Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 16 Avr - 4:39

328 résultats trouvés pour nouvelle

Donald Ray Pollock

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Knockemstiff

Knockemstiff  dans l’Ohio, c’est la ville où l’auteur a grandi et travaillé (dans l’usine à papier) avant de rejoindre l’Université.

La dénomination de cette ville est expliquée par l’un de ses habitants à un visiteur de passage :

Dispute entre deux femmes qui se seraient crêpé le chignon pour un homme, juste devant l’église. Légende ou pas ce nom image la ville.

Knockemstiff est une ville de pauvres dans une Amérique riche. Alors tous ont des rêves d’avenir meilleur mais curieusement peu souhaitent quitter ce lieu et surtout ceux vivant dans le Val.

Combien de violence, physique et/ou verbale ; de tentatives de se sortir de cette vie, par le vol, la drogue, la sexualité. La voiture apparaît souvent comme l’élément de richesse et même si l’on n’arrive pas à payer le loyer, à se nourrir correctement, on emprunte pour se pavaner avec une Mustang, par exemple.

Les enfants voient, subissent et même si dans leur jeunesse ils espèrent, ils se retrouvent adultes dans une désespérante situation, le malheur semble générationnel.
Au fil des années la ville se délabre, comme leur vie, les quelques magasins sont fermés comme l’est leur avenir.

L’écriture sensitive reflète le parler des gens - de la grossièreté, insultes, menaces -  ; s'y ajoutent  les drogues et l’alcool pour oublier.

Il semble que la « mortadelle » soit très prisée ; à cause du prix accessible ?

Donc tout est sombre, désespérant et malgré le dégout qu'inspirent certains personnages ou situations leur sort est pitoyable.

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Des extraits significatifs :
Daniel

le vieux a surpris son monde en sortant le long couteau tout en poussant son fils sur une chaise.
– Tu bouges d’un chouïa, putain, je te scalpe comme un Indien, il lui a dit en saisissant une longue mèche brune dans son poing, avant de se mettre à la scier au ras du crâne
Tout l’été, Daniel avait rêvé de descendre du car de ramassage scolaire après Labor Day 1 avec les cheveux aux épaules. La scène était aussi claire et frappante qu’un film dans sa tête, et maintenant le vieux lui avait pris tout ça.

Chez Théo – Teddy –
À part les capsules noires qu’elle obtenait des fois de sa sœur Wanda, la peur semblait la seule chose qui pouvait réveiller ma mère, la rendre à la vie. Et parce que je voulais tellement la rendre heureuse, j’étais devenu maître dans l’art de lui foutre les foies. Albert DeSalvo était son cinglé préféré, et elle avait sa photo collée au scotch dans son placard de chambre. Des fois, si elle avait eu une vraiment sale journée, j’allais dehors et je fendais un des écrans moustiquaires avec un couteau, ensuite j’entrais chez elle et je lui nouais un nœud savant autour du cou avec un de ses collants, tout en avouant que c’était moi le vrai Boston Strangler.

Frankie le balafré vole l’argent – héritage de sa grand-mère – de Toddy

Sa dernière pensée avant de tourner de l’œil c’était qu’il allait retrouver sa grand-mère. Mais au bout d’un moment il est revenu à lui, couché sur le ventre par terre dans une mare de sang, son jean baissé jusqu’aux chevilles. Il s’est remis sur le dos pour cracher sa dent. Frankie était debout au-dessus de lui, en train de s’essuyer la pine avec un chiffon. En soulevant les hanches pour remonter son pantalon, Todd s’est mis à sourire.
– Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça, sale tantouze ? a fait Frankie.
Et il a frappé Todd en plein visage avec le talon de sa chaussure.

Géraldine la fille qui se promène avec dans son sac des poissons panés qu’elle offre.

Del a placé Veena doucement sur le canapé et sorti la dernière couche d’une boîte de Pampers. Là, au fond du carton, se trouvait une petite réserve de poissons panés enveloppés dans une serviette en papier graisseuse. Il regardait les miettes brunes sans y croire. Geraldine n’avait pas touché à un poisson pané depuis qu’il était devenu son tuteur légal ; ça faisait partie de leur arrangement. Il a torché Veena, lui a saupoudré du talc sur les plaques d’irritation qu’elle avait entre ses cuisses dodues. En regardant sa fille, Del a soudain ressenti une grande peine l’assaillir. Il était à genoux, sur le point de demander pardon au bébé, quand il a entendu sa femme débouler dans le couloir et claquer la porte de la chambre. Le boucan a fait sursauter père et fille, l’une encore rose d’innocence, l’autre coupable de mille transgressions.

Bernie

Je ne réponds pas. Les gars dans la Camaro m’ont vu mater la fille, et l’un d’eux se met à imiter Jerry, faisant la grimace et laissant tomber la tête contre sa poitrine. La fille rigole toujours, mais maintenant elle rabaisse son haut. Et j’ai beau savoir qu’il y a deux ans Jerry aurait été avec eux à se moquer du demeuré, je tire le frein à main et j’extirpe mon gros cul de la voiture. Je reste là debout un moment à rabaisser ma chemise par-dessus mon ventre blanc, et à me demander ce que je suis supposé faire maintenant ; mais juste comme je vais me dégonfler, un des gars crie « Porky », et un autre se met à grouiner « Oink, oink ». Je respire un grand coup, marche jusqu’à leur voiture et commence à coller des coups de lattes dans la portière. Croyez-moi, j’ai beau être un gros lard, quand le chauffeur saute de la voiture – un grand serin avec des grandes dents et du fil barbelé tatoué autour de ses bras fluets –, je l’étends d’un seul punch. Je n’ai jamais frappé personne aussi fort de ma vie, même pas Delbert Anderson

Le voleur marié à Dee

Ma tête était en vacances permanentes, mes nerfs, des petits grumeaux de lait moussant. L’Oxy remplissait des trous en moi que j’avais jamais soupçonnés vides. C’était, du moins pour les premiers mois, une façon épatante d’être invalide. Je me sentais béni des dieux.
En réalité, pourtant, ma vie était maintenant sur la pente. Sous l’influence de l’Oxy, j’ai perdu jusqu’à l’ambition de voler le bien des autres. Tex s’est trouvé un autre partenaire, et la banque a repris la Monte Carlo. Heureusement, on avait gardé la Pinto en secours. Une fois ma lune de miel aux opiacés terminée, on s’est retrouvés à louer une caravane qui prenait l’eau et sentait le moisi en bordure de Knockemstiff, le val où j’ai grandi. J’avais beau m’être juré un million de fois de ne jamais y retourner, je n’ai pas tenu ma promesse, comme pour tous les autres serments que j’ai faits avant mon accident.



\Mots-clés : #addiction #misere #nouvelle #social #viequotidienne #violence
par Bédoulène
le Mer 27 Mar - 10:09
 
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Saul Bellow

Un futur père et autres nouvelles

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Trois nouvelles extraites du recueil Au jour le jour (qui en contient cinq).
Un futur père
Rogin prend le métro pour rejoindre sa fiancée Joan, et sa pensée dérive à partir de l’idée de la charge qui opprime tout un chacun (or Joan est assez désinvolte et dépensière). Il imagine que l’un des passagers, à cause d’une certaine ressemblance avec Joan et son père, pourrait être son fils.
« Les buts personnels de l’homme n’étaient qu’illusion. La force vitale habitait chacun de nous tour à tour et marchait vers sa propre réalisation, piétinant notre individualité, se servant de nous pour ses propres fins comme de simples dinosaures ou abeilles, exploitant l’amour, sans pitié, nous forçant à nous engager dans le processus social, le travail, la lutte pour l’argent et à nous soumettre à la loi de la pression, la loi universelle des couches, de la superposition ! »

Il s’échauffe, se monte la tête…
« Supprimez les différences extérieures, les muscles, la voix plus basse, etc., que reste-t-il ? Deux intelligences, pratiquement semblables. Pourquoi n’y aurait-il donc pas égalité ? Je ne peux pas toujours être le plus fort. »

…, mais son accès d’irritation passe comme il retrouve Joan.

À la recherche de Mr Green
Pendant la Crise, George Grebe en est venu à distribuer les chèques d’assistance sociale dans un quartier noir déshérité. C’est l’occasion d’une expérience d’une partie de la ville qu’il ne connaissait pas, et où personne ne semble vouloir le renseigner.
« Mais à Chicago, où les cycles étaient si rapides et où le familier disparaissait et renaissait, changeait et mourait en trente ans, on voyait le commun accord ou la convention et on était obligé de penser aux apparences et aux réalités. »

Les manuscrits de Gonzaga
Clarence Feiler est un États-Unien revenu à Madrid, à la recherche des poèmes posthumes de Manuel Gonzaga, « un des plus grands génies de l’Espagne moderne », inédits car critiques envers « l’Armée et l’État » (dans l’après-guerre franquiste). Lui parle de poésie, on lui parle bombe atomique…
Dialogue avec une Anglaise, déjà bien informé dans un recueil paru en 1956.
« "Les Américains font des explosions sous l’eau. Des trous sont ouverts au fond de l’océan. L’eau froide s’y précipite et refroidit le centre de la terre. Puis la surface rétrécit. Personne ne peut dire ce qui arrivera. Le temps s’en ressent déjà." […]
"Je me souviens avoir lu quelque part que l’industrie rejette six billions de tonnes d’anhydride carbonique, chaque année, et qu’ainsi la terre se réchauffe parce que l’anhydride carbonique ne laisse pas passer les radiations de chaleur dans l’air. Tout cela veut dire que les glaciers ne reviendront pas."
— Oui, mais, et le Carbone Quatorze ? Vous les Américains vous remplissez l’air de Carbone Quatorze, ce qui est très dangereux.
— Je n’en sais rien. Je ne suis pas toute l’Amérique. Vous n’êtes pas toute l’Angleterre. Vous n’avez pas battu l’Armada, je n’ai pas défriché l’Ouest. Vous n’êtes pas Winston Churchill. Je ne suis pas le Pentagone. »

(J’ai un doute sur la traduction de cet ouvrage).

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 5 Mar - 9:59
 
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Sujet: Saul Bellow
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Joseph Conrad

Histoires inquiètes

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Premier recueil de nouvelles de Joseph Conrad, aussi connu sous le titre d’Inquiétude.
Karain : un souvenir : le narrateur et deux autres marins trafiquent des armes avec un puissant rajah malais ; celui-ci s’avère être poursuivi par le fantôme de son ami, qu’il tua pour sauver sa sœur enfuie avec un Hollandais. Déjà le souffle d’Au cœur des ténèbres.

Les Idiots : ce sont les quatre enfants d’un fermier breton, et cette « malédiction » provoquera un drame.

Un avant-poste du progrès : deux nouveaux colons français ont la charge d’un petit comptoir d’Afrique, mais sont incapables d’agir étant livrés à eux-mêmes pour six mois.

Le Retour : Alvan Hervey est un fat très convenable parmi d’autres à Londres :
« Après leur mariage, ils s’employèrent, avec un succès marqué, à agrandir le cercle de leurs relations. Trente personnes les connurent de vue ; vingt autres tolérèrent avec des sourires leur présence de temps à autre à leur foyer hospitalier ; cinquante autres personnes au moins apprirent leur existence. Ils vécurent dans ce cercle accru, parmi des hommes et des femmes tout à fait charmants qui redoutaient l’émotion, l’enthousiasme ou l’insuccès plus que le feu, la guerre ou les maladies mortelles ; qui ne toléraient que les formules les plus habituelles des idées les plus courantes, et n’admettaient que les faits avantageux. C’était une sphère parfaitement charmante, le lieu de toutes les vertus, où l’on n’accomplit rien et où l’on ramène soigneusement les joies et les chagrins au niveau des plaisirs et des ennuis. Dans cette région sereine où l’on cultive les nobles sentiments en profusion suffisante pour dissimuler l’impitoyable matérialisme des pensées et des aspirations, Alvan Hervey et sa femme avaient passé cinq ans d’une prudente félicité que n’était venu obscurcir aucun doute sur la bienséance morale de leur existence. »

Son épouse est partie avec un autre, lui laissant un mot :
« Et il se mit à penser à sa femme sous tous les aspects possibles, excepté l’essentiel. Il pensa à elle comme à une jeune fille bien élevée, à une personne cultivée, à une maîtresse de maison, à une dame ; mais, pas un moment, il ne pensa à elle simplement comme à une femme. »

« Si encore elle était morte ! Il en vint à envier une aussi respectable perte, si dénuée de toute maladresse que son meilleur ami même ou son pire ennemi ne pourrait en éprouver la moindre satisfaction. Personne ne s’en fût soucié. Il chercha un réconfort dans la contemplation du seul fait de la vie que les efforts résolus des hommes n’ont jamais manqué de couvrir de la sonorité et de l’éclat des phrases. Rien ne se prête mieux aux mensonges que la mort. Si encore elle était morte ! Il aurait entendu prononcer certaines paroles d’un ton attristé, et, avec un courage convenable, il aurait fait des réponses appropriées. Il y avait des précédents à une telle situation. Personne ne s’en fût soucié. Si encore elle était morte ! »

Mais elle revient sans avoir passé le pas ; pour lui, la question est surtout que l’affaire reste secrète. Cette novella se joue en long huis clos, notamment dans un cabinet de toilette démultiplié par des miroirs. Texte assez inattendu chez Conrad, mais qui m’a paru bien mené.
« Tout son aspect trahissait un complet abandon, un mépris de toute tenue, cette laideur de la vérité que seul un souci constant des apparences peut tenir éloignée de la vie quotidienne. »

« Elle se mit à haleter soudain : "J’ai un droit, j’ai un droit sur… sur… moi-même…" »

La Lagune (ou Le lagon) : vue de la rivière, la forêt n’est que ténèbres.
D’une seule phrase, un vol d’oiseaux évoqués sans les nommer :
« Un nuage rose et floconneux glissait haut dans le ciel, et promenait la délicate couleur de son image sous les feuilles flottantes et les fleurs argentées du lotus. »

Un « blanc » fait halte avec son sampan chez un ami, Arsat, un Malais, qui vit seul avec Diamelen au bord d’une étendue d’eau (qui n’est semble-t-il ni une lagune, ni un lagon) ; Diamelen est à la mort.
« Le blanc sortit de la cabane au moment où l’énorme embrasement du soleil reculait devant les ombres rapides et furtives qui, s’élevant comme un voile noir et impalpable au-dessus du faîte des arbres, s’étendaient sur le ciel, masquant le reflet écarlate des nuages flottants et l’éclat rouge du jour qui s’éteignait. En un moment, toutes les étoiles jaillirent au-dessus des ténèbres épaisses de la terre et le grand lagon, soudain tout étincelant de reflets, eut l’air d’un morceau de ciel tombé dans la nuit sans espoir ou rémission de cette solitude sauvage. »

« Le blanc, les yeux grands ouverts, regardait fixement dans l’obscurité. La crainte et l’attirance, la solennité et l’étonnement de la mort, de la mort toute proche, inévitable et furtive, apaisaient l’inquiétude de sa race et éveillaient ses pensées les plus confuses, les plus profondes. »

« Un murmure plaintif s’éleva dans la nuit ; un murmure désolant et prolongé, comme si la vaste solitude des forêts environnantes tentait de murmurer à son oreille la sagesse de son immense et orgueilleuse indifférence. »

Arsat ravit Diamelen avec son frère, qui mourut lors du rapt.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Ven 1 Mar - 11:18
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Dorothy Marie Johnson

Dorothie Marie Johnson

1905/1984


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Dorothy Marie Johnson est née à McGregor, Iowa , fille unique de Lester Eugene Johnson et Mary Louisa Barlow. Dorothy Marie Johnson (19 décembre 1905 – 11 novembre 1984) était une écrivaine américaine surtout connue pour ses fictions occidentales.

Sa carrière d'écrivain semble décoller en 1935, lorsqu'elle vend sa première nouvelle au Saturday Evening Post pour 400 $. Cependant, Johnson n'a pas vendu d'autre histoire pendant 11 ans, jusqu'en 1941, quatre histoires racontées par un personnage récurrent, "Beulah Bunny", vendues au Saturday Evening Post pour 2 100 $.  Son écriture a été temporairement détournée par la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'elle est allée travailler pour l'Air Warden Service. Après la guerre, elle a produit certaines de ses histoires occidentales les plus connues. Trois d'entre eux ont été transformés en films remarquables, à savoir A Man Called Horse (1970) avec Richard Harris , The Man Who Shot Liberty Valance (1962) avec John Wayne et James Stewart , et The Hanging Tree (1959) avec Gary Cooper .

Entre 1956 et 1960, Johnson a enseigné l'écriture créative à l'Université du Montana, dont elle a obtenu son diplôme en 1928. Avant et pendant son mandat, elle a écrit de nombreux articles et histoires de fiction pour de nombreux magazines différents. Celles-ci étaient souvent basées sur des entretiens avec des anciens occidentaux, des Amérindiens et des personnages qu'elle a rencontrés au cours de son mandat de secrétaire et chercheuse à la Montana Historical Society . Elle a également été secrétaire/directrice de la Montana Press Association dans les années 1950.
Johnson s'est toujours vantée de son autosuffisance après un mariage raté au début de sa vie. Elle a déclaré que son épitaphe devrait lire « Payé en totalité ». Sa tombe au cimetière de Whitefish, dans le Montana, porte simplement la mention « PAYÉ ». Elle est décédée le 11 novembre 1984, à l'âge de 78 ans.


Bibliographie

Femme buffle (1977)
Tous les buffles reviennent (1979)
Adieu à Troie (1964)
Princesse sorcière (1967)
Nouvelles
" Un homme appelé Cheval " (1950)
"L'homme qui a tué Liberty Valance" (1953)
"Le jour où le soleil est sorti" (1955)
"La robe aux dents d'élan" (1958)


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Les histoires de Dorothy Johnson dressent le tableau d’une époque où il n’était pas rare qu’un homme rentre d’une journée de chasse pour retrouver sa maison en flamme, sa femme et ses enfants disparus. Ces histoires de captures et d’évasion, d’hommes et de femmes décidant de quitter la Frontière et de revenir au pays tandis que d’autres font le choix de rester au milieu des tribus hostiles, mettent à nu l’Ouest américain du XIXe siècle avec une vivacité réjouissante.
Les nouvelles de Dorothy Johnson sont d’une vigueur et d’une sincérité hors du commun, car elles savent aussi bien épouser le point de vue de pionniers désireux de construire leur vie en territoire sauvage que celui de guerriers sioux ou crow qui luttent désespérément pour préserver leur liberté.


                        
Dorothy M. Johnson, cette grande écrivaine de Western, membre honoraire de la tribu blackfoot, publiée chez Gallmeister, une aubaine !
D'autant plus que ce recueil est présenté pour la première fois en integralité nous offrant, en prime, trois nouvelles inédites en français.

Ils sont au nombre de dix, dix récits nous contant l'ouest américain, d'êtres divergents tant par le sang que la culture, les coexistences difficiles mais aussi les assimilations. Des langages discordants ressort la fierté des peuples et des tribus, de la subsitance apparaissent l'adversité, les épreuves et les identifications à l'image d'une jeune soeur enlevée par les indiens et qui en deviendra une à son tour.
L'ouest americain du XIXe siècle, c'est aussi la nouvelle terre des Cowboys et hors la loi qui souhaitent rester loin de la justice, se faisant rattraper parfois par les comités de vigilance se délectant des pendaisons sans procès, viennent alors les dernières fanfaronnades des plus héroïques.
Ce sont les troupeaux de bétails déplacés et volés, les attaques de trains postaux par les bandits de grandes contrées comme les Rough String( les durs à cuire) et ceux qui pensent en être, se rêvant au réveil hors la loi à leur côté, s'engageant fébrilement, simulant des airs de caïds puis encore, ces légendes retentissantes, tel le Buckskin Kid, le gangster qui alimente les langues et les contes pour enfant, le vieux Crawford ayant vécu une époque de grandeur, échangeant les fourrures de castor, vivant avec les indiens avant de les quitter et se battre contre eux, scalpant, traversant les grandes montagnes et la surface de la terre faisant jaillir l'eau bouillante.
C'est l'époque des grands espoirs, des convictions d'une vie meilleure, des grands  dangers et des attaques assassines, des visiteurs devenus colons mais aussi de l'amour sans frontière, du sens de l'honneur et de la ruée vers l'or, mais ne vous y trompez pas, l'encerclement des indiens n'est jamais bien loin.

Dorothy Marie Johnson manie ses nouvelles avec une fabuleuse ingéniosité et j'ai vite compris , au même titre que Bertrand Tavernier, qu'au delà d'une conteuse de western, elle est une écrivaine tout court et de grand talent.
Maîtrisant un humour féroce et la mise en scène, pas étonnant que Gary Cooper se prête au rôle du Dr Joe Frail dans "la colline des potences" réalisé par Delmer Daves en 1959.
Il n'est pas difficile de plonger dans le grand ouest, d'humer le grand air des plaines et d'observer les couleurs changeantes des grandes étendues du Montana au grand canyon d'Arizona, d'entendre le tintement des éperons des Cowboys marchant nonchalamment , les portes batwing des saloons et le retentissement des Winchester ou du Colt.
Des nouvelles qui méritent le détour et si vous passez par la colline sous la branche horizontale d'un grand peuplier, là ou pend la corde du dernier pendu, n'oubliez pas que vous êtes une colombe désarmée.

Un régal de lecture.


\Mots-clés : #nouvelle
par Ouliposuccion
le Lun 12 Fév - 9:26
 
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Sujet: Dorothy Marie Johnson
Réponses: 10
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Franz Hellens

Herbes méchantes et autres contes insolites

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Quinze nouvelles, parfois originales par le thème, toujours écrites dans un français châtié.
Incipit du bref texte éponyme, où les morts préfèrent à un écrasant tombeau la végétation de la fosse commune :
« Il n’y a ni bêtes méchantes ni herbes méchantes ; il n’y a que méchantes gens, méchants yeux, méchantes langues, humaine méchanceté, d’un pôle à l’autre.
La société végétale n’est mal faite qu’à l’égard et à l’égal de l’homme. Comment une herbe poussant en terre pourrait-elle être méchante ? Parce qu’elle dérange l’ordre du parterre, un ordre dont elle n’a aucune idée ? Son ordre à elle est de vivre dans l’ordre de la nature, que l’homme civilisé veut ignorer. L’ordre du parterre, c’est la loi du sécateur, la tyrannie du tuteur, pour le plaisir de l’œil humain, la satisfaction de sa vanité. Ainsi le troupeau s’aligne, mordu à l’oreille par le chien de garde. Le rosier est le chien de garde du jardin, qui n’a pas encore trouvé sa proie à déchirer de ses épines. »


\Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Ven 9 Fév - 11:33
 
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Sujet: Franz Hellens
Réponses: 5
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Jorn Riel

Un curé d'enfer et autres racontars

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Où on retrouve la même équipe dispersée au Groenland, pour de nouvelles aventures, certes loufoques, mais qui évoquent aussi un monde à la fois dur et attirant.
« Le vertigo polaire pousse lentement, et se construit selon le même schéma dans tous les cas connus. Les problèmes enflent et grossissent et étouffent à la fin leur victime au point qu’elle craque dans la grande crise libératrice du vertigo. Le vertigo en lui-même comporte un nombre abondant de variantes. Certains sont frappés d’une sorte de maladie du sommeil, où l’assoupissement permanent tient lieu de mécanisme protecteur contre les problèmes insolubles. Ceci est une forme assez bénigne que l’on peut observer chez des nourrissons qui ne sont pas à l’aise dans la vie. D’autres deviennent fous au sens le plus littéral du mot. Courent comme des insensés, hurlent comme des renards à la lune, cassent n’importe quoi, tirent sur tout ce qui bouge ; dans le même temps – ceci est commun pour tous – ils jurent, pleurent, rient et chantent des chansons cochonnes. Cette variante-là n’est pas préoccupante, il suffit de la laisser s’épuiser. La crise passe au bout de quelques jours, et celui qui en est la proie tombe dans un état d’épuisement d’où il se réveille avec une légère amnésie, clair et purifié.
Il y a aussi le cas bien connu des marcheurs solitaires. Des candidats au vertigo qui se mettent à marcher vers le sud à la chasse au bonheur, ou des gens qui s’installent dans une yole et commencent à ramer vers l’Islande. Ceux-là sont pénibles parce qu’il faut les suivre et les surveiller. À cette liste on peut ajouter une irrépressible envie de bisous-de-nègre, des exterminations intempestives de lièvres à trois pattes ainsi que de tenaces fantasmes féminins. »

« Parce que ni l’esprit missionnaire ni la Mission intérieure n’étaient plus ce qu’ils avaient été avant l’avènement de ce siècle. Des vents adoucissants avaient, avec le nouveau siècle, soufflé sur le mouvement de réveil religieux, et ce qui auparavant avait été si empreint d’un zèle répressif de toute joie était en train de se doter d’un visage plus positif et tolérant. Pour la direction supérieure, des fanatiques comme Pollesøn étaient donc devenus de vraies patates brûlantes. D’un côté, on ne pouvait pas sous-estimer ses mérites au Groenland, d’un autre côté, il ne fallait en aucun cas compromettre l’image en cours d’édification. »


\Mots-clés : #aventure #humour #nouvelle
par Tristram
le Dim 21 Jan - 11:10
 
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Sujet: Jorn Riel
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Vues: 6610

Miguel de Cervantes

Nouvelles exemplaires

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La Petite Gitane
C’est la jeune et belle danseuse Précieuse, qui exige du jeune gentilhomme tombé amoureux d’elle qu’il suive les coutumes des siens (au nombre desquelles le larcin) pendant deux ans avant de la conquérir.
« Ô puissante force de celui qu’on appelle le dieu délicieux de l’amertume (titre que lui ont donné notre oisiveté et notre négligence), avec quelle rigueur tu nous asservis ! Comme tu nous traites sans égards ! André est gentilhomme et jeune, et de bon entendement, nourri presque toute sa vie à la cour, choyé par ses riches parents ; un jour a suffi pour ce changement : voilà qu’il a dupé ses domestiques et ses amis, détrompé les espérances que ses parents avaient mises en lui, laissé le chemin de Flandres où il devait exercer la valeur de sa personne et accroître l’honneur de sa lignée, pour s’aller prosterner aux pieds d’une fillette et se faire son valet, car pour belle qu’elle fût, enfin elle était gitane… Privilège de la beauté qui tire à soi et par les cheveux et à rebrousse-poil la volonté la plus franche ! »

Devenu le gitan André Caballero, don Juan ne parvient cependant pas à accepter de voler. Un « page-poète » qui avait donné ses romances à Précieuse réapparaît, et inquiète André jaloux. Celui-ci échappe à un danger mortel comme, fort conventionnellement et sans surprise, Précieuse se révèle bien née et retrouve ses parents pour lui être mariée.

L'Amant libéral
Richard, un chrétien captif des Turcs à Nicosie (de même que Cervantès l’a été à Alger), fut ravi par une galiote, et son amour Léonise par une autre. En partie grâce à son ami Mahamoud, mais surtout à cause de l’entretuerie de leurs ravisseurs qui les convoitent à leur propre usage, ils recouvreront la liberté et s’uniront. Là encore le happy end de rigueur n’est pas une surprise pour le lecteur.
À noter le rôle effacé de Cornelio, rival de Richard, un peu comme il en était du « page-poète » dans la nouvelle précédente.

Rinconete et Cortadillo
Rincon et Cortado sont deux jeunes picaros, des voyous poursuivant leurs aventures au sein d’une confrérie sévillane qui pratique l’argot (et le galimatias), organisée avec une méthode hiérarchique et protocolaire. Un regard teinté d’humour sur le milieu des mauvais garçons, déjà corporatif voilà quatre siècles : un témoignage historique, presque ethnographique, notamment sur la langue jargonnière.

L'Espagnole anglaise
Le gentilhomme Clotalde ramène en Angleterre la petite Isabelle, enlevée lors de la bataille de Cadix. Elle est élevée dans cette famille secrètement catholique avec le fils, Ricarède, qui en tombe amoureux. La reine Élisabeth l’envoie guerroyer pour mériter de l’épouser (et accroître ses propres richesses) ; il vainc les Turcs qui avaient arraisonné un riche vaisseau portugais, libère leurs captifs chrétiens, et ramène à Londres les parents d’Isabelle, qui étaient du nombre (ainsi que le butin). Surgit le comte Arnest, rival de Ricarède auprès d’Isabelle, et sa mère empoisonne celle-ci, qui survit fort enlaidie. Mais Clotalde et sa femme Catherine décident de lui substituer l’épouse originellement prévue pour leur fils. Isabelle et ses parents retournent en Espagne, où ils rétablissent leur crédit de marchands grâce à la générosité d’Élisabeth ; elle, qui a recouvré sa beauté, attend Ricarède, qui lui a promis de la rejoindre dans les deux ans.
« Bref, elle ne connut aucune des fêtes de Séville : elle était tout entière à son recueillement, à ses oraisons, à ses honnêtes rêveries. Elle attendait Ricarède. »

Celui-ci est donné pour tué par Arnest, mais il a survécu, captif des mores, et réapparaît comme Isabelle allait prendre le voile…
Ce texte, sur fond de guerre de Religion (tant les Anglais ne semblent point être considérés comme chrétiens), montre à l’évidence la nouvelle approche littéraire introduite par Cervantès, qui permettra par exemple les romans de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas père (et fils) : des intrigues pleines d’aventures et de ressorts, du suspense au pathos, dans des mélodrames qui font rêver le lecteur.

Le Licencié de verre
Histoire plaisante de celui qui, empoisonné, survécu mais devint fou, se croyant de verre. Pérorant en public, il joue bouffonnement sur les mots.

La Force du sang
À Tolède, Rodolphe a enlevé Léocadie. Un enfant naît du viol, mais celui-ci permettra leur mariage, à la satisfaction générale…
« Sache, ma fille, qu’une once de déshonneur public blesse plus qu’une arrobe d’infamie secrète. Tu peux vivre en public honorée et avec Dieu : ne t’afflige point d’être en secret, avec toi-même, déshonorée. »

« L’intention de ses grands-parents était de le faire vertueux et savant, puisqu’ils ne pouvaient le faire riche : comme si la sagesse et la vertu n’étaient pas les richesses sur quoi n’ont nulle juridiction les voleurs ni cela qu’on appelle Destin. »

Le Jaloux d'Estrémadure
Un aventurier parcourt lui aussi l’Espagne, l’Italie et les Flandres, mais également le Pérou.
« Se voyant donc si dépourvu d’argent et autant que d’amis, il recourut au remède où finissent par recourir tous les garçons perdus, qui est de s’embarquer pour les Indes, refuge ordinaire des Espagnols désespérés, église des banqueroutiers, sauf-conduit des homicides, paravent de ces brelandiers que les habiles connaissent pour pipeurs, appeau des femmes libres, salut particulier d’un petit nombre et leurre commun du plus grand. »

Devenu riche et vieux, il épouse une jeune innocente qu’il croître jalousement à Séville. (Là encore, on découvre les coutumes du temps, comme l’esclavage.)
« …] il acheta aussi quatre esclaves blanches et les marqua au fer rouge sur le visage, et deux négresses fraîchement débarquées d’Afrique. »

Un jeune homme parvient à pénétrer chez lui, et la duègne rapproche les deux jeunes gens. Mais le mari découvre la vérité, pardonne et meurt.

L'Illustre Laveuse de vaisselle
« Carriazo pouvait avoir treize ans lorsque, mené par quelque inclination picaresque, sans qu’aucun mauvais traitement de ses parents l’y obligeât, rien que pour son plaisir et sa fantaisie, il s’arracha, comme disent les jeunes gens, à la maison paternelle et s’en fut par le vaste monde si content de la vie libre que, au milieu des incommodités et misères qu’elle entraîne après soi, il ne regrettait point la demeure de son père, et ne se sentait fatigué de marcher, offensé du froid, ni incommodé de la chaleur [… »

(Il semble qu’un picaro soit un coquin, un truand.) Carriazo engage le jeune Avendaño à la vie picaresque dans les madragues à thons (et fripons) ; en chemin, le cadet veut voir l’écureuse tant vantée d’une posada de Tolède, Constance, et s’en éprend. Plusieurs péripéties annexes se déroulent en épisodes aux accents lyriques et humoristiques, avec un aperçu des danses populaires (de la turba multa), tandis que Carriazo se fait porteur d’eau avec un âne. Il s’avère que Constance est la fille d’une noble et riche dame qui accoucha incognito à l’auberge, pélerine de passage se prétendant hydropique. C’est don Diègue, le père de Carriazo, qui l’abusa, et la donne en mariage à Avendaño.

Les Deux Jeunes Filles
Elles fuient, déguisées en hommes que dénonce la beauté de leur noble origine, et se rencontrent : Théodosie a été abandonnée par Marc-Antoine, et Léocadie aussi de son côté, mais celle-ci sans consommation charnelle. Elle a été dévalisée par les bandouliers, et se confie à Théodosie : les deux jeunes filles sont rivales dans leur jalousie. Don Rafael, le frère de Théodosie, à qui elle s’est confiée sans le reconnaître dans l’obscurité d’une chambre d’auberge, s’éprend de Léocadie tandis qu’ils poursuivent Marc-Antoine, et le retrouvent en plein combat entre les soldats des galères et les gens de Barcelone. Il est blessé, se déclare l’époux de Théodosie, et Léocadie épouse don Rafael, suspendant de justesse le combat des trois pères qui allaient s’entretuer. Histoire particulièrement abracadabrante !

Madame Cornélie
« Don Antonio de Isunza et don Juan de Gamboa, tous deux gentilshommes, du même âge, gens d’esprit et grands amis, déterminèrent, étant étudiants à Salamanque, de laisser là les études et de se rendre en Flandres où les appelaient le bouillonnement de leur jeune sang et le désir, comme l’on dit, de voir du pays. »

Cependant, suite à cet incipit, la paix en Flandres les incite à rentrer en Espagne, passant par l’Italie (la France n’est pratiquement jamais évoquée dans le recueil). Ils reprennent leurs études à Bologne, et tentent d’approcher « la dame Cornélie Bentibolli, de l’antique et généreuse famille des Bentibolli ».
« Sa renommée donnait à don Juan et à don Antonio de grands désirs de la voir, fût-ce à l’église. Mais les efforts qu’ils y firent demeurèrent vains, et l’impossibilité, couteau de l’espérance, fit décroître leur désir. »

L’un des Espagnols recueille un bébé, l’autre vient en aide à qui se révélera être le duc de Ferrare, aux prises avec les hommes du frère de Cornélie, et recueille une femme éplorée, celle-ci même qui vient d’accoucher, évidemment Cornélie. Tout sera bien qui finit bien, comme toujours, et ce malgré une « bourde » (plaisanterie, farce) assez incongrue.

Le Mariage trompeur
L’enseigne Campuzano rencontre le licencié Peralta et lui narre comme il relève d’une maladie vénérienne transmise par la femme qui l’a berné pour l’épouser, et surtout le dépouiller.
« Mais de quelle couleur et en quel état vous voilà ? »

Il paraît qu’en Syrie on se salue en demandant "quelle est ta couleur ?", et il y a peut-être un rapprochement à faire, d’autant que les influences arabes sont nombreuses en l’Espagne du XVIIe (comme le port du voile).
« Enfin, pour en revenir au fait de mon roman (on peut bien donner ce nom à l’histoire de mes aventures), j’appris que doña Stéphanie était partie avec ce cousin qui avait assisté à ses noces et qui, depuis belle lurette, était son doux ami. »

Le Colloque des chiens
Celui-ci est inséré à la suite du précédent récit, et prend place comme Campuzano, pris de fièvre à l'hôpital, surprend un dialogue entre Berganza et Scipion, deux chiens qui viennent de recevoir la capacité de parler, se racontent leur existence. Appartenant d’abord à un voleur d’abattoir, Berganza devint chien de berger, puis se choisit des maîtres à Séville.
« …] la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »

Première occurrence de cette expression ? De même, « reviens à tes moutons » et « l’oisiveté, racine et mère de tous les vices » ; d’ailleurs les deux chiens font référence à la littérature du temps, et leur conversation farcie de proverbes et aphorismes est moralisatrice en s’efforçant d’éviter de médire, sur le mode plaisant. Ils dénoncent la subornation des agents de l’autorité, et renseignent sur les coutumes de l’époque. Devenu chien savant, Berganza aura notamment affaire à une sorcière, dont il dénonce l’hypocrisie.
« Qui donc a fait cette vieille si discrète et si méchante ? D’où sait-elle la différence des maux par accident et des maux par coulpe ? Comment entend-elle et parle-t-elle tant de Dieu et œuvre-t-elle tant du diable ? Comment pèche-t-elle avec tant de malice et sans l’excuse de l’ignorance ? »

Puis il aura affaire à des gitans, un morisque (apparemment plus juif que more), un poète, des comédiens.

La Tante supposée
Claudia a trois fois vendu pour vierge la jeune Espérance, à chaque fois recousue « au fil de soie rouge ». Deux étudiants de Salamanque lui donnent la sérénade, et une fois encore la supercherie sera découverte à cause d’une duègne corrompue.

Lecture un peu fastidieuse, qui vaut pour la découverte des mœurs de l’époque, et surtout des origines du roman tel qu'il se développera en Occident.

\Mots-clés : #aventure #documentaire #nouvelle
par Tristram
le Jeu 11 Jan - 11:55
 
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Sujet: Miguel de Cervantes
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Michel de Ghelderode

Sortilèges et autres contes crépusculaires

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Sortil10

L'Écrivain public
Le narrateur visite la figure de cire de Pilatus, écrivain public qui pratique la « Discrétion d’honneur » (j’entends qu’il se flatte sur son honneur de ne rien divulguer des confidences qu’il ne livre qu’au papier). Il lui confie ses tristes souvenirs, lui parlant et bientôt par la pensée. Puis tous deux souffrent de la chaleur estivale, lui reclus dans sa chambre, et le mannequin à l’ombre. Le gardien du béguinage lui apprend qu’il n’a cessé de visiter les lieux, écrivant à la place de ce dernier.

Le Diable à Londres
Une rencontre, dans l’ennui de l’immonde Londres, du diable en prestidigitateur méphistophélique.
« La vie des autres ne m’intéresse pas et je présume que la mienne ne doit intéresser personne. C’est pourquoi j’évitais de me lier avec mon semblable, ce qui n’est pas difficile en terre anglaise. »

Le Jardin malade
Le narrateur s’installe avec son chien au rez-de-chaussée d’une vieille bâtisse, déjà habitée à l’étage par une discrète dame en gris. Son logis est imprégné d’une odeur de moisi médicamenteux et donne sur un jardin à la fois luxuriant et maladif. C’est l’emplacement d’un ancien cimetière conventuel, où vit un démoniaque chat cadavéreux. Celui-ci surveille une petite fille monstrueuse, à cause de laquelle lui et le chien s’affrontent.

L'Amateur de reliques
Joute avec un antiquaire à propos d’un ciboire profané.

Rhotomago
« Parmi les objets bizarres, inusités, qui encombrent ma chambre, se voit un assez joli bocal ancien, en verre de Bohême, empli d’une eau émeraudine et dont l’ouverture est couverte d’un parchemin. Il contient une sorte de menaçant insecte tout en griffes et antennes, de verre aussi et d’un rouge brillant. À le regarder de plus près, on remarque qu’en cet insecte se précise une forme humaine, à laquelle les antennes et les griffes confèrent un aspect diabolique. Le bocal contient un petit diable. Et pour que nul n’en ignore, une main a tracé jadis d’une encre décolorée l’état civil et la profession du ci-devant diable, sur le parchemin qui l’emprisonne : Je m’appelle Rhotomago, je monte, je descends et je dis l’avenir de Madame !… »

Ce diabolique ludion trouvera son maître, sur un mode facétieux.

Sortilèges
Dédiée à Ensor, cette nouvelle raconte l’arrivée d’un narrateur névrotique à l’abord d’une ville au bord de la mer (apparemment Ostende) en temps de carnaval. Ayant réchappé à son suicide grâce à un « apparu », il fuit les sortilèges des masques-méduses à l’issue de leur débauche.

Voler la mort
« La Mort vient comme un voleur ! »

Ou comment l’amitié vraie peut se révéler au seuil de la mort qui veut vous enlever.

Nuestra señora de la Soledad
Éloge presque mystique de la solitude.

Brouillard
Un narrateur accoutumé à s’entendre appeler par son nom subit une fébrile hallucination par une nuit de brouillard. Une personne qu’il avait décidée morte il y a vingt ans l’est effectivement devenue.

Un crépuscule
« …] un ciel bizarre, en creux, d’une fantaisie préhistorique, et fait d’une accumulation de grottes gazeuses. Et la lumière, une froide et baveuse lumière à couper au couteau, bouillonnait de ces poches nuageuses ; une lumière de teinte vénéneuse lentement éjaculée… Cela me parut l’invention d’un peintre fou ou possédé. La découverte de ce ciel catastrophique réveilla mon oppression en même temps que le sentiment de l’imminent malheur qui menaçait la Terre et l’espèce pullullant sur ses croûtes. Je ne pouvais me résoudre à y voir un crépuscule à son instant critique, un orgasme lumineux. Mon esprit autant que mon regard récusait ce ciel impossible, parce qu’il réverbérait par inversion les entrailles du globe et ses abominables flux, et encore, si j’ose écrire, parce que ce phénomène météorique m’apparaissait comme une monstrueuse erreur de la nature… Et je cachai mes yeux irrités. »

Le narrateur se réfugie dans une église, sans doute Saint-Nicolas de Bruxelles, qui s’enfonce dans le sol. Puis elle resurgit.
« Le monde ne finissait pas ; le monde odorait charnellement, après le déluge. Et j’allai avec les troupeaux chantants et si fatalement beaux, sous les projecteurs lunaires, déporté vers les abattoirs cruels, où sont sacrifiées les bêtes, dont le sang coule à torrents pour apaiser, on ne sait, la colère des dieux, ou la faim des hommes… »

Tu fus pendu
Jef, le patron de l’auberge La Petite Potence, est aussi antiquaire, et possède une pie parlante.
« En sa présence et dans sa maison, j’oubliais le Temps, ce Temps qu’il méprisait et ignorait, car céans, les horloges marquaient des heures folles ou s’arrêtaient sans motif. »

Dans un vocabulaire très riche, j’ai découvert le terme de « mauclair », apparemment la pièce de bois rapportée qui vient couvrir le joint formé par deux vantaux en masquant le système de fermeture (mot usité dans les Flandres).

L'Odeur du sapin
Un acariâtre asthmatique vit seul avec sa « meskenne » (peut-être une déformation de l’ancien français "meschine", pour une domestique), gentiment appelée Péché Mortel. Il reçoit la visite d’un puant nautonier à l’œil de poisson, et ils jouent une inéluctable partie d’échecs.
« Bois prédestiné, monsieur. Le sapin, si humble, dont on fait des planches de cercueil et des planches d’échiquier – deux objets qui vous mettent en contact avec l’infini… »

Le style de ces contes d’horreur et d’humour m’a ramentu Barbey d’Aurevilly, bien sûr Jean Ray, voire Bruno Schulz et ses mannequins, mais aussi l’angoisse de Maupassant.

\Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Dim 7 Jan - 10:26
 
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Sujet: Michel de Ghelderode
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

La Magicienne

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_mag10

Cinq textes :
Les Poupées
Au début de l’ère Meiji, une famille ruinée par le changement social causé par la modernisation (essentiellement une occidentalisation) se voit contrainte de vendre ses traditionnelles poupées précieuses à un Américain. C’est un déchirement, surtout pour la jeune fille et la mère, le fils se tournant résolument vers le progrès.

Un crime moderne
Confession-testament d’un médecin de la même époque, formé en Angleterre où il est devenu chrétien. Son secret amour d’enfance a été marié à un riche corrompu qu’il empoisonne pour permettre le remariage de l’aimée à son amant de cœur. Mais il lutte pour ne pas tuer à son tour l’élu, et se suicide.
« À y bien réfléchir, je comprends que ma tentative de retranscrire mon passé en m’assurant de l’exactitude des faits revient à me faire revivre les événements, et au bout du compte, finit par abolir la distance. »

Un mari moderne
Rattaché au passé et à un idéal d’amour pur, il tarde à comprendre l’immoralité de son épouse qui à une liaison avec un cousin, et est même une « féministe » : « l’émancipation des femmes » fait partie des nouvelles valeurs répugnantes…
« Tout avait un parfum de nouveauté surannée, la décoration vous plongeait presque dans l’angoisse à force de faste, et si je voulais la qualifier encore, je dirais que l’ensemble faisait songer au son d’un instrument de musique désaccordé, oui, ce cabinet de travail était un reflet fidèle de l’époque. »

La Magicienne
En référence à Poe et Hoffmann, le narrateur évoque les « phénomènes insolites que recèle la nuit de Tôkyô » pour introduire son récit autrement difficile à croire. Son histoire est celle de Toshi et Shinzô, qui se sont promis l’un à l’autre. Mais la vieille Shima, nécromancienne de la famille de Toshi, à subjugué celle-ci pour s’en servir comme oracle auprès du dieu Basara après l’avoir mise sous hypnose. Deux papillons noirs, un œil fantastique et d’autres phénomènes inquiétants alarment Shinzô, qui veut la sauver de cette emprise. Son ami Tai décide Toshi à simuler un ordre de la divinité, mais elle succombe à la possession. Cependant le dieu, décidément ambivalent, enjoint à Shima de préserver les deux amoureux ; croyant à une feinte, la magicienne s’y refuse et meurt foudroyée.

Automne
Nobuko s’est-elle sacrifiée pour sa jeune sœur Teruko en lui laissant épouser Shunkichi ? Un assez bref texte plein de sensibilité, de subtilité et de grâce.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 31 Déc - 11:07
 
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Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
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William H. Gass

Sonate cartésienne

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Sonate10

Le texte éponyme :
« Ceci est l’histoire d’Ella Bend Hess, de la façon dont elle est devenue extralucide, et de ce qu’elle a pu voir. »

Dans la première partie, un auteur phrase et divague oisivement, notamment sur l’écriture, et la description de ses personnages.
« …] traçant un des secrets de sa vie sur le mur ou dans la lunette des cabinets, pas toujours quelque chose de bas ou de vulgaire, d’ailleurs, car après tout c’est la forme et non le contenu qui importe [… »

« Sauf quand j’aurai mal, ceci sera votre histoire. Alors, bien que les qualités physiques d’une dame, disons une dame pour le moment, existent en tant qu’unité et apparaissent pour l’essentiel de la même façon, sa description, dans la mesure où elle doit former une séquence de mots, dispose ces qualités pour la compréhension du lecteur, de sorte qu’elle apparaît au regard à la manière d’un navire lointain, petit bout par petit bout. Sa description peut être dessinée avec des lignes droites ou des zigzags, des courbes ou un nuage de petits points discrets mais, quelle que soit la géométrie, l’auteur, pour autant qu’il comprend la nature de son art et en a la capacité, composera une image à partir des inflexions fournies à notre attention qui non seulement seront aussi passionnantes qu’une aventure narrée par le détail, mais constitueront aussi, lorsque le lecteur saisit l’ensemble comme il saisit un thème musical, un drame du passage de l’esprit, son début, son milieu et sa fin y compris, reconnaissance et renversement inclus, l’art de l’auteur l’exigerait-il ; et ce qui peut être vrai de la description physique d’une dame peut être vrai de l’arrangement de n’importe quel ensemble de mots, même si le but de cet arrangement peut être plus difficile à discerner, les liens plus subtilement établis. […]
Ce sont précisément des considérations de cette sorte qui distinguent l’attitude de l’artiste envers le langage de celle des autres ; c’est l’intensité de son souci qui est la mesure de son engagement, leur multiplication qui révèle la grandeur de sa vision ; et c’est l’effet de pareils scrupules, lorsqu’ils réussissent à prendre corps, que ce soit avec la facilité d’un génie débordant ou au prix des douleurs d’un talent allié à l’ambition, que de faire s’élever une fiction, ou toute autre œuvre de création, de ce qui serait sous tous autres rapports un lieu commun, à la hauteur du beau. »

« Quand Dieu écrivit sur le mur de Belschatsar, le critique Daniel décida que les mots énigmatiques signifiaient « compté compté pesé et divisé », et qu’ils voulaient dire que le règne du roi avait été jugé insatisfaisant, et que sa terre devait être divisée. Mais ici, plutôt que d’un jugement, il s’agit d’une injonction : écrivain lecteur, pesez deux fois chaque chose, veillez à ce que tout compte, et séparez-vous de votre écriture lecture à la manière dont un serpent se débarrasse de sa peau, en gardant également à l’esprit qui vous êtes, écrivain lecteur – vous êtes la mue, et le texte qui vous est commun est le serpent luisant et rusé. »

Dans la seconde partie, Ella elle-même rend compte d’une sorte d’hyperesthésie de l'ouïe, et d’une métamorphose tératologique.
« L’espace n’était pas de l’espace pour Ella, c’était des signaux. Tout émettait quelque chose : une fleur son parfum, une chauve-souris son bip, une lime sa rugosité, un citron son acidité, une fille sa magnificence, une rue d’été sa chaleur d’été, chaque muscle son mouvement ; l’espace fait plus de vagues que l’océan : rayons X, transmissions radiophoniques et télévisuelles, conversations sur walkie-talkie, messages de téléphone de voiture, ultraviolets, micro-ondes, cosmitudes en tous genres, gosses qui se causent avec des boîtes de conserve, radiations des lignes à haute tension, boîtes à signaux, transistors et transformateurs, infinillions de pièces électroniques suintant l’information, tremblements de la terre, avions à réaction, autres sillages, autres vents ; mais au-delà de tout ça, et de surcroît, l’odeur dit sucre, le bip dit victime, le rugueux émet un avertissement râpeux, l’amertume stimule la salivation, cette magnificence mérite turgescence, ou au moins d’éveiller l’intérêt, la chaleur est sa propre menace, et le mouvement témoigne d’une volonté ; pendant ce temps l’odeur qui voulait dire sucre pour l’abeille lui enduit le flanc de pollen, chaque victime que mange la chauve-souris signifie que moins d’insectes mordront cette cuisse tant admirée ; il est de plus écrit qu’on n’évite une bagarre que pour tomber dans une autre, que le citron fait passer la salade dans une bouche qui mâche jusque dans un estomac où les vitamines sont diffusées comme des informations ou des messages publicitaires, le pénis qui a eu son plaisir, à supposer un tel résultat, peut causer une grossesse inattendue – peut-être, dans ce cas précis, s’agit-il d’un déséquilibre entre cause et conséquence –, des pieds échauffés recherchent l’ombre là où l’herbe qui pointe tant bien que mal se fait piétiner, et la volonté frustrée s’acharne péniblement à atteindre une fois de plus un but remis à plus tard ; de sorte que parfum, surface, acidité, son, vision, sexe, la chaleur du monde, la volonté des hommes ne sont que médiocre crincrin de violoniste des rues parmi tous ces messages, une fête riquiqui sous pareille avalanche de confettis ; car chaque petite alvéole d’un morceau de métal alvéolé hurle, et les plantes s’imprègnent doucement de leurs propres jus jusqu’à la musique, et le duvet des oiseaux murmure dans un autre registre ce que l’oiseau recèle en son cœur. »

Dans la troisième et dernière partie bartlebyennement intitulée J’aimerais autant pas), son mari, l’auteur, parle d’elle avec rancœur.
Avec le compte rendu de ces états d’âme et flux de conscience, ce texte me paraît être une prolongation de l’Ulysse de Joyce, ne dédaignant pas la vulgarité, riche en innovation formelle et notamment lexicale.

Chambres d’hôtes
C’est cette fois de Walt Riff (Walter Riffaterre), comptable itinérant (et véreux), dont on suit le monologue tandis qu’il examine de vieux livres dans sa « chambre de motel ringarde », et songe à « maman », à certaines Eleanor et Kim, et à son ancienne secrétaire Miz Biz. Le lendemain, sa chambre d’hôtes est totalement différente, un havre bourré de souvenirs familiaux, précieusement décoré et kitsch, qu’il ne se résigne pas à quitter.
« La télé, s’il l’allumait, lui proposerait des images pareilles à de la tourte sous cellophane, l’appareil se souciant aussi peu de sa fonction que le dessert s’intéresse au comptoir de Formica sur lequel il attend le client. »

« Une lumière conçue dans des globes gravés et peints traversait en dansant le plissé des voilages pour baigner de confort la pièce et tous ses aménagements. Le tapis de cheviotte bleu pâle semblait la boire. Il existait un nom pour ce genre de tapis, mais Riff n’arrivait pas à le retrouver. C’était là tout un univers auquel il était étranger. »

« Il éprouvait ce besoin de noms. Son œil, une fois qu’il s’était mis enfin à regarder les choses, s’était fait littéral. »

Même procédé que dans le texte précédent, avec plaisanteries intimes, recherche du mot juste, description minutieuse des lieux (qui m’a ramentu le Nouveau Roman).

Emma s’introduit dans une phrase d’Élizabeth Bishop
Emma Bishop est une maigre vieille fille qui se ressouvient de sa misérable enfance (son père la dénigrait physiquement), au cours de laquelle elle lisait sous son frêne (qui va être abattu) ; elle évoque la vie et l’œuvre d’Elizabeth Bishop et Marianne Moore, poètes (et amantes), mais aussi Edith Sitwell et Emily Dickinson. Solitaire dans sa ruralité, vivant à peine, elle tue les mouches, crée des babioles pour exister. Peu à peu elle se détache du monde, voire de la poésie, de façon de plus en plus bizarre et dramatique.
« Comme les autres Emmas avant moi, je lisais sur l’amour à la lumière d’une demi-vie, et l’ombre de sa moitié absente donne de la profondeur à la page. »

Poétique et avec de nouveau beaucoup d’inventivité formelle, ce texte m’a cette fois remis en mémoire Virginia Woolf.

Le maître des vengeances secrètes
Luther Penner cultive de discrètes et mesquines vengeances depuis un âge puéril, et en fait un système théologique inspiré de la loi du talion, développant une rhétorique basée sur l’histoire de l’antiquité au cinéma nord-américain en passant par la Bible et Shakespeare (entr’autres auteurs).
« Il nous faut écarter, avec le plus grand respect, naturellement, la vision exagérément linéaire qu’a Descartes de l’explication rationnelle, parce que les révélations résultent rarement de l’escalade d’une échelle par l’esprit, chaque barreau bien net et bien placé gravi par un pied puis par l’autre comme un pompier en opération de sauvetage ; elles s’accomplissent plutôt à la manière indirecte dont la crème remonte à la surface d’un carton de lait : le petit-lait coule partout vers le fond alors que dans le même temps d’innombrables globules de graisse se libèrent et glissent vers le haut, chacun seul de son côté, aussi indépendant des autres que les monades de Leibniz, jusqu’à ce que, progressivement, presque sans qu’on s’en aperçoive, les globules en question forment une masse qui submerge le lait bleu alors que la crème douce couronne la surface, qui attend qu’on l’écrème. »

« C’est peut-être à cause de la façon dont on les élève, mais il semble que les gosses, dans notre société, on s’attende à ce qu’ils déçoivent leurs parents en ne réussissant pas à « concrétiser » telle ou telle attente, en prenant une orientation qu’on ne voulait pas leur voir prendre, ou en embrassant des valeurs et des opinions parfaitement insupportables. »

« Je pense que nous nous traitons mutuellement comme des imbéciles parce que nous avons acquis, à force d’entraînement, la parfaite compétence qui nous permet à la fois d’être des imbéciles et de traiter les autres comme tels, de sorte que nous méritons les insultes qui nous grêlent sur la tête. »

« Donc : les vengeances secrètes sont secrètes dès lors qu’elles ne sont pas perçues comme représailles par leur victime, qui vit avec une claudication qu’elle apprend à considérer comme normale ; et elles deviennent transcendantales lorsque même celui qui les inflige est ignorant de la nature de son acte. La transmission d’idées stupides, par exemple. Ou la création d’illusions absolues avec une parfaite sincérité, lorsqu’il ne s’agit plus de mensonges mais de notions fallacieuses servies sur des plats de porcelaine et mangées avec des couverts en argent. »

« Je pense plutôt que Luther Penner nous a apporté une métaphysique, caustique, assurément, mais magnifique : la vie perçue non pas simplement comme si elle était vécue dans un tourbillon de mythes en conflit et en concurrence, mais comme si elle était habillée d’illusions délibérément conçues par ceux qui, ayant été précédemment égarés, prennent ainsi leur revanche comme seuls peuvent secrètement le faire des ennemis secrets. Combien, dans notre propre maison ou notre propre quartier – pour ne considérer qu’un échantillon réduit –, ont-ils été trahis par des ismes et des logies d’une espèce ou d’une autre, ont donné de l’argent pour des causes démentes, et gaspillé une énorme partie du temps précieux de leur vie en vaines quêtes spirituelles ? »

Sur le mode humoristique, parfois d’une causticité politiquement incorrecte, toujours avec des comparaisons percutantes, c’est une belle analyse de l’esprit tordu, voire du complotiste parano, des dérives évangéliques et de l’avènement de l’ère post-vérité, éclairés fort tôt avant leurs récents développements, d’abord états-uniens.

Quatre nouvelles (voire novellas) qui démontrent (au minimum) une façon d’écrire assez expérimentale (mais restant fort lisible), c'est-à-dire hors de l’ornière ordinaire.

\Mots-clés : #contemporain #creationartistique #ecriture #nouvelle #portrait
par Tristram
le Ven 15 Déc - 11:03
 
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Raymond Carver

Tais-toi, je t'en prie

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Tais-t11

D’abord de minces tranches de vie, narrées très sobrement (une serveuse sert un obèse, etc.)
Plus original et développé, Pourquoi l’Alaska, une soirée fumette avec des dialogues décalés, et surtout L’aspiration, l’histoire d’une sorte de démarcheur en pantoufles qui shampouine la moquette chez un chômeur divorcé (et repart avec son courrier) ; avec cette dernière, j’ai pensé à l’esprit de Brautigan.
« Rilke a été toute sa vie de château en château. Les mécènes ! Il parlait fort, pour couvrir le bourdonnement de l’aspirateur. Il ne montait qu’exceptionnellement à bord d’une automobile. Sa préférence allait aux trains. Et regardez Voltaire à Cirey, avec Madame du Châtelet. Son masque mortuaire. Quelle sérénité ! Il a levé la main droite comme si je m’apprêtais à le contredire. Non, non, ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? Inutile de me le dire. Mais qui sait ? Puis il a fait demi-tour et il s’est dirigé vers l’autre pièce en traînant sa machine derrière lui. »

Dans Qu’est-ce que vous faites, à San Francisco ?, un facteur assez commère rapporte l’emménagement d’une famille de « beatniks » (et leur départ en ordre dispersé).
« Un barbu, pour nous, c’est un oiseau rare – aussi rare qu’un homme qui ne travaille pas. »

Pourquoi, mon chéri ? est un de ces textes qui interrogent : la mère célibataire d’un fils menteur et assez odieux en vient à en avoir peur jusqu’à se cacher lorsqu’il a accédé au pouvoir politique.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Lun 11 Déc - 11:12
 
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Jean Giono

Solitude de la pitié

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Solitu10

Vingt nouvelles souvent assez brèves :

Solitude de la pitié
Prélude de Pan
Champs
Ivan Ivanovitch Kossiakoff
La main
Annette ou une affaire de famille
Au bord des routes
Jofroi de la Maussan
Philemon
Joselet
Sylvie
Babeau
Le mouton
Au pays des coupeurs d'arbres
La grande barrière
Destruction de Paris
Magnétisme
Peur de la terre
Radeaux perdus
Le chant du monde


La première et l’éponyme me choque toujours malgré les relectures : un curé de village et sa servante profitent de manière particulièrement sordide du dénuement de nécessiteux, sans songer dans leurs calculs à en soulager la misère.
La seconde, Prélude de Pan, déjà présentée par Aventin ICI, demeure extraordinaire : après de menaçants signes météorologiques de la nature, l’homme avec « sa face de chèvre avec ses deux grands yeux tristes allumés », révolté par un assassin d’arbres (un bûcheron) qui a brisé l’aile d’une colombe des bois pour l’assujettir…
« De quel droit toi, tu l'as prise, et tu l'as tordue ? De quel droit, toi, le fort, le solide, tu as écrasé la bête grise ? Dis-moi ! Ça a du sang, ça, comme toi ; ça a le sang de la même couleur et ça a le droit au soleil et au vent, comme toi. Tu n'as pas plus de droit que la bête. On t'a donné la même chose à elle et à toi. T'en prends assez avec ton nez, t'en prends assez avec tes yeux. T'as dû en écraser des choses pour être si gros que ça... au milieu de la vie. T'as pas compris que, jusqu'à présent, c'était miracle que tu aies pu tuer et meurtrir et puis vivre, toi, quand même, avec la bouche pleine de sang, avec ce ventre plein de sang ? T'as pas compris que c'était miracle que tu aies pu digérer tout ce sang et toute cette douleur que tu as bus ? Et alors, pourquoi ? »

…Pan déchaîne une bacchanale orgiaque en manière de leçon aux hommes.
« Et ça entrait dans la pâte que l'homme pétrissait par la seule puissance de ses yeux, et ça entrait dans la pâte du grand pain de malheur qu'il était en train de pétrir. »

Ivan Ivanovitch Kossiakoff est une histoire apparemment autobiographique : agent de liaison avec les Russes dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, il lie une amitié sans parole avec un colosse.
L’auteur est d’ailleurs mis en scène dans la plupart des textes, où « Monsieur Jean » converse avec paysans, vieillards et bergères ; il collecte ainsi les paroles, l’enseignement du monde.
Il s’intéresse notamment aux arbres :
« On voit que vous ne le connaissez pas. Si on n'y était pas, ça ferait tout à sa fantaisie. L'arbre, c'est tout en fantaisie. C'est intelligent, je dis pas ; ça comprend des choses... mais c'est comme des bêtes, ça passe son temps à l'amusement. »

(Le mouton)
« Donc, pour nous remplacer la fontaine on plantait un cyprès au bord de la ferme, et comme ça, à la place de la fontaine de l'eau, on avait la fontaine de l'air avec autant de compagnie, autant de plaisir. Le cyprès, c'était comme cette canette qu'on enfonce dans le talus humide pour avoir un fil d'eau. On enfonçait le cyprès dans l'air et on avait un fil d'air. »

Le dernier extrait provient d’Au pays des coupeurs d'arbres où Giono, déjà écologiste, déplore les coupes rases :
« On a passé toute notre terre à la tondeuse double zéro : le pays vient d'être condamné aux travaux forcés à perpétuité. »

Ce recueil est une pépinière d’images, mais aussi de romans, comme avec le thème de la réaction cataclysmale de la nature ; c’est notamment le cas du dernier texte, Le chant du monde, qui annonce le roman du même nom et revendique l’égalité de traitement (sensoriel, littéraire, voire juridique) des éléments de la nature comme de l’homme, jusque dans leur violence.
« Il faut, je crois, voir, aimer, comprendre, haïr l'entourage des hommes, le monde d'autour, comme on est obligé de regarder, d'aimer, de détester profondément les hommes pour les peindre. Il ne faut plus isoler le personnage-homme, l'ensemencer de simples graines habituelles, mais le montrer tel qu'il est, c'est-à-dire traversé, imbibé, lourd et lumineux des effluves, des influences, du chant du monde. »

Ce qui m’a cette fois encore marqué dans ce recueil, c’est la « lutte entre l'homme et la garrigue » (Champs), combat désespéré qui trouve souvent son issue dans le suicide « Des hommes perdus sur des radeaux, en pleine terre » (Radeaux perdus), faibles dans le dur monde : pas la moindre notion de liberté évoquée à propos de l’humanité.

\Mots-clés : #amitié #contemythe #ecologie #nature #nouvelle #ruralité #spiritualité
par Tristram
le Ven 17 Nov - 11:09
 
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André Pieyre de Mandiargues

Soleil des loups– Récits érotiques et fantastiques

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Soleil10

Recueil de cinq nouvelles, L’archéologue, Clorinde, Le pain rouge, L’étudiante, L’opéra des falaises et La vision capitale, du genre fantastique, empreints d’érotisme (et d’onirisme). Le second et le troisième sont des variations à la Gulliver.
Laborieuse préciosité qui a perdu de son charme pour moi :
« Les livres vieux sont à qui vraiment les aime une métropole sévère et bariolée que le désir boursoufle en maints délicieux couloirs fleurant, ainsi que de vénitiennes mercerie, le cuir de mouton et la cire dont on frotte les peaux, mais où se perdra tout de suite le connaisseur, malgré l’érudition qui guide sa quête, ou peut-être précisément à cause de celle-là, s’il se hasarde entre les sombres parois bâties de maroquin à nerfs d’un pont des soupirs qui ne mène qu’aux nécropoles hantées des jésuites ; et pourtant je sais qu’il est aussi des rialtos de vélin dentelé d’or qui ouvrent derrière leurs gardes de papier vert pomme un jardin féerique où librement escaladent le ciel les plus audacieux balcons d’où se pencha jamais un visage humain. »

« Il se fait, même à l’intérieur des bassins, un clapotis qui pousse au-dessus de la surface une quantité de petites langues d’eau, comme des palmettes grises, dont la pointe s’effrange en sel tout de suite plaqué sur la façade des caboulots riverains où il attaque la peinture et sur le visage des passants qu’il givre à la cime du poil. Les fers anciens et les chaînes du pont tournant s’engrènent avec des cris de perroquets ; perpétuellement aussi grince quelque drague à rejeter la vase envahissante, et c’est une odeur d’huître morte que d’un soudain coup de pelle l’engin rouillé vous fourre jusqu’au fond de la gorge. »


\Mots-clés : #fantastique #nouvelle #reve
par Tristram
le Mer 15 Nov - 11:26
 
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

Une vague inquiétude

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Une_va10

Recueil de trois nouvelles :
Le masque
Un masque qui danse grotesquement alors qu'il est pris de boisson en meurt.
Un doute
L’auteur rapporte la confidence d’un narrateur qui tient à lui raconter comme, suite à un tremblement de terre, sa femme prise sous une poutre qu’il ne parvenait pas à dégager quand un incendie s’est déclaré, il l’acheva. Il porte son deuil sans pouvoir avouer ce fait :
« À l’époque, je croyais que c’était entièrement dû à ma lâcheté. Mais, en fait, la cause était enfouie beaucoup plus profondément en moi. Néanmoins, je n’en ai rien su jusqu’au moment où, une occasion de remariage m’étant offerte, j’ai envisagé de commencer une nouvelle vie. Et quand je l’ai compris, j’ai su que je n’avais plus le droit de mener une existence ordinaire, que la seule solution qui s’offrait à moi était de devenir un raté pitoyable. »

Ce qui mine ce narrateur, c’est de n’avoir pas confié avoir abrégé les souffrances de sa femme qui allait être brûlée vive : dévoré de culpabilité, il crie être un criminel au moment de ses nouvelles noces.
« Mais, en admettant que je le sois, le responsable de cette folie, n’est-ce pas le monstre qui sommeille dans le cœur de chacun de nous ? Du fait de sa présence, même ceux qui se moquent aujourd’hui de moi en me disant fou peuvent très bien, demain, devenir tout aussi fous que moi… Cela, c’est mon opinion, mais vous, monsieur, qu’en pensez-vous ? »

Le wagonnet
Un gamin est fasciné par les wagonnets qui transportent les matériaux pour la construction d’une ligne de chemin de fer. Un jour, deux ouvriers acceptent qu’il les accompagne ; il les aide à pousser le wagonnet, et monte avec eux dans les descentes. À la fin de la journée, il lui faut rentrer chez lui, dont il s’est bien éloigné.

Trois petits textes marquants du malaise qui caractérise leur auteur.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 29 Oct - 10:58
 
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Edgar Allan Poe

Derniers Contes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Dernie10

Ces contes sont traduits par Félix Rabbe, à la suite de ceux qui l’ont été par Baudelaire.
Le duc de l'Omelette
Mort d’un ortolan mal préparé, le duc affronte sa Majesté « Baal-Zebub, prince de la Mouche ».

Le mille et deuxième conte de Schéhérazade
Graciée, Schéhérazade poursuit avec un nouveau conte sur les aventures de Sinbad le marin, prodiges inspirés de merveilles découvertes par la science (de l’époque de Poe), curiosités naturelles, mythiques ou scientifiques il est vrai souvent bizarres ; le sultan les considère comme d’ineptes mensonges, et la fait étrangler.

Mellonta Tauta
Le 1 avril 2848, la passagère d’un dirigeable au long cours évoque les errances de ses savants ancêtres avec une vue défaillante de l’Histoire passée. Ainsi, les Américains sont devenus les Amriccans, et Bacon, Hogg :
« Le mot Baconienne, vous devez le savoir, fut un adjectif inventé comme équivalent à Hoggienne, comme plus euphonique et plus noble. »

Cette histoire loufoque est en rapport avec l’essai cosmogonique Eureka.

Comment s'écrit un article à la Blackwood
Satire d’un magazine de ce nom, sous forme de conseils didactiques et cocasses sur comment rédiger un article à sensation qui soit suffisamment abscons, érudit d’apparence, et farci de citations en langues étrangères, suivi d’un exemple parodique bourré de contresens.

La filouterie considérée comme science exacte
Quelques exemples pleins d’habileté et d’humour.

L'homme d'affaires
Ou l’ordre et la méthode versus le génie, une démonstration de petites escroqueries bouffonnes.

L'ensevelissement prématuré
Témoignage d’épouvante d’un narrateur sujet à la catalepsie.

Bon-Bon
Pierre Bon-Bon était un restaurateur et métaphysicien rouennais qui fut visité par le diable, lequel refusa son âme.

La Cryptographie
Petite présentation de la cryptographie, une des passions de Poe, qui en fit une démonstration dans Le Scarabée d'or.

Du principe poétique
Essai sur la poésie, qui d’entrée pointe cette particularité qui m’a paru pertinente : un poème ne peut être que relativement bref, afin de maintenir son effet. Par contre, sa vue dépréciative « qu'un poème peut pécher par excès de brièveté » m’a parue erronée. Sinon, d’un florilège d’auteurs de langue anglaise, ce que retire surtout Poe, c’est que la poésie est élévation. À noter aussi son attention toute baudelairienne aux senteurs.

Quelques secrets de la prison du magazine
Du sort des auteurs subsistant difficilement, sous la coupe des éditeurs et rédacteurs de magazines.

Souvent dans la veine des Histoires grotesques et sérieuses mais pas que, ces textes disparates m’ont paru dans l’ensemble assez mineurs ; mais ils attestent des différents sujets et genres abordés par Poe, et surtout de l’aspect novateur de son œuvre (érudition scientifique, science-fiction, humour, épouvante, poésie, etc.).

\Mots-clés : #fantastique #nouvelle #xixesiecle
par Tristram
le Dim 24 Sep - 12:28
 
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Russell Banks

Histoire de réussir

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Histoi13

Reine d’un jour : Earl, douze ans, est l’aîné de son frère et de sa sœur, et quand leur père les abandonne avec leur mère, il lui confie la responsabilité de la famille (comme font souvent les adultes pour flatter un gosse). Earl prend ce rôle à cœur dans leur dénuement, et écrit à l’émission qui donne son titre à la nouvelle. Et lorsque son père tente de se réconcilier, c’est lui qui rompt tout lien entr’eux.
Ça se passe dans le New Hampshire, région d’origine de Banks, et ce n’est pas la seule chose qui m’ait ramentu Irving dans cette histoire poignante.

Les Mémoires de ma mère, le mensonge de mon père et autres histoires véridiques : Earl encore, mais adulte, méditant sur les histoires fausses racontées par ses parents, et sur l’écoute des histoires racontées.
« Une des choses les plus difficiles à dire à quelqu’un d’autre est celle-ci : J’espère que vous m’aimerez. C’est pourtant ce que nous voulons tous dire les uns aux autres – à nos enfants, nos parents, nos compagnons, et même aux inconnus.
Peut-être même surtout aux inconnus. »

Histoire de réussir : Earl raconte comment, après son échec dans la poursuite de ses études, il commença à travailler en Floride, jusqu’à rencontrer sa future femme dans un contexte rocambolesque.
Comme assez souvent, les précédents textes semblent être les passages survivants d’un roman avorté, où un personnage tente de s’imposer dans la tête de l’auteur ; c’était déjà le cas dans une de mes lectures récentes, avec Jody dans Le Poney rouge de Steinbeck.

Le Poisson : sorte de conte asiatique sur un poisson géant adoré par les Bouddhistes, que l’armée tente de détruire.

Le Goulet : dans ce passage ainsi nommé d’une partie hispanophone des Caraïbes qui elle n’est pas identifiée, trois personnages qui se sont eux-mêmes rendu justice s’associent, ainsi devenu des héros, pour créer une milice qui les enrichit rapidement.

Adultère : de nouveau Earl, toujours sur le chemin du progrès personnel, qui découvre qu'Eleanor sa fiancée n’est plus vierge. Il couche avec « la femme qui était mariée à mon patron », ce qu'Eleanor apprend d’elle.
« Pour la première fois, je fus effrayé des conséquences de mes actes, dans le bon sens, au-delà de la culpabilité, mais c’était trop tard. J’étais déjà devenu celui que j’aurais dû avoir peur de devenir. »

Histoire d'enfants : les adultes ne savent plus comment se défendre devant l’agressivité de leurs enfants.

Sarah Cole : une histoire d'amour d'un certain type : le narrateur, un seyant jeune homme, rencontre une femme particulièrement laide, et ils deviennent amants. Elle tient à le présenter à ses relations, puis il se détache d’elle, la chasse. Encore une histoire émouvante.

Du bois à brûler : C’est cette fois le père d’Earl, Nelson, vieillissant et toujours alcoolique. Et, oui, c’est poignant !
« De plus en plus, Nelson estime que la seule route clairement tracée vers le bonheur est celle où il est seul. Il y voit le seul moyen de ne pas faire de mal aux autres, car, selon son expérience, c’est en leur faisant du mal qu’on leur donne barre sur vous. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 20 Juil - 12:10
 
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John Steinbeck

La Grande Vallée

Tag nouvelle sur Des Choses à lire C_la-g11

La Rafle : deux délégués communistes, un jeune et un vétéran, se font tabasser.
« C’était pas eux. C’était la société. Faut pas leur en vouloir. Ils ne savent pas. »

Les Chrysanthèmes : dans la vallée de Salinas, une cultivatrice de chrysanthèmes à la main verte est visitée par un vieux rémouleur et raccommodeur de pots.

Un petit déjeuner : impromptu à l’aurore dans la vallée, un instant de chaleur.

Le Harnais : un cultivateur de la haute vallée de Salinas (lieu où se passent beaucoup de ces récits) ne parvient guère à s’affranchir de l’emprise de sa femme, même après sa mort.

Johnny l’Ours : un idiot qui répète à la perfection les conversations qu’il écoute en tapinois – avec des conséquences désastreuses.

Le Vigile : contrecoup (uniquement physique) après avoir participé à un lynchage.
« On se sent comme qui dirait débranché, à plat, mais plutôt content, en même temps. Comme après un bon boulot – mais fatigué et envie de dormir. »

Le Meurtre : un fermier a épousé une Slave, que son père recommande de battre ; elle se révèle la femme parfaite, mais lorsqu’elle couche avec son cousin, il abat celui-ci, et la bat.

La Caille blanche : Mary voit son jardin, et la maison et le mari qui vont avec, avant de les avoir. Ceci fait, elle jouit du jardin de ses rêves sans que son époux n’interfère. Mais elle rêve maintenant de se dédoubler, d’être la caille blanche qui vient s’y abreuver. Elle demande à son mari d’empoisonner le chat qui rôde, et il tue la caille blanche.

Le Serpent : un biologiste élève et sacrifie toutes sortes de bêtes. Une femme vient dans son laboratoire lui acheter un serpent à sonnettes, et un rat pour le nourrir ; elle le met fort mal à l’aise.
« Il pouvait tuer des milliers d’animaux pour la science, mais pas le moindre insecte pour le plaisir. »

Fuite : Pépé, le fils aîné de Mama, est un jeune paresseux qui, avec le couteau de son père décédé, tue un homme, et devient ainsi un homme. Il fuit dans la montagne aride, jusqu’à ce que ceux qui le poursuivent l’abattent.

Le Poney rouge : toujours dans le comté de Monterey, une novella en trois parties, avec de belles observations des saisons et des animaux, domestiques ou pas. Jody vit à la ferme avec ses parents, qu’il vouvoie, et Billy Buck le garçon de ranch qui connaît si bien les chevaux. Son père lui achète un poulain, mais celui-ci meurt. Un vieux Mexicain revient là, où il est né, et, rejeté, part dans les mystérieuses montagnes sur le vieux cheval qu’il a retrouvé. Son père fait saillir une jument pour que Jody puisse élever son propre cheval, mais Billy doit abattre la mère pour délivrer le poulain.

Le Chef (nouvelle absente du recueil originel) : les mêmes personnages, plus le grand-père en visite, qui raconte perpétuellement sa traversée des plaines vers l’ouest.
« C’était la transformation de toute une masse d’hommes en une seule grande bête rampante. Et j’en étais la tête. Elle allait vers l’ouest, toujours vers l’ouest. Chacun des hommes voulait quelque chose pour lui-même, mais la grande bête composée d’eux tous ne voulait qu’une chose : aller vers l’ouest. J’étais le guide mais si je n’avais pas été là quelqu’un d’autre aurait été la tête. Cette chose-là devait avoir une tête. […]
La marche vers l’ouest était aussi grande que Dieu et les pas lents qui accomplissaient ce déplacement, s’entassaient et s’entassaient jusqu’à ce que le continent soit traversé.
Alors, nous sommes arrivés à la mer, et c’était fini. »

Sainte Catherine, vierge : une truie méchante finira canonisée.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Ven 2 Juin - 13:27
 
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Sujet: John Steinbeck
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Richard Millet

Sept passions singulières

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Sept_p10

Leçons pour le Mercredy Sainct
Le claveciniste d’une petite formation de musique sacrée ancienne raconte comment la mezzo exécute un exigeant contrat de chant signé avec un « intermédiaire ».

Feierlich, misterioso
Dans une très obscure ville du Centre qui possède de nombreuses églises, Cécile est une ancienne servante qui allume les cierges avant de se coucher pour mourir.
« Ces êtres errants, je le répète, nous ne les chassons pas ; nos coutumes et nos Lois sont sévères pour tous, mais nous ne sommes point aveugles à la misère d’autrui : nous acceptons qu’on vienne mourir dans nos rues, sous les porches de nos églises, au pied des vieux tilleuls de nos petites places ; d’ailleurs ces pauvres hères sont pour la plupart d’anciens membres de notre communauté bannis autrefois de la cité ; nous aimons le repentir et l’expiation. »

Dans la ville de L.
Une narratrice parle de celui qui l’aborde dans ses promenades pour lui faire une confidence.

Le jeune mort
Un jeune garçon par ennui se comporte abjectement, provoque son entourage qu’il fait souffrir – jusqu’au suicide.
« …] parler (c’est-à-dire ne plus pouvoir faire la part de la vérité et du mensonge) [… »

Le soldat Rebeyrolles
Ce soldat occidental garde la demeure du Propriétaire (au Liban ?) avec une jeune villageoise qui lui est destinée, et dont il ne jouit pas.

Aux confins de l’Empire
Histoire de l’enfance à la disparition d’un provincial enthousiasmé par l’Empire colonial et militaire, qu’il prônera même après sa chute.

Petite suite de chambres
Dix-huit brefs textes sur le retour en Corrèze du narrateur, un écrivain qui loge dans les chambres désertées de l’Hôtel du Lac tenu par sa tante, et qui, devenu mécréant, se sent moribond, jusqu’à ce qu’il atteigne la chambre où sa mère est morte dans son enfance.
« Ces revenants, on les traite de mauvais coucheurs : on trouve qu’il ne devrait pas être permis de vivre si longtemps, et que si l’on est mort, ce n’est pour se mettre à errer de la sorte. On vit même, un soir d’hiver, un vieil homme qui venait de temps à autre tirer la langue à l’entrée du village, pourchassé par ses propres enfants qui le battirent quand ils l’eurent rattrapé. Nul, ici, ne fit le moindre geste ; les collines retentissaient de cris féroces ; et un esprit sagace de conclure : "Ce vieux Léon, faire ça à ses enfants ! Il a donc une pierre à la place du cœur…" »

Ces sombres « passions » (au sens d’action de souffrir), souvent sinistres, sont marquées d’austère rigueur, de morbidité même, et me semble-t-il d’un certain protestantisme, voire de jansénisme.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 24 Mai - 13:11
 
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Wallace Stegner

Le Goût sucré des pommes sauvages

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_goz11

Cinq nouvelles.
Le Goût sucré des pommes sauvages : celles d’un verger abandonné près d’un village mort du Vermont.

Jeune fille en sa tour : un retour dans l’espace et le temps, et le ressouvenir de l’innocence perdue.

Guide pratique des oiseaux de l’Ouest : le narrateur, Joe Allston, un agent littéraire à la retraite, savoure l’environnement aviaire de sa nouvelle propriété californienne. Invité à un cocktail rupin avec son épouse Ruth chez Bill et Sue Casement :
« Sam Shields, l’homme à la bétonnière increvable et aux étendues d’allées et de patios cimentés, de fosses à barbecue et autres incinérateurs, proche voisin des Allston, maçon qui, défiant le paradis et l’isostasie, a bâti lui-même sa maison au bord de la faille de San Andreas. »

« Nous contournons le plongeoir, poussons jusqu’à la pelouse, plus souple et plus paisible, avec la texture d’un tapis merveilleusement épais. Quelque chose sous mon pied, oups ! qu’est-ce que c’est que ça ? Un arceau de croquet. La moitié d’un bon verre renversé sur la robe de Ruth ? Non. Un autre Japonais se porte à la rescousse, sorti du gazon tel un champignon. Merci, merci. Grand sourire aux dents éclatantes, impossible de savoir ce qu’il pense. Du mépris ? Ces Américains qui picolent ? Mais quid alors de toute leur gentillesse, leur hospitalité, leur générosité ? Qu’est-ce que vous en faites, mon vigilant et impeccable ami, toutes dents dehors ? Préféreriez-vous que nous soyons des aristocrates français tout droit sortis de chez Henry James ? Absurdité. N’abrite probablement aucune pensée de ce genre. Bon serveur, bien formé. »

« Des Américains spirituellement vides passent leur temps à importer des zèbres, des léopards ou des crocodiles en guise d’animaux de compagnie. Cela fait partie de cette démangeaison qui les porte à l’acquisition et au sensationnel. La décadence romaine. »

La soirée est dédiée à la promotion d’un jeune pianiste juif polonais, Arnold Kaminsky, d’entrée antipathique à Joe qui le voit comme un « génie glandulaire » :
« Sue s’est arrêtée à une table voisine pour parler aux Ackerman, au critique chenu et au fabricant de clavecins. La petite prof de musique, stéréotype de la sœur sans charme dans un roman de Jane Austen, a réussi à s’introduire dans ce cercle musical. On se croirait dans un traité d’ornithologie : la façon dont les espèces restent entre elles et dont les juncos, linottes et autres granivores sautillent en un même endroit, tandis que les merles razzient en masse les baies des houx et que les geais jacassent à n’en plus finir dans les amandiers. La compagnie s’est décomposée en ses éléments : voisins, inconnus, ce petit noyau de musiciens. Voilà que Sue, penchée au-dessus d’eux, fait signe à Kaminsky d’approcher et qu’il arrive en contournant le plongeoir, pareil au petit du coucou, dont le comportement naturel et immuable est de tendre son gosier sans fond et d’engloutir tout ce que lui apporte une mère adoptive inepte. »

Mais, malgré sa grande expérience, Joe s’interroge vainement…

Fausses perles pêchées dans la fosse de Mindanao : Robert Burns, « ambassadeur culturel représentant une fondation en faveur de l’unité de l’humanité », parcourt le (Tiers) monde avec bonne volonté, mais au détriment de sa santé ; présentement aux Philippines, il est confronté à une réalité humaine qui le laisse dubitatif.

Genèse : un jeune Anglais, Rusty Cullen, devient cow-boy dans le Saskatchewan, et participe à un rassemblement de bétail avant l’hiver. Le froid s’établit, ce qui occasionne une savoureuse variation aux « parolles gelées » de Rabelais :
« Il avait déjà tout compris sans trop de mal. Il faisait tellement froid dehors que, sitôt prononcées, leurs paroles s’étaient trouvées congelées, solidifiées comme du plomb. Ensuite, quand ce dégel rapide s’est produit, elles se sont détachées d’un coup d’un seul pour tomber sur la tête de ce vieux Dan comme des pointes de glace se détachent du bord d’un toit. Mais il expliquait qu’après ça, même après avoir compris l’affaire, il n’avait plus été question pour lui de rester là-haut : ça le mettait mal à l’aise de penser que quelqu’un pouvait à tout moment lui hurler dans l’oreille avec trois mois de décalage. Il disait qu’il avait toujours préféré sa conversation fraîche plutôt que réfrigérée. »

Un blizzard disperse les bêtes, et ils doivent fuir à pied dans une autre tourmente glacée, en réchappant de justesse. Rusty a commencé d’apprendre l’héroïsme ordinaire de la solidarité en milieu hostile.
Le troisième et surtout le cinquième texte sont de plus longues nouvelles, voire des novellas, et toutes des jalons du voyage de l’existence de Stegner, comme autant d’amorces de romans, ainsi qu’il le confie dans une note en postface de 1989 :
« Il ne serait pas juste de dire que ces nouvelles, réunies à l’approche du terme d’une vie d’écriture, constituent une autobiographie, même fragmentaire. Pour m’y être essayé, j’ai compris qu’on ne pouvait m’y faire confiance. Je hais le côté restrictif des faits ; je ne puis m’empêcher de remanier, supprimer, ajouter, enjoliver, inventer et améliorer. L’exactitude m’importe moins que la suggestivité ; j’ai la mémoire aussi inventeuse qu’enregistreuse et, lorsqu’elle a œuvré dans ces récits, ce fut presque aussi librement que s’ils n’avaient rien à voir avec mon histoire personnelle. […]
Si l’art est un produit dérivé de la vie, et c’est mon opinion, alors j’entends que ma production reste aussi proche que possible de la terre et de l’expérience humaine. Or la seule terre que je connaisse est celle sur laquelle j’ai vécu, la seule expérience humaine dont je sois sûr est la mienne. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Ven 19 Mai - 14:10
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Haruki MURAKAMI

Tony Takitani

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Tony_t10

L’épouse de Tony Takitani, une acheteuse compulsive de vêtements, décède.
« Pour lui, c’était comme une ombre que sa femme avait laissée derrière elle. Des ombres de taille 36, superposées sur plusieurs rangées, pendant sur les cintres. On aurait dit un échantillon des possibilités infinies (ou du moins théoriquement infinies) que recelait l’existence humaine, rassemblées et suspendues là.
Ces ombres avaient épousé étroitement le corps de sa femme de son vivant, avaient bougé avec elle, reçu son souffle tiède. Mais Tony Takitani n’avait désormais plus sous les yeux qu’un troupeau d’ombres misérables, privées de vie, qui se desséchaient d’heure en heure. Ce n’étaient plus que de vieux vêtements dénués de la moindre signification. À force de les fixer ainsi, Tony Takitani se sentit oppressé. Les couleurs tourbillonnaient dans l’air comme du pollen, et venaient imprégner ses narines, ses oreilles, ses yeux. La présence des volants, boutons, épaulettes, poches plaquées, dentelles, ceintures, dont sa femme avait été si avide, paraissait raréfier étrangement l’air de la pièce. »


\Mots-clés : #nouvelle #solitude
par Tristram
le Sam 29 Avr - 12:47
 
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Sujet: Haruki MURAKAMI
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