Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 5:16

21 résultats trouvés pour discrimination

Joy Kogawa

Tag discrimination sur Des Choses à lire 97822510

Obasan

Le roman de Julie Otsuka, Quand l’empereur était un Dieu, avait mis en lumière l’attitude peu glorieuse des USA envers les ressortissants d’origine japonaise durant la seconde guerre mondiale. Avec Obasan, Joy Kogawa nous apprend que la situation au Canada fut tout aussi tragique.
Peu importe qu’ils aient conservé la nationalité japonaise, aient été naturalisés ou soient nés citoyens canadiens, tous furent logés à la même enseigne : interdits de séjour dans toute la Colombie britannique, spoliés de leurs biens, puis internés des camps sordides. Ceux qui, après guerre, décidèrent de rester au Canada malgré les incitations répétées à rentrer « chez  eux », au Japon (et tant pis s’ils n’y avaient jamais mis les pieds), durent attendre 1948 pour retrouver un semblant de vie normale. Mais pour la perte de leurs biens, entreprises, maisons et tout ce qu’elles contenaient, il ne fut pas question d’indemnisation...

Ce drame méconnu qu’elle a elle-même vécu, Joy Kogawa a choisi de l’évoquer à travers le personnage fictif de Naomi, une institutrice introvertie que la mort de son oncle confronte brutalement à ce passé douloureux. Pour Naomi, la guerre fut un cataclysme : son père, souffrant, fut séparé de sa famille ; sa mère, partie au Japon au chevet d’une parente peu avant Pearl Harbor, n’est jamais revenue. Naomi n’a jamais su pourquoi. Elle et son frère ont donc été élevés par un oncle et une tante, dans le silence et la résignation. Seuls pour affronter les épreuves, la douleur de la perte, et des milliers de questions sans réponse… La petite Naomi s’est peu à peu repliée sur elle-même, son enfermement intérieur faisant écho à sa situation physique. Enfant mutique, elle semble avoir traversé ces années de guerre dans un brouillard…

Obasan est un livre tout en délicatesse, en sobriété et en non-dits. Peut-être parfois trop. Car si l’auteur rend à merveille l'enfermement de l’enfant dans le déni, elle ne nous donne guère de clés pour la comprendre. Même face à la brutalité des révélations faites à l’âge adulte, Naomi semble rester passive, seulement trahie par ses rêves... Une mise à distance qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture, malgré la beauté de certains passages. Pourtant c’est un livre que je recommanderais, un livre nécessaire pour ce qu’il nous apprend du traumatisme de toute une population broyée par le racisme décomplexé d’un état canadien alors enferré dans une logique absurde. Un état démocratique qui a sciemment privé des citoyens de leurs droits dans l’indifférence quasi générale. Et cela, il appartient aux générations suivantes de ne pas l'oublier...


Mots-clés : #deuxiemeguerre #discrimination #enfance #famille #immigration
par Armor
le Mar 1 Oct - 19:59
 
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Sujet: Joy Kogawa
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Jesmyn Ward

Le chant des revenants

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Jojo et Kayla, ces deux jeunes métis, ont surtout été élevés par Papy, un homme droit et intègre, et Mammy, qui se meurt d’un cancer dans la chambre du fond. Leur mère Leonie, toxicomane, est l’éternelle absente, et leur père, auquel sa famille n’a jamais su pardonner d’avoir épousé une noire, est en prison.
Leonie les aime pourtant tous, mais si maladroitement qu’elle est jalouse de la miraculeuse relation fusionnelle entre les deux enfants. Quand Michael est libéré, les voila partis tous les trois pour le cueillir à la sortie de sa prison, et croire, l’espace de quelques heures, qu’ils sont une famille normale.

Magnifique histoire de la blessure de l’amour dans une famille hantée par de curieux fantômes aux chants déchirants, ravagée de blessures et d’exclusion, où l’amour est le ciment destructeur d’une relation pleine d’ambiguïté.

Un beau roman, porté par une écriture inspirée, flottant élégamment entre poésie, réalisme lyrique et fantastique. Aucun misérabilisme contrairement à ce que pourrait faire croire le résumé, juste une histoire tendre, triste et belle.





Mots-clés : #addiction #discrimination #enfance #famille #fantastique #fratrie
par topocl
le Mar 24 Sep - 16:16
 
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Sujet: Jesmyn Ward
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Edith Sheffer

Les enfants d’Asperger Le dossier noir des origines de l’autisme

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Asperger, connu pour avoir décrit le syndrome du même nom, est aussi réputé pour avoir été particulièrement attentif aux enfants qui en étaient atteints.

Seulement voilà, il était pédopsychiatre sous le troisième Reich, et ce livre décrit des faits qui devraient faire revoir à la baisse ce jugement positif.  Asperger après avoir sélectionné ces autistes « de haut niveau », n’avait que mépris pour ceux -  et d’une façon générale toutes les personnes considérés comme non récupérables pour servir les dessins du régime, ou asociaux - difficilement « adaptables », sans ce Gemut qui faisait de bons citoyens à la botte du régime. Il n’hésitait pas à adresser les moins bien lotis de sa petite sélection dans les pavillons asilaires dévolus à ce qui était nommé euthanasie mais était en fait des assassinats, aux expériences médicales, à la stérilisation… Des centaines d’enfants ont péri comme ça. Au-delà du « cas » Asperger ce livre est une description de l’effroyable milieu de la pédopsychiatrie viennoise et berlinoise  à l’époque des nazis.

Le quatrième de couverture dit  qu’aux Etats-Unis, le syndrome autistique a été débaptisé suite à ce livre.

Sujet primordial donc, très dur, dont l’indispensablilité-même m’a aidée à aller jusqu’au bout, alors que l’aspect  universitaire, à  mon avis n’a pas été suffisamment expurgé pour un public non-historien : le travail éditorial a été un peu léger et laisse un  côté un peu fouillis et redondant qui en rajoute à l’aspect perturbant de la lecture.

Mots-clés : #devoirdememoire #discrimination #medecine #xxesiecle
par topocl
le Mar 10 Sep - 11:46
 
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Sujet: Edith Sheffer
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Colum McCann

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

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Le titre original, Let the Great World Spin, a un sens légèrement différent, et cet extrait lui fait peut-être référence :
« Mais c’était des ronds les uns dans les autres. Et quand tu tournes en rond, frangin, le monde a beau être grand, il rapetisse forcément quand tu creuses ton sillon. »

Cependant, Colum McCann précise dans ses remerciements finaux :
« Le titre de ce roman "Et que le vaste monde poursuive sa course folle vers d’infinis changements" est emprunté au poème Locksley Hall d’Alfred Lord Tennyson [… »

Il y remercie le personnel de son éditeur français, Belfond, ce qui laisse entendre que le titre donné à son livre en français ne lui a pas été imposé à mauvais escient. Bref, je me demande comment ce roman a pu passer d’une langue à une autre avec un titre d’abord fermé puis ouvert.
Colum McCann avertit également dans cette postface que seule la performance du funambule (1974) n’est pas fictive dans son roman.

J’apprécie beaucoup l’épigraphe :
« Les vies que nous pourrions vivre, les gens que nous ne connaîtrons jamais et qui n’existerons pas, tout ça est partout. C’est le monde. »
Aleksandar Hemon, The Lazarus Project


En prélude du livre 1, le spectacle matinal d’un funambule entre les Twin Towers du World Trade Centre (110 étages, soit à 412 mètres du sol).
Chaque chapitre suivant raconte une histoire :
Ciaran est un jeune Irlandais que fascine par son cadet, John Corrigan, prêtre ouvrier, une sorte de saint tourné par les humbles, en perpétuel conflit avec Dieu, en Irlande puis à New York (Bronx) ‒ toute la suite se passe aux USA.
Claire, mère d’un jeune soldat tué au Vietnam reçoit d’autres mères dans le même cas (son fils était programmeur et travaillait à dénombrer de façon fiable les pertes humaines américaines).
« Harcelé par les journalistes, les chaînes de télé, Johnson réclamait des informations valables. Envoyer un homme sur la lune, il pouvait faire, pas compter les housses mortuaires. Mettre des satellites en orbite, OK, pas fabriquer le bon nombre de croix pour le cimetière. Alors la crème des informaticiens. Des fanas de grosses machines. Une formation express et, la boule à zéro, vous servez votre patrie. "Gloire à toi, mon pays, roi de la technologie." Les meilleurs seulement avaient été retenus. Des gars de Stanford, du MIT, de l’université de l’Utah, de Davis. Et ses copains de Palo Alto, ceux de l’Arpanet, qui travaillaient pour le rêve. Harnachés, expédiés. Tous blancs. Il y avait d’autres programmes que le sien ‒ pour quantifier le sucre, l’huile, les munitions, les cigarettes, les boîtes de corned-beef, mais Joshua partait compter les morts. »

Blaine et Lara, le couple de junkies impliqués dans l’accident de la route mortel pour John et une jeune prostituée, Jazzlyn, que ce dernier aidait : lui reforme un projet fumeux de désintoxication et de création picturale, elle se rapproche de l’entourage des victimes.
Livre 2 : la préparation de l’exploit du funambule.
« La lumière renvoyée par les vitres, sa propre image dans les fenêtres, un jeu de miroirs jusqu’en bas. Il levait une jambe au-dessus du vide, trempait un pied en l’air, faisait le poirier au bord. »

Un gamin photographie des tags dans le métro.
De jeunes programmeurs militaires se délassent en interrogeant via une ligne téléphonique piratée les spectateurs du funambule.
Tillie, la mère de Jazzlyn, raconte son existence de putain noire avec beaucoup de drôlerie : l’infortune sans limite, et une certaine joie.
Une photo est insérée, une vue du funambule sur son fil entre les buildings, tandis qu’un avion de ligne passe au-dessus.
Livre 3 : bref retour au funambule.
Le père du jeune programmeur tué au Vietnam est le juge devant lequel comparaissent Tillie et Jazzlyn ; la mère est condamnée à une peine de prison, la fille est relaxée (et va périr dans l’accident avec John).
John et une jeune infirmière latino s’étaient épris l’un de l’autre, et elle se souvient de leur première nuit, une semaine avant sa mort.
Gloria, la Noire qui participa à la réunion chez Claire, raconte à son tour sa vie, jusqu’à ce qu’elle recueille les deux enfants de Jazzlyn.
Livre 4 : 2006, l’image du funambule, dont la performance eut lieu le jour du décès de John et Jazzlin, est retrouvée par une des filles de Jazzlyn.
« Un homme là-haut dans les airs, tandis que l’avion s’engouffre, semble-t-il, dans un angle de la tour. Un petit bout de passé au croisement d’un plus grand. Comme si le funambule, en quelque sorte, avait anticipé l’avenir. L’intrusion du temps et de l’histoire. La collision des histoires. »

Le style, parfois épuré jusqu’à ne laisser que les ligaments, est d’une remarquable puissance de rendu, représentation comme expression ; il y a beaucoup de documentation et d’observation derrière.
La plupart des personnages dépeints sont splendides, tels que John, Claire, Tillie, ou encore le funambule.
J’ai été frappé que la réaction des gens dans la rue soit surtout de parier sur la chute du funambule ‒ mais l’équilibrisme a-t-il un sens hors du risque de tomber ?
« Le silence est brisé, et les idées prennent forme dans les esprits, comme l’eau épouse celle d’un pichet. »


(Ça te ramentoit quelque chose, Topocl ?)


Mots-clés : #discrimination #justice #romanchoral #social
par Tristram
le Jeu 11 Avr - 1:03
 
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Sujet: Colum McCann
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Mona Chollet

Sorcières la puissance invaincue des femmes

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Finalement l’histoire des sorcières (de la persécution dont elles ont  fait l’objet à partir du XIXème siècle à la sorcellerie contemporaine) n’est qu’une trame de base. Ce n’est pas de cela qu’elle veut parler, Mona Chollet, et elle le dit, d’où une petite déception initiale de la lectrice. C’est plutôt rechercher en la sorcière ce qui fait qu’elle est une réprouvée, traquer en elle l’insoumise, et en la femme ordinaire ce qui peut l’apparenter à la sorcière : choix du célibat avec ce que cela implique d’indépendance, de liberté et d’affirmation de soi, choix de ne pas avoir d’enfant et donc de ne pas offrir son ventre à la société pour se reproduire, rôle de l’âge qui là encore est un élément majeur de mise à l’écart chez la femme, devenue « moche », stérile et de plus mieux pensante avec l’expérience.

Mona Cholet développe ces trois pistes en trois parties, s’appuyant plus sur l’accumulation de citations, de rapports de récits de femmes, de travaux d’experts et de statistiques que sur la réflexion. On retrouve ici cette démarche que j’avais déjà relevé ailleurs d’affirmations sans preuve et d’utilisation de l’exemple, du cas particulier pour preuve.

Le dernier chapitre dénonce la main mise de la rationalité sur notre monde (Mona Cholet se décrivant comme très irrationnelle, intuitive… caractères typiquement associés aux féminins alors qu’elle réprouve cette attribution). Cette rationalité a créé notre monde basé sur la science, la performance, la domination, - notamment masculine évidemment. S’ensuit une  mise en accusation du monde médical qui s’appuie sur la domination face aux patients en général, et aux femmes en particulier. J’aurais aimé y voir figurer plus souvent les termes « certains médecins » plutôt que les médecins ».

Il s’ensuit un petit (vraiment petit) final conseillant de s’acharner âprement à foutre en l’air tous ces pouvoirs, à s’exprimer en tant qu’être, à sortir du carcan social construit au fil de siècles à l’encontre des femmes, ces sorcières.

Bref un propos salutaire, mais j’ai peu découvert et je n’ai pas été totalement conquise par la mise en forme.



mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #essai #vieillesse
par topocl
le Ven 28 Déc - 8:58
 
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Velibor Čolić

Manuel d'exil : Comment réussir son exil en trente-cinq leçons

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En pleine actualité sur ceux qu'on appelle migrants mais que j'appelle personnellement exilés, ce livre est une belle leçon. La leçon selon laquelle les exilés ont toujours été mal perçus, africain ou européen, finalement cela change peu. Leçon selon laquelle, finalement notre pays soi disant défenseur des Lumières et de la DDHC est un pays labyrinthique, kafkaïen et schizophrène entre les idées défendues, et l'hypocrisie des valeurs et de la mise en pratique d'un idéal auquel on rêve sans le considérer avec sérieux.
L'auteur n'est pas revanchard, il semble même plus préoccupé par sa propre quête existentielle que par la façon dont on le traite. L'humour est délicat, le propos est léger même si sourd, et le style d'une apparente simplicité est en réalité empreint d'une délicatesse touchante.
Colic réussit l'épreuve de nous montrer des choses indignes avec une dérision fascinante.


mots-clés : #discrimination #exil #temoignage
par Hanta
le Sam 10 Nov - 9:24
 
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Sujet: Velibor Čolić
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Christian Garcin

Les oiseaux morts de l’Amérique

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Que fait un septuagénaire, ancien du Viet-Nam, qui habite aux abords de la clinquante Las Vegas, avec quelques acolytes,  dans un tunnel d’évacuation d’eau ? A part faire la manche, lire et écrire des poèmes, bavarder avec un copain noir, gardien de motel qui récupère les livres abandonnés dans les chambres ? Eh bien il teste la réalité du monde, il voyage dans l’avenir et le passé, s’en nourrit et s’en effraye. Il imagine des mondes parallèles visitables, proches ou très différents du nôtre, et des incursions, de clins d’œils  de ceux-ci dans notre univers. Mais imagine-t’il vraiment, notre monde n’est il pas un vaste présent qui inclus d’autres lieux, d’autres temps, d’autres possibles.

Cela donne  un récit mélancolique, parfois cruel et noir, qui nous fait vivre auprès des exclus de notre société (ceux qui en ont pourtant été les héros guerriers), les enfants et les jeunes hommes qu'ils ont été,  dans une dimension poétique qui interroge notre façon de voir l’instant et le quotidien.


Mots-clés : #discrimination #sciencefiction
par topocl
le Sam 27 Oct - 10:13
 
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

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Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Flannery O'Connor

Tag discrimination sur Des Choses à lire Les-br10

Les braves gens ne courent pas les rues

Le titre veut bien dire ce qu’il veut dire. Ou plutôt Flannery O’Connor a bien trouvé son titre. De surcroit, ce titre lui va bien, parce qu’il souligne bien son esprit, si observateur de ses contemporains et sa lucidité extrême à propos de leurs petits et grands travers. Ce qui n’exclut jamais la tolérance et la tendresse qu’elle ressent pour eux.

Certaines nouvelles peignent un personnage qui n’a rien de brave. Comme la première, qui décrit le départ d’une famille en vacances qui finira par rencontrer un homme pour le moins expéditif. Mais en contraste, bien que “Les braves gens ne courent pas les rues”, certains Braves, sont dans les rues, et dans ses nouvelles. Comme ce Grand-Père qui recueille le fils de sa fille, morte, et qui peine à l’élever.
C’est ce que je voulais dire par, “ce titre qui lui ressemble”. Si les braves gens ne courent pas les rues, pour les reconnaitre, il faut bien que par opposition, D’autres le soient, braves.  

Il y a bien sûr la maladie, les paons, les prédicateurs, les mégères, les enfants mal lunés. Tout y est, c’est encore elle.

mots-clés : #discrimination #humour #nouvelle #ruralité
par Pia
le Jeu 20 Sep - 12:55
 
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Eric Plamondon

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Taqawan

«  Au Québec, on a tous du sang indien. Si c'est pas dans les veines, c'est sur les mains. »


1981. Les Indiens Mi'gmac de la réserve de Restigouche se révoltent contre les quotas de pêche que le gouvernement veut leur imposer. Les 6 tonnes de saumons qu'ils pêchent annuellement constitueraient une menace pour la ressource. Une vétille pourtant, en comparaison des 800 tonnes prélevées par les pêcheurs sportifs, ou des 3000 tonnes des bateaux-usines qui, eux, ne sont soumis à aucune restriction... Les Indiens sont en fait au cœur d'une bagarre constitutionnelle entre gouvernement fédéral et régional. Ils ne sont qu'un prétexte, mais certains voient là l'occasion de les assujettir un peu plus...
La descente des forces de l'ordre sur la réserve pour saisir les filets est d'une violence inouïe. Ecoeuré par les nombreuses exactions, Yves Leclerc, garde-chasse, démissionne. Peu après, il découvre une jeune indienne mi'gmaq en état de choc après un viol. Avec la complicité d'une jeune enseignante française et d'un vieil ermite indien, Leclerc tente de remettre la jeune fille sur pieds. Mais c'est sans compter sur la menace que représentent ses agresseurs...

Les événements de Restigouche, tristement réels, sont le point de départ de ce drôle de roman hybride, composé de chapitres très courts, qui alternent entre roman noir, récits de chasse ou de pêche, histoire coloniale ou légendes indiennes...
Moins de 200 pages, c'était probablement un peu court pour évoquer tous ces sujets. De fait, l'aspect roman noir, bâclé et peu crédible, en pâtit. C'est un peu dommage, mais ça n'a finalement pas grande importance car l'essence du livre est ailleurs, dans la célébration nostalgique d'une osmose perdue avec la nature, et dans le récit sans fard de la condition des Indiens de Gaspésie. Depuis le XVème siècle,  leur histoire n'a été qu'une longue suite de dépossessions : de leurs terres, de leurs droits, de leurs coutumes, de leurs enfants même. Parqués dans des réserves, les Indiens sont encore, en cette année 1981, victimes du racisme et de l'ostracisme, totalement coupés des québécois « pure laine »  dans un pays qui semble «  préférer essayer d'oublier son histoire plutôt que de la comprendre. »

J'ai appris beaucoup de choses, en lisant Taqawan. Que ce soit sur sur les contradictions québécoises, la privatisation des rivières ou la vie d'un saumon... Roman engagé, tour à tour triste et rageur, sensible et poétique, Taqawan interpelle, et interroge. Malgré quelques bémols déjà évoqués, je ne l'ai pas lâché.  


Mots-clés : #amérindiens #discrimination #nature #violence
par Armor
le Sam 15 Sep - 15:31
 
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Sujet: Eric Plamondon
Réponses: 29
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Sabyl Ghoussoub

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Le nez juif


Originale : Français, 2018

4ème de couverture a écrit:Depuis tout petit, la mère d'Aleph lui répète : « T'es moche, j'espère que tu te referas le nez quand tu grandiras. Et en plus tu ressembles à un Juif. » Mais Aleph sort en boîte, séduit les filles, se fait des amis. Il s'engage, il voyage. Beaucoup au Liban. Il tombe amoureux, se retrouve dans le cinéma et rien ne se passe jamais comme prévu. Entre Paris et Beyrouth, Palestine et Israël, Hezbollah et Mossad, Aleph doit faire des choix. Arabe sous une peau de Juif, il est en quête permanente d'identité.


REMARQUES :
Aleph (première lettre de l’alphabet hébreu ET arabe!!!) est Libanais maronite, grandissant à Paris. Mais depuis toujours, même dans sa propre famille, et dans l’école il est cible de railleries, voir d’insulte : Sale Juif ! Sale Arabe ! Et autres… Tout cela à cause de son nez… juif ? Donc, même à l’intérieur de sa propre famille et communauté il restera souvent étranger. Jeune, il va réjoindre le Liban ! Là, pas de problème ! Vraiment ?

On comprendra que ce roman est un roman de quête d’identité. Les mouvements extérieurs en sont un signe : des nombreux voyages, lieux de vie transitoires. Souvent au milieu d’une vie un peu… en désordre, loufoque, entre disco, rap arabe et autre, des histoires de sexe. Le coté débridé peut un peu rebuter et enlèver le plaisir à certains de cette lecture, mais derrière cela se dégage la question des différences vraies entre Arabes et Juïfs, ou c’est-à-dire : de la relativité de ces différences ? Arabe juif, Juif arabe ?

C’est très probablement en puisant dans sa propre vie et recherches, (voir parallèles entre certaines chroniques trouvées sur le WEB p. ex. : https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/quand-des-israeliens-chantent-dans-la-langue-de-l-ennemi,1409 et des sujets du livre) que Ghoussoub est amené à se poser sans complexe des questions sur l’identité. Et si le « handicap » du « nez juif » lui montre un chemin ???

Je suis pas trop heureux avec le style et certaines legèretés, mais dans certains énoncés et vécus intéressants !


mots-clés : #discrimination #identite
par tom léo
le Mer 5 Sep - 22:14
 
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Sujet: Sabyl Ghoussoub
Réponses: 2
Vues: 526

James McBride

Mets le feu et tire-toi

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L'idée de départ de faire une biographie  sur James Brown, "le parrain du soul", avec un point de vue neuf, une biographie écrite par un Noir du Sud, comme lui, quelqu'un de mieux à même de le comprendre.
Vous connaissez mes carences musicales, je n'en avais jamais entendu parler. C'était une bonne occasion de faire sa connaissance, et j'ai eu une pensée pour igor, évidemment.

Ce qui est spécifique là-dedans, c'est de mettre en avant ces jeunes musiciens noirs à l'enfance miséreuse, menés à la musique par le biais de la musique religieuse, qui ont réussi à se faire une place dans le show-biz, entreprise blanche, perverse, impitoyable. Et de montrer ce qu'il leur a fallu, en plus du génie musical, de persévérance, de courage, de ténacité, de souffrances, bien plus qu'aux autres. Comme même adulés,ils étaient méprisés.

James Brown était un génie musical, un homme de bien (il a encouragé la scolarisation des enfants,  légué toute sa fortune aux enfants pauvres du Sud, blancs et noirs confondus) mais aussi un tyran, un homme fantasque et autoritaire. Un solitaire. On ne l'apprend pas ici par une biographie classique, chronologique, analytique, mais à travers des rencontres de l'auteur avec diverses personnes qui ont traversé sa vie. De ce fait, certains points sont creusés et re-creusés (avec une prédilection pour les procédures juridiques de sa famille pour récupérer son héritage),  les répétitions doivent être admises, mais les trous sont béants. C'est un choix. C'est par moments épatant, mais, plus on avance dans le texte assez frustrant. Cela donne un imbroglio un peu fouillis,  le portrait est esquissé, on a l’impression de faire une connaissance assez superficielle avec ce grand homme, mais de passer à côté de beaucoup de choses.


mots-clés : #biographie #discrimination #musique
par topocl
le Sam 4 Aoû - 14:33
 
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Sujet: James McBride
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François Emmanuel

La Question humaine

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Simon, le narrateur, un « psychologue industriel » travaillant aux "ressources humaines" d'une multinationale allemande, est impliqué à son corps défendant dans le resurgissement du passé, l'Holocauste avec collaboration active des entreprises.
Sa fonction, sélection du personnel et animation de séminaires de motivation des cadres, est accessoire, mais piquante (il va être victime de troubles psychiques, et être renvoyé) ; même si le parallèle est fait avec le processus entrepreneurial, l'essentiel de ce bref récit me semble être la résurgence traumatique de l'horreur nazie, que ressentent personnages et lecteur.
Ainsi est-on enclin à croire à cette espèce de causalité qui fait d’un événement unique le lieu d’où tout semble tirer son origine.

Le vocabulaire "politiquement correct" participe activement à la déshumanisation de "la question humaine" :
Ne pas entendre
Ne pas voir
Se laver à l’infini de la souillure humaine
Prononcer des mots propres
Qui ne tachent pas
Evacuation (Aussiedlung)
Restructuration ( Umstrukturierung)
Réinstallation (Umsiedlung)
Reconversion (Umstellung)
Délocalisation (Delokalisierung)
Sélection (Selektion )
Evacuation (Evakuierung)
Licenciement technique (technische Entlassung)
Solution finale de la question (Endlösung der Frage)
La machine de mort est en marche.

J'ai moins compris le rôle de Karl Rose, directeur adjoint détaché de la maison mère (rapproché de Karl Kraus, pamphlétaire viennois, éditeur luttant contre le formatage de l'information et la montée du nazisme), qui diligente Simon pour enquêter sur le directeur de la filiale française, et enfant Lebensborn (association nationale-socialiste gérée par la SS pour promouvoir la race aryenne) :
...] enfant de l’Ordre noir, enfant de personne, enfant d’une autre variété d’enfants, tous parfaits et semblables, enfant sans enfance, ni cœur, ni âme, ni descendance, enfant de la nouvelle et pure génération technique, Source de vie.

L’invention de Morel, d'Adolfo Bioy Casares, m'est revenue à l'esprit lors de cette lecture, peut-être pas congrûment.

L'idéologie managériale totalitaire pourrait-elle être d'actualité ?

Je propose Regimeautoritaire, Discrimination, et aussi MondeDuTravail

mots-clés : #discrimination #mondedutravail #regimeautoritaire
par Tristram
le Ven 1 Juin - 0:40
 
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Sujet: François Emmanuel
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Naomi Klein

Dire non ne suffit plus.

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Mekasi Camp Horinek (membre de la nation ponka)
" je voudrais remercier le président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend - pour toutes les dominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis"


Naomi Klein analyse les raisons qui, dans le capitalisme galopant, le mépris des enjeux écologiques, des travailleurs et des minorités ont ouvert la voie à l'élection de Trump. Comment il a profité de ce terrain pour soigneusement construire sa marque (une "marque creuse " à l'instar de Nike et consorts, "qui siphonnent les profits et apposent ensuite leur nom sur des services bons marchés ou inexistants"), préparant cette victoire qui s'assimile à un coup d'Etat des grandes entreprises. Son fonctionnement s'appuie sur la stratégie du choc, chaque désastre économique, écologique, sociétale ou guerrier jouant pour terroriser la population, la sidérer pour lui  faire accepter l'inacceptable.  L'idée est même sans doute  que ce choc peut-être  volontairement recherché, d'autant que les tout-puissants multimilliardaires qui prennent actuellement les décisions politiques ont toute capacité à s'en protéger, s'isolant dans des « zones vertes » s'opposant aux "zones rouges "du chaos.

Naomi Klein, au contraire, affirme que la rage monte .

Face aux crises, les sociétés ne régressent pas forcément, ne rendent pas toujours les armes. Il existe une autre voix face au péril : on peut choisir de se rassembler et de faire un saut évolutif.(...) Refuser de se laisser prendre à c es vieilles tactiques de choc éculées, refuser d'avoir peur, quelles que soient les épreuves.


Face à Trump il n'est plus temps pour l'attente, atermoiement ou les querelles de chapelle:

« de toute évidence, il n'est plus temps de s'attaquer aux mesures politiques l'une après l'autre, il faut s'attaquer à la racine même de la culture qui les a produites."


Avec la participation d'organisations de tous bords faisant taire leurs divergences devant l' urgence(écologistes, syndicalistes, defenseurs des minorités, alter-mondialistes divers), elle participe à l'élaboration de "un bond vers l'avant", "manifeste en action", "projet vivant, en évolution, une sorte de chantier collaboratif", joint à la fin de l'ouvrage, dont  les valeurs déclarées sont : "respect des droits des Autochtones, internationalisme, droits humains, diversité et développement durable".

Elle affirme que:

« les plates-formes populaires commencent à  mener le jeu. Et les politiciens devront suivre. »


Après une première partie profondément déprimante, je me suis attachée (malheureusement sans trop d'illusions) à croire comme elle que l'utopie peut devenir réalité, et comme Howard Zinn
"il importe peu de savoir qui est assis à la Maison-Blanche, ce qui importe, c'est qui fait des sit-in - dans les rues, dans les cafétérias, dans les lieux de pouvoir, dans les usines. Qui proteste, qui occupe des bureaux et qui manifeste - voilà ce qui détermine le cours des choses."

.

Je fais tout ce que je peux pour y croire (mais ce n’est quand même pas facile...).

mots-clés : #discrimination #ecologie #immigration #insurrection #mondialisation #politique
par topocl
le Dim 6 Mai - 11:53
 
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Sujet: Naomi Klein
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David Grann

La note américaine

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(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar - 20:26
 
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Sujet: David Grann
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Mario Vargas Llosa

La ville et les chiens

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La ville, c’est Lima, et les chiens, des cadets (élèves encadrés par l’armée) dans toute l’ignominie qu’on peut supposer en matière d’obscénité, de bizutage, d’indigences diverses. Alberto, « le Poète » (où l’on peut reconnaître une personnification autobiographique de Llosa, au moins jusqu’à un certain point), trouve sa place entre « Jaguar », le dur chef du « Cercle » et « l’Esclave », Arana, le bouc émissaire ; il louvoie entre les deux pôles, grappille un peu de monnaie en produisant de « petits romans » pornographiques. La première partie de ce roman de plus de 500 pages (divisé en deux parties sensiblement égales, avec un épilogue) décrit assez longuement l’univers violent de la jeunesse péruvienne dans la première partie du XXe ; elle réveille des souvenirs de service militaire, pour ceux qui ont expérimenté cette découverte des brimades, de la promiscuité, des confrontations sociales et racistes, ici entre serrano (pas le jambon ou le piment, mais Indien ou métis originaire de la Sierra, la cordillère des Andes) et citadin (généralement blanc), de la côte maritime. Dans la seconde partie, l’Esclave étant mort d’une balle de fusil au cours d’un exercice, l’intrigue se développe. Dans l’ombre portée par la dictature, Llosa expose le problème de la dénonciation, et la grande règle de l’armée (laver son linge sale en famille), dans une dialectique de la loyauté et de la vengeance. Seul, l’intègre lieutenant Gamboa s’attache à éclaircir l’affaire, suite à une accusation du Jaguar par le Poète (devenu proche de l’Esclave avant sa mort, non sans avoir pris sa place auprès de la jeune fille qu’il aimait).  

« ‒ Pardon mon capitaine, dit Gamboa. Aussi longtemps que je ne m’en rends pas compte, les cadets de ma compagnie peuvent faire tout ce qu’ils veulent, je suis d’accord avec vous. Mais maintenant je ne peux plus faire semblant de l’ignorer, je me sentirais complice. » (II, 4)


« Il serait plus facile de ressusciter le cadet Arana que de convaincre l’armée qu’elle a commis une erreur. […]
Vous m’entendez, rentrez au collège et faites en sorte qu’à l’avenir la mort du cadet Arana serve à quelque chose. » (épilogue)


Les chiens (cadets de première année), c’est aussi la chienne Malencouille, adoptée par le Boa (bien qu’il lui ait cassé une patte dans un moment de colère)...
Un ultime et inattendu entrecroisement de destins boucle le livre, nettement plus captivant dans sa seconde partie.

« Je [Jaguar] ne savais pas ce que c’était de vivre écrasé. » (épilogue)


La composition caractéristique du style de Llosa, fait d’allers-retours temporels, d’entrelacements simultanés de différents fils narratifs, de monologues ou conversations de chacun des personnages (autant de narrateurs), paraît moins innovante de nos jours, après avoir lu par exemple Faulkner (qui l'aurait inspiré).
Cette histoire rejoint l’universel, comme on dit, et renvoie par exemple à La punition, de Tahar Ben Jelloun, qui vient de paraître.
Ce premier roman, écrit à 23 ans à Paris, est peut-être finalement celui que je préfère de Llosa (dont je ne suis autrement pas trop "fan").


mots-clés : #discrimination #jeunesse #regimeautoritaire #social #violence
par Tristram
le Sam 17 Fév - 18:24
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
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Christophe Honoré

Ton père

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Voila un petit "roman" poignant comme la vie quand elle grippe, que le bonheur vous est refusé, et refusé simplement parce que c'est vous. Etre soi pour Christophe Honoré, c'est être gay : déjà qu'il revendique le droit à la différence, ne voila t'il pas qu'il revendique aussi le droit au bonheur, quel culot!

Christophe Honoré  aime la drague et le sexe. Il n'a jamais pensé que cela interdisait d'avoir des enfants, c'est pourquoi il a fait une fille avec une amie hétérosexuelle, une petite fille  délurée et tendre qui a  10 ans maintenant. Elle partage son temps entre ses parents, et part en vacances avec eux deux. Ils ont une relation pleine de vivacité, de respect, un attachement qui vient des tripes, parce qu'un père aime son enfant, tout simplement, et que là ça a été un combat particulier, cette paternité, et ça ne peut que magnifier les émotions.

Seulement un jour, quelqu'un se mêle de lui faire savoir que ça le contrarie, cette paternité pour un homme gay,  que ça outrepasse l'acceptable, que c'est un non-droit. Et ce quelqu'un le dit de façon anonyme, et odieuse, et le répète.

Christophe Honoré raconte la grande ambiguïté de sa réaction face à cette agression. Prendre à la légère, négliger, rigoler : se réfugier derrière l'habituel "Ce n’est rien", habitué qu'il est depuis toujours à affronter cette discrimination "ordinaire" ?  Tout remettre en question comme si le droit était de l'autre côté, se laisser phagocyter par le point de vue haineux de l'autre? Ou au contraire laisser ressurgir cette peur tapie  qui ne l'a jamais vraiment quitté (et  qui inclut sa fille, cette fois), se laisser envahir, démolir, submerger par la tristesse et la colère (une colère rageuse parfois à la limite de l'infantile). Il va de l'un à l'autre, il erre, et finalement refuse de laisser cette manipulation malveillante  souiller son heureuse intimité personnelle familiale.

C'est virulent,  intime, débordant d'émotion, mêlant habilement la douceur et l'horreur. A travers ce réquisitoire révolté transparaît (rayonne, plutôt)  l'histoire pleine de tendresse de cette filiation, qui ne devrait normalement qu'être ordinaire. C'est souvent maladroit et sincère, comme semble l’être Christophe Honoré dans la vie, et il en ressort un charme de résistance finalement joyeuse.

mots-clés : #autofiction #identitesexuelle #relationenfantparent #discrimination
par topocl
le Sam 18 Nov - 16:31
 
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Sujet: Christophe Honoré
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Petina Gappah

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Le livre de Memory

L'ouvrage prend la forme du témoignage d'une femme albinos, incarcérée pour un crime qu'elle nie avoir commis et dans l'attente de la révision de son jugement. Les souvenirs d'enfance se mêlent au quotidien vécu en prison, pour composer un récit complexe qui devient le miroir d'un pays bouleversé.

Pettina Gappah explore à travers un portrait individuel la tumultueuse histoire contemporaine du Zimbabwe, ancienne Rhodésie. Un conflit intérieur, une impossibilité à trouver sa place symbolisée par le regard porté sur sa peau font écho à un malaise plus large et plus insidieux. Si les rebondissements semblent parfois trop nombreux et précipités, la vivacité et la ferveur de l'écriture sont un moyen éloquent pour affronter la violence d'un passé et se réapproprier une mémoire enfouie.


mots-clés : #discrimination #identite #pathologie #segregation
par Avadoro
le Mar 27 Déc - 21:58
 
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Sujet: Petina Gappah
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Didier Eribon

Revenir à Reims

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Très riche, ce livre. Passionnant, intelligent, ouvrant à plein de débats et de questions .
Il s'agit donc d'un homosexuel professeur de philosophie, issu d’un milieu ouvrier très réac et primaire, qui a totalement coupé les ponts  pendant des dizaines d'années. Quand son père meurt, ce père tant haï, mais ce père qui n’est plus lui-même puisqu’atteint de la maladie d'Alzheimer, c’est pour lui le moment de revenir sur son parcours.

J’imaginais un truc sur cette rupture du lien, cette fracture sociale et humaine. Encore sous l'emprise de Y revenir de Dominique Ané, je pensais trouver un travail émotionnel, ou même une réflexion rétrospective sur le lien familial et sa défaillance. Mais  Didier Eribon  livre des faits. C'est comme ça, il ne reviendra pas dessus. La blessure est telle que c'est indiscutable. Didier Eribon s’est construit sur la honte, il se considère comme un « miraculé ». La façon dont il nous présente la situation tend à nous le rendre compréhensible. Il reconnaît à la rigueur qu'il a peut-être un peu simplifié le problème, qu’il n'a pas vu les ouvertures possibles (il avait 20 ans, dit-il comme  « excuse »), mais il les considère comme ayant été tellement infimes qu’elles étaient négligeables.

Donc, contrairement à ce que l'on croit au départ, se raconter, si c’en est une part importante, n'est pas le l'objet réel du livre. L’objet du livre, c’est le Pourquoi et le Comment.

Eribon élargit son propos,  s'appuyant sur son expérience individuelle, mais sans aucun mode de traitement psychologisant. C'est d’abord l’ analyse socio-politique d'une certaine classe ouvrière sans culture et sans savoir, avec un quotidien et une pensée totalement misérables. Des gens qui n' avaient (n’ont ?) d'autres ressources que de chercher à se protéger, et cela c'est fait dans le rejet de l'autre, puisque l'autre s'est si mal comporté avec eux.. Cela passait par un vote d'abord communiste (contre les possédants) puis FN (contre l'étranger, l'autre en général puisque, dans cette misère, personne ne peut trouver grâce à leurs yeux). Mais comprendre cela n’est pas forcément l’admettre


   Il est assez facile de se persuader, de façon abstraite, qu'on n'adresserait pas la parole ou qu'on ne serrerait pas la main à quelqu'un qui vote pour le Front National… Mais comment réagir quand on découvre qu'il s'agit de sa propre famille ? Que dire ? Que faire ? Et que penser ?


Eribon reste sur ce questionnement et n’apporte pas de réponse.


Si cette faille culturelle s'est installée entre lui et sa famille c’est qu’il a pu franchir un autre fossé, celui qui le séparait du milieu scolaire, de la culture et de la pensée. Un  milieu d’origine où le seul savoir à acquérir était la lecture et le calcul, où la notion d’étude était étrangère, où le savoir était rejeté comme l’affaire des nantis. Et un lieu , l’école, seule porte de sortie, qui se croit la Reine de la fameuse égalité des chances, mais totalement rejetante pour un enfant, « sauvage » en quelque sorte, qui lui rend bien cette incompréhension et ce rejet. Une histoire d’amour , de haine et de fascination.

Pris entre ces deux monde, pour Eribon

   Résister c'était me perdre. Me soumettre, me sauver.


Il ne pouvait se vivre que comme en exil.

 
Et comme tout exil, celui-ci contenait une forme de violence.



   C'est pourquoi une philosophie de la « démocratie » qui se contente (même si ses auteurs s'émerveillent eux-mêmes d'avancer une pensée aussi « scandaleuse ») de célébrer « l’égalité » » première de tous avec tous et de ressasser que chaque individu serait doté de la même « compétence » que tous les autres n'est en rien une pensée de l'émancipation, dans la mesure où elle ne s'interroge jamais sur les modalités de la formation des opinions ni sur la manière dont ce qui résulte de cette « compétence » peut s'inverser du tout au tout - pour le meilleur ou pour le pire – chez une même personne dans un même groupe social, selon les lieux et les conjonctures, et selon les configurations discursives à l'intérieur desquelles, par exemple, les mêmes préjugés peuvent soit devenir la priorité absolue, soit être tenus à l'écart du registre politique.


Enfin Eribon parle de son homosexualité, du besoin de la vivre et de la protége/cacher en même temps, face à une homophobie dont la description nous montre à quel point il est utopique de la considérer comme marginale, et de l’acquisition « sur le tas » de sa culture spécifique, du mode de vie qu’elle implique entre revendication et « besoin d’assimilation »..

   Cette résistance quotidienne, obstinée, indéracinable, inventive que les gays ont opposée aux forces de la culture dominante qui les menaçaient sans cesse, les maltraitaient, les humiliaient, les réprimaient, les traquaient, les  pourchassaient, les frappaient, les blessaient, les arrêtaient, les emprisonnaient…


Là encore, se construire avec, et contre.

   Notre passé est encore notre présent. Par conséquent, on se reformule, on se recrée (comme une tâche à reprendre indéfiniment), mais on ne se formule pas, on ne se crée pas.(…) Il ne faut pas rêver d'un impossible « affranchissement », tout au plus peut-on franchir quelques frontières instituées par l'histoire et qui enserrent nos existences.

Ne cherchez pas ici de l'affectif. Eribon se satisfait de l'analyse, du factuel, il donne à voir, il donne à  comprendre. Il s'est blindé, et il n'a aucune intention de gratter ce blindage. En tout cas , ce n’est qu’à la dernière page, bouleversante après cette somme de distance et d’érudition, que les interrogations brutalement le submergent et que l’émotion reprend ses droits.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #identitesexuelle #discrimination #social
par topocl
le Mar 27 Déc - 10:14
 
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Sujet: Didier Eribon
Réponses: 2
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Russell Banks

Lointain souvenir de la peau

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Le Kid, 22ans , un homme (ou un gamin?) qui n’ a plus de nom, et plus d’existence aux yeux de la société, mais marqué à vie et fiché sur internet. Condamné pour déliquescence sexuelle, il a purgé une peine de prison, et est assujetti pour 10 ans au port d ‘un bracelet électronique, à l’interdiction d’habituer dans un lieu où il pourrait côtoyer des enfants et figure  sur un site répertoriant les délinquants sexuels des Etats Unis, accessible à tous. Rejeté et quantité négligeable dans le monde réel, suivi et surveillé dans le monde virtuel... Dans cette presqu’île de Calusa noyée sous le béton, le seul lieu habitable est un espace vague sous une bretelle d’autoroute , en compagnie d’autres délinquants sexuels. Ayant grandi dans un désert affectif puis une misère sexuelle complets, n’ayant jamais eu pour  ami qu’un iguane apprivoisé, il a intégré cette image de lui que la société veut donner, et fini par accepter comme juste et logique cette exclusion absurde.

Sa vie va cependant être bouleversée, durant les quelques jours que dure le roman, par une descente de police, une tempête qui ravage la ville et son lieu de vie, mais surtout parce que quelques individus, par intérêt et/ou ( ?) compassion vont le regarder autrement que s’il était une chose (repoussante qui plus est), le regarder, l’écouter, lui parler : un Professeur de sociologie géant et obèse qui élude en gloussant les questions d’ordre privé, un couple dont le femme n’est autre que Dolorès, l’attachante conductrice du bus de De beaux lendemains, qui a refait sa vie et garde sa vision du monde lumineuse et chaleureuse, et l’Ecrivain, un type qui ressemble à Hemingway (et peut-être bien aussi à Russell Banks ?). Avec eux , le Kid va se découvrir une identité, s’expliquer à lui-même, mieux comprendre le monde ; il va découvrir , et nous avec, le sens profond de la vérité , du mensonge et du secret, un autre rapport au bien et au mal que par la culpabilité ou la honte

Voilà un livre d’une grande intelligence, peut-être parfois un peu trop grande et qui peut par moment glacer. La première partie est distante et froide, lisse d’une certaine façon, comme le Kid qui n’a jamais appris à vivre et à aimer. Puis l’intrigue se noue, les affects se déchaînent, et Russell Banks  nous propose une démonstration magistrale où rien n’est jamais acquis, tout est perpétuellement remis en question, au contraire du monde simple mais inhospitalier du début. L’émotion monte au fur et à mesure que les personnages gagnent en complexité , au delà de leur aspect premier et des étiquettes qu’on leur   attribue . Il y a quelques moments un peu glauques, mais parfaitement justifiés par le sujet.

Un roman qui gagne en ampleur au fil des pages, des personnages uniques, un style narratif ciselé, des descriptions de paysages , de sites urbains, de phénomènes naturels… Russell Banks revient à son meilleur avec un roman d’aventure personnelle plein de messages et de profondeur.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #discrimination #identitesexuelle #social
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:49
 
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Sujet: Russell Banks
Réponses: 29
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