, l'art pictural ancestral de la Chine, la calligraphie comme la représentation peinte, en démarrant aussi loin que l'art des grottes ornées et en aboutissant au néant sidéral de la révolution -dite- culturelle.
Sans doute est-il nécessaire de s'armer d'un peu d'imagination, et d'effectuer une lecture précautionneuse, mais oui, on a l'impression d'atteindre à cela par les vides, les estompes, les déliés, les courbes, les symboles naissant de sa plume...  




#Amitié
#Amour
#CampsConcentration
#Creationartistique
#Exil
#Regimeautoritaire
par Aventin
le Ven 19 Avr - 1:23
 
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Sujet: François Cheng
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Gottfried Keller

Henri le vert

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Comme au fond pour tous romans, résumer Henri le vert dans les grandes lignes revient à en masquer les qualités. Mais le « Bildungsroman » (Roman de formation) genre auquel il appartient, semble déjà l’inscrire dans une sorte de programme, et certes on suit bien l’évolution du peintre de sa naissance jusqu’à sa maturité, avec ses phases familières et bien distinctes entre elles : l’enfance, l’école, puis la jeunesse et les premiers idéaux, les premières amours puis l’indépendance, l’apprentissage du métier. Mais bien loin de n'être qu'une structure, la "formation", c'est ce qu'on raconte (le mot français rend pas bien). La narration restitue les retranchements ― psychologiques ou philosophiques ― dans le temps du récit, ses doutes et préjugés et la manière dont ils font achopper sa réflexion, la manière dont ils se dissipent quand ils sont confrontés à l’expérience.

Henri Lee est parfois exaspérant, il impressionne néanmoins le lecteur par l'acuité de son regard sur les choses : Keller le rend admirablement dans des descriptions très vivantes de la nature, puis comment celle-ci se réalise dans sa peinture. Cette formation devient nettement plus passionnante quand elle touche au métier. Sans doute le fait que Gottfried Keller se soit essayé à la peinture (sans succès) n'est pas étranger à cela. Il n'y a pas trop de termes techniques pour perdre un lecteur non-initié, seulement, il n'y a que l'avis  des autres personnages, ignares ou experts, pour nous faire comprendre quand Henri Lee a du génie et quand il n'en a pas.

Le roman n'est pas uniquement centré sur son personnage, on y dépeint un pays dans son époque (1830, 1840) ; avec comme l'a justement souligné Sebald (grand admirateur de Keller) les mouvements sociaux et politiques en fond : des aspirations démocratiques ou républicaines étouffées par le carriérisme ou le corporatisme, les mouvements de migrations à travers le pays ou le monde (quand on revient d'Amérique...). Quand on nous parle d'un livre à la jonction du réalisme et du romantisme, on fait peut-être référence aux histoires étranges ou aux rêves qui nourrissent le roman de Gottfried Keller, lui donnant une dimension poétique qui côtoie doucement l'élégie.


mots-clés : #creationartistique #initiatique #nature #xixesiecle
par Dreep
le Mar 19 Fév - 19:40
 
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Sujet: Gottfried Keller
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Patti Smith

Dévotion

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Encore un petit cabinet de curiosité qui s'ouvre sur la mélancolie quasi-pathologique de cette femme singulière.
J'ai eue le sentiment d'une écriture plus rapide, moins pesée, que M Train, plus altruiste du coup. Comme d'une âme moins esseulée en fait. Smith nous prend par la main, nous amène avec elle pour son voyage en France, et raconte avec grande finesse son voyage en filigranne à Paris alors qu'elle était toute jeune, en compagnie de sa soeur. C'est totalement beau.
On sent les ennuis, les poncifs, la sincérité.
On sent aussi son talent pour élever son quotidien. Vraiment, dans MTrain cela m'avait marquée, et bien là rebelotte. Elle sait respecter et élever son existence, la légitimer. Une grâce importante, non ?
Et puis elle nous raconte, dans un passage à vide à Sète, comment nait soudain, en partant le jet d'écriture cette fois fictionnelle. Et son récit s'achève. On tourne la page et on est invité à découvrir ce texte de fiction, tissé de tout ce qu'elle a dit avant. Le dit est romantique au diable, maladroit, pas toujours bien ficelé, brut. Une expérience de passage de la fiction au reel, et de la pensée abstraite à la fiction passionnante, intime. Qui trahit un imaginaire de midinette, dirait-on, mais qu'importe, du moment qu'elle est sincère.
On revient ensuite à un texte-récit, auprès de la veuve de Camus et sa fille. On devine comme Patti Smith maitrise ses doubles intimes, elle assoit encore une fois sa personnalité envers et contre tout, tout contre ce qu'on lui offre : elle se retire, elle écrit. Un beau voyage vers un égo réel mais fertile.


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #initiatique #journal #nouvelle
par Nadine
le Dim 3 Fév - 14:49
 
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Sujet: Patti Smith
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Raymond Queneau

Les Enfants du limon
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@Arturo : la notice de la Pléiade (de même que les notes laissées par Queneau) confirme que le titre renvoie à Le Christ aux oliviers de Nerval, et à la Genèse, 11, 7 : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre » (en latin, « de limo terrae »)…

Où l’on retrouve Bébé Toutout, le nain malveillant de Le Chiendent, en la personne de son émule, le petit démon Purpulan, partenaire obligé de Chambernac, compilateur des « fous littéraires » (une étude que l’auteur recycle !)
« Il concevait maintenant son grand ouvrage non plus comme un chapelet de notices présentées dans un désordre alphabéto-cahotique, mais comme une œuvre ordonnée dont il savait même le titre. Il écrirait une encyclopédie des sciences inexactes. Le sous-titre serait : Aux confins des ténèbres. »

« Purpulan courba gentiment la tête, puis se penchant dans la direction de l’oreille chambernacienne la plus proche de lui souffla dedans ces mots : "Monsieur Chambernac, je suis sur le point de découvrir la quadrature du cercle." Le proviseur ouvrit la goule comme un poisson sur un étal au marché, joignant à sa surprise tout humaine la mutité de cet animal. »

L’autre fil du roman, c’est la famille Limon. J’ai bien un peu confondu Astolphe, fils de Jules-Jules Limon, et son ami Arnolphe, mais ce n’est pas trop gênant, l’intrigue ou "action" me semblant généralement secondaire voire superflue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux avec Queneau. Il me suffit de "sentir" un sens général, ou au moins une volonté de faire sens, dans la trame du récit pour m’en contenter ‒ et c’est bien pratique avec ce livre étonnant, occasion de délicieux dialogues populaires comme d’une érudition loufoque ; mathématiques, considérations sur le mot coton, cosmogonies farfelues du XIXe et symbolisme solaire avoisinent religion (le mal comme une volonté du Dieu de la Bible), psychanalyse œdipienne des rapports d’identification au père, et politique (« la N.S.C, la nation sans classes »)…
« Pour Pandroche la politique consistait à peu près uniquement dans une connaissance approfondie et presque toujours prétendue de la vie privée de ses adversaires. C’était un spécialiste de la diffamation. Il savait que X… avait, comme tous les étudiants, volé des livres chez des libraires du Quartier latin. Il savait que Y… avait été surpris par un garde-champêtre en train de baiser une fille dans un bois. Il savait que Z… avait un frère qui se faisait flageller dans un bordel de la rue des Martyrs. La substance de ses articles s’épaississait de la répétition obstinée de ces histoires. De son passage chez les anarchos il subodorait partout la police et son flair était si puissant qu’ayant les narines pleines du fumet d’innombrables hambourgeois [ou "en-bourgeois" : policiers en civil], il n’en dépistait pas moins le juif. »

Queneau fait partie des écrivains de la profusion imaginative, les baroques continuateurs de Rabelais et Cervantès, et ici on pense surtout à Bouvard et Pécuchet : trouvailles en tous genres, notamment de mise en page, listes, permutations de registres, etc.
Limon père est mort en tombant d’un avion, ce qui rappelle Le vol d’Icare (qui viendra trente ans plus tard) ; il y a décidément une cohérence cachée dans l’œuvre de Queneau, et elle le reste essentiellement pour moi…
Quelques extraits en vrac, puisque, de toute façon, il ne s’agit pas de littérature de l’ordre…
« Le seul contact véritable entre l’homme et la nature, c’est la science, la science qui transforme et qui détruit, la science qui rend habitable un désert ou des marécages, la science qui fait courir du fer sur du fer à travers les accidents géographiques les plus divers et qui fait voler de l’aluminium à travers les incidents météorologiques les plus variés, la science qui fait de l’essence de rose avec du charbon et du sucre avec des copeaux de bois. Voilà le seul contact véritable de l’homme avec la nature : un lac desséché, un désert irrigué, une mer domptée, une montagne coupée, voilà le contact authentique de l’homme avec la nature, celui de l’action, de la destruction et de la transformation. »

« …] des filles dont le grand-père est quelque chose comme le roi de la télégraphie sans fil, on ne comprend pas d’ailleurs comment on peut être le roi de quelque chose qui n’existe pas puisqu’il n’y a pas de fil, des filles comme ça vous voudriez qu’elles ne soient pas fières ? »

« Le sel, que le soleil attire à lui en même temps que l’eau salée qu’il pompe, doit fortement coopérer à l’opération éclipsiale. Je crois que l’éclipsé est le nœud cordial et sympathique, ou la copulation générale pour toute la nature, et qu’au moment où le soleil et la lune se rencontrent, ils sont en réflexion en face l’un de l’autre ; et l’effet de la réverbération a la vertu de faire fondre le sel qui s’épanche sur le soleil ; c’est ce qui peut l’obscurcir. Je ne crois pas pouvoir attribuer cette obscurité au motif chimérique qu’un petit objet puisse à nos yeux en cacher un plus gros. »

« On commença par parler de choses sans importance ; livres, films, pièces de théâtre. On causait. Des noms, des titres amenés au hasard faisaient trois petits tours puis s’en allaient. On causait. On distribuait de la gloire, de la notoriété, du génie à machin et à chose comme du grain fictif à des fantômes de poules. On causait. »

« Paulin Gagne, l’"avocat des fous", inventa en 1868, la philanthropophagie, "le seul fait nouveau sous le soleil", "l’amour de l’homme pour l’homme livré en aliment" ; dans le "sacrifice volontaire des hommes et des femmes se livrant fraternellement et religieusement en nourriture aux victimes de la faim qui dévore le monde", Gagne découvre la solution définitive du "problème social" : "l’archiphilanthropophagie, qui renversera la barbarie et tous les crimes, peut seule dire le saint jamais à la famine universelle qui, si personne ne se sacrifie, nous dévorera tous sur le grand vaisseau de la terre privé de vivres". »

« Daniel se prenait parfois à rire en pensant à l’idée faiblichonne que les gens pouvaient se faire de la Toute-Puissance de Dieu. Ils la limitaient selon leur bon plaisir, selon leurs faiblesses, selon leurs désirs ; ils l’accommodaient à leur sauce, comme si l’on pouvait couillonner Dieu. Des individus qui avaient le vertige du haut d’une échelle en discouraient sans émoi de cette Toute-Puissance. Ils en bavardaient sans terreur. Ils avaient fabriqué un bonguieu à la guimauve qu’on pouvait lécher sans se râper la langue. Ils en avaient fait un bounoume intermédiaire entre le président Lebrun et le Père Noël, un petit vieux gentil qui voulait pas au-delà de ce qu’on lui concédait et qu’était prêt à tous les accommodements. »




mots-clés : #contemythe #creationartistique
par Tristram
le Ven 18 Jan - 20:31
 
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Sujet: Raymond Queneau
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Nathalie Léger

La robe blanche

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Je crois que la fille qui s’élance sur les routes d’Europe en blanc nuptial pour sauver le monde n’est pas entièrement identifiée à la candeur de sa robe immaculée, et que son ingénuité n’est, elle aussi, qu’une feinte, une logique de fer pour s’immerger dans sa propre inquiétude.


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Ce petit livre très personnel, très touchant, est un hommage à toutes les femmes souffrantes, victimes de la brutalité masculine. Cela peut être dans l’humiliation d’une vie ordinairement vouée aux devoirs de la femme d’intérieur, en l’occurrence la mère de l’auteur, confite dans un désir de vengeance vis-à-vis de son ex qu’elle voudrait voir sublimée par l’écriture de sa fille. Cela peut-être par un acte mi-fou, mi-artistique (mais n‘est ce pas souvent la même chose), que celui de Pippa Bacca, l’autrice de cette curieuse performance qui consistait à parcourir en stop des pays ayant récemment connu la guerre, vêtue d’une robe de mariée, afin de semer dans son sillage un message de paix et de confiance. Pippa Bacca « poursuit à sa manière la lignée des femmes ardentes au combat et au sacrifice » , elle est finalement violée et assassinée par un « honnête père de famille «  turc. Ces femmes, jeune mariée, vieille déçue, artiste fantasque, toutes mère ou fille que l’auteure aime et déteste en même temps.

Mère et fille marchant du même pas, moi, rapetissée, épousant son rythme, nous, offrant le spectacle le plus suspect qui soit, une vue qui m’a toujours rebutée, ces mères, ces filles, exhibition de l’engendrement, non pas l’apparence idéelle d’une gémellité, mais le spectacle du même qui se perpétue en se payant le luxe écœurant de la variante.


Mais il ne s’agit pas d’un énième livre féministe sûr de lui et figé, certes non : il s’agit d’un ouvrage cotonneux, ouvert aux digressions, en errance d’une compréhension jamais atteinte.

il avait fait semblant d’ignorer que tout est toujours confondu, tout est toujours indistinct, inextricable, et l’ est peut-être plus encore au moment où l’on croit se tenir dans la plus algorythmique des clartés,


L’auteure vagabonde parmi les installations et  performances artistiques, ces créations inventives,  déconcertantes, autant de façons de « faire un geste » de montrer que   « faire quelque chose ne mène parfois à rien, ne rien faire mène parfois à quelque chose ». Ce sont des  recherches sans réponses, entre espoir et désespoir, des  paroles lancées pour éclairer un monde obscur, y semer de façon buissonnière la poésie et  la bonté.


Ce livre, qui cherche plus les chemins et les questions que les réponses, est un objet étrange, sommet d’ambivalence incrédule,  projet singulier mêlant l’intime à l'universel, l’auto-fiction au reportage. Dans une alchimie insolite, il est un compagnon rapproché de l’éternelle souffrance des femmes, souffrance à laquelle la créativité accorde la  parole à défaut d'arriver à la combattre .

mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #creationartistique #relationenfantparent
par topocl
le Lun 14 Jan - 21:00
 
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Sujet: Nathalie Léger
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Nicole Krauss

Forêt profonde

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Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan - 18:29
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Dany Laferrière

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

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Déjà, drôle de titre, de quoi s'agit-il ? On constate très vite, non sans mélancolie, qu'il ne s'agit pas d'un guide. Le narrateur, on s'en aperçoit, écrit (selon toute probabilité) le roman que nous sommes en train de lire :
C'est l'histoire de deux jeunes Noirs qui passent un été chaud à draguer les filles et à se plaindre. L'un est amoureux de jazz et l'autre de littérature. L'un dort à longueur de journée ou écoute du jazz en récitant le Coran, l'autre écrit un roman sur ce qu'ils vivent ensemble.

(et j'ajoute : c'est à Montréal).

Ce résumé est l'œuvre d'une présentatrice de Radio-Canada, qui accueille le narrateur pour un entretien autour de son premier roman, succès critique et de librairie. Ce n'est qu'un rêve imbibé, le roman est toujours sur le métier, mais le résumé est tout à fait valable.

Le titre n'est pas tout à fait mensonger : les scènes de sexe y sont (assez) nombreuses, et aussi crues que ce titre le laissait présager. Mais dans celles-ci, pas la moindre vulgarité, ce qui m'aurait agacé comme m'ont prodigieusement agacé les scènes de sexe d'Un tout petit monde de David Lodge. Sans doute l'humour du narrateur désamorce-t-il toute gêne, un humour qui feint de regarder droit devant soi, qui n'a pas vocation à mettre le narrataire dans sa poche ni à établir la moindre connivence, dans la manière de Ferdinand Bardamu (mais la comparaison s'arrête là bien sûr !)

L'un des sujets principaux du livre est celui du rapport entre les blancs et les noirs, souvent traité sur un mode délirant ou quasi-burlesque (pour mieux faire tomber les clichés je suppose ?); et d'ailleurs toutes les femmes avec qui le narrateur fait l'amour sont des blanches, ce qui n'est pas indifférent pour les théories qu'il énonce.
(Et non, je ne dis pas "Nègre" comme le narrateur : ce faisant ou ce ne faisant pas, j'ai vaguement l'impression d'être infidèle à l'esprit du livre, tant pis pour moi).
C'est ça, le drame, dans les relations sexuelles du Nègre et de la Blanche : tant que la Blanche n'a pas encore fait un acte quelconque jugé dégradant, on ne peut jurer de rien. C'est que dans l'échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieure au Nègre. C'est pourquoi elle n'est capable de prendre véritablement son pied qu'avec le Nègre. Ce n'est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu'au bout. Il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. La Blanche doit faire jouir le Blanc, et le Nègre, la Blanche. D'où le mythe du Nègre grand baiseur.


Le trouble vient sans doute de ce que le narrateur n'est pas forcément très fiable, qu'il est volontiers menteur comme il le suggère lui-même :
Elles sont tellement infectées par la propagande judéo-chrétienne que dès qu'elles parlent à un Nègre, elles se mettent à penser en primitives. Pour elles, un Nègre est trop naïf pour mentir. C'est pas leur faute, il y a eu, auparavant, la Bible, Rousseau, le blues, Hollywood, etc.


De sorte que l'on ne sait jamais très bien si on doit le prendre au sérieux où si l'on n'est pas l'objet d'une mystification.

Dans tout cela, le titre, que signifie-t-il, puisque ce n'est pas un guide ? "Faire l'amour" doit-il prendre un sens figuré (pénétration des lettres imprimées dans la rétine du lecteur, pénétration du texte dans son esprit, communion du lecteur et de l'auteur ?) Mais c'est bien oiseux : peut-être, Arturo, as-tu une explication plus convaincante ?

Par ailleurs, le narrateur répond souvent, lorsqu'on lui demande ce qu'il écrit, qu'il s'agit de fantasmes : sans doute est-ce une clé, quoique les fantasmes doivent être (presque) absents du texte qui est supposé raconter un été de sa propre vie. On aboutit à cette indécidabilité : raconte-t-il sa vie comme on le croit, où n'est-ce de la part du narrateur qu'une gigantesque fumisterie d'écrivain, une fiction purement fantasmatique, Bouba (son collocataire) ainsi que tout le reste n'existant que dans son texte ?

Le brouillage narratif intervient sur tous les plans, puisqu'il pourrait tout à fait s'agir des fantasmes (sexuels, ou plus vraisemblablement : d'écriture) de l'auteur lui-même qui se mettrait en scène en train d'écrire et en train de séduire (mais attention, terrain miné, je m'arrête ici).
D'ailleurs nous ne sommes même pas sûrs que le roman que nous lisons soit l'œuvre du narrateur : son livre s'intitule : Paradis du jeune dragueur Nègre (mais rien n'indique qu'il s'agisse du titre définitif, puisqu'il est en cours de rédaction, sous nos propres yeux).

C'est, enfin, un texte riche, d'une langue jouissive (tiens, tiens !), que j'ai savouré par petits morceaux (les chapitres sont très courts, de petites bouchées), dans lequel Laferrière esquisse ce qui semble bien être sa bibliothèque idéale.
Je suis bluffé. Même si c'est un court roman, peut-être pas ce qu'on appelle un chef d'œuvre, c'est l'oeuvre d'un grand auteur.
Quelques citations pour se régaler :

J'entends, distinctement, l'eau couler du lavabo. Eau intime. Corps mouillé. Être là, ainsi, dans cette douce intimité anglo-saxonne. Grande maison de brique rouges couvertes de lierre. Gazon anglais. Calme victorien. Fauteuils profonds. Daguerréotypes anciens. Objets patinés. Piano noir laqué. Gravures d'époque. Portrait de groupe avec cooker. Banquiers (double menton et monocle) jouant au cricket. Portrait de jeunes filles au visage long, fin et maladif. Diplomate en casque colonial en poste à New Delhi. Parfum de Calcutta. Cette maison respire le calme, la tranquillité, l'ordre. L'Ordre de ceux qui ont pillé l'Afrique. L'Angleterre, maîtresse des mers… Tout est, ici, à sa place. Sauf moi. Faut dire que je suis là uniquement pour baiser la fille. Donc je suis, en quelque sorte, à ma place, moi aussi. Je suis ici pour baiser la fille de ces diplomates pleins de morgue qui nous giflaient à coup de stick. Au fond, je n'étais pas là quand ça se passait, mais que voulez-vous, à défaut de nous être bienveillante, l'histoire nous sert d'aphrodisiaque.


Je l'ai achetée chez un brocanteur de la rue Ontario qui vend des machines à écrire avec pedigree. De vieilles machines. Il les vend à de jeunes écrivains car qui d'autre qu'un jeune écrivain serait assez gogo pour croire à un truc si vulgairement commercial. Et qui d'autre aussi se croirait écrivain parce qu'il possède une machine ayant appartenu à Chester Himes, James Baldwin ou Henry Miller ? Alors, lui, il vend des machines selon le style de bouquin que vous voulez écrire.


La toile, c'est "Grand intérieur rouge" (1948). Des couleurs primaires. Fortes, vives, violentes, hurlantes. Tableaux à l'intérieur du grand tableau. Des fleurs partout dans des pots de différentes formes. Sur deux tables. Une chaise sobre. Au mur, un tableau de l'artiste (L'Ananas) séparé par une ligne noire de démarcation. Sous la table, un chat d'indienne poursuivi par un chien. Dessins allusifs, stylisés. Flaques de couleurs vives. Sous les pieds arqués de la table de droite, deux peaux de fauve. C'est une peinture primitive, animale, grégaire, féroce, tripale, tribale, triviale. On y sent un cannibalisme bon enfant voisinant avec ce bonheur immédiat. Direct, là, sous le nez. En même temps, ces couleurs primaires, hurlantes, d'une sexualité violente (malgré le repos du regard), proposent dans cette jungle moderne une nouvelle version de l'amour. Quand je me pose ces questions - Ô combien angoissantes - sur le rôle des couleurs dans la sexualité, je pense à la réponse de Matisse. Elle m'accompagne depuis.



Merci beaucoup à toi, Arturo, pour cette très belle découverte. A ceux qui voudraient le lire, il est difficile de le trouver autrement que dans l'édition "intégrale" dont j'ai mis la couverture au début de ce commentaire. Mais alors, je le recommande sans réserve.


mots-clés : #creationartistique #humour #identite #québec #sexualité
par Quasimodo
le Mer 9 Jan - 16:11
 
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Sujet: Dany Laferrière
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Paulo Lins

Depuis que la samba est samba

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Sujet : l’histoire de la Samba, sa naissance dans  le quartier de l’Estacio à Rio de Janeiro en 1928.

C’est à travers la vie des habitants de ce quartier, voire de la Zone où se côtoient prostituées, malandros (filous, escroc…) souteneurs, que cette musique est créée par les poètes et musiciens.
Sila en est l’initiateur :

« Il cherchait une musique qui suive le rythme du va-et-vient du sexe, de la pénétration, comme le lundu mais avec un peu plus de déhanchés et de trémoussements. Voilà qui réjouirait les gens pendant le carnaval, au moment de s’amuser. Il en avait assez de cet ennui à crever, un petit pas l’un derrière l’autre, comme le trot d’un cheval bien dressé ! Silva voulait que ça balance… »

Il y a tout un dégradé de couleur de peau  dans l’Estacio mais c’ est la vieille Bahianaise Almeida qui apporte sa culture et sa cuisine à  ce quartier et bien au-delà.

La police abat sa répression sur eux et leur musique en est l’un de leurs ressentiments :

«Mais vos instruments  de Noirs ne sont pas tolérés ici, c’est clair ? Donne-le-moi, ton instrument de malheur, je le confisque au nom de la morale et des bonnes mœurs !
Je te connais, ça va te démanger et tu vas finir par jouer de cette saleté. Les gens ne savent pas se tenir, ici : ça se déhanche, ça danse collé-serré, les mulâtresses remuent du cul et soulèvent leurs jupes… Et après, c’est toute la clique qui arrive avec les berimbaus, et on en vient à la capoeira. Personne ici ne veut de vos jambes qui gigotent, de vos corps qui chaloupent, de vos pieds qui s’agitent. L’instrument est confisqué !
La police passait son temps à frapper une population qui réagissait rarement devant cette violence physique absurde, cette torture permanente. »


Les blessures  du passé ne sont pas encore cicatrisées, les fils et petits-fils d’esclaves cherchent leur voie, l’espérance d’une vie meilleure 40 ans après la fin de l’esclavage.(le 13 mai 1888 abolition de l’esclavage noir au Brésil) et en attendant,  la, les musiques soutiennent.

Musique et spiritualité (Umbanda, Candomblé..) règnent en harmonie même dans la Zone. La musique est souvent hommage aux prêtresses des terreiros (lieu de culte) et aux Esprits qui s’invitent  lors de session.
Outre la musique c’est  le sexe qui rythme aussi le quotidien de ces hommes et de ces femmes, hétéros ou homos, ça sent le sexe, le parler est cru, vrai, c’est coloré et imagé.

Chacun essaie de s’en sortir et certains comme  Sodré malgré un emploi  honnête soutire encore de la Zone :

« Il institua une sorte de tribut des commerçants, camelots, proxénètes, trafiquants de cannabis, qu’il encaissait lui-même et qu’il distribuait ensuite chaque jour aux policiers de service, pour que ceux-ci ne perturbent ni les affaires ni les divertissements de la Zone. Sodré était devenu une autorité parallèle. »

Brancura le malandro malgré des tentatives de s’amender, promesse faite à  Seu Tranca-Rua (messager de l’Umbanda) replonge toujours dans la Zone où il pratique son pouvoir de souteneur, malgré l’ amour de la plus belle des prostituée : Valdirène.

La samba  à ses débuts a eu ses détracteurs car d’autres musiquent étaient bien installées et comprises par la population :

« Avaient-ils raison de vouloir changer le cours de la musique ? Leurs paroles étaient-elles vraiment au goût du public ? L’art ne devrait-il pas suivre le sens de la vie ? Dans ce cas, pourquoi inventer quelque chose de nouveau ? Ne valait-il pas mieux jouer de vieux maxixes, dont le rythme était déjà connu de tous ?

Silva brisa le silence : « la seule chose qu’i ls voulaient, c’était entendre ce qu’ils connaissaient déjà »


Silva persévérait  et il fut chanté par le plus grand chanteur Alvès (Me Faz Carinhos).

Les amis  de Silva, Bide, Bastos…créaient eux aussi des sambas et des instruments de musique ou les amélioraient.

« Ces instruments d’avant-garde étaient nés pour combattre les instruments de torture, comme le nerf-de-bœuf, la férule, les chaînes, le supplice du tronc, le collier de fer, le gourdin, le revolver, le pistolet, la mitraillette, le marquage au fer rouge… »

Silva exposait à ses amis ce que devait être la samba et pour l’officialiser il leur divulga son intention : ouvrir un bloco (association) en un lieu où ils pourraient travailler leur musique et l’enseigner.  La première école de samba s’ouvrit et le 12 août 1928 le Carnaval se réinventait.

« La samba, la vraie, devait porter en elle le sel des percussions des terreiros de l’umbanda et du candomblé…. Cette manie de vouloir imiter les Portugais, les Français, les Argentins devait cesser. Il fallait retrouver les rythmes qui venaient d’Afrique, des cases des nègres du temps de l’esclavage, des quilombos, des terreiros, du lundu. Une samba qui donnerait la fièvre à tous, qui ferait disparaître tous les pavés du sol, qui agiterait les jambes, qui réjouirait celui qui aimait marcher, chanter, danser. Une samba pour défiler dans la rue. »

« De terreiro en terreiro, la samba se diffusa dans toute la zone nord entre les mains des Noirs libres. La période post-abolition semblait bénie. L’époque paraissait fêter la victoire de l’art, la liberté de culte, le divin et le merveilleux. La radio cèderait d’ici peu aux sirènes de leurs voix. Poètes, musiciens, acteurs, artistes et hommes politique savaient que cette musique dominerait la radio, laquelle avait de beaux jours devant elle. »



Une bonne lecture, intéressante même si je ne connais pas la langue (j’ai vu traduction des chansons ensuite) il y a du rythme dans l’écriture et c’est certainement l’essentiel .

 Au début de la lecture j’ai été à 2 doigts de laisser tomber,  le sexe était trop présent, mais j’ai eu raison de continuer car l’histoire de la samba et de ceux de l’Estacio, de la Zone m’est devenue familière, compréhensible. Et puis attendrie, les hommes pleurent,  et comme souvent les femmes sont fortes.
Voir un habitant de ce quartier devenir célèbre mérite bien la lecture. ( Estacio : haut lieu de la prostitution et dans une moindre mesure du trafic de drogue)


https://www.youtube.com/watch?v=eUUFGYsdias


mots-clés : #creationartistique #danse #musique
par Bédoulène
le Mer 26 Déc - 14:45
 
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Sujet: Paulo Lins
Réponses: 3
Vues: 176

Nathalie Léger

Supplément à l'histoire de Barbara Loden

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Lorsque son éditeur demande à Nathalie Léger une notice biographique sur Barbara Loden, il insiste : "N'y mettez pas trop de coeur".
Bingo, se dit Nathalie ! Et la voilà plongée très consciencieusement dans les dicos, encyclopédies et les infos les plus diverses sur les années 60 et 70.

"J'avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j'extrairais une miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité : une femme raconte sa propre histoire à travers celle d'une autre." (p. 14)

Autrement dit, Barbara Loden racontant l'histoire vraie d'une autre femme Wanda. ]"L'histoire d'une femme qui a perdu quelque chose d'important et ne sait pas quoi, une femme qui se sépare de son mari, de ses enfants, qui rompt mais sans violence, sans préméditation sans désir peut-être même de rompre. Et ? Et rien... Elle rencontre un homme, le suit, s'attache à lui, alors qu'il la maltraite.( p.15) Et projette un braquage.

Comment, pourquoi Barbara Loden s'est-elle sentie impliquée dans cette histoire, dans cette vie, dans cette femme, au point d'en faire un film. Et encore, pourquoi Nathalie Léger s'est-elle identifiée à Barbara Loden, cette femme, cette actrice, qui a à peu près tout raté dans sa vie. A commencer par sa vie.

Il faut la lire. Si l'on a vu le film, déjà on comprend mieux. A supposer qu'on ait l'envie de comprendre.
J'ai vu le film jadis et il a tout de suite fait partie de ma mythologie cinématographique personnelle. Et Wanda interprétée par Barbara Loden s'est fichée à tout jamais dans ma mémoire et dans ma sensibilité profonde. Barbara c'est un peu Marylin, faible, sensible, exploitée, brutalisée et qui, au lieu de protester, d'accuser, se reconnait responsable de tout. Même si elle ne comprend pas pourquoi, il lui est impossible d'être aimée. Et Wanda c'est évidemment aussi Barbara, c'était sa certitude profonde en la filmant au plus près. Et en l'interprétant personnellement.

"Barbara dit qu'elle n'a rien à décrire de grand. Son histoire, empêtrée, est sans doute simplement malheureuse du malheur ordinaire des enfants mal aimées, rendus passifs, soumis à plus fors qu'eux, si tristes qu'ils peinent à s'en remettre, son histoire est banale. Barbara ne fait des films que pour ça. Apaiser. Réparer les douleurs, traiter l'humiliation traiter la peur. "Le caractère de Wanda est fondé sur ma propre vie et sur ma personnalité, et aussi sur ma propre manière de comprendre la vie des autres."

Parti comme c'est, je pourrais -je voudrais- tout citer de ce livre, tant il sonne vrai. Dit juste ce qu'il faut : l'essentiel. Laissant au lecteur la liberté d'imaginer. Comme le fait Nathalie Léger elle-même. Je pourrais aussi vous dire la quête de Nathalie Léger sur les traces de Barbara Loden aux Etats Unis, ses interrogations sans fin, avec des témoins ou seule. Me demander pourquoi  sa  quête en miroir se calque sur celle de Barbara Wanda. Et pourquoi elle en parle aussi librement sans l'ombre d'une coquetterie mais avec sans doute la certitude que cette quête n'est pas terminée. Et ne le sera pas non plus. Mieux vaut en finir !

Cette histoire -cette triple histoire- m'est allée droit au coeur.

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mots-clés : #biographie #creationartistique
par bix_229
le Mar 4 Déc - 17:37
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nathalie Léger
Réponses: 26
Vues: 495

Jean-Philippe Postel

L’affaire Arnolfini  Les secrets du tableau de Van Eyck

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Armé d'une loupe dans la main droite, sous la main gauche une impressionnante pile de bibliographie, utilisant  son cerveau droit scientifique et son cerveau gauche artistique, Jean-Philippe Postel s'adonne à une impressionnante décortication de la célèbre œuvre de Van Eyck. Il répertorie les différentes interprétations proposées au fil des siècles, y va la sienne, bien séduisante il est vrai, convoque la mort et l'enfantement, la réalité et  le rêve, la symbolique reconnue et l'invention interprétative, pour nous donner ce petit texte stimulant, richement illustré par une iconographie insérée en couverture et entre les lignes, constituant un bel objet éditorial.
Pour le néophyte, c'est une démonstration impressionnante et captivante.

Je vous le remets en grand.

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Mots-clés : #creationartistique #essai #mort
par topocl
le Mer 28 Nov - 15:14
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Jean-Philippe Postel
Réponses: 5
Vues: 429

Bohumil Hrabal

En collaboration avec Christian Salmon

A bâtons rompus avec Bohumil Hrabal

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Je n'ai pas trouvé d'images.

Livre d'entretiens dans un premier temps avec l'auteur tchèque puis cinq petites histoires démontrant les procédés narratifs que Hrabal décrit dans l'interview.
Ouvrage surtout réservé aux fans de l'écrivain qui raconte la place de l'écriture dans sa vie, sa méthodologie pour écrire et sa relation à la langue tchèque.
On y voit un homme facétieux, dont l'idole est Hasek, passionné, et tragiquement lucide sur la place de la littérature.
Un ouvrage que je recommande si on est intéressé par cet auteur.

mots-clés : #creationartistique #entretiens
par Hanta
le Ven 2 Nov - 10:52
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Bohumil Hrabal
Réponses: 21
Vues: 972

Catherine Cusset

J'ai lu 2 fois "Le problème avec Jane" qui a un charme particulier, puisque je l'ai relu, ayant oublié à chaque fois , à l'issue de la lecture, pourquoi ça avait été agréable.

Je suis tombée sur :

Vie de David Hockney

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Lu en quelques heures un soir d'orage. Bon. Je suis absolument séduite par le peintre Hockney, mais vrai-ment. Alors, qu'est-ce que cette lecture m'a apportée ?

Pourquoi Hockney ?
Je ne l'ai pas rencontré. Il est étrange de s'emparer de la vie de quelqu'un de vivant pour en faire un roman. Mais c'est plutôt lui qui s'est emparé de moi. Ce que j'ai lu sur lui m'a passionnée. Sa liberté m'a fascinée. J'ai eu envie de transformer une matière documentaire qui laissait le lecteur à l'extérieur en un récit qui éclairerait son trajet de l'intérieur en s'en tenant aux questions essentielles, celles qui nouent l'amour, la création, la vie et la mort. Ce livre est un roman. Tous les faits sont vrais. J'ai inventé les sentiments, les pensées, les dialogues. Il s'agit plus d'intuition et de déduction que d'invention à proprement parler: j'ai cherché la cohérence et lié les morceaux du puzzle à partir des données que j'ai trouvées dans les nombreux essais, biographies, entretiens, catalogues, articles publiés sur et par David Hockney. [avant-propos de Catherine Cusset]

Tag creationartistique sur Des Choses à lire 871710

conséquemment, j'ai lu d'une traite avide, je connais un peu sa biographie, un peu aussi ses démarches artistiques, le parti prit de cusset est de prendre la vie personnelle du peintre comme fil, qu'elle remonte chronologiquement .
Si la part fanatique en moi aura apprécié remariner dans  le corpus sémantique lié à l'homme que j'aime tant, la part sensée en moi aura vite trouvé intéressant que cette faiblesse de fan soit démontée : peu à peu ma vraie soif de connaissance s'essouflait de ne rien y trouver de neuf, tandis que ma soif stupide de "people info" se tarissait noblement.
Noblement car, enfin,m'a paru profondément indécent le sentimentalisme de cusset, indécent, râté, passeur, mais à peine, des vraies forces qui semblent animer la démarche de Hockney. J'avais honte d'avoir rêvé m'abreuver à une autre mamelle qu'à celle du peintre. J'ai quand même quelques infos de plus, pas inintéressantes, qu'il aime Wallace Stevens **, qu'il a porté un tee shirt imprimé d'un "I Kno Im Right" devant ses détracteurs, lors d'un dense colloque autour de sa thèse sur les chambres optiques dans l'histoire de la peinture, j'ai gagné aussi une aptitude, c'est vrai, plus grande à articuler les  étapes de ses recherches graphiques à sa vie personnelle, mais c'est tout. c'est mal écrit, ça traduit, reformule, mal qui plus est, ce qu'Hockney ne cesse de transmettre brillamment dans ses nombreux entretiens et livres théoriques. Un livre à lire si on ne le connait pas dutout, pour donner envie d'en savoir plus, mais un livre très dilué de l'essence qui y préside.

sur Wallace Stevens ** :
[...] un poème de Wallace Stevens inspiré par un tableau de Picasso. Le poème était très long, composé de trente-trois strophes qui, lues par la voix grave de Henry, berçaient David et le transportaient très loin de l'île du plaisir et du fracas des plongeons. La première strophe l'avait particulièrement frappé : «Ils lui dirent : "Ta guitare est bleue. Tu ne joues pas / Pas les choses comme elles sont." / Il rétorqua : "Les choses comme elles sont / changent quand on joue sur une guitare bleue." » D'autres vers retinrent son attention : «Je ne peux pas présenter un monde vraiment rond / même si je le rapièce comme je peux.» Ou bien : « La couleur est une pensée qui grandit / à partir d'une humeur ...» Et la fin était très belle : « De jour nous oublierons, sauf quand / nous choisirons de jouer / Le pin imaginé, le geai imaginé.»[...]


Lisez Hockney ! Il est drôle, sensible, passionnant. Mais pas cet hommage. Ou ce sera vraiment par passion pour l'imparfait du subjonctif.

Il avait trouvé. Il allait peindre un arbre, tout simplement. Aussi grand que nature. Ce serait le coeur du tableau- au lieu de la route, comme dans ses toiles représentant des trajets. L'arbre était un héros. Il servait humblement l'homme en captant l'oxygène, en le chauffant de son bois, en lui donnant de l'ombre. Il incarnait le cycle de la vie en se couvrant tour à tour de bourgeons, de feuilles, de fleurs, de fruits, de neige. Aucun arbre n'était identique à un autre.

Râté totalement, poulette. Mais les avis sur Babelio me prouvent que ce roman contribue malgré tout à faire découvrir et aimer l'artiste, alors, alors merci quand-même.Mais pourvu que ton roman ne fasse omettre le public d'aller à la source si accessible et chatoyante du verbe de Hockney.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Nadine
le Mar 9 Oct - 9:57
 
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Sujet: Catherine Cusset
Réponses: 4
Vues: 346

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