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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Sam 18 Jan - 10:37

101 résultats trouvés pour deuxiemeguerre

Vassili Grossman

Vie et destin

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 51y1mn10

suite du premier Tome de cette fresque historique, la bataille de Stalingrad où le lecteur retrouve en autre la famille CHAPOCHNIKOV.

La lettre annoncée de la mère du physicien Strum 2ème mari de Lioudmila porte un bouleversant témoignage à son fils de la réalité du ghetto où elle vit et duquel elle va partir pour un camp de concentration allemand parce qu'elle est juive.

Prise de conscience pour Strum de sa judéité pendant cette guerre (comme Grossman d'ailleurs qui n'a pas pu/su éviter le camp à sa mère) ; de même lorsque alors que ses travaux ne sont pas reconnus, les contrats des assistants Juifs de son laboratoire ne sont pas reconduits.

La guerre a déplacé des milliers d'habitants d'une ville à l'autre au gré des avancées de l'armée allemande, la pénurie c'est installée.

D’un goulag soviétique à un camp de concentration allemand, du QG du feld-maréchal Paulus à un état-major de l’armée rouge, d' un laboratoire scientifique de Kazan (celui de Strum), d’une cave de Stalingrad où se terrent des soldats allemands, à la maison "6 bis" que tiennent vaillamment une poignée d'hommes sous les ordres de Grekov,  aux immenses steppes russes Kalmoukes ( l'une des nations minoritaires de l'union soviétique)l'auteur démontre la similitude de la politique de deux états totalitaires.

La conversation entre Liss (SS responsable du camp) et Mostovkoï vieux Bolchevik de la première heure (détenu) est révélatrice en ce sens.

Avec les paroles d'un détenu de droit commun dans un camp allemand, Ikonnikov : « Je ne crois pas au Bien je crois à la Bonté ! « illustré notamment par cette vieille femme russe qui aide un soldat allemand,  l'auteur rejette les notions de Bien et de Mal ! Il le rappellera, il croit en "la bonté".

Novikov, Colonel de chars,  fait le choix de retarder de 8 minutes l’attaque pour épargner ses hommes.

"Il existe un droit plus grand que celui d'envoyer les hommes à la mort sans se poser de questions, c'est celui de se poser des questions en envoyant les hommes à la mort."



alors que du côté allemand Paulus :

Bien sûr, il aurait pu ne pas se soumettre à l’ordre reçu ! Le Führer l’aurait fait exécuter, mais ses hommes auraient été sauvés. Il lisait ce reproche dans bien des regards.
  Oui, il aurait pu sauver son armée !
  Mais il avait peur d’Hitler et craignait pour sa peau


L'auteur s'il évoque évidemment la puissante étreinte du Parti, l'année de terreur 1937 lors de procès truqués, il rappelle avec force aussi que chacun a son "libre arbitre". Certains l'ont exercé et bien sur l'ont payé très cher.

L’homme qui a péché connaît toute la puissance d’un État totalitaire : elle est incommensurable. Cette force énorme emprisonne la volonté de l’homme, au moyen de la propagande, de la solitude, du camp, d’une mort paisible, de la faim, du déshonneur… Mais dans chaque pas que fait l’homme sous la menace de la misère, de la faim, du camp et de la mort, se manifeste, en même temps que la nécessité, le libre arbitre de l’homme.
« le destin mène l’Histoire mais l’homme le suit parce qu’il le veut et il est libre de ne pas vouloir »


"Ceux qui s’obstinaient à revendiquer le droit d’être des hommes étaient, peu à peu, ébranlés et détruits, brisés, cassés, grignotés et mis en pièces, jusqu’au moment où ils atteignaient un tel degré de friabilité, de mollesse, d’élasticité et de faiblesse, qu’ils ne pensaient plus à la justice, à la liberté, ni même à la paix, et ne désiraient qu’être débarrassés au plus vite de cette vie qu’ils haïssaient."

L'accusé devant le juge n'est plus un homme c'est une "créature" !

C’est du délire pur et simple, marmonna la créature à la vareuse largement ouverte.
Le juge d’instruction répondit :
  — Réfléchissez !
La créature, elle, pensait. Elle avait de quoi réfléchir.
C’est du délire pur et simple, marmonna la créature à la vareuse largement ouverte.
Le juge d’instruction répondit :
  — Réfléchissez !
La créature, elle, pensait. Elle avait de quoi réfléchir.


Durant cette première nuit, il avait prononcé des discours séditieux, compati au sort des détenus des camps, raconté son intention de devenir apiculteur et jardinier. Mais, peu à peu, au fur et à mesure qu’il retrouvait sa vie d’antan, ses discours s’étaient modifiés.


Strum, le scientifique accepte de signé le document collectif qui doit être adressé à la presse et dans lequel est nié les condamnations de médecins Juifs, dont les Etats unis notamment ont eu connaissance et accuse l'Union soviétique. Encore une fois l'auteur rappelle le "libre arbitre" de chacun. (comme le personnage de Strum Grossman a lui aussi signé un document collectif, reconnaissant la culpabilité de certains accusés)

La tristesse, le dégoût, le pressentiment de sa docilité l’envahirent. Il sentait sur lui le souffle tendre du grand État et il n’avait pas la force de se jeter dans les ténèbres glacées… Il n’avait plus de force du tout. Ce n’était pas la peur qui le paralysait, c’était autre chose, un sentiment terrifiant de soumission.
Que l’homme était donc curieusement bâti ! Il avait trouvé la force de renoncer à la vie, et il était soudain incapable de rejeter quelques gâteries. Allez donc repousser la main omnipotente qui vous caresse la tête, vous tapote l’épaule !


En rappelant : "Trois événements grandioses ont été à la base d’une nouvelle vision de la vie et des rapports humains : la collectivisation des campagnes, l’industrialisation, l’année 1937." pour argumenter l'Etat/Parti de Staline. Staline à qui renvoie d'ailleurs plusieurs conversations ou réflexions de militaires, scientifiques ou intellectuels. Conversations ou réflexions discrètes car dangereuses pour le responsable.


Stalingrad devint la philosophie de l'Histoire !

Ce qui se jouait dans la bataille de Stalingrad c’était le sort des pays de l’Europe, la fin des camps nazis, le sort des prisonniers russes et allemands, le destin des Juifs, des minorités de l’Union Soviétique, les relations de l’ Union soviétique et des autres pays, le devenir d’Hitler et de Staline.

Selon que l'armée soviétique subissait ou au contraire dominait, les rapports entre les Russes et les nations minoritaires changeaient ; le sentiment nationaliste de la patrie  s'exerçait différemment et,  force dans le malheur,  pouvait devenir dictature, antisémitisme.....

L'armée soviétique a beaucoup subi, des millions de morts autant civils que militaires, mais a finalement encerclé l'armée allemande, la célèbre 6ème division de Paulus qui a conduit à sa capitulation.

Il faut remarquer que les détenus dans les camps soviétiques ont travailler pendant et après la guerre pour l'armée, pour la reconstruction ; leur conditions de détention sont aussi révélées, de même dans un chapitre poignant  le sort des Juifs dans un camp de concentration.

***

Une lecture qui m'a confirmée dans mes sentiments sur cette triste période, pas si lointaine, et qui réveille des questions encore d'actualité comme l'antisémitisme (en France notamment) ; le fait que des millions de personnes aient cru en le communisme (je ne jetterais jamais la pierre à quiconque pour avoir voulu, cru en des jours meilleurs, à cette utopie ?, ni à ceux qui ont encore gardé cet espoir).
D'ailleurs je ne sais pas  (n'ayant pas lu ni Marx, Engels....) ce qu'est véritablement le marxisme, le communisme mais ce que je sais - après plusieurs de mes lectures, documentaires vus,  que le Stalinisme est terrifiant ; que le nazisme l'était encore plus ( conduisant à une paranoÏa certaine chefs et serviteurs). Que des millions de gens ont payé de leur vie d'avoir vécu sous ces régimes ou de les avoir combattus ;  et que malheureusement de nos jours se réveillent dans plusieurs pays d'Europe des politiques extrêmes.

Strum est l'alter-égo de l'auteur, scientifique comme lui, ayant dans sa vie privée également des rapprochements - 2 femmes dont le mari de la première a été prisonnier de goulag, une mère morte dans le camp de concentration,  signataire lui aussi d'un texte collectif en 1937, publié dans la presse et demandant la peine de mort pour les inculpés d’un grand procès de prétendus traitres, parmi lesquels figurait Boukharine.
Je pense que l'auteur était bien conscient que son livre était une condamnation, une dénonciation du régime et que donc son oeuvre risquait d'être confisquée. Une manière de s'amender de  son pro-soviétisme d'avant la guerre ? .......mais c'était son pays !

d'autres extraits :

Soldats allemands après la capitulation :
Ils étaient laids et faibles, tels qu’ils avaient été mis au monde par leurs mères et tels qu’elles les aimaient. On cherchait en vain les représentants de cette nation au menton lourd, à la bouche hautaine, têtes blondes, visages clairs et poitrails de granit.
Ils ressemblaient comme des frères à ces misérables foules de malheureux, nés, eux, de mères russes, que les Allemands chassaient à coups de baguette et de bâton vers les camps de l’ouest à l’automne 1941.

Un soldat s’était introduit entre les côtes du cheval et ressemblait à un charpentier œuvrant parmi les chevrons d’un toit en construction. À deux pas de là, au milieu d’une maison en ruine, brûlait un feu au-dessus duquel un chaudron noir était suspendu à un trépied : tout autour, des soldats casqués ou en calots, enveloppés dans des couvertures ou des châles, fusil à l’épaule, grenades au ceinturon. De la pointe de sa baïonnette, le cuisinier renfonçait dans l’eau du chaudron les morceaux de viande de cheval qui remontaient. Assis sur le toit d’un abri, un soldat rongeait lentement un os de cheval qui ressemblait à un incroyable et gigantesque harmonica.

Stalingrad, l’offensive de Stalingrad, ont contribué à créer une nouvelle conscience de soi dans l’armée et la population. Les Soviétiques, les Russes, avaient maintenant une autre vision d’eux-mêmes, une autre attitude à l’égard des autres nationalités. L’histoire de la Russie devenait l’histoire de la gloire russe au lieu d’être l’histoire des souffrances et des humiliations des ouvriers et paysans russes. Le national changeait de nature ; il n’appartenait plus au domaine de la forme mais au contenu, il était devenu un nouveau fondement de la compréhension du monde.



Mots-clés : #deuxiemeguerre #regimeautoritaire #xxesiecle
par Bédoulène
le Dim 15 Déc - 18:04
 
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Sujet: Vassili Grossman
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Roger Nimier

Le hussard bleu

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Roger-11

Roman, publié chez Gallimard en 1950, environ 415 pages.

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Roger Nimier ?
Diagnostiqué dangereux pestiféré chez les tenants du haut du pavé parisien et germanopratin des années 1950, suite à ce livre (ou est-ce par les positions affichées des parutions auxquelles il collabore, ou encore est-ce pour avoir publié Céline, Chardonne, Morand, ou est-ce un tout?).
- Toujours est-il que:
Le journaliste Bernard Frank, entendant dénoncer une coterie à abattre, utilise l'expression de "Hussard" en référence au "Hussard bleu" de Nimier, pour désigner quelques écrivains à honnir: Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon, Roger Nimier, etc..., même si l'expression fait encore florès, il est assez discutable qu'il y eût réellement mouvement au sens artistique, c'était plutôt un groupage journalistique extérieur, commode pour servir de cible à la vindicte.

Je voulais quand même voir de quoi il retourne avec ce livre-là en particulier, puisqu'il a donné son intitulé au pseudo-mouvement, mais entre l'idée vague et ouvrir effectivement les pages, se plonger dedans, il faut un déclic, la lecture récente de pas mal de bouquins d'Antoine Blondin fut celui-ci.

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Le procédé d'As I lay dying - Tandis que j'agonise - de Faulkner y est repris, à savoir:
L'écriture consiste en des monologues de tailles variées, par les protagonistes, tous masculins sauf un.
42 monologues, répartis en trois parties.

Le caractère féminin allemand, pourtant de tout premier plan, en est curieusement exclu, l'on comprend à la fin qu'il y a une bonne raison de construction littéraire, comment faire parler ce protagoniste sans dévoiler la chute ?

Nous avons deux personnages principaux, deux hussards français, Saint-Anne en lequel Nimier a mis l'essentiel de lui-même et de son regard d'alors (du moins peut-on le présumer via la concordance des âges et des expériences), c'est lui le hussard bleu, et François Sanders, l'insolent, le séduisant, troupier efficace, revenu de tout (dans tous les sens de l'expression), il est celui que Saint-Anne admire.

Le thème du livre est, disons, la vie au sein d'un escadron de hussards français après la Libération, sur sol allemand occupé (les fameuses TOA - Troupes d'Occupation en Allemagne), en 1945.

Si vous avez quelques doutes sur l'aspect civilisateur et culturel de la présence militaire française dans le contexte d'alors, ainsi que sur les héros auréolés de la Libération qui composaient ces forces-là, alors c'est un livre qu'il vous faut: on comprend qu'il ait pu choquer, faire couler pas mal d'invectives, d'encre et enclencher des polémiques à n'en plus finir à sa parution.

Nimier a dû paraître dans ce livre, qui a pu être un tantinet déflagrant alors (et sans doute encore aujourd'hui, peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons), comme une sorte de provo, tendance nihiliste, de droite anti-gaulliste par-dessus le marché, histoire de ne faire aucune concession, et ce sans singer ou s'adonner au rôle de l'histrion. Il y a, cela sans doute, un second degré qui parcourt l'ouvrage, voire un incontestable humour, ricanant jaune et froid, très ironie-du-désespoir, bref, du type que je ne prise pas, bien qu'il connaisse une vogue indéniable, qui ne se ralentit pas depuis un gros siècle.

Outre ceci, qui a trait au propos, [pour ne rien arranger diront certains] l'ensemble est de surcroît assez cru, cynique, provocant, peut faire tiquer et tordre le nez, cependant reste toutefois de lecture preste, littérairement plutôt bien troussé, agréable bien qu'inégal: ça démarre vraiment sur les chapeaux de roues, et puis ça s'étiole quelque peu, et reprend sur les interventions finales.

L'argot de troupes de l'époque en vigueur chez les suçards (traduisez hussards) s'avère parfois décoiffant (ça a son petit charme), mais aussi ordurier à l'occasion.
Nimier, qui a vécu la vie d'un hussard français en Allemagne occupée sait peindre à vif, rendre du choc, croquer des instants, des scènes en quelques traits; quant aux caractères mis en avant, c'est là toute la réussite du livre.

Casse-Pompons a écrit:Ça fait penser à ces enculés de Shleus, des mômes de quatorze ans ou des vieux duchnoques qui se cachaient dans les buissons pour nous tirer dessus. Comme disait Los Anderos: "Qu'est-ce que c'est que ce genre-là ? Faut de l'ordre, dans la vie. Aux francs-tireurs, il y avait de l'ordre." Pour ce qui est des francs-tireurs, je ne pouvais pas en parler très exactement comme lui, vu que, à la même époque, mes obligations militaires me retenaient dans la garde à Pétain. Mais dans la garde à Pétain, on avait tout à fait l'esprit du maquis.

 Quand même, c'est les partisans schleus qui ont fait sauter l'half-track du peloton avec un bazouka. Ça, y a rien que le Schleu pour inventer une arme aussi perverse. Je me murmurais en coulisse: comme ça, y sera plus en panne. Évidemment, c'était ennuyeux pour les copains. Mais y z'ont eu la belle mort et le lieutenant, il a dit qu'ils auraient aussi la citation. Ça, d'ailleurs, c'est rien injuste. J'estime et je considère qu'un qui a pas froid aux yeux et qui fait reculer la mort par son attitude méprisante et glacée, c'est çui-là qu'il la mériterait la médaille. Mais je ne veux nommer personne. N'empêche: la croix d'honneur, quand elle est accrochée au mur, c'est ça qui fait regretter aux vieux de ne pas avoir envoyé plus de mandats à leur cher petit disparu, tant qu'il était en vie, histoire qu'il puisse aller de temps à autre à l'estaminet pour se nettoyer la pente avec du gros bien acide.  


Colonel de Fermendidier a écrit:L'âme germanique n'a plus de secrets pour moi. Ai complètement maté ces gaillards, en un rien. D'ailleurs, ils sont très pétainistes. Le vieux les impressionne encore. Ces gens-là sont plus poétiques qu'on ne croit. Verdun, c'est un souvenir, tandis que toutes ces histoires de Vercors et de Stalingrad, on sent bien que ce sont des inventions de la propagande maçonne. Suffit.
[...] On pense qu'il est gai pour un vieux blédard comme moi d'être sous les ordres d'un déserteur. Ça s'est mêlé d'organiser des concerts, des expositions. Expositions de mes couilles, oui, en paquet de douze et dégraissées. À Sidi ou-Saïd et à Bidon V, ça aurait bien amusé tout le monde.
[...] L'autre jour, à minuit, dans le poste de garde, ai surpris un jeune margis qui lisait un journal de Paris. Lui ai défendu de réveiller les hommes qui ronflaient d'un seul cœur. Lui ai demandé:
- Pourquoi tu lis ça, mon petit ami ?
A bredouilé que c'était pour se tenir au courant, réfléchir, quoi.
- Mais c'est à peine bon à t'essuyer le cul, mon petit ami. Une fois que tu l'auras essuyé, tu n'y toucheras plus à ton journal, n'est-ce pas ? Eh bien, quand tu verras un journal, agis toujours comme si tu venais de t'en servir, et tu verras comme tu passeras vite maréchal des logis-chef.
Je dois dire, les livres ne valent quelquefois pas mieux. Un exemple: avais depuis longtemps l'intention de lire Servitude et grandeur militaire. Fichue intention ! Littérature à la graisse de bottes. Aurais bien voulu connaître l'auteur. Ne devait pas être un franc-baiseur, ce Vigny, mais plutôt un petit sacristain qui se l'agite dans les coins. Une sorte de gaulliste, en somme.



Sanders a écrit:
Un jour, il y a un an, il a été tué dans un bombardement. on n'a pas retrouvé grand-chose de son corps. Ça m'a bien aidé pour l'enterrement, ça, vous savez. Car je suis restée quatre jours avec la bière dans l'appartement. Mais je pensais qu'il n'était plus dangereux; il n'en restait presque plus rien. Cette mort, enfin, nous faisait participer un peu aux malheurs de la patrie? C'était plus chic, vous comprenez.
- Et votre frère ? Le parachutiste...
- Oui... celui-là a été tué à la guerre, mais par la dysenterie. On n'a pas de chance dans la famille. On n'est pas doués pour l'héroïsme. Moi, quand on me viole, vous l'avez vu, j'y prends un grand plaisir. Ça n'a pas été très compliqué. Nous couchions ensemble: un garçon, une femme. Un souvenir comme les autres.
 Elle a eu un rire faux qui n'a pas duré longtemps. Je lui ai pris le menton et je l'ai embrassée.
- Vous avez eu raison de mentir. J'aurais tiré de vous moins de plaisir, en connaissant tout cela. Vous savez, le viol, c'est comme la confiture d'orange, ça parle à l'imagination. À travers vous, ma petite fille, je pensais atteindre un général, un héros, le paradis terrestre, en somme...Un monde beaucoup trop difficile pour que nous y mettions jamais les pieds. Mais nous pouvions le faire bascule dans notre saleté. Comme ça, il n'y a plus de paradis pour personne.


Saint-Anne a écrit:Nous retrouvons enfin notre nouveau chef de peloton, l'adjudant Maréchal. C'est un buffle mal rasé qui ne peut pas rester une minute sans démonter un moteur. Quand il n'en a pas sous la main, ce qui est rare (il en traîne partout), il fouille dans sa montre. Il nous traite de lâches, de déserteurs, de poseurs de ses deux; je ne sais pas à quoi il fait allusion. Il nous accuse de passer plus de temps à nous gominer les cheveux qu'à poursuivre l'Allemand. C'est un peu exagéré. Maximian se coiffe très sommairement et il extermine les Fridolins jusque dans ses prières.
Puis ce Maréchal examine le ciel. Il prédit pour le lendemain l'Apocalypse, la merde et la mort.
  C'est assez bien vu, car il reçoit un éclat d'obus dans le ventre, ce qui lui donne une meilleure occasion de brailler. Nous faisons la connaissance du lieutenant des Môles, qui le remplace. Il vient du premier escadron. Comme il n'est pas marié, ça n'a aucune importance. Il est dix heures. Le soleil s'étire, dans un ciel qui ressemble à un brouillon de mauvais élève. Tous les quatre, nous écoutons:
- Envoyons une reconnaissance sur l'axe AB. Voyez la carte. Sales coin...Plein de mines. Vot' voiture est la plus moche du peloton. Vous souhaite pas bonne chance. Au bout de deux kilomètres, vous pourrez revenir. Vous avez la radio. Tâchez de prévenir avant de sauter.
  Nous prenons un air ennuyé. Cet ennui augmente quand le lieutenant nous serre la main. Ce jeune homme, après tout, nous ne l'avons pas invité à notre enterrement.  



Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #temoignage #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 7 Déc - 8:19
 
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Sujet: Roger Nimier
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Moritz Thomsen

Mes deux guerres

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Récit autobiographique, l’histoire de cette famille plus extraordinaire qu’une création romanesque, mais aussi typiquement nord-américaine dans la démesure de la fortune et du désastre, du sordide et de la folie, gravitant sans fin autour de la figure du père haïssant et haïssable ‒ le tout épicé d’un humour subtil, mais fort teinté de dérision. Avec le bizarre contrepoint de l'expérience tout aussi traumatisante de la Seconde Guerre mondiale comme bombardier.
Thomsen est un puissant narrateur, comme de cette séance déterminante dans une taverne munichoise en pleine poussée fasciste, ou celle du choc de Pearl Harbor ‒ et bien sûr les bombardements vus d’un B-17. Le point de vue dont il témoigne m’est souvent paru différent de ce que j’aurais cru, mais toujours plein d’enseignements (telle cette significative diffamation officielle : « Lack of Moral Fibre », défaut de combativité).
« Et il est tout aussi étrange que, lorsqu’on se met à creuser le passé, on n’y trouve pas, bien souvent, ce à quoi on s’attendait ; dans nos souvenirs les plus vivaces, on est rarement dans les bras de quelqu’un, mais presque toujours seul et peut-être à ne rien faire de plus important qu’être posté à la fenêtre tandis que la lune monte au-dessus des arbres, ou contempler, dans une sorte d’extase, les eaux limpides d’un lac de montagne. »

« La monotonie s’est parée d’une qualité enchantée, comme si nous vivions des journées qui ne seront pas décomptées de notre espérance de vie, dividendes sans valeur, mais dont, avec un peu d’imagination, il est possible de retirer quelques moments de relative joie. »

« Le temps de quelques instants, je fus ébranlé par l’idée de ces artistes, alors clandestins [dans l’Europe occupée par les nazis], dont nous avons besoin pour interpréter la nature transcendante du réel, et de ces penseurs sans illusions qui, en l’absence de Dieu, ne peuvent que nous indiquer comment marcher avec grâce et courage vers notre propre extinction. […]
Qui d’autre, là en bas, portait le fardeau du monde, maintenait la cohésion du monde, recréait un monde à partir des menus éléments de son expérience et de sa vision personnelles ? »

« On entend dans sa jeunesse les accords d’ouverture d’un concerto tout de puissance et de romantisme et, pour le restant de sa vie, l’on est prisonnier de cette émotion qui revient avec chaque répétition de l’œuvre. »

« Pourquoi, quand la vie est à ce point odieuse, sommes-nous si terrifiés à l’idée d’en être soulagés ? »


Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #relationenfantparent #temoignage
par Tristram
le Mar 26 Nov - 13:15
 
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Joy Kogawa

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Obasan

Le roman de Julie Otsuka, Quand l’empereur était un Dieu, avait mis en lumière l’attitude peu glorieuse des USA envers les ressortissants d’origine japonaise durant la seconde guerre mondiale. Avec Obasan, Joy Kogawa nous apprend que la situation au Canada fut tout aussi tragique.
Peu importe qu’ils aient conservé la nationalité japonaise, aient été naturalisés ou soient nés citoyens canadiens, tous furent logés à la même enseigne : interdits de séjour dans toute la Colombie britannique, spoliés de leurs biens, puis internés des camps sordides. Ceux qui, après guerre, décidèrent de rester au Canada malgré les incitations répétées à rentrer « chez  eux », au Japon (et tant pis s’ils n’y avaient jamais mis les pieds), durent attendre 1948 pour retrouver un semblant de vie normale. Mais pour la perte de leurs biens, entreprises, maisons et tout ce qu’elles contenaient, il ne fut pas question d’indemnisation...

Ce drame méconnu qu’elle a elle-même vécu, Joy Kogawa a choisi de l’évoquer à travers le personnage fictif de Naomi, une institutrice introvertie que la mort de son oncle confronte brutalement à ce passé douloureux. Pour Naomi, la guerre fut un cataclysme : son père, souffrant, fut séparé de sa famille ; sa mère, partie au Japon au chevet d’une parente peu avant Pearl Harbor, n’est jamais revenue. Naomi n’a jamais su pourquoi. Elle et son frère ont donc été élevés par un oncle et une tante, dans le silence et la résignation. Seuls pour affronter les épreuves, la douleur de la perte, et des milliers de questions sans réponse… La petite Naomi s’est peu à peu repliée sur elle-même, son enfermement intérieur faisant écho à sa situation physique. Enfant mutique, elle semble avoir traversé ces années de guerre dans un brouillard…

Obasan est un livre tout en délicatesse, en sobriété et en non-dits. Peut-être parfois trop. Car si l’auteur rend à merveille l'enfermement de l’enfant dans le déni, elle ne nous donne guère de clés pour la comprendre. Même face à la brutalité des révélations faites à l’âge adulte, Naomi semble rester passive, seulement trahie par ses rêves... Une mise à distance qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture, malgré la beauté de certains passages. Pourtant c’est un livre que je recommanderais, un livre nécessaire pour ce qu’il nous apprend du traumatisme de toute une population broyée par le racisme décomplexé d’un état canadien alors enferré dans une logique absurde. Un état démocratique qui a sciemment privé des citoyens de leurs droits dans l’indifférence quasi générale. Et cela, il appartient aux générations suivantes de ne pas l'oublier...


Mots-clés : #deuxiemeguerre #discrimination #enfance #famille #immigration
par Armor
le Mar 1 Oct - 19:59
 
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Santiago H. Amigorena

Le ghetto intérieur

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En exergue : Réagir de façon adéquate à l’incommensurable était impossible. Et celui qui exige cela des victimes devrait exiger du poisson jeté sur la rive qu’il se dépêche de se faire pousser des jambes pour retourner à petits pas dans son élément humide.

Günther Anders
Nous, fils d’Eichmann



Vicente a quitté sa Pologne natale, sa mère, son frère et sa sœur. S’éloigner de sa mère, prendre son indépendance, après la guerre aux côtés de Józef Piłsudski où il avait gagné ses galons de sous-officier.  Il débarque à  Buenos Aires en Argentine en 1928. Il était avec son ami d’enfance Ariel.

Il rencontre Rosita dont les parents sont aussi juifs et émigrés, ils se marient. Gère un magasin de meubles confié par son beau-père. Naissent 3 enfants. La vie est heureuse pour eux jusqu’à ce que la deuxième guerre éclate en Europe ; lui qui ne se sentait pas du tout Juif, ni Polonais depuis de nombreuses années va sombrer quand il recevra des lettres de sa mère qui lui confie leur vie dans le ghetto de Varsovie. Rongé par la culpabilité d’avoir laissé sa mère en Pologne, de ne pas avoir insisté afin qu’elle le rejoigne ainsi que sa sœur et son frère,  il se réfugie dans le silence, puis se perd dans le jeu.

Rosita ne comprend plus Vicente, elle ne reconnait plus l’homme qu’elle a aimé, épousé, qui les ignore elle et leurs enfants. Mais Vicente n’arrive plus à s’intéresser à eux il n’est plus que vide. Il s’emprisonne dans son ghetto intérieur. Il fait des rêves récurrents qui le déchirent ; le mur de son rêve qui l’emprisonne, il comprend enfin que c’est « sa peau » ; il étouffe dans son corps, sa tête. Aux questions qu’il se pose, il ne peut répondre, et il rejette le secours de sa femme, de son meilleur ami, Ariel.

« Pourquoi jusqu’à aujourd’hui j’ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ?

« Vicente voulait faire taire les voix des autres, les voix autour, et sa voix à lui aussi. Ou plutôt, il voulait faire taire ses voix : celle qui lui faisait encore, rarement, prononcer des mots que les autres pouvaient entendre et aussi cette autre voix, muette, intérieure qui lui parlait de plus en plus et qui résonnait parfois comme celle d’un ami intime et parfois comme celle d’un dieu étranger – la voix de sa conscience. »

Les informations qu’il recueille dans la presse le conforte dans son besoin d’isolation, car tout est imprécis et il ne peut qu’imaginer. Il se perd dans ce qu’il imagine, dans des détails qui lui semblent essentiels, comme l’idée que le châle de sa mère doit lui être autorisé.

« En 1941, être juif était devenu une définition de soi qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d’êtres humains – et qui devait, également, les terminer. »

« Maintenant, il se sentait juste de plus en plus juif – sans que cela le soulage en quoi que ce soit. »


Ce n’est qu’à la fin de la guerre que lui, comme le monde connaîtra la réalité de la tragédie qui s’y est déroulée pour les Juifs d’Europe, le génocide, la Shoah !



Terrible exil intérieur que vit le narrateur, cet enfermement,  ce choix de se taire,  car se taire c’est ne plus exister ; se punir de n’être pas en Pologne, aux côtés de sa mère, de sa famille ?

C’est aussi le sujet de l’identité qui est posé.

En regard de l’évolution du ressenti de Vicente l’auteur déroule les événements en Europe. La progression de l’extermination s’inscrit aussi par les différents « noms » donnés aux actions et exactions nazies et c’est déjà odieux !
- Le repeuplement vers l’est (après qu’ait été envisagé l’opération Madagascar projekt)
- La grande action
- Le chemin du ciel (vers les douches)
- L’installation spéciale
- Le traitement spécial
- La solution finale

Comme tant d’autres livres c’est un devoir de mémoire, là tout particulièrement, devoir personnel, familial pour l’auteur puisqu’il s’agit de l’histoire de son grand-père Vicente Rosenberg et à travers lui de son arrière grand-mère morte dans les camps, ainsi d’ailleurs que le frère et la belle-soeur de Vicente.

L’auteur précise en avant du récit « À Mopi, qui l’a écrit avant moi » ; Mopi se trouve être l’écrivain et membre de la famille Martin Caparros.

C’est une lecture à faire !



Mots-clés : #biographie #deuxiemeguerre #devoirdememoire
par Bédoulène
le Sam 21 Sep - 15:41
 
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Sujet: Santiago H. Amigorena
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Andrzej Szczypiorski

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire La_jol10


La Jolie Madame Seinman. - De Fallois

Madame Seinman est jeune et jolie. Très jolie. Et ses yeux sont très bleus. Mais elle est juive et en 1943, dans Varsovie occupée par les nazis cela équivaut à un arrêt de mort.
Elle a pourtant un excellent faux passeport. Mais lorsqu'on l'arrête, elle commet une erreur fatale.
Heureusement pour elle, elle a des amis qu'elle ne savait pas.
Madame Seinman n'est qu'une des protagonistes de cette histoire tragique, pleine d'atrocités, mais aussi de solidarités quasiment miraculeuses. Une sorte de chaine mystérieuse les lie, qui tente de sauver ce qui peut l'être encore.
Quelques vies sauves et inespérées.

Le ghetto de Varsovie résiste encore mais sera finalement écrasé dans le sang.
Dans l'ombre, la Résistance polonaise essaie de s'organiser.

Le récit est exempt de tout naturalisme. Sans doute, parce que le narrateur a du recul sur l'évènement. Et il a tendance à mettre en évidence les destins croisés de personnages de tous milieux, dont les plus émouvants sont de jeunes ados, dont l'un est juif et l'autre polonais, un juge et Mme Seinman..
Le style est limpide et d'une seule coulée et se lit avec facilité et plaisir.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #solidarite
par bix_229
le Dim 8 Sep - 18:33
 
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Sujet: Andrzej Szczypiorski
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Hubert Mingarelli

La terre invisible


Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 41qxeg10

Excellent roman. L'histoire d'un homme, photographe à la fin de la seconde guerre mondiale qui décide d'organiser un périple dans l'Allemagne vaincue afin de photographier les petites gens qui ont survécu.
Accompagné par un soldat novice leur voyage les conduira dans une quête existentielle.
Comme d'habitude Mingarelli se sert du thème de la guerre pour proposer un cheminement philosophique personnel ; la recherche de sens, la volonté de comprendre, l'importance des questions plus que des réponses et ce talent pour s'interroger en éludant la venue de réponses.
L'auteur se sert ici d'une belle image, celle du photographe hanté par un souvenir et en en créant de nouveaux par le biais de ses photos. Capter les scènes de vie pour oublier celles des morts, rendre tangible un vécu pour faire disparaître les catastrophes désormais vaporeuses. Une sorte de Don Quichotte aussi tant sa quête de sens est vaine et tant son Sancho Panza est aussi perdu que lui.
C'est bien écrit, le risque eut été d'en faire trop. Or la difficulté du sujet exigeait un style délicat, tendre. Et Mingarelli sait très bien le faire.

Un très bon roman.


Mots-clés : #contemporain #deuxiemeguerre
par Hanta
le Dim 11 Aoû - 10:09
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
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Pierre Assouline

La cliente

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire La_cli10


Le narrateur, un biographe plongé dans les archives de l'Occupation et de la collaboration, découvre une lettre dénonçant la famille d'un de ses amis, des fourreurs juifs qui ont été déportés. Il identifie la délatrice, puis la harcèle, obsédé par la question du pourquoi du Mal ; il poursuit son enquête, retrouve l’inspecteur aux affaires juives (la banalité administrative du mal), et finalement découvre la vérité, inattendue et… spéculaire…
Marqué en courtes phrases, systématiquement heurté, le style, pourtant travaillé, m’a déplu, qui entretient une certaine grandiloquence dans un enchaînement d’aphorismes paradoxaux (peut-être remplacer la moitié des points par des points-virgules ou deux points ?) D’heureuses expressions cependant, comme « la conversation des siècles » pour celle des livres aux lecteurs. Un humour un peu laborieux quoique léger, de vagues invraisemblances laissent de ce roman une impression de maladresse.
Curieux clin d’œil, la cliente malcommode chez le fourreur s’appelle Yadgaroff, comme l’épouse de l’auteur.
J’aimerais bien un autre avis de lecteur…  

« Ce drame s’est joué au cœur de Paris, sur trois cents mètres de bitume, entre trois magasins, un bistro, une église. La France en réduction. »


Mots-clés : #antisémitisme #deuxiemeguerre
par Tristram
le Sam 27 Juil - 0:39
 
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Sujet: Pierre Assouline
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Irène Nemirovsky

Suite française

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Proxy193

Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci, pensa t'elle. Celui-là seul se connaît lui-même.


On lit sans un instant de lassitude cet excellent roman choral du genre  « qualité française » peaufinée aux petits oignons. On ne dispose malheureusement que des deux premiers épisodes, cinq  ayant initialement été prévus dans cet ouvrage interrompu pour cause d'assassinat à Auschwitz.

Et autant on regrette les développements manquants, qu'on devine puissamment entrecroisés,  autant cela se lit tout à fait sans sentiment d'inachèvement. L'exode, puis la période de l'occupation allemande, sont l'occasion de montrer la modification des rapports sociaux, variablement apaisés ou attisés, et la complexité des personnalités. Les pages tournent d’elles-mêmes.

Récup 2015


Mots-clés : #deuxiemeguerre
par topocl
le Lun 22 Juil - 8:50
 
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Ralf Rothmann

Mourir au printemps

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Originale : Im Frühling sterben (Allemand, 2015)

CONTENU :
Hiver 1944/45 : Les Alliés sont déjà très avancés quand le régime fasciste décide de mettre encore les dernières réserves dans la bataille. C'est ainsi que Walter (« Ata »), qui semblait avoir un travail irremplaçable dans une ferme avec des vaches laitières, est encore incorporé avec son ami Friedrich (« Fiete »). Ils s'en vont après une formation rudimentaire ultrarapide en Hongrie. Walter sera conducteur, Fiete au front. Même sans tiré lui-même un coup de fusil, Walter sera témoin des violences inhérentes à une guerre : exécutions, morts inutiles, absurdités… Comment s'en tirer ? Rester un peu inaperçu en faisant son service ? Ou, comme pense Fiete, s'enfuir ?
La situation les met devant une situation terrible…

REMARQUES :
On pourrait mettre l'accent sur ce récit de la guerre qui constitue en fait la majeure partie du roman. Mais avec une attention particulière, on remarquera alors le « cadre » du roman, qui met le tout déjà sur les premiers pages dans une certaine lumière : C'est le fils de Walter, sans doute un Alter Ego de Ralf Rothmann, qui réfléchit sur le caractère de son père : taciturne, portant toute sa vie une sorte de secret. Oui, il rentrera alors en bonne santé de la guerre : il s'en tirera, mais quelque chose sera gravée en lui : une tristesse, une gravité, un silence face au vécu.

Rothmann se montre très réaliste dans les descriptions de la guerre : il ne cache pas des exactions, des atrocities. Son père n'y prend pas part, il pourrait se regarder dans un miroir. Et pourtant… Le sujet, ou voir la quintessence ( « la morale »?) de l'histoire se résume déjà dans le vers du prophète Ezechiel qui précède le roman :  « Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont agacées. » Pas seulement que la génération des participants ont du avaler des pilules très dures, mais encore la génération des enfants (et des enfants des enfants?) portent les stigmates. Si on prend comme donnée que ce roman est en certaine partie autobiographique, Rothmann se déclare lui-même comme étant atteint encore par les tremblements et les conséquences de ce qui a été vécu. Est-ce que, comme Fiete le dit un moment donné, des peurs, des balles tirées, se transmettent pour ainsi dire génétiquement ?

Donc, pour moi un tout grand roman, pas juste du passé, mais encore, à travers la génération des Rothmann (et je me compte là-dedans) de ce que nous portons encore aujourd'hui en nous.


Mots-clés : #deuxiemeguerre
par tom léo
le Ven 14 Juin - 7:26
 
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Sujet: Ralf Rothmann
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Marcus Zusak

La voleuse de livres

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire La-vol10


Je ne savais pas ce qui m’attendait avec cette lecture n’ayant pas lu les recensions et commentaires, à vrai dire le titre et l’apparence ne m’attirait pas trop. Mais le livre me fut recommandé par une amie, donc…on y va !

Il m’a plu comment Zusak raconte une histoire attachante entre des enfants et quelques adultes autour. Certains (vu après lecture dans un forum allemand) – à mon grand étonnement – réduisent alors le livre à une histoire sans ancrage dans la grande Histoire. Pourtant il me semble évident qu’on ne peut pas faire abstraction du cadre historique : la montée du nazisme, l’encadrage par des organisations, l’antisémitisme, les camps de concentration, aussi les bombardements de villes (allemands). Comment l’auteur lie ici alors une histoire avec l’Histoire est très parlante : il montre les effets du nazisme et de la guerre dans la vie quotidienne de ses héros.

Derrière un langage apparemment « léger »  et pourtant aussi poétique ; il raconte plus qu’une histoire romantique. Ce livre pourrait bien servir aussi – à coté du plaisir de lecture – d’introduction à l’histoire du III Reich, voir, de dictatures…

Par la dédicace et des informations sur le Web j’ai bien compris que Zusak travaille aussi à partir des expériences de ses parents, allemand et autrichien, respectivement.

Ce qui m’a un peu dérangé c’était la multitude de petits chapitres, certains introductions un peu trop « légères », voir laconiques. Et pourtant cela fait aussi le charme de ce livre : Il raconte une histoire terrible, et quand même il y a un certain humour. La mort semble inévitable, et n’a pas seulement une face effroyable…

Mots-clés : #deuxiemeguerre #enfance #jeunesse
par tom léo
le Jeu 23 Mai - 7:59
 
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Per Petterson

Jusqu’en Sibérie

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Jusque10


Originale:  Til Sibir (Norvègien, 1996)

CONTENU:
Nous accompagnons Jesper et sa soeur cadette de trois ans (je n’ai pas trouvé un nom ?), en plusieurs épisodes. Cela se passe dans le grand Nord du Danemark, commençant au milieu des années 30 quand nos protagonistes ont une dizaine d’années. Même si la sœur (qui est la narratrice) est une soixantanaire quand elle écrira, l’histoire s’arrêtera vers 1948, à son retour de la Suède. Ils avaient vécu donc dans un port danois, et avaient à souffrir d’un père silencieux et d’une mère bigote qui chante ses hymnes sur son orgue à casser les oreilles des autres. Tandisque Jesper rêve du Maroc et s’identifie avec les combattants républicains de la Guerre en Espagne, elle rêve de la Sibérie. Qu’est-ce qu’il en adviendra ? Quand plus tard arrivera aussi le voisin allemand et occupera le pays (2ième partie)? Et quand on va s’éloigner de la patrie (3ième partie) ?

REMARQUES:
Petterson fait donc intervenir une narratrice, et voilà déjà une idée belle et, peut-être réussie. Elle regarde en arrière, vers un passé lointain, comme le fait le narrateur dans « Pas facile de voler... ».

Le temps prédominant semble être le brouillard, le temps de jour prédominant la nuit. La mort ou une menace diffuse, des relations cassées entre des générations et des problèmes d’alcool ne sont pas trop loin derrière les expériences d’enfants innocents. Donc, il y a des nuages sombres à l’horizon, et une atmosphère lourde et solitaire. S’il n’y avait pas comme contrepoids alors cette relation entre frère et sœur qui semble être appelée à remplacer tout ce qui ne peut pas être donné par la famille, par la société… Cet amour donne relief aux premières deux chapitres (de trois) et manquera justement cruellement dans la troisième.

Est-il permis de penser que

Spoiler:
rien aura remplacé chez la sœur son frère et qu’à l’annonce de la mort de celui-ci – comme elle le dira – la vie s’est arrêté. Depuis plus rien d’important est advenu dans sa vie.


On trouvera des références à Stig Dagerman et aussi, me semble-t-il, un image d’un roman de Dostoïevski : le cheval maltraité à mort ! Pendant un temps on trouvera en elle une lectrice affamée !

Si j’ai eu l’impression que dans sa troisième partie le roman perd un peu de son intérêt, cela peut alors tenir à l’absence du frère, et une certaine perte d’orientation chez elle.

Moins fort que « Pas facile que de voler des chevaux » !

Mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #fratrie #initiatique
par tom léo
le Mar 21 Mai - 22:39
 
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Sujet: Per Petterson
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Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire C_hunz10


"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : {#}amour{/#} {#}biographie{/#} {#}deuxiemeguerre{/#} {#}identitesexuelle{/#} {#}politique{/#}
par Invité
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Akira YOSHIMURA

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Yoshim10

La Guerre des jours lointains

Ce romanl baigne de bout en bout dans une atmosphère sinistre de fin du monde.
C' est à peine exagéré, car le Japoni vit les derniers temps de la 2e Guerre mondiale sous les bombes, larguées par les B 29 américains sur les
populations civiles.
Et ensuite la bombe atomique larguée sur Hiroshima et Nagazaki.

C'est dans cette atmosphère-là, qu'un homme, un jeune militaire japonais, essaie de se soustraire au jugement de l'autorité occupante des américains.
Il a exécuté un prisonnier, un homme d'équipage américain dont l'avion a été abattu.
Son action est horrible, injustifiable, mais commise sous le coup de la colère et de l'impuissance, après avoir vu les bombardements aveugles
sur son pays.
Plus que le remords, c'est la peur qui le domine : la peur de la mort.
Son arrestation après une fuite éperdue de deux années, mettra fin à ses craintes incessantes et à son indécision.

Dans ce roman terrible, ce sont les sentiments primaires qui dominent :
la vengeance, la sauvagerie, la lacheté, la nécéssité de survivre à tout prix.
Ceci dit, j'ai préféré Le Convoi de l'eau dont Baleine a excellemment parlé.

Citation :

"J’aime particulièrement Le convoi de l’eau, et, dans une mesure un peu moindre, Naufrages. Ces deux romans me semblent appartenir à la même veine : l’action se déroule dans un Japon rural imaginaire, plus ou moins hors du temps (malgré quelques indications, surtout dans Le convoi si j’ai bonne mémoire, les villages décrits semblent figés dans le passé). Je trouve que Yoshimura excelle lorsqu’il choisit ces décors… son écriture un peu froide acquiert un caractère ethnographique vraiment étonnant, qui est particulièrement intéressant lorsqu’on est dans la contemplation de ‘l’autre dans son pays."

Mots-clés : #culpabilité #deuxiemeguerre #historique
par bix_229
le Mer 3 Avr - 18:44
 
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Sujet: Akira YOSHIMURA
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Henri Calet

Le Bouquet

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Le_bou10

Juin 1940, retraite, déroute, débâcle, débandade, une partie de l’Histoire de France moins relatée que d’autres, piteuse, lamentable, et qui mène à la captivité Henri Calet, alias Adrien Gaydamour, et ses compagnons.
Ce qui en ressort, c’est le comportement de troupe, de troupeau, que la société et l’exercice militaire ont inculqué, que la fatigue et la faim favorisent aussi, ainsi que l’humiliation sans doute ; camaraderie, solidarité certes, surtout conformisme naturel dans une sorte d’esprit d’équipe. Il y a une analyse fine de la mentalité dans l’armée défaite.
« Mais, on choisit généralement de vivre en société, d’emprunter le droit chemin, le plus commode, le plus fréquenté aussi. De manière qu’on ne risque pas de se fourvoyer : tout est marqué. Ce qui évite de poser des questions. On suit la foule. Ça sent bon la laine. On se laisse aller. D’ailleurs, le chemin ne mène à rien. N’empêche qu’il y en a qui paraissent pressés d’arriver, qui jouent des coudes. »

À d’autres la débrouillardise ; parfois de la veine, au hasard…
On pense à Hyvernaud pour l’aspect peu glorieux et pitoyable de la guerre chez les troupiers ; c’est parfois célinien aussi, dans l’esprit et le ton.
Vaut surtout pour les observations perspicaces d’un témoignage doux-amer, avec l’humour d’époque, et pour les portraits de Français et d’Allemands (et des Alsaciens et Lorrains dont la position est ambiguë) qui doivent moins à l’imagination qu’aux souvenirs de l’auteur. Ainsi l’étonnant Oberfeldwebel Stiffelbein, qui dirige l’AKP d’une façon édifiante. A propos, l’évasion n’en est pas si ardue…
« Remarquables de sang-froid parmi l’énervement, les cafetiers n’arrêtaient pas de verser à boire sur cette effervescence. Un cafetier demeure à son poste, tel le capitaine qui n’abandonne pas son navire au moment du naufrage. Et les villes faisaient naufrage les unes après les autres, en juin, en France. »

« On a bavardé, l’Allemand et moi. J’arrivais à me faire entendre. Il était de Trêves, boulanger à Trêves. Il a tiré d’une poche le portrait de sa femme qui a fait le tour du wagon. Tous le regardaient et opinaient d’une admiration feinte ou sincère.
‒ Goutte Madame, lui a gueulé Bouquet. Madame goutte.
Deux boîtes à lait germaniques, de taille et de poids. C’eût été faire montre de faux patriotisme que de ne pas reconnaître qu’elles éclipsaient celles de sa p’tite poule. Mais, il était empêché de lui dire par mots. »

« En passant, on a vu le camp qui était primitivement destiné aux prisonniers allemands. On avait tout prévu, sauf qu’il servirait à interner des Français. En somme, il a servi quand même. Des prisonniers allemands, il n’y en a pas eu des masses. Il paraît qu’ils se moquaient de leurs gardiens :
‒ Nous, bientôt garder vous.
Ils étaient gonflés. À nous, cela ne nous serait pas venu à l’idée, pas dans les premiers temps. »

« L’argent tout nu, tout sale, je ne l’ai jamais pris. Ou, lorsqu’on me le mettait de force dans la poche, je le repassais à Bouquet. Je voulais me dévouer sans profit ; j’ai toujours eu une conscience un peu théâtrale, à falbalas. »

« Berger se disait antisémite et royaliste. J’avais déjà connu un Juif hitlérien, Greiss, mais pas encore de Juif antijuif. Il estimait peut-être mieux s’en tirer de cette manière. »

« Par étapes dans l’abjection, on apprend à vivre, on s’affermit, on devient un homme. Tout de même, j’avais grande envie de dégobiller sur tout cela, sur cette dégradation générale, sur moi-même. »

« Il ne se faisait à peu près plus de réparations à l’AKP, mais des bagues, des cendriers, des souvenirs en série. Sous la direction de Cabas, Berger s’était mis à son tour à peindre des aigles – art gothique. »

« Parmi les Allemands de l’AKP, il y avait de tout ; des bons et des mauvais, comme ailleurs. Il y avait surtout un fort pourcentage de cornichons. Gris ou kaki, c’est l’uniforme qui veut cela. Car, chez nous, on ne brillait pas non plus. Mais, il y avait une différence : eux, ils étaient tous semblablement cornichons, de la même façon. Tandis que nous offrions la plus grande variété. Chacun avait sa petite opinion à soi, sur tout, ce qui fait qu’on entendait des cornichonneries à longueur de journée, et de tous les calibres. Chez eux, officiers ou soldats, une seule pour tous, une leçon bien sue. Ils répétaient les paroles de leur Furère. Peut-être que s’ils avaient parlé d’eux-mêmes, c’eût été plus intéressant. Mais, ils n’avaient probablement rien à dire.
Bref, beaucoup de types qui s’emmerdaient autant que nous et qui ne demandaient qu’à rentrer à la maison, qu’à retrouver leur famille, leur boulot et leurs petites habitudes. C’est ce qui les poussait à boire sec, sans soif. En tête à tête, ils se laissaient aller à parler un pauvre langage humain. Mais, dès qu’ils étaient deux, ils recommençaient à débiter de la propagande. Ils se défiaient les uns des autres. »

Intéressant ! Et peut-être un témoignage à la fois juste et inattendu (le livre n'est pas désigné comme roman, récit ou autre)...


Mots-clés : #captivite #deuxiemeguerre
par Tristram
le Dim 31 Mar - 0:45
 
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Sujet: Henri Calet
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Itamar Orlev

Voyou

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Que fait Tadek, quand sa femme le plaque, emmenant leur fils et que sa vie s’effondre ? Il part retrouver ce père resté en Pologne, qui l’a élevé dans l’alcool et la violence, ce réputé héros de la résistance déporté à Majdanek, ce monstre égocentrique, devenu ce vieillard qui s’étiole en maison de retraite et qui a bien des révélations à faire.

Curieuses retrouvailles que cette recherche désespérée d’un filiation qui a pourtant bien existé, entre haine et réconciliation, entre rancœur et pitié pour un livre bien décidé à ne répondre à aucune question, mais à montrer comme la réalité est complexe, les sentiments ambivalents, combien le cœur est déraisonnable.

Ce voyage est l’occasion d’un retour aux sources dans une Pologne misérable, rustre, violente, arrosée de vodka. Il montre comme l’histoire y a été d’une cruauté invraisemblable, mortifère pour plusieurs générations. Mais il ne s’aventure jamais dans les explications simplistes ou les raccourcis psychologiques, il reconnaît le caractère indéchiffrable du mystère des individus ballottés dans les méandres de leurs contradictions. 

L’auteur ne cherche pas à faire un roman psychologiquement cohérent, il propose un confrontation pathétique, faite de heurts, de poses, de détours et d’apaisements,   sans glisser une seconde vers l’attendrissement, il parle du malheur des hommes, de leur prédestination et de leur destin, de la souffrance et des incertitudes qu’ils sont condamnés à traîner perpétuellement avec eux.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #immigration #lieu #relationenfantparent #violence
par topocl
le Mer 27 Mar - 21:21
 
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Sujet: Itamar Orlev
Réponses: 3
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Alexandre Bergamini

Quelques roses sauvages

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Quelqu10

Une photographie se détache de l'humiliation et du désastre, une photographie de deux survivants du camp de Sachsenhausen : deux jeunes hommes sourient et descendent une rue détruite de Berlin, un couple amoureux survivant au milieu du chaos.

Quelques roses sauvages est une enquête personnelle autour d'une photographie, photographie de deux survivants de la Shoah trouvée à Berlin. Enquête d'un écrivain sur les restes d'une mémoire surexploitée, surexposée à la lumière, qui mène le narrateur au camp d'extermination de Sachsenhausen, à Berlin, puis à Westerbork, le camp de transit de Hollande. Devant l'absence, les manques, les trous et les traces, et devant l'impossibilité d'écrire une fiction, Alexandre Bergamini choisit de suivre les méandres intimes et complexes d'un labyrinthe intérieur.

Confronté à une réalité qui s'éloigne et s'effrite, à une vérité insaisissable, aux archives fragmentaires ou détruites, se sont naturellement posées les questions essentielles de la littérature, de la mémoire et de la conscience. "Sacraliser la mémoire est une autre manière de la rendre stérile" écrit Tzvetan Todorov, dans Les Abus de la mémoire. Quelques roses sauvages est un récit sur la survivance ; un parcours et un regard singulier sur le lien entre l'intime et l'Histoire ; un texte qui interroge notre mémoire et appelle un nouveau devoir de mémoire.

Quatrième de couverture


Tout est dit dans la présentation de l'éditeur, ensuite c'est la façon dont le texte résonne dans l'esprit du lecteur qui fera de la lecture, une expérience personnelle. C'est vrai pour chaque livre, encore plus pour celui-ci.
Ce n'est pas un roman mais le récit d'un homme qui met ses pas d'abord dans celui-d'un autre à cause d'une photographie et de points communs qu'il pense avoir avec lui...Et qui met ses pas dans ceux de tous ces hommes et femmes qui ont connu  Oranienburg-Sachsenhausen et le camp de Westerbork, en Hollande.
Récit très bien documenté , faisant référence aux écrits de Raoul Hilberg, d'Etty Hillesum, citant nombre de philosophes , écrivains, décrivant comme si on le visionnait le film de propagande tourné à Westerbork sur la formation des convois.

Tout est dans la langue, poétique, précise, directe.

Tout est décrit, décortiqué, et vous donne à analyser ce que l'on fait aujourd'hui de ce que l'on sait.


Cet écrivain m'a beaucoup touchée, au point de sortir Sachso des étagères, mais je ne le lirai peut-être pas en entier, à la suite, au point de relire les lettres d'Etty Hillesum, au point de regarder à nouveau le film tourné par Rudolf Breslauer.
Parce que savoir, c'est d'abord connaître et  réfléchir seul ...



J'ai hâte de retrouver cette écriture.


Mots-clés : {#}antisémitisme{/#} {#}deuxiemeguerre{/#} {#}devoirdememoire{/#} {#}genocide{/#}
par Invité
le Dim 24 Mar - 18:57
 
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Sujet: Alexandre Bergamini
Réponses: 8
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Heinrich Böll

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Cvt_re10

Rentrez chez vous Bogner !

Bogner ère dans la ville. Leçons, petit boulot à l’évêché et chercher à emprunter de l'argent, et un endroit pour dormir. Un verre de temps à autres.

Käte, sa femme, s'occupe des enfants. Deux sont décédés pendant la guerre, deux sont vivants, peut-être en attend-t-elle un autre. Elle rumine et attend son mari.

Pas d'argent. Promiscuité, société qui se reconstruit sur des ruines. Les chapitres alternent le temps d'une grande journée la vie de l'un et de l'autre qui se retrouveront dans un hôtel miteux.

Énormément de choses et d'observations passent au fil des pages. Un regard triste et mélancolique qui n'est pas qu'introspectif mais se situe aussi en retrait de son environnement.

Beaucoup de choses vont mal et sont irréparables, beaucoup de choses sont fausses ou évoluent dans l'indifférence et pourtant c'est apaisant. Les tourments et la tendresse sourde, enfermée de ces personnages abîmés ça fait un peu de lumière dans tout ce qui va de travers.

Famille, alcool, apparences, blessures,... ce n'est pas très joyeux mais c'est un beau livre.

Quelques pages plus envolées qui ne sont pas forcément mais préférées mais un bien beau livre et le réconfort de retrouver le ton de l'auteur.


Mots-clés : #addiction #deuxiemeguerre #famille #viequotidienne
par animal
le Jeu 7 Mar - 13:32
 
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Sujet: Heinrich Böll
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Erri De Luca

Le Jour avant le bonheur

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Certaines personnes savent, le jour d’avant, qu’elles ont rendez-vous avec lui. Et, malgré cette intuition, elles ne seront pas prêtes. Le bonheur est toujours une embuscade. On est pris par surprise. Le jour d’avant est donc le meilleur…


Naples dans l'immédiat après guerre. Un jeune orphelin (le narrateur) vit sous la protection d'un gardien d'immeuble, Don Gaetano. Lui aussi orphelin, il prodigue à l'enfant l'affection dont il a été lui-même privé. Il s'attache à son bien être, et lui enseigne une éducation qui vaut plus par l'exemple concret et l'affection que par une étroite morale. Par ses souvenirs et son expérience, il lui communique principes de droiture et de fermeté. Il lui raconte comment les napolitains se sont soulevés contre l'envahisseur nazi, précipitant leur perte. Ensemble ils jouent aux carte, ensemble ils bricolent quelques réparations chez les locataires.

L'enfant devenu ado connaîtra même ses premières armes avec une dame locataire accueillante. Il aime l'école, l'instruction. Ayant appris à lire tôt, il se procure des livres gratuitement chez un libraire accommodant et compréhensif.

Du temps où, enfant,  il jouait au foot, il croisa le  regard d'une fillette qui,  derrière les vitres du 3e étage l'observe avec constance. Quelque chose de puissant se noue entre eux, qui n'aura pas de suite dans l'immédiat. Don Gaetano a aussi un don, il lit dans la pensée des autres. C'est ainsi qu'il perçoit un jour que son protégé est obsédé par la jeune fille et qu'il est prêt à donner sa vie pour elle. Don Gaetano ne cherchera pas à entraver leur dangereuse relation, mais il l'aidera à se défendre et à s'enfuir, le moment venu.



De Luca parvient à nous rendre attachants ceux dont il parle. Son regard est empreint de tendresse et de chaleur humaine pour les humbles, les gens  de peu. Il n'ignore ni la cruauté ni la barbarie de la condition humaine. Dans sa vie comme dans son oeuvre, il reste un révolté qui ne craint ni la prison ni le discrédit. Il suffit de quelques phrases pour reconnaître son style. Ici, comme ailleurs, la densité et la concision sont exemplaires et il sait parfaitement tirer parti de ce qui est suggéré ou resté dans l'ombre. D'ailleurs sa concision n'est jamais sécheresse, mais plutôt concentration d'énergie.

Vous l'avez compris, j'ai aimé ce livre.



mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #enfance #initiatique #jeunesse
par bix_229
le Mer 6 Fév - 19:12
 
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Sujet: Erri De Luca
Réponses: 24
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Philippe Apeloig

Enfants de Paris 1939-1945

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Proxy109

Souvenez-vous d’eux, votre mémoire est leur seule sépulture.


Philippe  Apeloig s’est donné pour tâche  de répertorier, photographier et transmettre dans un cadrage rigoureux plus de 1000 plaques commémoratives de la période 1939-1945 à Paris, classées par arrondissement, dans un souci d’exhaustivité dont il savait d’avance qu’elle ne serait jamais parfaite.

Des enfants, des hommes, des femmes, arrêtés, déportés, fusillés, décapités, torturés par ceux qui sont nommés selon les plaques les boches, les Allemands, les nazis, l’ennemi, les hitlériens. Des juifs, des résistants, des soldats, des anonymes ou des hommes célèbres réduits à rien par le destin, humblement et fermement commémorés par des plaques éparpillées sur les murs de la capitale, dans les rues, sur les façades, dans des lieux publics ou privés.

Dans un texte très émouvant, il raconte comment son grand-père, émigré de Pologne à Paris, a caché sa famille en zone libre à Châteaumeillant où elle fut sauvée grâce à la constante complicité de la population. Le grand-père, lui, a rejoint le maquis. La mère de Philippe Apeloig n’a eu de cesse de commémorer, à travers cet événement, les habitants salvateurs. Cette démarche s’est confrontée à l’expérience de Philippe Apeloig, son expérience de graphiste et de typographe, sa visite au mur des vétérans de Washington érigé par Maya Lin, son vécu du 11 septembre à travers les milliers de petits mots laissés par les habitants autour du désastre. Tout cela l’a amené à la construction progressive de ce livre, longuement mûri, de cette collection de fourmi obsessionnelle.

Nous avions repéré, Monsieur topocl il y  a quelques mois, l’annonce de ce livre dans divers journaux. Nous  en avions discuté, admiratifs d’une démarche que certains pourraient qualifier de vaine, mais qui nous avait semblé cruciale. De là à acheter le livre… nous ne nous étions pas lancés. Topocl Junior nous avait gentiment moqué, rappelant que, si nous avions toujours fréquenté les cimetières militaires, y traînant notre marmaille, si nous continuons à e faire encore aujourd’hui, nous ne nous étions jamais « amusés » à en lire successivement chaque pierre tombale.

Mais un  ange silencieux et bienveillant a bien vu, lui, que ce livre était pour moi.

C’est d’abord un splendide objet, dont la forme, très rectangulaire,  la couleur et la typographie de couverture évoquent évidemment les plaques qu’il enserre. Présentation très soignée, les feuilles de garde, bleu pour la première, rouge pour la dernière enserrant la tranche blanche dans un bel hommage patriotique, que complète des signets tissés également bleus et rouges.

Contemplant tout d’abord songeusement l’ouvrage, témoin de quelque chose qui peut-être considéré comme une performance artistique, je me demandais comment me l’approprier. Une plaque par jour ? J’en avais de plus de trois ans. Je m’étais finalement décidée pour un arrondissement par jour.

Et puis, il faut bien le dire, entrée là-dedans, il m’a semblé impossible d’en sortir, captivée, aimantée, très soigneusement préparée par l’introduction de l’auteur qui parle de mis en page, de typographie, de police, de choix des mots… J’ai avancé, j’ai continué, je n’ai rien pu lâcher jusqu’à la dernière page. C’était une belle promenade, pleine d’émotions et de sérieux, l’impression de quelque chose de bien, quand bien même je ne faisais finalement que quelque chose de très égoïste.
Qui étaient-ils ? Que seraient ils devenus ? Qu’on-t’ils pensé dans leurs derniers moment ? Qui les a pleurés ? Qui pense encore à eux ?



mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #deuxiemeguerre #devoirdememoire #temoignage
par topocl
le Jeu 24 Jan - 17:58
 
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Sujet: Philippe Apeloig
Réponses: 5
Vues: 287

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