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Friedrich Nietzsche

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Message par églantine Mer 28 Mar - 19:48

J'ai commencé , c'est super !  cheers
Merci Tristam !  Friedrich Nietzsche - Page 2 1183390247

C'est comme un Podcast , on peut reprendre quand on veut , donc c'est tout bon pour moi , je me sens libre ! Friedrich Nietzsche - Page 2 421465245
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Message par Invité Jeu 25 Juin - 15:21

Quelques aphorismes tirés de Humain, trop humain (I), les premiers repris du fil citation du jour.

Il y a de la sagesse, de la sagesse dans l'art de vivre, à ne s'administrer longtemps à soi-même la santé qu'à petites doses.

VOULOIR EXCITER LA PITIÉ. – La Rochefoucauld met certainement le doigt sur le vrai dans le passage le plus remarquable de son Portrait fait par lui-même (imprimé pour la première fois en 1658), lorsqu’il met en garde toutes les personnes douées de raison contre la pitié, lorsqu’il conseille de la laisser aux gens du peuple qui ont besoin des passions (n’étant pas déterminés par la raison) pour être portés à venir en aide à celui qui souffre et à intervenir avec force en présence d’un malheur ; cependant que la pitié, selon son jugement (et celui de Platon), énerve l’âme. On devrait, dit-il, à la vérité témoigner de la pitié, mais se garder d’en avoir ; car les malheureux sont, en un mot, si sots que le témoignage de pitié fait chez eux le plus grand bien du monde. – On pourra assurément mettre encore plus fortement en garde contre ce sentiment de pitié si, au lieu de concevoir ce besoin des malheureux, non pas comme une sottise et un défaut d’intelligence, comme une espèce de dérangement d’esprit que le malheur porte en soi (et c’est ainsi que La Rochefoucauld semble le concevoir), on y voit quelque chose de tout autre et de plus digne de réflexion. Que l’on observe plutôt des enfants qui pleurent et crient afin d’être objets de pitié, et pour cela guettent le moment où leur situation peut tomber sous les yeux ; qu’on vive dans l’entourage de malades et d’esprits déprimés et qu’on se demande alors si les plaintes et les phrases de lamentation, la mise en vue de l’infortune, ne poursuivent pas au fond le but de faire mal à ceux qui les entourent ; la pitié que ceux-ci expriment alors représente une consolation pour les faibles et les souffrants en tant qu’ils y reconnaissent avoir au moins encore un pouvoir, en dépit de leur faiblesse : le pouvoir de faire mal. Le malheureux prend une espèce de plaisir à ce sentiment de supériorité dont lui donne conscience le témoignage de pitié ; son imagination s’exalte, il est toujours assez puissant encore pour causer de la douleur au monde. Ainsi, la soif de pitié est une soif de jouissance de soi-même, et cela aux dépens des semblables ; elle montre l’homme dans toute la brutalité de son cher moi : mais non pas précisément dans sa « sottise », comme le pense La Rochefoucauld. – Dans la conversation de la société, les trois quarts des questions sont posées, les trois quarts des réponses sont données pour faire un peu de mal à l’interlocuteur ; c’est pourquoi bien des hommes ont soif de la société : elle leur donne le sentiment de la force. A ces doses innombrables, mais très petites, où la méchanceté se fait valoir, elle est un puissant moyen d’excitation de la vie : tout comme la bienveillance, répandue dans la société humaine sous une forme analogue, est le remède toujours prêt. – Mais y aura-t-il beaucoup d’honnêtes gens pour confesser qu’il y a plaisir à faire mal ? qu’il n’est pas rare de se divertir – et de bien se divertir – en causant des déboires à d’autres hommes, au moins en pensée, et en tirant sur eux cette grenaille de menue méchanceté. La plupart sont trop malhonnêtes et quelques-uns sont trop bons pour savoir quelque chose de ce pudendum, ceux-là nieront toujours que Prosper Mérimée ait raison quand il dit : « Sachez enfin qu’il n’y a rien de plus commun que de faire le mal pour le plaisir de le faire. »

MALENTENDU SUR LA VERTU. – Celui qui a appris à connaître le défaut de vertu en union avec le plaisir, comme celui qui a derrière lui une jeunesse avide de jouissances, s’imagine que la vertu doit être unie au manque de plaisir. Celui au contraire qui a beaucoup souffert de ses passions et de ses vices aspire dans la vertu au repos et au bonheur de l’âme. Il se peut ainsi que deux vertueux ne s’entendent pas du tout.

APPRÉCIATION TROP BASSE DE L’ÉDUCATION DU LYCÉE. – On cherche rarement l’importance du lycée dans les choses qui y sont réellement apprises et que l’on en emporte sans pouvoir les perdre, mais plutôt dans celles que l’on y enseigne et que l’écolier ne s’approprie qu’à contrecœur, pour s’en débarrasser, dès qu’il le peut, d’une secousse. Telle qu’elle est pratiquée partout, la lecture des classiques – comme l’accordera tout esprit cultivé – est un procédé monstrueux : elle se fait devant des jeunes gens qui, à aucun égard, ne sont mûrs pour elle, par des maîtres dont chaque parole, dont souvent l’aspect seul dépose une couche de poussière sur un bon auteur. Mais là réside la valeur que d’ordinaire on méconnaît – c’est que ces maîtres parlent la langue abstraite de la culture supérieure lourde et difficile à comprendre, qui est pourtant une haute gymnastique du cerveau ; c’est que dans leur langage apparaissent continuellement des idées, des expressions, des méthodes, des allusions que les jeunes gens n’entendent presque jamais dans la conversation de leurs parents et dans la rue. Quand les écoliers ne feraient qu'entendre, leur intelligence subirait bon gré mal gré une formation préalable à une manière de concevoir scientifique. Il n’est pas possible qu’on sorte de cette discipline en ayant complètement échappé au contact de l’abstraction, en pur enfant de la nature.

« LAMENTO. – Ce sont peut-être les avantages de notre époque qui amènent avec eux un recul et, à l’occasion, une dépréciation de la vita contemplativa. Mais il faut bien s’avouer que notre temps est pauvre en grands moralistes, que Pascal, Epictète, Sénèque, Plutarque, sont à présent peu lus, que le travail et le zèle – autrefois escorte de la grande déesse Santé – semblent parfois sévir comme une maladie. Comme le temps manque pour penser et garder le calme dans la pensée, on n’étudie plus les opinions divergentes : on se contente de les haïr. Dans l’énorme précipitation de la vie, l’esprit et l’œil sont accoutumés à une vision et à un jugement incomplets et faux, et chacun ressemble aux voyageurs qui font connaissance avec le pays et la population sans quitter le chemin de fer. Une attitude, indépendante et prudente, de la connaissance est jugée presque comme une sorte de manie ; la liberté d’esprit est déconsidérée spécialement par les savants qui voudraient trouver, dans son art de considérer les choses, leur solidité et leur labeur d’abeilles, et qui l’exileraient volontiers dans un seul coin de la science : au lieu qu’elle a le devoir tout autre, et bien supérieur, d’étendre d’une position isolée son commandement sur tout le ban et l’arrière-ban des hommes de science et d’érudition, et de leur faire voir les voies et les buts de la culture. – Une plainte comme celle qui vient d’être entonnée aura sans doute son moment et résonnera un jour d’elle-même, dans un retour offensif du génie de la méditation. 

DÉFAUT PRINCIPAL DES HOMMES D’ACTION. – Les hommes d’action manquent ordinairement de l’activité supérieure : je veux dire l’individuelle. Ils agissent à titre de fonctionnaires, de marchands, d’érudits, autrement dit de représentants d’une espèce, mais non à titre d’hommes déterminés, isolés et uniques ; à cet égard, ils sont paresseux. – C’est le malheur des gens d’action que leur activité soit toujours un peu irraisonnée. On ne peut, par exemple, demander au banquier qui amasse de l’argent le but de son incessante activité ; elle est irraisonnée. Les gens d’action roulent comme roule la pierre, suivant la loi brute de la mécanique. – Tous les hommes se divisent, de tout temps et de nos jours, en esclaves et libres ; car celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit. 

« EN FAVEUR DE L’OISIF. – Signe de ce que le prix de la vie contemplative a baissé, les savants luttent aujourd’hui avec les gens d’action en une espèce de jouissance hâtive, au point qu’ils semblent, eux  aussi, priser plus haut cette façon de jouir que celle qui leur convient proprement et qui, en fait, est bien plus une jouissance. Les savants ont honte de l’otium. C’est pourtant une noble chose que le loisir et l’oisiveté. – Si l’oisiveté est véritablement le commencement de tous les vices, elle se trouve ainsi au moins dans le voisinage le plus proche de toutes les vertus ; l’homme oisif est toujours un homme meilleur encore que l’actif. – Vous ne pensez cependant pas que, par loisir et oisiveté, ce soit vous que je désigne, ô paresseux ? 

« EN AVANT – Et ainsi, en avant sur la voie de la sagesse, d’un bon pas, en bonne confiance ! En quelque condition que tu sois, sers-toi de cette source d’expérience ! Jette l’amertume par-dessus bord en ton être, pardonne-toi ton propre Moi, car, dans tous les cas, tu as en toi-même une échelle à cent degrés, sur lesquels tu peux monter à la connaissance. Le siècle où tu souffres d’être jeté t’estime heureux de ce bonheur ; il te crie que tu as encore part à des expériences dont les hommes des temps futurs devront peut-être se passer. Ne fais point fi d’avoir été encore religieux ; comprends bien comment tu as eu encore un légitime accès à l’art. Ne peux-tu pas, justement à l’aide de ces expériences, suivre avec une intelligence plus complète d’immenses étapes de l’humanité antérieure ? N’est-ce pas justement sur ce terrain qui parfois te déplaît tant, sur le terrain de la pensée trouble qu’ont poussé les plus beaux fruits de la vieille civilisation ? Il faut avoir aimé la religion et l’art comme on aime une mère et une nourrice – autrement on ne peut devenir sage. Mais il faut porter ses regards au-delà, savoir grandir au-dessus ; si l’on reste dans leur suzeraineté, on ne les comprend pas. De même, il faut t’être familiarisé avec les études historiques et le jeu prudent de la balance : « d’un côté – de l’autre. » Fais un voyage rétrospectif, chemine dans les vestiges où l’humanité a marqué sa longue marche douloureuse à travers le désert du passé : c’est ainsi que tu apprendras le plus sûrement dans quelle direction toute l’humanité future n’a plus la possibilité ni le droit d’aller. Et cependant que tu cherches de toutes tes forces à découvrir par avance comment le nœud de l’avenir est encore serré, ta propre vie prend la valeur d’un instrument et d’un moyen de connaissance. Il dépend de toi que tous les traits de ta vie : tes essais, erreurs, fautes, illusions, souffrances, ton amour et ton espoir entrent sans exception dans ton dessein. Ce dessein est de devenir toi-même une chaîne nécessaire d’anneaux de la civilisation et de conclure de cette nécessité à la nécessité dans la marche de la civilisation universelle. Quand ton regard aura pris assez de force pour voir le fond dans le puits ténébreux de ton être et de tes connaissances, peut-être aussi, dans ce miroir, les constellations lointaines des civilisations de l’avenir te deviendront visibles. Crois-tu qu’une telle vie avec un tel dessein soit trop pénible, trop dénuée de tous agréments ? C’est que tu n’as pas encore appris qu’il n’est pas de miel plus doux que celui de la connaissance, et que les nuées flottantes de l’affliction doivent encore te servir de mamelle où puiser le lait pour ton rafraîchissement. Vienne l’âge, alors seulement tu verras bien comment tu as écouté la voix de la nature, de cette nature qui gouverne l’univers par le plaisir : la même vie qui aboutit à la vieillesse, aboutit aussi à la sagesse, joie constante de l’esprit dans cette douce lumière du soleil ; l’une et l’autre vieillesse et sagesse t’arrivent sur un même versant de la vie : ainsi l’a voulu la nature. Alors, il est temps, sans qu’il y ait lieu de s’indigner, que le brouillard de la mort s’approche. Vers la lumière – ton dernier mouvement ; un hourra à la connaissance – ton dernier cri. 

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Message par bix_229 Jeu 25 Juin - 15:52

Je pense qu'on peut lire Ecce homo avant tout autre texte; il éclaire les autres.
Et comme l'écrit Coli :

Avec ce livre, Nietzsche fait un cadeau à ses lecteurs les plus cons. En effet, il exprime point par point le contenu et l'objectif de chacun de ses textes antérieurement commis. Ainsi, si vous aviez lu « le Gai savoir » en croyant qu'il s'agissait d'un genre de traité sur l'histoire épistémique de l'homosexualité, vous apprendrez que vous avez foiré.  Wink
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Message par Invité Jeu 25 Juin - 16:29

Oui, Ecce Homo peut donner des indications, et donner envie de lire tel ou tel texte.
Bien entendu, il faut le lire dans l'ordre chronologique, et lire tous les philosophes passés avant lui. Dans l'idéal... Pour ma part, j'ai commencé par Ainsi parlait Zarathoustra, pas forcément le plus recommandé, et pourtant ç'a m'a mis une telle claque que j'ai eu envie de lire le reste et de m'y intéresser.
Ce n'est pas la littérature qui manque sur Nietzsche, comment le lire, etc.
Mais tout de même, je pense que Nietzsche est sans doute le penseur moderne qui a été le plus détourné, souillé... Et je ne parle pas que des nazis. Tout le monde se réfère à Nietzsche et lui fait dire tout et son contraire. Lui qui a été le plus prompt à critiquer la moraline est récupéré de tous bords et de toutes morales.

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Message par Tristram Jeu 25 Juin - 16:40

Il faut quand même reconnaître que ses formules prêtent parfois à interprétations outrageuses...

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 Jeu 25 Juin - 17:13

Beaucoup de malentendus et d'interprétations eronnées aussi.
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Message par Tristram Jeu 25 Juin - 17:14

Toit à fait, c'est le risque avec les formulations provocantes.

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Message par Invité Dim 5 Juil - 16:04

Dans le second numéro de la revue Acéphale (Nietzsche et les fascistes) Bataille a joué un grand rôle pour défendre Nietzsche face aux récupérations des nazis, aidés par la soeur du philosophe qu'il nomme Elisabeth Judas Foerster.
Une véritable démonstration pour remettre les choses à leur place, et la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui ont sorti des phrases de leur contexte. Nietzsche honnissait les antisémites et les nazis en ont fait leur philosophe, comme quoi l'on peut faire dire n'importe quoi à n'importe qui.

Nietzsche s'intéresse généralement à la beauté du corps et la race sans que cet intérêt détermine en lui l'élection d'une communauté sanguine limitée (fictive ou non). Le lien de la communauté qu'il envisage est sans aucun doute le lien mystique, il s'agit d'une « foi », non d'une patrie. La communauté sanguine et l'enchaînement au passé sont dans leur connexion aussi éloignés qu'il est possible, hors de la vue d'un homme qui revendiquait avec beaucoup d'orgueil le nom de « sans-patrie ». Et la compréhension de Nietzsche doit être tenue pour fermée à ceux qui ne font pas toute la part au profond paradoxe d'un autre nom qui n'était pas revendiqué avec moins d'orgueil, celui d'ENFANT DE L'AVENIR. [...]


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Message par bix_229 Dim 5 Juil - 16:17

Oui, maudite soit la soeur de Nietzsche !
On n'est jamais mieux trahi que par les siens. Friedrich Nietzsche - Page 2 2441072346
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Message par Bédoulène Lun 6 Juil - 14:11

intéressant !

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"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

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Message par Dreep Lun 5 Déc - 16:32

Par-delà le bien et le mal

Friedrich Nietzsche - Page 2 001962380

S’il y avait dans ma lecture précédente (dans Nathan le sage), quelque chose comme une inspiration, au sens d’un idéal de société à atteindre, que dire de celle de Nietzsche ? D’abord qu’elle n’est pas de la même nature, sans doute : plus active, plus bouillonnante chez l’auteur de Par-delà le bien et le mal. Ici, il ne s’agit plus simplement d’inspirer au lecteur l’espoir qu’il (Nietzsche) a, ou de rallier à une cause, mais surtout de déployer une réflexion permanente, vivante. Dans ce livre, et contrairement à celui qu’il écrira juste un an plus tard (Généalogie de la morale) Nietzsche n’a cure d’expliquer ni de suivre une démonstration. Par-delà les thèmes qu’il aborde ― la religion, la connaissance, la morale, l’art, l’esprit libre ou la grandeur, ou encore les différences culturelles ― Nietzsche suit une idée, d’abord confuse pour le lecteur non-habitué, puis qui fait son chemin. Son différend avec Schopenhauer, l’héritage du christianisme, celui de Platon ou celui de Kant, et enfin ce qu’il appelle « les idées modernes » sont passés au crible. Nietzsche met toutes ces idées en perspective et n’en n’épargne aucune, il montre sur quelle vide, sur quelle aberration elles reposent ― et c’est drôle, jubilatoire, tant il y met d’éloquence.

Friedrich Nietzsche a écrit:Mais réfléchissons : il est grand temps. Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? se demanda Kant, ― et que répondit-il au juste ? En vertu d’une faculté : pas en trois mots, hélas, mais de manière si vétilleuse, si vénérable, et avec une telle débauche de profondeur et de contorsion allemandes que l’on ne prit pas garde à la distrayante niaiserie allemande d’une telle réponse […] « En vertu d’une faculté » avait-il dit, ou du moins pensé. Mais cela est-il bien ― une réponse ? Une explication ? Ou n’est-ce pas plutôt une simple répétition de la question ? Comment se fait-il que l’opium fasse dormir ? « En vertu d’une faculté », à savoir la virtus dormitiva ― répond ce médecin de Molière « quia est in eo virtus dormitiva, cujus est natura sensus assoupire. »
(§11)

Insatisfait de son temps à tous égards, Nietzsche déploie une pensée tournée vers un lendemain toujours remis, toujours à venir… C’est cette « philosophie de l’avenir » qui est le thème essentiel de Par-delà le bien et le mal. Il se pose contre un certain « mal de vivre » fondé selon lui soit sur de faux ou de mauvais principes, soit par l’irréflexion, la routine de l’individu qui se soumet par pauvreté intellectuelle ou par « atavisme ». De sa langue maniant l’équivoque, l’ambiguïté ou l’image, ou bien par un jugement plus net, plus lapidaire, Nietzsche fustige les idées à l’origine de cette souffrance « par amour de la vérité » (§25). Cette pensée et son antipode sont caractérisées par des métaphores originales, éclairées, colorisées selon une latitude ; amplifiées d’après l’angle avec lequel le penseur regarde son existence, de bas en haut ― au niveau de la terre ou au niveau des étoiles. Nietzsche laisse de temps en temps sa casquette d’historien pour celle du « géographe » (ou de l’ethnologue) sinon celle du contemplatif ― en vol (§193 cité ci-après ↓). Un vocabulaire hétérogène, mais une expression qui recherche l’image et s’anime par l’effet qu’elle produit. La pensée de Nietzsche donne la sensation qu’elle est un mouvement permanent. Nietzsche développe sa pensée de cette manière, évoquant un flux poétique, la musique ou bien tout simplement l’énergie, la force, la volonté ― la vie comme moteur essentiel, auquel tout le reste est subordonné. Le plus étonnant est encore qu’il nie le « sujet pensant » (§17) et je comprends que pour Nietzsche cette énergie est certes fruit d’un matérialisme, de quelque chose d’organique à libérer de toute entrave mortifère. « Les plus grandes pensées sont les plus grands événements » (§285) dit-il ― paragraphe après paragraphe, on s’aperçoit que tout est relié, qu’une pensée en fait naître une autre, comme dans une dynamique de cause à effet. Comme si Nietzsche réagissait à des « événements » intérieurs de façon très personnelle. Au calme il soutient une réflexion étayée avec clarté et rigueur ; dans l’émotion ― réfléchissant vite, éludant certaines précisions : il bondit d’une position à l’autre, laisse sa phrase en suspens, s’arrête dans son billet sur une conclusion parfois énigmatique. Je n’ai pas toujours été certain de voir où Nietzsche voulait m’emmener, mais je ne suis jamais lassé de sa profondeur lorsqu’il auscultait l’homme sous ces différents masques.

Friedrich Nietzsche a écrit:Quidquid luce fuit, tenebris agit* : mais l’inverse également. Ce que nous vivons en rêve, à supposer que nous le vivions souvent, finit par faire tout autant partie de l’économie d’ensemble de notre âme que tout ce que nous vivons « réellement » ; nous sommes par là plus riches ou plus pauvres, avons un besoin de plus ou de moins, et les habitudes de nos rêves finissent par nous mener un peu à leur guise en plein jour et jusque dans les instants les plus sereins que connaît notre esprit à l’état de veille. À supposer qu’un homme ait souvent volé en rêve, et qu’il finisse, sitôt qu’il dort, par avoir conscience d’un pouvoir et d’un art de voler comme de son privilège ainsi que d’un bonheur enviable qui n’appartient qu’à lui : un tel homme, qui croira pouvoir effectuer, à partir de la plus légère impulsion, tout genre de courbe et d’angle, qui connaîtra le sentiment d’une certaine frivolité divine, un « vers le haut » sans tension ni contrainte, un « vers le bas » sans condescendance ni avilissement ― sans pesanteur ! ― comme se pourrait-il qu’un homme connaissant de telles expériences et habitudes oniriques ne finisse pas par trouver, durant la veille aussi, une autre coloration et une autre détermination au mot « bonheur » ! Comment pourrait-il ne pas ― aspirer au bonheur différemment ? L' »élévation » telle que la décrivent les poètes, doit lui paraître, comparée à cet envol, trop terrestre, musculaire, violente, déjà trop « pesante ».
(§193)

*: Quidquid luce fuit, tenebris agit : en latin, « tout ce qui s’est produit au grand jour se poursuit dans les ténèbres. »
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