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Message par Tristram Mar 25 Déc - 14:05

Ivo Andrić
1892-1975


Ivo Andrić Andric10

Né le 9 octobre 1892 dans une famille croate à Dolac en Bosnie-Herzégovine alors administrée par l'Autriche-Hongrie, son père meurt de la tuberculose alors qu’il a deux ans, et sa mère l’emmène chez sa tante paternelle dans la ville de Višegrad, où il grandira et dont il rendra célèbre le pont.
En 1903, il entre au lycée de Sarajevo et commence à écrire des poèmes à partir de 1911 pour des revues bosniaques. En octobre 1912, ayant obtenu une bourse de l'Association culturelle croate Napredak, il part en Croatie et s'inscrit à l’université de Zagreb. Il sera influencé par les œuvres de l'écrivain croate Antun Gustav Matoš. En 1913, il part à Vienne où il étudie l'Histoire, la philosophie et la littérature.
En juin 1914, il est fait prisonnier par la police austro-hongroise, après l'attentat de Sarajevo en raison de son appartenance à l'organisation terroriste de la Main noire qui avait préparé l'assassinat de l'archiduc ; il sera libéré en mars 1915. Membre du mouvement révolutionnaire Jeune Bosnie, il milite pour le rattachement de la Bosnie à la Serbie.
En 1918, il devient éditeur et adhère au milieu littéraire de Belgrade, la capitale de la première Yougoslavie, où il fréquente des personnalités comme Miloš Crnjanski et Miličić. Ils se réunissent régulièrement à l'hôtel Moskva. Mais très vite, il se fait remarquer par le gouvernement de Belgrade, qui a une totale confiance en lui, de par son passé de militant dans Jeune Bosnie, ainsi qu'en ses compétences intellectuelles. Il débute alors une carrière de diplomate dans plusieurs capitales européennes, où il défend avec une grande efficacité les intérêts du royaume de Yougoslavie, avec un sommet entre 1939 et 1941, lorsqu'il est nommé ministre plénipotentiaire de la diplomatie à Berlin.
Quand la guerre éclate, et que les Allemands bombardent Belgrade le 6 avril 1941, il refuse de gagner la Suisse, mais rentre à Belgrade où il vit chez son ami Brane Milenković.
Il se consacre à la littérature dès 1945 ; ses récits ont pour cadre la Bosnie ottomane et ses deux plus célèbres romans sont La Chronique de Travnik, puis Le Pont sur la Drina.
Il est lauréat du Prix Nobel de littérature en 1961, et a été membre de l'Académie serbe des sciences et des arts. Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l'université jagellonne de Cracovie en 1964.
Il est décédé le 13 mars 1975 à Belgrade.
Bosniaque par sa naissance, croate par son origine et serbe par ses engagements, il est l'auteur le plus connu et le plus traduit (40 langues) de la littérature serbo-croate. À sa mort, il lègue son œuvre à l'Académie serbe des sciences et des arts.

Œuvres traduites en français :

• 1920 : Inquiétudes (réunit Ex ponto, Nemiri et Lirika)
• 1926 : Mara la courtisane et autres nouvelles
• 1931 : Au temps d'Anika
• 1935 : Innocence et Châtiment (Deca, littéralement : Les enfants - recueil de nouvelles publié en français de façon partielle)
• 1942 : La Chronique de Travnik
• 1945 : Il est un pont sur la Drina : Chronique de Vichégrad (ou Le Pont sur la Drina)
• 1945 : La Demoiselle
• 1948 : L'Éléphant du vizir : récits de Bosnie et d'ailleurs
• 1954 : La Cour maudite
• 1960 : Visages
• 1963 : La Soif, et autres nouvelles
• 1976 : Contes de la solitude
• 1977 : Omer pacha Latas
• 1980 : Signes au bord du chemin
• Trois contes (Le Pont sur la Jépa, Les Hommes de Veletovo, Drame à Olouiak)
• Titanic et autres contes juifs de Bosnie
• Contes au fil du temps
• La Naissance du fascisme, (recueil d'articles publié entre 1921 et 1926)

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Message par Tristram Mar 25 Déc - 14:19

Le pont sur la Drina

Ivo Andrić Le_pon10

A Višegrad (pas la ville de Hongrie sur le Danube, mais la bourgade de Bosnie-Herzégovine, pas très loin), où vivent depuis le XVIe siècle musulmans, chrétiens et juifs (plus des Tsiganes) sous autorité turque, fut bâti un pont sur la Drina, rivière qui sépare la Serbie et la Bosnie, l'Orient et l'Occident. Ce roman établit la chronique de quatre siècles autour de ce pont et de sa kapia centrale (espace d’apparat sur un point de passage dans l’architecture ottomane), des Ottomans aux Serbes de Sarajevo début 1914 en passant par les Austro-Hongrois, narre l’Histoire et recueille les légendes populaires, tout en dressant une galerie de portraits immémoriaux. Paru en 1945, il relate aussi la recherche et l’analyse du début de la fin d’un monde, symbolisé par le pont aux onze arches, qui semblait garantir une pérennité :
« Les lunaisons se succédaient et les générations disparaissaient rapidement, mais lui demeurait, immuable, comme l’eau qui coulait sous ses arches. Il vieillissait, naturellement, lui aussi, mais selon une échelle de temps bien supérieure non seulement à la durée d’une vie humaine, mais aussi à toute une suite de générations, tellement grande que ce vieillissement était imperceptible à l’œil. Sa vie, bien qu’elle ne fût pas infinie, paraissait éternelle, car nul n’entrevoyait sa fin. »
C’est d’abord sa construction (qui a peu à voir avec la Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal) sur la Drina, un affluent du Danube, ce qui ramentoit Magris et ses voyages dans la région. Mais ici, la mentalité locale, (yougo)slave, le mode de vie "oriental" sont rendus comme de l’intérieur, en faisant presque par moments un témoignage "ethnologique" :
« Pourtant, dès le lendemain, tout redevint comme avant, car les gens de la ville n’aimaient guère se souvenir des choses désagréables et n’avaient pas l’habitude de se faire du souci à l’avance ; ils avaient dans le sang la conscience que la vie véritable est faite de ces périodes de calme et qu’il serait insensé et vain de troubler ces rares moments de répit en aspirant à une autre existence, plus stable et plus constante, qui n’existait pas. »

« Mais les malheurs ne durent pas éternellement (ils ont cela de commun avec les joies), ils passent ou du moins alternent, puis se perdent dans l’oubli. La vie sur la kapia renaissait toujours et en dépit de tout, le pont ne changeait ni avec les années ni avec les siècles, ni avec les revirements les plus douloureux dans les relations entre les hommes. Tout cela glissait sur lui, de même que l’eau tumultueuse coulait sous ses arches lisses et parfaites. »

« Ce qui se fissurait, on le réparait ; ce qui penchait, on l’étayait ; mais en dehors de cela, personne ne se serait, sans réel besoin et de façon planifiée, inventé du travail, nul n’aurait touché aux fondations des édifices ni changé l’aspect immuable de la ville. »

« Une onde puissante passait de la terre chaude aux pieds bondissants, puis elle s’élargissait par l’intermédiaire de la chaîne des mains brûlantes : suspendu à cette chaîne, le kolo trépidait comme un seul être, réchauffé par le même sang, porté par le même rythme. Les jeunes gens dansaient la tête renversée en arrière, blêmes, les narines frémissantes, tandis que les jeunes filles, les joues en feu, gardaient timidement les yeux baissés, de peur que leur regard ne trahît la volupté qu’elles trouvaient à danser. »
Le livre véhicule une certaine philosophie fataliste, transmet une sagesse :
« Tout entier voué à sa tâche, il s’était résigné depuis longtemps au fait que notre destinée sur cette terre n’est que lutte contre la déchéance, la mort et la disparition, et qu’il est du devoir de l’homme de persévérer dans cette lutte, même lorsqu’elle est sans espoir. »
M’a particulièrement intéressé, chapitre XI et suivants, le changement occasionné par l’influence occidentale lors de l’occupation par l’Autriche-Hongrie : organisation, planification, recensement, progrès dans l’hygiène et une ouverture au monde, apports qui ne rencontrent d’abord qu’incompréhension et résistance réactionnaire (au colonialisme), mais dans une inéluctable modification des us et coutumes et l’accélération du temps : c’est le travail effréné contre l’insouciance séculaire. Puis imprégnation réciproque, domination moins violente mais plus insidieuse, plus grande place laissée à l’individu, ostension de l’argent et des plaisirs, « l’illusion que la vie était soudain devenue plus riche, plus brillante et plus libre. »
« À vrai dire, sur le pont aussi il se passait des choses telles que les habitudes bien ancrées des gens du lieu se heurtaient aux innovations apportées par les étrangers et leur mode de vie, et dans ces affrontements, ce qui était autochtone et ancien était régulièrement condamné à céder et à s’adapter. »

« Il apparaissait de plus en plus évident que le profit et la vie facile qu’il engendre ont leur revers, que l’argent et celui qui le possède ne sont que la mise dans un grand jeu capricieux dont personne ne connaît toutes les règles ni ne peut prévoir l’issue. Et sans le savoir, nous y prenons tous part, avec un enjeu plus ou moins important, mais tous avec des risques permanents. »

« Avec l’introduction du chemin de fer, ce n’était pas seulement le transport des voyageurs et des marchandises qui était devenu plus rapide et plus aisé ; il semblait aussi que les événements eux-mêmes avaient accéléré leur cours. »

« Qui sait ? Peut-être que cette foi maligne, qui ordonne tout, nettoie, répare et embellit tout pour tout engloutir et détruire aussitôt après, se répandra sur la terre entière ; peut-être fera-t-elle de tout le monde que Dieu a créé un terrain vierge et nu pour sa frénésie insensée de construction et sa passion cruelle de la destruction, un pâturage pour sa faim insatiable et ses appétits incompréhensibles ? Tout était possible. »
On peut même y lire une moralité :
« La bête affamée qui vit en l’homme mais ne peut se manifester tant que subsistent les obstacles des bons usages et de la loi était maintenant lâchée. Le signal était donné, les barrières levées. Comme cela arrive souvent dans l’histoire, la violence et le vol, et même le meurtre, étaient tacitement autorisés, à condition qu’ils fussent pratiqués au nom d’intérêts supérieurs, sous le couvert de mots d’ordre, à l’encontre d’un nombre précis de personnes aux noms et aux convictions bien définis. »
J’ai été progressivement conquis par ce récit de composition et de style simples, sans artifice, sur le ton du conte, qui réserve aussi des passages plus inattendus au lecteur :
« Les nuits à Velji Lug sont chaudes, et pourtant fraîches. Les étoiles basses et agitées sont reliées entre elles par une lueur blanche et tremblante. Debout à la fenêtre, Fata regarde cette nuit. Elle sent dans tout son corps une vigueur paisible, une douce plénitude, et elle perçoit chaque partie de son corps séparément, comme une source particulière de force et de joie : ses jambes, ses hanches, ses bras, son cou, et surtout sa poitrine. Le bout de ses seins opulents et lourds, mais tendus, touche le grillage en bois de la fenêtre. De cet endroit, elle sent le coteau, avec tout ce qui s’y trouve, la maison, les bâtiments, les champs, respirer d’un souffle chaud, profond, régulier, se soulever et s’abaisser en même temps que le ciel clair et l’immensité nocturne. Sous l’effet de cette respiration, le moucharabieh monte et descend, monte et descend, effleure le bout de ses seins et s’enfuit loin d’eux, revient et les effleure à nouveau, puis se rapproche encore, puis s’éloigne ; et cela sans fin, en alternance. »


Mots-clés : #historique

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Message par bix_229 Mar 25 Déc - 15:15

Très bien ! Continuer avec La Chronique de Travnik.
Et puis les contes, beaucoup de contes de meme inspiration.
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Message par animal Mar 25 Déc - 19:46

Un extrait de L'éléphant du vizir :

Je dînai fort mal, je m'endormis d'un sommeil agité et me retrouvai au petit matin assis dans le train qui m'emmenait dans la plaine, puis dans la ville.
Vint décembre, la fin de l'année avec ses jours gris, quand les hommes solitaires déclinent les invitations à dîner et comme dans une eau froide ou dans quelque horrible forêt, sombrent de plus en plus profond dans leur intolérable solitude, avec l'espoir, en s'y abandonnant ainsi, de s'en délivrer plus vite et de ressortir sain et sauf à l'air libre.

Et un du Pont sur la Drina :

Tous les habitants de la ville se mirent aussitôt au travail, impatients de gagner de l'argent et de réparer les dégâts. Personne n'avait le temps de réfléchir à ce que représentait et signifiait le pont victorieux, mais en vaquant à leurs affaires, dans cette ville infortunée où l'eau avait tout abîmé, ou du moins transformé, tous savaient qu'il y avait dans leur vie quelque chose qui résistait aux éléments et qui, grâce à l'insaisissable harmonie de ses formes et à la force invisible et sage de ses fondations, sortait de chaque épreuve intact et inchangé.
L'hiver qui survint alors fut dur. Tout ce qui avait été remisé dans les cours et les greniers, bois, blé, foin, avait été emporté par l'inondation, il fallait réparer les maisons, les étables et les clôtures, chercher à crédit de nouvelles marchandises à la place de celles qui avaient été détruites dans les réserves et les boutiques. Kosta Branac, qui avait subi les plus grosses pertes du fait de ses spéculations éhontées sur les prunes, ne survécut pas à l'hiver ; il mourut de chagrin et de honte. Il laissait des enfants en bas âge, dans une quasi-misère, et des créances modiques, dispersées dans tous les villages. Il laissait aussi le souvenir d'un homme qui avait présumé de ses forces.
Mais dès l'été suivant, les souvenirs de la grande inondation vinrent enrichir la mémoire des vieilles gens où ils devaient rester gravés longtemps, tandis que les jeunes, assis sur la pierre blanche et lisse de la kapia, chantaient et devisaient au dessus de l'eau qui coulait en contrebas, accompagnant de sa rumeur leurs chansons. L'oubli guérit tout, et chanter est le meilleur moyen d'oublier, car dans une chanson l'homme ne se souvient que de ce qu'il aime.
Ainsi, sur la kapia, entre le ciel, la rivière et les collines, on apprenait de génération en génération à ne pas regretter outre mesure ce que les eaux troubles emportaient. C'est là que l'on s'imprégnait de la philosophie innée des habitants de Visegrad : que la vie est un prodige incompréhensible, car elle s'use sans cesse et s'effrite, et pourtant dure et subsiste, inébranlable, "comme le pont sur la Drina".

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Message par Tristram Mar 25 Déc - 20:03

L'extrait de L'éléphant du vizir est peut-être de circonstance pour certains ?

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Message par Bédoulène Mar 25 Déc - 23:11

merci Tristram pour ton commentaire ! encore un auteur que je veux connaître.

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Message par animal Mer 26 Déc - 6:20

Pour le Pont sur la Drina il faut faire attention à l'édition, il y a un poche écrit tout petit bavé qui est illisible ?

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Message par Bédoulène Mer 26 Déc - 7:45

perso je le lirai sur tablette donc pas de souci de police. mais c'est un renseignement utile.

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Message par Armor Mer 26 Déc - 13:15

animal a écrit:Pour le Pont sur la Drina il faut faire attention à l'édition, il y a un poche écrit tout petit bavé qui est illisible ?

C'est bon à savoir, merci !
J'ai l'éléphant du vizir sur ma PAL, dans une jolie édition du serpent à plumes. Prévu pour mon tour du monde !

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Message par Invité Mer 26 Déc - 15:20

J'ai aussi l'éléphant du vizir. A suivre, peut-être bientôt !

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Message par tom léo Ven 4 Jan - 20:07

Bien sûr: qui dit Andric, dit "Pont sur la Drina (souvent). Mais moi perso, j'ai énormement aimé les nouvelles, la forme plus courte comme p ex "Visages", et les "Contes...". C'est vraiment trè fort et bien, et se laisse déguster en petites doses, si vous voudriez découvrir l'auteur par petits morceaux...
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Message par Dreep Sam 29 Aoû - 12:47

C'est drôle mais j'étais persuadé que Le pont sur la Drina, c'était des nouvelles... avant de le commencer.
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Message par bix_229 Sam 29 Aoû - 17:12

Ivo Andrić 51w9j810

L'Eléphant du vizir


Il était une fois, en Bosnie, dans la ville de Travnik, un vizir nouvellement nommé. Comme ses prédécesseurs, il se fit connaître et par sa cruauté, et par un animal fétiche. Certains avaient fait venir des panthères, d'autres des singes, lui fit venir un éléphant. Bientôt il fut clair pour tout le peuple que cet éléphant, qui bousculait les étals au marché et faisait trembler de peur toute personne honnête, était bien semblable au vizir ; et une même haine les confondit tous les deux. L'Éléphant du vizir, nouvelle-titre de ce recueil, donne le ton de l'ouvrage, car pour Ivo Andrié, prix Nobel de littérature, c'est le petit peuple de Bosnie, qui est le véritable héros de l'Histoire. Passeront les vizirs et leurs animaux extravagants, Turcs, Français et Autrichiens pourront se succéder, seul le peuple demeure. Et en souriant, le soir, à l'auberge, les hommes se racontent l'histoire de l'éléphant du vizir...


Tout est dit ou à peu près dans cette citation. Cette nouvelle, un petit roman, se déroule en 182O sous domination Ottomane.
Comme dans les autres nouvelles, c'est le peuple Bosniaque dans sa diversité qui est le personnage principal.
Paysans, vagabonds, boutiquiers, prostituées. De confessions musulmane ou chrétienne orthodoxe. Serbes, croates, juifs, tziganes, ils cohabitent pour le moment pacifiquement.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, la démarche artistique d'Ivo Andric n'est pas de faire revivre le passé dans sa réalité historique. Mais plutot de traduire dans le tissu romanesque ce qui a échappé à l'histoire réelle.

"Le conteur et son oeuvre ne servent à rien s'ils ne servent pas d'une manière ou d'une autre à l'humanité."

C'est donc une histoire perdue, qui n'aura jamais sa place ailleurs que dans l'expérience vécue et vivante. Plus qu'une recréation c'est une intuition créatrice à laquelle nous assistons. Une tranche de sensibilité comme saisie à vif par un observateur et un lecteur du passé hors pair.

D'une certaine façon, Andric  donne une vision hétérogène de l'Empire Ottoman. Les vizirs ne sont pas des représentants officiels de l'Empire. Ils relèvent de leur psychologie personnelle. Et ils ne sont présents que par l'image qu'on se fait d'eux, meme si les bruits les plus divers courent dans la population.

De ce point de vue, L'Eléphant du vizir peut etre considéré comme un conte philosophique sur la mentalité totalitaire. De fait,  si l arrivée  du vizir se traduit par un bain de sang chez les notables régionaux, il se montrera ensuite plus discret. Invisible. Mais d'autant plus craint. C'est pour cela que l'éléphant qu'on conduit dans la ville et qui commet des ravages, le peuple l'identifie au vizir avec le temps.

Andric est un merveilleux conteur, on le répètera jamais assez. Et la matière qu'il brasse est énorme. Il faudrait parler de la Bosnie qu'il sent comme une "terre maudite." Les rapports ratés entre Orient et Occident."

Et ceci dans un style sobre et pourtant enchanteur.
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Message par Dreep Lun 7 Sep - 19:03

Le pont sur la Drina

Ivo Andrić 81moq310

Encore une histoire de pont, mais celle-ci court sur quatre siècles (1505 – 1914). L’Histoire avec un grand H, faite d’une ribambelle d’histoires avec un petit h. Tout commence par ce pont, construit dans une bouillie de tyrannie, de violence et d’exécutions, mais une bouillie anonyme. Les personnages s’agitent et meurent en surface, le lecteur n’a pas le temps de s’attacher à eux. Mais Ivo Andrić prend un peu de chacun de ces personnages à chaque fois, refait le pont avec des morceaux de leurs rêves, de leurs aspirations ou de leurs folies. Un climat psychologique accompagne la marche de l’Histoire, suit tous les changements physiques de cette région aux confins de l’Orient et de l’Occident. Peu à peu, le roman gagne en complexité et en émotions. Les histoires du début se fondent dans les histoires de la fin, se confondent avec elles dans une logique historique parfaitement cohérente. On comprend ces villageois, leur façon de voir le temps, même si leur vision est souvent partielle ou égocentrée, même si ― et surtout si, au fond ― il y a une belle part d’irrationalité et de mensonges. On repense au début et on se dit qu’Ivo Andrić a tout préparé pour cette fin, vers laquelle tout converge. Ivo Andrić, romancier qui regarde l’Histoire du haut de son vingtième siècle, sommet de violences.

Ivo Andric a écrit:Comme le veut la nature, les gens résistaient à tout ce qui était nouveau, mais ils n’allaient jamais jusqu’au bout, car pour la majorité d’entre eux, la vie est plus importante et plus impérieuse que la forme qu’on lui donne. Seuls certains individus exceptionnels vivaient véritablement et très profondément le drame de la lutte entre l’ancien et le nouveau. Pour eux, le monde de vie était indissociablement et foncièrement lié à la vie elle-même.
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Message par Bédoulène Mar 8 Sep - 8:46

merci Dreep !

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