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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Message par Chamaco Sam 8 Jan - 22:48

voila j'ai mis la traduction Very Happy
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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 9 Jan - 5:47

Je suis agréablement surpris que le fil reprenne de sa vitalite. Merci a vos contributions, Bix et Chamaco. Quant a Paul Eluard, je ne pense pas, bix, que tu sois le seul en faute par ici… Smile Je dirais que le cas des poètes surréalistes semble soulever quelques appréhensions pour apprécier leur style. On en parle, mais on apprécierait sans doute en parler encore plus!
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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 9 Jan - 10:04

Je vais vous présenter une personnalité québécoise qui a influencé les nationalistes de la Révolution tranquille. Il s'agit de Lionel Groulx (1878-1967).

En ouvrant Les rapaillages, je suis tombé sur ceci au tout début de l'ouvrage :

«La leçon des érables»

Hier que dans les bois et les bruyères roses,
Me promenant rêveur et mâchonnant des vers,
J'écoutais le réveil et la chanson des choses,
Voici ce que m'ont dit les grands érables verts :

« Si notre front là-haut si fièrement s'étale ;
« Si la sève robuste a fait nos bras si forts,
« C'est que buvant le suc de la terre natale,
« Nous plongeons dans l'humus des grands érables morts.

« Si nos rameaux font voir de hautaines verdures,
« C'est pour perpétuer, au siècle où tout s'éteint,
« La gloire des géants aux fières chevelures
« Qui verdirent pour nous depuis l'âge lointain.

« Dans nos feuilles, parfois, une brise commence,
« Dolente, le refrain des vieux airs disparus.
« Écoutez : elle chante et l'âme et la romance
« Des aïeux survivants en nos feuillages drus.

« Tantôt, l'air solennel des graves mélopées
« Incline, avec le vent, notre haut parasol ;
« Un orgue ébranle en nous le son des épopées ;
« Nous respirons vers Dieu la prière du sol !

« Prier, chanter avec la brise aérienne
« Et l'âme du terroir et l'âme des aïeux ;
« Et puis, se souvenir afin qu'on se souvienne,
« Voilà par quels devoirs l'on grandit jusqu'aux cieux ! »

***

Ainsi, dans la forêt, près des bruyères roses,
M'ont parlé l'autre jour les grands érables verts.
Et, songeur, j'ai connu le prix des nobles choses
Qui font les peuples grands, plus grands que leurs revers.

Ils gardent l'avenir ceux qui gardent l'histoire,
Ceux dont la souvenance est sans mauvais remords,
Et qui, près des tombeaux où sommeille la gloire,
À l'âme des vivants, mêlent l'âme des morts.

Ils le gardent surtout ceux dont les lèvres fières
Ont gardé les refrains du parler maternel :
Épopée ou romance où l'âme de nos pères
Vient prier et vibrer d'un accent éternel.

Gardons toujours les mots qui font aimer et croire,
Dont la syllabe pleine a plus qu'une rumeur.
Tout noble mot de France est fait d'un peu d'histoire,
Et chaque mot qui part est une âme qui meurt !

En parlant bien sa langue on garde bien son âme.
Et nous te parlerons, ô verbe des aïeux,
Aussi longtemps qu'au pôle une immortelle flamme
Allumera le soir ses immuables feux ;

Que montera des blés la mâle villanelle,
Que mugira le bronze en nos clochers ouverts,
Et que se dressera dans la brise éternelle
Le panache hautain des grands érables verts !

Il me semblait important de mentionner cette influence qui a inspiré le titre L'homme rapaillé du recueil de poésie célébré de Gaston Miron.
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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 9 Jan - 10:34

Je vais vous inviter à consulter deux sources :

https://lettresquebecoises.qc.ca/fr/article-de-la-revue/lionel-groulx-un-passe-insistant

Groulx a été une figure incontournable des nationalistes canadiens-français lettrés issus d’une formation baignée par la religion. Et ce sont bien ceux-là qui lui font cortège, arrivés qu’ils sont au faîte des institutions. Certains d’entre eux n’en seront pas moins critiques à l’égard de différents aspects de la pensée du prêtre-historien, tout en ne reniant pas l’héritage qu’il leur a communiqué. C’est le cas notamment d’André Laurendeau, lancé dans la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, ou de Fernand Dumont, en quête pour sa part d’un élan socialiste auquel le chanoine ne saurait davantage souscrire. Si Pierre Vadeboncœur admire la force de conviction du chanoine, il n’en retient pas pour autant les idées. Gaston Miron dit l’avoir découvert seulement sur le tard, au nom de la littérature, passé la cinquantaine. Et ce n’est pas Groulx que l’on trouve à la source de la revue Parti pris, des sorties d’Hubert Aquin, des élans de la revue Liberté, des révolutionnaires du Front de libération du Québec. Un militant politique tel Pierre Falardeau, pétri par les penseurs anticolonialistes européens et l’idéal républicain des Patriotes de 1837-1838, ne mettra le nez dans l’œuvre de Groulx qu’au jour tardif où l’actualité l’y poussera. Bref, l’inspiration de tout ce monde-là tenait à d’autres horizons de pensée. Groulx fut peu ou prou lu par les intellectuels québécois de l’après-guerre.

Il y a une portion de la notice Wikipedia à son intention que je trouve intéressante si je la mets en parallèle de la quête de René Lévesque

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lionel_Groulx :

Somme toute, l’interprétation que Groulx nous livre de la Nouvelle-France prolonge les idées reçues qui dominaient en son temps. Trois mots, popularisés par Michel Brunet résument cette constellation : messianisme, agriculturisme, anti-étatisme.

L’interprétation qu’il nous livre de la période anglaise est d’une autre encre. Si, selon Frégault, la première colonne de son œuvre repose sur le catholicisme, la seconde repose sur le nationalisme.

Ses premières conférences données à l’Université de Montréal entre 1915 et 1920 viennent bousculer les idées reçues sur les luttes constitutionnelles, la Confédération, les Patriotes de 1837. Surtout, la Conquête cessera d’apparaître comme un décret providentiel. En un mot, « il dégonflera l’outre du loyalisme ». En 1926, les autorités de l’Université de Montréal profitent d’une demande d’ajustement salarial pour chercher à le faire taire mais sa notoriété est telle qu’il est déjà devenu un intouchable.

Au cours des années trente, il est sur toutes les tribunes. Plusieurs mouvements de jeunesse se rangent sous son autorité. « Que ce soit par influence ou par réaction, partout il est tenu compte de sa pensée ». Son ascendant est tel qu’il n’apparaît pas incongru qu’il puisse publier des Orientations (1935) ou même ses Directives (1937).

En 1937, il prononce, en cette année du centenaire du soulèvement des Patriotes, une conférence qui fait ressortir les ambiguïtés de son nationalisme inspiré de Bourassa, tantôt québécois, tantôt canadien. Concluant cette conférence, il lancera devant une foule déchaînée : « Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, notre État français, nous l'aurons ; nous l'aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique de toute l'Amérique française. Nous aurons aussi un pays français, un pays qui portera son âme dans son visage ». Ce discours donnait à penser à plusieurs que Groulx était souverainiste. Il en fut le premier étonné. Il prendra le prétexte d’une conférence donnée à des institutrices pour préciser sa pensée. « Je ne suis pas séparatiste. Quand je dis État français, je parle d’un État fédératif. Je reste dans la ligne de l’histoire. Nous ne sommes pas entrés dans la Confédération pour en sortir mais pour nous y épanouir ».

Entre les années 1915 et 1945. Groulx va dominer le paysage historiographique et idéologique au Canada français. Mais, avec l’après-guerre, un nouvel espace idéologique prend consistance autour de lui au moment où il atteint 70 ans. Le Québec, à l’exemple des autres sociétés occidentales, a subitement changé : industrialisation, exode rural, nouvelles idées véhiculées par la radio, la télévision et la nouvelle intelligentsia issue de l’expansion des universités et des milieux syndicaux. Cette dernière bénéficie de nouveaux socles pour s’exprimer qui diffèrent de celui – unique – des collèges classiques sur lequel se fondaient jusqu’alors les élites traditionnelles.

D’anciens disciples de Groulx, qui appartiennent à la première génération d’historiens professionnels formée à l’université, proposent à compter des années cinquante une nouvelle interprétation de l’histoire, rénovation qualifiée d’histoire « noire », d’histoire « pessimiste » que Groulx ne pourra accepter mais sans jamais, par ailleurs, entrer en conflit ouvert avec ces derniers. Les repères sur lesquels Lionel Groulx et les élites traditionnelles fondaient leur interprétation des choses, commencent alors à se fracturer. Frappés graduellement de discrédit ils seront emportés dans la débâcle de la Révolution tranquille, « séisme mystérieux » que Groulx, à 80 ans, n’a pas vu venir.

Il n’y a pas deux Lionel Groulx. Il n’y a eu qu’un homme qui portait en lui les ambiguïtés, les contradictions et les espoirs d’une époque.
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Message par Bédoulène Dim 9 Jan - 11:10

merci Jack, sont des Sages les érables !


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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 9 Jan - 11:25

@ Bédoulène,

Si on veut parler du Printemps érable, je ne dirais pas que les temps sont sages...

https://www.journaldequebec.com/2021/01/07/legault-ecorche-lopposition-pour-des-questions-sur-le-couvre-feu-1

Et oui, je fais référence à l'héritage politique que nous laisse ce Printemps érable qui est fait de résistance à l'image d'un porte-voix des mouvements sociaux qui s'opposeraient de manière raisonnée face aux mesures absurdes de la COVID-19.
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Message par Jack-Hubert Bukowski Lun 10 Jan - 9:30

Retournons en poésie :

MES PAROLES

Ma mère m'a appris
à bouger les lèvres
comme une automate

À remplir et vider mes poumons
pour allumer une braise éteinte
depuis des millénaires

Mes paroles sont teintes de rouge
mes vocables ont coagulé
mes verbes se sont suicidés

Mon sang est devenu
rhésus négatif

Anise Koltz, Somnambule du jour
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Message par Jack-Hubert Bukowski Mar 11 Jan - 10:30

«Nous n'avons plus de temps»

À Gaston Miron

Nous avons perdu le cours de l'histoire
nous n'avons plus le sens de la vie
nous avons oublié l'objet dans le tiroir
nous ne reviendrons plus ici
avant que tout ne soit changé en étoiles
en feuilles fraîches en chemins clairs

quand notre langue sera sans ombre
alors nous reviendrons de très loin
en habits de lumière
pour reprendre notre place au soleil.

Roland Giguère, Temps et lieux
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Message par bix_229 Mer 12 Jan - 15:39

Grande poète grecque, Kiki Dilmoula

Été, en Eubée



Entre nuit et petit jour

j’ai trouvé coincée l’heure sans heure.

L’allégresse impie des oiseaux m’a si tôt réveillée

que je suis sortie dans le reflux des ténèbres.

Mon balcon rame paisiblement

dans les hauts-fonds des couleurs.

Les jardins rêvent encore

de fleurs inconnues.

Lentement se déploie le glorieux horizon

comme un vulgaire mètre-ruban.

La mer a des allures d’oubli : on nous délaisse.

L’immensité a des allures d’oubli. Oubli immense.

Un caïque dans le fonds n’avances plus,

la distance l’emporte et joue avec.

Le niveau des couleurs monte en murmurant.

Les formes s’approchent au pas de promenade.

Une rame blanche se réveille,

un toit bat des ailes,

un volet a frémi.

Un clocher se lève effrayé,

coupable : la foi doit se réveiller la première.

Première avant tout.

Les formes s’approchent au pas de promenade.

Les portes se dessinent fermées

et les limites s’obstinent.

Les montagnes sorties dans la clarté

se ramènent en arrière.

Et toi où vas-tu, espoir ?

Ils sont debout depuis longtemps, les refus.



Et moi, qui suis et m’appelle

heure avancée, que viens-je faire

Parmi ces bonnes humeurs au berceau ?
Le Peu de monde
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Message par Jack-Hubert Bukowski Ven 14 Jan - 10:40

Paul Éluard écrivait en prose également. Ça m'a saisi en lisant ceci :

La lumière m'a pourtant donné de belles images des négatifs de nos rencontres. Je t'ai identifiée à des êtres dont seule la variété justifiait le nom, toujours le même, le tien, dont je voulais les nommer, des êtres que je transformais comme je te transformais, en pleine lumière, comme on transforme l'eau d'une source en la prenant dans un verre, comme on transforme sa main en la mettant dans une autre. La neige même, qui fut derrière nous l'écran douloureux sur lequel les cristaux des serments fondaient, la neige même était masquée. Dans les cavernes terrestres, des plantes cristallisées cherchaient les décolletés de la sortie.

Ténèbres abyssales toutes tendues vers une confusion éblouissante, je ne m'apercevais pas que ton nom devenait illusoire, qu'il n'était plus que sur ma bouche et que, peu à peu, le visage des tentations apparaissait réel, entier, seul.

C'est alors que je me retournais vers toi.

Paul Éluard, extrait de «Nuit partagées» dans La vie immédiate

On peut retrouver l'ensemble de la prose poétique ici, qui est digne de mention.

https://www.wikipoemes.com/poemes/paul-eluard/nuits-partagees.php
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Message par Jack-Hubert Bukowski Mar 18 Jan - 9:20

Il y a quelques années, Robert Dickson (1944-2007) avec qui Patrice Desbiens partage une communauté de pensée canadienne-française, a été commémoré dans le recueil rétrospectif Aux quatre vents de l'avenir possible qui contient plusieurs recueils (je crois en avoir compté 8 ).

Je vous livre un morceau de Grand ciel bleu par ici :

je réapprenais le parler intime
et me revoilà muet

je réapprenais à danser
et me voilà en béquilles

je me réapprenais par toi
et me voilà à recycler
aucun système en place
études à prévoir à financer
et me voilà sur le bien-être
émotif

dans tes verres fumés
un parking
des buildings
et ma face longue et triste

les enlèveras-tu
et moi avec
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Message par Jack-Hubert Bukowski Sam 22 Jan - 10:13

Il faudra bien prendre la relève. Je vais vous présenter un poème de Pablo Neruda dans Chant général :

X

Le fugitif

[...]

XII

À tous, à vous
les êtres de la nuit et du silence
qui avez pris ma main dans les ténèbres, à vous,
lampes
de la lumière impérissable, lignes d'étoile,
pain des vies, mes frères secrets,
à tous, à vous,
je dis : Point de merci,
rien ne pourra remplir les coupes
de la pureté,
rien ne peut
contenir tout ce plein soleil sur les drapeaux
du printemps invincible,
comme vos muettes dignités.
Pourtant
je pense
avoir été peut-être digne de tant de simplicité,
digne d'une fleur aussi pure,
et que je suis peut-être vous, oui, cela : vous,
cette mie de terre, de farine et de chant,
cette pâte naturelle qui sait
d'où elle sort et où se tiennent ses attaches.
Je ne suis pas campane si lointaine,
ni cristal si profondément enseveli
que tu ne puisses le déchiffrer, je suis
peuple et rien d'autre, porte cachée, pain obscur,
et quand tu me reçois c'est toi
que tu reçois, cet hôte
si souvent malmené
et si souvent
ressuscité.
À tout, à tous,
à ceux que je ne connais pas, à tous ceux qui
jamais
n'ont entendu mon nom, à ceux qui vivent
au long de nos longues rivières,
au pied de nos volcans, à l'ombre
sulfurique du cuivre, aux pêcheurs et aux paysans,
aux Indiens bleus sur le rivage
de lacs étincelants comme des vitres,
au cordonnier qui en cet instant s'interroge
en clouant le cuir, de ses vieilles mains,
à toi, à celui qui sans le savoir m'a attendu,
j'appartiens. Je vous reconnais et je vous chante.

// p. 365-366

Je vais remercier bien bas à ce sujet mon ancienne professeur du cours sur l'oeuvre de Jorge Luis Borges, qui m'avait mis sur la piste du Chant général de Pablo Neruda à une autre occasion.
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Message par Chamaco Ven 11 Fév - 19:00

JE SAIS POURQUOI L'OISEAU EN CAGE CHANTE

L'oiseau libre sautille
Sur le dos du vent
Et flotte en aval
Jusqu'à ce que s'achève cet élan
Et plonge ses ailes
Dans les rayons orange du soleil
Et ose défier le ciel.

Mais un oiseau qui piétine
dans sa cage étroite
peu rarement voir à travers
ses barreaux de rage
ses ailes sont entravées et
ses pattes sont liées
alors il ouvre sa gorge pour chanter.

L’oiseau en cage chante
avec un trémolo de peur
des choses inconnues
mais espérées encore
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine
parce que l’oiseau en cage
chante la liberté.

L’oiseau libre pense à une autre brise
et aux alizés doux à travers les arbres soupirants
et aux vers tout gras l’attendant sur une pelouse luisante à l’aube
et il désigne le ciel comme sien.

Mais un oiseau en cage s’assoit sur la tombe de ses rêves
son ombre piaille d’un cri de cauchemar
ses ailes sont coupées, ses pattes liées
alors il ouvre sa gorge pour chanter.

L’oiseau en cage chante

avec un trémolo de peur
des choses inconnues mais désirées encore
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine parce que l’oiseau en cage
chante la liberté.

Maya Angelou

Poésie - Page 37 Mayaan10
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Message par Bédoulène Ven 11 Fév - 23:22

beau mais triste

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Message par Chamaco Sam 12 Fév - 3:51

extrait de wikipedia :
"Personnalité importante du mouvement américain pour les droits civiques, elle est devenue une figure emblématique de la vie culturelle et politique aux États-Unis. Elle a publié une série autobiographique en sept volumes, trois essais, plusieurs recueils de poésies, et a joué dans diverses pièces de théâtre, dans des films et des émissions de télévision sur une période couvrant plus de cinquante ans. Elle a ainsi reçu une douzaine de prix prestigieux et plus de cinquante diplômes honorifiques.

Maya Angelou accède à la célébrité avec le premier tome de sa série autobiographique, Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage (1969) qui raconte sa vie jusqu’à l’âge de 17 ans. Il lui a apporté le succès et une renommée internationale, succès confirmé avec la parution en 1971 de son premier recueil de poésie, Just Give Me a Cool Drink of Water 'Fore I Diiie.

Elle a influencé de nombreuses personnalités afro-américaines et africaines, dont la journaliste Oprah Winfrey, qui fait souvent référence à elle."
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Message par Jack-Hubert Bukowski Sam 12 Fév - 7:50

Maya Angelou est incontournable. Cela va de soi.
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Message par Chamaco Dim 13 Fév - 0:45

Raoul Rivero (Cuba)

Douleur et Pardon

A présent je fais le vœu de tout pardonner
pour nettoyer mon cœur fatigué
qui ne peut faire face qu’à la fatigue de l’amour.

Je veux par conséquent que les coupables directs de mes accès de furie
les artisans patentés de mes peines
soient déclarés innocents après que j’aurai signé ce poème.

Je n’ai rien contre ceux qui m’ont rendu la vie impossible
mon unique et pauvre vie passagère
pour atteindre la gloire et vivre dans leur vaine géographie.

Compréhension et complicité face aux douces jeunes filles
déguisées en sorcières
qui me laissaient abandonné en ville en pressant mon chapeau comme un torchon.

Acquittés les diffamateurs et les idiots
oubliés les policiers qui m’ont harcelé
effacés de ma mémoire ceux qui ont envahi ma maison avec
un mandat de perquisition.

Dans les limbes d’une autre constellation
celui qui a signé l’ordre
et ordonné les punitions.

Un peu plus loin
celui qui a poussé ma fille Cristina loin de sa patrie
et qui m’a fait perdre la raison.

De toutes ces peurs et de toute cette anxiété
de cette saison de décombres et de lueurs
les coupables sont les jours de la semaine.

Ces lundis au fil du rasoir
les mardis émoussés, neutres et tenaces
le mercredi avec ses infules de pont rouillé.

Le jeudi avec un air d’étranger
le vendredi et ses rivières de vanités
le samedi traître et couvert.

Les dimanches puérils et vides.

Ce sont eux, sans doute, les coupables
obstinés à maintenir en servitude
Notre Père Temps Eternel
qui à présent organise ma vieillesse
pour que j’oublie.

Poésie - Page 37 Rac3ba10
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Message par Bédoulène Dim 13 Fév - 8:21

très beau poème et la dernière strophe Poésie - Page 37 1978625423 Poésie - Page 37 1978625423

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Message par Chamaco Jeu 17 Fév - 23:20

Vol d'oiseaux

À David Sauvageot.




Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs,
Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes,
Sont tout surpris de voir tant d'espaces déserts :
Des steppes, des marais, des grèves et des landes.

« C'est triste, pensent-ils... Ne croit-on pas rêver
Quand, à perte de vue, on trouve abandonnées
D'immenses régions qu'on devrait cultiver,
Et qui dorment sans fruit depuis nombre d'années.

« Ceux qui rampent en bas nous semblent bien petits,
Quand nous apercevons la fourmilière humaine.
Les blancs, comme les noirs, sont fort mal répartis,
Eparpillés sans ordre où le hasard les mène.

« Ils se croisent les bras au bord des océans.
Infimes héritiers des races disparues,
Tous voudraient vivre ainsi que des rois fainéants,
En laissant aux sillons se rouiller les charrues ;

« Boire les meilleurs vins et manger tous les fruits,
S'enliser à plein corps dans les plaisirs terrestres,
Et dans un frais sommeil passer toutes les nuits,
Au murmure des flots et des grands pins sylvestres ;

« Manger, boire et dormir sur un bon oreiller,
Jouir de tous les biens en tranquilles apôtres,
Trop indolents d'ailleurs pour jamais travailler ;
Ceux qui n'ont rien chez eux prenant ce qu'ont les autres.

« Devant eux, sans rien voir, en cheminant tout droit,
Jusqu'aux pointes des caps où la mer les arrête,
Comme troupeaux bloqués dans un bercail étroit,
Ils vont... ne sachant plus où donner de la tète.

II.

« Nous, qui sommes contraints de changer de climats,
Nous avons à subir de bien rudes épreuves.
Nous saluons au vol de grands panoramas,
Monts blancs, déserts de sable et rubans verts des fleuves.

« Mais, quand nous dominons l'immensité des flots,
En mer, sous l'équinoxe au temps des hivernages.
Sans trouver pour abri quelques rares Ilots,
Il nous faut accomplir de longs pèlerinages.

« À l'exil, tous les ans, nous sommes condamnés.
Par tempêtes de neige et tourbillons de givre,
Souvent nos chers petits, les derniers qui sont nés,
D'une aile fatiguée ont grand'peine à nous suivre.

« Du froid et des brouillards, de la grêle et des vents,
Par les chemins du ciel, nous avons tout à craindre.
Paix à nos morts... l'espoir reste au cœur des vivants,
Et nous ne perdons pas notre temps à nous plaindre. »

III.

Tout s'agite à l'envers, se mêle et se confond
Chez l'homme... qui d'en bas laisse monter sa lie,
Comme un lac dont l'orage a remué le fond...
Sur le monde effaré souffle un vent de folie.

André Lemoyne.
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Message par Jack-Hubert Bukowski Sam 19 Fév - 11:18

Merci d'avoir tenu le fort ces derniers temps, Chamaco! Smile

Je vais vous présenter une poésie d'Odysseus Elytis :

AXION ESTI/LA PASSION

Psaume XV


    MON DIEU tu m'auras voulu mais vois : je te rends
    la pareille
Le pardon — je ne connais pas,
    la prière — je n'en veux pas,
à l'isolement j'ai fait pièce ainsi qu'un caillou.
    Quoi, quoi, quoi d'autre inventer pour moi ?
Quand j'oriente vers tes bras la transhumance des étoiles
    si l'Aurore, insidieusement,
m'en pervertit le cours vers ses madragues outre-mer,
    c'est toi qui l'as voulu !
Collines avec des cités mers avec des vergers
    je les ente dans le vent
si la cloche me les boit tout doux dans le crépuscule
    c'est toi qui l'as voulu !
Si je croîs aux herbes et je m'écrie parmi tout mon délire
    ah vivement qu'à nouveau elles fanent
sous la machette de Juillet
    c'est toi qui l'as voulu !
Quoi enfin, quoi de neuf, quoi d'autre inventer pour
moi ?
    Tu n'as qu'à parler, vois-tu, pour que moi je réalise.
La pierre quitte ma fronde et me retombe dessus.
    J'approfondis les puits de mine et je pioche le fir-
    mament.
Je chasse les oiseaux et disparais sous leur fardeau.
    Mon Dieu tu m'auras voulu mais vois : je te rends la
    pareille.
Ces éléments qui sont toi,
    les journées et les nuits,
les astres et les soleils, le calme et les tempêtes
    si j'en renverse l'ordonnance et si je les engage
à rebours de ma propre mort
    c'est toi qui l'as voulu !

p.134-135

Merci Babelio... Smile
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