Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 17 Juil - 15:49

96 résultats trouvés pour biographie

Guy Goffette

Verlaine d’ardoise et de pluie

Tag biographie sur Des Choses à lire Verlai10

Dédiée à Jacques Réda, voilà une suite de six textes à propos de la vie de Verlaine.
Un pays sur la route fait référence au poème Va ton chemin et a pour thème la marche-cheminement du poète, au moment de son agonie. Celle-ci sera le fil conducteur des textes :
« On dit que la mémoire, avant de tourner la page, dresse encore sa table des matières et trace un vivant résumé. Toutes les scènes marquantes sont reprises et serrées comme un poing. Le film se déroule au ralenti dans le temps d’un éclair. C’est l’heure où les aveugles voient, où les sourds entendent, et Caïn même, au fond de sa retraite, a beau se fermer les yeux, il voit ce qu’il a fui. »

Les bocals sont ceux où sa mère conservait ses trois aînés mort-nés, comme un répons visionnaire de ses trois amours, Elisa, Arthur, et Lucien (la cousine-grande sœur, « l’ange dromomane »-« homme aux semelles de vent », le protégé-fils adoptif).
Une infusion de Verlaine, c’est celle qui tua son grand-père apoplectique, poivrot invétéré ‒ bon sang ne saurait mentir…
« Parce qu’un vieux fond de mélancolie (d’où tenu ?) l’a traîné sur des chemins de fortune et jeté dans les bras de mille fées vertes sans vergogne. »

La mort de la vierge, c’est la Saskia de Rembrandt, que Verlaine reconnaît en Mathilde sa future épouse ; et la « vierge folle », c'est aussi Verlaine avec « l'époux infernal »...  
De schiste et de pluie : l’incipit, déjà, évoquant l’ardoise sous la pluie, renvoie à l’Ardenne, région originaire pour Verlaine et l’auteur :
« Le schiste est un soleil refroidi, enfermé dans la pierre. C'est une fleur aussi, plusieurs fois millénaire, quelque chose entre le coquelicot et le chardon, en plus éteint, mais qui s'irise encore à certaines heures du jour, les plus fragiles. Au petit matin, par exemple, et à l'entrée du soir. »

La Maison des couleuvres : comme une fidélité définitive, au bout de la route, au pays d’origine...

A la lecture de cette biographie poétique qui se réfère sans cesse à l'œuvre de Verlaine, mais aussi de Rimbaud, j’ai rapidement songé à Michon, pour le thème comme pour le style.


Mots-clés : #biographie #poésie
par Tristram
le Lun 8 Juil - 22:58
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Guy Goffette
Réponses: 14
Vues: 492

Vassili Peskov

Les ermites de la Taïga

Tag biographie sur Des Choses à lire 41suby10

Original : «Таёжный тупик» (1990)

" Dans ma longue vie de grand reporter, dit Vassili Peskov - qui travaille depuis plus d'un demi-siècle pour le même quotidien moscovite, la Komsomolskaya Pravda -, j'ai pu côtoyer de près des célébrités hors pair qui m'ont beaucoup impressionné. Je pense entre autres au maréchal Joukov, au cosmonaute Youri Gagarine, au savant voyageur Thor Heyerdahl... Mais la personnalité la plus intéressante que j'aie connue, la plus fascinante, la plus attachante aussi, reste à mes yeux celle d'Agafia Lykova. " Née en 1945 dans la forêt sibérienne, Agafia est la dernière survivante de la famille Lykov, retirée loin de toute habitation depuis 1928 (1938 selon d’autres sources ?) dans la taïga pour une incroyable robinsonnade d'un demi-siècle, puis " découverte " en 1978 par un groupe de géologues. Depuis 1982 Vassili Peskov rendait régulièrement visite à Agafia et révéla l'aventure dans ce premier livre qui fut « Ermites dans la taïga » (publié en 1990), qui s'achève sur le désir d'Agafia de continuer à vivre solitaire et en autarcie.

Mais tout cela ne fut pas un pur accident, et il est à croire que la famille Lykow avait cherché pour des bonnes raisons la solitude et la réclusion. Appartenant au groupe des vieux-croyants, église schismatique issu du « Raskol » du 17ième siècle, ils ont probablement fui les persécutions de Staline. Peut-être ce livre fascinant qui nous rappelle nos désirs de Robinsonade et d’autarcie (légèrement idéalisée !), met l’accent sur la vie, oui, la survie dans des conditions simples. Aussi nous accompagnons Agafia dans ses « premiers » contacts avec le monde extérieur, dans un voyage, ses prises de conscience du monde vaste. Mais tout cela ne devrait pas faire oublier que cette famille n’a pas juste vécu ce que certains puissent considérer comme un calvaire, mais qu’ils ont fait un choix de vie très fort et exigeant. Ils se sont reposés sur une foi quasiment inébranlable qui n’avait pas besoin de beaucoup. C’est à se demander comment on peut vivre une telle isolation, solitude ? Comment se fait le contact avec le monde extérieur ? Est-ce qu’alors une telle vie peut (aussi !) rendre un sens à l’existence, voir rendre heureux?

Une lecture fascinante à travers laquelle on s’attachera à Agafia…

Et voici une photo d’elle :
http://sarawastibus.files.wordpress.com/2010/04/agafia1.jpg



Mots-clés : #biographie #solitude #temoignage
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:23
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Vassili Peskov
Réponses: 13
Vues: 153

Laetitia Colombani

Les victorieuses

Tag biographie sur Des Choses à lire 41hmle10


Le récit de ce livre se déroule en alternance à notre époque et en 1925/26.

Solène est avocate en pleine déprime pour avoir assisté au suicide de son client suite à sa condamnation et qu'elle est déjà éprouvée par l'abandon de son compagnon.  Son médecin lui conseille de faire du bénévolat, pour sortir de soi, car elle n'envisage plus de retourner au cabinet d'avocats. une annonce attire son attention :

« Mission d’écrivain public. Nous contacter.
A la lecture de l’annonce, Solène est parcourue d’un étrange frisson, Ecrivain. Un mot seulement, et tout lui revient.
A l’adolescence elle rêvait en secret de devenir écrivain. Elle s’y voyait déjà, assise à un bureau sa vie durant, un chat sur les genoux comme Colette, dans une chambre à soi telle Virginia."


Elle prend donc rendez-vous avec l’association « la plume solidaire », elle a les compétences requises ; elle devra donc 1 heure par semaine assurer une permanence au « Palais de la femme », en fait un foyer pour femmes,  lequel se situe dans un quartier défavorisé, elle sera donc l'écrivain public  pour les résidentes.

Maladie, addictions, surendettement, handicap, migrantes « toutes savent la violence, l’indifférence. Toutes les femmes du foyer  se tiennent à la lisière de la société. Solène se transformera à leur contact ; elle recevra les confidences de certaines et elle sera acceptée. La misère physique, morale, sociale lui sautera aux yeux, sans fard. Elle s’engagera, transformée  par sa mission au foyer qui sera son initiation à la réalité de cette misère aux multiples visages,  langues, religions.
« Le voilà le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie. »

Son premier grand succès s’appellera Lily, une SDF qui’ elle voyait tous les jours, devant la boulangerie et qu'elle sortira de la rue.

1925/1926 :

« Et vous ? Qu’allez-vous faire de votre vie ? lance-t-elle à Blanche. La jeune fille est saisie. Ces mots résonnent en elle comme une voix claire dans une cathédrale ; Comme un sursaut. Comme un appel. Ils font écho à cette phrase d’un texte entendu au temple, qui l’a intriguée : Quitte tout et tu trouveras tout. »

Blanche Peyron sera l’une des premières « Salutistes » française, porteuse des trois S « soupe, savon, salut »
C’ est la devise sous laquelle le pasteur William Booth fonde l'Armée du salut.

« La petite mondaine » comme on la surnommait,  s’engage dans l’Armée (du Salut créée par William Booth). Elle va intégrer l’Ecole militaire de Paris.  En cette année 1925 à Paris, les salutistes sont conspués, rejetés, la ville est catholique et cette armée de protestants n’est pas bienvenue.

Blanche et son mari Albin seront des Salutistes actifs, ils participeront à la création de plusieurs structures en faveur des nécessiteux Femmes et Hommes de toutes religions, nationalités….. : Le Palais du Peuple, le Refuge de la Fontaine au Roi, l’Armoire du Peuple, la Soupe de minuit….

Il en a fallut du courage et de la détermination aux premiers Salutistes mais  Blanche en avait pour tous et avec le soutien indéfectible d’Abin son mari elle arriva à créer ce qui lui tenait le plus à cœur : le Palais de la Femme.

« Pour plaider la cause des démunis, Blanche ne recule devant rien. Elle s’improvise journaliste, chanteuse de rue, oratrice. Elle déambule en femme-sandwich pour vendre la revue de l’Armée, dont elle devient rédactrice. Elle joue de la guitare, du tambourin sur les boulevards […] On a besoin de tout et tout de suite ! «

***

A travers la vie de Blanche Peyron et avec celle de fiction de Solène, l’auteure rend un vibrant hommage à ces « Victorieuses » ces femmes qui se sont battues pour les autres femmes. De beaux portraits de femmes !

1925 : c’est Blanche Peyron qui s’engage, 1954 c’est l’appel de l’Abbé Pierre,  1985 Coluche créé les Restos du Cœur, de nos jours, le Droit au logement,  l’association Utopia et tant d’autres oeuvrent pour les démunis, les rejetés……….

La condition féminine se révèle : l'interdiction aux femmes de posséder un compte en banque, le port du pantalon etc...

La misère toujours. Mais toutes ces femmes qui sont dans le Palais, dans des Foyers sont aussi des victorieuses car malgré ce qu’elles ont subies elles sont encore en vie et beaucoup gardent l’espoir.

C’est une lecture émouvante et nécessaire. Nul n’est à l’abri ! L' aumône quel mot humiliant !


le Palais de la Femme :
Tag biographie sur Des Choses à lire Palais10

le couple Peyron :
Tag biographie sur Des Choses à lire 92565711





Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #social
par Bédoulène
le Lun 27 Mai - 20:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Laetitia Colombani
Réponses: 8
Vues: 139

Colum McCann

Danseur :

Tag biographie sur Des Choses à lire Danseu10

Des forêts de l'Oural aux clubs de l'underground new-yorkais en passant par Leningrad et les hauts lieux de la jet-set internationale, un roman flamboyant porté par une écriture âpre et riche où se dessine une somptueuse histoire d'amour, d'art et d'exil.

En 1944, dans un hôpital soviétique, Rudik, six ans, danse pour son premier public : aucun des soldats mutilés n'oubliera cet instant éblouissant... Dès lors, ce fils de paysan sait. Il sait qu'il ne reculera devant rien : mentir à sa mère, braver la colère du père, endurer brimades et humiliations. Pour danser comme il le doit, il ira jusqu'à s'exiler à jamais.
Travailleur acharné, obsédé de beauté et de perfection, Rudik fascinera tous ceux qui croiseront sa route, leur offrant le sentiment d'avoir côtoyé un ange ou un démon, un vrai génie, un monstre de sexe et d'excès.

Une icône du xxe siècle : Noureïev.

Présentation de l'éditeur.

Il y a longtemps que je voulais lire ce livre : un récit sur un personnage hors du commun et un écrivain qui sait nous emporter.
Je remettais et ces derniers temps, comme on me parlait beaucoup de l'URSS du xxième siècle, je me suis dis que c'était le moment !

Et j'ai fait une très belle lecture.

Fascinée par la vie de Noureiev , l'écriture de Colum McCann m'a littéralement captivée.
Ce petit garçon qui, par la danse, va connaître une vie exceptionnelle, vie qui le consumera et dans laquelle il se jette avec toute la fougue des premières découvertes...

Mais la richesse de ce roman tient également aux personnages secondaires que Colum McCann nous fait vivre avec force détails.
J'ai particulièrement aimé la famille D'Anna, la première professeur de Rudik - son mari, relégué, lui lit de la poésie chaque soir drunken avant qu'elle ne s'endorme - et cheminer auprès d'eux au fil des pages m'a donné envie de mieux connaître ce pays dont on me parlait depuis un moment et m'a mis un autre livre dans les mains...

C'est cela une belle lecture : celle qui a le pouvoir d'en susciter une autre !

Merci Monsieur McCann pour l'émotion.



Tag biographie sur Des Choses à lire Nourei10



Mots-clés : #amour #biographie
par kashmir
le Dim 12 Mai - 18:59
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Colum McCann
Réponses: 8
Vues: 400

Felix Timmermans

La harpe de Saint François

Tag biographie sur Des Choses à lire Cvt_la10
Titre original: De harp van Sint Franciscus, paru en 1933, roman, 245 pages environ, 15 chapitres, traduction et avant-propos par Camille Melloy.


Que l'exercice de l'hagiographie soit particulièrement ardu, le fait est peu contesté.
Histoire, peut-être, d'ajouter encore de la difficulté, Timmermans choisit celle d'un des saints les plus notoires, l'un de ceux dont l'intercession est toujours invoquée avec la même constance depuis des siècles, et sur lequel il a énormément été écrit (et qui, lui-même, nous a laissé des écrits, et un Ordre toujours bien vivant et actif de nos jours).

Tout ces écrits, Timmermans les a lus, médités. De cette somme de lecture, il dit avec une humilité toute...franciscaine, en guise de conclusion à l'ouvrage:
Ainsi me suis-je représenté ces choses après avoir lu les livres que les savants ont écrits sur cette belle vie.
Ainsi les ai-je vues s'accomplir. Et ces images, je les ai dédiées à ma femme et à mes enfants, au Révérend Giuseppe Pronti, prêtre d'Assise, et à quelques humbles gens de notre rue, en l'honneur de saint François.

Complétons un peu cet assaut de grande modestie (normale, vu le sujet):

- Tenter d'appréhender la mystique à l'approche de François ne l'effarouche guère, il n'élude pas le thème, ni le réduit à une observation clinique, encore moins à un foisonnement cédant au merveilleux, au fantastique, à l'imaginaire (bref lles travers les plus pénalisants sont évités).

- L'historicité comme discipline technique n'est pas le but de l'ouvrage, toujours est-il qu'autant qu'il me soit donné de pouvoir en juger, Timmermans reste toujours en phase avec celle-ci, comme un cadre imposé, mais ne réduit jamais son propos à l'"approche historique de...".
Peut-être un point ou deux (mineurs) me font tiquer, comme le fait que la mère de François était provençale et non française, ce qui était très distinct à l'époque, et que donc lorsque, jeune, il s'envisageait troubadour (et non trouvère comme indiqué) c'était en provençal et non en français qu'il chantait, langue dans laquelle il entonnera psaumes et cantiques par la suite.

- Tendresse, délicatesse, poétique rurale et naturaliste, humilité, petites gens, pauvreté -grande qualité des cœurs simples, sont les grands ingrédients de sa recette (autant de qualificatifs qui jalonnent, si j'ai bien compris son œuvre). Seul bémol sur son approche, à mon humble avis, elle est à tout le moins doloriste (à l'excès ?).

- Quand Timmermans veut bien desserrer le frein à main du lyrisme (il ne le fait jamais longtemps, du moins jamais assez longtemps à mon goût), le peintre qu'il est aussi n'est jamais loin, et nous avons là des passages de haute tenue qui donnent envie de se plonger plus avant dans ses écrits, comme:

Chapitre 8, Une couronne de roses et d'épines a écrit:
Un tournoi venait de finir, un autre allait commencer. Les trompettes allaient sonner, lorsque tout à coup, sans être invité ou attendu, un petit moine se tint debout au milieu de l'arène. Les spectateurs étaient surpris, mais avant qu'on eût pu crier un mot pour ou contre, François se mit à chanter la strophe d'une ballade, puis à prêcher sur la grande valeur d'une vie pénitente. Il était là, hirsute, émacié, déguenillé, - parlant et criant à toute cette noblesse et tous ces maîtres du pays. Ses gestes étaient vifs, sa voix aigüe, et par moments son ardeur l'emportait à tel point qu'il dansait presque. Et tous l'écoutèrent - comme on écoute le tonnerre et la musique, dans un silence tel qu'on entendait frissonner les bannières et les oriflammes dans l'air. Il y eut des larmes, des paupières baissées, des cœurs battants,  des soupirs. Et lorsqu'il s'en alla, ce fut dans un grand enthousiasme d'ovations et de voiles agités.  


Sur la richesse de sa palette descriptive, richesse contenue, non foisonnante, précise, efficace, Timmermans-peintre ne faisant qu'un avec l'écrivain - comment ne pas évoquer les peintres flamands, surtout lesdits "primitifs":

Chapitre 6 Des poètes par douzaines a écrit:
La nuit tombée, la pluie redoubla. Les gouttes égrenaient d'interminables rosaires à travers le toit sur leurs capuchons, sur leurs pieds nus, dans le petit feu fumant de bois humide. À certains moments, la fumée était si épaisse dans la cabane qu'il valait encore mieux se tenir dehors, sous la pluie. Mais frère Genièvre agitait son manteau pour dissiper la fumée. François proposa une belle méditation sur la pauvreté de la Sainte Vierge; ils récitèrent et chantèrent ensuite quelques psaumes; enfin, ils se couchèrent: il leur suffisait, pour être au lit, de s'étendre où ils se trouvaient. L'âcre fumée du petit feu demeura suspendue sous le toit. Par les fentes, l'eau tombait, avec un bruit mat, sur leur bure mince. La nuit grimpait lentement sur la terre.  






Mots-clés : #biographie #historique #moyenage #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 27 Avr - 16:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue néerlandaise
Sujet: Felix Timmermans
Réponses: 10
Vues: 340

Nathalie Léger

L'exposition

Tag biographie sur Des Choses à lire Cvt_le14

Nathalie Léger a écrit:
On pourrait commencer l'exposition par l'œuvre de Fischli et Weiss, Der Lauf der Dinge (Le Cours des Choses , 1986 – 1987), filmées dans leur atelier. C'est un long plan séquence qui enregistre le déroulement d'une série d'événements : un pneu roule, une cuve déborde, une fumée s'échappe, un ballon s'élance, un liquide dévale, une toupie tourne, etc. Chaque événement possède des qualités propres, mais c'est la série qui compte, c'est la syntaxe, le moment de bascule d'un événement vers un autre : un pneu qui frappe une cuve qui libère un liquide qui ouvre une trappe qui lâche la fumée qui fait pression sur un verre d'eau qui déclenche un court-circuit, etc. L'œuvre a l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, chaque incident menace à tout instant de rater son destin d'incident, et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuses et  énigmatiques, c'est-à-dire comme une existence : un peu d'eau sale s'écoule au sol.


On a ici l’explication de toute la démarche de Nathalie Léger. Un sujet qui n’est qu’un « événement », (qui s’intéresse à Barbara Loden, à Pippa Bacca, ou ici à la Comtesse de Castiglione?) : ici une rencontre fortuite d’un catalogue de photos de la fameuse Comtesse dans les rayons d’une librairie, le temps d’organiser une exposition qui ne verra jamais le jour.

Autour de cet  « événement » , Nathalie Léger écrit de cette même façon : je la cite à nouveau : « l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, », "et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuse et s énigmatiques. » « Et la série,  cette longue mise en branle de hasards et de savoirs qui ressemble à l'écriture, cet entrechoquement de matières et de qualités, s'achève comme un récit. »

L’ordonnancement de ce chaos, qui met en scène des faits intimes, culturels, réflexifs multiples, des références, citations et allusions, connaît une réussite variable : plus abouti dans La robe blanche  et Supplément à la vie  de Barbara Loden, alors qu’ ici, on se surprend  à se demander si l’auteure ne s’est pas trompée, si elle n’a pas fourni à un éditeur un peu inattentif le dossier  de son travail compulsif de prise de notes, de relevé de citations, de références et allusions, digressions plus ou moins directes, en rapport avec son sujet.

Ce fameux sujet qui est autant un prétexte.
Elle parait  bien singulière, cette Comtesse  redoutée, avec sa curieuse compulsion (elle aussi), tout au long d’une vie,  à mettre sa beauté inégalée en spectacle, par le biais de mises en scène photographiques. Mais au-delà de ce sacré personnage, Nathalie Léger va aborder plus généralement la beauté, l’image, le regard (de l’homme) et la photographie, la vérité et l’illusion qu’elle entretient ; et plus intimement l’écho que cela réveille dans sa vie personnelle et son rapport au couple de ses parents, dont elle conserve, comme nous tous, quelques photographies à bords crénelés.

Au passage, on touche du doigt une connaissance partielle de cette coquette narcissique du Second Empire qui a brièvement séduit l’Empereur,  « dédaigneuse et hautaine », « isolée par sa perfection ». Son  « effort incroyable à se représenter elle-même » , son apparente absence de cœur,  ne sont  que cache-misères face au « gouffre », à la « terreur » d’une femme qui cherche  sa place  au sein du monde « trépidant de la fête impériale », ce royaume  du paraître, ce « règne absolu de la crinoline ». Elle finit seule, cloîtrée, « fatiguée de n’avoir pas été comprise », recluse dans « l’envers déraillé ».

Au-delà de cet effleurement, lié à la volonté déterminée de l’auteure de rester dans une sphère non-biographique, l’œuvre prend par trop l’aspect d’un inachèvement, comme si elle était le brouillon d’une idée séduisante, un travail préparatoire pour les écrits à venir, une mission a priori alléchante, mais trop érudite, trop volontairement disparate dans son obsession, entraînant un étrange sentiment de vanité et de distance, où il paraît difficile de distinguer snobisme et sincérité. Mais elle est aussi pleine de la promesse que vont tenir les si attachantes œuvres à venir.


Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #xixesiecle
par topocl
le Dim 14 Avr - 16:54
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nathalie Léger
Réponses: 26
Vues: 426

Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

Tag biographie sur Des Choses à lire C_hunz10


"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : #amour #biographie #deuxiemeguerre #identitesexuelle #politique
par kashmir
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Claudie Hunzinger
Réponses: 11
Vues: 425

Hélène Jousse

Hélène Jousse

Tag biographie sur Des Choses à lire Image110


Hélène Jousse partage son temps entre la sculpture et l’écriture, entre Paris et sa Mayenne natale.
Elle  expose en permanence  à Nantes (Galerie Albane) et à Paris (A galerie, Galerie Martine Moisan) . Elle a exposé en Suisse (Galerie Zabbeni) à Singapour (0pera Galery), à Munich (Galerie Hegemann.) Elle a été représentée à Art Paris par A galerie et à  Art Basel Miami par  la Galerie Cancio Contemporary
Elle a créé le trophée et le logo pour l’institut national du cancer. Elle a aussi collaboré avec la marque Shiseïdo et avec  le coloriste Christophe Robin.
Les mains de Louis Braille est son premier roman.

source: https://www.helenejousse.fr/portrait/

Bibliographie :

- Les mains de Louis Braille, 2019




Tag biographie sur Des Choses à lire Cvt_le10

Les mains de Louis Braille

Mon avis:
"« Louis est un héros malgré lui, dont personne n’a mesuré en son temps l’ampleur de la découverte, ni aujourd’hui encore, excepté les aveugles dont les doigts tendus parcourent chaque jour les milliers de petits points braille ».
Hélène Jousse répare cet oubli, en mettant à jour et par écrit cet évènement qui a éclairé et qui illumine encore le quotidien des personnes non voyantes qui peuvent accéder à la lecture grâce au système du braille, du nom même de son inventeur, Louis Braille.
Son roman est rédigé sur deux axes : la mission confiée à Constance, dramaturge à succès, qui se voit confier l’écriture d’un scenario sur la vie de Louis Braille. Cette quadragénaire, veuve depuis peu, tente de se reconstruire en se plongeant dans cette mission qui lui a été confiée par Thomas, son producteur attitré. Pour aider Constance dans ses recherches, celui-ci va embaucher un étudiant en Histoire, Aurélien. A eux trois, ces personnages vont faire avancer le récit de la vie de Louis Braille, l’autre axe de ce roman.
L’essentiel de l’histoire va être concentré sur la période durant laquelle Louis Braille est scolarisé dans l’Institut royal des jeunes aveugles.  Il y est intégré à l’âge de dix ans, sous les recommandations de son instituteur du village de Coupvray. Louis a perdu la vue suite à un accident domestique à l’âge de trois ans, mais il a toujours gardé une curiosité intellectuelle conséquente. Et surtout, il a toujours rêvé de savoir lire : « Même si on sait tous que la vie n’est pas dans les livres, il y a dans les livres quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs dans la vie ».
C’est donc à l’Institut royal des jeunes aveugles que la possibilité d’accéder à la lecture va lui être permise. Un capitaine va venir parler d’un système de codage permettant de communiquer en temps de conflit aux élèves de l’Institut. Louis va s’en emparer, le redimensionner et le développer afin de codifier sous forme de points les vingt-six lettres de l’alphabet. Le braille était né.

Un premier roman très bien documenté et très bien écrit. Les personnages sont suffisamment bien construits pour avoir « une âme » et toucher le lecteur. L’écriture est elle aussi efficace et par moments poétique. Le seul point négatif réside dans certaines longueurs liées aux passages introspectifs de Constance. Mais pour un premier roman, c’est clairement une réussite."

Mots-clés : #biographie #handicap
par Valérie Lacaille
le Dim 24 Mar - 17:09
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Hélène Jousse
Réponses: 3
Vues: 75

Renato Cisneros

Tag biographie sur Des Choses à lire Cvt_la10

La distance qui nous sépare

traduit de l'espagnol( Pérou) par Serge Mestre

Dédicace: A mes frères et soeurs dont le père s'appelait comme le mien.

En exergue: Soy hombre de tristes palabras. De qué ténia y tanta, tanta culpa? Si mi padre siempre ponia ausencia: y el rio ponia perpetuidad

                           João Guimarães Rosa La tercera orilla del mundo



Un après midi de 2006, tandis que je lisais L’Invention de la solitude de Paul Auster,je remarquai la photo . Elle était là, juste dans mon champ de vision. Dans deux passages de ce roman-chapitre 7 et 8 de la deuxième partie Livre de la mémoire- Paul Auster narre les prouesses maritimes de deux personnages qui mènent à leur terme une recherche intime du père: Jonas et Pinocchio. L’un est biblique, l’autre littéraire. Je possédais déjà une grande sympathie pour eux: j’appréciais leur rébellion contre leur nature, leur besoin de dépasser ce qu’ils étaient amenés à être. Jonas ne voulait pas devenir un prophète ordinaire. Pinocchio ne voulait pas se contenter d’incarner seulement une marionnette. Jonas renonce à la mission que Dieu lui a confiée- aller prêcher parmi les païens de Ninive- et il fuit en embarquant sur un navire. En pleine traversée, une immense tempête se déchaîne. Jonas sait qu’elle est l’oeuvre de Dieu et demande aux marins de le jeter à l’eau pour faire cesser la fureur des flots. Ils le font. L’orage s’arrête et Jonas coule un instant avant d’être avalé par une baleine, dans le ventre de laquelle il reste trois jours à prier pour son salut. Dieu entend ses prières, pardonne sa désobéissance et demande au monstre de le vomir sur une plage. C’est la même choses qui arrive à Pinocchio. Dans le roman de Carlo Collodi, une énorme vague fait chavirer la barque de Gepetto. Manquant se noyer, le vieux menuisier est entraîné par le courant en direction d’un grand requin asthmatique qui l’avale comme un vermicelle. Le courageux Pinocchio cherche Gepetto sans trêve. Lorsqu’il le retrouve, il le charge sur ses épaules et attend que le requin ouvre la bouche pour s’échapper en nageant dans l’obscurité. Jonas est sauvé des eaux par son père. Pinocchio, lui, sauve son père des eaux. Paul Auster se demande, et je me demande avec lui: est-il vrai qu’on doive s’enfoncer dans les profondeurs et sauver son père pour devenir un homme? Depuis que j’ai lu L’Invention de la solitude, la photo prise à Piura n’est plus seulement la photo de Piura. Elle est devenue une photographie fétiche, de celles qui ont été prises à une certaine époque, mais dont le sens véritable se révèle bien plus tard. A présent, je comprends mieux le rituel de cet enfant de cinq ou six ans qui plongeait d’une façon aussi extraordinaire. Chaque fois que j’observe la photo, ce gamin me renvoie la même inéluctable mission: Lance-toi à l’eau! Cherche ton père!




Renato Cisneros l'a cherché et c'est sa vision que l'on retrouve là dans ce roman-enquête -touffu, sans aucune concession , très honnête et très courageux  qui nous présente un personnage qui, le moins que l'on puisse dire, n'est pas particulièrement attirant.

Un matin,j'ai compris que mon but n'était pas de dessiner un profil, de faire une biographie ou de réaliser un documentaire; j'avais juste besoin de remplir certains espaces vides à l'aide de mon imagination, car mon père était également composé- ou est surtout composé- de ce que j'imagine qu'il fut, de ce que j'ignore et restera toujours une interrogation.


Ni procès, ni éloge, mais la construction fictionnelle d'un homme dans toute sa complexité.

Un livre passionnant pour qui s'intéresse justement à la complexité des relations humaines et particulièrement dans le cadre des familles.


mots-clés : #biographie #regimeautoritaire #relationenfantparent
par Marie
le Dim 10 Fév - 17:12
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Renato Cisneros
Réponses: 7
Vues: 341

Flore Vasseur

Ce qu’il reste de nos rêves

Tag biographie sur Des Choses à lire 41phlv10

Sa disparition révèle un destin,  une époque et notre tragédie. Il a su lire à trois ans, programmer à huit. À  quatorze ans, il a posé  ses mains minuscules sur le code source du Web. Il a abandonné l’école pour travailler avec son inventeur, Tim Berners-Lee. Il a partagé ses recettes, ses partitions. Il a cru en sa bonne étoile, en son temps. À dix-neuf ans, l’une de ses créations l’a rendu frêle millionnaire. À l’abri, il s’est méfié  peu à peu de son seul pays, Internet. Il a tenté de nous alerter : derrière le miroir aux alouettes se joue une bataille de tranchées pour ce qu’il reste de la liberté, de notre capacité à penser. L’économie de marché a massacré relations, nature et air libre. Nos  cerveaux sont le dernier territoire à brûler.  Le silence des algorithmes remplace peu à peu le bruit des bottes. Il les installe.



Aaron Schwartz, c’est ce garçon de 12 ans à qui  les grands de l’Internet demandaient conseil. C’est ce jeune homme convaincu de la nécessité de l’accès libre et universel  aux savoirs, ce millionnaire malgré lui qui peut enfin appliquer le précepte de son père, « gagner de l’argent puis s’en servir pour aider les autres » .C’est l’un des créateurs des  Creative Commons ( qui permettent n’importe quel auteur de libérer son œuvre du droit de propriété intellectuelle), du flux RSS parenthèse qui permet de choisir d’échapper ainsi à la verticalité algorithme),  de l’Open Library (catalogue de tous les livres publiés), le créateur du site communautaire Reddit. C’est l’activiste acharné qui va prendre d’assaut le système. C’est l’icône des hackers décodeur qui abandonne la programmation pour le combat politique, avec ce vaste programme :
     
« Nous disposons d’un système de communication puissant déployée largement, globalement non contrôlée. Le net sera ce que nous en faisons. C’est à nous de décider. Cela dépend de nous de changer le monde. »  

                                                                                                                                                                              Il s’élève contre la première tentative de  censure du Web aux États-Unis (la SOPA, Stop Online Piracy Act), répond en piratant les banques de données de la bibliothèque universitaire du MIT, ce qui mènera à sa perte, et en rameutant toute la communauté du Web, des internautes lambda aux GAFA pour bombarder les sénateurs de milliers de messages qui finiront par faire plier Obama.

C’est cet homme asocial et charismatique, torturé, énigme pour tous jusqu’à se splus chers amis, qui va finir par se pendre dans son appartement New-yorkais, plutôt que d’affronter une  justice inique, décidée à détruire coûte que coûte cet agitateur dérangeant.

Ce livre, c’est Aaron par ceux qui l’aiment. Ceux qui le détestent ont déjà gagné. Tout raflé. Tout acheté.


Aaron Schwartz,  c’est l’étoile qui continue à guider les hackers, c’est  l’idole  de Flore Vasseur qui livre cette biographie très personnelle, subjective  car passionnée, menée à 100 à l’heure, où elle se livre aussi elle-même, entière, ses tripes , ses colères, ses espoirs. Où elle interroge les moyens que nous voulons nous donner pour lutter contre l’emprise capitaliste qui traque l’argent au détriment de la pensée. Car internet est le lieu de toutes les libertés, de la vulnérabilité du système, détourné en faveur du profit et de l’asservissement des populations,.  IL faut se réapproprier  cette « ultime entreprise de docilité »  pour lui donner une force politique.

Les grands argentiers tenaient les politiques ; les GAFA empoignent directement le cerveau des électeurs. Bientôt, ils seront LA politique. D’ici là, rien, aucune pensée ou prise de recul, ne doit enrayer la machine à clics, leur prospérité, voire leur plan pour le monde. Tôt ou tard, le verrouillage de la pensée au nom du profit deviendra trop évident. La désobéissance civique atteindra la masse critique et menacera l’ultime poule aux œufs d’or. La médiocrité organisée ne suffira plus. Les GAFA se débarrasseront des   derniers simulacres de démocratie, élus et opinions. La censure du Web s’inscrit dans le temps. D’ici là, ils auront noyauté puis asphyxié la presse, la littérature, les arts. Avec eux, le libre arbitre. Il n’y aura rien ni personne pour s’interposer. Ni Aaron.


[après le 11 septembre 2001]  À terme, en mettant la main sur les données personnelles, le Patriot Act offre au capitalisme sa dernière allumette, le Big Data. En fusionnant, économie de marché et État d’urgence accouchent d’un marché de plus de  100 milliards par an : le capitalisme de la surveillance. La folie du projet totalitaire se loge au cœur de l’algorithme  devin, vendu comme figure ultime du progrès. Il faut « vectoriser » les humains. Tout déterminer, asservir.


mots-clés : #biographie
par topocl
le Sam 2 Fév - 10:53
 
Rechercher dans: Autres
Sujet: Flore Vasseur
Réponses: 9
Vues: 684

Marie Chaix

Les lauriers du Lac de Constance

Tag biographie sur Des Choses à lire Proxy_16

Son père collaborationiste, l’un des proches de Jacques Doriot, Marie Chaix ne l’a guère connu :  née en 1942, il était sans cesse en partance, en mission, puis en fuite, puis en prison.
Elle retrace son parcours en mêlant ce qu’elle a tiré des carnets personnels de son père, de l’image qui lui en a été donnée dans son enfance par son milieu familial, de ce qu’elle a vécu intimement de cette perpétuelle absence, puis de cette faute dénoncée  par l’extérieur étant enfant et adolescente. Qu’est ce qu’être la fille d’un homme inconnu qui préfère sa cause à sa famille pourtant aimée, qui fait le mauvais choix, que tous accusent, qui est emprisonné et risque la peine de mort ? Qu’est ce  que vivre entourée de silences mal gardés ?

Se mêlent donc dans le récit des éléments très historiques, retraçant l’histoire du Parti Populaire Français, et des choses plus familiales, cette femme élégante,  amoureuse perpétuellement fidèle, ces enfants fascinés par un père absent et  charismatique.

Ecrivant ce livre des années après, Marie Chaix fait une réelle œuvre d’écrivain, par un style percutant, très personnel, surprenant, adoptant le point de vue de cette enfant à qui on ne dit pas grand chose, mais qui ressent tout. Son portrait paternel est exempt tout à la fois d’admiration et de critique, dans une tentative d’objectivité rétrospective, mais porteur d’un amour étrange, envahissant, bien qu’en creux. Elle lui reconnaît sa sincérité dans l’erreur, une grande dignité qui n’est pas exempte de courage.

C’est un roman très personnel quoiqu’il appartienne à l’Histoire, avec un réel travail d’écrivaine, qui rapporte des faits objectifs mêlés de façon troublante à la subjectivité du vécu de cette enfant solitaire.


Mots-clés : #autobiographie #biographie #deuxiemeguerre #enfance #famille #historique
par topocl
le Sam 22 Déc - 17:42
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marie Chaix
Réponses: 17
Vues: 315

Jean d'Ormesson

Histoire du Juif errant

Tag biographie sur Des Choses à lire Histoi10


D’Ormesson, à qui il ne déplaît pas de jouer le démiurge (voir La Création du monde, du même), réécrit légèrement l’Histoire en y insérant Ahasvérus le Juif errant à quelques moments-clés, dans les vies plus ou moins légendaires de Chateaubriand, Néron, saint François d’Assise, etc.
Le mythe du Juif errant, c’est dans la pensée collective le symbole de ce peuple coupable, condamné à ne pas/ plus avoir de pays. Mais aussi, c’est le mythe (anti-faustien) d’un homme immortel, le fussgänger, condamné à marcher éternellement à travers le vaste monde en accumulant les expériences, étant doué pour les langues et dénué de souci d’argent (ce qui n’est pas totalement négatif, voir Chemin faisant de Lacarrière). Voir aussi https://www.letemps.ch/societe/lorigine-juif-errant-netait-juif-errant-deconstruction-dun-mythe-travers-siecles
Fort cultivé, effectivement grouillant d’allusions érudites (mais du type conversation de bon ton dans la bonne société, ce qui ménage quand même le plaisir d’en élucider quelques-unes), c’est le bonheur chez l’écrivain de se souvenir et d’imaginer ; humour peut-être trop badin, goût du panache aristocratique assez prononcé ‒ voire une certaine grandiloquence complaisante ‒, métaphysique totalisante et paradoxale, parfois un peu creuse (mais 600 pages, c’est longuet) ; on n’évite pas non plus nombre de lieux communs (et c’est une efficace machine à citations) :
Mais d’abord les Juifs, et en tout premier un mot prêté à Poncius Pilatus :
« L’argent et la religion sont souvent mêlés chez mes Juifs. »

« Les Juifs n’en finissent pas d’être crucifiés par un monde qu’ils comprennent et transforment et dominent mieux que personne. »

« Judas était le traître. Ponce Pilate était l’injuste. Lui était le coupable. Personne autant que lui n’avait jamais été coupable. »

« Je crois qu’être juif est d’abord une idée. »

Autre thème, le temps qui passe, et l’Histoire :
« …] il avait trop de souvenirs pour les conserver tous. »

« L’histoire est une machine à enfermer les gens. […]
‒ Personne ne sait jamais, dit Simon, le sens que prendront ses actions et sa vie ni ce que l’histoire fera de lui. »

« Mais le souvenir n’est rien d’autre qu’une espèce d’imagination, appuyée sur du réel et bloquée par l’histoire. Chacun crée sa propre histoire, chacun invente son réel. »

« Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. […] Naturellement, la mémoire et l’imagination sont appelées à la rescousse et elles font de leur mieux : ce sont toujours la mémoire et l’imagination d’un homme de son époque. […] L’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. »

« Aucun être vivant ne quitte jamais le présent. Le présent bouge tout le temps, et je bouge avec lui. À aucun moment je ne me balade dans l’avenir, à aucun moment je ne m’attarde dans mon passé. Je suis, vous êtes, nous somme tous dans un présent éternel. Le passé ne cesse de s’accroître et le futur de décroître. Seul le présent est à la fois immuable et changeant, seul le présent est éternel. À aucun moment de l’existence nous ne sortons du présent. Et au-delà de moi et de vous, il y a, en avant du passé, en arrière de l’avenir, un éternel présent du monde. »

Et des aphorismes, des méditations et autres pensées diverses :
« Pour vous, qui n’êtes pas immortels, l’amour remplace l’éternité. »

« Moi, je marche sans fin et les yeux dans le vide. Je ne marche jamais vers rien, je m’éloigne plutôt de quelque chose. Et de quoi est-ce que je m’éloigne, toujours en vain, naturellement ? Je m’éloigne de moi-même et de ce que je n’ai pas fait. Mon domaine est l’espace, un espace sans frontières, mon domaine est le temps, et un temps sans limites. J’ignore tout de l’espoir. Je marche et je n’avance pas. »

« De la masse immense de nos livres, et surtout de nos romans, supprimez ce qui ne relève pas des passions de l'amour, je ne dis pas qu’il ne reste rien ‒ il resterait la foi et le savoir, des contes, des fables, des Mémoires, les aventures des hommes, les récits de Conrad, la Critique de la raison pure, la Phénoménologie de l’esprit, des vaudevilles militaires, Alphonse Allais et Kafka, un bout de Polyeucte, le rêve d’Athalie, la Bhagavad-Gîtâ et le Popol Vuh, des fragments de Don Quichotte et de Gargantua, des passages de L’Iliade et, à la rigueur, de L’Odyssée, les voyages d’Ibn Battûta, ce qui n’est déjà pas si mal ‒, mais un typhon peut-être salvateur passerait sur les rayons de nos bibliothèques. »

« Car il n’y a pas de vie qui ne soit dominée par l’ombre de la mort. Et tout l’effort de la vie est de repousser l’idée de la mort par le jaillissement, par l’abondance, par l’accumulation de la vie. »

Un peu dépitant : il est fait plusieurs fois mention des grands Bouddhas de Bâmiyân, qui bien sûr n’avaient pas encore été, à l’époque de la rédaction de ce livre édité en 1990, détruits pas une bande d’abrutis.



mots-clés : #biographie #historique #voyage
par Tristram
le Jeu 13 Déc - 20:12
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean d'Ormesson
Réponses: 36
Vues: 1497

Antoine Compagnon

Un été avec Montaigne

Tag biographie sur Des Choses à lire Un_zot10

Ces quarante petits extraits commentés me semblent constituer une excellente introduction à Montaigne, auteur qui nous parle pourtant directement, sans truchement, dans notre propre langue, si proche par-delà près d’un demi-millénaire. Cependant, il faut admettre que son langage s'éloigne, que parcourir son œuvre exige davantage d’effort aux lecteurs contemporains : les actualisations d’Antoine Compagnon l’éclairent à propos.
A parcourir ce recueil, manifestement pas composé d’une seule venue, des contradictions apparaissent, discordances qui ne sont d’ailleurs pas absentes des Essais ; c’est toute la difficulté de l’exercice, où l’on risque de dire tout et son contraire. Mais Montaigne se révèle en personnalité bien définie : son honnêteté lui a fait traverser intact les siècles, et les errements de ses réflexions en sont partie intégrante.
La devise de Montaigne est « Que-sais-je ? », illustrée d’une balance dont les plateaux sont en équilibre. La règle de ce grand sceptique, c'est le doute, la réflexion. Sa position favorite, c’est à cheval, entre un lieu et un autre, au cours d’un voyage incessant, toujours libre de ses mouvements. Sinon, c’est dans sa « librairie », à musarder, feuilleter, dicter ses « songes ». Beaucoup aussi à méditer dans ces livres considérés comme lieux de rencontre de soi à travers l’autre.
« Si Montaigne se regarde dans les livres, s’il les commente, ce n’est pas pour se faire valoir, mais parce qu’il se reconnaît en eux. Il observe dans le chapitre "De l’institution des enfants" : "Je ne dis les autres, sinon pour d’autant plus me dire" (I, 25, 227).
Montaigne rappelle par là que les autres lui procurent un détour vers soi. S’il les lit et les cite, c’est qu’ils lui permettent de mieux se connaître. Mais le retour sur soi est aussi un détour vers l’autre, la connaissance de soi prélude à un retour à l’autre. Ayant appris grâce aux autres à se connaître, constate-t-il, il connaît mieux les autres ; il les comprend mieux qu’ils ne se comprennent eux-mêmes : "Cette longue attention que j’emploie à me considérer, me dresse à juger aussi passablement des autres : Et est peu de choses, de quoi je parle plus heureusement et excusablement. Il m’advient souvent, de voir et distinguer plus exactement les conditions de mes amis qu’ils ne font eux-mêmes" (III, 13, 1675).
La fréquentation de l’autre permet d’aller à la rencontre de soi, et la connaissance de soi permet de revenir à l’autre. »

« Les livres seraient de meilleurs amis ou amours que les êtres réels. Avant de l’affirmer, n’oublions pas que Montaigne ne cesse jamais de concevoir la vie comme une dialectique entre moi et autrui. Si la rareté de l’amitié et la fugacité de l’amour incitent à privilégier le refuge de la lecture, celle-ci ramène inévitablement aux autres. »

Je me sens fort prochain de cet homme, de ses humeurs, de ses tours de pensée et de sa façon de lire, de citer, d’écrire ; son expression plurielle, animée, désordonnée, digressive et bonhomme, m’enchante.
Quand on le compulse, il est rare de trouver des pensées qui n’aient été reprises, développées depuis lors ; de même, il est difficile de lire d’autres auteurs sans y découvrir des idées qui n’aient pas racine ou filiation chez Montaigne, qui réactualisait lui-même abondamment ses prédécesseurs.
J’aurais pu ranger l’œuvre de Montaigne dans la philosophie, dans les essais (ou dans Radio Chose !), mais son style est tel qu’elle mérite amplement de l’être dans la littérature.
Au fait, l’émission est toujours présente en podcast sur France Inter ; à bon entendeur…



mots-clés : #biographie #philosophique #renaissance
par Tristram
le Sam 8 Déc - 23:47
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Antoine Compagnon
Réponses: 14
Vues: 218

Nathalie Léger

Supplément à l'histoire de Barbara Loden

Tag biographie sur Des Choses à lire Wanda10


Lorsque son éditeur demande à Nathalie Léger une notice biographique sur Barbara Loden, il insiste : "N'y mettez pas trop de coeur".
Bingo, se dit Nathalie ! Et la voilà plongée très consciencieusement dans les dicos, encyclopédies et les infos les plus diverses sur les années 60 et 70.

"J'avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j'extrairais une miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité : une femme raconte sa propre histoire à travers celle d'une autre." (p. 14)

Autrement dit, Barbara Loden racontant l'histoire vraie d'une autre femme Wanda. ]"L'histoire d'une femme qui a perdu quelque chose d'important et ne sait pas quoi, une femme qui se sépare de son mari, de ses enfants, qui rompt mais sans violence, sans préméditation sans désir peut-être même de rompre. Et ? Et rien... Elle rencontre un homme, le suit, s'attache à lui, alors qu'il la maltraite.( p.15) Et projette un braquage.

Comment, pourquoi Barbara Loden s'est-elle sentie impliquée dans cette histoire, dans cette vie, dans cette femme, au point d'en faire un film. Et encore, pourquoi Nathalie Léger s'est-elle identifiée à Barbara Loden, cette femme, cette actrice, qui a à peu près tout raté dans sa vie. A commencer par sa vie.

Il faut la lire. Si l'on a vu le film, déjà on comprend mieux. A supposer qu'on ait l'envie de comprendre.
J'ai vu le film jadis et il a tout de suite fait partie de ma mythologie cinématographique personnelle. Et Wanda interprétée par Barbara Loden s'est fichée à tout jamais dans ma mémoire et dans ma sensibilité profonde. Barbara c'est un peu Marylin, faible, sensible, exploitée, brutalisée et qui, au lieu de protester, d'accuser, se reconnait responsable de tout. Même si elle ne comprend pas pourquoi, il lui est impossible d'être aimée. Et Wanda c'est évidemment aussi Barbara, c'était sa certitude profonde en la filmant au plus près. Et en l'interprétant personnellement.

"Barbara dit qu'elle n'a rien à décrire de grand. Son histoire, empêtrée, est sans doute simplement malheureuse du malheur ordinaire des enfants mal aimées, rendus passifs, soumis à plus fors qu'eux, si tristes qu'ils peinent à s'en remettre, son histoire est banale. Barbara ne fait des films que pour ça. Apaiser. Réparer les douleurs, traiter l'humiliation traiter la peur. "Le caractère de Wanda est fondé sur ma propre vie et sur ma personnalité, et aussi sur ma propre manière de comprendre la vie des autres."

Parti comme c'est, je pourrais -je voudrais- tout citer de ce livre, tant il sonne vrai. Dit juste ce qu'il faut : l'essentiel. Laissant au lecteur la liberté d'imaginer. Comme le fait Nathalie Léger elle-même. Je pourrais aussi vous dire la quête de Nathalie Léger sur les traces de Barbara Loden aux Etats Unis, ses interrogations sans fin, avec des témoins ou seule. Me demander pourquoi  sa  quête en miroir se calque sur celle de Barbara Wanda. Et pourquoi elle en parle aussi librement sans l'ombre d'une coquetterie mais avec sans doute la certitude que cette quête n'est pas terminée. Et ne le sera pas non plus. Mieux vaut en finir !

Cette histoire -cette triple histoire- m'est allée droit au coeur.

Tag biographie sur Des Choses à lire Wanda-10


mots-clés : #biographie #creationartistique
par bix_229
le Mar 4 Déc - 17:37
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nathalie Léger
Réponses: 26
Vues: 426

Nicolas Cavaillès

Vie de monsieur Leguat

Tag biographie sur Des Choses à lire Vie-de10

Originale : Français, 2013

Monsieur Leguat, voyageur et aventurier malgré lui.

France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse.
Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
Goncourt de la nouvelle 2014


REMARQUES :
Il s’agit alors d’un vrai personnâge historique (voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francois_Leguat ), justement de la petite ville bressane où est né aussi l’auteur. C’est un nom qu’on retrouve au moins dans ce pays-là, donc Cavaillès a dû en entendre parler très tôt. Si on recherchait purement le récit de son voyage maritime entre le Pays-Bas (lieu de réfuge après la fuite de France) et son retour presque une dizaine d’années après, on trouverait éventuellement le récit détaillé de l’année 1707 «Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales ».

Mais dans ses 18 chapitres et sur une soixantaine de pages l’auteur retrace pas seulement les arrêts et stations extérieurs de ce cheminement « aventureux », mais démontre justement à sa manière comment ces étapes étaient non-voulues. L’homme est « poussé » par des événements, des données historiques comme justement l’interdiction du culte réformé et la fuite massive de ces chrétiens-là vers un ailleurs. L’homme si bien établi en Bresse va se retrouver au Pays-Bas, et sera « poussé » à prendre un bateau (pour la première fois!) par la force des circonstances.

L’homme qui avait tout, regagnera une paix éphèmère sur une île isolée en Océan Indien, avant de ne perdre tout à vnouveau, et se retrouver même prisonnier. Etc…

Qu’est-ce qui décide vraiment dans les croisements de nos vies , quel concours de circonstances ? Et quand même… : la liberté là-dedans ?

Intéressant malgré l’impression de quelques interprétations hatives de l’auteur.


Mots-clés : #biographie #exil #historique
par tom léo
le Jeu 1 Nov - 16:30
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nicolas Cavaillès
Réponses: 6
Vues: 138

Lydie Salvayre

Hymne

Tag biographie sur Des Choses à lire Hymne_10


Le cri que Hendrix fit entendre à Woodstock, le 18 août 1969, à 9 heures du matin, ce cri continue aujourd’hui de crier et de défier le temps. C’est cela surtout que je voudrais dire à propos de The Star Spangled Banner. Qu’il fut un cri, un cri libre, un cri de refus, un cri de refus qui concentra tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée, un cri dont l’impact, quarante années après, vient encore fissurer la gangue de nos cœurs.
C’est ça que je voudrais dire dans ma lourdeur, plutôt que de verser dans cette admiration inoffensive et pieuse à laquelle je cède parfois, dans cette sanctification sans effets ni pouvoirs dont la musique de Hendrix est devenue souvent, me semble-t-il, l’objet.


Ce passage m’interroge. Lorsque j’avais créé une sorte de sous-fil dans le fil « Juke Box » consacré à Woodstock (pour ceux qui ont suivi  Very Happy ), je voulais le conclure par Hendrix. Il est bien évident, pour moi en tout cas, que la prestation de ce musicien à la fin du festival, et pas seulement The Star Spangled Banner, mais tout le concert, n’est pas comparable aux autres intervenants de ces trois jours, aussi bons fussent-ils. Hendrix est au-delà, dans une dimension propre, qu’on appelle habituellement le génie, sans définir clairement ce dont il s’agit.
J’aurais voulu mettre un autre passage que le fameux Star car, comme le souligne Lydie Sallenave, c’est un passage tellement connu qu’il finit par ne plus faire sens, un peu comme la Joconde en peinture. Il était donc urgent de réécouter vraiment ces 3mn 43 étonnantes, ce n’est pas le moindre qu’offre ce livre.

Hymne est un hymne à un homme, torturant, malaxant un hymne national pour le transformer en hymne de toute une génération. C’est une sorte de chant d’amour, avec sa virulence, ses excès, loin d’une biographie ou d’une hagiographie béate, mais un vrai cri du cœur, puissant et vrai. Ce caractère gommera aisément quelques digressions qui auraient pu être évitées. Le style a tout pour séduire… ou agacer ! Conçu comme un chant, avec ses redites, son insistance, Il peut paraître parfois d’un lyrisme excessif, mais l’auteur s’en explique :

La musique d’un seul entra en chacun et en chacun se ramifia, et en chacun elle fut comme une vague qui rejoignait la mer commune. Voilà qu’à nouveau je m’exalte et prends, malgré moi, ce ton pompeux et emphatique qui chez les autres m’insupporte. Qu’est-ce donc qui me pousse à ce ton ? Es-ce mon désir excessif de transmettre ce qui me semble relever du miracle et que je ne parviens pas à dire autrement que dans une prose exaltée ? Est-ce mon aveuglement amoureux devant la musique de Hendrix ? Ou le désir de me convaincre que cette communauté dont je loue ici le surgissement, ne fut qu’illusoire ?


Ce que je crus voir… ce que je voulus voir fut cet avènement exceptionnel après lequel nous courrons tous, l’avènement de cette vieille utopie dont nous causons avec des airs éminemment philosophiques : être soi-même et tous.


Ce noir qui avait le cœur déchiqueté, leur apporta une musique d’une violence et d’une douceur incomparables, une musique plus farouche et plus douloureuse que toutes celles qu’ils avaient entendues jusqu’ici, une musique bien plus sophistiquée, plus retorse, plus indolente, et en même temps plus sauvage.


Etant un inconditionnel de la musique de Jimy, je ne suis pas un lecteur impartial, mais j'ai bien aimé la franchise, la sincérité admirative de Lydie Salvayre
Dernier mot à la musique avec Purple Haze que Hendrix enchaîna à The Star Spangled Banner. Il fut vraiment exceptionnel ce jour là cheers



mots-clés : #biographie #musique
par ArenSor
le Lun 29 Oct - 16:36
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Lydie Salvayre
Réponses: 11
Vues: 415

Lydie Salvayre

Je demande pardon pour ce commentaire beaucoup trop longue, mais je ne savais pas quoi couper...:

Lydie Salvayre – Pas pleurer

Tag biographie sur Des Choses à lire Pas-pl10


REMARQUES :
La narratrice raconte à partir des souvenirs et récits de sa mère de 90 ans, en l’an 2011. Sa mère, Montse, a quasimment tout oublié de ce qui s’est passé à partir d’un certain moment, mais de l’été 1936, elle se rappelle à merveille et enthousiasme, peut-être les semaines les plus marquantes de sa vie. Ayant grandi dans un village de la Catalogne, il vit les événements de cet été : la république de quelques années souffre et peine. Et peut-être le lecteur, tout comme moi, découvre avec un peu d’étonnement que les événements, les protagnistes, les partis impliqués étaient plus compliqués comme on ne pensait. Alors l’écrivain ne va pas écrire un « épos » de toute la guerre civile, mais la description de la vie de sa mère, sa famille, son mari, leur village, l’escapade de courte durée vers la ville voisine, marquée par des forces libertaires, anarchiques, animée d’une euphorie sans nom – tout cela va exemplairement parler des multitudes des attitudes et de vécus possibles.

Alors le roman (ou est-ce un récit?) va parler des pauvres paysans et des proprietaires plus prospères ; d’une pieté bigotte ou vieille ici (dans la personne d’une tante de Diego, personnage terrible), et d’une forme de haine et de refus des riches et de la hierarchie ecclesiastique (soutenant l’ordre sociétale existant) par certains pauvres, plus ou moins politisés. Certains alors appartiennent au PC qui de par son association avec l’ordre et aussi l’URSS fait d’abord peur. Diego, homme adopté (ou plus que ça?) par un couple plus aisé, Don Jaime et Dona Sol, appartient justement au Parti. Plus tard il deviendra « maire » du village et aussi, après maintes péripéties, le mari de Montse. Mais celle-ci était plutôt proche de son frère José, son ami Juan, qui sont mus par les idéaux libertaires et anarchiques d’un Bakounine.  C’est avec eux que Montse, née en 1921, va aller en ville et vivre une courte période d’une euphorie incroyable dans une atmosphère de partage, de liberté... Elle ne l’oubliera jamais. Mais elle en revient enceinte, sans idée sur plus que le prénom du père français, poète et volontaire, partant pour le front après une nuit passionnelle d’amour... Après des arrangements un mariage est convenu avec Diego, qui semblait si loin...

De village en village les constellations étaient différentes. Et règnaient partout des tensions plus ou moins grandes entre les fractions, les partis, les partisans. Dans notre récit les tensions sont encore dramatisées (mais cela était probablement vrai partout...) par l’existance de celles-ci à l’intérieur d’une même famille. Là on a par ailleurs une des explications pour l’extrême gravité des combats dans une même societé, d’une guerre civile...

Cette partie est largement prédominante, mais on y trouve de temps en temps la référence à l’écrivain Georgres Bernanos qui vivaient à l’époque déjà depuis quelques années à Palma/Mallorque. Lui qui étaient de par son éducation peut-être plutôt porté vers une foi catholique plus traditionnelle, et qui avait même un fils engagés au début (il lâchera dans la suite) chez les phalangistes, va connaître une conversion de plus en plus aigue vers une expression forte de ses observation sur les massacres perpetrés sur l’île. Il s’y montre rapporteur de ces massacres, largement tus à l’époque, ET un attaqueur sans relâche de la lâcheté et la prise de position redoutable et compremettante de l’église catholique, au moins dans une très large partie de son episcopat. Il écrivait alors un pamphlet « Les cimitières sous la lune » (il faisait par là allusion aux éxecutions nocturnes) virulent, clair, sans compromis.

De coté chrétien, c’est quasiment lui-seul qui trouve la grâce dans les yeux de Salvayre qui se concentre sur l’hierarchie, pensant peut-être que c’est le tout de l’église … ?! Et elle a certainement raison : ce qui s’est passé comme cecité, unilaterisme, prise de position inacceptable est detestable et triste. Peut-être Salvayre ne cite pas les contre-exemples. Il me semble vrai qu’une certaine forme d’incompréhension compréhensible peut susciter de son coté un espèce de haine. Son desarroi et sa peine sont exprimés avec véhémence, aggressivement, avec de la polémique. En ceci elle ressemble un peu à Bernanos, lui-même pamphlétaire. Mais néanmoins... croyant, et s’exprimant justement comme croyant.

C’est au cours de l’oeuvre, plus tard, qu’on trouvera mentionné aussi les atrocités commises  de « l’autre coté ». C’est même ce qui fera douté José et Juan du bien fondé de leur lutte.

L’auteure utilise différentes styles, perspectifs : des parties d’un point de vue de Bernanos ; des longues passages de narration avec Montse dans la troisième personne comme protagoniste ; soit dans les narrations de sa mère même où elle raconte dans sa façon inimitable : ici apparaissent des hispanicismes, un français influencé et « massacré » par l’origine de Montse. On y trouve aussi des mots entiers, voir des phrases entières, en espagnol. Ceci peut desorienter le lecteur, malgré une certaine proximité des langues. Est-ce qu’on aurait pu mettre des notes avec les traductions ? Mais en soi je trouvais l’usage de cette forme de style intéressant, voir drôle. Connaissant certains Catalans, Espagnols vivants en France, je retrouvais leur façon de parler... Certaines phrases se terminent en suspension : il faut s’imaginer soi-même comment cela allait se terminer (pas toujours difficile).

Le livre peut bien donner à beaucoup un accès nouveau, voir insoupçonné, aux données historiques -  comme par exemple la complexité des différents partis engagés etc - autour de la Guerre civile espagnole. Il faut peut-être s’adapter à certains aspects de la langue de Salvayre, mais je la trouvais variée, vivante et innovative (en partie), jouant avec différents perspectifs et styles. A coté d’une forme d’inventaire de la situation politique par l’exemple de personnes concrètes, ce roman est aussi le témoignage d’une femme, la mère de Lydie Salvayre, qui a vécu des événements de grande portée. Comme tellement de victimes, réfugiés etc du XXème siècle.

Observation qui me venait à l’esprit: A quel point l’importance d’un laps de temps extrêmement court (ici : env une semaine dans une ville libertaire) est sans mesure par rapport à la longueur, la durée de la vie. Comme si l’essentiel, un essentiel peut se concentrer dans un minimum de temps et revêtir une influence peu soupçonné. Donc, nous faut-il de la patience dans notre vie pour atteindre ces moments cruciaux, ces instants d’accomplissements, de bonheur absolu ? Montse dira même qu’elle échangerait ces quelques jours contre le restant de sa vie...




mots-clés : #biographie #guerredespagne
par tom léo
le Sam 13 Oct - 22:40
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Lydie Salvayre
Réponses: 11
Vues: 415

Catherine Cusset

J'ai lu 2 fois "Le problème avec Jane" qui a un charme particulier, puisque je l'ai relu, ayant oublié à chaque fois , à l'issue de la lecture, pourquoi ça avait été agréable.

Je suis tombée sur :

Vie de David Hockney

Tag biographie sur Des Choses à lire Index12


Lu en quelques heures un soir d'orage. Bon. Je suis absolument séduite par le peintre Hockney, mais vrai-ment. Alors, qu'est-ce que cette lecture m'a apportée ?

Pourquoi Hockney ?
Je ne l'ai pas rencontré. Il est étrange de s'emparer de la vie de quelqu'un de vivant pour en faire un roman. Mais c'est plutôt lui qui s'est emparé de moi. Ce que j'ai lu sur lui m'a passionnée. Sa liberté m'a fascinée. J'ai eu envie de transformer une matière documentaire qui laissait le lecteur à l'extérieur en un récit qui éclairerait son trajet de l'intérieur en s'en tenant aux questions essentielles, celles qui nouent l'amour, la création, la vie et la mort. Ce livre est un roman. Tous les faits sont vrais. J'ai inventé les sentiments, les pensées, les dialogues. Il s'agit plus d'intuition et de déduction que d'invention à proprement parler: j'ai cherché la cohérence et lié les morceaux du puzzle à partir des données que j'ai trouvées dans les nombreux essais, biographies, entretiens, catalogues, articles publiés sur et par David Hockney. [avant-propos de Catherine Cusset]

Tag biographie sur Des Choses à lire 871710

conséquemment, j'ai lu d'une traite avide, je connais un peu sa biographie, un peu aussi ses démarches artistiques, le parti prit de cusset est de prendre la vie personnelle du peintre comme fil, qu'elle remonte chronologiquement .
Si la part fanatique en moi aura apprécié remariner dans  le corpus sémantique lié à l'homme que j'aime tant, la part sensée en moi aura vite trouvé intéressant que cette faiblesse de fan soit démontée : peu à peu ma vraie soif de connaissance s'essouflait de ne rien y trouver de neuf, tandis que ma soif stupide de "people info" se tarissait noblement.
Noblement car, enfin,m'a paru profondément indécent le sentimentalisme de cusset, indécent, râté, passeur, mais à peine, des vraies forces qui semblent animer la démarche de Hockney. J'avais honte d'avoir rêvé m'abreuver à une autre mamelle qu'à celle du peintre. J'ai quand même quelques infos de plus, pas inintéressantes, qu'il aime Wallace Stevens **, qu'il a porté un tee shirt imprimé d'un "I Kno Im Right" devant ses détracteurs, lors d'un dense colloque autour de sa thèse sur les chambres optiques dans l'histoire de la peinture, j'ai gagné aussi une aptitude, c'est vrai, plus grande à articuler les  étapes de ses recherches graphiques à sa vie personnelle, mais c'est tout. c'est mal écrit, ça traduit, reformule, mal qui plus est, ce qu'Hockney ne cesse de transmettre brillamment dans ses nombreux entretiens et livres théoriques. Un livre à lire si on ne le connait pas dutout, pour donner envie d'en savoir plus, mais un livre très dilué de l'essence qui y préside.

sur Wallace Stevens ** :
[...] un poème de Wallace Stevens inspiré par un tableau de Picasso. Le poème était très long, composé de trente-trois strophes qui, lues par la voix grave de Henry, berçaient David et le transportaient très loin de l'île du plaisir et du fracas des plongeons. La première strophe l'avait particulièrement frappé : «Ils lui dirent : "Ta guitare est bleue. Tu ne joues pas / Pas les choses comme elles sont." / Il rétorqua : "Les choses comme elles sont / changent quand on joue sur une guitare bleue." » D'autres vers retinrent son attention : «Je ne peux pas présenter un monde vraiment rond / même si je le rapièce comme je peux.» Ou bien : « La couleur est une pensée qui grandit / à partir d'une humeur ...» Et la fin était très belle : « De jour nous oublierons, sauf quand / nous choisirons de jouer / Le pin imaginé, le geai imaginé.»[...]


Lisez Hockney ! Il est drôle, sensible, passionnant. Mais pas cet hommage. Ou ce sera vraiment par passion pour l'imparfait du subjonctif.

Il avait trouvé. Il allait peindre un arbre, tout simplement. Aussi grand que nature. Ce serait le coeur du tableau- au lieu de la route, comme dans ses toiles représentant des trajets. L'arbre était un héros. Il servait humblement l'homme en captant l'oxygène, en le chauffant de son bois, en lui donnant de l'ombre. Il incarnait le cycle de la vie en se couvrant tour à tour de bourgeons, de feuilles, de fleurs, de fruits, de neige. Aucun arbre n'était identique à un autre.

Râté totalement, poulette. Mais les avis sur Babelio me prouvent que ce roman contribue malgré tout à faire découvrir et aimer l'artiste, alors, alors merci quand-même.Mais pourvu que ton roman ne fasse omettre le public d'aller à la source si accessible et chatoyante du verbe de Hockney.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Nadine
le Mar 9 Oct - 9:57
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Catherine Cusset
Réponses: 4
Vues: 303

Christian Dedet

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

Tag biographie sur Des Choses à lire Le_sec10

Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »

Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »



mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice
par Tristram
le Jeu 4 Oct - 0:14
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Christian Dedet
Réponses: 5
Vues: 295

Pascale Fautrier

Pascale Fautrier et son livre : Hildegarde de Bingen, un secret de naissance

Tag biographie sur Des Choses à lire 97822210

L'ouvrage de Pascale Fautrier a bénéficié d'une documentation abondante de la part de cette universitaire mais aussi comme dit précédemment des travaux poussés de l'historien Franz Staab, ce dernier ayant débroussaillé le terrain en établissant l'origine d'une lignée noble d'Hildegarde. Pascale Fautrier précise le lignage de haute volée de cette future sainte établie Docteure de l'Eglise par le Pape  (Allemand, ce qui n'est pas anodin) Benoît XVI en 2012.
Elle se livre dans cet ouvrage à une veritable enquête historique sur les origines de la future abbesse, dénonçant les erreurs commises jusque là par les historiens qui l'ont précédée dans ces recherches, notamment Florence Pernoud qui s'était attachée à en faire une "petite abbesse" inconnue une grande partie de sa vie, faisant de son couvent des bords du rhin un lieu "obscur", Fautrier démontre  que l'abaissement de la condition sociale d'Hildegarde de Bingen par Florence Pernoud relève d'une intention hagiographique et d'héroïsation féministe, en minorant le rôle et la place d'Hildegarde elle déguise la vérité pour lui attribuer une "grandeur miraculeuse".
Ainsi de cette phrase de Florence Pernoud : "Le Pape lisant devant cette immense assemblée l'oeuvre de la petite religieuse (sic) jusqu'alors inconnue (sis), sauf de son entourage proche, c'est un spectacle surprenant". Elle démontre que le comportement de Pernoud relève d'une lutte contre l'historiographie misogyne des XIX et XX° siècles niant le fait que de grandes figures de femmes puissantes aient existé dans l'histoire. Mais cette attitude tend à minorer socialement et psychologiquement l'existence de ces femmes, on combattrait la subalternité des femmes en les transformant en des subalternes..? Rétablir la vérité, la réalité de l'oeuvre, de la vie, de la naissance, des origines de Hildegarde de Bingen tel est le principal but de ce livre.
L'oeuvre elle même d'Hildegarde est abordée, mais pour la relier à ce qui a fait d'elle ce personnage, ainsi une hypothèse : le penchant d'Hildegarde pour l'étude, la connaissance des plantes viendrait de la branche familiale d'origine Souabe (les Souabes ont été un peuple barbare animiste des IV et V° siècles, lorsque Hildegarde vivait quatre ou cinq siècles ce n'était pas grand choses, changer de mentalités à ces époques ne se faisait pas en quelques générations. Hildegarde apparentée au carolingiens, aux capétiens, aux familles du Saint Empire Romain Germanique n'avait rien à voir avec une petite inconnue de basse condition.
Ce livre nous livre une foultitude de renseignements sur cette époque contemporaine des croisades, des batailles au sein de l'église, de la naissance d'un empire germanique (dont le folklore nazi s'est par la suite inspiré)
On pourrait disserter des heures sur ce bouquin que je vous recommande de lire, surtout aux férus d'Histoire, vous ne serez pas déçus, c'est de l'histoire documentée et non romancée comme de nombreux "historiens" de notre époque se font les chantres abusifs...


mots-clés : #biographie #conditionfeminine #historique #moyenage
par Chamaco
le Jeu 27 Sep - 18:15
 
Rechercher dans: Biographies et correspondances
Sujet: Pascale Fautrier
Réponses: 14
Vues: 1580

Revenir en haut

Page 1 sur 5 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Sauter vers: