Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 11 Déc - 13:02

28 résultats trouvés pour universdulivre

Helene Hanff

84, Charing Cross Road


Tag universdulivre sur Des Choses à lire 41tdu810

J'adore les livres d'occasion qui s'ouvrent d'eux-mêmes à la page que leur précédent propriétaire lisait le plus souvent. Le jour où le Hazlitt est arrivé, il s'est ouvert à "Je déteste lire des livres nouveaux" et je me suis exclamée " Salut, camarade ! " à l'adresse de son précédent propriétaire, quel qu'il soit.

Une relecture, pour moi, qui n'en fais que très peu parce qu'il y a tant à découvrir et à lire. Mais , une relecture qui m'a fait passé un bien joli moment ; je ne me souviens plus de mes pensées lors de la découverte de ce livre, il y a un certain nombre d'années. J'ai comme l'impression que je l'ai apprécié davantage parce que je prends conscience avec les années de la place des livres dans une vie.

Les livres comme "amis", les livres comme autant de liens qui se tissent autour d'eux, les livres comme messagers au moment des choix de vie, les livres juste pour savoir qu'ils sont là et nous accompagnent, toujours.



Une belle histoire que celle de l'amitié entre une jeune femme de New York désireuse de rattraper le temps perdu et "d'apprendre" sur la littérature anglaise et les employés d'une librairie d'occasion qui n'auront de cesse que de la contenter dans ses demandes de livres épuisés ou abordables.
Une histoire sur le temps qui passe, les vies qui se défont, les absences qui surviennent... et les livres qui demeurent prêts à circuler entre d'autres mains en attente.
Une belle histoire pour dire le merveilleux de ces livres d'occasion, déjà lus, annotés et qui enrichissent encore davantage "leur propriétaire" du moment.


Finalement : relire, c'est porter un autre regard et c'est bien également.


Mots-clés : #autobiographie #correspondances #universdulivre
par kashmir
le Ven 22 Nov - 18:27
 
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Sujet: Helene Hanff
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Howard Fast

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Memoir10

Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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Pierre Bayard

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Commen10

Attention, ce livre est d’une importance fondamentale. Il démontre l’inutilité de la lecture, voire sa dangerosité. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de le lire puisque je vais essayer d’en donner un résumé aussi fidèle de possible.
J’espère convaincre définitivement tous les participants de ce forum de la stupidité de perdre du temps à la lecture, souvent d’ailleurs prétexte fallacieux pour ne pas participer aux discussions.

Dans le prologue, l’auteur présente les thèses qu’il compte soutenir :

« Plus encore, comme il apparaîtra au fil de cet essai, il est même parfois souhaitable, pour parler avec justesse d’un livre de ne pas l’avoir lu en entier, voire de ne pas l’avoir ouvert du tout. Je ne cesserai d’insister en effet sur les risques, fréquemment sous-estimés, qui s’attachent à la lecture pour celui qui souhaite parler d’un livre, ou mieux encore, en rendre compte. »


« Je connais peu de domaines de la vie privée, à l’exception de ceux de l’argent et de la sexualité, pour lesquels il est aussi difficile d’obtenir des informations sûres que pour celui des livres.


Il nous donne également quelques explications sur les abréviations qu’il va utiliser :
LI = livres inconnus de moi
LP = livres parcourus
LE = livres dont j’ai entendu parler
LO = livres oubliés
Ces abréviations ne sont pas exclusives les unes des autres et se complètent par des appréciations. Ainsi, on pourra trouver par exemple l’indication LP et LE ++. Ce qui signifie : livre parcouru et dont j’ai entendu parler avec avis très positif.
Personnellement, j’ai trouvé le dispositif astucieux. Il pourrait d’ailleurs être adopté au sein du forum.

Première partie : Des manières de ne pas lire

Chapitre 1 : les livres qu’on ne connaît pas. Où le lecteur verra qu’il importe moins de lire tel ou tel livre, ce qui est une perte de temps, que d’avoir sur la totalité des livres ce qu’un personnage de Musil appelle une « vue d’ensemble ».

Il est donc question de la visite du général Stumm à la bibliothèque et de la théorie du bibliothécaire :

« Le secret de tout bon bibliothécaire est de ne jamais lire, de toute la littérature qui lui est confiée, que les titres et la table des matières. Celui qui met le nez dans le contenu est perdu pour la bibliothèque ! m’apprit-il. Jamais il ne pourra avoir une vue d’ensemble »


Ce qui importe n’est donc pas le contenu du livre mais une vue d’ensemble sur la littérature.

« Celui qui met le nez dans les livres est perdu pour la culture, et même pour la lecture. Car il y a nécessairement un choix à faire, de par le nombre de livres existants, entre cette vue générale et chaque livre, et toute lecture est une perte d’énergie dans la tentative, difficile et coûteuse en temps, pour maîtriser l’ensemble. »


« Si de nombreuses personnes non cultivées sont des non-lecteurs, et si, à l’inverse, de nombreux non-lecteurs sont des personnes cultivées, c’est que la non lecture n’est pas l’absence de lecture. Elle est une véritable activité, consistant à s’organiser par rapport à l’immensité des livres, afin de ne pas se laisser submerger par eux. A ce titre, elle mérite d’être défendue et même enseignée. »


Chapitre 2 : les livres que l’on a parcourus. Où l’on voit avec Valéry, qu’il suffit d’avoir parcouru un livre pour lui consacrer tout un article et qu’il serait même inconvenant, pour certains livres, de procéder autrement.

Paul Valéry n’était pas un grand lecteur. Il l’avouait dans un hommage à la mort de Proust :

« Quoique je connaisse à peine un seul tome de la grande œuvre de Marcel Proust, et que l’art même du romancier me soit un art presque inconcevable, je sais bien toutefois, par ce peu de la Recherche du temps perdu que j’ai eu le loisir de lire, quelle perte exceptionnelle les Lettres viennent de faire … »


Cela ne l’empêche pas de beaucoup parler et écrire sur les écrivains. Son discours de réception à l’Académie française au fauteuil d’Anatole France est un modèle de perfidie. Son éloge de Bergson est une langue de bois, vantant les mérites qui peuvent s’appliquer certes à Bergson mais aussi à tout autre savant.
C’est que Valéry s’intéresse surtout à dégager les lois générales de la littérature. Pour cela, il se tient à distance des auteurs et des œuvres proprement dits.
L’important serait donc de saisir l’esprit d’une œuvre et pour cela la parcourir est la méthode la plus souvent utilisée ; parcours qui consiste à commencer le livre au début et à sauter ensuite passages ou pages ou parcours aléatoire dans l’œuvre, au choix.

« Mais Valéry nous permet aussi d’aller plus loin en nous invitant à adopter cette même attitude devant chaque livre et à en prendre une vue générale, laquelle a partie liée avec la vue sur l’ensemble des livres. La recherche de ce point de perspective implique de veiller à ne pas se perdre dans tel passage et donc de maintenir avec le livre une distance raisonnable, seule à même de permettre d’en apprécier la signification véritable »


Appliquant à présent les judicieux préceptes de l’auteur, je ne signalerai maintenant que les titres des chapitres du reste du livre dont je pense avoir saisi l’esprit sans perdre trop de temps à le lire intégralement.

Chapitre 3 : Les livres dont on a entendu parler. Où Umberto Eco montre qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir eu un livre en main pour en parler dans le détail, à condition d’écouter et de lire ce que les autres lecteurs en disent.

Chapitre 4 : les livres que l’on a oubliés. Où l’on pose, avec Montaigne, la question de savoir si un livre qu’on a lu et complètement oublié, et dont on a même oublié qu’on l’a lu, est encore un livre qu’on a lu.

Deuxième partie : Des situations de discours

Chapitre 1 : Dans la vie mondaine. Où Graham Greene raconte une situation de cauchemar, das laquelle le héros se retrouve face à toute une salle d’admirateurs attendant avec impatience qu’il s’exprime à propos de livres qu’il n’a pas lu

Chapitre 2 : Face à un professeur. Où il se confirme avec les Tiv, qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir ouvert un livre pour donner à son sujet, quitte à mécontenter les spécialistes, un avis éclairé.

Chapitre 3 : Devant l’écrivain. Où Pierre Siniac montre qu’il peut être important de surveiller ses propos devant un écrivain, surtout quand celui-ci n’a pas lu le livre dont il est l’auteur.

Chapitre 4 : Avec l’être aimé. Où l’on se rend compte, avec Bill Murray et sa marmotte, que l’idéal, pour séduire quelqu’un en parlant des livres qu’il aime sans les avoir lus soi-même, serait d’arrêter le temps.

Troisième partie : Des conduites à tenir.

Chapitre 1 : Ne pas avoir honte. Où il se confirme, à propos des romans de David Lodge, que la première condition pour parler d’un livre que l’on n’a pas lu est de ne pas en avoir honte.

Chapitre 2 : Imposer ses idées. Où Balzac prouve qu’il est d’autant plus facile d’imposer son point de vue sur un livre que celui-ci n’est pas un objet fixe et que même l’entourer d’une ficelle tachée d’encre ne suffirait pas à en arrêter le mouvement.

Chapitre 3 : Inventer les livres . Où l’on suit, en lisant Soseki, l’avis d’un chat et d’un esthète aux lunettes à montures dorées, qui prônent tous deux, dans des domaines d’activité différents, la nécessité de l’invention.

Chapitre 4 : Parler de soi. Où l’on conclut, avec Oscar Wilde, que la bonne durée de lecture d’un livre est de six minutes, faute de quoi on risque d’oublier que cette rencontre est d’abord un prétexte à écrire son autobiographie.

En conclusion : que pense l’auteur de son livre ?

« L’humour est un élément fondamental de mon écriture. Il n’est d’ailleurs pas toujours perçu par mes lecteurs. Certains ouvrages sont ainsi parcourus avec le plus grand sérieux, quand ils mériteraient d’être pris au second degré. Dans Comment parler des livres que l’on a pas lus ?, le narrateur enseigne la manière de ne pas lire, ce qui est une plaisanterie car je suis moi-même un grand lecteur. L’humour a pour moi une fonction analytique. Il permet de marquer un décalage entre soi-même et soi, et donc de prendre une distance avec ce que l’on écrit. »


Humour certes mais s’appuyant sur une érudition et des réflexions de haute volée. Un vrai régal de lecture. !  Very Happy


Mots-clés : #creationartistique #humour #universdulivre
par ArenSor
le Mer 11 Sep - 19:54
 
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Sujet: Pierre Bayard
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Rick Bass

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 410jam10

Sur la route et en cuisine avec mes héros

quatrième de couverture a écrit:Rick Bass a quitté sa vallée sauvage du Montana afin de rendre visite à ses mentors, disséminés à travers les États-Unis et l'Europe, pour leur cuisiner un repas raffiné, en guise de remerciement, car ces héros lui ont appris non seulement à écrire, mais aussi à vivre. C'est parfois un dernier hommage puisque le pèlerin ne reverra pas certains d'entre eux, ainsi Denis Johnson, John Berger ou Peter Matthiessen, disparus peu après.


Sur la route et en cuisine est un exercice d'admiration, une succession de portraits intimistes et d'épisodes drôles, truculents, voire hilarants : une dinde explose chez Thomas McGuane, des chiens de prairie pestiférés hantent un camping par une nuit d'orage, Rick Bass remarque des traces de sang à l'aéroport de Londres, Joyce Carol Oates s'offusque d'être photographiée, certains dîners se transforment en d'inénarrables fiascos.


Hum, il y aurait eu le choix entre la liste exhaustive des noms, de larges extraits avec ou sans élan, des anecdotes de seconde main et... quelques impressions. Heureusement pour la découverte, dommage pour le reste c'est la deuxième option que je retiens.

Autant le dire tout de suite j'en attendais plus. Plus d'émerveillement ? plus sur les oeuvres de ces auteurs/personnages ? Une écriture un petit peu plus développée ? Je ne sais pas.

Ceci dit Rick Bass conserve tout son capital sympathie et cette idée de s'inviter chez ses mentors, comme il les appelle, pour leur préparer des repas de compet', si possible en incluant de la viande chassée par ses soins, en est une manifestation inspirante.

Tout comme choisir de se faire accompagner si possible par la génération suivante fait partie du plan. Les tribulations d'un Rick Bass qui se remet difficilement de son divorce et écume les kilomètres c'est amusant et met l'eau à la bouche. C'est aussi le regard de l'écrivain sur sa vie, son écriture, son parcours et "sa" nature et un peu plus loin un petit panorama, quelques liens entrevus, sur la littérature américaine. Malgré tout. Pour la rubrique people alternative c'est pas mal non plus.

Pas une grande révélation mais agréable et plutôt inspirant. L'impression qu'il lui manque un petit truc à ce pauvre Rick en plein tournant et résolu à aller de l'avant.


Mots-clés : #amitié #autobiographie #creationartistique #ecriture #nature #peinture #universdulivre
par animal
le Mar 23 Juil - 21:16
 
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Helene Hanff

84, Charing Cross Road

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Proxy178

Helene Hanff, écrivain new-yorkaise aux revenus précaires, commande  en Angleterre, à une librairies située 84 Charing Cross Road, toutes sortes des livres anciens ou épuisés qu’elle n’arrive pas à se procurer chez elle. Peu à peu une espèce d’amitié se noue entre elle et le libraire, Franck Doel puis avec toute l’équipe puisqu’en cette période des sévères restrictions d’après guerre, Helene envoie des colis de nourriture à distribuer entre tous.

C’est un court roman épistolaire. Ou bien Helene Hannf s’est elle contentée de reprendre des lettres réelles, de les sélectionner et les mettre en face à face ? Ça, on ne le sait pas. Il y a là un ton délicieux, d’une légèreté rieuse, entre la fofolle new-yorkaise et l’anglais guindé. Le ton évolue peu à peu au fil des pages, les employés de la librairie et la famille de Franck s’y mettent, c’est tout à fait charmant.


Mots-clés : #amitié #autofiction #correspondances #universdulivre
par topocl
le Ven 10 Mai - 11:55
 
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Olivier Cadiot

Histoire de la littérature récente – Tome I

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 41dogk10

Livre très intéressant et caustique qui sous couvert de donner des conseil pour écrire critique toutes les erreurs d'une littérature française mise en avant et si pauvre.
Des comportements, au propos tenus, aux marottes, aux idées pré-conçues le messages est finalement clair : tout ce qu'on dit sur les méthodes d'écriture, jetez cela à la poubelle et faites ce qui vous plait sans en attendre quoi que ce soit d'autre que ce que c'est réellement.
Jubilatoire, permettant d'exorciser nos propres doutes, l'ouvra est dynamique, goguenard et bien écrit.
En espérant que le tome 2 suive le même chemin.


****


Mots-clés : #ecriture #universdulivre
par Hanta
le Ven 3 Mai - 11:28
 
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Mohammad Rabie

La bibliothèque enchantée

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 97823311

Quand inventera-t-on un appareil qui transmettra instantanément à mon cerveau le contenu d'un ouvrage sans que je perde mon temps à le lire ? Je pourrai ainsi avaler toute la bibliothèque en une semaine, ou même en un seul jour. Et je me débarrasserai de ce besoin irrépressible que j'ai de lire tout ce qui me tombe sous les yeux.


C’est une vieille bibliothèque cairote, construite autour d'un puits de lumière, dont il est prévu qu’elle soit détruite pour construire une station de métro. Chaher, fonctionnaire rêveur et dilettante a pour mission de rédiger un rapport pour justifier cette démission déjà décidée.

Il découvre ce lieu étrange et ses occupants hors du temps,  construite jadis en l'honneur d'une épouse érudite,  labyrinthique, rempli de milliers de volumes qui ne sont ni classés, ni répertoriés, mais rangés dans le seul ordre de leur chronologie d'arrivée, avec sur la première page le nom du volume précédent et sur la dernière le nom du volume suivant. Parmi eux, de nombreuses traductions, où n’apparaît jamais le nom du traducteur. Et pour finir, un ouvrage particulièrement mystérieux:

« le Codex seraphinianus  est intraduisible. Composé dans une langue inconnue à l’alphabet ignoré, il décrit un monde inconnu. Rien ne le relie à notre univers ni à notre civilisation. Il n’existe aucun texte équivalent dans aucune langue connue. Dans ces circonstances, ce livre est indéchiffrable. Y chercher quoi que ce soit est contraire à la logique, cela revient à perdre son temps. »


Ironie ou absurdité suprême, ce livre est traduit en de multiples langues, dont l'arabe.

Faut-il nécessairement que les choses aient une logique ?


Il s'agit donc d'un texte étrange, à la limite entre l'absurde et le fantastique, qui interroge sur le  sens de la lecture, de la culture, de la conservation des archives, ainsi que de la traduction. Érudit tout en étant poétique, réaliste mais plein d‘excursions fantaisistes, La bibliothèque enchantée nous parle (sans doute en parallèle avec Borges que je n’ai pas lu) de notre univers de lecteur, de notre rapport aux livres et à la traduction.


Mots-clés : #absurde #lieu #traditions #universdulivre
par topocl
le Mar 23 Avr - 12:05
 
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Vladimir Nabokov

Littératures 1 : Austen, Dickens, Flaubert, Stevenson, Proust, Kafka, Joyce

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Ce sont les (notes de) cours donnés par Vladimir Nabokov, où l’on retrouve ses points de vue personnels sans faux-fuyant, avec un peu de son vif esprit (notamment lorsqu’il rejette les thèses freudiennes avec humour).
« Style et structure sont l’essence d’un livre, les grandes idées ne sont que foutaise. »

Pour lui, la littérature fait frissonner les moelles épinières réceptives :
« Beauté plus pitié, c’est le plus près que nous puissions approcher d’une définition de l’art. Où il y a beauté, il y a pitié, pour la simple raison que la beauté doit mourir ; la beauté meurt toujours, la manière meurt avec la matière, le monde meurt avec l’individu. »

Comme c’est un des écrivains dont l’œuvre retient le plus mon attention, que je partage beaucoup de ses opinions et qu’il me fait rire, cette lecture m’a exaucé. Nabokov fut sans conteste un bon lecteur, à rapprocher d’Umberto Eco.
J’ai longtemps nourri des doutes sur la valeur ou l’intérêt de la « critique littéraire », mais pense maintenant, grâce à certains auteurs dont ceux-ci, que l’étude des œuvres ne les déprécie pas, qu’au contraire le travail d’un écrivain valable gagne à l’examen sous différents points de vue de sa structure et de son style, comme sans doute aussi de sa genèse et de ses variantes.
Je ne peux jamais m’empêcher de penser que, quoique géniaux, ces auteurs et œuvres classiques sont choisis comme terrains de jeux, de joutes littéraires, surtout par une sorte de consensus qui a le mérite de sélectionner et s’entendre sur les sujets d’étude communs des critiques. L’intérêt n’en est pas moindre d’apprendre à (mieux) lire, qui me semble le propos de l’exercice ‒ qui semble consister à comprendre comment on écrit.
Pour profiter au mieux de ces cours où est étudiée une œuvre de chacun des auteurs concernés, je pense qu’il serait souhaitable pour le lecteur de disposer simultanément des livres étudiés, à l’instar des élèves de Nabokov ; cependant, les avoir lus est suffisant, compte tenu des nombreuses citations. (Maintenant, pour quelqu’un qui ne se sent pas de se lancer dans A la recherche du temps perdu et/ou Ulysse, il y a là moyen de se faire une bonne idée sans grand effort…)
« En fait, toute fiction est fiction. Tout art est mensonge. Le monde de Flaubert, comme celui de tous les grands écrivains, est un monde imaginaire, qui a sa propre logique, ses propres conventions, ses propres coïncidences. […] Toute réalité n’est qu’une réalité comparative [… »

Cette tonique lecture m’a ramentu (ou appris) que l’argent (les dettes) est pour moitié dans la mort d’Emma Bovary (avec le romanesque mâtiné de rouerie) ; que ce livre constitue un sottisier des poncifs de la bêtise philistine, dite bourgeoise, qui fait plus qu’annoncer Bouvard et Pécuchet ; que Flaubert est un transmutateur du vulgaire et du médiocre en art (projet typique de son contemporain Baudelaire), ce que Nabokov appelle un enchanteur ; que, poème en prose, son roman est structuré comme une symphonie.
« Il y a une chose dont vos esprits doivent bien se pénétrer : l’œuvre n’est pas autobiographique, le narrateur n’est pas Proust en tant qu’individu, et les personnages n’ont jamais existé ailleurs que dans l’esprit de l’auteur. Inutile, par conséquent, de nous attarder sur la vie de l’auteur. Cela est sans importance dans le cas présent et ne ferait qu’embrouiller la question, d’autant que le narrateur et l’auteur ont plus d’un point en commun et évoluent dans des milieux très semblables.
Proust est un prisme. Son seul objet est de réfracter, et, par réfraction, de recréer rétrospectivement un monde. Ce monde lui-même, les habitants de ce monde, n’ont aucune espèce d’importance historique ou sociale. Il se trouve qu’ils sont ce que les échotiers appellent des représentants du Tout-Paris, des messieurs et des dames qui ne font rien, de riches oisifs. Les seules professions que l’on nous montre en action, ou à travers leurs résultats, relèvent de l’art ou de l’érudition. Les créatures prismatiques de Proust n’ont pas d’emploi, leur emploi est d’amuser l’auteur. »

Il m’avait échappé (ou j’ai oublié) que les personnages de Proust sont systématiquement présentés sous des facettes différentes :
« La diversité des aspects sous lesquels apparaissent les personnages selon la diversité des regards qui les observent […]
Proust, pour sa part, soutient qu’un personnage, une personnalité, n’est jamais connu de façon absolue, mais seulement comparative. Au lieu de le hacher menu [comme Joyce], il nous montre tel personnage à travers l’idée que d’autres personnages se font de ce personnage. Et il espère, après avoir donné une série de ces prismes et de ces reflets, les combiner pour en faire une réalité artistique. »


J’ai lu ces cours dans l’édition de poche… Le livre de poche (Fayard), qui m’a parfaitement convenu, surtout comparativement à un Christian Bourgois de sinistre mémoire. Il s’agit d’un exemplaire d’occasion, marqué S. P. ‒ si ce sigle signifie « Service de Presse », cela expliquerait peut-être qu’il paraisse n’avoir jamais été lu avant de me parvenir.


Mots-clés : #essai #universdulivre
par Tristram
le Mer 10 Avr - 0:04
 
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Sujet: Vladimir Nabokov
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Johan Faerber

Après la Littérature : Ecrire le contemporain

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 41tld510

Ouvrage indispensable s'agissant de la littérature française actuelle.
Johan Faerber introduit son propos par une question que l'on se pose tous que nous soyons auteur ou lecteur : la littérature décline t-elle ?
Est elle en train de mourir ? Vivons nous l'époque qui la verra disparaître ?
la réponse est catégorique et est présente dès le début : c'est un refus vindicatif et véhément, comme un cri du coeur qui devient un propos de raison à travers ce livre.
Interroger la notion de temporalité, affirmer et définir le concept de contemporain est déjà la première base pour questionner une évolution et un déclin.
Puis, questionner les causes de ce ressenti souvent claironné par les penseurs réactionnaires.
Ensuite établir en quoi la littérature vit toujours, faire l'effort de déceler les écrivains qui ravivent cet art.

Un propos très juste m'a alerté ; l'idée selon laquelle des auteurs ont été des auteurs tellement importants et tellement synthétique de tout ce que la littérature proposait, qu'on pensa suite à cela qu'on ne pourrait plus rien faire, plus rien innover et finalement lecteur comme écrivain en herbe ne pourraient plus rien découvrir ou créer.
C'est un ressenti que j'ai personnellement lorsque je veux écrire. Je repense à mon panthéon personnel et je me résigne. Le génie est mort, en tout cas il n'est pas moi.
ce livre réfléchit et répond non. Les icônes n'en sont pas malgré leur immense talent et la mort de la littérature ne sera déclarée que lorsque personne ne passera outre ces icônes pour écrire son propre propos, son propre récit. je schématise, pour mieux cerner cette subtilité argumentative il convient de se plonger dans les pages du livre de Faerber.

Ouvrage riche, en références, en réflexion, en arguments avec un style très abouti, proche du soutenu universitaire par moments. Il demande à être assimilé avec patience.
je ne sais pas si l'auteur sera d'accord mais il m'est venu que la littérature était en fait soumise à la Reprise kierkegaardienne: une expérience ans cesse renouvelée même quand les éléments nous paraissent identiques.

une oeuvre qui fera date.


mots-clés : #essai #universdulivre
par Hanta
le Jeu 21 Fév - 11:46
 
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Sujet: Johan Faerber
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Claudie Hunzinger

Tag universdulivre sur Des Choses à lire La-sur10

Claudie Hunzinger : La Survivance

A l'époque d'Amazon et des librairies en ligne, peut on encore faire vivre une librairie de livres d'occasion  et accessoirement en vivre ? Pour Sils et Jenny la réponse est négative. La librairie en faillite, ils sont contraints de partir.
Mais où aller ?
Jenny se souvient d'une maison désaffectée dont elle a héritée. Une ruine en fait et perchée à 1000 mètres dans les Vosges. A 20 ans ils y passaient les vacances. Y retourner 40 ans plus tard pour y vivre est une épreuve totalement inconnue. D'autant qu'ils ont embarqué tous leurs livres et quelques rares objets personnels.
Les accompagnent Betty, la chienne et Avanie, l'ânesse, compagnons d'infortune mais pas seulement.

Ce qu'ils vont découvrir c'est que le vieux monde n'est plus pour eux, il les a rejetés et continuera à le faire. Et de plus, c'est un monde fini ou en voie de l'être.
Continuer c'est tenter de survivre en autarcie, en cachette, avec la seule compagnie de quelques cerfs. Mais s'adapter à la solitude et à la promiscuité, à l'isolement et aux intempéries est une forme de révélateur inéluctable de leur condition humaine  et de leur absence d'avenir.
Ils sont au bout du chemin.

Sils et Jenny sont des survivants d'une époque où les illusions et les utopies tenaient lieu d'avenir. Où les livres comblaient tout ce qui manquait dans une société matérialiste et anonyme.
Ce qu'ils vont vivre va les souder mais aussi leur faire comprendre qu'ils ont perdu la partie.
Ce sont ces perdants magnifiques dont parle Leonard Cohen.
Si nous les aimons c'est parce que le coeur n'est pas qu'un muscle ou un homme de coeur une simple métaphore.
Ces personnages sont inoubliables et l'écriture de Claudie Hunzinger nous entraine et nous transporte loin des clichés et des sentiers battus.
Et nous les suivons.


mots-clés : #amour #nature #solitude #universdulivre
par bix_229
le Jeu 24 Jan - 19:53
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Jean Berthier

1144 livres

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 412fo110

Un jeune bibliothécaire né sous X a bien enrobé la plaie de son abandon par sa mère sous une existence heureuse quoiqu’ un peu convenue, nourrie par la richesse que lui apportent ses lectures. Quand soudain lui arrive ce curieux legs : les 1144 livres de la bibliothèque de sa mère biologique qui vient de décéder, livrant ce bien intime sans pour autant se dévoiler.
L‘ouverture de 38 cartons, plus dérangeante qu’il n’était prévu,  ne lèvera pas l’anonymat de cette femme inconnue, mais éclairera le narrateur sur le sens de la filiation.
C’est raconté sur un ton désuet et léger qui contraste avec la gravité du sujet (avancer léger fait sans doute moins mal). C’est assez plaisant, quoique survolé et ce double thème de la filiation et des livres m’a fourni un agréable moment.


mots-clés : #relationenfantparent #universdulivre
par topocl
le Dim 13 Jan - 11:21
 
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Sujet: Jean Berthier
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Alberto Manguel

Réponse @Dreep

Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Je_rem10


Suite à un litige avec l’administration fiscale française, Manguel a dû (faire) emballer les 35000 volumes de sa bibliothèque avant de déménager à New York, puis Buenos Aires (comme directeur de la Bibliothèque nationale, tel que Borges en son temps), en attendant de pouvoir les déballer. Nouvelle occasion de digresser sur les livres, les bibliothèques ; j’y marque beaucoup de citations, notamment… de citations !
« L’allocution du pasteur Montmollin [à l’enterrement de Borges] ouvrit judicieusement sur le premier verset de l’Évangile selon saint Jean. “Borges, dit le pasteur, était un homme qui cherchait sans cesse le mot juste, le terme qui résumerait l’entière et définitive signification des choses”, et il poursuivit en expliquant que, comme nous l’apprend le Livre saint, un homme ne peut jamais atteindre un tel mot par ses propres efforts. Jean l’a dit clairement, ce n’est pas nous qui découvrons le Verbe mais le Verbe qui nous trouve. Le pasteur Montmollin résuma avec précision le credo littéraire de Borges : la tâche de l’écrivain consiste à trouver les mots justes pour nommer le monde, sachant dès le début que ces mots, par leur nature même, sont inaccessibles. Les mots sont les seuls instruments nous permettant de prêter et de retrouver du sens et, en même temps qu’ils nous permettent de comprendre ce sens, ils nous montrent qu’il se trouve précisément au-delà du domaine des mots, juste de l’autre côté du langage. Les traducteurs le savent, peut-être, mieux que tous les artisans des mots : ce que nous édifions à l’aide de mots ne peut jamais saisir dans sa plénitude l’objet désiré. Le Verbe qui est au commencement nomme mais ne peut être nommé.
Toute sa vie durant, Borges a exploré et expérimenté cette vérité. De ses premières lectures à Buenos Aires à ses derniers écrits dictés sur son lit de mort à Genève, tout texte devenait, dans son esprit, une preuve du paradoxe littéraire consistant à être nommé sans jamais vraiment conférer à quoi que ce soit un nom porteur de vie. Depuis son adolescence, dans chaque livre qu’il lisait quelque chose semblait lui échapper, tel un monstre rebelle, promettant toutefois une page de plus, une plus grande épiphanie dès la lecture suivante. Et quelque chose dans chaque page qu’il écrivait le forçait à avouer que l’auteur n’était pas le maître ultime de sa propre création, de son Golem. Ce double lien, la promesse de révélation qu’accorde chaque livre à son lecteur et l’avis de défaite que signifie chaque livre à son auteur, prête à l’acte littéraire sa constante fluidité. »

« Chaque expérience de lecture tient uniquement à son lieu et à son temps, et ne peut être dupliquée. »

Conversation érudite et de bon ton d’un lettré qui a beaucoup lu et s’en souvient ‒ et qui bien sûr s’adresse à nous, lecteurs !

Mots-clés : #essai #universdulivre
par Tristram
le Dim 6 Jan - 13:10
 
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Sujet: Alberto Manguel
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Guillaume Meurice

Cosme

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Tag universdulivre sur Des Choses à lire 50511810

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Voy10

Voilà, je tombe en médiathèque sur ce roman, la 4eme de couverture évoque Rimbaud, "Cosme ou l'histoire d'un fils d'immigrés espagnols, agrégé de rien, pas même bachelier, qui découvre le Graal de la poésie française : le sens caché du sulfureux et mystique poème de Rimbaud, Voyelles. ", je ne connais pas dutout Meurice (et serai surprise d'apprendre qu'il est connu et pas spécifiquement écrivain ), et ne saurai qu'après lecture qu'il s'agit d'un récit, à quatre mains, puisque guidé, validé, inspiré par Cosme Olvera, ci -dessus en photo.

Le roman (on va quand même dire ça comme ça, ça s'y prête) a une langue simple mais séduisante, phrases assez courtes, images précises, on suit l'élan de vie d'un homme habité par ses propres marottes. Des marottes d'hyper logique . Des talents hyper logiques.
c'est un livre qui raconte bien une personne, plein de détails sont très singuliers, ça s'entend après coup comme caractéristique de l'aspect non fictionnel, au fond : l'empathie est mobilisée à fond, puis parfois beaucoup moins, mais toujours on reste intéressé, je trouve, dumoins. Et notamment parce qu'il y a ce récit d'une quête, qui est partagée généreusement, sans nous faire l'outrage d'une ellipse.
Je disais à Quasimodo que ce roman rendait hommage au jeu des Echecs, une des passions de cosme. J'ai beaucoup aimé, pour ça, pour Rimbaud, pour en fait cette immersion dans un esprit que je n'ai pas dutout, hélas, ce côté méthodique hyper logique, qui est raconté avec clarté. On rigole parfois, parfois on est ému, parfois enfin, on est très intrigué. Je conseille ce livre qui a les caractéristiques d'une friandise, quant au plaisir qu'il donne, orchestré de manière modeste mais précise. Ma foi. Il a quelques défauts mais surtout la qualité d'enthousiasme. Meurice le traduit bien.Il insère très discrètement, aussi, une forme de vanité qui va de pair avec la quête, mais on l'admet volontiers. Et puis le chemin de vie parallèle à la passion poétique et logique est très agréable à découvrir. Les réserves sur le tout , finalement, est semblable à celle qu'on aurait devant un individu lambda, du moment que ce sont les faits, on ne peut que difficileent faire un procès littéraire, et sortir du duo ce qui revient à Meurice ou Olvera est franchement compliqué à mon avis.

Je n'ai plus le livre, je l'ai rendu, c'est un peu dommage, il ya des passages à relire, sans doute, si vraiment on se pique de suivre Olvera dans ses chemins, y compris à travers ses poemes qui sont retranscrits. Il y a une touche ésotérique , parfois, que j'ai abordé avec méfiance instinctive, j'avais peur que ça vire "illuminé" mais en fait, non, ça reste très tenu au final, pour moi qui suis très attachée au vraisemblable . Bon mon commentaire est pas super précis, mais vous voyez en gros.
chouette lecture.


mots-clés : #creationartistique #initiatique #poésie #temoignage #universdulivre
par Nadine
le Ven 5 Oct - 10:43
 
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Sujet: Guillaume Meurice
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Christiane Taubira

@Nadine a écrit:
Exçusez moi, vraiment, pour çes  çédilles et majusçules /minusçules tronquées, mon çlavier est moribond, j'espère que ça reste lisible.
.


J'ai corrigé les ç et les majuscules dans l'extrait et le commentaire, Nadine, afin que leur lecture en soit facilitée.
Tu aurais des hashtags à conseiller ? (Je pensais notamment à #universdulivre ?)
Et n'hésite pas à faire un tour chez Emmaüs ou dans une Trocante, on peut y trouver un clavier pour vraiment pas cher, qu'il suffir de brancher sur l'ordi.
par Armor
le Mer 26 Sep - 13:25
 
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Sujet: Christiane Taubira
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Christiane Taubira

Baroque Sarabande

Tag universdulivre sur Des Choses à lire 41d5jt10


"On prend d'assaut la prison du langage
Pour libérer les mots prosçrits
Et autour des rêves menaçés par les fauves
On entretient le feu

c'est d'Abdellatif Laâbi.
Voilà bien ce qu'il s'agit de faire, entretenir le feu. Contre l'adversité, contre les interdits, contre la violence qui semble gratuite mais dessert un dessein, celui d'un ordre social où les places sont attribuées. Ne pas obéir. Ne se laisser ni asservir ni accabler. " La langue maternelle, la langue dans laquelle on rêve, c'est bien là le "chez soi". Les interdits sur la langue sont donc une expulsion en bonne et due forme, de chez soi, de soi. Ne pas consentir au bannissement ontologique. Refuser l’exil symbolique. Accéder au baroque bénéfique. Ce baroque-là même qui « rompt toute certitude orthodoxe de limite, d’unité, d’espace borné, d’angle de vue privilégié, pour tout changer –espace et temps, rêve et réalité – en objet d’une floraison dynamique, sans axe centrique par nature, soumises aux lois du mouvement plus qu’à celles de l’essence », tel que le définit Carlos Fuentes ».



Voilà un peu l'objet de ce livre, remonter avec l'auteur les sources de cette lutte , au coeur de ses sources personnelles. Taubira se fait passeuse, offre un nombre important de noms, de citations, à suivre, à redécouvrir.

En une suite de courts textes, on la suit dans des chemins érudits et engagés. J'ai regretté être aussi ignare, face à de nombreuses références car lorsque  certaines m'étaient connues, j'ai pu mesurer la pertinence de l'auteure à les placer sous une perspective dynamique et nouvelle, personnelle.

La première moitié du livre s'est ainsi déroulée entre mes mains, la langue de Taubira étant très belle, avec grand plaisir , mais pourtant vient un moment où je m'y suis un peu perdue, faute d'être, au coeur des références, familière. je me suis même prise à me dire que son style était peut-être finalement un peu ronflant, faussement précis (l'accumulation des adjectifs commentant les nombreux extraits qu'elle nous propose a produit ce sentiment, par exemple.)
Et puis, PAF, un peu après le milieu de l'essai, en sa 3eme partie, on tourne la page et on lit :

Assez folâtré. Il est temps que je vous dise.
Et d’abord, balisons.
Dans Cayenne des années cinquante, il n’existe pas de librairie. Une papeterie fait vente de livres un mois par an, le temps de liquider les manuels scolaires.

Suivent 5 pages qui prennent cette fois corps dans l'histoire personnelle de Taubira, et c'est magnifique. Sa prose demeure aussi précise, mais prend des atours plus simples, parce qu'elle achoppe au quotidien, au vécu, et en quelques paragraphes elle nous dresse avec beaucoup de force toute une époque, tout un contexte (la Guyane). C'est le joyau de sa transmission. Un livre à lire pour s'instruire, prendre des notes, des références, et pour recevoir ce chapitre magnifique. Le début est visible dans çe lien :
e book

J'avais envie de recopier beaucoup d'analyses ou de commentaires sur des auteurs, mais ce serait trop long. Il y a notamment de très intéressantes notes sur la traduction en littérature. C'aurait été intéressant de le faire car l'intérêt du livre vient certainement de son invite à un allé/retour entre cet essai et les auteurs cités. Elle parle beaucoup des auteurs d'Amérique Latine, notamment.
C'est une promenade à la forme assez libre , dans l'univers si particulier de la culture, pas toujours facile à suivre, mais belle comme la Dame.


mots-clés : #colonisation #conditionfeminine #philosophique #temoignage #universdulivre
par Nadine
le Mer 26 Sep - 10:49
 
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Sujet: Christiane Taubira
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Walter Benjamin

Moi j'en ai à lire, je n'ai lu que :

La tâche du traducteur

Un texte court, d'une quinzaine de pages sur un sujet loin d'être neutre... (tentative de résumé partiel et partial) pour traiter le sujet ou avec le sujet, il y a un passage choisi en premier lieu par des rapports de rupture. Rupture entre l'œuvre, le texte, et le lecteur, n'étant pas écrite pour lui, même si considéré comme entité abstraite. Une rupture entre la traduction et le sens, une identité impossible (ni spontanément souhaitable). Un peu plus loin est affirmée la rupture entre l'écrivain et le traducteur en leur assignant un but différent.

L'écrivain en employant directement sa langue fait tendre son écrit vers un sens (ou un objet). Le traducteur sans être coupé du sens travaille en fait sur le langage, son objet n'étant pas une identité des mots mais de rendre la tension vers le sens, la direction particulière donnée par l'auteur. Jusque là ce serait un peu facile et d'ailleurs ce résumé impose des sauts dans le texte. Parce que ce qui se dessine en même temps c'est une pensée sur le langage même, un rôle essentiel, partagé et pouvant tendre si on coupe vers son essence à un rapport (que je n'ai pas bien saisi <- pas de connotation négative) avec le sacré.

Et autre événement notable quand il s'agit d'idées et d'une abstraction certaine, il y a un rapport précis (pas facile à résumer celui-ci) au temps. L'œuvre n'est traduite qu'en conséquence de sa postérité (et pas l'inverse) ce qui signifie déjà qu'en dehors de sa traduction elle même n'est plus la même, en quelque sorte finie et recommencée. Et la traduction, en tant que rapport au langage, est ancrée dans le temps et donc périssable. On constate donc l'immensité des écarts et des mutations dont on peut à peine espérer qu'il reste l'infime essentiel...

Mais si on en revient à l'essence du langage et aux mouvements de la pensée il se pourrait, c'est la proposition (le texte est doux mais le mot est faible) de Walter Benjamin, que la tâche du traducteur ne soit pas de prendre un sens littéral pour le passer au moule de sa langue mais plutôt de faire intervenir la mécanique, étrangère ?, de l'autre langue, de l'autre pensée dans sa langue. On retrouve donc la tension du dire avec une belle évidence et une autre immensité de possible et d'enrichissement. Et c'est peut-être à ce moment que je fais intervenir une pièce manquante, la Vérité.

La langue est omniprésente, dans le contexte, dans la lecture, ce qui relativise et actualise l'abstraction de ce texte. Quinze petites pages qui sont éloignées de ce résumé sommaire aux nombreuses omissions et ne donnant pas vraiment idée de la suite de cette pensée, des cohabitations, superpositions, échos, reflets, et que sais-je encore qui défient d'une certaine manière une trop grande linéarité.

Pas une lecture facile, j'ai eu tendance à faire de la reconnaissance de phrase : quand je commençais à douter : lecture rapide de la phrase entière avant de revenir, pour essayer de m'articuler autour d'entités cohérentes (ça ne doit pas être clair ça), j'ai senti aussi mon manque de familiarité avec cette pensée et que je ratais probablement une partie du texte, les appels au sacré notamment et leurs implications mais pas que.

Pas non plus une lecture rebutante ou impossible. Elle fut très stimulante et intéressante (et sera à refaire) et j'insiste sur le fait que la clarté du propos n'est pas oubliée ! Il y a de quoi faire donc et de quoi motiver une certaine attention parce que cette écriture, avec dans le plus visible des ruptures, s'avère à la fois logique et belle.  Et il ne faut surtout oublier ni la conclusion ni la finalité de ce texte.

(Qui est une traduction).

récup' mais ce n'est pas toujours inutile de se relire !


mots-clés : #universdulivre
par animal
le Sam 22 Sep - 20:37
 
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Phillip Lewis

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Les_jo10

Pas mal sans plus. Se lit bien. Ecriture fluide et passe-partout, rassurante.
L’histoire d’une famille qui vit dans les montagnes du Nord de la Caroline. Les gens sont rudes, mais quand on connait leur manière de fonctionner, tout va bien.

Il y a le père qui nait dans cette famille où aucun bouquin n’est ouvert et où le pasteur brûle les livres qu’il considère immoral sans les avoir lu. Le père est différent, il vit et respire les livres. Il est vite considéré comme “le bizarre” de la communauté. Mais il fait son trou et devient avocat. Puis il se marie et a des enfants, dont un fils, qui est le narrateur de l’histoire. Le père a des prétentions d’auteur et il consacre tout son temps libre à cette tâche qui le submerge. Et il disparait. La vie continue avec cette épine dans le coeur.


mots-clés : #famille #universdulivre
par Pia
le Jeu 20 Sep - 12:49
 
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Richard Jorif

Le Burelain

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Suite de Le Navire Argo, sur le même ton ; toujours le même côté un peu apprêté et maladroit, sans la grâce d’un Huysmans, qui lui aussi cultivait le verbe ancien avec un goût marqué pour l’archaïsme.
L’histoire continue, Frédéric Mops devient un bureaucrate, rôle pour lequel il est aussi peu fait qu’un Bartleby, et s’y entête sous couvert d’écrire un roman :
« ‒ Je n’observe pas vraiment. J’attends que les gens passent dans mon champ visuel.
‒ Et tout aussitôt, vous les transformez en personnages ? en héros ?
‒ Non, ils passent, et je les oublie. »

On y trouve également quelques jolies trouvailles.
« Il me semble que tu es un peu porté sur les listes… Est-ce bien nécessaire ? […]
Dans un sens, je suis comme Littré, je ne veux rien perdre. »

Miscellanées d'une érudition précieuse sans vraie intrigue (ses amours, l'administration, il se découvre un fils de 12 ans) : lecture réservée à quelques rares amateurs ?...


mots-clés : #universdulivre
par Tristram
le Mar 11 Sep - 20:45
 
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Sujet: Richard Jorif
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Raymond Queneau

Le Chiendent

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La scène se tient à Paris, et surtout sa banlieue, début des années trente (roman paru en 33), dans les classes populaires.
Etienne Marcel (comme la rue et la station de métro), d’abord une silhouette, devient un « être plat », puis un « être de consistance réduite », un « être de réalité minime », prenant de l’épaisseur aux yeux de l’observateur, Pierre Le Grand :
« Au lieu d’être découpé comme un soldat d’étain, ses contours s’adoucissent. Il se gonfle doucement. Il mûrit. L’observateur le distingue fort bien, mais n’en aperçoit aucune raison extérieure. Il a maintenant en face de lui un être doué de quelque consistance. Il constate avec intérêt que cet être doué de quelque réalité a les traits légèrement convulsés. Que peut-il se passer ? Cette silhouette est un être de choix. »

« J’observe un homme.
‒ Tiens. Romancier ?
‒ Non. Personnage. »

… et prenant conscience du monde et de lui-même, devenant « un homme qui pense » ; c’est la naissance d’un personnage au travers de ses propres sensations de narrateur :
« Il m’a suffi de tourner la tête à droite au lieu de la tourner à gauche, de faire un pas de plus et j’ai découvert des choses à côté desquelles je passais chaque jour, sans les voir. Je ne tournais pas la tête ; je l’ai tournée. Mais pourquoi l’ai-je tournée ? »

« …] j’ai beaucoup changé ces derniers temps je m’en aperçois maintenant oui le monde n’est pas tel qu’il apparaît, du moins quand on vit tous les jours la même chose alors on ne voit plus rien il y a pourtant des gens qui vivent pareil tous les jours moi, au fond je n’existais pas [… »

Le hasard fait donc se rencontrer Etienne (jeune employé de banque, propriétaire d'une villa inachevée dans la banlieue) et Pierre (oisif rentier), mais aussi Narcense, jeune saxophoniste de jazz au chômage et fasciné par les femmes, Sidonie Cloche, sage-femme avorteuse, Saturnin Belhôtel concierge, écrivain et philosophe à ses heures, Dominique qui tient une friterie à Blagny, Ernestine sa bonne, le père Taupe, vieux brocanteur misérable, « ivrogne et lubrique », les adolescent Théo et Clovis, le nain Bébé Toutout…
Imbroglio savamment intriqué de coïncidences, des bouts d’existences se croisent pour nouer l’intrigue structurée en boucle.
« Alors, ils quittèrent la clairière qui se trouve devant Carentan et, franchissant les fausses couches temporelles de l’éternité, parvinrent un soir de juin aux portes de la ville. Ils se séparèrent sans rien dire, car ils ne se connaissaient plus, ne s’étant jamais connus. »

Je tiens à préciser que la lecture de ce livre n’est pas laborieuse : le lecteur n’est jamais (vraiment, ou longtemps) égaré, et en définitive peu d’effort lui est demandé.
Accumulations rabelaisiennes, échos et rimes, rêves, stream of consciousness, (et même un désopilant fantasme/ digression, l’histoire du bilboquet), échanges épistolaires (ou d’« épistoles »), satires et tous genres d’humour, toutes formes de parodies (« Ernestine, Ernestine, disparue ! »), diverses techniques littéraires sont utilisées (sans jamais insister jusqu’à devenir lourd) ‒ et c’est toujours un grand plaisir de lecture.
La transcription phonétique qui caractérise partiellement son œuvre y apparaît déjà, comme une des sources de néologisme :
« Non, sa belle argent, elle l’aurait pas chtée comm’ ça su’ l’tapis vert, pour qu’aile s’envole et qu’aile la r’voie pus. Non. »

« Narcense n’ose se risquer. Il presquose, puis recule. »

D’une manière générale, c’est une vaste jubilation de mots, parfois aussi des archaïsmes :
« "Alibiforains et lantiponnages que tout cela, ravauderies et billevesées, battologies et trivelinades, âneries et calembredaines, radotages et fariboles !" se dit-elle. »

Souvent une certaine mélancolie affleure, teintée d’une réelle métaphysique :
« Sur le quai, des tas d’êtres humains tout noirs attendaient. On aurait dit du papier à mouches. Le jour, un peu abruti, n’était pas encore bien levé. L’air, parfaitement purifié par la nuit, recommençait à puer légèrement. À chaque instant, le nombre des attendants augmentait. Les uns ouvraient à peine des yeux rongés par le sommeil ; d’autres semblaient plus bas que jamais. Beaucoup étaient frais et dispos. Et presque tous avaient un journal à la main. Cette abondance de papier ne signifiait rien. »

« " C’est ça la vie, c’est ça la vie, c’est ça la vie." »

« Ils s’enfoncent dans leurs destins réciproques comme des crevettes dans le sable, ils s’éloignent et, pour ainsi dire, meurent. »

Une grande scène, celle des noces, qui se terminent par une macabre agonie :
« Elle ne saurait plus tarder ; l’autocar qui la transporte fend l’air ; sa carrosserie trépide d’impatience ; tel un cheval fougueux transportant sur son dos un capitaine de gendarmerie qui craint d’arriver à l’école du soir quand le cours de versification sera terminé, ainsi le puissant quadricycle emporte la noce joyeuse vers son destin, en avalant des kilomètres et en chiant de la poussière, rugissant comme un lion et ronflant comme un dormeur enrhumé. Il égrène un à un les villages de la route et bondit par-dessus les fossés, les ornières et les caniveaux ; les bicyclistes ne le font pas reculer, il aplatit les poules de son pneu increvable, les virages fascinés se laissent prendre à la corde, il foudroie la campagne et subjugue la ville, l’intelligent l’admire autant que l’imbécile. »

« C’est comme moi. I reste du pourri, mais la p’tite voix qui parle dans la tête quand on est tout seul, i n’en reste rien. La mienne quand è s’taira, è r’ parlera pas ailleurs. C’est ça qu’est drôle. C’est pas qu’ ça m’fâche autrement. On s’ passera d’moi. J’ m’en doute bien. Et je m’ passerai bien d’moi-même.
[...]
Bien sûr, y a quéque chose de très simple et tout l’ monde sait ça : la femme Taupe va mourir passque plus tôt ou plus tard, ça finit par arriver et si on vit c’est parce qu’on mourra. Pas vrai ? »

Grinçante caricature des "idéaux" petits-bourgeois :
« "Dans six mois au plus, songe Mme Belhôtel, nous aurons notre petite maison, notre petite maison close. Je la voudrais dans un quartier tranquille et sûr ; une clientèle bourgeoise et fidèle ; sept à huit filles, pas plus ; mais bien choisies. Il y aura tout plein d’or et de velours rouge, et l’on vivra dans l’abondance et le calme et Clovis deviendra ingénieur et il épousera la fille d’un gros industriel et les petits enfants auront une bonne anglaise avec de grandes dents et des rubans bleus flottant sur ses fesses osseuses. »

« Tu vas décrire avec régularité cette splendide trajectoire, Clovis, et rien ne pourrait t’en empêcher. (À moins qu’il ne crève en chemin, mais c’est pas la peine de le lui dire, il est d’un naturel si peureux, il se frapperait.) »

Queneau anticipe aussi la seconde Guerre Mondiale (roman écrit en 1932), avec « charge à la boyaux-nets » :
« Le conflit entre la Gaule et l’Étrurie va probablement tourner en conflagration mondiale. Les Ligures et les Ibères vont sans doute se joindre aux Gaulois ; les Ombriens, les Osques et les Vénètes aux Étrusques. Le peuple polonais a déclaré qu’il soutiendra son alliée de toujours et qu’il mettra sa Vistule à la disposition du gouvermint froncé. »

« Et de nouveau la culture française allait être sauvée, on allait même lui donner du bon engrais à cette culture, quelque chose de soigné, du sang et du cadavre. »

Impossible de ne pas penser à Céline, qui à la même époque publiait Voyage au bout de la nuit
Je suis particulièrement sensible au thème des personnages qui se savent dans un livre (fréquent dans l’œuvre romanesque de Queneau, pour ce que j’en ai lu) :
« ‒ Quel livre ? demandèrent les deux maréchaux errants.
‒ Eh bien, çui-ci. Çui-ci où qu’on est maintenant, qui répète c’ qu’on dit à mesure qu’on l’ dit et qui nous suit et qui nous raconte, un vrai buvard qu’on a collé sur not’ vie.
‒ C’est encore une drôle d’histoire, ça, dit Saturnin. On se crée avec le temps et le bouquin vous happe aussitôt avec ses petites paches de moutte. »

Parfois même le personnage (ou l’auteur ? ici Saturnin) apostrophe le lecteur :
« Gentil, gentil lecteur, soldat zou caporal, moule à gaufre, fesse de farine, je ne te cacherai pas plus longtemps, je suis soûl, soûl comme une vache, salement soûl. »

Le « coupe-œufs-durs-en-tranches-minces » vendu par un camelot, outre un témoignage des foires d’antan, marque l’absurde et le surréalisme qui affleurent dans ce beau roman.
Le titre fait je pense référence à la vie sous forme de reprises têtues, « multiples et complexes », cf. la première-dernière phrase.
Je regrette de n’avoir pas commencé ma découverte de Queneau par ce roman, certainement la meilleure porte d’entrée dans son univers.


mots-clés : #absurde #humour #universdulivre
par Tristram
le Dim 19 Aoû - 13:39
 
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Sujet: Raymond Queneau
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Eric Hazan

Pour aboutir à un livre  
Edition La fabrique

Tag universdulivre sur Des Choses à lire Proxy_50

Très intéressant petit ouvrage sous forme d'un entretien rapportant non "un parcours individuel mais plutôt une aventure collective", Comment on crée une maison d'édition indépendante, en l’occurrence politique voire "subversive", comment on la finance et la gère, comment on choisit une ligne éditoriale, une ligne graphique, des auteurs. Comment l’enthousiasme et la travail sont des ferments certains de l'affaire, comment on se situe face à l'édition commerciale, et en lien avec d'autres éditeurs alternatifs. Comment on reçoit  les aides financière institutionnelles, comment on diffuse ses livres, comment on subit ses détracteurs.


mots-clés : #universdulivre
par topocl
le Jeu 16 Aoû - 8:52
 
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Sujet: Eric Hazan
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