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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Mar 19 Nov - 4:46

23 résultats trouvés pour guerredespagne

Juan Goytisolo

Pièces d’identité

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Pizoce10


Premier volume de la trilogie Álvaro Mendiola, comme ne l’annonce pas l’éditeur. À propos de ce dernier, il faut signaler que de trop nombreuses coquilles altèrent le texte...

Barcelone, 1963 : le personnage principal, Álvaro Mendiola, 32 ans, est rentré en 1961 dans sa ville natale après un exil de dix ans à Paris. Il est à la recherche de son identité et de celle de son pays, principalement en se plongeant dans le passé. La « tribu » espagnole (terme rimbaldien ?) c’est une longue histoire de misère jusqu’au franquisme issu de la guerre civile, soit 25 ans de « paix » depuis, et l’examen qu’il fait de sa patrie déchue n’est pas complaisant…
« Sol barbare et stérile, combien de générations vas-tu encore frustrer ? »

« Plusieurs années se sont écoulées depuis cette époque, et si Hier s’en fut, Demain n’est pas venu. »

De retour d’exil comme au sortir d’une parenthèse de son existence, une suspension de la vie, Álvaro parcourt en mentales allées et venues remémoratrices (voire ramentevantes) photos de famille et cimetières, avec un sentiment de vague culpabilité.
« (Un de tes premiers souvenirs d’enfance ‒ ou était-ce une création tardive de ton imagination fondée sur une anecdote souvent racontée en famille ? ‒ [… »

C’est notamment l’occasion de narrer l’histoire emblématique du barrage d’Yeste, et le massacre des gardes civils en parallèle avec l’encierro tauromachique.
Méfiance rurale (souvent justifiée) :
« Le pouvoir central continuait à se manifester exclusivement sous forme d’ordres et d’anathèmes, et, comme par hasard, l’intérêt des uns et des autres tournait toujours au profit des caciques. »

Il y a aussi chez Álvaro une volonté de témoigner des faits et personnes dont il ne restera rien à sa disparition (il évoque ainsi ses amis, Sergio puis Antonio).
« …] sans profession connue ‒ car ce n’est ni un office ni une profession, mais un supplice et un châtiment que vivre, voir, noter, décrire tout ce qui se passe dans ta patrie ‒ [… »

« …] ‒ faudrait-il donc qu’ils meurent tous sans savoir quand sonnerait leur heure, unique raison de leur venue au monde, la possibilité conquise un jour et vite arrachée, d’être, de vivre, de se proclamer, simplement des hommes ? ‒ [… »

Image forte du chassé-croisé des touristes européens et des exilés ou émigrés espagnols. D’ailleurs amer constat du passage de l’indigence à « se mercantiliser, se prostituer » dans le tourisme :
« La modernisation était arrivée, étrangère à la morale et à la justice, et l’essor économique menaçait d’anesthésier pour toujours un peuple non encore réveillé, au bout de vingt-cinq ans, du long et lourd sommeil où il était resté en léthargie depuis la déroute militaire lors de la guerre. »

Le tableau des expatriés germanopratins n’est pas moins critique, voire sarcastique, que celui des intellectuels et diverses factions politiques ressortissant de près ou de loin à la République.
Viennent ensuite les belles pages sur l’amour, celui d’Álvaro pour Dolores avec qui il vit depuis dix ans.
De grandes similitudes biographiques sont évidentes entre Álvaro et l’auteur.
La langue est volontiers soutenue, alternant les registres selon les séquences, réflexions cérébrales et mélancoliques, aperçus populaires, comptes-rendus de filature des activistes clandestins, les discours officiels de la dictature rendus avec emphase et sans ponctuation (dès dans l’incipit).
Un vrai bel écrivain.
Je pense que cet ouvrage (ou l’auteur en général) pourrait plaire à Bédoulène, à Quasimodo, à Topocl et Armor, ou encore ArenSor ; mais il est vrai que les livres de Goytisolo sont difficiles à trouver…

Mots-clés : #devoirdememoire #exil #guerredespagne #identite #xxesiecle
par Tristram
le Mer 7 Aoû - 14:31
 
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Sujet: Juan Goytisolo
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Serge Mestre

Les plages du silence

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Le narrateur raconte la quête de celui qu’il nomme « le garçon » à la recherche du jeune homme que fut   son père Manu, l’un des Républicains qui attendra sur la plage d’Argelès-sur-Mer, l’ouverture de la porte sur la France en 1939, sur un exil  que l’on a appelé la « retirada ».

Réfugié en France Manu ne racontera jamais « sa » guerre, il ne parlera que de ce qui ne le concerne pas directement, sauf à laisser échapper , parfois un nom, un lieu, un évènement qui n’ expliqueront rien et entretiendront l’envie pour le garçon, de savoir ce que sont les trous, dans ce passé qui est tue, de ce passé qui dans ce présent fait qu’il vit sur deux langues, l’espagnol et le français.

Manu après avoir été blessé au pied à  Porto Cristo sera amputé à plusieurs reprises, par morceaux, pourrait-on dire et sera obligé de porter une prothèse.

A la mort de Manu, le garçon partira en Espagne sur les traces de son père, mais c’est plus pour ne pas perdre son père une deuxième fois, pour continuer à être auprès de lui dans cette Espagne qu’ il ne connait que par la voix et les yeux de son père.  Découvrir cette mémoire, ces souvenirs qui lui manquent. Cette quête restera inaboutie, mais c’est  être encore aux côtés de son père. C’est dire combien il l’aimait Manu,  cet homme secret, combien il aimait son père.

Le garçon écrit sur ses moleskines, le journal des souvenirs de Manu !

« J’aurais dû le savoir : la mémoire est tout simplement errance. Je ne suis pas de nulle part, pas d’ici non plus, je suis de la page de ces carnets à travers lesquels je continue à fouiller les traces de ton absence, écrivait le garçon, de ce passé qui se dérobe, me transforme en calque imparfait de moi-même, me lègue un corps indédit dont je ne suis toujours pas parvenu à toucher la jambe manquante. »

***
J’ ai lu plusieurs livres, des autobiographies notamment,  sur la guerre d’Espagne, donc le volet histoire m'était connu (bien que toujours il faille se pencher dessus) donc  c’est surtout cette quête de mémoire qui m’a intéressée.  Ce garçon qui toute sa vie, était attentif à son père mais qui n’a jamais su, ou si peu de son passé en Espagne, de ce que fut « sa » guerre ce qu'était son enfance, sa vie dans ce pays dont lui ne connaissait que la langue.  Ce père avec qui il se tenait à la fenêtre tous les soirs et qui lui signalait dans le ciel les clignotements de l’avion Paris/Barcelone.

Extraits :

« La mémoire, c’est la répétition interprétée »

Dans le camp d’Argelès : « De nombreux réfugiés ne parvenaient pas à réprimer leurs larmes, le froid glaçait tout, autour d’eux. Surtout  ne pas geler entendait-on. Nous nous en sortirons Manu ! renchérissait-on. Où les réfugiés prenaient-ils la force qui les poussait encore à plaisanter ? Sur une jambe, il n’y a qu’un pied qui se congèle ! »

« Aujourd’hui Manu peu m’importe de savoir ce qui s’est réellement passé en Espagne, pour toi, dans les années trente du siècle passé. Ma vie s’est réglée sur le mouvement de ton absence. Le tempo de ta mort a laissé place à de nouvelles tempêtes dans cette tête en désordre qui te survit. Il m’arrive parfois d’entendre siffler ton accent dans la cuisine, le dimanche. »


Une chose m’interpelle, ce garçon est-ce l’auteur ?
Dans la note liminaire à la réédition  Serge Mestre dit : « éternel  petit soldat, pour le nourrir de mes émois d’aujourd’hui, pour le compléter également du prénom de l’épouse de Manu, ma mère désormais disparue. »


Mots-clés : #exil #guerredespagne #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mer 1 Mai - 17:24
 
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Sujet: Serge Mestre
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Russell Banks

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La Réserve


« La Réserve », c’est un lieu de villégiature, perdu dans les Adirondaks, un lieu majestueux, au nord-est de l'État de New York. Les habitants des maisons, des chalets luxueux, perdues au fond de cette végétation luxuriante et montagneuse sont des riches, parmi les plus riches, des New-Yorkais entre autres. Ce lieu est tellement préservé qu’il est gardé, balisé, entouré d’une garde armée. Comme une sorte de cité idéale.

Parmi ces riches, la famille Cole dont la maison est au bord du lac, vient y passer des mois, le père est un médecin de renom. La fille, Vanessa Cole, fille adoptive, se plaît dans ce lieu de refuge. Séduisante et séductrice, elle sait y faire pour attirer les hommes dans ses rets. Mais en même temps elle est considérée comme une foldingue, et surtout par sa mère qui rêve de la faire interner et envisage sérieusement de le faire, c’est une réalité.

Le peintre Jordan Groves, ami du père, vient de temps à autre, avec son petit avion, rendre visite à la famille. Il est vite repéré par les gardes, et on n’aime pas les intrus qui sont vite renvoyés d'où ils viennent. Il se laisse séduire par la belle et élégante Vanessa et se rendra de plus en plus souvent à la Réserve après la mort du père, le Dr Cole.

Jordan Groves, qui vit hors de la Réserve, suffisamment loin pour y venir en avion, un biplan qui peut se poser (en douce) sur le lac, est marié avec une belle femme, discrète, une sorte de femme idéale et à laquelle il tient, a deux fils et sa vie rangée va être pas mal chahutée. Rien à faire, il a besoin de retourner à la Réserve car quelque chose se passe entre ces deux-là !
Et puis la jalousie qu’il ressent lorsqu’il a la surprise de voir que Vanessa se rend chez le jardinier et homme à tout faire de la Réserve, un homme canon physiquement, est une émulation. Il veut Vanessa Cole.

La mère de Vanessa, Evelyn Cole, de son côté, femme riche et éprise d'argent, confisque celui qui doit revenir à Vanessa à la mort du père, malgré un testament. Elle aimerait mettre sa fille sous tutelle, et pire encore, la faire interner en Suisse, d'ailleurs les contacts sont déjà pris.

Mais la terrible Vanessa Cole est-elle réellement folle ? Et aura-t-elle le choix ? En tout cas elle n'a pas l'intention de se laisser faire par sa mère, et elle va le lui montrer. On entre dans un univers un peu pervers et perverti, où se côtoient la beauté et la noirceur, le meilleur et le pire de la laideur.

Chaque chapitre de ce livre commence par des « flashs » de ce qui adviendra plus tard, on voit évoluer tous ces personnages dans l'avenir, et la guerre d’Espagne gronde et bombarde. La vie change. Même pour les riches.

C’est mon premier Russel Banks, j’y ai pris du plaisir, et parfois mon avis était mitigé, mais avis aux amateurs de Russel Banks ! C'est pour vous !


mots-clés : #amour #famille #guerredespagne #lieu #pathologie
par Barcarole
le Mer 9 Jan - 19:01
 
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Sujet: Russell Banks
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Javier Cercas

Le monarque des ombres

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Longtemps Javier Cercas a voulu ne pas écrire sur Manuel Mena, ce grand-oncle phalangiste mort à 19 ans dans la bataille de l'Ebre, resté le héros d'une famille dont Cercas ne partage pas les idées. C'était pour lui une honte, cet héritage familiale. Mais il s'est cependant attaché à réunir des témoignages, a compulsé des archives et peu à peu l'oncle a pris chair, et mené Cercas à une réflexion nouvelle sur sa famille et sur l'Espagne en général, sur les héros morts pour des idées, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, et sur la nécessité d'écrire dessus.

Cercas rapporte donc finalement l'histoire de cet oncle, alternativement historien objectif et écrivain en quête de sens. Et il se montre à l’œuvre dans sa démarche jouant avec un humour, parfois lourdingue sur opposition, historien/littérateur.

Tout cela est a priori bien intéressant, Mais Cercas caricature ici sa propension à s'interroger et tourner en rond, tergiverser, y revenir et encore . Sans compter  les fastidieux rapports de bataille, je me suis embourbée  dans la prose  pesante de Cercas, qui prend plaisir à se rouler dans les méandres complexes de ses interrogations, gavant le lecteur d'un propos répétitif et redondant, dont églantine 'n’avait pas manqué de nous faire part.

@églantine a écrit:J'ai abandonné le dernier de Javier Cercas à la moitié , Le monarque des ombres .
Euh .
Bon son écriture journalistique  un peu" brouillonnée "redondante de L'imposteur m'avait quand même un peu ennuyée malgré le vif intérêt que j'ai eu pour le sujet , mais là ça ne passe plus .
Le sujet était aussi très pertinent cette fois : enquêter dans sa propre famille pour comprendre comment un être "normal " a pu basculer du mauvais côté de l'histoire . Soucieux de rester neutre et factuel dans son rapport d'enquête , il n'a de cesse de scander sa position . Une remontée historique au sein de la montée du franquisme à travers un exemple parmi tant d'autres mais le touchant personnellement  afin de proposer une forme de résilience au peuple espagnol , c'est louable mais Javier Cercas complique les choses , se vautre dans son écriture reconnaissable ...à son besoin d'alourdir , dans une absence de style , dans une forme hybride , ni fiction ni essai , indigeste .


C'est à regret  car la réflexion, quoique tortueuse,   pourrait être passionnante, et le personnage est, on s'en rend compte en même temps que l'auteur, plus complexe qu'il n'y paraît.

Mots-clés : #autofiction #culpabilité #guerredespagne #historique
par topocl
le Lun 12 Nov - 20:30
 
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Sujet: Javier Cercas
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Lydie Salvayre

Je demande pardon pour ce commentaire beaucoup trop longue, mais je ne savais pas quoi couper...:

Lydie Salvayre – Pas pleurer

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REMARQUES :
La narratrice raconte à partir des souvenirs et récits de sa mère de 90 ans, en l’an 2011. Sa mère, Montse, a quasimment tout oublié de ce qui s’est passé à partir d’un certain moment, mais de l’été 1936, elle se rappelle à merveille et enthousiasme, peut-être les semaines les plus marquantes de sa vie. Ayant grandi dans un village de la Catalogne, il vit les événements de cet été : la république de quelques années souffre et peine. Et peut-être le lecteur, tout comme moi, découvre avec un peu d’étonnement que les événements, les protagnistes, les partis impliqués étaient plus compliqués comme on ne pensait. Alors l’écrivain ne va pas écrire un « épos » de toute la guerre civile, mais la description de la vie de sa mère, sa famille, son mari, leur village, l’escapade de courte durée vers la ville voisine, marquée par des forces libertaires, anarchiques, animée d’une euphorie sans nom – tout cela va exemplairement parler des multitudes des attitudes et de vécus possibles.

Alors le roman (ou est-ce un récit?) va parler des pauvres paysans et des proprietaires plus prospères ; d’une pieté bigotte ou vieille ici (dans la personne d’une tante de Diego, personnage terrible), et d’une forme de haine et de refus des riches et de la hierarchie ecclesiastique (soutenant l’ordre sociétale existant) par certains pauvres, plus ou moins politisés. Certains alors appartiennent au PC qui de par son association avec l’ordre et aussi l’URSS fait d’abord peur. Diego, homme adopté (ou plus que ça?) par un couple plus aisé, Don Jaime et Dona Sol, appartient justement au Parti. Plus tard il deviendra « maire » du village et aussi, après maintes péripéties, le mari de Montse. Mais celle-ci était plutôt proche de son frère José, son ami Juan, qui sont mus par les idéaux libertaires et anarchiques d’un Bakounine.  C’est avec eux que Montse, née en 1921, va aller en ville et vivre une courte période d’une euphorie incroyable dans une atmosphère de partage, de liberté... Elle ne l’oubliera jamais. Mais elle en revient enceinte, sans idée sur plus que le prénom du père français, poète et volontaire, partant pour le front après une nuit passionnelle d’amour... Après des arrangements un mariage est convenu avec Diego, qui semblait si loin...

De village en village les constellations étaient différentes. Et règnaient partout des tensions plus ou moins grandes entre les fractions, les partis, les partisans. Dans notre récit les tensions sont encore dramatisées (mais cela était probablement vrai partout...) par l’existance de celles-ci à l’intérieur d’une même famille. Là on a par ailleurs une des explications pour l’extrême gravité des combats dans une même societé, d’une guerre civile...

Cette partie est largement prédominante, mais on y trouve de temps en temps la référence à l’écrivain Georgres Bernanos qui vivaient à l’époque déjà depuis quelques années à Palma/Mallorque. Lui qui étaient de par son éducation peut-être plutôt porté vers une foi catholique plus traditionnelle, et qui avait même un fils engagés au début (il lâchera dans la suite) chez les phalangistes, va connaître une conversion de plus en plus aigue vers une expression forte de ses observation sur les massacres perpetrés sur l’île. Il s’y montre rapporteur de ces massacres, largement tus à l’époque, ET un attaqueur sans relâche de la lâcheté et la prise de position redoutable et compremettante de l’église catholique, au moins dans une très large partie de son episcopat. Il écrivait alors un pamphlet « Les cimitières sous la lune » (il faisait par là allusion aux éxecutions nocturnes) virulent, clair, sans compromis.

De coté chrétien, c’est quasiment lui-seul qui trouve la grâce dans les yeux de Salvayre qui se concentre sur l’hierarchie, pensant peut-être que c’est le tout de l’église … ?! Et elle a certainement raison : ce qui s’est passé comme cecité, unilaterisme, prise de position inacceptable est detestable et triste. Peut-être Salvayre ne cite pas les contre-exemples. Il me semble vrai qu’une certaine forme d’incompréhension compréhensible peut susciter de son coté un espèce de haine. Son desarroi et sa peine sont exprimés avec véhémence, aggressivement, avec de la polémique. En ceci elle ressemble un peu à Bernanos, lui-même pamphlétaire. Mais néanmoins... croyant, et s’exprimant justement comme croyant.

C’est au cours de l’oeuvre, plus tard, qu’on trouvera mentionné aussi les atrocités commises  de « l’autre coté ». C’est même ce qui fera douté José et Juan du bien fondé de leur lutte.

L’auteure utilise différentes styles, perspectifs : des parties d’un point de vue de Bernanos ; des longues passages de narration avec Montse dans la troisième personne comme protagoniste ; soit dans les narrations de sa mère même où elle raconte dans sa façon inimitable : ici apparaissent des hispanicismes, un français influencé et « massacré » par l’origine de Montse. On y trouve aussi des mots entiers, voir des phrases entières, en espagnol. Ceci peut desorienter le lecteur, malgré une certaine proximité des langues. Est-ce qu’on aurait pu mettre des notes avec les traductions ? Mais en soi je trouvais l’usage de cette forme de style intéressant, voir drôle. Connaissant certains Catalans, Espagnols vivants en France, je retrouvais leur façon de parler... Certaines phrases se terminent en suspension : il faut s’imaginer soi-même comment cela allait se terminer (pas toujours difficile).

Le livre peut bien donner à beaucoup un accès nouveau, voir insoupçonné, aux données historiques -  comme par exemple la complexité des différents partis engagés etc - autour de la Guerre civile espagnole. Il faut peut-être s’adapter à certains aspects de la langue de Salvayre, mais je la trouvais variée, vivante et innovative (en partie), jouant avec différents perspectifs et styles. A coté d’une forme d’inventaire de la situation politique par l’exemple de personnes concrètes, ce roman est aussi le témoignage d’une femme, la mère de Lydie Salvayre, qui a vécu des événements de grande portée. Comme tellement de victimes, réfugiés etc du XXème siècle.

Observation qui me venait à l’esprit: A quel point l’importance d’un laps de temps extrêmement court (ici : env une semaine dans une ville libertaire) est sans mesure par rapport à la longueur, la durée de la vie. Comme si l’essentiel, un essentiel peut se concentrer dans un minimum de temps et revêtir une influence peu soupçonné. Donc, nous faut-il de la patience dans notre vie pour atteindre ces moments cruciaux, ces instants d’accomplissements, de bonheur absolu ? Montse dira même qu’elle échangerait ces quelques jours contre le restant de sa vie...




mots-clés : #biographie #guerredespagne
par tom léo
le Sam 13 Oct - 22:40
 
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Sujet: Lydie Salvayre
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George Orwell

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire 51h01m10

Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)

Littérature, parcours personnel, socialisme, engagement, Guerre d'Espagne, fascisme, Angleterre, patriotisme, politique tels sont les sujets abordés dans cette sélection de textes.

Rentre dedans sans se laisser aller au tape à l’œil facile, Orwell a l'air d'un homme en... révolte plutôt qu'en colère, une révolte constante qui ne doit surtout pas exclure le choix et l'engagement, y compris physique, y compris le choix du combat. Ce qui frappe dans son exercice de la critique, car c'est surtout de ça qu'il s'agit, c'est qu'il n'hésite pas plus à relever ce qui lui plait, par exemple chez un écrivain comme Dickens, qu'à nommer ce qui ne luit plait pas. De la même manière sur le versant politique il ne se présente jamais les mains vides, il a des idées et des solutions à essayer.

Avec la touche d'humour et d'ironie qui ne manque pas de faire mouche quand il le faut on tient donc une lecture diversifiée et vivifiante. Je reconnais avoir pataugé un brin dans certaines longues tirades sur l'Angleterre et le patriotisme mais c'est assez emblématique du bonhomme et complexifie sa figure d'homme de gauche contrariant pour tout le monde. Sa défiance envers les grands mouvements politiques ne s'arrête pas à la Guerre d'Espagne et on retombe plus tard sur un jeu de vocabulaire qui laisse penser que des décennies après les occasions ratées sont toujours là.

On peut apprécier qu'il apparaisse plus normal, quoique avec une pensée aussi active... que prophète et goûter ainsi un peu plus pleinement la lucidité qui guide sa démarche. La même lucidité qui motive l'urgence quand le monde s'emballe, abandonne l'Espagne et se précipite à reculons dans notre deuxième conflit mondial.

C'est fort intéressant pour qui est sensible à cet auteur et recoupe ce qu'on apprend de lui au travers de ces romans et récits.

Quelques lignes mal ordonnées (désolé ça mérite tellement mieux) avant de laisser place à des citations/extraits.

Et une pensée pour les lectures communes de Bédou et Shanidar sur la Guerre d'Espagne et les mouvements de pensée du siècle dernier !


Mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre #essai #guerredespagne #historique #social
par animal
le Jeu 26 Oct - 22:24
 
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Sujet: George Orwell
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Javier Cercas

L'Imposteur


Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Cercas10

Ecrire la vérité vraie de celle d'un imposteur qui fut pendant des décennies sous les feux des projecteurs : d'abord dans ses rôles successifs d'antifranquiste admiré , militant anarcho-syndicaliste, parangon incontestable de l'homme héroique dans tous ses combats , mais surtout comme porte-parole des survivants espagnols de l'Holocauste ,
Ecrire la vérité par souci de rendre justice aux vraies victimes de L'holocauste ? Ecrire la vérité pour tenter de réhabiliter un homme peut-être pas si monstrueux que cela après tout ? Ecrire la vérité pour satisfaire son petit ego d'écrivain qui cherche LE sujet de son chef d'oeuvre , écrire la vérité pour rendre justice ? Et si au final il ne s'agissait pas plutôt de tuer l'imposteur pour permettre à l'homme vrai de renaitre , une écriture salvatrice en quelque sorte ?
Mais où se situe la vérité finalement ? Un roman fictif est -il moins vrai qu'un roman qui soit disant écrit la vérité ? Et pourquoi les romans fictions ont -ils autant de succès ? N'est-ce pas que ceux -ci mettent en lumière la vérité à travers une forme de mensonge ? Et toi Javier qui es-tu pour chercher à écrire l'impossible , quelle est ta légitimité dans cette histoire ? Mais est-ce la vérité que tu veux écrire ?

Tâche ardue car l'homme est complexe : Marco , l'imposteur est incernable . Et c'est bien ce qui aiguise la plume de Javier Cercas ! Décrivant avec une précision de détective ce que furent ces mois , ces années son travail de quête d'informations pour reécrire l'histoire de Marco , celle qui se cache derrière tous ses artifices et ses rôles de fieffé roublard , le vrai Marco . Au risque de .... perdre son âme comme Truman Capote après la publication de son "De sang-froid" .

Il est malin Javier Cercas : A travers cet histoire d'imposture Marco ne sera pas le seul sur la sellete . Pour qu'il y ait imposture , il faut aussi un contexte social ( y aurait -il mensonge en dehors du regard d'autrui ? Un Homme seul sur île déserte pourrait-il être un imposteur ? ) et ce contexte là ne serait pas si innocent que ça après tout puisque il a donné vie à cette imposture . Et puis , si on y regarde de plus près , ce Marco n'aurait il pas tout simplement exacerbé les petits mensonges de monsieur tout le monde , juste pour oublier qu'il n'est qu'un monsieur tout le monde , qui tente de survivre dans cette Espagne de terreur . En somme ne serait-il pas le petit menteur qui se cache en chacun de nous , juste un ...."gros poilique " exacerbé ? Et finalement L'industrie de la mémoire n'a t-elle induit le comportement de cet homme car n'est-il pas vrai que ce "devoir de mémoire" a été rattrapé par un phénomène presque "de mode" , ce qui reviendrait à dire que l'imposteur n'a que répondu à une demande inconsciente de la société du moment ?

Javier Cercas interroge Marco , , interroge l'histoire , interroge les souvenirs , interroge l'actualité et s'interroge lui et probablement le lecteur , ouvre des portes sans les refermer , et au final laissant chacun dans son libre-arbitre . Mensonge et vérité n'étant peut-être que des perceptions . Marco affabulateur invétéré mais au final peut-être plus sincère que l'opinion publique , Marco génial manipulateur sans scrupules à l'ego démesuré ou Marco victime de l'histoire de son pays qui n'a pu trouver d'autres moyens de survivre que de se réfugier dans un personnage . Javier Cercas écrivain lui aussi génial ou simplement petit bourgeois qui cherche à se donner une bonne conscience ?

Et voilà on pourrait en écrire des tartines , le sujet est sans limites mais Javier Cercas sait le faire mieux que moi !



Com rapatrié



mots-clés : #guerredespagne
par églantine
le Mar 8 Aoû - 21:05
 
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Sujet: Javier Cercas
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Georges Bernanos

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Bernan10

Les cimetières sous la lune

Tout d’abord il faut rappeler qui est Bernanos, français (mais avec des racines espagnoles) journaliste et écrivain ;  il se déclare monarchiste et Chrétien.  Son engagement de chrétien ne le contraindra pas dans  les reproches et accusations  vifs qu’il fait pendant la guerre d’Espagne à  l’Eglise et tout particulièrement sur l’Evêque de Majorque ; bien qu’il ait écrit « sous aucun pré-texte, je ne vou¬drais écrire un mot contre l’Eglise ».

Bernanos verra le soulèvement de Franco et l’adhésion d’un de ses fils à la Phalange avec bienveillance, car les « Rouges » sont en face, mais les tueries dont il sera témoin, l’ attitude de l’Eglise qui fournira même des prêtres pour bénir les armes et les assassins feront qu’il reviendra sur son premier élan. Il a compris que les républicains ne pourront gagner la guerre et malgré qu’il haïsse aussi le communisme il comprend la solidarité que manifeste par leur engagement les communistes français, il fustige dans la presse ceux qui leur  en font reproche.

Ce livre ne doit pas être réduit à la seule guerre d’Espagne, le champ des réflexions et propos de l’auteur est vaste, complexe. Son analyse sur les démocraties, sur les diverses révolutions en Europe, notamment en France 1789, en Russie 1917, est très argumentée.

Bernanos  s’intéresse aussi au « social » en condamnant  les misérables conditions faites aux ouvriers, paysans et aux enfants (rappel du dur travail dans les filatures) par les « Bien-Pensants », sous les yeux de l’Eglise qui détourne la tête, cette nouvelle bourgeoisie qu’il déteste.

Il dit son écoeurement quant à  la faiblesse des hommes politiques, devant les « trois éléphants » Hitler, Mussolini et Staline, qui ont sacrifié la jeunesse. Il  dénonce encore l’Eglise qui n’a pas su parler à cette jeunesse laquelle a abandonné la religion chrétienne « sans même sans apercevoir ».

Bernanos  expose les méfaits du capitalisme, bon,  je  suis d’accord mais ce qui me gêne c’est qu’à l’occasion, comme à d’autres, étant donné que nombre de financiers sont juifs, j’ai ressenti un anti-sémitisme latent « aristocrates enjuivés »  ou « …les aristocrates mâtinés de juif, qui tiennent de leur double origine les formes les plus exquises de la lèpre ou de l’épilepsie » etc..
Ses  connaissances, amis, lectures m’y confortaient (Maurras, Drumont, Brasilhac…) mais j’ai lu par ailleurs qu’il avait « rejeté l’antisémitisme de Drumont »  donc ?

C’est  en rappelant le don de sa vie par Jeanne d’Arc (pour qui la victoire était sa vie même), pour la France et en dressant ce qu’elle représente, contre Hitler que Bernanos montre son espérance en la résistance en tant que Chrétien et Français.


Ce récit est bien trop « grand » et mon commentaire bien pâle , mais je dois dire la valeur de l’écriture, des idées, même celles que je ne partage pas.
J’ai apprécié qu’il fasse parler par sa voix certains personnages, dévoilant ainsi ses sentiments. Il ne cherche pas à convaincre le lecteur ;  il use du questionnement : Que voulez-vous ?  Qu’importe ?
Comme pour dire : c’est ainsi. Il dit ce qu’il a vu, si on ne le croit pas tant pis !

Il met en opposition les idées des uns et des autres comme explication des évènements, des actions. Il maîtrise bien ses sujets, certainement sa qualité de journaliste.

Ce fut donc une première et intéressante  lecture de cet auteur.


mots-clés : #guerredespagne
par Bédoulène
le Ven 14 Juil - 18:42
 
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Sujet: Georges Bernanos
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Antoine Choplin

Le héron de Guernica

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Sm_97811

Originale: Français, 2011

CONTENU :
Avril 1937, Guernica. Quand il n’aide pas à la ferme du vieux Julian, Basilio peint des hérons cendrés dans les marais. En ville, on dit de lui qu’il a un sacré coup de pinceau. Mais qui peut comprendre sa fascination pour ces oiseaux, l’énigme de leur regard, leur élégance hiératique, mais aussi leur vulnérabilité? Comment faire pour rendre par le pinceau la vie qui s’exprime dans le frémissement des plumes? Ce matin du 26, les premières bombes tombent sur Guernica et Basilio, avec l’aide d’Eusebio, son ami prêtre, photographie les avions allemands, pour témoigner de ce massacre. Comment rendre la vérité dans ce cadre limité de la plaque photo. « Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui est invisible » dit-il.

REMARQUES :
Le récit se passe pour l'essentiel à Guernica au Pays Basque, juste autour le bombardement macabre par les Allemands en Avril 1937. Il est encadré par la venue à Paris de ce jeune peintre Basilio, pour y voir – suivant l'invitation du Père Eusebio, prêtre ouvert et comprenant le jeune – le devoilement de la toile Guernice du maître, Pablo Picasso. Il apportera bien quelques peintures à lui, mais qu'est-ce qu'il en fera… ?

On rencontre en Basilio un jeune qui aurait voulu s'engager dans l'armée republicaine, mais il fût réfusé, pas pris. Donc, il continue à travailler chez le vieux fermier Julian, visite son oncle un peu infirme et fait la cour à Celestina, une jeune fille.

Mais avant tout – et c'est ici que se trouvent les sujets et les questions principaux du livre– il continue à peindre avec fidelité le héron cendré des marais d'alentour. Toujours à nouveau – et selon lui de façon inachevé et seulement s'approchant de loin des vraies impressions – il essaie à rendre par le pinceau cette sorte de dignité qui émane de l'oiseau, entre immobilité et élégance, inertie et palpitation pleine de vie et d'attention, voir même de la profondeur du regard. Ici on trouve des idées, ou faut-il dire, des thèses, des énoncés, sur l'approche artistique et sa quête quasi intemporel de peindre en justesse.

Ces scènes presque immobile du marais, mais aussi des grandes parties, dégagent une certaine douceur, une profondeur derrière l'apparence. Mais puis elles coexistent, ou se passent, en parallèle avec le déchainement de ces bombardements absurdes et destructifs : ils enlèveront des nombreuses vies… Ces passages sont durs et ne cachent rien de la violence et de la terreur. Comment alors peindre? Quel (non-)sens?! Et puis, malgré cela, ou au milieu de cela, il y a comme un combat encore d'autre chose : pour « garder nos âmes » et « avoir très envie de bien regarder les choses ». Basilio fait resistance: à sa façon!

Quel livre !


mots-clés :  #guerredespagne
par tom léo
le Dim 19 Mar - 22:10
 
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Sujet: Antoine Choplin
Réponses: 26
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Georges Bartoli

Georges Bartoli
Né en 1957

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Reporter photographe

Né en 1957 en Catalogne, Georges Bartoli a d’abord travaillé dans la presse quotidienne régionale (Midi-Libre, L’Indépendant). Il a ensuite réorienté son activité vers les problèmes de société en France et à l’étranger, en collaboration avec le journal L’Humanité, l’Agence France Presse et REA, puis avec Reuters et Maxppp. Il est actuellement photographe indépendant et ses reportages sur l’altermondialisation, le monde du travail, la Palestine ou le Venezuela, le Chili... sont diffusés sur le site Divergence-images. Il a réalisé les photographies des ouvrages Gens du Rail (Privat, 2010), Cette France là… (Goutte de sable, 2009), Retirada (Actes-Sud, 2009)…


Bibliographie :

Ce monde-là, 2002 (collectif)
La confédération paysanne, 2003 (avec José Bové)
Le train jaune, les enragés du rail, 2004 (avec Joël Mettay)
Cette France-là…, 2009 (avec Thierry Baffou)
Avec ou sans les dents : 42 histoires invraisemblables mais vraies dont un timbre fut un jour le héros…, 2009
La Retirada : Exode et exil des républicains d'Espagne, 2009
Gens du rail, 2010 (avec Didier Daennickx)
Chili, 2013
Compagnons d'utopies : Scènes de la vie du village Emmaüs Lescar-Pau, 2015 (avec Magyd Cherfi)





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La Retirada



Ce livre est l'hommage d'un fils, Georges Bartoli,  à un père et à un oncle, qui firent partie des vaincus de la guerre civile espagnole.
Et à travers eux, à tous ceux qui durent quitter leur pays devant l'avance des soldats franquistes en février 1939.
Ils s'enfuirent dans le froid, tous ceux qui le purent, même les enfants, les femmes, les vieux.

Et lorsque ils franchirent la frontière, ils furent désarmés, arrêtés par les gendarmes français et parqués dans des camps au bord de la mer pour la plupart.
Eux pensaient que la France était une terre d'accueil. Et qu'en défendant leur pays, ils combattaient le fascisme.
Mais le Front Populaire était terminé et le gouvernement Daladier, préfaçait la guerre et Vichy.

Affamés, épuisés, humiliés.
Certains furent déportés en Afrique du Nord. D'autres envoyés dans le camp de Matthausen. Oubliés tout au long de l'histoire qui suivit.
Tragédie humaine. Exil forcé. Blessures inguérissables.
Jamais la France ne reconnut ces espagnols si mal accueillis qui combattirent dans la Résistance et aux cotés du général Leclerc, dans la 2e DB.
Jusqu'à la victoire.

Georges Bartoli raconte le destin de ces exilés. Eux qui furent trompés après la guerre de 40,  alors que les Alliés leur avait promis de les aider à chasser Franco, le général putschiste.
Ils attendirent en vain, en silence. Remachant la défaite, leurs rancoeurs, leur nostalgie. Tandis que la répression de Franco dénombrait 130 000 victimes supplémentaires.
Tandis que que l' Espagne retrouvait une place aux Nations Unies.

Mais les traces sont d'autant plus vives qu'elles sont encore présentes dans les mémoires.
En Espagne même où les partisans des franquistes ont encore nombreux. Où les charniers des exécutions comptent déjà plus de 4000 victimes.
Mais les jeunes, eux, n'ont pas tous oublié, au contraire.
Et c'est un peu la revanche des vaincus.

Georges Bartoli s'est aussi chargé de rendre hommage à son oncle Josep. Lui aussi exilé et qui, dessinateur satirique de grand talent, illustra cette période tragique.
Ce sont ces images que je vais sélectionner.



mots-clés : #exil #guerredespagne
par bix_229
le Mar 31 Jan - 18:06
 
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Sujet: Georges Bartoli
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Elsa Osorio

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La capitana
"Il y a des vies qui sont des romans qu’aucun romancier n’oserait écrire par crainte d’être taxé d’invraisemblance. Mika, la Capitana d’Elsa Osorio, semble avoir eu l’habitude de se trouver à l’épicentre des convulsions qui ont secoué le monde contemporain depuis les années 30.
Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère (1902-1992), la Capitana, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets de notes. À partir de ces notes, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature. Mika a appartenu à cette génération qui a toujours lutté pour l’égalité, la justice et la liberté. Elle est allée à Paris avec son mari pour participer au mouvement intellectuel dans les années 30, ils ont fondé la revue Que faire ?. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés la montée du nazisme, ainsi que les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme. Enfin ils sont allés rejoindre les milices du POUM dans la guerre civile en Espagne.
Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d’une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa façon de prendre les bonnes décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens, harcelée par un agent de la Guépéou, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu’elle a commandés. Elle a fini sa vie d’inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d’amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en œuvre tout son savoir faire littéraire pour combler les trous de l’Histoire."

A.M. Métailié

Je n'ai pas lu le livre d'Elsa Osorio, mais les propres souvenirs de Mika Etchebehere. Je conseille la lecture des deux.
Celui de M.E. est admirable de pudeur, de sincérité et d'humilité.
Je pense que le livre de  E.O. est un hommage romanesque mais vrai à cette femme extraordinaire  et à l'ensemble de sa vie tout à fait exemplaire. B


mots-clés : #biographie #guerredespagne
par bix_229
le Mar 31 Jan - 15:20
 
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Sujet: Elsa Osorio
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Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime

cette lecture était une lecture commune mais il me semble essentiel de ne pas perdre le ressenti, donc le commentaire est atypique


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"Les camps sur la plage, un exil Espagnol"

Préambule : je retiens "la mémoire par définition est sélective"
Témime étant un Enseignant de l'Université de Provence à Marseille cite les camps qui y étaient établis et dont la disparition (aucune trace) conforte la phrase

photo du camp Oddo où sont rassemblés les Arméniens 1923

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le grand camp Arenas, successivement renommé "camp Vietnam" fermé en 1948, "Enclave juive"  selon les nationalités y résidant (sic)

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Ceci est un rappel de la France terre d'accueil.

Les auteurs précisent que l'émigration politique d'Espagne est récurrente depuis l'invasion Napoléonienne.

La guerre civile Espagnole est avant tout la guerre sociale (le pronunciamento) et une révolution. Cette situation amena Franco à se soulever et s'en suivi la guerre civile, les Républicains en lutte contre le fascisme représenté par Franco et ses alliés Allemands et Italiens.

"explosion révolutionnaire ; elle s'accompagne de violences aveugles, d'exécutions sommaires, de massacres incontrôlés. Il faudra des années pour effacer les traces"

Je pense que l'on peut mettre au compte de ces exactions l' assassinat des ecclésiastiques et la destruction des monuments religieux.

La France n'était pas préparée à recevoir la masse des réfugiés Espagnols, que ce soit financièrement et matériellement. Donc le gouvernement n'offre qu' une solution inadaptée et inhumaine : les camps et les centres d'internement. Certains ne proposent aucun abri, aucune hygiène, aucun soin, ni nourriture, comme celui d'Argelès sur mer où les réfugiés Espagnols survivent sur la plage.

Dans les premiers jours, mois de nombreux Espagnols meurent, de froid, de faim, minés par les maladies.

La frontière de fils barbelés est gardée par des Spahis et des Sénégalais. Après ouverture de la frontière les réfugiés sont expédiés dans les divers camps du sud.
Certaines organisations issues du Front Populaire et certaines religieuses apportent leur aide, la majorité des français n'accueillent pas les réfugiés Espagnols selon la devise française : "liberté, Egalité, Fraternité". Ils sont méprisés, insultés, humiliés, notamment par une certaine presse et plus que les difficultés rencontrées durant l'exode ce sont les mots qui les atteignent plus durablement.

Après quelques mois, le gouvernement Français, attisé par les préfets (mandataires de la population) souhaitent que le retour des Espagnols dans leur pays soit actif, même si dans un premier temps, il interdit la force. Mais peu de pays se proposent d'accueillir les réfugiés, à part le Mexique qui ouvre largement ses frontières ; cependant la majorité des Espagnols préfèrent rester en France pour ne pas s'éloigner de leur pays, même si beaucoup ne peuvent et ne veulent vivre sous le régime franquiste.

De son côté le gouvernement de Madrid, connait aussi des difficultés matérielles à assumer un retour massif des Espagnols et de plus craint de voir le retour de trop nombreux "opposants". Il tergiverse donc.

A l'aube de la seconde guerre mondiale, la France raisonne autrement, elle voit là la possibilité de remplacement des soldats qui partent sur le front par les réfugiés ; certains seront d'ailleurs volontaires pour continuer la lutte contre le fascisme.

Outre les photos très révélatrices sur la situation des réfugiés, c'est leurs regards qui m'impressionnent.

Les Espagnols considérés indésirables ou dangereux par leur activités politiques font l'objet de mesures rigoureuses dans des camps disciplinaires, les brigadistes qui ne se sont pas vu accorder le statut de réfugié politique, se retrouvent dans ces camps (le camp du Vernet où nous retrouvons Koestler) en compagnie des Communistes Allemands et Français.

Les auteurs rappellent que les Espagnols déportés dans les camps Africains (Algérie et Tunisie) doivent supporter comme souffrance supplémentaire "le climat". Certains internés seront aussi utilisés pour main-d'oeuvre par le gouvernement de Vichy. Ces camps sont de véritables "bagnes". Ce n'est qu'avec le débarquement des Alliés que la situation s'améliorera.

Les nombreux chants et Poèmes écrits à cette période évoquent crument le quotidien des réfugiés. Je suis interpellée par celui intitulé "Dolor" "Rivesaltes (revoltijo de mujeres hispanas para pasto de Senegales) traduit par (ramassis de femmes espagnoles, pâture pour Sénégalais) ??

doit-on comprendre que les femmes sont agressées sexuellement ? (dans ce cas cela rappellerait les maroquinades en Italie)

Lors de leur arrivée à la frontière les Républicains ont été désarmés, si l'on peut comprendre que le gouvernement français ait jugé obligatoire ce retrait pour la sécurité, pour les combattants Espagnols c'était l'abandon d'un symbole, celui de leur lutte.

Les autorités françaises scandaient un "allez, allez" comminatoire et une phrase tranchante "ici vous êtes en France" !

Petit à petit, les camps sont organisés, par les soldats Espagnols sous l'autorité d'officiers Français, des ilots de personnes sont créés, des baraquements s'élèvent (construits par les soins des Espagnols), des sanitaires primitifs sont installés, mais malgré ces améliorations les maladies minent le physique et le moral des réfugiés.

Le désespoir, l'ennui sont les chemins de la folie, du suicide. Certains conscients du danger organisent des jeux, des compétitions pour occuper les internés.

Dans leur exode les Espagnols n'ont pu emporter leurs affaires, ils doivent donc se procurer le nécessaire pour survivre (produits d'hygiène, nourriture pour compléter l'insuffisance de celle accordée, vêtements...)

Des profiteurs, installent un marché noir au sein même des camps, cet endroit devient dangereux.



Même si des violences sont rapportées, il ne s'agit pas d'un fait majoritaire.

Il semble que l'ironie et l'humour que ce soit dans les "chants et poèmes" ou sur les faits, soient aussi une protection contre le désespoir.

le local disciplinaire installé à Barcarès est appelé "hippodrome" par les internés. Les "punis" sont le plus souvent accusés de propagande politique ou d'évasion, même si parfois à l'appréciation du chef de camp, des actes insignifiants sont punissables.

Toute expression politique leur étant refusée officiellement, mais l'idéal pour lequel ils ont combattu pendant 3 ans étant toujours vivace c'est grâce à la Culture qu'ils parviennent à s'exprimer.
Les intellectuels et artistes qui se retrouvent aux côtés des soldats entreprennent la conception et la diffusion de "bulletins".
On peut dire qu'un véritable service d'enseignement est mis en place. Les créations littéraires et artistiques s'expriment ouvertement ; c'est leur façon de dire, l'Espagne c'est nous !

Un réseau clandestin politique reliant les communistes internés et les communistes Français déjouent la surveillance des gardiens ; des réunions ont lieu dans les baraquements permettant de diffuser les informations extérieures, notamment une certaine presse qui leur est favorable.

La vie dans les camps exacerbe les divergences existant entre les diverses tendances politiques.

Peu à peu la vie dans les camps s'améliorent et les hommes qui sont engagés par des employeurs apprécient de sortir des camps et de gagner un peu d'argent.

Les auteurs analyse les raisons de l'oubli de ces réfugiés

Tout d'abord le désintérêt de la presse, passés les premiers jours de l'exode, puis le fait que pour le gouvernement français l'urgence c'est l'avance des troupes allemandes.

Le journal Voz de Madrid publié en france est interdit en avril 39 par les autorités françaises suite à leurs articles sur les camps et le sort des réfugiés Espagnols.

Les auteurs sont très lucides sur les raisons qui ont contribué à l'oubli des réfugiés, même après la seconde guerre mondiale alors même que nombreux sont les Espagnols qui y ont participé et ont perdu la vie.

"pour la France de la libération il y a beaucoup de honte à effacer, non seulement la défaite et la collaboration, mais tout ce qui peut ternir ou affaiblir l'image retrouvée de la France combattante et généreuse."

"La célébration de la victoire sur le fascisme, qui s'accompagne d'une sévère condamnation du régime de Franco, s'accommode mal d'un rappel trop insistant des faiblesses et des abandons de la IIIème République à l'égard de la République Espagnole et des exilés de 1939."

C'est par un décret de 1945 que la France accorde la qualité de réfugié politique aux Républicains Espagnols, leur permettant ainsi de retrouver leur liberté et leurs droits.

Le journal "l'Espagne Républicaine" fait porté la responsabilité des souffrances subies par les réfugiés sur les Franquistes ( leur ignoble propagande en France notamment qui avait signalé les Républicains comme des bandits). On ne peut pourtant pas exclure, à mon sens, la responsabilité de la majorité des Français, par indifférence, voire rejet. Même si les auteurs mentionnent pour la population française, le souvenir les luttes du Front Populaire et les conséquences de la 1ère guerre mondiale.

Suit une analyse étonnante, mais très juste de l'ouvrage de Federica Montseny qui emploie un vocabulaire d'inspiration religieuse. Ces termes se justifient dans la connaissance des terribles souffrances subies par les Républicains Espagnols.

Le retour dans leur pays est impensable : comment les Républicains se soumettraient-ils à un régime honni sans risquer de perdre leur idéal, de renier ceux qui sont tombés en son nom, de se renier, de perdre leur dignité ?

Combattre contre les Allemands c'était continuer la lutte commencée en Espagne et retrouver leur dignité.

J'aime beaucoup cette assertion :

"L'ombre de Don Quichotte flotte assurément sur l'exil Espagnol"

Je ne connaissais pas l'existence de ces camps en Afrique du nord et le peu qui nous en ai dit fait frémir. Comme fait frémir l'idée des autorités françaises de mettre, pour garder les prisonniers, des Sénégalais avec lesquels les Espagnols ne peuvent pas parler et qui n'ont aucune idée de ce que ces réfugiés ont vécu en Espagne avant d'arrivée sur les plages françaises. Perversion d'autant plus efficace que la plupart des troupes de Franco étaient composées de 'maures'... Lesquels ne rappellent donc pas de bons souvenirs aux réfugiés.

Je ne savais pas non plus, mais pour le choix des Sénégalais et des Spahis, cette explication :

" une prison à laquelle on donne quelque temps des gardiens difficilement corruptibles et totalement incompréhensifs, les troupes sénégalaises ou marocaines, plus sûres en la circonstance que n'importe quel régiment français. "


Complément trouvé sur le net à propos des Camps d'Afrique du Nord : (Université de Paris I)

" Parmi ces 10 000 exilés, débarqués en Tunisie, au Maroc et en Algérie, les trois départements français d'Alger, Constantine et Oran accueillirent 7 000 réfugiés, Oran recueillant de loin le plus grand nombre d'entre eux[[Il est intéressant de noter que dans les dossiers de l'administration française consultés aux archives le traitement des exilés espagnols s'effectue avec pour référent géographique l'Afrique du Nord bien plus souvent que l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie."

" Peut-être plus dures qu'en France métropolitaine, les autorités d'Algérie freinent la possibilité pour les exilés de s'intégrer et de participer à la vie économique. De même, la reconnaissance de leur statut d'exilé tarde. Jusqu'en 1954, ils seront considérés comme apatrides. De fait, les autorités françaises espèrent toujours leur départ."




mots-clés : #guerredespagne #immigration
par Bédoulène
le Dim 15 Jan - 15:56
 
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Sujet: Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime
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Nivaria Tejera

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire 97829110

Le ravin

C’est la guerre ! Les Franquistes investissent la ville de La  Laguna aux îles Canaries. Qu’est-ce pour cette fillette d’une dizaine d’années ? le bruit, les soldats qui violent sa maison, qui ennuient son chien, qui bousculent le Grand-père, cet admirable vieil homme, l’émoi de sa mère et de sa tante, et pour elle l’incompréhension dans la peur ; mais surtout la disparition de son Père !
Ce sera la nouvelle de l’incarcération de Santorio(le père journaliste Républicain), puis son internement dans un camp, lieux où la fillette lui rendra visite avec la famille, et la présence du « ravin » qui la hante,  là où l’on jette les corps des prisonniers, des Républicains « des rouges ».
Pour la fillette c’est un bouleversement du quotidien, abandon de la maison pour se réfugier dans celle du grand-père, les tickets d’alimentation pour survivre et les vilenies des autres enfants devant le dénuement visible qui la marque. Plus rien n’est comme avant, la fillette a grandi en quelques mois de plusieurs années .
Sa mère, accablée par la perte de tout, l’absence prolongée de Santorio et la  mort du petit frère, Chicho, n’assume et n’assure plus rien,  elle charge  la fillette de  trop de poids, ce qui est terrible pour un enfant.
Après la prison, le camp de concentration, un télégramme laconique annonce un exil de quarante ans sur l’île de Fer pour Santorio. C’est la fin, il ne pourra revenir, mais la fillette  se réfugie à nouveau auprès de son grand-père, avec lui elle peut laisser ses pensées, ses sentiments s’envoler.

Tout d’abord j’ai été surprise par le ton de l’écriture, cette enfant qui parlait soit avec des mots d’adulte ou au contraire avec une niaiserie pas de son âge. Je n’avais certainement pas la bonne manière d’appréhender cet étrange style. (ce n’était pas aussi le bon moment pour moi, trop occupée et donc moins sensible).

Ensuite j’ai été emportée, cette fillette qui portait trop de poids sur ses épaules m’a bouleversée. J’ai compris que ses « élucubrations » étaient pour elle une révolte et une aide à supporter le malheur.

Je l’ai accompagnée, j’ai compris aussi que les passages ambigus sur ses rapports et pensées avec son père révélaient une proche puberté et  l’éveil de sa sexualité.  

Je m’en veux un peu de n’avoir pas trouvé rapidement la porte pour entrer dans  ce récit surprenant.

et pour moi l' admirable figure du grand-père.

Ce sera une lecture qui laissera son empreinte.

Extraits :

« Quand j’étais plus petite il n’y avait pas de défilé patriotiques. La Patrie existait, mais elle était silencieuse et il n’était pas nécessaire de crier les noms des héros ; chacun connaissait son devoir et veillait sur elle. Mais ensuite il y a eu la guerre qui a fait surgir des soldats, et quand ils ont invoqué la Patrie ils se sont rendu compte qu’elle était cachée et ils ne l’ont pas trouvée, ce qui les a obligés à faire des « Mouvements » comme on fait exploser des mines. « Et le bruit des mines est terrible maintenant ; il les rend fous et  ils marchent à l’aveuglette ; d’un seul coup ils ont plongé la Patrie dans les ténèbres et nous sommes tous fichus, tous fichus », dit grand-père. Et il ajoute entre ses dents, d’une voix rauque et ferme : « Bandits, Bandits ! »
Grand-père devrait être général. »

« Un tintement dur, qui par moments faiblissait, sonnait les adieux d’un mort : puis la corde reprenait sa tranquillité. « Il n’y a plus de place où déposer tout ce fumier », disait le sonneur. Et il ajoutait : « le comble, c’est qu’il faut encore envoyer au-dessus de cette pourriture toute une harmonie céleste pour qu’elle dorme bien et ne nous tracasse pas la nuit. » Puis, tandis qu ’il continuait de tirer la corde à la manière d’un trapéziste, il conseillait à son ami de le laisser, parce qu’il en était à son troisième mort et qu’il y en avait encore huit en tout. « A croire qu’il y en a qui meurent plusieurs fois, les salauds !» ajoutait-il. »

« Je voudrais dormir mais je sais que c’est impossible. Depuis que Papa n’est plus là, maman m’oblige à coucher dans le grand lit où je les entendais autrefois, elle et papa. Avec moi dedans le lit ne s’agitera plus comme avant, ce qui provoquait ma rage, quand je vivais dans la pièce voisine. Parfois, lorsque maman dort, elle me couvre de sa jambe, ce qui me semble étrange. Elle voudrait, bien sur, que je sois papa. Ce que je voudrais qu’elle soit, moi aussi. »

« Mais quand il s’arrête devant moi et refuse de me laisser passer, j’ai beau avoir l’air de ne rien remarquer, je vois bien le mouvement de ses mains ; j’en ai la nausée et je voudrais pouvoir lui cracher au visage. Lorsque j’arrive à la maison, je tâte le bas de mon corps pour savoir ce qu’il a pu sentir. Un courant soudain me traverse, toute, mais comme je dois guetter en même temps par la fente de la porte pour voir si personne ne vient je me raidis de peur et le courant cesse. Cette sensation est plus intense encore quand je reviens de voir papa. Je pense qu’il nous a abandonnés pour toujours. »


(message récupéré)


mots-clés : #guerredespagne
par Bédoulène
le Dim 15 Jan - 15:14
 
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Sujet: Nivaria Tejera
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Antonio Muñoz Molina

Dans la grande nuit des temps

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Image238

De Munoz Molina, j'avais beaucoup aimé Sépharade et Fenêtres de Manhattan : ses phrases à rallonges, son rythme enchanteur, ses descriptions à la fois scrupuleuses et nostalgiques, ses retours en arrière, généraient une ambiance à la fois grouillante et intime, unique.

On retrouve tous ces éléments dans Dans la grande nuit des temps, énorme roman de 750 pages écrites serrées. J'en suis à la page 250, et comme depuis 50 page je me demande en soupirant si je ne vais pas arrêter, je vais en rester là, bien qu'à regret, car certains passages sont fort beaux. Mais ouvrir un livre et ne plus savoir si ce passage a déjà été lu ou  non , cela a un petit côté « écrire pour écrire » qui me lasse et me décourage

Ces 250 pages décrivent Ignazio Abel, qui monte dans un train et fuit l’ Espagne de 1936. Architecte de renom qui a réussi grâce à son opiniâtreté, mais aussi aux relations de la riche famille de sa femme, bientôt quinquagénaire, il avait cru devoir admettre le semi-échec de sa vie sentimentale auprès d'une épouse pour laquelle il n'éprouve plus qu'une tendresse fade et distante, au point d'en avoir oublié ses premiers émois. Il va être sorti de cet engourdissement tranquille par Judith, une jeune Américaine qui lui révèle que ses sens, son affectivité et son intellect méritent mieux. À la page 250 où je m'arrête donc, on en est encore là, aux premiers jours de cette nouvelle liaison, avec un sacré parfum de déjà avoir lu cette histoire mille et mille fois.

On aurait pu croire que le style si particulier de Munoz Molina aurait sauvé l'histoire, mais on se trouve finalement dans la même apathie sans affecte que le héros, dans la même lassitude découragée, pas vraiment offensée, mais totalement démotivée. L'idée annoncée par le 4e de couverture que « l'intime rencontre l'Histoire » était aussi une piste tentante, mais pour le moment, « l’Histoire » se limite à cette date de 1936, et une idée très vague de persécution puis de fuite d'Ignazio.

Munoz Molina serait-il meilleur dans des essais  descriptifs brefs que dans un roman-fleuve ambitieux ? Sans doute n’aimé-je pas  assez le style pour m'attacher à ce récit d'une minutie qui rejoint pour moi l'indigeste : aussi je ne voudrais décourager personne tant j'ai l'impression que pour certains tout au contraire le style de Molina pourrait être un cocon moelleux ou se lover, se complaire et ressentir d'étranges émotions envoûtantes.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #exil #famille #guerredespagne
par topocl
le Sam 7 Jan - 9:59
 
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Sujet: Antonio Muñoz Molina
Réponses: 12
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Hans Magnus Enzensberger

LE BREF ETE DE L' ANARCHIE. -

Tag guerredespagne sur Des Choses à lire Anarch11

Travail biographique très original, histoire de l' un des personnages principaux de la Guerre civile d' Espagne,
l' anarchiste Buenaventura Durruti.
C' est un livre poétique et lyrique, le récit d' une aventure avortée et qui aurait pu peut etre changer
l' histoire de l' Espagne. Mais l' époque était cahotique, et les rancoeurs contre l' église, les grandes
propriétaires terriens et le patronat très forte.
L' armée avait brisé dans le sang les grèves ouvrières dans les Asturies en 1931. La rebellion de Franco prit de court tout le monde en 1936. Avec l' aide efficace d' une grande partie de l' armée et des tabors marocaiins, la lutte était déjà inégale, d' autant que l' Italie de Mussolini et surtout du régime nazi qui
faisait ses premières armes.
En face il y aviat un gouvernement républicain, démocratique mais faible, et les partis de gauche, notamment, le syndicat anarchiste de la CNT, le seul syndicat révolutionnaire européen.
Et les communistes très minoritaires au début et dont le but était de transformer l' Espagne en "démocratie populaire" dans le genre de ce qu' on connut plus tard en Tchécoslovaquie et ailleurs.
Ils s' allièrent au début avecc les organisations de gauche, puis commencèrent à les éliminer.
Orwel et d' autres ont décrit l' évènement.
La suite est connue. Franco gagna et la répression s' abattit sur l' Espagne pendant près de
40 ans.
Hitler avait testé les démocraties occidentales. Elles avaient reculé. Il pouvait donc ouvrir les hostilités.
La Deuxième Guerre Mondiale commençait.

Ces éléments sont nécéssaires pour mieux comprendre les éléments de cette histoire complexe et
tragique.
Et l' histoire particulière de Durruti.

Message rapatrié.


mots-clés : #guerredespagne
par bix_229
le Sam 10 Déc - 16:04
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
Réponses: 25
Vues: 956

Olivier Deck

Olivier Deck
Né en 1962

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Né à Pau en 1962, Olivier Deck est écrivain, poète, peintre, musicien… l’œuvre polymorphe de ce Gascon, Béarnais installé dans les Landes, se construit depuis une vingtaine d’années autour de la parole et de l’image.

Il commence sa carrière par la peinture, ce qui le mènera à exposer au salon de la Jeune Peinture (Paris, Grand Palais) en 1989, puis au Salon d’Art Contemporain de Montrouge. Défendus par plusieurs galeries, ses travaux figurent dans de nombreuses collections, en France et à l’étranger.

Au fil du temps, l’écriture va prendre davantage de place dans sa création. Depuis 1999, il publie régulièrement des romans et des nouvelles, ainsi que de la poésie qu’il porte lui-même sur scène, mise en musique ou simplement dite.

Source : www.editions-verdier.fr

Bibliographie :

Romans
2001 : Cancans
2002 : Les Chopines
2003 : L'homme sans rire
2004 : Toréer quand même
2005 : La neige éternellle
2007 :  La grande mer
2008 : La neige éternelle
2009 : Les rumeurs du gave
2010 : L'auberge des charmilles
2011 : Les toros du Diable
2012 : Le chant des passereaux
2013 : Adieu torero !
2014 : La ferme des fous

Nouvelles
2000 : Emportés par le siècle, nouvelles
2005 : Une nuit à Madrid
2005 : Toreo de salon
2006 : Les Yeux noirs
2007 : Le vin d'al Andalus
2009 : La voie ferrée
2010 : Tes yeux sur moi c'est fini

Poésie
2000 : Quel temps fait-il au Caplan ?
2000 : Discours de la taverne
2003 : Le chemin du silence
2005 : Frontières
2006 : Résonnances

Carnets illustrés, livres de photographie
2003 : Carnet illustré
2004 : Landes, mille pays une âme

Conte
1999 L'ours et le pommier de Jeanne




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Adieu Torero !

La mort est là, tout autour et deux soldats s'abritent derrière un muret, des tirs d'un sniper ennemi. Le narrateur est Français il s'est engagé dans une des brigades Internationales, poussé par son amie Fanchon qui lui a dit que c’était son devoir puisque sa mère était Espagnole ; alors pour gagner son estime, lui le trouillard se retrouve dans la guerre, seul survivant de la brigade et décidé à déserter. Un jeune Espagnol est là également, d’une autre compagnie, lui s’est engagé parce que c’est son Pays.

Dans le civil, comme le dit le jeune Espagnol, un torero, gravement blessé :

- « Le mieux, il a dit, c’est te tuer, et me tuer après. Regrette pas, on aurait pas été copains dans la vie. On a rien à foutre ensemble nous deux. »

Mais le jeune Français se découvre du courage, le jeune torero se raconte. Les circonstances font que le jeune Français tue un soldat qui erre, au couteau. Ce corps à corps est terrible pour lui ; le torero lui dit :

- « La guerre a fait de toi un salaud.

A la dernière heure l’estime, la solidarité a gagné le cœur des deux jeunes hommes.

- « Eh ! il a dit, tu écriras mon histoire, pas vrai ? Tu parleras de Cartucho ton ami torero ! »

Le Français abandonne la guerre, le torero abandonne la vie.


C’est une très bonne lecture, qui démontre combien la guerre peut changer les hommes, combien elle prend, combien elle donne.

"message rapatrié"



mots-clés : #guerredespagne
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 17:53
 
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Javier Cercas

Les soldats de Salamine

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Au début, on croit qu’on va lire une biographie romancée de Rafael Sànchez Mazas.  .

( …)comme quelqu'un qui aurait pu faire de grandes choses, mais n'en avait quasiment fait aucune.


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Mais on y découvre aussi le travail de l'écrivain-journaliste (miroir de Javier Cercas) qui s'attache à ses pas, dans un making off en 3 étapes. Le narrateur découvre par hasard une anecdote romanesque rattachée à Sànchez Mazas, grandiose, mais aussi dérisoire puisqu’on on ne saura pas si elle est réelle ou si elle constitue un embellissement personnel de sa propre biographie par Sànchez Mazas. Il s'intéresse, se documente puis se passionne pour ce  fondateur de la phalange espagnole, écrivain assez largement oublié, personnage pour le moins ambigu. Il en tire ensuite un livre, interrogeant les archives, rapprochant les témoignages, construisant dans les blancs pour une interprétation cohérente de l’homme, et de la guerre d’Espagne d’une façon plus générale. Finalement insatisfait de sa production, il est encouragé à persévérer et élargir son champ par sa maîtresse bécasse – celle-là même qui l'énervait en s'insurgeant qu’il écrive sur ce « sale fasciste ». Et sa rencontre avec le grand écrivain chilien Roberto Bolaño, son maître en écriture, le fait avancer dans ses interrogations sur l'écrit et le récit, rendre son propos plus universel, y incluant l'autre bord, celui des combattants anonymes, au travers d'un soldat républicain obscur mais au destin extraordinaire. Enrichir son propos en acceptant de rester l’humble serviteur de son texte et non son maître intransigeant.



La biographie de Sànchez Mazas met en lueur les rapports de la phalange et du franquisme, et c'est très éclairant sur les mécanismes contradictoires mais synergiques de ces 2 mouvements, qui aboutirent à la guerre fratricide que l'on sait.

(…) bien loin de regretter d'avoir contribué de son mieux à enflammer la guerre qui lamina une république légitime et d'avoir établi non pas le terrifiant régime de poètes et de condotierres renaissants dont il rêvait, mais un vulgaire gouvernement d'aigrefins, de balourds et de culs-bénits.


Javier Cercas, au-delà de cet homme qui fut l'un des moteurs déterminants de l'entrée en guerre, fait revivre des petits, des sans-grades, dont le nom n'est pas retenu par l'histoire, mais dont l'auteur considère qu'ils furent les vrais héros, les vrais moteurs de l’Histoire et dont il entend transmettre et l'histoire, et le nom, afin qu'ils ne se perdent pas.

À côté de cette réflexion historique, ce livre est une réelle interrogation sur l'écriture, et le rapport à la fiction. L'auteur narrateur veut écrire un « récit réel », mais comprend vite que son interprétation et son imagination sont un des moteurs de son récit. Exposant ses interrogations personnelles, il lui donne sa vraie dimension. Dans le roman Les soldats de Salamine de Javier Cercas, comme dans celui que son héros écrit, on ne sait jamais ce qui est vrai, ce qui est transformé par le souvenir, ce qui est magnifié par le récit, ce qui est inventé par les protagonistes ou l'auteur. C'est une interrogation éclairée sur la vérité, sur le sens de l'écrit et de la mémoire.

J'espère que ce ne sera pas un roman.
-Non, dis-je très confiant. C'est un récit réel.
-Et c'est quoi ça ?
Je le lui expliquais et je crois qu’elle  comprit.
-Ce sera comme un roman, résumai-je. Sauf qu'au lieu que tout soit faux tout sera vrai.



L’Histoire a un sens et le rôle de la littérature est de nous le restituer à travers les hommes qui la construisent, grands ou petits. Javier Cercas nous le raconte avec une  intelligence malicieuse.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #devoirdememoire #guerredespagne
par topocl
le Mar 6 Déc - 13:03
 
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Sujet: Javier Cercas
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Jaume Cabré

Les voix du Pamano  


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Ça commence par l'exergue :
« Père, ne leur pardonne pas, car ils savent ce qu'ils font. » Vladimir Jankélévitch

et ça finit avec :
Sais-tu mon fils ? Les cimetières de villages ont toujours fait penser aux photos de famille : tout le monde se connaît et tout le monde reste bien tranquille, à jamais l'un à côté de l'autre et chacun perdu dans son rêve. Avec leurs haines désorientées par tout ce calme.
(…) C'est incroyable, la vie.


Si j'en crois Les voix du Pamano, Jaume Cabré est un formidable conteur. Sur 760 pages, il nous émeut à parcourir les rues d'un village des Pyrénées espagnoles, marqué par les blessures de la guerre civile et du franquisme, blessures que nous allons voir au fil des années tenter de cicatriser, mais bien souvent se réouvrir, suppurer sous des couteaux vengeurs,. Ce sont ceux qui vont bientôt mourir, disent les anciens, qui entendent les « voix du Pamano », le ruisseau qui baigne Torena.  Ce livre, où les personnages se partagent - se déchirent plutôt - entre traîtrise et fidélité, souvenir et vengeance, haine et amour est un extraordinaire jeux de piste parfaitement maîtrisé.


Vous savez les jeux de pistes, ces trucs machiavéliques qui tiennent en haleine, plein de rebondissements, qui vous emportent sur une fausse piste, où un petit élément vient éclairer rétrospectivement quelques informations que vous aviez jugées négligeables et qui prennent soudain toute leur importance? Ces récits où la vérité  n'est pas livrée toute crue mais se gagne à la sueur bienheureuse de vos investigations ? Ces grands enchevêtrements élaborés par un inventeur scrupuleux et malicieux, qui se rit de vos petits raisonnements terre à terre pour élaborer une grande construction dont la cohérence se construit peu à peu, dont les structures éparpillées vont trouver, comme les pièces d’un puzzle qui se complètent, leur épanouissement dans l'évidence finale, où tout s’ explique, tout se tient, dans un tableau à l'intelligence brillante ?

Voilà le trésor que nous propose Jaume Cabré. Le livre se « gagne » assez difficilement au début, on est un peu désarçonné, perdu par la multiplicité des personnages, et surtout par le style très particulier de l'auteur – style si personnel qu’on va peu à peu le considérer comme un des personnages de l’histoire à lui tout seul. Pour lui le temps et l'espace sont des notions parfaitement éclatées : au milieu d'un paragraphe, d'une phrase même, on passe malicieusement d’ une scène à une autre, d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre.
Jaume Cabré surfe sur les vagues du temps, enchaînant brillamment les grands écarts, définissant des correspondances, des filiations. Il nous livre les pensées derrière les paroles, les espoirs derrière les actes, pour mieux ciseler l’intimité complexe de ses personnages, prisonniers chacun à sa façon de la solitude de son destin.
Cela demande un temps d'adaptation, il ne faut pas se décourager dans les 100 premières pages, éviter de lire par petits morceaux, et petit à petit, les personnages se construisent, les correspondances se font, on s'installe délicieusement dans cette histoire à la fois lumineuse et sordide, bouleversante et perpétuellement haletante, on ne peut plus lâcher ce suspense haletant.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #guerredespagne
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:49
 
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Ernest Hemingway

Pour qui sonne le glas

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Pendant la guerre civile espagnole, Robert Jordan, un américain des Brigades Internationales est envoyé, deux sacs de  dynamite sur le dos, auprès d'un groupe de guerilleros, avec pour mission de faire sauter un pont. Pendant les trois jours qui précèdent l'action, il s'intègre au groupe, y installe son autorité bienveillante. Il découvre la fraternité de ces paysans analphabètes, unis par l'idée que le monde est si beau qu'il mérite que l'on meurt pour le sauver. Des amitiés et des trahisons se dessinent, ainsi qu’une histoire d'amour aussi passionnée que cela peut se passer quand on sait que l'on risque de mourir demain.

C'est ainsi que Robert Jordan était obligé maintenant d'employer ces gens qu'il aimait, comme on emploie des soldats envers lesquels, si l'on veut réussir, il ne faut éprouver aucun sentiment.


Hemingway nous montre ces personnages qui s'activent, qui parlent (beaucoup), qui mangent, qui boivent (beaucoup). À côté d'un récit scrupuleusement technique des actes et déplacements, les dialogues sont un élément crucial du livre. Si personne ne doute de la nécessité fondamentale de la guerre, chacun exprime ses propres incertitudes : le sens de la violence, la nécessité de la mission, la capacité de chacun à faire face à l'épreuve, le rejet de la foi qui est souvent quelque chose de plus théorique que réel, le poids des superstitions, la solitude au sein de la communauté…

Tu ne sais pas que c'est mal de tuer ? Si. Mais tu le fais ? Oui. Et tu continues à croire absolument que ta cause est juste ? Oui.


Cela parle beaucoup dans ce livre, et si cela soulève des questionnements des plus intéressants, il faut reconnaître que c’est quand même parfois un peu redondant.

C'est  beau cette histoire d'amour pathétique, qui se doit de se vivre dans toute son intensité, sans tristesse, à défaut de s'envisager une durée. Cette femme et cet homme qui se donnent chacun une force, elle pour renaître, et lui pour combattre. Les dialogues sont parfois… tellement enflammés qu’ils peuvent être à la limite du niais. Mais tant pis, la personne qui m'a donné à lire ce livre avec injonction de l'aimer m’a expliqué : « mais c'est normal, maman, l'amour, c’est niais » – et elle n’a peut-être pas tort.)

Chose particulièrement marquante, c'est la capacité que Hemingway a de se mettre dans la tête des autres, et, sans faire dans le psychologique ou de l'introspectif (pas du tout), à suivre le cheminement chaotique de la pensée, les associations d'idées, les fils directeurs comme les coqs à l’âne, mêlant réflexion, action et détails dérisoires. Ces monologues intérieur sont le reflet de la tension intérieur des personnages, de leurs hésitations, de leur déterminisme, de ce désir qui leur échappe , parfois, d'avoir droit à une parcelle de vie normale.

Tous les meilleurs, quand on y songeait, étaient gais. Il valait bien mieux être gai, et en outre, c'était un signe, une espèce d'immortalité terrestre. Un peu compliqué. Il n’en restait pas beaucoup, cependant, non il n'en restait pas beaucoup de gais. Il en restait diablement peu. Et si tu continues à penser comme ça, mon garçon, toi non plus, tu ne dureras pas longtemps. Change de disque maintenant, vieux routier, vieux camarade. Tu es un destructeur de pont maintenant. Pas un penseur. Tu as faim, vieux frère, songea-t-il. Pourvu qu'on mange bien chez Pablo.


L'ensemble donne, à condition d'accepter des longueurs, une belle progression dramatique qui nous mène crescendo jusqu'à la scène–long chapitre finale, où l'émotion étreint le lecteur dans un puissant chant du cygne.

La colère, le vide, la haine qui l’avait envahi, une fois le pont sauté, quand, levant la tête, il avait vu Anselmo, tout cela était encore en lui. En lui il y avait aussi le désespoir, le chagrin que les soldats transforment en haine pour pouvoir continuer à être des soldats. Maintenant que c'était fini, il se sentait seul, détaché et sans joie, et il détestait tout ce qu'il approchait.


Je dois dire que, d' Hemingway, je redoutais un peu  l'aspect amitié virile, exaltation du mâle avec un grand M. Alors s’il est certain que les femmes sont plus là pour préparer la bouffe et transporter les munitions, il n'en demeure pas moins qu’on a deux magnifiques portraits de femmes, Maria et Pilar,  en face desquelles les hommes savent reconnaître leurs fragilités.

Et donc c'est quoi, ce livre ? Un roman d'aventure, un roman de guerre, un roman d'amour, un roman d'amitié ? Tout cela à la fois. Mais aussi une espèce d’autoportrait transfiguré d’Hemingway, une ode à certaines valeurs, un document historique, une magistrale réflexion sur le sens de nos vies et de la mort. La version cinématographique (Gary Cooper et Ingrid Bergman), ça doit valoir son pesant de grattons!



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #guerredespagne
par topocl
le Lun 5 Déc - 19:48
 
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Sujet: Ernest Hemingway
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George Orwell

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Hommage à la Catalogne

Il est vrai que la séparation de la partie action et réflexions politiques   fait que le lecteur  est un peu éloigné du contexte. Personnellement j'ai compensé en recherches multiples sur ce que je ne connaissais pas, je n'aime pas lire si je ne comprends pas, donc  beaucoup de recherches, mais cela m'a permis  ensuite, dans les 2 chapitres sur la politique, de me sentir à l'aise.

Au-delà de la guerre sur le Front, souvent pour Orwell une guerre d'attente, dans des conditions très difficiles , c'est la révolution "volée" aux ouvriers et paysans qui a retenu mon attention.

c'est franchement ahurissant que Staline ait donné des ordres afin que la révolution prolétaire soit camouflée, il ne voulait surtout pas qu'elle se "relève", il lui fallait montrer "patte blanche" aux Pays ayant investi un énorme capital en Espagne ! Quoique finalement c'est son habitude de "liquider" les révolutionnaires !

De retour à Barcelone après plus de 3 mois au front, après l'attaque d'Huesca, Orwell découvre une ville changée, l'atmosphère, le langage, l'attitude ne sont plus ceux de la  ville de prolétaires, de révolutionnaires qu'il avait quittée. Barcelone était passée d'un Etat prolétarien à une République Bourgeoise.

Une guerre de rue s'engage après qu' à l'inititiative de Salas leur chef, les policiers attaquent le Bureau central des Télécommunications tenu par les ouvriers du CNT (syndicat Anarchiste) ; le POUM soutient le CNT par camaraderie, Orwell participe donc à cette situation. Des barricades sont élevées dans les rues.

Les journées de mai qui ont amené à leur suite un climat délétère (suspicion, mensonges, arrestations, assassinats) mais non pas entre Républicains et Fascistes, non ! entre le gouvernement et ces Hommes qui défendent la Patrie.

Le parti Communiste prend prétexte de cette émeute pour attaquer le POUM (Marxiste mais anti-fasciste et anti-Stalinien) comme Trotskystes, traitres à la solde des fascistes, la presse communiste en Espagne et hors s'acharne de manièe odieuse, mensongère sur le POUM. Le gouvernement sous la pression communiste ordonne la suppression du POUM ; tous ses membres, les sympathisants sont arrêtés, voire pour certains assassinés.

Le couple Orwell (oui sa femme s'avait suivi courageusement en Espagne) arrive à rejoindre la France puis leur pays après avoir réussi à obtenir les tampons nécessaires sur leur passeport.


Orwell nous a livré sa vérité, il dit bien que certainement il a été partisan, et j' adhère à l'analyse qu'il fait de la situation politique en Espagne à cette période.

Il a vraiment rendu Hommage à la Catalogne, il les aime ces Espagnols avec leur humanité, leur égalité, leur fraternité et leur "manana"

Je mets l'extrait suivant parce que je partage l'avis d'Orwell :

"Comprenez bien, je vous en prie, qu'en parlant ainsi, ce n'est pas contre les communistes de la base, et encore moins contre les milliers de communistes qui moururent héroïquement pour la défense de Madrid, que j'en ai. Mais ce n'était pas eux qui dirigeaient la politique de leur parti.
Quant aux communistes haut placés, comment croire qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient ? "


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Complément d’information sur le P.O.U.M.

Les origines des milices du POUM étaient les GABOC : groupes d'action directe des BOC (Bloc Ouvrier et
Paysan, fondé en 1931, par des dissidentEs communistes anti-stalinienNEs, fusionnera en 1935 avec la
Izquierda Communista pour former le POUM – Note du CATS), dont les membres appartenaient à leurs
Jeunesses. Ils étaient engagés dans la défense des meetings du BOC et par la suite du POUM.
Ils défendaient les affichages, portaient des uniformes, effectuaient des exercices militaires et le tir
périodiquement. Des rangs des GABOCS ont émergé les chefs militaires des « Centuries » des milices du
POUM, lesquels étaient des dirigeants de la JCI. Les « Centuries » de miliciens du POUM se convertirent
ensuite en « bataillons ».
Josep Rovira organisa les forces militaires du POUM sur le front d'Aragon.
Il était responsable des Groupes d’Action du POUM. Il avait appartenu à Estat Catalá (parti catalaniste
républicain et bourgeois fondé en 1922– Note du CATS) et avait participé, avec Francesc Macia, au projet
d’invasion de la Catalogne en 1926, depuis Prats de Mollo, en Catalogne Nord (il s’agit d’une commune
située en territoire français – Note du CATS).

Dans les milices du POUM (Division Lénine, plus tard la 29ème Division),  celle d’Orwell, il y avait 600 volontaires
étrangerEs, dont la moitié, les plus remarquables, étaient des AllemandEs. Les volontaires allemandEs étaient
des alliéEs politiques du POUM qui étaient venuEs se battre après avoir fui les naziEs. Ils/elles étaient les
meilleurs soldats et composaient le Bataillon de Choc.
Il y avait aussi des volontaires italienNEs, françaisEs et Britanniques (trente). Les milices du POUM ont
atteint jusqu'à vingt-six nationalités différentes.


"message rapatrié"


Mots-clés : #guerredespagne #politique #revolution
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 19:08
 
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Sujet: George Orwell
Réponses: 50
Vues: 1907

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