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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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100 résultats trouvés pour biographie

Santiago H. Amigorena

Le ghetto intérieur

Tag biographie sur Des Choses à lire 41k2km10

En exergue : Réagir de façon adéquate à l’incommensurable était impossible. Et celui qui exige cela des victimes devrait exiger du poisson jeté sur la rive qu’il se dépêche de se faire pousser des jambes pour retourner à petits pas dans son élément humide.

Günther Anders
Nous, fils d’Eichmann



Vicente a quitté sa Pologne natale, sa mère, son frère et sa sœur. S’éloigner de sa mère, prendre son indépendance, après la guerre aux côtés de Józef Piłsudski où il avait gagné ses galons de sous-officier.  Il débarque à  Buenos Aires en Argentine en 1928. Il était avec son ami d’enfance Ariel.

Il rencontre Rosita dont les parents sont aussi juifs et émigrés, ils se marient. Gère un magasin de meubles confié par son beau-père. Naissent 3 enfants. La vie est heureuse pour eux jusqu’à ce que la deuxième guerre éclate en Europe ; lui qui ne se sentait pas du tout Juif, ni Polonais depuis de nombreuses années va sombrer quand il recevra des lettres de sa mère qui lui confie leur vie dans le ghetto de Varsovie. Rongé par la culpabilité d’avoir laissé sa mère en Pologne, de ne pas avoir insisté afin qu’elle le rejoigne ainsi que sa sœur et son frère,  il se réfugie dans le silence, puis se perd dans le jeu.

Rosita ne comprend plus Vicente, elle ne reconnait plus l’homme qu’elle a aimé, épousé, qui les ignore elle et leurs enfants. Mais Vicente n’arrive plus à s’intéresser à eux il n’est plus que vide. Il s’emprisonne dans son ghetto intérieur. Il fait des rêves récurrents qui le déchirent ; le mur de son rêve qui l’emprisonne, il comprend enfin que c’est « sa peau » ; il étouffe dans son corps, sa tête. Aux questions qu’il se pose, il ne peut répondre, et il rejette le secours de sa femme, de son meilleur ami, Ariel.

« Pourquoi jusqu’à aujourd’hui j’ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ?

« Vicente voulait faire taire les voix des autres, les voix autour, et sa voix à lui aussi. Ou plutôt, il voulait faire taire ses voix : celle qui lui faisait encore, rarement, prononcer des mots que les autres pouvaient entendre et aussi cette autre voix, muette, intérieure qui lui parlait de plus en plus et qui résonnait parfois comme celle d’un ami intime et parfois comme celle d’un dieu étranger – la voix de sa conscience. »

Les informations qu’il recueille dans la presse le conforte dans son besoin d’isolation, car tout est imprécis et il ne peut qu’imaginer. Il se perd dans ce qu’il imagine, dans des détails qui lui semblent essentiels, comme l’idée que le châle de sa mère doit lui être autorisé.

« En 1941, être juif était devenu une définition de soi qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d’êtres humains – et qui devait, également, les terminer. »

« Maintenant, il se sentait juste de plus en plus juif – sans que cela le soulage en quoi que ce soit. »


Ce n’est qu’à la fin de la guerre que lui, comme le monde connaîtra la réalité de la tragédie qui s’y est déroulée pour les Juifs d’Europe, le génocide, la Shoah !



Terrible exil intérieur que vit le narrateur, cet enfermement,  ce choix de se taire,  car se taire c’est ne plus exister ; se punir de n’être pas en Pologne, aux côtés de sa mère, de sa famille ?

C’est aussi le sujet de l’identité qui est posé.

En regard de l’évolution du ressenti de Vicente l’auteur déroule les événements en Europe. La progression de l’extermination s’inscrit aussi par les différents « noms » donnés aux actions et exactions nazies et c’est déjà odieux !
- Le repeuplement vers l’est (après qu’ait été envisagé l’opération Madagascar projekt)
- La grande action
- Le chemin du ciel (vers les douches)
- L’installation spéciale
- Le traitement spécial
- La solution finale

Comme tant d’autres livres c’est un devoir de mémoire, là tout particulièrement, devoir personnel, familial pour l’auteur puisqu’il s’agit de l’histoire de son grand-père Vicente Rosenberg et à travers lui de son arrière grand-mère morte dans les camps, ainsi d’ailleurs que le frère et la belle-soeur de Vicente.

L’auteur précise en avant du récit « À Mopi, qui l’a écrit avant moi » ; Mopi se trouve être l’écrivain et membre de la famille Martin Caparros.

C’est une lecture à faire !



Mots-clés : #biographie #deuxiemeguerre #devoirdememoire
par Bédoulène
le Sam 21 Sep - 15:41
 
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Sujet: Santiago H. Amigorena
Réponses: 3
Vues: 67

Vladimir Nabokov

La vraie vie de Sebastian Knight

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(Couverture de Lucian Freud)

Peu après Roi, dame, valet, et surtout La Défense Loujine, notre féru d’échecs met en scène le cavalier ; le thème principal est au moins partiellement le même que dans son précédent roman, Le Don : biographie d’un écrivain, création littéraire.
Le narrateur, V., entreprend donc d'écrire la biographie de son demi-frère aîné, célèbre romancier brusquement décédé. Dans son amour (qui paraît n’avoir pas été payé de retour) pour ce proche qu’il a finalement peu connu, il semble victime de l’ascendant de ce dernier, auquel il s’identifie aussi plus ou moins. Et dans sa tentative d’exploration par l’écriture d’une vie méconnue, il butte répétitivement sur la difficulté à exprimer la personnalité d’un proche qui disparaît sans que l’on puisse vraiment le connaître.
« Ne perds pas de vue que tout ce qu’on te dit est en réalité triple : façonné par celui qui le dit, refaçonné par celui qui l’écoute, dissimulé à tous les deux par le mort de l’histoire. »

Avec une caricature d’enquête et l’exposé de rêves judicieusement ininterprétables, Nabokov fait usage des souvenirs d’enfance et de minutieux détails dont il a le goût, avec celui d’égarer son lecteur…
Un humour très subtil joue avec les allusions autobiographiques, comme la fine critique de l’Angleterre qui l’accueillit en exil, au travers notamment du premier biographe et ancien secrétaire de Knight, Goodman. De même, le narrateur a suivi un cours d’écriture pour se lancer dans cette rédaction, et c’est l’occasion de tourner en ridicule le métier des lettres en général.
On retrouve Mademoiselle O, la ronde gouvernante suisse de Vladimir enfant et sa fratrie, celle-là même de la nouvelle éponyme et de l’autobiographie Autres rivages :
« Elle s’appelait, elle s’appelle toujours Olga Olegovna Orlova : allitération oviforme qu’il eût été bien dommage de garder pour soi ! »

Ce portrait est aussi l’opportunité de celui, plein de perspicacité, de l’exilé ‒ émigré, expatrié :
« Ce fut pour découvrir là-bas l’existence d’un asile pour vieilles Suissesses ayant été institutrices en Russie avant la Révolution. Comme me l’expliqua le monsieur très aimable qui m’y guida, elles "vivaient dans leur passé", passant leurs dernières années – et la plupart de ces dames étaient décrépites et retombées en enfance – à comparer leurs impressions, à nourrir de l’une à l’autre de mesquines inimitiés, et à dénigrer le train dont allaient les choses dans cette Suisse qu’elles avaient redécouverte après avoir si longtemps vécu en Russie. Ce qu’il y avait de tragique dans leur cas c’était que, durant toutes ces années passées dans un pays étranger, elles étaient demeurées absolument imperméables à son influence (au point de ne même pas apprendre les mots russes les plus simples), et même un peu hostiles à leur entourage – combien de fois n’avais-je pas entendu Mademoiselle se lamenter sur son exil, se plaindre qu’on lui manquât d’égards ou qu’on ne la comprît pas, et soupirer après sa belle terre natale ! – mais quand ces pauvres âmes flottantes revenaient chez elles, elles se découvraient complètement étrangères dans une patrie transformée, – si bien que, par un étrange tour de passe-passe sentimental, la Russie (qui, dans la réalité, avait été pour elles un abîme inconnu qui grondait sourdement au-delà du coin éclairé par la lampe dans une chambre mal aérée donnant sur la cour, enjolivée de photographies de famille dans des cadres de nacre et d’une aquarelle du château de Chillon), la Russie inconnue revêtait à présent l’aspect d’un paradis perdu, d’un lieu vaste, vague mais rétrospectivement amical, peuplé de regrets illusoires. »

Mais l’essentiel n’est pas là : le thème de la biographie… est mis en abîme dans la biographie elle-même !
« Auteur écrivant biographie imaginaire recherche photos de messieurs, air compétent, sans beauté, posés, ne buvant pas, célibataires de préférence. Acheteur photos enfance, adolescence, âge viril, pour reproduction dans ledit ouvrage. »

« …] dans le premier livre de Sebastian, L’Iris du miroir (1925), l’un des personnages secondaires est une charge extrêmement comique et cruelle d’un certain auteur vivant que Sebastian trouvait nécessaire de fustiger. »

« Le sujet de son [dernier] livre est simple : un homme se meurt : vous le sentez, tout au long du livre, en train de sombrer [… »

Parodie dans la parodie :
« Ainsi qu’il le fait souvent, Sebastian se sert ici de la parodie comme d’une sorte de tremplin pour bondir dans la région la plus élevée du grave et de l’ému. »

Le, ou un des projets (?) de l’auteur :
« C’est comme si un peintre disait : "Attention ! je m’en vais vous montrer non la peinture d’un paysage, mais la peinture des différentes façons de peindre un certain paysage, et je suis sûr que de leur fusion harmonieuse naîtra à vos yeux le paysage tel que je veux que vous le voyiez." »

Ce roman est à la fois un plaisir de lecture spirituelle, une complexe exposition des conceptions littéraires de l’auteur et du problème de la « parfaite solution » d’un écrivain, une méditation sur le destin (avec prestidigitateur), une approche métaphysique de l’existence et de la mort. Sans comprendre complètement le propos de Nabokov, j’ai quand même saisi que celui-ci est parvenu à mettre du sens dans son livre !
Ainsi, il semble que l’histoire demeure perpétuellement bloquée à deux mois après le décès de Sebastian Knight…
Donc méandreux en diable :
« Le nœud le plus ardu n’est qu’une corde sinueuse ; résistant aux ongles, mais en réalité simple affaire de boucles indolentes et gracieuses. L’œil le défait, cependant que les doigts maladroits saignent. C’était lui (l’homme qui se mourait) ce nœud, et il allait être sur-le-champ dénoué, si seulement il trouvait le moyen de ne pas perdre le fil. Et pas seulement lui, mais tout serait débrouillé, – tout ce qu’il pourrait concevoir en fonction de nos puériles notions d’espace et de temps, l’une et l’autre, énigmes inventées par l’homme à titre d’énigmes, et par suite, revenant nous frapper : boomerangs de l’absurdité… Il avait à présent saisi quelque chose de réel, qui n’avait rien à voir avec aucun des sentiments ou pensées ou expériences par lesquels il pouvait avoir passé dans “le jardin d’enfants” de la vie… »

Sinon, l’astuce de la fausse biographie (d’un écrivain) n’est pas nouvelle, mais son traitement plein de malice par Nabokov me fait y soupçonner une source de l’inspiration de Philip Roth, David Lodge et/ou Enrique Vila-Matas (et je me demande si Nabokov a lu Henry James).

Mots-clés : #biographie #ecriture #portrait
par Tristram
le Ven 6 Sep - 0:27
 
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Sujet: Vladimir Nabokov
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Mikhaïl Boulgakov

Le roman de monsieur de Molière

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Il s'agit d'une biographie romanesque, où l’importance du vécu dans la création chez le fameux dramaturge m’a marqué ; il est vrai que la part de l’observation, sans même parler d’autobiographie, ne peut être que majeure chez un satiriste, a fortiori doué d'autodérision.
Passage notoire chez les précieuses ridicules, terrain particulièrement propice à l’ironie de Boulgakov :
« Il y eu Bossuet, qui se rendit par la suite célèbre en ne laissant pas passer un cadavre de quelque renommée en France sans prononcer sur la tombe de celui-ci un sermon inspiré. »

En connaisseur, Boulgakov se permet une appréciation personnelle :
« Molière avait bien raisonné : les censeurs du roi ignorent que tous les remaniements qu’on peut apporter à une œuvre ne changent pas d’un iota son sens profond et n’affaiblissent en rien l’indésirable influence qu’elle peut avoir sur le spectateur. »


Mots-clés : #ancienregime #biographie #historique #théâtre
par Tristram
le Ven 16 Aoû - 13:09
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Eric Plamondon

Tag biographie sur Des Choses à lire 21078110

Hongrie-Hollywood express


Originale : Français, 2013

CONTENU
présentation (en grande partie) a écrit:Dans ce premier tome de la trilogie 1984 que l’auteur compte comme une année charnière (personnelle?), un certain Gabriel Rivages (Alter-Ego de l’auteur) raconte le siècle et la vie du petit Janos Weissmueller devenu Tarzan au cinéma. Et c'est tout le patchwork américain qui s’anime, des exploits sportifs qui font rêver la planète tout entière aux soubresauts de l'underground littéraire, des gloires de Hollywood aux déclins obscurs. Burroughs vend des taille-crayons, Al Capone domine Chicago, Albert Einstein croise un chasseur d'écureuils, le record du monde du 100 mètres nage libre passe sous la minute, un comptable véreux s enfuit avec la caisse et un mythe vivant finit placier dans un restaurant de Las Vegas.

De Montréal aux îles Bikini, Éric Plamondon nous promène avec finesse et jubilation dans l'histoire culturelle de la grande Amérique.


REMARQUES :
Et cette promenade il le fait par ces touches « mosaïques » d’à peine une page, en 90 chapitres en total. Style Plamondon ! On saute de bribes de la vie de Janos Weissmueller de la Hongrie et son arrivée à l’âge d’un an à Ellis Island, à la découverte de la nage à Chicago, puis ses exploits aux Jeux Olympiques de Paris et Amsterdam en 1924 et 1928. Avant qu’il ne devienne la vedette la mieux payée de Hollywood, en jouant le rôle de Tarzan dans une dizaine de films. Mais cette montée vertigineuse sera accompagnée, suivie par une descente pareillement vertigineuse… jusqu’au quasi-oubli dans une mort au Mexique.

Mais ce qui est esquissé ici d’une façon chronologique, Plamondon le raconte parfois en revenant sur ses pas ou en anticipant et il fait intercaler par des bribes d’autres histoires, rendant compte de la vie d’autres personnes, voir même de narrateurs « Je » le temps d’un chapitre. Entre autre alors Gabriel Rivages.

Cela est intelligent et aéré à la fois. Juste que peut-être il y a de ces mini-chapitres qu’on arrive pas à placer ? Ou moins moi. Mais cela ne change pas le plaisir en général et aussi d’un coté l’admiration devant un prodige de la natation et son exploitation, sa chute… Hollywood !

Mots-clés : #biographie #contemporain #portrait
par tom léo
le Dim 28 Juil - 18:38
 
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Sujet: Eric Plamondon
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Guy Goffette

Verlaine d’ardoise et de pluie

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Dédiée à Jacques Réda, voilà une suite de six textes à propos de la vie de Verlaine.
Un pays sur la route fait référence au poème Va ton chemin et a pour thème la marche-cheminement du poète, au moment de son agonie. Celle-ci sera le fil conducteur des textes :
« On dit que la mémoire, avant de tourner la page, dresse encore sa table des matières et trace un vivant résumé. Toutes les scènes marquantes sont reprises et serrées comme un poing. Le film se déroule au ralenti dans le temps d’un éclair. C’est l’heure où les aveugles voient, où les sourds entendent, et Caïn même, au fond de sa retraite, a beau se fermer les yeux, il voit ce qu’il a fui. »

Les bocals sont ceux où sa mère conservait ses trois aînés mort-nés, comme un répons visionnaire de ses trois amours, Elisa, Arthur, et Lucien (la cousine-grande sœur, « l’ange dromomane »-« homme aux semelles de vent », le protégé-fils adoptif).
Une infusion de Verlaine, c’est celle qui tua son grand-père apoplectique, poivrot invétéré ‒ bon sang ne saurait mentir…
« Parce qu’un vieux fond de mélancolie (d’où tenu ?) l’a traîné sur des chemins de fortune et jeté dans les bras de mille fées vertes sans vergogne. »

La mort de la vierge, c’est la Saskia de Rembrandt, que Verlaine reconnaît en Mathilde sa future épouse ; et la « vierge folle », c'est aussi Verlaine avec « l'époux infernal »...  
De schiste et de pluie : l’incipit, déjà, évoquant l’ardoise sous la pluie, renvoie à l’Ardenne, région originaire pour Verlaine et l’auteur :
« Le schiste est un soleil refroidi, enfermé dans la pierre. C'est une fleur aussi, plusieurs fois millénaire, quelque chose entre le coquelicot et le chardon, en plus éteint, mais qui s'irise encore à certaines heures du jour, les plus fragiles. Au petit matin, par exemple, et à l'entrée du soir. »

La Maison des couleuvres : comme une fidélité définitive, au bout de la route, au pays d’origine...

A la lecture de cette biographie poétique qui se réfère sans cesse à l'œuvre de Verlaine, mais aussi de Rimbaud, j’ai rapidement songé à Michon, pour le thème comme pour le style.


Mots-clés : #biographie #poésie
par Tristram
le Lun 8 Juil - 22:58
 
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Sujet: Guy Goffette
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Vassili Peskov

Les ermites de la Taïga

Tag biographie sur Des Choses à lire 41suby10

Original : «Таёжный тупик» (1990)

" Dans ma longue vie de grand reporter, dit Vassili Peskov - qui travaille depuis plus d'un demi-siècle pour le même quotidien moscovite, la Komsomolskaya Pravda -, j'ai pu côtoyer de près des célébrités hors pair qui m'ont beaucoup impressionné. Je pense entre autres au maréchal Joukov, au cosmonaute Youri Gagarine, au savant voyageur Thor Heyerdahl... Mais la personnalité la plus intéressante que j'aie connue, la plus fascinante, la plus attachante aussi, reste à mes yeux celle d'Agafia Lykova. " Née en 1945 dans la forêt sibérienne, Agafia est la dernière survivante de la famille Lykov, retirée loin de toute habitation depuis 1928 (1938 selon d’autres sources ?) dans la taïga pour une incroyable robinsonnade d'un demi-siècle, puis " découverte " en 1978 par un groupe de géologues. Depuis 1982 Vassili Peskov rendait régulièrement visite à Agafia et révéla l'aventure dans ce premier livre qui fut « Ermites dans la taïga » (publié en 1990), qui s'achève sur le désir d'Agafia de continuer à vivre solitaire et en autarcie.

Mais tout cela ne fut pas un pur accident, et il est à croire que la famille Lykow avait cherché pour des bonnes raisons la solitude et la réclusion. Appartenant au groupe des vieux-croyants, église schismatique issu du « Raskol » du 17ième siècle, ils ont probablement fui les persécutions de Staline. Peut-être ce livre fascinant qui nous rappelle nos désirs de Robinsonade et d’autarcie (légèrement idéalisée !), met l’accent sur la vie, oui, la survie dans des conditions simples. Aussi nous accompagnons Agafia dans ses « premiers » contacts avec le monde extérieur, dans un voyage, ses prises de conscience du monde vaste. Mais tout cela ne devrait pas faire oublier que cette famille n’a pas juste vécu ce que certains puissent considérer comme un calvaire, mais qu’ils ont fait un choix de vie très fort et exigeant. Ils se sont reposés sur une foi quasiment inébranlable qui n’avait pas besoin de beaucoup. C’est à se demander comment on peut vivre une telle isolation, solitude ? Comment se fait le contact avec le monde extérieur ? Est-ce qu’alors une telle vie peut (aussi !) rendre un sens à l’existence, voir rendre heureux?

Une lecture fascinante à travers laquelle on s’attachera à Agafia…

Et voici une photo d’elle :
http://sarawastibus.files.wordpress.com/2010/04/agafia1.jpg



Mots-clés : #biographie #solitude #temoignage
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:23
 
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Sujet: Vassili Peskov
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Laetitia Colombani

Les victorieuses

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Le récit de ce livre se déroule en alternance à notre époque et en 1925/26.

Solène est avocate en pleine déprime pour avoir assisté au suicide de son client suite à sa condamnation et qu'elle est déjà éprouvée par l'abandon de son compagnon.  Son médecin lui conseille de faire du bénévolat, pour sortir de soi, car elle n'envisage plus de retourner au cabinet d'avocats. une annonce attire son attention :

« Mission d’écrivain public. Nous contacter.
A la lecture de l’annonce, Solène est parcourue d’un étrange frisson, Ecrivain. Un mot seulement, et tout lui revient.
A l’adolescence elle rêvait en secret de devenir écrivain. Elle s’y voyait déjà, assise à un bureau sa vie durant, un chat sur les genoux comme Colette, dans une chambre à soi telle Virginia."


Elle prend donc rendez-vous avec l’association « la plume solidaire », elle a les compétences requises ; elle devra donc 1 heure par semaine assurer une permanence au « Palais de la femme », en fait un foyer pour femmes,  lequel se situe dans un quartier défavorisé, elle sera donc l'écrivain public  pour les résidentes.

Maladie, addictions, surendettement, handicap, migrantes « toutes savent la violence, l’indifférence. Toutes les femmes du foyer  se tiennent à la lisière de la société. Solène se transformera à leur contact ; elle recevra les confidences de certaines et elle sera acceptée. La misère physique, morale, sociale lui sautera aux yeux, sans fard. Elle s’engagera, transformée  par sa mission au foyer qui sera son initiation à la réalité de cette misère aux multiples visages,  langues, religions.
« Le voilà le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie. »

Son premier grand succès s’appellera Lily, une SDF qui’ elle voyait tous les jours, devant la boulangerie et qu'elle sortira de la rue.

1925/1926 :

« Et vous ? Qu’allez-vous faire de votre vie ? lance-t-elle à Blanche. La jeune fille est saisie. Ces mots résonnent en elle comme une voix claire dans une cathédrale ; Comme un sursaut. Comme un appel. Ils font écho à cette phrase d’un texte entendu au temple, qui l’a intriguée : Quitte tout et tu trouveras tout. »

Blanche Peyron sera l’une des premières « Salutistes » française, porteuse des trois S « soupe, savon, salut »
C’ est la devise sous laquelle le pasteur William Booth fonde l'Armée du salut.

« La petite mondaine » comme on la surnommait,  s’engage dans l’Armée (du Salut créée par William Booth). Elle va intégrer l’Ecole militaire de Paris.  En cette année 1925 à Paris, les salutistes sont conspués, rejetés, la ville est catholique et cette armée de protestants n’est pas bienvenue.

Blanche et son mari Albin seront des Salutistes actifs, ils participeront à la création de plusieurs structures en faveur des nécessiteux Femmes et Hommes de toutes religions, nationalités….. : Le Palais du Peuple, le Refuge de la Fontaine au Roi, l’Armoire du Peuple, la Soupe de minuit….

Il en a fallut du courage et de la détermination aux premiers Salutistes mais  Blanche en avait pour tous et avec le soutien indéfectible d’Abin son mari elle arriva à créer ce qui lui tenait le plus à cœur : le Palais de la Femme.

« Pour plaider la cause des démunis, Blanche ne recule devant rien. Elle s’improvise journaliste, chanteuse de rue, oratrice. Elle déambule en femme-sandwich pour vendre la revue de l’Armée, dont elle devient rédactrice. Elle joue de la guitare, du tambourin sur les boulevards […] On a besoin de tout et tout de suite ! «

***

A travers la vie de Blanche Peyron et avec celle de fiction de Solène, l’auteure rend un vibrant hommage à ces « Victorieuses » ces femmes qui se sont battues pour les autres femmes. De beaux portraits de femmes !

1925 : c’est Blanche Peyron qui s’engage, 1954 c’est l’appel de l’Abbé Pierre,  1985 Coluche créé les Restos du Cœur, de nos jours, le Droit au logement,  l’association Utopia et tant d’autres oeuvrent pour les démunis, les rejetés……….

La condition féminine se révèle : l'interdiction aux femmes de posséder un compte en banque, le port du pantalon etc...

La misère toujours. Mais toutes ces femmes qui sont dans le Palais, dans des Foyers sont aussi des victorieuses car malgré ce qu’elles ont subies elles sont encore en vie et beaucoup gardent l’espoir.

C’est une lecture émouvante et nécessaire. Nul n’est à l’abri ! L' aumône quel mot humiliant !


le Palais de la Femme :
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le couple Peyron :
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Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #social
par Bédoulène
le Lun 27 Mai - 20:39
 
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Sujet: Laetitia Colombani
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Vues: 181

Colum McCann

Danseur :

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Des forêts de l'Oural aux clubs de l'underground new-yorkais en passant par Leningrad et les hauts lieux de la jet-set internationale, un roman flamboyant porté par une écriture âpre et riche où se dessine une somptueuse histoire d'amour, d'art et d'exil.

En 1944, dans un hôpital soviétique, Rudik, six ans, danse pour son premier public : aucun des soldats mutilés n'oubliera cet instant éblouissant... Dès lors, ce fils de paysan sait. Il sait qu'il ne reculera devant rien : mentir à sa mère, braver la colère du père, endurer brimades et humiliations. Pour danser comme il le doit, il ira jusqu'à s'exiler à jamais.
Travailleur acharné, obsédé de beauté et de perfection, Rudik fascinera tous ceux qui croiseront sa route, leur offrant le sentiment d'avoir côtoyé un ange ou un démon, un vrai génie, un monstre de sexe et d'excès.

Une icône du xxe siècle : Noureïev.

Présentation de l'éditeur.

Il y a longtemps que je voulais lire ce livre : un récit sur un personnage hors du commun et un écrivain qui sait nous emporter.
Je remettais et ces derniers temps, comme on me parlait beaucoup de l'URSS du xxième siècle, je me suis dis que c'était le moment !

Et j'ai fait une très belle lecture.

Fascinée par la vie de Noureiev , l'écriture de Colum McCann m'a littéralement captivée.
Ce petit garçon qui, par la danse, va connaître une vie exceptionnelle, vie qui le consumera et dans laquelle il se jette avec toute la fougue des premières découvertes...

Mais la richesse de ce roman tient également aux personnages secondaires que Colum McCann nous fait vivre avec force détails.
J'ai particulièrement aimé la famille D'Anna, la première professeur de Rudik - son mari, relégué, lui lit de la poésie chaque soir drunken avant qu'elle ne s'endorme - et cheminer auprès d'eux au fil des pages m'a donné envie de mieux connaître ce pays dont on me parlait depuis un moment et m'a mis un autre livre dans les mains...

C'est cela une belle lecture : celle qui a le pouvoir d'en susciter une autre !

Merci Monsieur McCann pour l'émotion.



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Mots-clés : #amour #biographie
par kashmir
le Dim 12 Mai - 18:59
 
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Sujet: Colum McCann
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Vues: 450

Felix Timmermans

La harpe de Saint François

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Titre original: De harp van Sint Franciscus, paru en 1933, roman, 245 pages environ, 15 chapitres, traduction et avant-propos par Camille Melloy.


Que l'exercice de l'hagiographie soit particulièrement ardu, le fait est peu contesté.
Histoire, peut-être, d'ajouter encore de la difficulté, Timmermans choisit celle d'un des saints les plus notoires, l'un de ceux dont l'intercession est toujours invoquée avec la même constance depuis des siècles, et sur lequel il a énormément été écrit (et qui, lui-même, nous a laissé des écrits, et un Ordre toujours bien vivant et actif de nos jours).

Tout ces écrits, Timmermans les a lus, médités. De cette somme de lecture, il dit avec une humilité toute...franciscaine, en guise de conclusion à l'ouvrage:
Ainsi me suis-je représenté ces choses après avoir lu les livres que les savants ont écrits sur cette belle vie.
Ainsi les ai-je vues s'accomplir. Et ces images, je les ai dédiées à ma femme et à mes enfants, au Révérend Giuseppe Pronti, prêtre d'Assise, et à quelques humbles gens de notre rue, en l'honneur de saint François.

Complétons un peu cet assaut de grande modestie (normale, vu le sujet):

- Tenter d'appréhender la mystique à l'approche de François ne l'effarouche guère, il n'élude pas le thème, ni le réduit à une observation clinique, encore moins à un foisonnement cédant au merveilleux, au fantastique, à l'imaginaire (bref lles travers les plus pénalisants sont évités).

- L'historicité comme discipline technique n'est pas le but de l'ouvrage, toujours est-il qu'autant qu'il me soit donné de pouvoir en juger, Timmermans reste toujours en phase avec celle-ci, comme un cadre imposé, mais ne réduit jamais son propos à l'"approche historique de...".
Peut-être un point ou deux (mineurs) me font tiquer, comme le fait que la mère de François était provençale et non française, ce qui était très distinct à l'époque, et que donc lorsque, jeune, il s'envisageait troubadour (et non trouvère comme indiqué) c'était en provençal et non en français qu'il chantait, langue dans laquelle il entonnera psaumes et cantiques par la suite.

- Tendresse, délicatesse, poétique rurale et naturaliste, humilité, petites gens, pauvreté -grande qualité des cœurs simples, sont les grands ingrédients de sa recette (autant de qualificatifs qui jalonnent, si j'ai bien compris son œuvre). Seul bémol sur son approche, à mon humble avis, elle est à tout le moins doloriste (à l'excès ?).

- Quand Timmermans veut bien desserrer le frein à main du lyrisme (il ne le fait jamais longtemps, du moins jamais assez longtemps à mon goût), le peintre qu'il est aussi n'est jamais loin, et nous avons là des passages de haute tenue qui donnent envie de se plonger plus avant dans ses écrits, comme:

Chapitre 8, Une couronne de roses et d'épines a écrit:
Un tournoi venait de finir, un autre allait commencer. Les trompettes allaient sonner, lorsque tout à coup, sans être invité ou attendu, un petit moine se tint debout au milieu de l'arène. Les spectateurs étaient surpris, mais avant qu'on eût pu crier un mot pour ou contre, François se mit à chanter la strophe d'une ballade, puis à prêcher sur la grande valeur d'une vie pénitente. Il était là, hirsute, émacié, déguenillé, - parlant et criant à toute cette noblesse et tous ces maîtres du pays. Ses gestes étaient vifs, sa voix aigüe, et par moments son ardeur l'emportait à tel point qu'il dansait presque. Et tous l'écoutèrent - comme on écoute le tonnerre et la musique, dans un silence tel qu'on entendait frissonner les bannières et les oriflammes dans l'air. Il y eut des larmes, des paupières baissées, des cœurs battants,  des soupirs. Et lorsqu'il s'en alla, ce fut dans un grand enthousiasme d'ovations et de voiles agités.  


Sur la richesse de sa palette descriptive, richesse contenue, non foisonnante, précise, efficace, Timmermans-peintre ne faisant qu'un avec l'écrivain - comment ne pas évoquer les peintres flamands, surtout lesdits "primitifs":

Chapitre 6 Des poètes par douzaines a écrit:
La nuit tombée, la pluie redoubla. Les gouttes égrenaient d'interminables rosaires à travers le toit sur leurs capuchons, sur leurs pieds nus, dans le petit feu fumant de bois humide. À certains moments, la fumée était si épaisse dans la cabane qu'il valait encore mieux se tenir dehors, sous la pluie. Mais frère Genièvre agitait son manteau pour dissiper la fumée. François proposa une belle méditation sur la pauvreté de la Sainte Vierge; ils récitèrent et chantèrent ensuite quelques psaumes; enfin, ils se couchèrent: il leur suffisait, pour être au lit, de s'étendre où ils se trouvaient. L'âcre fumée du petit feu demeura suspendue sous le toit. Par les fentes, l'eau tombait, avec un bruit mat, sur leur bure mince. La nuit grimpait lentement sur la terre.  






Mots-clés : #biographie #historique #moyenage #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 27 Avr - 16:15
 
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Sujet: Felix Timmermans
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Nathalie Léger

L'exposition

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Nathalie Léger a écrit:
On pourrait commencer l'exposition par l'œuvre de Fischli et Weiss, Der Lauf der Dinge (Le Cours des Choses , 1986 – 1987), filmées dans leur atelier. C'est un long plan séquence qui enregistre le déroulement d'une série d'événements : un pneu roule, une cuve déborde, une fumée s'échappe, un ballon s'élance, un liquide dévale, une toupie tourne, etc. Chaque événement possède des qualités propres, mais c'est la série qui compte, c'est la syntaxe, le moment de bascule d'un événement vers un autre : un pneu qui frappe une cuve qui libère un liquide qui ouvre une trappe qui lâche la fumée qui fait pression sur un verre d'eau qui déclenche un court-circuit, etc. L'œuvre a l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, chaque incident menace à tout instant de rater son destin d'incident, et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuses et  énigmatiques, c'est-à-dire comme une existence : un peu d'eau sale s'écoule au sol.


On a ici l’explication de toute la démarche de Nathalie Léger. Un sujet qui n’est qu’un « événement », (qui s’intéresse à Barbara Loden, à Pippa Bacca, ou ici à la Comtesse de Castiglione?) : ici une rencontre fortuite d’un catalogue de photos de la fameuse Comtesse dans les rayons d’une librairie, le temps d’organiser une exposition qui ne verra jamais le jour.

Autour de cet  « événement » , Nathalie Léger écrit de cette même façon : je la cite à nouveau : « l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, », "et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuse et s énigmatiques. » « Et la série,  cette longue mise en branle de hasards et de savoirs qui ressemble à l'écriture, cet entrechoquement de matières et de qualités, s'achève comme un récit. »

L’ordonnancement de ce chaos, qui met en scène des faits intimes, culturels, réflexifs multiples, des références, citations et allusions, connaît une réussite variable : plus abouti dans La robe blanche  et Supplément à la vie  de Barbara Loden, alors qu’ ici, on se surprend  à se demander si l’auteure ne s’est pas trompée, si elle n’a pas fourni à un éditeur un peu inattentif le dossier  de son travail compulsif de prise de notes, de relevé de citations, de références et allusions, digressions plus ou moins directes, en rapport avec son sujet.

Ce fameux sujet qui est autant un prétexte.
Elle parait  bien singulière, cette Comtesse  redoutée, avec sa curieuse compulsion (elle aussi), tout au long d’une vie,  à mettre sa beauté inégalée en spectacle, par le biais de mises en scène photographiques. Mais au-delà de ce sacré personnage, Nathalie Léger va aborder plus généralement la beauté, l’image, le regard (de l’homme) et la photographie, la vérité et l’illusion qu’elle entretient ; et plus intimement l’écho que cela réveille dans sa vie personnelle et son rapport au couple de ses parents, dont elle conserve, comme nous tous, quelques photographies à bords crénelés.

Au passage, on touche du doigt une connaissance partielle de cette coquette narcissique du Second Empire qui a brièvement séduit l’Empereur,  « dédaigneuse et hautaine », « isolée par sa perfection ». Son  « effort incroyable à se représenter elle-même » , son apparente absence de cœur,  ne sont  que cache-misères face au « gouffre », à la « terreur » d’une femme qui cherche  sa place  au sein du monde « trépidant de la fête impériale », ce royaume  du paraître, ce « règne absolu de la crinoline ». Elle finit seule, cloîtrée, « fatiguée de n’avoir pas été comprise », recluse dans « l’envers déraillé ».

Au-delà de cet effleurement, lié à la volonté déterminée de l’auteure de rester dans une sphère non-biographique, l’œuvre prend par trop l’aspect d’un inachèvement, comme si elle était le brouillon d’une idée séduisante, un travail préparatoire pour les écrits à venir, une mission a priori alléchante, mais trop érudite, trop volontairement disparate dans son obsession, entraînant un étrange sentiment de vanité et de distance, où il paraît difficile de distinguer snobisme et sincérité. Mais elle est aussi pleine de la promesse que vont tenir les si attachantes œuvres à venir.


Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #xixesiecle
par topocl
le Dim 14 Avr - 16:54
 
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Sujet: Nathalie Léger
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Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

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"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : #amour #biographie #deuxiemeguerre #identitesexuelle #politique
par kashmir
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Hélène Jousse

Hélène Jousse

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Hélène Jousse partage son temps entre la sculpture et l’écriture, entre Paris et sa Mayenne natale.
Elle  expose en permanence  à Nantes (Galerie Albane) et à Paris (A galerie, Galerie Martine Moisan) . Elle a exposé en Suisse (Galerie Zabbeni) à Singapour (0pera Galery), à Munich (Galerie Hegemann.) Elle a été représentée à Art Paris par A galerie et à  Art Basel Miami par  la Galerie Cancio Contemporary
Elle a créé le trophée et le logo pour l’institut national du cancer. Elle a aussi collaboré avec la marque Shiseïdo et avec  le coloriste Christophe Robin.
Les mains de Louis Braille est son premier roman.

source: https://www.helenejousse.fr/portrait/

Bibliographie :

- Les mains de Louis Braille, 2019




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Les mains de Louis Braille

Mon avis:
"« Louis est un héros malgré lui, dont personne n’a mesuré en son temps l’ampleur de la découverte, ni aujourd’hui encore, excepté les aveugles dont les doigts tendus parcourent chaque jour les milliers de petits points braille ».
Hélène Jousse répare cet oubli, en mettant à jour et par écrit cet évènement qui a éclairé et qui illumine encore le quotidien des personnes non voyantes qui peuvent accéder à la lecture grâce au système du braille, du nom même de son inventeur, Louis Braille.
Son roman est rédigé sur deux axes : la mission confiée à Constance, dramaturge à succès, qui se voit confier l’écriture d’un scenario sur la vie de Louis Braille. Cette quadragénaire, veuve depuis peu, tente de se reconstruire en se plongeant dans cette mission qui lui a été confiée par Thomas, son producteur attitré. Pour aider Constance dans ses recherches, celui-ci va embaucher un étudiant en Histoire, Aurélien. A eux trois, ces personnages vont faire avancer le récit de la vie de Louis Braille, l’autre axe de ce roman.
L’essentiel de l’histoire va être concentré sur la période durant laquelle Louis Braille est scolarisé dans l’Institut royal des jeunes aveugles.  Il y est intégré à l’âge de dix ans, sous les recommandations de son instituteur du village de Coupvray. Louis a perdu la vue suite à un accident domestique à l’âge de trois ans, mais il a toujours gardé une curiosité intellectuelle conséquente. Et surtout, il a toujours rêvé de savoir lire : « Même si on sait tous que la vie n’est pas dans les livres, il y a dans les livres quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs dans la vie ».
C’est donc à l’Institut royal des jeunes aveugles que la possibilité d’accéder à la lecture va lui être permise. Un capitaine va venir parler d’un système de codage permettant de communiquer en temps de conflit aux élèves de l’Institut. Louis va s’en emparer, le redimensionner et le développer afin de codifier sous forme de points les vingt-six lettres de l’alphabet. Le braille était né.

Un premier roman très bien documenté et très bien écrit. Les personnages sont suffisamment bien construits pour avoir « une âme » et toucher le lecteur. L’écriture est elle aussi efficace et par moments poétique. Le seul point négatif réside dans certaines longueurs liées aux passages introspectifs de Constance. Mais pour un premier roman, c’est clairement une réussite."

Mots-clés : #biographie #handicap
par Valérie Lacaille
le Dim 24 Mar - 17:09
 
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Sujet: Hélène Jousse
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Renato Cisneros

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La distance qui nous sépare

traduit de l'espagnol( Pérou) par Serge Mestre

Dédicace: A mes frères et soeurs dont le père s'appelait comme le mien.

En exergue: Soy hombre de tristes palabras. De qué ténia y tanta, tanta culpa? Si mi padre siempre ponia ausencia: y el rio ponia perpetuidad

                           João Guimarães Rosa La tercera orilla del mundo



Un après midi de 2006, tandis que je lisais L’Invention de la solitude de Paul Auster,je remarquai la photo . Elle était là, juste dans mon champ de vision. Dans deux passages de ce roman-chapitre 7 et 8 de la deuxième partie Livre de la mémoire- Paul Auster narre les prouesses maritimes de deux personnages qui mènent à leur terme une recherche intime du père: Jonas et Pinocchio. L’un est biblique, l’autre littéraire. Je possédais déjà une grande sympathie pour eux: j’appréciais leur rébellion contre leur nature, leur besoin de dépasser ce qu’ils étaient amenés à être. Jonas ne voulait pas devenir un prophète ordinaire. Pinocchio ne voulait pas se contenter d’incarner seulement une marionnette. Jonas renonce à la mission que Dieu lui a confiée- aller prêcher parmi les païens de Ninive- et il fuit en embarquant sur un navire. En pleine traversée, une immense tempête se déchaîne. Jonas sait qu’elle est l’oeuvre de Dieu et demande aux marins de le jeter à l’eau pour faire cesser la fureur des flots. Ils le font. L’orage s’arrête et Jonas coule un instant avant d’être avalé par une baleine, dans le ventre de laquelle il reste trois jours à prier pour son salut. Dieu entend ses prières, pardonne sa désobéissance et demande au monstre de le vomir sur une plage. C’est la même choses qui arrive à Pinocchio. Dans le roman de Carlo Collodi, une énorme vague fait chavirer la barque de Gepetto. Manquant se noyer, le vieux menuisier est entraîné par le courant en direction d’un grand requin asthmatique qui l’avale comme un vermicelle. Le courageux Pinocchio cherche Gepetto sans trêve. Lorsqu’il le retrouve, il le charge sur ses épaules et attend que le requin ouvre la bouche pour s’échapper en nageant dans l’obscurité. Jonas est sauvé des eaux par son père. Pinocchio, lui, sauve son père des eaux. Paul Auster se demande, et je me demande avec lui: est-il vrai qu’on doive s’enfoncer dans les profondeurs et sauver son père pour devenir un homme? Depuis que j’ai lu L’Invention de la solitude, la photo prise à Piura n’est plus seulement la photo de Piura. Elle est devenue une photographie fétiche, de celles qui ont été prises à une certaine époque, mais dont le sens véritable se révèle bien plus tard. A présent, je comprends mieux le rituel de cet enfant de cinq ou six ans qui plongeait d’une façon aussi extraordinaire. Chaque fois que j’observe la photo, ce gamin me renvoie la même inéluctable mission: Lance-toi à l’eau! Cherche ton père!




Renato Cisneros l'a cherché et c'est sa vision que l'on retrouve là dans ce roman-enquête -touffu, sans aucune concession , très honnête et très courageux  qui nous présente un personnage qui, le moins que l'on puisse dire, n'est pas particulièrement attirant.

Un matin,j'ai compris que mon but n'était pas de dessiner un profil, de faire une biographie ou de réaliser un documentaire; j'avais juste besoin de remplir certains espaces vides à l'aide de mon imagination, car mon père était également composé- ou est surtout composé- de ce que j'imagine qu'il fut, de ce que j'ignore et restera toujours une interrogation.


Ni procès, ni éloge, mais la construction fictionnelle d'un homme dans toute sa complexité.

Un livre passionnant pour qui s'intéresse justement à la complexité des relations humaines et particulièrement dans le cadre des familles.


mots-clés : #biographie #regimeautoritaire #relationenfantparent
par Marie
le Dim 10 Fév - 17:12
 
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Sujet: Renato Cisneros
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Flore Vasseur

Ce qu’il reste de nos rêves

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Sa disparition révèle un destin,  une époque et notre tragédie. Il a su lire à trois ans, programmer à huit. À  quatorze ans, il a posé  ses mains minuscules sur le code source du Web. Il a abandonné l’école pour travailler avec son inventeur, Tim Berners-Lee. Il a partagé ses recettes, ses partitions. Il a cru en sa bonne étoile, en son temps. À dix-neuf ans, l’une de ses créations l’a rendu frêle millionnaire. À l’abri, il s’est méfié  peu à peu de son seul pays, Internet. Il a tenté de nous alerter : derrière le miroir aux alouettes se joue une bataille de tranchées pour ce qu’il reste de la liberté, de notre capacité à penser. L’économie de marché a massacré relations, nature et air libre. Nos  cerveaux sont le dernier territoire à brûler.  Le silence des algorithmes remplace peu à peu le bruit des bottes. Il les installe.



Aaron Schwartz, c’est ce garçon de 12 ans à qui  les grands de l’Internet demandaient conseil. C’est ce jeune homme convaincu de la nécessité de l’accès libre et universel  aux savoirs, ce millionnaire malgré lui qui peut enfin appliquer le précepte de son père, « gagner de l’argent puis s’en servir pour aider les autres » .C’est l’un des créateurs des  Creative Commons ( qui permettent n’importe quel auteur de libérer son œuvre du droit de propriété intellectuelle), du flux RSS parenthèse qui permet de choisir d’échapper ainsi à la verticalité algorithme),  de l’Open Library (catalogue de tous les livres publiés), le créateur du site communautaire Reddit. C’est l’activiste acharné qui va prendre d’assaut le système. C’est l’icône des hackers décodeur qui abandonne la programmation pour le combat politique, avec ce vaste programme :
     
« Nous disposons d’un système de communication puissant déployée largement, globalement non contrôlée. Le net sera ce que nous en faisons. C’est à nous de décider. Cela dépend de nous de changer le monde. »  

                                                                                                                                                                              Il s’élève contre la première tentative de  censure du Web aux États-Unis (la SOPA, Stop Online Piracy Act), répond en piratant les banques de données de la bibliothèque universitaire du MIT, ce qui mènera à sa perte, et en rameutant toute la communauté du Web, des internautes lambda aux GAFA pour bombarder les sénateurs de milliers de messages qui finiront par faire plier Obama.

C’est cet homme asocial et charismatique, torturé, énigme pour tous jusqu’à se splus chers amis, qui va finir par se pendre dans son appartement New-yorkais, plutôt que d’affronter une  justice inique, décidée à détruire coûte que coûte cet agitateur dérangeant.

Ce livre, c’est Aaron par ceux qui l’aiment. Ceux qui le détestent ont déjà gagné. Tout raflé. Tout acheté.


Aaron Schwartz,  c’est l’étoile qui continue à guider les hackers, c’est  l’idole  de Flore Vasseur qui livre cette biographie très personnelle, subjective  car passionnée, menée à 100 à l’heure, où elle se livre aussi elle-même, entière, ses tripes , ses colères, ses espoirs. Où elle interroge les moyens que nous voulons nous donner pour lutter contre l’emprise capitaliste qui traque l’argent au détriment de la pensée. Car internet est le lieu de toutes les libertés, de la vulnérabilité du système, détourné en faveur du profit et de l’asservissement des populations,.  IL faut se réapproprier  cette « ultime entreprise de docilité »  pour lui donner une force politique.

Les grands argentiers tenaient les politiques ; les GAFA empoignent directement le cerveau des électeurs. Bientôt, ils seront LA politique. D’ici là, rien, aucune pensée ou prise de recul, ne doit enrayer la machine à clics, leur prospérité, voire leur plan pour le monde. Tôt ou tard, le verrouillage de la pensée au nom du profit deviendra trop évident. La désobéissance civique atteindra la masse critique et menacera l’ultime poule aux œufs d’or. La médiocrité organisée ne suffira plus. Les GAFA se débarrasseront des   derniers simulacres de démocratie, élus et opinions. La censure du Web s’inscrit dans le temps. D’ici là, ils auront noyauté puis asphyxié la presse, la littérature, les arts. Avec eux, le libre arbitre. Il n’y aura rien ni personne pour s’interposer. Ni Aaron.


[après le 11 septembre 2001]  À terme, en mettant la main sur les données personnelles, le Patriot Act offre au capitalisme sa dernière allumette, le Big Data. En fusionnant, économie de marché et État d’urgence accouchent d’un marché de plus de  100 milliards par an : le capitalisme de la surveillance. La folie du projet totalitaire se loge au cœur de l’algorithme  devin, vendu comme figure ultime du progrès. Il faut « vectoriser » les humains. Tout déterminer, asservir.


mots-clés : #biographie
par topocl
le Sam 2 Fév - 10:53
 
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Sujet: Flore Vasseur
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Marie Chaix

Les lauriers du Lac de Constance

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Son père collaborationiste, l’un des proches de Jacques Doriot, Marie Chaix ne l’a guère connu :  née en 1942, il était sans cesse en partance, en mission, puis en fuite, puis en prison.
Elle retrace son parcours en mêlant ce qu’elle a tiré des carnets personnels de son père, de l’image qui lui en a été donnée dans son enfance par son milieu familial, de ce qu’elle a vécu intimement de cette perpétuelle absence, puis de cette faute dénoncée  par l’extérieur étant enfant et adolescente. Qu’est ce qu’être la fille d’un homme inconnu qui préfère sa cause à sa famille pourtant aimée, qui fait le mauvais choix, que tous accusent, qui est emprisonné et risque la peine de mort ? Qu’est ce  que vivre entourée de silences mal gardés ?

Se mêlent donc dans le récit des éléments très historiques, retraçant l’histoire du Parti Populaire Français, et des choses plus familiales, cette femme élégante,  amoureuse perpétuellement fidèle, ces enfants fascinés par un père absent et  charismatique.

Ecrivant ce livre des années après, Marie Chaix fait une réelle œuvre d’écrivain, par un style percutant, très personnel, surprenant, adoptant le point de vue de cette enfant à qui on ne dit pas grand chose, mais qui ressent tout. Son portrait paternel est exempt tout à la fois d’admiration et de critique, dans une tentative d’objectivité rétrospective, mais porteur d’un amour étrange, envahissant, bien qu’en creux. Elle lui reconnaît sa sincérité dans l’erreur, une grande dignité qui n’est pas exempte de courage.

C’est un roman très personnel quoiqu’il appartienne à l’Histoire, avec un réel travail d’écrivaine, qui rapporte des faits objectifs mêlés de façon troublante à la subjectivité du vécu de cette enfant solitaire.


Mots-clés : #autobiographie #biographie #deuxiemeguerre #enfance #famille #historique
par topocl
le Sam 22 Déc - 17:42
 
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Sujet: Marie Chaix
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Jean d'Ormesson

Histoire du Juif errant

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D’Ormesson, à qui il ne déplaît pas de jouer le démiurge (voir La Création du monde, du même), réécrit légèrement l’Histoire en y insérant Ahasvérus le Juif errant à quelques moments-clés, dans les vies plus ou moins légendaires de Chateaubriand, Néron, saint François d’Assise, etc.
Le mythe du Juif errant, c’est dans la pensée collective le symbole de ce peuple coupable, condamné à ne pas/ plus avoir de pays. Mais aussi, c’est le mythe (anti-faustien) d’un homme immortel, le fussgänger, condamné à marcher éternellement à travers le vaste monde en accumulant les expériences, étant doué pour les langues et dénué de souci d’argent (ce qui n’est pas totalement négatif, voir Chemin faisant de Lacarrière). Voir aussi https://www.letemps.ch/societe/lorigine-juif-errant-netait-juif-errant-deconstruction-dun-mythe-travers-siecles
Fort cultivé, effectivement grouillant d’allusions érudites (mais du type conversation de bon ton dans la bonne société, ce qui ménage quand même le plaisir d’en élucider quelques-unes), c’est le bonheur chez l’écrivain de se souvenir et d’imaginer ; humour peut-être trop badin, goût du panache aristocratique assez prononcé ‒ voire une certaine grandiloquence complaisante ‒, métaphysique totalisante et paradoxale, parfois un peu creuse (mais 600 pages, c’est longuet) ; on n’évite pas non plus nombre de lieux communs (et c’est une efficace machine à citations) :
Mais d’abord les Juifs, et en tout premier un mot prêté à Poncius Pilatus :
« L’argent et la religion sont souvent mêlés chez mes Juifs. »

« Les Juifs n’en finissent pas d’être crucifiés par un monde qu’ils comprennent et transforment et dominent mieux que personne. »

« Judas était le traître. Ponce Pilate était l’injuste. Lui était le coupable. Personne autant que lui n’avait jamais été coupable. »

« Je crois qu’être juif est d’abord une idée. »

Autre thème, le temps qui passe, et l’Histoire :
« …] il avait trop de souvenirs pour les conserver tous. »

« L’histoire est une machine à enfermer les gens. […]
‒ Personne ne sait jamais, dit Simon, le sens que prendront ses actions et sa vie ni ce que l’histoire fera de lui. »

« Mais le souvenir n’est rien d’autre qu’une espèce d’imagination, appuyée sur du réel et bloquée par l’histoire. Chacun crée sa propre histoire, chacun invente son réel. »

« Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. […] Naturellement, la mémoire et l’imagination sont appelées à la rescousse et elles font de leur mieux : ce sont toujours la mémoire et l’imagination d’un homme de son époque. […] L’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. »

« Aucun être vivant ne quitte jamais le présent. Le présent bouge tout le temps, et je bouge avec lui. À aucun moment je ne me balade dans l’avenir, à aucun moment je ne m’attarde dans mon passé. Je suis, vous êtes, nous somme tous dans un présent éternel. Le passé ne cesse de s’accroître et le futur de décroître. Seul le présent est à la fois immuable et changeant, seul le présent est éternel. À aucun moment de l’existence nous ne sortons du présent. Et au-delà de moi et de vous, il y a, en avant du passé, en arrière de l’avenir, un éternel présent du monde. »

Et des aphorismes, des méditations et autres pensées diverses :
« Pour vous, qui n’êtes pas immortels, l’amour remplace l’éternité. »

« Moi, je marche sans fin et les yeux dans le vide. Je ne marche jamais vers rien, je m’éloigne plutôt de quelque chose. Et de quoi est-ce que je m’éloigne, toujours en vain, naturellement ? Je m’éloigne de moi-même et de ce que je n’ai pas fait. Mon domaine est l’espace, un espace sans frontières, mon domaine est le temps, et un temps sans limites. J’ignore tout de l’espoir. Je marche et je n’avance pas. »

« De la masse immense de nos livres, et surtout de nos romans, supprimez ce qui ne relève pas des passions de l'amour, je ne dis pas qu’il ne reste rien ‒ il resterait la foi et le savoir, des contes, des fables, des Mémoires, les aventures des hommes, les récits de Conrad, la Critique de la raison pure, la Phénoménologie de l’esprit, des vaudevilles militaires, Alphonse Allais et Kafka, un bout de Polyeucte, le rêve d’Athalie, la Bhagavad-Gîtâ et le Popol Vuh, des fragments de Don Quichotte et de Gargantua, des passages de L’Iliade et, à la rigueur, de L’Odyssée, les voyages d’Ibn Battûta, ce qui n’est déjà pas si mal ‒, mais un typhon peut-être salvateur passerait sur les rayons de nos bibliothèques. »

« Car il n’y a pas de vie qui ne soit dominée par l’ombre de la mort. Et tout l’effort de la vie est de repousser l’idée de la mort par le jaillissement, par l’abondance, par l’accumulation de la vie. »

Un peu dépitant : il est fait plusieurs fois mention des grands Bouddhas de Bâmiyân, qui bien sûr n’avaient pas encore été, à l’époque de la rédaction de ce livre édité en 1990, détruits pas une bande d’abrutis.



mots-clés : #biographie #historique #voyage
par Tristram
le Jeu 13 Déc - 20:12
 
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Sujet: Jean d'Ormesson
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Antoine Compagnon

Un été avec Montaigne

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Ces quarante petits extraits commentés me semblent constituer une excellente introduction à Montaigne, auteur qui nous parle pourtant directement, sans truchement, dans notre propre langue, si proche par-delà près d’un demi-millénaire. Cependant, il faut admettre que son langage s'éloigne, que parcourir son œuvre exige davantage d’effort aux lecteurs contemporains : les actualisations d’Antoine Compagnon l’éclairent à propos.
A parcourir ce recueil, manifestement pas composé d’une seule venue, des contradictions apparaissent, discordances qui ne sont d’ailleurs pas absentes des Essais ; c’est toute la difficulté de l’exercice, où l’on risque de dire tout et son contraire. Mais Montaigne se révèle en personnalité bien définie : son honnêteté lui a fait traverser intact les siècles, et les errements de ses réflexions en sont partie intégrante.
La devise de Montaigne est « Que-sais-je ? », illustrée d’une balance dont les plateaux sont en équilibre. La règle de ce grand sceptique, c'est le doute, la réflexion. Sa position favorite, c’est à cheval, entre un lieu et un autre, au cours d’un voyage incessant, toujours libre de ses mouvements. Sinon, c’est dans sa « librairie », à musarder, feuilleter, dicter ses « songes ». Beaucoup aussi à méditer dans ces livres considérés comme lieux de rencontre de soi à travers l’autre.
« Si Montaigne se regarde dans les livres, s’il les commente, ce n’est pas pour se faire valoir, mais parce qu’il se reconnaît en eux. Il observe dans le chapitre "De l’institution des enfants" : "Je ne dis les autres, sinon pour d’autant plus me dire" (I, 25, 227).
Montaigne rappelle par là que les autres lui procurent un détour vers soi. S’il les lit et les cite, c’est qu’ils lui permettent de mieux se connaître. Mais le retour sur soi est aussi un détour vers l’autre, la connaissance de soi prélude à un retour à l’autre. Ayant appris grâce aux autres à se connaître, constate-t-il, il connaît mieux les autres ; il les comprend mieux qu’ils ne se comprennent eux-mêmes : "Cette longue attention que j’emploie à me considérer, me dresse à juger aussi passablement des autres : Et est peu de choses, de quoi je parle plus heureusement et excusablement. Il m’advient souvent, de voir et distinguer plus exactement les conditions de mes amis qu’ils ne font eux-mêmes" (III, 13, 1675).
La fréquentation de l’autre permet d’aller à la rencontre de soi, et la connaissance de soi permet de revenir à l’autre. »

« Les livres seraient de meilleurs amis ou amours que les êtres réels. Avant de l’affirmer, n’oublions pas que Montaigne ne cesse jamais de concevoir la vie comme une dialectique entre moi et autrui. Si la rareté de l’amitié et la fugacité de l’amour incitent à privilégier le refuge de la lecture, celle-ci ramène inévitablement aux autres. »

Je me sens fort prochain de cet homme, de ses humeurs, de ses tours de pensée et de sa façon de lire, de citer, d’écrire ; son expression plurielle, animée, désordonnée, digressive et bonhomme, m’enchante.
Quand on le compulse, il est rare de trouver des pensées qui n’aient été reprises, développées depuis lors ; de même, il est difficile de lire d’autres auteurs sans y découvrir des idées qui n’aient pas racine ou filiation chez Montaigne, qui réactualisait lui-même abondamment ses prédécesseurs.
J’aurais pu ranger l’œuvre de Montaigne dans la philosophie, dans les essais (ou dans Radio Chose !), mais son style est tel qu’elle mérite amplement de l’être dans la littérature.
Au fait, l’émission est toujours présente en podcast sur France Inter ; à bon entendeur…



mots-clés : #biographie #philosophique #renaissance
par Tristram
le Sam 8 Déc - 23:47
 
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Sujet: Antoine Compagnon
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Nathalie Léger

Supplément à l'histoire de Barbara Loden

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Lorsque son éditeur demande à Nathalie Léger une notice biographique sur Barbara Loden, il insiste : "N'y mettez pas trop de coeur".
Bingo, se dit Nathalie ! Et la voilà plongée très consciencieusement dans les dicos, encyclopédies et les infos les plus diverses sur les années 60 et 70.

"J'avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j'extrairais une miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité : une femme raconte sa propre histoire à travers celle d'une autre." (p. 14)

Autrement dit, Barbara Loden racontant l'histoire vraie d'une autre femme Wanda. ]"L'histoire d'une femme qui a perdu quelque chose d'important et ne sait pas quoi, une femme qui se sépare de son mari, de ses enfants, qui rompt mais sans violence, sans préméditation sans désir peut-être même de rompre. Et ? Et rien... Elle rencontre un homme, le suit, s'attache à lui, alors qu'il la maltraite.( p.15) Et projette un braquage.

Comment, pourquoi Barbara Loden s'est-elle sentie impliquée dans cette histoire, dans cette vie, dans cette femme, au point d'en faire un film. Et encore, pourquoi Nathalie Léger s'est-elle identifiée à Barbara Loden, cette femme, cette actrice, qui a à peu près tout raté dans sa vie. A commencer par sa vie.

Il faut la lire. Si l'on a vu le film, déjà on comprend mieux. A supposer qu'on ait l'envie de comprendre.
J'ai vu le film jadis et il a tout de suite fait partie de ma mythologie cinématographique personnelle. Et Wanda interprétée par Barbara Loden s'est fichée à tout jamais dans ma mémoire et dans ma sensibilité profonde. Barbara c'est un peu Marylin, faible, sensible, exploitée, brutalisée et qui, au lieu de protester, d'accuser, se reconnait responsable de tout. Même si elle ne comprend pas pourquoi, il lui est impossible d'être aimée. Et Wanda c'est évidemment aussi Barbara, c'était sa certitude profonde en la filmant au plus près. Et en l'interprétant personnellement.

"Barbara dit qu'elle n'a rien à décrire de grand. Son histoire, empêtrée, est sans doute simplement malheureuse du malheur ordinaire des enfants mal aimées, rendus passifs, soumis à plus fors qu'eux, si tristes qu'ils peinent à s'en remettre, son histoire est banale. Barbara ne fait des films que pour ça. Apaiser. Réparer les douleurs, traiter l'humiliation traiter la peur. "Le caractère de Wanda est fondé sur ma propre vie et sur ma personnalité, et aussi sur ma propre manière de comprendre la vie des autres."

Parti comme c'est, je pourrais -je voudrais- tout citer de ce livre, tant il sonne vrai. Dit juste ce qu'il faut : l'essentiel. Laissant au lecteur la liberté d'imaginer. Comme le fait Nathalie Léger elle-même. Je pourrais aussi vous dire la quête de Nathalie Léger sur les traces de Barbara Loden aux Etats Unis, ses interrogations sans fin, avec des témoins ou seule. Me demander pourquoi  sa  quête en miroir se calque sur celle de Barbara Wanda. Et pourquoi elle en parle aussi librement sans l'ombre d'une coquetterie mais avec sans doute la certitude que cette quête n'est pas terminée. Et ne le sera pas non plus. Mieux vaut en finir !

Cette histoire -cette triple histoire- m'est allée droit au coeur.

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mots-clés : #biographie #creationartistique
par bix_229
le Mar 4 Déc - 17:37
 
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Sujet: Nathalie Léger
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Nicolas Cavaillès

Vie de monsieur Leguat

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Originale : Français, 2013

Monsieur Leguat, voyageur et aventurier malgré lui.

France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse.
Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
Goncourt de la nouvelle 2014


REMARQUES :
Il s’agit alors d’un vrai personnâge historique (voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francois_Leguat ), justement de la petite ville bressane où est né aussi l’auteur. C’est un nom qu’on retrouve au moins dans ce pays-là, donc Cavaillès a dû en entendre parler très tôt. Si on recherchait purement le récit de son voyage maritime entre le Pays-Bas (lieu de réfuge après la fuite de France) et son retour presque une dizaine d’années après, on trouverait éventuellement le récit détaillé de l’année 1707 «Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales ».

Mais dans ses 18 chapitres et sur une soixantaine de pages l’auteur retrace pas seulement les arrêts et stations extérieurs de ce cheminement « aventureux », mais démontre justement à sa manière comment ces étapes étaient non-voulues. L’homme est « poussé » par des événements, des données historiques comme justement l’interdiction du culte réformé et la fuite massive de ces chrétiens-là vers un ailleurs. L’homme si bien établi en Bresse va se retrouver au Pays-Bas, et sera « poussé » à prendre un bateau (pour la première fois!) par la force des circonstances.

L’homme qui avait tout, regagnera une paix éphèmère sur une île isolée en Océan Indien, avant de ne perdre tout à vnouveau, et se retrouver même prisonnier. Etc…

Qu’est-ce qui décide vraiment dans les croisements de nos vies , quel concours de circonstances ? Et quand même… : la liberté là-dedans ?

Intéressant malgré l’impression de quelques interprétations hatives de l’auteur.


Mots-clés : #biographie #exil #historique
par tom léo
le Jeu 1 Nov - 16:30
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
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Lydie Salvayre

Hymne

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Le cri que Hendrix fit entendre à Woodstock, le 18 août 1969, à 9 heures du matin, ce cri continue aujourd’hui de crier et de défier le temps. C’est cela surtout que je voudrais dire à propos de The Star Spangled Banner. Qu’il fut un cri, un cri libre, un cri de refus, un cri de refus qui concentra tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée, un cri dont l’impact, quarante années après, vient encore fissurer la gangue de nos cœurs.
C’est ça que je voudrais dire dans ma lourdeur, plutôt que de verser dans cette admiration inoffensive et pieuse à laquelle je cède parfois, dans cette sanctification sans effets ni pouvoirs dont la musique de Hendrix est devenue souvent, me semble-t-il, l’objet.


Ce passage m’interroge. Lorsque j’avais créé une sorte de sous-fil dans le fil « Juke Box » consacré à Woodstock (pour ceux qui ont suivi  Very Happy ), je voulais le conclure par Hendrix. Il est bien évident, pour moi en tout cas, que la prestation de ce musicien à la fin du festival, et pas seulement The Star Spangled Banner, mais tout le concert, n’est pas comparable aux autres intervenants de ces trois jours, aussi bons fussent-ils. Hendrix est au-delà, dans une dimension propre, qu’on appelle habituellement le génie, sans définir clairement ce dont il s’agit.
J’aurais voulu mettre un autre passage que le fameux Star car, comme le souligne Lydie Sallenave, c’est un passage tellement connu qu’il finit par ne plus faire sens, un peu comme la Joconde en peinture. Il était donc urgent de réécouter vraiment ces 3mn 43 étonnantes, ce n’est pas le moindre qu’offre ce livre.

Hymne est un hymne à un homme, torturant, malaxant un hymne national pour le transformer en hymne de toute une génération. C’est une sorte de chant d’amour, avec sa virulence, ses excès, loin d’une biographie ou d’une hagiographie béate, mais un vrai cri du cœur, puissant et vrai. Ce caractère gommera aisément quelques digressions qui auraient pu être évitées. Le style a tout pour séduire… ou agacer ! Conçu comme un chant, avec ses redites, son insistance, Il peut paraître parfois d’un lyrisme excessif, mais l’auteur s’en explique :

La musique d’un seul entra en chacun et en chacun se ramifia, et en chacun elle fut comme une vague qui rejoignait la mer commune. Voilà qu’à nouveau je m’exalte et prends, malgré moi, ce ton pompeux et emphatique qui chez les autres m’insupporte. Qu’est-ce donc qui me pousse à ce ton ? Es-ce mon désir excessif de transmettre ce qui me semble relever du miracle et que je ne parviens pas à dire autrement que dans une prose exaltée ? Est-ce mon aveuglement amoureux devant la musique de Hendrix ? Ou le désir de me convaincre que cette communauté dont je loue ici le surgissement, ne fut qu’illusoire ?


Ce que je crus voir… ce que je voulus voir fut cet avènement exceptionnel après lequel nous courrons tous, l’avènement de cette vieille utopie dont nous causons avec des airs éminemment philosophiques : être soi-même et tous.


Ce noir qui avait le cœur déchiqueté, leur apporta une musique d’une violence et d’une douceur incomparables, une musique plus farouche et plus douloureuse que toutes celles qu’ils avaient entendues jusqu’ici, une musique bien plus sophistiquée, plus retorse, plus indolente, et en même temps plus sauvage.


Etant un inconditionnel de la musique de Jimy, je ne suis pas un lecteur impartial, mais j'ai bien aimé la franchise, la sincérité admirative de Lydie Salvayre
Dernier mot à la musique avec Purple Haze que Hendrix enchaîna à The Star Spangled Banner. Il fut vraiment exceptionnel ce jour là cheers



mots-clés : #biographie #musique
par ArenSor
le Lun 29 Oct - 16:36
 
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Sujet: Lydie Salvayre
Réponses: 11
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