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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 15:21

25 résultats trouvés pour esclavage

Simone Schwarz-Bart

Pluie et vent sur Télumée Miracle

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Ce roman semble contenir toutes les Antilles françaises, du moins les thèmes qui les particularisent dans la littérature qui va suivre.
On retrouve le typique caractère antillais dépeint par les écrivains autochtones, tempérament teinté de cette ombre amère, la défiance, un fond rancunier, voire haineux ‒ l’héritage de l’inoubliable, l’irrémissible esclavage (on peut être raciste à moins). Et tout le livre qui parle des Afro-Caribéens pauvres le fait toujours en opposition aux Blancs quand ces derniers sont évoqués.
« Il ne sut jamais dire ce qui se passa en lui et comment il en vint, sur la fin de son séjour, à considérer les Blancs comme des bouches qui se gavent de malheur, des vessies crevées qui se sont érigées en lanternes pour éclairer le monde. » (II, 13)

Pays aussi et surtout de conte, d’oralité, d’invention verbale, où l’important semble être d’avoir à dire :
« …] ils surent qu’ils auraient une belle chose à raconter, au moins une fois dans leur vie. » (I, 1)

« L’Ange Médard sourit et je lui tins la main jusqu’à l’aube, agenouillée près de lui, cependant que les gens s’amassaient en silence, devant ma case, contemplant la scène qui se déroulait devant leurs yeux et s’efforçant d’en tirer une histoire, déjà, une histoire qui ait un sens, avec un commencement et une fin, comme il est nécessaire, ici-bas, si l’on veut s’y retrouver dans le décousu des destinées. » (II, 14)

Au travers de la vie de Télumée, qui connaît plusieurs fois l’amour et sa perte, ce roman expose la précarité du bonheur, et témoigne de la dignité humaine jusque dans la misère.
« Toutes les rivières, même les plus éclatantes, celles qui prennent le soleil dans leur courant, toutes les rivières descendent dans la mer et se noient. Et la vie attend l’homme comme la mer attend la rivière. On peut prendre méandre sur méandre, tourner, contourner, s’insinuer dans la terre, vos méandres vous appartiennent mais la vie est là, patiente, sans commencement et sans fin, à vous attendre, pareille à l’océan. » (II, 4)

Quant au style, cet extrait devrait assez donner le ton :
« Cette année-là, la disgrâce de Fond-Zombi commença par un hivernage qui surprit tout le monde. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur le village, transformant les chemins en torrents boueux qui charriaient vers la mer toute la graisse de la terre. Les fruits coulaient avant de mûrir et les négrillons avaient une petite toux sèche qui faisait mal. Attendons le calme, disait-on, oubliant que mauvais hivernage vaut mieux que bon carême. Et le carême survint, torride, stupéfiant, étouffant porcs et dévastant poulaillers, cependant que les feuilles de bananiers devenaient hachures du vent, oripeaux défraîchis qui striaient l’espace en signe de débandade. Fond-Zombi avait un aspect désertique, et le mal semblait dans l’air la seule chose palpable, que les gens fixaient hébétés des après-midi durant. Les femmes allaient par la rue avec une célérité déconcertante, et à peine pouvait-on deviner leur maigreur, la tristesse de leurs yeux. Elles glissaient comme des ombres et se croisant, elles s’adressaient un salut évasif qui signifiait, de l’une à l’autre… il faut stopper le mal par notre silence et d’ailleurs, depuis quand la misère est-elle un conte ?... » (II, 8 )

Un classique : à lire !

Mots-clés : #esclavage #identite #racisme
par Tristram
le Dim 22 Sep - 11:55
 
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Sujet: Simone Schwarz-Bart
Réponses: 7
Vues: 184

Luca Di Fulvio

Le gang des rêves

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Titre original: La gang dei sogni. Paru en italien en 2008, roman, 920 pages environ.

Le roman débute à Aspromonte, Calabre, au début du XXème siècle.
Une petite fille (Cetta) grandit sous le regard de sa mère mais aussi celui, concupiscent, du patron de celle-ci, qui visiblement possède êtres, terres et choses et en dispose à son gré.
Cetta, devenue adolescente, se fait estropier par surprise par sa mère, afin de lui éviter les griffes du patron ou de l'entourage de celui-ci.
Ce sera sans succès et elle accouchera, "à presque quatorze ans", d'un garçon prénommé Natale, c'est-à-dire Noël.
Peu désireuse d'appartenir au patron comme l'une de ses terres, elle s'embarque à Naples pour l'Amérique avec son bébé. La traversée se passe en viols continus par le capitaine, contre un quignon de pain et un peu d'eau. Une fois débarqués à Ellis Island et sur recommandation du capitaine, la petite fille, flanquée de son bébé, va connaître des années durant la prostitution en maison close.
Son maquereau, Sal Tropea, sous des allures brutales est doté d'un cœur ainsi qu'on s'en aperçoit petit à petit au fil des pages, pour un premier élément un peu positif dans ce livre, ce qu'on n'osait plus espérer. Ce personnage de souteneur-gangster impuissant fait un petit peu songer à Sanctuaire, de Faulkner, est-ce là une référence que Di Fulvio est allé glaner ?
Une référence certaine est l'emprunt de Diamond Dogs, de David Bowie, revendiqué en-tête du reste, comme nom de gang (tiré de l'album et de l'excellent tube éponymes).

Natale Luminata devient Christmas Luminata, grandit dans le New-York du Lower East Side dans la pauvreté, la violence et hors système scolaire: il ne veut plus retourner à l'école depuis que des gamins lui ont tracé un P à la pointe du couteau sur la poitrine, qui lui laissera une cicatrice à vie, P signifiant Putain en rapport au métier exercé par sa mère.
Son bagout, une ou deux rencontres (Santo le copain docile et effacé, Pep le boucher à la chienne galeuse), et l'observation active de la rue, ses mœurs, ses codes et son spectacle lui tiennent lieu d'apprentissage de la vie.
Son destin commence à basculer le jour où il recueille, dans les immondices d'un terrain en chantier, une adolescente de son âge, presque moribonde, frappée, violée et amputée d'un doigt. Elle se trouve être Ruth Isaacson, petite-fille d'un millionnaire en vue...
mais je ne vais pas vous résumer les 700 pages restantes !

Comme je le disais sur le fil Nos lectures en Août 2019, Di Fulvio pratique un matraquage à la violence, au sordide et à l'abjection durant les premiers chapitres, sans doute pour aguicher le voyeur-lecteur, ça doit marcher sans doute (est-ce assez "grand public" ?), mais, franchement, à mon goût là il en fait trop: a-t-on besoin de ce pilonnage systématique alors qu'on vient à peine de quitter l'embarcadère pour une traversée de plus de 900 pages ?
Retors, il ajoute alors des retours chronologiques permanents afin de bien laisser la tête lourde  à l'heure de reposer le livre sur votre chevet, comme si le contenu ne suffisait pas (le lecteur n'auto-intitulera pas ce bouquin "Le gang des bonnes nuits et des beaux rêves").

Heureusement Di Fulvio rentre à temps dans une espèce de linéarité chronologique, et l'ouvrage se suit, au fil des pages comme si c'était au gré d'un courant non tumultueux. Homme de théâtre, Di Fulvio fait de chaque chapitre une entrée en scène: on suit le ou les personnages avant de passer à une autre scène, un autre lieu souvent, au chapitre suivant.

Reste à décerner beaucoup de points positifs, comme le style, alerte, vif, Luca Di Fulvio s'avère être une plume rompue au tournemain du savoir-camper, tout en restant percutante, sans encombrer.
De plus l'ensemble du roman est bien découpé/calibré, et c'est remarquable sur la très longue distance de cet ouvrage (exercice très casse-figure, tout le monde n'est pas Tolstoï !), et le final, parti de loin, amené sur 150 pages environ, assez travaillé et pas nécessairement prévisible, m'a ravi, m'arrache quelques applaudissements spontanés (encore la patte de l'homme de théâtre, peut-être ?).






Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #enfance #esclavage #immigration #prostitution #segregation #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 10 Aoû - 6:05
 
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Sujet: Luca Di Fulvio
Réponses: 2
Vues: 140

Jesus Carrasco

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La terre que nous foulons

Originale : La tierra que pisamos (Espagnol, 2016)

Quatrième de couverture : a écrit:Quand l'Espagne est annexée au plus grand empire que l'Europe ait jamais connu, Iosif et Eva Holman se voient attribuer une propriété en Estrémadure. Sur cette terre âpre vivent des hommes et des femmes qu'ils considèrent à peine mieux que des bêtes. Jusqu'au jour où un vagabond hagard, à moitié fou, s'installe dans leur jardin. Contre toute attente, Eva le cache et le nourrit. Elle écoute ses divagations sur le massacre de sa famille, sur ses années d'esclavage dans un camp de travail. Au fi l du temps, les cauchemars de cet homme se mêlent à ses propres souvenirs, aux révoltes qu'elle a toujours tues, aux colères qui la hantent. Peu à peu, leurs deux voix se confondent, élevant un terrible lamento en mémoire des victimes d'une idéologie de mort et de destruction.

" Jesús Carrasco trouve une nouvelle et sensible façon d'évoquer les cicatrices indélébiles infligées par les régimes totalitaires. "



REMARQUES :
Après son roman début « L’intempérie », que j’ai énormément apprécié, je ne pouvais que retourner vers cet auteur. Et confirmation par ce deuxième roman ! Oui, une histoire en quelque sorte horrible, liée avec des dictatures et l’oppression, mais néanmoins avec une étincelle d’espoir, de résistance.

En 87 chapitres courts, de 1-5 pages de longueur, nous sommes face à une narratrice, Eva. Elle décrit, raconte, pas tellement de dialogues. Son époux, Iosip est un ancien militaire craint et influent, mais maintenant dans la dépendance, malade. Il faisait partie de « l’Empire », si vaste et vainqueur, occupant pratiquement l’Europe, une partie d’Asie, d’Afrique. Situation de fiction, mais néanmoins reprenant la série des « grandes » dictatures militaires, militaristes du XXème siècle, et des éléments de l’oppression, du travail forcé jusqu’à l’indicible. Les peuples soumis – ici donc cela joue en Espagne – sont soumis à une forme d’esclavage très dure.

Eva quant à elle a « donné » son fils sur le champ de la bataille… Mais comment se révolter dans ces extrêmes ? Faisant partie des privilégiés de l’Empire, ils ont reçu comme « cadeau » à la retraite de Iosip une propriété. Et quant alors apparaît et s’installe dans le jardin, d’une façon non-aggressive, Leva, elle serait presque capable de le dénoncer (pour cette situation non-permise), voire même de le tuer (sans encourir aucun danger, tant ces gens-bêtes sont en-dessous de ce qui compte). Mais à son propre étonnement elle va doucement s’approcher, voir solidariser. Le réfugié, fuyant, deviendra un caché, voir un accueilli qu’elle nourrira.

La narratrice trouvera de plus en plus refuge dans l’écriture et s’approprie l’histoire de Leva à peine racontable, l’exprime. Déjà cela fait d’elle un « ennemi » de son propre camp. A-t-elle à choisir ? Quoi faire ?

Au milieu de cette ténèbre, aussi dans sa fin,il y a une minuscule étincelle d’espoir et de lumière dans la résilience possible et la décision folle pour une solidarisation et le courage civil. Malgré tout !

Le livre a déjà gagné le prix de littérature de la Communauté européenne. Pas un miracle là ! La dictature et le populisme, la ségrégation toujours possible sont thématisés d’une façon très forte, une langue dépouillée qu’on compte dans le genre du « néoruralisme » espagnole. Des parties me rappellent un Philippe Claudel sombre ou un Gonçalo Tavares, voir de la littérature des camps.

Cet auteur est à suivre !


Mots-clés : #esclavage #regimeautoritaire #segregation
par tom léo
le Sam 8 Juin - 15:18
 
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Sujet: Jesus Carrasco
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Toni Morrison

Tag esclavage sur Des Choses à lire 41eo-510

Beloved

Je continue ma découverte de l'auteure avec ce livre que j'ai eue le plaisir de trouver dans une boîte à livres.
Je me rends compte au passage que je ne me souvenais pas avoir lu le roman Délivrances sus commenté, ce qui est préoccupant tout de même. De ce dernier , finalement, me revient la fin, très colorée et sensuelle. Bon .
Passons à celui-ci que je croyais être la première fiction lue de Morrison. Il m'a beaucoup plu.
C'est pourtant une lecture exigeante  dans le sens où la construction narrative impose une grande patience. Par strates on dénoue le passé, des strates s'ajoutent aux strates et peu à peu les refoulés s'exposent au lecteur dans leur terreur nue.
Je lis sur Wikipedia qu'un film a été tiré de ce livre, (par J. Demme) mais surtout qu'il est un hommage, je l'entends en tous cas ainsi, à la tragique histoire de Margaret Garner. Alors ne divulgâchons pas à tous crins , me suivent ceux qui veulent :

Spoiler:
Cette femme "une esclave afro-américaine dans les États-Unis d'avant la guerre de Sécession qui est notoire pour avoir tué sa propre fille plutôt que de la laisser redevenir esclave.

Garner et sa famille s'étaient échappées en janvier 1856 à Cincinnati, en profitant de l'Ohio gelé, mais furent appréhendées par des Marshals américains agissant en vertu du Fugitive Slave Act de 1850. L'avocat de Margaret Garner demanda à ce qu'elle soit jugée pour meurtre en Ohio, afin de pouvoir avoir un procès dans un état libre et pour contester la loi sur les esclaves fugitifs. (Wikipedia)


De tragique, le roman en est en effet tissé, mais avec une pudeur que l'engagement théorique de Morrison sert très bien : elle nous emmène au coeur d'un pays de ségrégation, où chaque liberté a été payée au prix fort.
Je ne veux pas déflorer les sens que le récit distille, aussi je ne citerai que les prémices de l'histoire, pour donner une idée des enjeux : 1855 : Sethe, esclave dans la plantation du Bon-Abri, s'est enfuie pour rejoindre la mère de son mari, Baby Suggs, la seule dont la liberté a pu être rachetée par son fils. Avant sa propre fuite, Sethe a envoyé chez sa belle-mère ses trois enfants : deux garçons et une petite fille . Au cours de sa fuite, Sethe est enceinte. Le récit commence quelques années après la fuite, croise la parole de nombreux personnages, en une prosodie chaque fois spécifique.
L'évocation historique et sociologique sont aigues, poétiques et respectent je crois avec une grande puissance la véracité universelle.
C'est un roman dur, qui a une part de fantastique, pour moitié due à l'univers animiste des protagonistes, et pour une autre moitié due à la folie,folie qui est exposée dans toute sa force.
La poesie qui traduit la folie m'a moins touchée, m'a barbée, même, je pense que je n'aime pas le trip "je me mets dans la peau d'un cerveau qui vrille" puisque Kaschiche m'a déjà bien saoulée avec ce type de procédés, mais ici force est de constater que c'est un ressort pourtant essentiel pour le choral, et le sens même de l'histoire.
Qui a je crois pour ambition de déployer en toute sa complexité et la force et la douleur de toute résilience.
Je vous le conseille vivement. C'est aussi un roman d'Amour.

Depuis ma lecture, adolescente, des Passagers du vent de Bourgeon, une BD très documentée sur le commerce triangulaire et son époque funeste, je n'avais pas été immergée dans ce savoir sombre, je l'ai retrouvé intact et toujours aussi révoltant.

#Adoption; #Amour; #Conditionfeminine; #Culpabilité; #Devoirdemémoire; #Esclavage; #Justice
par Nadine
le Jeu 16 Mai - 18:17
 
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Sujet: Toni Morrison
Réponses: 20
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Édouard Glissant

Le Quatrième Siècle

Tag esclavage sur Des Choses à lire Le_qua10


Le vieux quimboiseur ("maître de la connaissance" voire sorcier, qui guérit avec des tisanes ‒ "tiens, bois") papa Longoué raconte au jeune Mathieu Béluse l’histoire de leurs familles (lui est le dernier de la sienne). Les premiers Longoué et Béluse abordent en 1788 en Martinique comme esclaves, et malgré les conditions atroces de la traversée se jettent l’un sur l’autre à l’occasion du débarquement. Longoué, qui semble avoir eu le dessus, marronne dès que vendu à La Roche (plantation Acajou), tandis que Béluse est acheté par Senglis le bossu, époux de Marie-Nathalie, « amazone sans cheval » à la cravache cinglante, planteur et perpétuel antagoniste de La Roche. Longoué (ou La-Pointe) enlève Louise, exposée sur une croix, la « sauvage et guerrière » qui avait coupé ses liens pour qu’il s’enfuie, et l’emmène dans les bois des mornes, où ils auront leurs deux enfants. Il fait le signe du serpent, tandis que La Roche ne se sépare de sa petite barrique que pour l’offrir à Longoué. Béluse quant à lui prospère au cœur d’un programme de reproduction esclavagiste dans la propriété Senglis en déclin de folie. Son fils, Anne, passe son enfance avec le second fils de Longoué, Liberté, qu’il tue. Les esclaves se révoltent, les descentes des marrons respectent les plantations Acajou et Senglis ; il y a une dualité entre hauts et fonds, marrons-esclaves, Longoué-Béluse. Le fils aîné de Longoué, Melchior, devient quimboiseur et père de Liberté, aïeule des Celat, et d’Apostrophe. Fête des morts de la Toussaint et lignée rompue par la déportation, à l’origine des zombis. Stéfanise, fille d’Anne, est attirée par Melchior, puis Apostrophe, qui lui donnera papa Longoué.
Une des femmes arrivées avec celui qui sera Longoué a un fils du géreur Targin, et lui donne ainsi « une descendance par le nom », avec un lopin en propriété, La Touffaille. Il y a au milieu du livre un passage très fort sur le nom, la dénomination :
« "Parce qu’ils y tenaient, à leurs noms. Ils acceptaient bien que tu portes un nom, à condition qu’ils te le donnent. S’ils avaient décidé pour La-Pointe, va donc leur faire admettre que tu veux Longoué, à cause que Longoué est comme un dongré de farine bien pris dans le bouillon de crabes, et raide comme un bois-campêche. Va leur faire admettre ! Que ton nom est pour toi, choisi par toi ? Ils n’acceptent pas !" Sauf s’ils y trouvaient un plaisir particulier ; et c’est Marie-Nathalie par exemple qui ne voulut jamais qu’on appelât l’homme autrement que Béluse (ni Pierre ni Paul mais Béluse) et qui prenait un tel goût à rouler le mot dans sa bouche : Béluse. Car elle savait que le nom était né de sa propre bonne humeur, du rire qui gonfla en elle et qu’elle eut tant de peine à refouler quand ce géreur déclara : "C’est pour le bel usage, madame !" Et ce bel usage, qui devait en elle faire grossir une si belle folie, jusqu’au moment où elle ne put que se raccrocher à la seule et hypothétique fécondation dont elle avait passé commande, elle voulut pour commencer qu’il soit accolé à celui qui l’assumerait, et que l’homme du bel usage s’appelât en effet Béluse. Dans ces cas-là, oui, ils te tueraient plutôt que de t’enlever le nom, si dans d’autres cas ‒ quand tu osais en choisir un et décidais de le porter toi seul ‒ ils t’auraient tué pour te l’ôter sans retour. Ils décrétaient alors : "Il n’a aucun droit à porter un nom." […]
Ceux des hauteurs choisissaient leurs noms : on ne les appelait pas Tel ou Tel, on ne prenait pas l’habitude de les appeler, ils choisissaient et ils disaient à la ronde : "Voilà, c’est Tel mon nom." Tu vois la différence. Ils s’appelaient eux-mêmes, avant qu’on les appelle. »

Le thème est prolongé par l’onomastique farfelue des commis au recensement après l’abolition de l’esclavage, qui ne savent plus qu’inventer comme noms :
« Quand l’impudence était trop visible, ils s’amusaient à inverser les noms, à les torturer pour au moins les éloigner de l’origine. De Senglis en résulta par exemple Glissant et de Courbaril, Barricou. De La Roche : Roché, Rachu, Réchon, Ruchot. »

Une belle observation de la fascination pour la culture dominante, aisément transposable :
« Parce que depuis longtemps déjà la passion était née, s’était fortifiée, de tout ce qui arrivait d’ailleurs, d’au delà l’horizon ; et la confiance éblouie en tout ce qui, légitimement ou non, se proclamait l’émanation et la représentation de l’ailleurs. Comme si c’était un morceau miraculeux du monde qui venait chaque fois traverser en météore l’espace clos de l’ici. »

Dans l’histoire en contrepoint de ces deux lignées, ce roman constitue une réflexion sur la mémoire et le temps ‒ passé, présent et avenir du « pays » ; et le quatrième siècle c’est, en comptant depuis l’extermination des Indiens Caraïbes, l’époque d’un nouvel enracinement dans le terroir…
Le style alterne français châtié et créolismes, flux de conscience faulknérien et métaphores lyriques.
On y retrouve bien des éléments caractéristiques de l’écriture franco-antillaise à venir, notamment celle de Chamoiseau.
A propos, le dongré, ou dombré, est une boulette de pâte qui cuit dans les crabes de terre en matété, mais aussi les haricots rouges à l’antillaise ‒ au moins autant idoine que la queue de cochon dans ce plat !


Mots-clés : #esclavage #famille
par Tristram
le Sam 13 Avr - 0:56
 
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Sujet: Édouard Glissant
Réponses: 3
Vues: 137

Ngugi wa Thiong'o

Pour une Afrique libre :

Tag esclavage sur Des Choses à lire 41cnu310

Recueils de différents essais de l'écrivain, remaniés ou extraits de ses diverses interventions. Et donc pour thème commun l'avenir de l'Afrique. Sa propre prise en mains.
Il est à noter que Ngugi wa Thiong'o s'est d'abord fait remarquer en écrivant en anglais, puis il a décidé de renoncer à cette langue pour écrire kikuyu, sa langue "d'origine".
La question de la réappropriation de la langue est centrale chez lui, c'est uniquement ainsi qu'il voit un avenir libéré du poids du colonialisme pour le continent africain. Réinstaurer les langues locales et détrôner les langues des anciens dominants, il propose de les conserver pour communiquer entre différentes nations, mais dans son idéal elles n'ont plus leur place à l'échelon national. Ça semble logique, tant le passé est douloureux. Il préconise également un travail de mémoire sur la question de l'esclavage, et souhaite que les anciens colonisateurs assument cette part de l'Histoire. Sans travail de mémoire, point de deuil possible.

Vous l'avez compris, il s'agit d'un écrivain engagé, qui lutte contre l'impérialisme occidental, le néocolonialisme capitaliste. Avec sous le coude des réflexions de Frantz Fanon et Cheikh Anta Diop, notamment. Des réflexions également sur la question nucléaire, sur la question carcérale...

Il convient de préciser que "tribu", "tribalisme" et "guerres tribales", ces termes si souvent employés pour expliquer les conflits en Afrique, sont des inventions coloniales. La plupart des langues africaines ne possèdent pas l'équivalent du mot anglais "tribe", "tribu", avec ses connotations péjoratives dues à l'évolution du vocabulaire anthropologique de l'aventurisme européen aux XVIIIème et XIXème siècles. Ces mots sont liés à d'autres conceptions coloniales telles que "primitifs", "continent noir", "traces arriérées" ou "clans guerriers".


Un jour, j'ai visité le fort aux esclaves de Cape Coast, au Ghana. L'architecture m'a laissé une impression durable. Le bâtiment comptait trois niveaux. Les niveaux supérieurs abritaient le palais du gouverneur et la chapelle. Il y avait suffisamment de place pour une salle de bal et des réceptions de mariage. Les niveaux inférieurs de la même forteresse étaient l'endroit où les esclaves captifs attendaient d'être embarqués vers l'Amérique. Le palais et l'église étaient bâtis sur les tombes des esclaves. Ainsi, tandis qu'ils esclavageaient, les riches chantaient leur gratitude au Tout-Puissant, puis, tandis qu'ils gémissaient de la joie de l'amour charnel au lit, les esclaves gémissaient en attendant la délivrance. Les cris de plaisir en haut contrastaient avec les cris de douleur en bas, mais les deux n'étaient pas sans rapport. La splendeur d'en haut était bâtie sur la misère d'en bas. Aujourd'hui, le palais mondial est bâti sur une prison mondiale. La splendeur dans la misère - voilà la base de l'instabilité mondiale.



mots-clés : #colonisation #devoirdememoire #esclavage #essai
par Arturo
le Dim 6 Jan - 14:34
 
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Sujet: Ngugi wa Thiong'o
Réponses: 5
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Yaa Gyasi

No Home

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C'est un vaste tableau qui   présente huit générations sur deux continents : la descendance de deux sœurs ghanéennes du XVIIIème siècle, l'une vendue comme esclave aux négriers et partie en Amérique, l'autre vendue comme femme à un soldat britannique et restée sur place. C'est donc l'occasion d'embrasser l'entièreté des problèmes liés à la condition noire, africaine ou américaine, au fil des siècles, les liens qui persistent et essaient de se renouer.

Yaa Gyasi s'attache à un personnage à chaque génération, auquel elle consacre un chapitre, alternant Afrique et Amérique. Si l'écriture est assez basique, la construction  permet d'appréhender le « problème noir » dans une dimension d'évolution historique. C'est assez audacieux et si ce qui se passe aux USA nous a déjà souvent été rapporté dans d'autres romans, le côté africain avec se guerres fratricides, la participation des autochtone au commerce des esclaves, et plus riche en apprentissage pour le lecteur. L'auteur a une belle intelligence narrative et beaucoup de subtilité,  Il n'en demeure pas moins que cette méthode, où chacun n'a droit qu'à une « vignette » empêche qu'on s'attache aux personnages (ou frustre cet attachement). On regrette presque qu'au lieu de 14 chapitres on n'ait pas 14 romans.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #famille #historique
par topocl
le Mar 4 Déc - 14:13
 
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Sujet: Yaa Gyasi
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

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Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort…
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Toni Morrison

L'origine des autres

Tag esclavage sur Des Choses à lire 97822610

"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct - 11:02
 
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Sujet: Toni Morrison
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Emmanuel Dongala

Tag esclavage sur Des Choses à lire Sonate10

La sonate à Bridgetower

"Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, et son père, un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie. Arrivant d’Autriche, où George a suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher l’or et la gloire que devrait leur assurer le talent du garçon."

Emmanuel Dongala nous raconte l'arrivée d'un fils et son père, à Paris, à la veille de la révolution, puis leur départ précipité à Londres. Ces personnages auquels il redonne vie ont existé, le jeune enfant a marqué son temps par son talent, et ce roman , tout en restituant, sans doute très soigneusement, une époque, nous permet de mesurer la chance de ce destin individuel , au coeur des usages esclavagistes que l'occident pratique alors. Il nous y introduit via le regard paternel, puis dans une seconde partie, via le regard de l'enfant devenu jeune homme. Ce procédé donne la primauté à un ton doux, simple.

La langue de Dongala est  empreinte d'une sorte de fausse naïveté qui m'a rappelé les tons de lecture de mon adolescence, un roman à conseiller , donc, dés un jeune âge adulte.
Le plaisir musical accompagne la lecture, mais c'est je crois surtout l'aspect historique , bien planté, qui apportera aux lecteurs. En restant très concentré sur le parcours du duo familial, on apprend beaucoup pourtant, on imagine, en fait, très bien. Dongala sait planter l'image , en modeste manière, mais sûre. Il nous rappelle aussi que la société occidentale a su accueillir l'altérité culturelle, déjà à l'époque, et malgré l'omniprésence des à prioris, et rend hommage, aussi , au jeune Georges Bridgetower.

mots-clés : #creationartistique #esclavage #historique #revolution
par Nadine
le Dim 22 Juil - 18:29
 
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Sujet: Emmanuel Dongala
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Wilfried N'Sondé

Un océan, deux mers, trois continents

Tag esclavage sur Des Choses à lire Proxy_27

On est à la frontière du  XVIème  et du XVIIème siècle. A l'instigation des Portugais, et avec la complicité active des chefs locaux qui y voient moyen d’asseoir leur pouvoir et d'éliminer leurs contradicteurs, la traite des esclaves bat son plein.
Jeune Kongolais ordonné prêtre, Nsaku Ne Vunda rebaptisé Dom Antonio Manuel, plein de piété et de mansuétude, est envoyé par son roi au Pape comme ambassadeur. Le pape veut en tirer le bénéfice d'alliances au détriment des Portugais et  des Espagnols, le roi africain croit y gagner une reconnaissance à l’égal des puissants européens, et  Dom Antonio Manuel  est  persuadé qu'il décidera le pape, si pieux et plein de bonté, à interdire 'l’esclavage, rien que ça.

S'ensuit un long  voyage  pour rejoindre Rome, qui va le faire accompagner une cargaison d'esclaves au Brésil, se mettre sous la protection de pirates, être coffré dans les geôles de l'Inquisition espagnole.

Mi-roman historique (puisque le personnage est véridique), mi-roman d'aventure (dont on se demande une fois  de plus comment séparer le réel du fictif), Un océan deux mers trois continents trace un  portait un peu simpliste de cet homme naïf, aux larmes faciles et au destin original, emporté par l'Histoire. Au milieu des nombreuses péripéties, pas toutes originales, j'ai apprécié les éclairages plus didactiques sur la façon dont les puissants quels qu'ils soient servent leurs intérêts au détriment des petits, autorisant par leur arrogance les petits chefs à les imiter. Rien n'a beaucoup changé.




mots-clés : #aventure #esclavage #historique
par topocl
le Ven 13 Avr - 13:43
 
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Sujet: Wilfried N'Sondé
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Colson Whitehead

Underground Railroad

Tag esclavage sur Des Choses à lire 51z7g510

Colson Whitehead raconte la fuite de Cora, jeune esclave d'une plantation de Georgie. C'est une épopée romanesque puissante, aux multiples rebondissements, qui permet à l'auteur de tracer un portrait du Sud peu avant la guerre de Sécession. Il s'attache plus particulièrement aux esclaves marrons, ainsi qu' à ceux qui les aident (abolitionnistes les cachant et les convoyant,  organisés autour de fameux Underground Railroad ou Chemin de Fer Clandestins), ceux qui leur offrent un paternalisme déguisé, et ceux qui les traquent (milices et chasseurs d'esclaves).

Au fil des péripéties, on traverse les différents Etats du Sud, dont Whitehead nous révèle les singularités et les "raffinements" dans l'exécration de Noirs. C'est un récit aussi  attachant que révoltant, peuplé de figures fascinantes, dont l'écriture ne faiblit à aucune page, palpitant, qui sait en permanence trouver la bonne distance.

mots-clés : #esclavage #historique #xixesiecle
par topocl
le Sam 27 Jan - 21:06
 
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Sujet: Colson Whitehead
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Patrick Chamoiseau

Tag esclavage sur Des Choses à lire L_escl10

L'esclave vieil homme et le molosse
Les histoires d’esclavage ne nous passionnent guère. Peu de littérature se tient à ce propos. Pourtant, ici, terres amères des sucres, nous nous sentons submergés par ce noeud de mémoires qui nous âcre d’oublis et de présences hurlantes. A chaque fois, quand elle veut se construire, notre parole se tourne de ce côté-là, comme dans l’axe d’une source dont le jaillissement encore irrésolu manque à cette soif qui nous habite, irrémédiable.

D’un côté, un vieil homme esclave, seul dans son coin. Employé modèle, mystérieusement hiératique, tour à tour ignoré, craint ou vénéré par ses semblables. De l’autre côté, un propriétaire terrien et son chien molosse, dressé à poursuivre sans relâche ceux qui ont l'outrecuidance de s'enfuir, pris soudainement de ce fol appel de la liberté qu’on nomme "la décharge".
Ce que tous ignorent, c’est que la décharge, le vieil homme esclave l’a ressentie chaque jour de sa vie au plus profond de sa chair ; et qu’il l’a refoulée, impitoyablement. Se contentant de frôler quotidiennement la cage du molosse, en une confrontation qui ne disait pas son nom. Puis un jour, l’esclave vieil homme a cessé de résister à la décharge. Il s'est enfuit...

Ce livre est donc le récit d’une traque. Un molosse contre un vieillard. Mais l'esclave acculé n'est pas seul : des ombres tenaces l'accompagnent. Car son histoire, son esprit, sa chair même, sont les dépositaire de générations de souffrances, de terreur dans les bateaux négriers, de labeur sans fin, et de soirées de veillées, chants et tambours au coin du feu, histoire de ne pas mourir tout à fait… La vraisemblance n'est pas le propos de ce roman, qui nous plonge tout entier dans le domaine des sensations ; hallucinations, réminiscences, odeurs saturées de la jungle, corps arqué aux aguets... Confrontation à une nature hostile, avec un molosse aux trousses, un serpent tueur qui rôde, et la peur qui exsude par tous les pores.

Pour raconter cette drôle d'histoire, la langue de l’auteur se fait tantôt sinueuse et alanguie, tantôt tranchante comme une lame de machette, tchic-tchac, tantôt rugeuse, écumante, puis lapidaire comme le verdict des crocs du molosse. Une langue unique, constant mélange de français et de créole, dont je n’ai pas saisi toutes les nuances, mais au fond quelle importance, puisque ce court récit m’avait agrippée, et qu’il ne me lâchait plus. Un texte plus long m'aurait perdue en route, je le sais. Mais là, j'étais happée, comme aspirée. Paradoxalement, le style très écrit, très travaillé, semble directement issu des tripes de l’esclave vieil homme. Et comment rester insensible à ce cri de rage et d'espérance, à ce long sanglot d'une humanité opprimée, laminée, et pourtant encore debout...

Merci Tristram pour la découverte.

Rien ne remue alentour. Les arbres mâchonnent un fond d’éternité. L’air trop fermenté sédimente sur lui une petite peau gluante. Il entend un sifflement. Puis un autre. Puis un autre encore, usé par le lointain. Il en est pétrifié. L’Innommable. L’Innommable. Il ne sait plus si les crocs mortels s’acheminent vers lui, ou s’ils naissent des fièvres de son esprit. Il attend. Se forçant au calme. Guettant cette placidité mortuaire, peaufinée durant tant d’années. Il se sent installé dans sa chair. Ses muscles tressautent d’énergie en tumulte. Vivant, comme l’ivresse. Un arrière-bout de courage lui vient. Il se met à écouter. Et c’est là, exact, que la peur resurgit.



mots-clés : #esclavage #nature
par Armor
le Dim 3 Déc - 5:30
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Sylvain Pattieu

Et que celui qui a soif, vienne

Tag esclavage sur Des Choses à lire Images34

Trois navires fendent les eaux de l'Atlantique: un négrier qui livre sa "marchandise" arrachée aux côtes africaines, un galion français qui emmène une cargaison de femmes de petite vertu au bagne, un puissant navire richesses à revendre au prix fort aux antipodes. Seulement, voilà, on est aux temps où tout est aventure. Mutinerie, rébellion, attaque pirate, nos trois navires passent aux mains des pirates. Les puissants sont tués, punis ou chassés, les biens sont pillés, un nouvel équipage s'organise selon les allégeances de chacun. Une société qu'on qualifierait aujourd'hui de multiraciale, multiculturelle et multicultuelle s'organise, utopie vivante et farouche, jurant fidélité à la liberté, l'égalité, l'honneur. Le plaisir et la filouterie ne sont pas oubliés. L'amitié et l'amour en sont les fondations.
Évidemment marchands et armateurs n'ont pas dit leur dernier mot et c'est  l’occasion d'une lutte fratricide, un frère et une sœur ayant chacun choisi son camp.

Vous avez fait de la mer et la terre votre monde, votre lieu où circuler, vous l'avez parcouru. Inlassablement. Vous avez pris ce que d'autres ont volé. Vous l'avez partagé. Vous n'êtes pas restés enfermés. Vous n'êtes pas restés isolés. Vous avez levé les états de siège. Brisé les chaînes et les barrières. Mis les fouets hors d'état de nuire. Vous avez plus aimé vivre que la mort malgré le crâne sur votre drapeau. Vous n'avez pas respecté les frontières. Vous ne vous êtes pas laissé dire qui doit être d'un côté et qui de l'autre. Vous avez choisi votre place.
Vous avez propagé ce mot de
pirate. Il n'y a pas un lieu, pas un sur terre, où votre nom n'est parvenu, où votre nom n'a surgi. Dans le monde entier, pour des siècles.


C'est beau et palpitant, non comme un camion,  mais comme un galion battu  par les flots : comme un roman d'aventure qui fait chaud au cœur . On vibre, on prend fait et cause, on s'attache, on espère.

Sylvain Pattieu ne dirige pas un  master de création littéraire pour rien: il tire avec magie les ficelles complexes de cette histoire à trente têtes, sans que jamais on s'emmêle, le cœur battant pour chacun, ses combats, ses fantômes. La narration est brillante, enjouée, emportée. Le style du conteur est vraiment singulier,  faisant un sort très curieux, plein de noblesse, aux articles et à certaines virgules.


(j'ai moins aimé, comme son père,  les encarts qui parlent de l'histoire familiale de l'auteur, de la maladie de sa mère : je les ai trouvés soit trop rares et de ce fait disparates, soit inutiles dans cette histoire - inutiles pour le lecteur, je veux dire, mais certainement indispensables à l'auteur. C'est vite pardonné.).

L'histoire raconte la naissance de la mondialisation, et si l'on peut croire aujourd'hui qu’elle est devenue inéluctable, il s'avère qu'en ces temps reculés, le mal était déjà fait. Face à la puissance des nantis, l'enthousiasme des rebelles offre de beaux espoirs, mais cela ne suffit pas. On l'a compris depuis longtemps, mais cela fait de bien belles histoires.

mots-clés : #aventure #captivite #esclavage #historique
par topocl
le Jeu 9 Nov - 16:43
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Dominique Fortier

La porte du ciel

Tag esclavage sur Des Choses à lire Captur32

Quand elle comprit qu'elle avait affaire à des hommes plutôt qu'à des revenants, sa terreur grandit.


Quand Eleanor avait huit ans, son père, le docteur McCoy, ramena à la maison une jeune noire du même âge, rachetée pour lui éviter le fouet, rapidement rebaptisé Eve. Les deux fillettes grandissent côte à côte, dans cette famille plutôt libérale, dans le Sud où se déchaine al guerre de Sécession . La jeune noire n'est ni vraiment libre, ni vraiment esclave, la jeune blanche alternativement amicale et rejetante. Cette dernière se marie de façon conventionnellement arrangée, et toutes deux partent ensemble dans une plantation lointaine.


L'histoire est  assez plate, ressemblant plus à une chronique, d'autant que l'auteur gomme consciencieusement toute expression de sentiment et que les quelques rebondissements ne sont pas vraiment inattendus. L'auteur attache par son style, élégant, le plus souvent entaché de noblesse, parfois plus convenu.

Sentant sans doute que tout cela un peu maigre, Dominique Fortier glisse quelques astuces d'écriture : quelques chapitres la première personne au sein d'un discours indirect, quelques considérations plus générales (mais bien effleurées ) sur la Guerre de Sécession, et cinq descriptions, rythmant le texte,  de courte-pointes cousues  par les femmes dont c’est le seul mode d'expression, qui me sont restées totalement incompréhensibles, mini-textes abstraits au sein de l'histoire, métaphore sibylline  du fait que toute histoire est, comme les courtepointes, un assemblage personnel d'éléments disparates se donnant sens les uns les autres.

Il en ressort un récit qu'on suit avec un agrément paisible, mais qui ne connaît pas d'intensité,  comme on lirait une histoire déjà entendue racontée par une voix nouvelle.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #xixesiecle
par topocl
le Dim 10 Sep - 9:46
 
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Sujet: Dominique Fortier
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Hannah Crafts

Tag esclavage sur Des Choses à lire 51rtb412

Autobiographie d'une esclave

ce livre est, apparemment, le premier écrit par une esclave afro-américaine ; le manuscrit retrouvé a été acheté par un enseignant d'Histoire Afro-Américaine qui après maintes recherches, aidé en cela par d' autres spécialistes, a pu en établir la véracité.

C'est surtout pour la valeur de témoignage qu'il constitue que vaut ce livre, car évidemment l'écriture est celle d' une ex-esclave qui s'était surtout instruite (après qu'une âme charitable, punie d'ailleurs car cela était interdit d'instruire un esclave, lui ait appris les rudiments de l'écriture et la lecture) à la lecture des livres empruntés dans la bibliothèque de l'un de ses maîtres.

Le récit est romancé, et  le lecteur en est informé "Robbins releva également d'autres exemples d'influences, d' emprunts, d'appropriation. Hannah Crafts avait largement puisé dans la littérature anglaise et américaine, agissant un peu comme une pie, et parfois aussi, il faut bien le reconnaître, comme un perroquet."
"Cette façon peu orthodoxe d'extraire des passages d'autres romans pour les placer dans le sien, souvent de manière arbitraire, reflète son statut d'ancienne esclave illettrée, ignorante des conventions et des règles gouvernant paraphrases, citations et attributions. Un auteur blanc issu de la classe moyenne n'aurait probablement pas fait preuve d'une telle naïveté."

Le lecteur reconnait les accents de vérité dans ce récit,  des ajouts romancés. De plus le statut de cette esclave est celui d'une esclave " d'intérieur" qui côtoie donc les maîtres ; rien à voir avec les esclaves d'extérieur.

Hannah est très lucide sur la situation des esclaves et son sentiment est révélateur des choix qu'elle pouvait faire, sa 2ème fuite est ainsi décidée car le régisseur veut qu'elle s'unisse avec l'un des esclaves.

extraits :

"Entre la maîtresse et l'esclave existe une liberté qu'on ne trouve probablement nulle part ailleurs. Une femme du Nord eût sans doute frémi à la seule idée de confier une histoire personnelle à un représentant de ma race et de ma condition, alors qu'une telle pensée n'effleura même pas Mme Wheeler."

"Le plus grand fléau de l'esclavage est son caractère héréditaire. Le père lègue à son fils un héritage de labeur et de misère, ainsi que sa place sur la paille fétide dans un recoin répugnant, sans espoir ni possibilité d'améliorer son sort."

"Le mariage, comme bien d'autres bénédictions, était à mon avis conçu pour les êtres libres, une institution que toutes les victimes de l'esclavage auraient dû éviter car elle contribuait à perpétuer le système. "

(commentaire récupéré)


mots-clés : #esclavage
par Bédoulène
le Lun 5 Juin - 9:38
 
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Sujet: Hannah Crafts
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Yaa Gyasi

Tag esclavage sur Des Choses à lire 97827010

No Home
Ce premier roman de Yaa Gyasi est l'aboutissement d'un projet particulièrement ambitieux, puisque la trame de No Home se développe sur trois siècles d'histoire, entre le Ghana et les Etats-Unis. La séparation de deux demi-soeurs au moment de la traite négrière précipite une coupure géographique, et l'écriture cherche alors à créer un lien, un écho entre ces récits qui se fragmentent pour mieux saisir l'ampleur d'une lutte pour une survie, pour un avenir, pour une reconnaissance personnelle et sociale.

Yaa Gyasi évoque la trace honteuse laissée par l'esclavage avec beaucoup de rigueur et de recul. Son attention au quotidien de villages ghanéens à la fin du XVIIIème siècle lui permet aussi de souligner l'impact d'une violence économique qui dresse l'être humain contre l'autre, à travers une manipulation collective.

J'ai été sensible à une écriture d'une grande force dramatique, malgré une réserve sur la structure de l'ouvrage. Yaa Gyasi choisit, afin d'établir une progression temporelle, de centrer chaque chapitre autour d'un personnage qui révèle une partie d'une généalogie familiale. Ce pari est audacieux mais les épisodes semblent parfois trop distants, trop heurtés et No Home manque parfois de cohérence.



mots-clés : #esclavage
par Avadoro
le Dim 30 Avr - 22:42
 
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Ernest Gaines

Tag esclavage sur Des Choses à lire 51i39q10

D'amour et de poussière


Original: Of Love and Dust (Anglais/E.-U. 1967)

CONTENU:
Présentation de l'éditeur a écrit:Une plantation aride de Louisiane, théâtre de tous les déchirements. C'est là que se nouent les amours du contremaître cajun Bonbon et de Louise, une esclave noire. Et celles, plus coupables encore, du farouche Marcus, tout juste sorti de prison, et de Louise, la femme blanche du contremaître. Sous le regard réprobateur de toute une communauté, tabous et non- dits volent en éclats. Mais comme dans une tragédie antique, leurs destins prendront peu à peu valeur d'exemple.


REMARQUES:
Le roman est divisé en trois grandes parties de 22,17 et 16 chapitres. Vu la longeur du roman, alors des chapitres assez courts.

C'est sur une plantation non loin de Baton Rouge, la capitale de la Louisiane, qu'atterrit un jour de 1948 le jeune Marcus, homme de couleur: il fut libéré sous caution, en attendant son procès, et le Maréchal l'emploie alors comme ouvrier peu couteux sur son exploitation de coton, de maïs etc. Sur l'ordre du Maréchal le cajun Bonbon, le contre-maître, prend Marcus dans son viseur, le prend durement. Bonbon, tout en étant marié avec Louise, vit alors une relation avec la belle Pauline. C'est d'abord pour se venger pour les humiliations que Marcus va essayer de s'approcher de Louise qui s'ennuie tout seule dans la maison.

Le narrateur est James „Jim“ oder Jime Kelley, mécanicien et conducteur de tracteur. C'est lui qui est demandé d'accueillir Marcus dans sa maisonette dans „les quartiers“, et que la marraine du jeune garçon demande de bien vouloir jeter un coup d'oeil bienveillant sur son filleul. Difficile, car celui-là vient comme enfant de ville, si possible avec chaussures cirées et chemise en soie, en recherche d'une fille facile et après avoir tué pour pas grande chose un concurrent.

Raconté par Kelley, celui-ci n'a pas vécu tous les événements relatés: donc il doit récourir à la citation, à ce qu'il a entendu etc. Cette technique rend des fois la narration un peu compliquée ou même construite (artificiellement). Mais cela n'empêche pas en général une narration avec des vrais coup de génies, comme par exemple une récolte des épis de maîs qui est narrée sur pas mal de pages: on essaie de mâter Marcus en augmentant lentement le rythme de la vitesse de récolte. Ou il y a cette beuverie et bagarre mémorable dans une hutte entre la moitié des gens du quartier...

Mais l'essentiel du récit est l'atmosphère d'une époque où l'esclavage avait bel et bien disparu, mais ou un esprit de séparation de classes et de races domine encore tout. Dans le centre d'intérêt on trouvera la juxtaposition d'un coté de la relation plus que charnelle (tolerée), mais même d'amour entre Bonbon et Pauline et, d'autre coté de cette relation naissante d'abord d'un acte de vengeance, mais qui se transforme en histoire d'amour entre la „blanche“ Louise et le „negro“ Marcus. Et là, franchement, c'est l'interdit absolu! On se trouve dans le grand sud, et seulement d'envisager une fin de ce tabou est impossible à s'imaginer. Et pas seulement pour la population blanche, non, aussi pour les gens de couleurs eux-mêmes. Marcus suscite ainsi la peur!

Et pendant presque toute la narration domine cette impression du tranquillement admis d'un coté, et de l'impossible de l'autre. Jusqu'à ce qu'à la fin des questions se lèvent...

Mais quel courage faudrait-il pour vaincre les tabous intérieurs, les anciens peurs? Reste un énorme impression d'un drame, oui, d'une tragédie: les personnes, Blancs et Noirs, sont des prisonniers d'un système et chacun dans sa part un pion dans les manigances d'autres. Et où en est la liberté?

Un roman à des multiples facettes qui va plaire aux amateurs de la bonne littérature du Sud des Etats-Unis, et spécialement à ceux qui ont déjà fait connaissance d'Ernest Gaines. Il évite l'unilatéralité, et voit derrière les choses simples la complexité de l'homme, mais derrière les questions apparemment si insolubles aussi les réponses simples, même s'ils sont pas encore universellement admises...

Splendide!


mots-clés : #esclavage
par tom léo
le Mar 11 Avr - 7:36
 
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Sujet: Ernest Gaines
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Patrick Chamoiseau

L'Esclave vieil homme et le molosse

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Venant de relire ce roman (récit plutôt ?), racheté par oubli de l’avoir déjà lu, il me servira d’introduction à l’œuvre d’un auteur dont je peux affirmer sans gros risque de me tromper qu’il est un des plus grands écrivains francophones de notre époque. Son écriture, d’une forte originalité mais puissamment enracinée dans l’héritage créole (oralité, merveilleux), le place dans la lignée de Rabelais (dixit Milan Kundera ‒ il semble que les deux auteurs se fréquentent) ; elle participe beaucoup de ses racines, l’antan, mais s’engage résolument dans une invention créatrice forte.
Sa prose lyrique de « Marqueur de paroles » est truffée d’heureux créolismes qui n’entravent pas la lecture, surtout si on a le français désuet en mémoire, à défaut des créoles issus du français ; je conseille cependant de recourir à un dictionnaire de martiniquais, comme Potomitan, pour en tirer tout le jus.
Mon coup de cœur initial a été Texaco ; je recommande aussi ses textes sur l’enfance.

Cet ouvrage relativement bref, rythmé en sept cadences, porte sur l’esclavage, ce topos obsédant des Antilles-Guyane : l’esclave vieil homme, au terme d’une vie de servitude à l’apparence placide mais secouée de « décharges » cachées (coups de folie, crises de révolte, impulsions de fuite), marronne finalement, et le Maître-béké de la plantation lâche sur lui son monstrueux molosse, un peu son double (qui a subi le même traumatisme du voyage en cale sur la mer haïe). Course aveugle et hallucinée dans les Grands-bois du vieil homme qui fut esclave. Rencontre terrible avec l’Innommable ‒ la bête-longue (serpent) ‒, avec un trou d’eau, une pierre gravée caraïbe. Vécu du flair du féroce poursuivant, tandis que le maître tente de suivre, conquérant livré à lui-même et au doute. Cela se termine par des os (en filigrane dans tout le récit), témoignage et genèse…

Cadences 3. « Eaux » a écrit:« Le noir, inconsolable, lui divulgua la texture de l’humus, les âges enchevêtrés, les eaux reines, la force pensive des troncs, l’allant d’une sève au secret des présences végétales. Cette indistinction s’alimenta d’une profusion portée d’un seul élan. Et élan désormais le soutint »
« Il écouta pour tout de bon le faux silence du sol, les grouillements d’herbes-champignons, le fouissement des racines, les ahans denses des roches, le clair des sources diffus comme des soupirs de cuivre. »


Cadences 4. « Lunaire » a écrit:« Des variations infimes sollicitèrent son derme : l’aura terreuse des grands arbres ; l’aigu raidissant d’un tombant de clarté ; l’aisselle océane d’une ravine ; le silence momifié où des fougères exhalent l’odeur de la mort éternelle et de la vie têtue. »
« Rien ne remue l’autour. les arbres mâchonnent un fond d’éternité. L’air trop fermenté sédimente sur lui une petite peau gluante. […]
Que l’omnisciente prière des grands arbres, la respiration des broussailles, la tremblée des insectes. Des germinations nouées au silence immuable. »



mots-clés : #esclavage #nature
par Tristram
le Mar 24 Jan - 17:05
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Félix Couchoro

Félix Couchoro
(1900-1968)

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Félix Couchoro (Ouidah, Bénin, 1900 - Lomé, 1968) est un écrivain togolais.
Il étudia dans une mission catholique et fut professeur d'une école catholique. De plus, il fut éditeur de différentes publications.

(wikipedia)

Bibliographie

L'Esclave, 1929
Amour de féticheuse, 1941
Drama d'amour à Anecho, 1950
L'héritage cette peste, 1963


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Tag esclavage sur Des Choses à lire Captur43

L’esclave

L’introduction  (de Yves-Emmanuel DOGBE) est très intéressante pour situer l’auteur dans la Littérature négro-Africaine et pour cette précision :

« La naissance de la littérature négro-africaine fut tributaire de l’action missionnaire, qui dota les premières élites africaines de l’usage de la langue française (aussi de l’écriture de certaines langues locales) et de l’instruction suffisante pour écrire un livre. On conçoit que leurs témoignages ne sauraient être que de gratitude, d’autant que la Mission elle-même les sollicita pour apprécier aux yeux du monde l’importance et le bien-fondé de l’implantation du christianisme en Afrique. »

La préface de l’auteur évoque  le fleuve fétiche « Mono » de manière très poétique ; fleuve sur lesquelles rives  ont pris position et possession deux peuples  européens (les Germains et les Gaulois selon les termes de l’auteur) .

                                                   
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Résumé : Akoéba se marie avec  Komlangan  en grandes fastes et s’acquitte honorablement de sa place de dernière  et jeune femme.  Cohabitent dans la maison les autres femmes de Komlangan avec leurs enfants et son frère Mawoulawoé  et son épouse.
Mawoulawoé n’est pas le frère de sang de Komlangan, il était un jeune esclave quand le père de Komlangan  l’a acheté. Il vécut de la même façon que son « frère », mais à la mort du père les revendications de Mawoulawoé  indisposèrent Komlangan qui  lui opposa un refus.
Akoéba  et Mawoulawoé s’aimèrent, découverts ils n’hésitèrent pas à éliminer les gêneurs, il fallait que l’honneur fut sauf.
Le remord alors les fit se haïr, mais un fruit était né et Akoéba , veuve ne sû résister à l’homme, devenu à son tour le « maître ».
Le fils ainé de la première femme de Komlangan  Victor revient après plusieurs années d’absence et  prend possession de l’héritage qui lui revient, après avoir eu connaissance des évènements tragiques qui ont bouleversé la maison et de la responsabilité de Mawoulawoé  « son oncle ».
Avec la sage et clémente conduite de Victor qui s’apitoie sur le sort d’ Akoéba et même sur celui de « l’esclave »  la maisonnée renoue avec une vie agréable.

Extraits : « Battre le tambour est tout un art qui a ses maîtres, car ce cuir tendu sur un billot de bois creusé est un être que l’on fait parler, une espèce de télégraphe, transmetteur de nouvelles d’un village à un autre. »
« C’est que le tam-tam parle, et parle de vous ; c’est une suite de louanges qu’il vous adresse, c’est de vos ancêtres qu’il parle en termes élogieux ; c’est souvent aussi une litanie de choses mortifiantes, désagréables qu’il  vous décerne et seul  l’entendent le joueur et les quelques initiés se trouvant là. »

« Ces fantômes le poursuivaient  le jour, le harcelaient la nuit.
Plus de repos.
La hantise devenait une obsession.
Dès qu’il se retrouvait seul, l’idée fixe, à l’affût, près de son cerveau malade, s’y précipitait. Les deux fantômes se montraient menaçants. L’  homme se surprenait à parler. Souvent, il se livrait à des soliloques qui absorbaient toute son attention. »


« Non ! demain, après-demain, la semaine prochaine, le mois suivant, l’année prochaine, tout ce chaos d’évènements, de choses qu’on nomme le futur, tout cet abîme insondable se cache sous le voile sombre dont se couvre l’hallucinant fantôme : l’Avenir ! »

C’est donc l’histoire d’une famille aisée vivant dans un petit village de la brousse sur la rive du Mono  dans laquelle va se dérouler un adultère, mais ce n’est pas un vaudeville. Dans cette région d’Afrique la morale est rigoureuse et  l’adultère prend des accents dramatiques.  Toutes les passions humaines  sont aiguisées.

L’auteur s’adresse 2 ou 3 fois au lecteur, l’incluant ainsi dans l’histoire en témoin des évènements.

Le lecteur est plongé dans les codes, les rythmes  de cette Afrique noire, il assiste subjugué à  ces chants ces danses, ces violences et ces passions.

L'écriture est limpide, mais je ressort toutefois de cette lecture avec un manque, sans savoir le définir même si elle m'a intéressée.




mots-clés : #esclavage #famille #traditions
par Bédoulène
le Sam 31 Déc - 16:55
 
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Sujet: Félix Couchoro
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