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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 16 Juil - 13:29

8 résultats trouvés pour vengeance

François Bégaudeau

Molécules

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Vous croyez commencer à lire un polar :  Ben oui puisqu’il y a un meurtre, une victime, une policière, un adjoint, des indices, une concierge portugaise pour mettre sur la voie. Ah oui, Bégaudeau, il fait ça aussi ? Rassurez-vous, il fait ça à sa façon bien singulière : la victime travaille dans un service de psychiatrie, la policière ne manque pas de répartie, chacun a ses petites obsessions, l’adjoint est le roi de la statistique, la concierge juge Dieu supérieur à la justice humaine, la fille de la victime s’incarne dans une science revendiquée. Apparaissent ensuite un assassin, une juge d’instruction, des avocats, des  jurés . Et là, mais oui, tout est résolu, mais la vie continue. Ils sont encore  là « les survivants » , leur histoire se poursuit, il ne suffit pas d’élucider.

C’est donc bien plus qu’un polar, c’est un attachant roman qui s’intéresse à ses personnages jusqu’au bout, et les aime tous à sa façon marrante, attentive, quasi affectueuse, qui donne  la parole à un autiste, c’est vous dire. Et jusqu’à Bégaudeau encore étudiant qui vient tenir un petit rôle épatant pour faire avancer son intrigue.

Au-delà de cette histoire perpétuellement malicieuse, Bégaudeau (l’auteur, pas le personnage), traque le sens des choses et des mots, et tout ce que leur non-sens implique aussi, le poids des stéréotypes verbaux et comportementaux. Il   instille de l’humour à chaque page, un truc discret, pince sans rire, dévastateur. La légèreté est ici un atout,  le sérieux se cache sous le gracieux. J’ai adoré.

mots-clés : #humour #polar #vengeance
par topocl
le Sam 16 Fév - 9:32
 
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François Bégaudeau

En guerre  

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Dans cette ville où nul ne sait bien pourquoi il reste, il y a Romain, travailleur culturel bobo, nonchalant, mais sûr de sa mission, un homme qui parle, qui pense, sûr de ses certitudes comme de son incapacité à agir dans leur sens. Et il y a Louisa, jeune femme que seul le combat maintient à flot, scannant des articles à l’entrepôt d’Amazone, qui voit partir à la dérive la petit bonheur pavillonnaire quand son conjoint, aimablement éjecté d’une multinationale qui a mieux à faire en Slovaquie, endosse le rôle du perdant.

Rien de commun entre ces deux là, mais les circonstances vont les mettre face à face, puis dans le même lit.
Et les conséquences seront dévastatrice, dans une explosion de violence qui va les remettre en question, mais chacun à sa façon, la rencontre n’a finalement pas changé grand-chose.

Et, après Leurs enfants après eux,  me voilà repartie dans un roman social. A ce détail près qu’on n’est plus en Lorraine mais à Amiens, ce qui en matière d’emploi, n’est guère mieux, les héros de Bégaudeau pourraient, si on compte bien, être ceux de Nicolas Mathieu, quelques années plus tard.

Même veine sociale, même idée bien ancrée du déterminisme social, donc, mais pas du tout le même livre, pas du tout.
Ici, quelque chose de plus malin, de plus fin, de plus créatif. Une façon de raconter ce que Mathieu expliquait. La justesse est soutenue par l’humour et par une ironie feutrée, décalée. Et cela autorise une apothéose mi-onirique, mi-visionnaire, mi-poétique. Une improbable, mais délectable et tordante victoire des petits. Cependant Bégaudeau n’est pas dupe, chacun retrouve finalement sa place , comme chez Mathieu.  Je n’en dis pas plus, mais le scénario est plein d e bonnes idées, s’ouvrant à d’autres personnages qui enrichissent l’habile description de cette classe moyenne provinciale si multiple.

C’est extrêmement malin, direct, rapide et réfléchi tout à la fois.  Il y a cette  portée intemporelle: c’est un conte du prince charmant et de la pauvresse. Mais ils ne seront pas heureux et n’auront pas beaucoup d’enfants : on est au XXIème siècle, quand même. Le roman s’implante dans une géographique, la ville, les banlieues, les rocades, le McDo, la Halle aux vêtements, qui lui donnent une  proximité immédiate. Il s’inscrit dans le temporel, les événements passent au loin,  attentas, Nuits debout, Trump, sans envahir, messages furtifs, mais terreau d’une façon de penser et d’agir. C’est donc aussi un roman d’ici et de maintenant, un roman d’aujourd’hui, clairvoyant, qui parle  sans concession mais sans jugement, avec une empathie dont le désespoir  est voilé par la lucidité, de gens que je connais, de leurs histoires, de leurs vies.

mots-clés : #contemporain #mondedutravail #social #vengeance
par topocl
le Sam 26 Jan - 16:08
 
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Amélie Nothomb

Les prénoms épicènes

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J’ai donc voulu lire mon Amélie Nothomb, revenir sur des traces que j’avais autrefois aimées, et dont je m’étais détachée assez rapidement.  Histoire de savoir si c’était sa faute ou la mienne. Et de savoir de quoi je parle (encore que je ne parle pas vraiment souvent d’Amélie Nothomb, on a les contradictions qu’on peut).

Et bien voila. Je n’ai pas été déçue… Il paraît pourtant que je n’ai que ce que je mérite, c’est ce qui se dit ici.

Cette lecture aura au moins eu l’intérêt de me rappeler ce qu’est (ou n’est pas) la littérature, la différence entre un livre et un objet de consommation.
Ce livre est nul, mauvais, pitoyable, niais, foutage de gueule,… toutes ces choses que je ne m’autoriserai jamais à écrire sur un livre, moi, humble lectrice face à une auteure, une artiste (ou plutôt une profiteuse, une femme d’affaire ?) Même en se disant que c’est du second degré, ça ne passe pas.

Ca commence dès le titre : Les prénoms épicènes. Mot que « personne » ne connaît à part Amélie Nothomb, qui se fait bien briller en daignant le partager avec nous
wikipedia a écrit:Un mot épicène est un mot qui n'est pas marqué du point de vue du genre grammatical et peut être employé au masculin et au féminin sans variation de forme .

Et bien oui, quelle idée géniale, les héros s’appellent Claude et Dominique. Et nomment leur fille… Epicène. Hahaha ! Seulement cela ne change rien à rien, n’a aucune place particulière (ni intérêt il faut bien le dire), il s’agit juste d’un titre accroche-chalant.

L’intrigue  est digne du plus basique des romans-photos.  On croise là grand amour, passion, vengeance démoniaque, cynisme, fric facile, et autres balourdises.  Bref, tout cela est définitif, tout noir ou tout blanc, convenu à en être pathétique, et on n’oublie pas au passage de se tomber dans les bras de bonheur. « Celui qui aime est toujours le gagnant ». Que c’est beau !

Les personnages sont des stéréotypes ambulants. Un couple asymétrique, non pas un médecin et une infirmière, mais un cadre sup et une secrétaire bécasse provinciale, qui croit vivre le grand amour et qui est habilement (?) manipulée. Elle est finalement séduite par … l’achat d’un  flacon de Chanel Numéro 5. Fallait oser. Leur fille est très malheureuse (mais très intelligente). Sa meilleure amie est issue d’une famille marocaine de moindre milieu social, où, évidemment, on est beaucoup plus heureux, qui pouvait donc en douter. Elle raisonne comme une adulte revenue de nombreuses expériences. Et ne pas oublier la grande amie de la mère, aristocrate, prénommée si habilement Reine, prénom pas épicène, mais qui pourtant ne manque ni de simplicité, ni de finesse, pas du tout. Ni le beau-père méprisé, encore un provincial impécunieux,   mais qui, tadam,  « connaissait par cœur des pages et des pages de poésie de Victor Hugo et les récitait de sa voix rocailleuse » (j’insiste sur le mot rocailleuse, si bien choisi)

L’écriture est loin de rattraper quoique ce soit. Le style a la platitude d’une rédaction de CM2, exposer des faits ce n’est pas raconter.  C’est  bourré de dialogues indigents, le vocabulaire ne dépasse pas les 1000 mots, à part 4 ou 5 mots « savants » semés ça et là pour masquer la pauvreté du reste, et montrer la culture si généreusement partagée de Mme Nothomb.

Le seul avantage c’est que c’est court, très court, pourquoi donc se fatiguer sur la quantité quand on néglige la qualité, et que cette indigeste production annuelle, bien orchestrée par le service marketing d’Albin Michel et les médias  le petit doigt sur al couture du pantalon est sûre de trouver son public, quoi qu’il arrive ?

Ne me dites pas que des gens sont susceptibles de payer 17 euros pour cela.
Ne me dites pas à quel tirage ce bouquin est sorti
Ne me dites pas qu’Amélie Nothomb fait chaque année en septembre la rentrée de la Grande Librairie
Ne me dites pas que Télérama fait mine de la défendre (mais donnez-moi le montant du dessous de table).
Et surtout, dites-moi encore moins que cela va mener des gens à la lecture. C’est faux. La lecture ce n’est pas ce mépris du lecteur et du texte, ce n’est pas ce truc ouvertement mercantile. Ca ne sert à rien de lire plutôt qu’autre chose, si c’est pour ça.
Dites moi plutôt que je ne comprends rien à rien. Et laissez-moi simplement pleurer dans mon coin.

Je suis quand même quelqu’un d’hyper-zêlée à en plus chercher de mots-clés pour un truc pareil.

mots-clés : #conditionfeminine #famille #vengeance
par topocl
le Mer 16 Jan - 16:51
 
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Martín Caparrós

A qui de droit

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Dans la passion de sa jeunesse,, Carlos a participé à la lutte armée contre les militaires. Sa femme, enceinte,  a été capturée sous ses yeux, et nul ne sait ce qui lui est advenu. Il a passé ces trente ans dans une fidelité morbide à ressasser cela, imaginer des destins possibles à Estela. Il regarde avec amertume l'Argentine d’aujourd’hui, témoin de leur échec, du désastre, de la débâcle : un pays où posséder un écran plat est plus important qu'une société égalitaire et juste, Il voit souvent Juanja, ancien du mouvement, aujourd'hui au gouvernement, avec qui il se livre à quelques joutes verbales, et tous les  jeudis une jeune femme, incarnation de la   nouvelle génération pour qui lutter n’est plus une option. Elle lui donne du plaisir et le pousse dans ses retranchements.

Je l'ai toujours dit, Estela, la conséquence la plus grave de la dictature militaire n’est pas qu'ils vous aient tués, ce n’est pas vous, les morts, les disparus ; c’est ce pays, l'Argentine d'aujourd'hui.


La soixantaine dépassée, une maladie appelée Le Mal le rattrape, se manifestant curieusement par une simpe odeur nauséabonde, les questionnements  s'enrichissent, l'imaginaire ne suffit plus, il recherche des faits, la question de la vengeance se pose. Mais quel sens a-t'elle encore, quarante ans après ?

Peut-être aussi parce que ce serait ma dernière fin d'année et que je m'abandonnais à la triste jouissance des dernières fois. Quand elles deviennent les dernières, les choses retrouvent un sens, des significations dont la répétition les avait privé depuis longtemps.


Très beau roman introspectif et politique, à la prose parfois un peu lourde. Plein de nuances et de vérités regardées en face, il met en scène les bourreaux et les victimes, montre leur place dans al société d'aujourd'hui. Carlos, plein d'amertume, ne vit que de son passé, Est-ce parce que ce passé était glorieux, ou est-ce qu'il n'a simplement pas pu le dépasser, devenu un homme finalement geignard et procrastinateur ? Est-on un héros à vie ? Les comptes sont loin d'être soldés,  et si la société détourne le regard, ce n'est pas le cas de notre héros.




mots-clés : #devoirdememoire #insurrection #regimeautoritaire #vengeance
par topocl
le Dim 11 Nov - 11:26
 
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Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

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Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin - 10:41
 
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Carsten Jensen

La première pierre

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Dans la Zone Noire, la panique vous envahira, et quand la plupart d'entre vous crieront qu'ils n'en peuvent plus, ils n'auront encore rien vu. Vous serez  sur le point de vous écrouler. C'est comme ça, c'est dur. Et quand vous aurez le goût du sang dans la bouche et que votre coeur cognera dans vos oreilles -, ce sera le signe que, maintenant, tout est sur le point de commencer.


Cela commence comme un classique (bon) roman de guerre, . Basés à à Camp Price, dans le désert d'Afghanistan, paysage aussi splendide qu'inhospitalier, les soldats danois de la troisième section sont gonflés à bloc, sûrs de leur probité. Ils traînent les histoires personnelles qui les ont amenés ici. ils s'ennuient souvent, sont envoyés en patrouille, se livrent à des attaques protégées par la force  aérienne. Il croient fraterniser avec la population. Ils sont convaincus de leur mission, même si parfois des loupés et des "dommages collatéraux"  génèrent des états d'âme.

Maintenant, c'est pour de vrai, pensent-t-ils. Et, plein d'espoir, ils cils comptent les battements de leur cœur.


Et puis, il y a l'ignoble trahison, et la troisième section pète un câble, se soustrait à l'autorité, est prête à tout pour livrer sa vengeance. Et là, il s'avère que la guerre, c'est beaucoup plus compliqué. Les ennemis sont complexes : ces humains qui ont vécu toute leur existence entière dans un pays en guerre, cruel et imprévisible. Ils défient toute compréhension avec leurs croyances, leurs divergences et leurs fidélités; les relations des populations locales avec les talibans, le rôle des chefs de guerre sont insaisissables pour l'observateur occidental naïf. Et s'en mêlent l'armée américaine, les soldats britanniques, les milices, les sociétés mercenaires, les renseignements danois, les technologies de pointe … Cela devient une sacrée débandade, une marche forcée obsessionnelle où il faut sauver sa peau coûte que coûte.

Et justement, cela coûte très cher. Il n'y a plus aucun repère, plus de bien ni de mal, plus de vrai ni de faux, plus de civilisation ni de barbarie, plus d'amis ou d'ennemis reconnaissables. Ils n'ont plus aucune certitude, le monde n'est plus que questions et danger.Ils n'ont d'autre option que d'avancer dans cette vertigineuse descente aux enfers, guidés par le radar de la survie, ballottés dans une cascade de choix de Sophie. On assiste à une effroyable escalade de la violence (Jensen ne lésine pas, il faut bien le savoir), de non-sens, une absolue perte de contrôle. La guerre n'est plus une stratégie sérieuse qui répond à des lois, c'est  une immense manipulation, un jeu vidéo géant,   dont nul ne connaît plus les limites.

- Tu as vu tous ces murs en Afghanistan ? - ce n'est pas une question, il continue : ils tiennent depuis deux mille ans et ils seront toujours debout dans deux mille ans. Nous nous vantons d'avoir inventé les armes avec lesquelles ils nous tirent dessus. Les mines, les mortiers, tout cela vient de chez nous. Les télécommandes qui permettent de déclencher les bombes à distance. Leurs communications par radio. Oui, nous sommes supérieurs par notre technologie et notre savoir. Nous le pensons, en tout cas. Mais ne serait-ce pas l'inverse ? Notre science ne serait-elle pas une preuve de notre bêtise ? Quel est le résultat de tous nos efforts, de toutes nos actions ? Un bouleversement climatique qui va nous emporter tous. Mais pas les Afghans. Ils survivent depuis 2deux mille ans. Ils survivront deux mille ans de plus. Le désert partout, des températures astronomiques, pas de pluie. Depuis longtemps ils ont appris à vivre avec. Dans le futur ils n'auront pas besoin de nos armes, de nos roquettes  ou de nos mines. Nous  nous trainerons comme des lépreux au pied de leurs murs et nous jetterons sur leur poubelle comme des chacals. À la fin, les Afghans seront vainqueurs.



Ce roman est terrible car il est parfaitement maîtrisé, contrôlé, s'appuyant sur  quarante ans d'expérience de l'auteur en Afghanistan. C'est un triller parfait sans relâche, sans temps mort, sans concession au politiquement correct, avec une écriture, dense, implacable, chirurgicale (âmes sensibles s'abstenir). Chaque personnage se déploie, dans l'enchevêtrement de ses contradictions, et je me suis curieusement  totalement  identifiée à ces personnages pourtant si différents de moi, aux aspirations et à la vie si étrangères à  la mienne qui voient s'écrouler leur monde fantasmatique au profit de la réalité de la guerre dans cette espèce de tourbillon de folie et de violence où les circonstances les entraînent. Ils sont médusés, annihilés. Ils n’abandonnent pas leurs illusions , ce sont leurs illusions qui les abandonnent. Il est ridicule de dire qu'ils ne rentreront pas indemnes : en fait ils ne rentreront pas, ils abandonneront derrière eux leur peau originelle. Ce monde est si terrible qu'il n'existe que peu de mots pour le décrire - cependant Carsten Jensen a réussi  à en faire ce roman  impitoyable dont on sort un peu dévasté par sa propre ignorance, son impuissance et le caractère dérisoire de ses propres petits problèmes.

(et on ajoute trahison  Tag vengeance sur Des Choses à lire 1384701150 ?)

mots-clés : #aventure #culpabilité #guerre #psychologique #vengeance #violence
par topocl
le Ven 11 Mai - 19:51
 
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Sujet: Carsten Jensen
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Sorj Chalandon

Le jour d'avant

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Quarante ans après la catastrophe minière se Saint-Amé, Michel revient dans son village natal pour venger son frère qui y a trouvé la mort. On ne peut pas en dire plus de l'intrigue, qui tient surtout aux coups de théâtre, révélations et changements de cap qui vont apparaître au cours de l'enquête et du procès.

C'est du vrai Chalandon, celui qui traine toute la misère du monde sur ses épaules, logé à l'Auberge de la Fraternité Trahie et du Prolétariat Humilié. Chalandon qui creuse son sillon, tout à la fois appliqué et inspiré, n'hésitant pas à y revenir pour enfoncer son clou. Chalandon fidèle à son message, à ses phrases brèves qui pèsent 100 tonnes, qui ne lésine pas avec le souffle romanesque. Et arrive, ainsi à vous embarquer malgré vos réticences.

Car l'Impression globale est finalement plutôt bonne pour ce montage, parlant et astucieux, trouvant son apothéose dans deux splendides  plaidoiries contradictoires, pour dénoncer  brillamment la responsabilité des Houillères du Nord dans cette catastrophe qui a fait 42 morts. Il n'en demeure pas moins que  pendant les 2 premiers tiers de la lecture, je me suis sentie patauger dans une certaine déception, face à un récit assez convenu (auquel  les fameuses révélations vont donner son originalité), un peu malsain dans ses incohérences, (lesquelles vont également s'éclairer), parsemé de coïncidences très coïncidentes et de hasard  peu hasardeux (était-il bien utile que l'avocate ait les traits de la merveilleuse femme décédée  de Michel ?).

Livre refermé, je me suis dit que l'erreur était peut-être de faire raconter l'histoire par Michel lui-même, que le récit aurait pu gagner en finesse, moins outrageusement piéger le lecteur, s'il avait été fait par un tiers extérieur.

Ces réserves faites, et une fois accepté que Chalandon est un pur, un dur, pas vraiment drôle, il y a ici de quoi trouver quelque bonheur , dans un livre qui n'est pas dans les meilleurs, mais pas dans les pires non plus de son auteur.
Bien qu'il soit parfaitement écrit, la place faite aux dialogues, à la mise en place de la procédure d'incarcération, et à la machine judiciaire, laisse présager la possibilité d'un film assez prochain, qui pourrait peut-être, une fois n'est pas coutume, être meilleur que le livre.

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mots-clés : #culpabilité #justice #lieu #mondedutravail #psychologique #vengeance
par topocl
le Dim 18 Mar - 10:33
 
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Sujet: Sorj Chalandon
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Henri Bosco

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Le mas Théotime

C’est tellement de sentiments, d’émotions, la lecture de ce livre, mais c’est avant tout un grand amour pour la Terre et tout ce qu’elle offre à l’être humain ; Terre nourriture du corps mais aussi de l’âme.
Sortant de ma lecture de Simone Weil, j’ai retrouvé dans ce livre sa pensée :  le salut par le travail, le travail salvateur de la Terre et qui conduit vers  la sérénité, la pureté  et plus, vers Dieu.
« Or dans la solitude des champs, des bois et des collines, si quelque aliment pur ne nous soutient, il peut nous arriver d’abandonner, sans le savoir, l’exercice des facultés humaines et de perdre le sentiment et la jouissance des biens intérieurs. Ce sont de vieux biens, depuis longtemps déposés en nous par la patiente communauté des hommes, et qu’ ils nous ont légués pour nous permettre justement de passer sur la terre, sans trop de terreur ni de désespoir. Quand nous les perdons, il ne nous reste plus que notre chair à opposer au monde, et nous savons trop le peu qu’elle pèse. »
« Le travail qui nous occupait du matin au soir, rudement, maintint notre souci commun dans les lieux solides et sains de l’âme. »

« Ils savaient simplement de père en fils, que ces grands actes agricoles sont réglés par le passage des saisons ; et que les saisons relèvent de Dieu. En respectant leur majesté,  ils se sont accordés à la pensée du monde, et ainsi ils ont été justes, religieux. »


Mais comme l’Homme et la Femme  ne sont que des humains ils ont aussi des bonheurs et des malheurs terrestres ; l’amour en est un. Celui qui unit Geneviève et Pascal est malheur par la force de leur cœur sauvage, et bonheur  quand ils comprennent et acceptent qu’il ne vive que dans leur âme,  en le consommant ils le perdraient.

Il y a beaucoup de respect et d’amitié dans les relations entre Pascal et les Alibert, cette famille représente avec honneur la vie de l’homme de la terre,  celui qui  sait s’en faire une alliée.  Le lecteur sent  dans les mots de l’auteur tout le respect que lui-même accorde à ces paysans :
« Elle respirait le bonheur. Et de la voir ainsi je me sentais heureux, parce qu’elle  était grande, belle, et qu’elle marchait près de moi, avec la confiance, à pas lents, comme une vraie femme de la terre. »

Quand Clodius est assassiné à la lecture du testament Pascal découvre la justesse avec laquelle le disparu  l’a jugé puisqu’il lui lègue tout ses biens, à lui alors que tant de haine les  a fait ennemis, mais dont le même sang coule dans les  veines ; c’est avec humilité et honneur qu’il acceptera les devoirs qui y sont rattachés.

« Dans la pièce il y avait Clodius, et il était vivant. On venait d’entendre sa voix, dure, ironique, mais mâle et d’une sorte de grandeur qui nous dominait, même moi, qui l’avais haï, et qui savais pourtant ce que peut inspirer un cœur sauvage. Du mien, une sorte d’amour aussi farouche partait vers lui, et je me disais, tout en moi, avec un orgueil chaud et sombre, que c’était mon sang qui venait de parler. »

Difficile de comprendre, à part au premier abord, dans les premières minutes où Pascal comprend que celui qu’il abrite est l’assassin, la raison de la non-dénonciation.  C’est qu’il ne faut pas oublier l’hospitalité dû à celui qui la réclame, l’asile en quelque sorte.

« Le sens de l’hospitalité l’avait emporté sur le sens moral. »

Quel désarroi ensuite pour Pascal lorsqu’il comprend qu’il se trouve complice de cet homme, mais Théotime le sauve de  l’acte vil, la dénonciation qu’il s’apprête à faire alors que la décision de Geneviève le bouleverse  et qu’il comprend que la séparation est définitive :

« Je fis un pas ; mais, quoique je n’eusse pas honte , tant je brûlais de douleur et de jalousie, je fus arrêté. Une brise m’avait apporté une odeur de fumée que je connaissais bien. Il était six heures, et Marthe venait d’allumer du feu à Théotime pour mon déjeuner du matin.  Malgré moi je me retournais pour regarder ma maison. »

Geneviève qui vivra désormais dans la sérénité qu’offre la piété, donne à Pascal un dernier gage d’amour, en lui offrant l’Ermitage de St-Jean, en tant que Maître il redonnera vit à la fête de Noël « le feu des bergers ».
Pascal vivra ses obligations envers la Terre, ses gens, Théotime  dans la solitude, le respect et l’amitié des Alibert,  avec l’apport de tous les » Vieux  Biens » légués par ses ancêtres.

Une lecture qui illumine, qui apporte la sérénité, les bienfaits de la Terre et un espoir en et pour  l’Homme.
Beaucoup de poésie dans les mots, l’auteur  fouille au plus secret des cœurs et des âmes, n’en cache pas la noirceur mais sait en élever aussi le meilleur.

l'Ermitage de St-Jean du Puy à l'heure d'aujourd'hui

Tag vengeance sur Des Choses à lire Img_2013



mots-clés : #education #famille #initiatique #insularite #nature #ruralité #vengeance

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 17:09
 
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Sujet: Henri Bosco
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Vues: 2356

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