Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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295 résultats trouvés pour nouvelle

Ihara Saïkaku

Histoires de marchands

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Histoires_de_marchands
L’Époque d’Edo (1603 – 1868) a vu trois écrivains se distinguer, chacun dans leur genre : Bashô dans le haïku, Chikamatsu dans le théâtre et Ihara Saïkaku dans des textes en prose qui dépeignent la vie urbaine d’alors, à Edo, donc, ou à Ōsaka, sa ville natale. On est frappé par ce réalisme des petites choses, cette recherche du détail, qui dans Vie d’une amie de la volupté, pouvait être assez étourdissante. Avec ces Histoires de marchands, la vue d’ensemble est peut-être moins négligée par le conteur, au détour d’une généralité ou d’une fabuleuse description.

Ihara Saïkaku a écrit:À l’ouest du pont de Naniwa s’alignent à perte de vue les maisons de milliers de courtiers, et les murs blanchis des magasins le disputent en éclat à la neige au point du jour. Les sacs de riz s’entassent en pyramides comme autant de montagnes qui se seraient déplacées, et quand partent les files d’hommes et de chevaux, l’on dirait d’un tonnerre souterrain qui ébranle les grands chemins. Chalands et barques à l’infini voguent sur les flots des rivières, comme feuilles de saule au vent d’automne, et les piques à riz que des jeunes gens manient avec vigueur semblent une forêt de bambou où gîte le tigre; les feuilles de registres tourbillonnent et les boules des abaques crépitent comme grêle; sur les trébuchets, le maillet sonne plus haut que la cloche qui annonce deux fois six heures, et le vent qui de la fortune agite les tentures des portes.



Histoires de marchands contient cinquante textes de trois ou quatre pages, au cours desquels on passe souvent d’un personnage à un autre ; cent personnages qui rencontrent l’infortune ou la fortune en espèce sonnantes et trébuchantes (à propos, le traducteur fait là un choix vraiment très discutable qui est de remplacer la monnaie japonaise de l’époque par doublons, écus et deniers). Saïkaku décrit diverses façons d’ordonner sa vie, des tempéraments : vivre au jour le jour ou voir à longs termes n’ont pas les mêmes conséquences. La galerie des caractères s’étend, pingres, roublards, sages ou ingénieux, ayant des ambitions plus ou moins grande sinon excessive. Il est si difficile de gagner de l’argent, si facile de le perdre, clame les personnages à plusieurs endroits, et pourtant nombre d’entre eux de découvrir des moyens d’en acquérir rapidement : les japonais de l’époque tenaient Histoires de marchands pour « un traité sur l’art et la manière de faire fortune » bien qu’il n’y ait pas d’accord parfait entre les différents discours du livre ; épargne, crédit, abstinence, chance ou talent sont tour à tour fin mot de l’histoire. Mais pour nous ces Histoires de marchands constituent des témoignages plutôt vivants (bien qu’assez répétitifs) d’une minuscule comédie humaine en quelques sortes, d’une société partagée entre les riches et les pauvres, mais où les rôles changent souvent.

Lu le 17 septembre 2022

Vie d'une amie de la volupté

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On trouvera dans ce livre d’innombrables détails sur Yoshiwara, où la narratrice, cette « amie de la volupté », passa sa vie, y exerça le métier de « marchande d’amour ». Sachant quelle importance eut ce quartier, qu’il se peut qu’il fut dans une certaine mesure le reflet de la société nippone du dix-septième siècle ; on peut presque se dire que le roman de Saikaku va, à la manière d’un guide, nous faire pénétrer dans les arcanes de cette culture ancestrale. On fait fausse route. Au lieu de réalisme, parlons plutôt d’une minutie qui nous perd dans une multitude d’usages minuscules, dans les vêtements ou les oreillers « de bois ». On reprend quelquefois son souffle en profitant du talent de l’haïkiste pour tracer fugacement un paysage.

Ihara Saïkaku a écrit:Les bonzesses, pour la plupart, portaient un vêtement ouaté en coton, couleur bleu clair. De largeur moyenne, leur ceinture, en étoffe de soie ryûmon, était nouée par-devant. Un voile noir, en soie habutae, leur enveloppait la tête. Pour coiffure elles avaient un chapeau en forme de champignon conique, faits de carex tressé, fabriqué originellement par O-Shichi de Fukae. Elles portaient toutes sans exception des chaussettes de coton renforcées de festons ondulés faits de fils de même matière. Leur pagne de soie était court. Leur tenue, uniforme. La boîte dont elles étaient munies contenaient des amulettes du temple de Kumano, des coquillages sugai et une paire des assourdissantes claquettes yotsu-take.


En fait de reflet, nous en avons un aux contours indiscernables, et c’est peut-être cela qu’on appelle le « monde flottant », c’est-à-dire un monde fait d’autant d’impermanence que d’apparences, de tromperies, de jeux et de mensonges, en somme, d’irréalité. On s’y perd à plus forte raison s’il on est un lecteur occidental et néophyte en culture japonaise (et même si on ne l’est pas, j’imagine). Les intrigues, fourberies et vicissitudes racontées sont peu dissemblables mais sont assez souvent dotées de vérités psychologiques.

Lu le 3 Novembre 2019


\Mots-clés : #erotisme #nouvelle #viequotidienne
par Dreep
le Dim 18 Sep - 22:17
 
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Sujet: Ihara Saïkaku
Réponses: 3
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Antonio Tabucchi

Le temps vieillit vite

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Neuf récits :
Le cercle
Celui que forment les chevaux :
« Elle les regardait avancer, incapable de bouger, se rendant compte que l’espace de la vaste plaine avait faussé la perspective, ils étaient plus éloignés qu’il ne lui avait semblé, ou alors ils mettaient trop de temps à s’approcher, comme dans certaines scènes au cinéma quand les mouvements se font plus lents dans l’espace, presque liquides, comme si les corps étaient dotés d’une grâce cachée qu’un étrange sortilège nous révèle. Ainsi avançaient-ils, les chevaux, avec cet enchaînement fluide que nous donne parfois le rêve, comme s’ils flottaient en l’air, mais leurs sabots touchaient terre parce que derrière eux s’était élevé un épais rideau de poussière qui de ce côté-là voilait l’horizon. Ils avançaient en changeant de disposition, tantôt en file indienne, tantôt s’ouvrant en éventail, tantôt s’écartant comme si chacun poursuivait un but différent, et se réunissant finalement en une file compacte, tandis que la tête et le cou de chacun suivaient le même rythme à la même cadence au moment de s’ouvrir à nouveau en éventail, comme une onde marine faite de plusieurs corps. »

Ploc plof, ploc plof
Discopathie d’un écrivain :
« Il resta suspendu dans son mouvement, si cela peut être, comme dans certains tableaux des baroques italiens où la sainte ou le saint, gracieusement tarentulés par le jeûne ou par le Christ, sont demeurés en suspension dans un mouvement que le peintre a saisi à jamais de son coup de pinceau, car les peintres fous, qui sont les génies, ont une extraordinaire capacité à cueillir le mouvement non fini du personnage qu’ils figurent, habituellement fou lui aussi, et le miracle pictural s’accomplit en une forme de bizarre lévitation qui semble faire abstraction de la force de gravité. »

Nuages
Néphélomancie (divination par la forme des nuages) d’un ancien militaire avec une enfant.

Les morts à table
Un espion de l’Est à la retraite à Berlin, nostalgique de « l’époque où sa vie avait un sens. »

Entre généraux
« László » est un officier hongrois qui résista lors de l’invasion soviétique. Jeté en prison, il sera réhabilité et fait général ; il voudra alors rencontrer son homologue russe.

Yo me enamoré del aire
Souvenir musical en Amérique latine.

Festival
Intéressant aperçu sur la Pologne rouge, le cercle vicieux de son administration qui doit admettre un avocat de la défense dans les procès perdus d’avance (course d’Achille et la tortue) – sauf quand ils sont enregistrés par une caméra (même sans pellicule) !
« …] il était simplement un des réalisateurs des Études de l’État pour le documentaire, un institut d’État, et il lui était venu l’idée de faire un documentaire sur les procès intentés à des citoyens accusés d’activité contre l’État, et il avait ainsi demandé un permis régulier à l’État, et évidemment l’État le lui avait octroyé, parce qu’une institution étatique ne peut pas nier le droit à un de ses réalisateurs de filmer les procès qui concernent l’État. »

Bucarest n’a pas du tout changé
Un vieux juif roumain évoque la dictature du couple Ceausescu, et le retour d’un rêve récurrent.

Contretemps
Un participant à un colloque en Crète envisage de profiter de ce séjour pour jeter sur le papier l’histoire qu’il a en tête ; mais il bifurque…
« Et cette histoire-là, qu’il s’était racontée de si nombreuses fois qu’elle lui semblait un livre déjà écrit et qui était très facile à dire dans la parole mentale avec laquelle il se la racontait, était en revanche très difficile à écrire avec les lettres de l’alphabet auxquelles lui aussi avait recours quand la pensée doit se faire concrète. C’était comme s’il lui manquait le principe de réalité pour écrire son histoire, et c’était pour cela, pour vivre la réalité effective de ce qui était réel en lui mais qui ne réussissait pas à devenir vraiment réel, qu’il avait choisi ce lieu. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 11 Sep - 12:50
 
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Sujet: Antonio Tabucchi
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José Cardoso Pires

La République des corbeaux

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Sept textes:

La République des corbeaux
Vincent, un corbeau, vit dans une gargote lisboète ; animal emblématique de la ville, il y déambule, promenant un regard grincheux sur celle-ci.

Ascension et chute des cochons-volants
Un juge et un chirurgien, « les deux docteurs, celui du corps et celui de la raison », sont descendus dans le même hôtel d’une station thermale. Le premier observe des cochons qui volent avec des ailes de chauve-souris au coucher du soleil, ce qui laisse dubitatif le second, surtout lorsque le juge lui expose sa théorie des « animaux intérieurs » à chaque personne. Il y a aussi une petite fille fort attachée à son âne en peluche, et en piteux état.
« Dieu créa le chien et, comme celui-ci ne le lâchait plus d’une semelle, il créa l’homme pour s’en libérer. »

Les cafards
L’Ingénieur « Franz Kapa, ou encore Franz K. » a fui les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, et est devenu responsable d’une mine vite abandonnée. Il s’y adonne à l’étude des insectes, et à sa peur des cafards.

Lulu
« Une bonne fois pour toutes : la nébuleuse rue du Bison que j’évoque dans le roman d’Alexandra Alpha ne s’appelait nullement ainsi ; peut-être même n’a-t-elle jamais existé. »

Suite à cet incipit, le narrateur-auteur autofictionnel à la Enrique Vila-Matas nous relate comme il rencontrait dans la Crémerie du Bison Bernardo Soares, traducteur de T. S. Eliot et locataire de la maison où Sandra Lulu attend son fiancé, militaire parti guerroyé en Afrique après l’avoir mise sous la garde de Duc, un chien-loup « puritain et militariste » …

Les pas perdus − Rapport sur un Congrès
« …] tous les congressistes étaient d’un aveuglement érudit [… »

Parabole sur l’aveuglement des décideurs internationaux.

Son Excellence le Dinosaure
« Car voilà quelqu’un à qui on vola sa propre mort, en châtiment du mensonge par lequel il s’inventa lui-même. »

« …] il avait le corps et l’âge de la mort et ne répondait qu’au titre d’
EMPEREUR
Dinosaure Premier, Empereur et Maître. »

Célèbre pamphlet qui éreinte Salazar, mais aussi les « docteûûrs », le clergé, l’armée, grosso modo tout l’establishment portugais du milieu du XXe. Escargots citadins et paysans de l’intérieur ; torture des mots ; la statue de l’Empereur…
En l’absence de notes explicatives et à défaut de bien connaître l’histoire portugaise, j’ai manifestement manqué nombre d’allusions et références, ce qui est gênant dans une satire, ici du pouvoir dictatorial.

L’oiseau polyglotte
Et aussi un peu caméléon, ramené d’Angola, et ne parlant guère.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 1 Sep - 13:19
 
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Sujet: José Cardoso Pires
Réponses: 4
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Belen

Le Réservoir des Sens

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 41inpdfe7gl

Signé d’un pseudonyme, « Belen » ― Soupault et Mandiargues prétendaient ne pas savoir qui se cachait derrière, on sait depuis de qui il s’agit ― Le Réservoir des Sens est composé d’une vingtaine de nouvelles (ou proses) de trois à dix pages. Il est presque toujours question, pour ces personnages, d’une rencontre intense mais sans suite. Des rencontres étranges, où concupiscence s’accorde avec prédation (souvent féminine) où le désir permet de conjurer la peur et éventuellement la mort. Belen installe une atmosphère par la parole directe de son personnage, jouant sur les mots et sur les mythes (de Circé aux vampires, en passant par Juda et Tantale) pour provoquer une chute plus ou moins attendue sinon quelque peu éculée. Sauf exceptions, où forte d’une situation compliquée, tordue et surtout équivoque, la drôlerie parvient jusqu’au lecteur, comme dans La Fonction créé l’orgasme ou dans la nouvelle éponyme, ou, dans une veine nettement surréaliste, Lorsque la femme parée.


\Mots-clés : #erotisme #nouvelle
par Dreep
le Mer 10 Aoû - 18:40
 
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Sujet: Belen
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Adolfo Bioy Casares

Nouvelles démesurées

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Nouvel14

Dix nouvelles :
Plan pour une fuite à Carmelo :
Variation sur le thème de la recherche de l’immortalité, l’eugénisme et le géronticide.

Masques vénitiens :
Poursuite d’une femme aimée à Venise, pendant le carnaval.

Nouvelle démesurée :
Le docteur Haeckel – le célèbre théoricien évolutionniste ? −, voulant « rendre la jeunesse » à un patient, Le Bœuf, l’a transformé en géant par excès de croissance…
On y apprend notamment comment un Argentin fait face à une avalanche de neige en Europe :
« Une énorme masse blanche percuta violemment le côté droit de mon véhicule, le secoua et le projeta contre le flanc de la montagne. Un choc identique sur le côté gauche m’aurait précipité dans le vide. J’accélérai. Grâce aux chaînes, la voiture se rééquilibra et reprit sa route. Je n’eus pas le courage de m’arrêter et d’élucider le mystère. »

L'horloger de Faust :
Olinden, un autre malaimé, vend deux fois son âme au diable, et aussi au Dr Sepulveda, pour « retarder [son] horloge biologique ».

Le Noumène :
Ou le funeste cinématographe de M. Canter…

Trio :
Trois nuits, trois femmes, et le Dr Herrera.
« La franchise les conduisit de fil en aiguille à la rupture et à la séparation. »

« Je poursuis un but presque impossible, mais je m’efforce de croire que nous nous reconnaîtrons, si je la croise, par une sorte de révélation mutuelle, car l’entente entre un homme et une femme est parfois aussi unique que les individus. »

Un voyage inattendu :
Le nationalisme xénophobe du colonel Rossi et la dérive des continents.

Le chemin des Indes :
Orgueil national à propos de l’inventeur de la lotion triomphatrice de la calvitie. On retrouve le ton des ouvrages écrits an collaboration avec Borges.

La chambre sans fenêtres :
Rencontre de la limite de l’Univers dans Berlin-Est.

Le rat, ou une clé pour le comportement :
Sous la forme d’une brève pièce de théâtre, un drame qui demeure ouvert.

Toujours aussi intelligent, cultivé en sciences et philosophie − et abscons !

\Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Ven 5 Aoû - 11:55
 
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Sujet: Adolfo Bioy Casares
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Thomas McGuane

La fête des Corbeaux


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Recueil de dix-sept nouvelles :

Un problème de poids
La maison au bord de Sand Creek
Ma grand-mère et moi
Les enjoliveurs
Sur une route en terre
Une vue dégagée vers l’ouest
Le ragoût
Un bon filon
Un vieil homme qui aimait pêcher
Une fille de la prairie
Le bon Samaritain
Les étoiles
Le shaman
Partie de pêche à Canyon Ferry
Camping sauvage
Une histoire lacustre
La fête des Corbeaux


Tranches de vie dans des ranches du Montana, mais aussi à la ville (et bien sûr pêche à la truite), qui tournent autour de rapports humains toxiques ou empreints de faiblesse, de l’enfance à la vieillesse. Perce aussi, souvent, une satire de la culture états-unienne contemporaine (l’argent, les banques), mais également des références à la nature.
J’ai particulièrement apprécié la première nouvelle, Un problème de poids (où le fils d’une « famille dysfonctionnelle » rejette l’idée d’une vie de couple), Les enjoliveurs (ou l’enfance morose d’Owen), Les étoiles (démêlés de Jessica avec les humains), Camping sauvage (deux vieux amis s’affrontent sourdement à propos d’une infidélité conjugale tandis qu’ils campent avec un guide assez instable) et la dernière, l’éponyme (deux frères ont placé leur mère veuve atteinte de démence sénile en maison de retraite, et elle évoque un amant Crow…)
« Il avait sombré dans la dépression, découvrant qu’il n’est pas de maladie plus brutale, plus profonde, plus implacable, et qui fait une ennemie de la conscience elle-même. »
Le bon Samaritain

« De même que les géologues s’émancipent dans le temps, pensa-t-elle, les astronomes s’affranchissent grâce à l’espace. »
Les étoiles

« La chienne, qui avait mordu son maître la première fois qu’elle l’avait vu soûl, le regardait désormais avec un détachement similaire à celui d’Owen. »
Les enjoliveurs

« Je ne vois pas bien ce que les écolos trouvent à tous ces arbres, dit Jack.
− La nature nous hait. On sera sacrément vernis de quitter ce trou et de retrouver la civilisation. »

« Mon père était boucher et moi, je suis chirurgien, dit Tony. Je suis sûr que tu as entendu pas mal de plaisanteries là-dessus en ville.
− Oui, en effet.
− Le plus bizarre, c’est que je ne voulais pas être chirurgien, mais boucher. L’accession classique de la seconde génération à un genre de stratosphère où on ne se sentira jamais à sa place. Où on ne sait jamais vraiment où l’on en est. »

« Il lui apparaissait que la nature et la vie étaient exactement pareilles, mais il n’arrivait à formuler la chose. »
Camping sauvage


\Mots-clés : #humour #Nouvelle #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Ven 3 Juin - 17:21
 
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Sujet: Thomas McGuane
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Bernard Malamud

L'homme dans le tiroir

Tag nouvelle sur Des Choses à lire L_homm14

Huit nouvelles, dont je retiens ceci :
Le cheval qui parle
Abramovitz est un cheval qui parle (ou un homme dans un cheval), et son maître, le sourd-muet Goldberg, le maltraite quand il pose des questions qu’il ne doit pas poser, telles que sur son origine ou son sort ; il dit les réponses, puis les questions, dans un cirque, et rêve de liberté.
« Et quand il rit, il pleure. »

« Une fois que vous commencez à poser des questions, elles se suivent les unes les autres, et à la fin ça n’a plus de fin. Et s’il s’avérait que je me pose continuellement la même question, avec des mots différents ? Je continue à vouloir savoir pourquoi je ne peux pas poser de questions à propos de quoi que ce soit à ce grossier personnage. »

Mon fils l’assassin
Sur l’incommunicabilité intergénérationnelle.

Le chapeau de Rembrandt
Un professeur d’histoire de l’art s’interroge sur un sculpteur peu communicatif, en fait sidéré par son peu de talent.

L'homme dans le tiroir
Plutôt une novella, où Howard Harvitz, journaliste indépendant juif-américain, visite l’Union soviétique et rencontre un chauffeur de taxi-écrivain qui le conjure d'exfiltrer ses textes en Occident.
« − Pour le moment j’écris "pour mon tiroir" plutôt. Vous connaissez cette expression ? Comme Isaac Babel, je suis devenu maître du genre du silence. »

« − D’abord, écoutez, fit Levitansky en frappant la table du plat de la main. Je suis dans une situation désespérée. J’écris depuis des années mais pratiquement rien n’a été publié. Par le passé un… non, deux éditeurs qui m’aimaient bien m’ont dit, en tête-à-tête privé, mes histoires sont excellentes mais je viole le réalisme social. Ce que vous appelez l’objectivité, ils ont appelé "naturalisme excessif et sentimentalisme". Il est difficile d’écouter des pareilles sottises. Ils me conseillent de nager en fait sans me servir de mes jambes. Ils m’ont averti ; et ils m’ont donné des excuses que je ne respecte pas du tout. Ils m’ont dit même eux que j’étais fou alors que j’avais expliqué que j’offrais mes nouvelles pour la raison justement que l’Union soviétique est grand pays. Une nation grande n’a pas peur de ce qu’un artiste peut écrire. Une nation qui est grande respire à pleins poumons le travail de ses écrivains, de ses peintres, de ses musiciens, et devient grande encore plus, encore plus saine. C’est ce que je leur ai dit, mais ils me répondaient que je ne suis pas réaliste assez. C’est la raison pour que je n’ai jamais été convié pour faire partie de l’Union des écrivains russes. Et sans cela, on ne peut se faire publier. »

« Cela est ce que je pensais, ou tentais de penser, mais je ne pense plus maintenant ainsi. Je ne crois plus au partiinost, qui est la pensée dirigée, une expression qui est pour moi très ridicule et absurde. Je ne crois plus à la bolchevisation de la littérature. Je ne crois pas qu’est achevée la Révolution dans un pays des romanciers non publiés, et les poètes, et les auteurs dramatiques qui cachent au fond de leurs tiroirs et dans les boîtes des bibliothèques entières de la littérature qui ne jamais sera imprimée, ou bien qui sera publiée alors si elle l’est quand ils pueront déjà dans leur tombe. »

Billets de dame à une soirée
Une maîtresse de maison peut-être un peu inconséquente…

La lettre
Visites dominicales à l’asile psychiatrique.

La retraite
Retour de flamme…

La couronne d’argent
Croyance juive ou récit fantastique ?

Des nouvelles de la maturité, me semble-t-il, en tout cas plus abouties que celles de Malamud que j’ai pu lire jusque-là. Toutes traitent peu ou prou de la difficulté à communiquer.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 4 Mai - 12:58
 
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Sujet: Bernard Malamud
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Junichiro TANIZAKI

Le Tatouage et autres récits

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Le Tatouage
Seikichi, un jeune tatoueur réputé et cruel qui cherchait une jeune beauté selon son désir pour lui « instiller toute son âme », suborne une future geisha et lui montre deux peintures anciennes, une princesse contemplant un homme qui va être immolé, et une femme regardant un monceau de cadavres, lui disant que c’est sa propre image. D’abord terrifiée, elle se soumet, puis est révélée à elle-même par le tatouage.

Les Jeunes Garçons
Ei-chan, le narrateur, est invité par son condisciple, le timoré Shin.ichi, à jouer chez lui, où il se révèle dominateur, notamment avec Senkichi, pourtant chef de bande à l’école. Mitsuko, sa sœur, se mêle bientôt à eux, et c’est alors une succession de fantasmatiques jeux sadomasochistes.

Le Secret
Le narrateur décide de faire une retraite secrète à l’écart des turbulences de Tôkyô.
« Il ne peut pas ne pas y avoir, me disais-je, coincée au milieu de la cohue des rues populaires, quelque oasis de paix où ne passent qu’exceptionnellement des gens bien déterminés dans des circonstances bien déterminées ; exactement comme dans un torrent impétueux se forment ici et là des trous d’eau dormante. »

Il mène dès lors une existence clandestine, lisant romans policiers et histoires criminelles, se déguisant pour sortir, puis se travestissant en femme.
« Environ une semaine plus tard, un soir, un incident imprévu, un curieux concours de circonstances, furent le point de départ d’une aventure passant toutes les autres en étrangeté, en fantaisie, en mystère. »

Il croise une femme avec qui il eut une aventure, dont la beauté l’éclipse et qui le débusque.
« Vous trouvez sans doute singulière ma toilette de ce soir ; mais c’est qu’il n’est pas d’autre moyen que de changer ainsi de mise tous les jours si l’on veut dissimuler aux gens ce que l’on est réellement. »

Il fréquente de nouveau « la femme d’un songe, qui habite le pays des chimères » sans même connaître son adresse, emmené là en pousse-pousse les yeux bandés ; parvenu à découvrir le chemin de son domicile, il sera dégrisé au terme de ses déambulations dans les rues, dont il se demande depuis le commencement combien il ne connaît pas dans la ville (et ce texte constitue un beau morceau d'urbex)…
Tanizaki, écrivain de la sensualité hors-norme dans un style magnifique, dès ses premières œuvres.

\Mots-clés : #nouvelle #psychologique #sexualité #urbanité
par Tristram
le Sam 30 Avr - 14:49
 
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Sujet: Junichiro TANIZAKI
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John Irving

Les rêves des autres

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Les rêves des autres
Fred vient d’être quitté par sa femme (et sa fille), et découvre qu’il a le don de partager les rêves des personnes qui ont dormi là où il dort.

Un énergumène passe à table
Ernst Brennbar passe par une période post-prandiale plutôt chargée, et réagit à une conversation sur les discriminations comparées en intervenant pour soutenir les boutonneux ; il s’insurge au premier degré, mais sa femme transforme adroitement sa diatribe à titre personnel en métaphore de l’intelligence…
« C’est du racisme anti-boutonneux, voilà ce que c’est ! De l’acnophobie. »

« − C’est vrai que les gens intelligents constituent la minorité la plus infime. Il leur faut donc supporter la médiocrité bêlante et l’idiotie flagrante de tout ce qui est populaire. La popularité est probablement la pire insulte pour une personne intelligente. C’est pour ça, poursuivis-je avec un geste en direction de Brennbar, qui ressemblait à une nature morte, c’est pour ça que l’acné est une métaphore adéquate pour dire le sentiment d’impopularité qu’éprouvent les gens intelligents. Car l’intelligence est impopulaire, évidemment. Personne ne les aime, les gens intelligents. On ne leur fait pas confiance : leur intelligence cache peut-être une forme de perversité. C’est un peu comme de penser que ceux qui ont des boutons ne sont pas propres. »

Une facétie étrangement actuelle…

L’espace intérieur
Un urologue et sa femme passionnée d’aménagement intérieur, notamment de leur nouvelle maison, dont un beau noyer surplombe la toiture, ainsi que celle du voisin… La saison des noix arrive, tandis que le médecin tente de convaincre ses patients étudiants d’informer leurs conquêtes de leurs maladies vénériennes…

Dans un état proche de l’Iowa, ou l’itinéraire qui mène à l’état de grâce
Road trip d’un États-Unien qui fait équipe avec son véhicule, apparemment plus qu’avec son épouse…

Un royaume de lassitude
Minna, proche de la retraite, travaille dans un foyer de jeunes étudiantes ; ses confortables positions dans l’existence seront un peu chamboulées.

Faut-il sauver Piggy Sneed ?
Ce texte est peut-être celui qui m’a le plus touché, déjà à ma première (et ancienne) lecture : d’abord, Irving confie sa façon de fabuler à partir d’une expérience personnelle. Voici l’incipit :
« Ce qui va suivre est autobiographique, mais, entendons-nous bien, pour l’écrivain non dépourvu d’imagination, toutes les autobiographies sont truquées. La mémoire d’un auteur de fiction ne saurait lui fournir que des détails peu satisfaisants ; il nous est toujours possible d’en imaginer de meilleurs, de plus adéquats. Le détail juste est rarement ce qui s’est produit sans retouches ; le détail vrai, c’est ce qui aurait pu, ou qui aurait dû, se produire. Je passe la moitié de ma vie à me relire et, sur cette moitié, la moitié du temps à introduire de menus changements. La condition de l’écrivain exige qu’il sache allier l’observation minutieuse à l’imagination non moins minutieuse de ce qui ne lui a pas été donné d’observer. Quant au reste, il consiste à se colleter proprement avec le langage ; pour moi, en l’occurrence, travailler et retravailler les phrases jusqu’à ce qu’elles sonnent avec la spontanéité d’une conversation de niveau agréable. »

Ensuite, l’histoire est celle d’un misérable demeuré en butte aux blagues et moqueries de jeunes enfants, dont le narrateur-auteur, qui interroge la question du harcèlement des plus faibles d'une manière intimement liée à la démarche littéraire.

Mon dîner à la Maison-Blanche
Un deuxième texte apparemment autobiographique, une tranche de vie d’Irving dans le Vermont, et l’affirmation de sa position démocrate.
« Et, comme une soirée de fin d’année, mon dîner à la Maison-Blanche est suivi d’un bal − après tout, Hollywood est au pouvoir. »

Il me semble avoir toujours plus ou moins considéré Irving comme un auteur « gentil » ; malgré la connotation péjorative du terme, ce n’est pas si négatif, et ils sont plutôt rares dans ce genre…

\Mots-clés : #humour #nouvelle
par Tristram
le Dim 24 Avr - 13:16
 
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Sujet: John Irving
Réponses: 22
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Julio Cortázar

Tous les feux le feu

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La première nouvelle, L'autoroute du Sud, est excellente. Un embouteillage gigantesque bloque cette autoroute peu après Fontainebleau un dimanche après-midi, et il durera plusieurs jours, plusieurs saisons même puisqu’après la canicule les automobilistes connaîtront la neige. Identifiés par leurs véhicules respectifs, plusieurs conducteurs et passagers se trouvent réunis et subsistent ensemble. Issus de différents milieux, ils forment peu à peu une communauté en rapport avec les groupes voisins, s’organisent autour d’un chef naturel, cherchent eau et nourriture, s’entraident, certains s’aiment, ou meurent. De cette expérience casuelle et incongrue, inepte et rageante, de voitures faites pour rouler et qui sont immobilisées sans recours, Cortázar bâtit une histoire convaincante, qui fait parfois sourire, et en dégage toute l’absurdité.
Incipit :
« Au début, la jeune fille de la Dauphine aurait bien voulu compter les heures, mais l’ingénieur de la 404 n’en voyait pas l’intérêt. »

La santé des malades raconte comment, dans une famille de Buenos Aires, pour la protéger on cache à la maman malade la mort de son fils, puis celle de sa sœur, dans une comédie savamment ourdie qui bientôt ne la convainc plus vraiment.

Réunion : débarquement guérillero dans la souffrance, avec che.

Mademoiselle Cora : c’est la jeune infirmière qui s’occupe d’un plus jeune garçon encore, fort materné et pudique, qui va être opéré de l’appendicite. Toute la narration est constituée de flux de conscience enchaînés, pensées intimes ou formulées, sans que soient toujours séparés les personnages, et sans que jamais le lecteur ne doute duquel il s’agit. Au début l’infirmière est détachée, d’ailleurs elle couche avec le chirurgien ; mais l’opération se passe mal, et elle s’attache de plus en plus à son patient. Ce texte est de nouveau une admirable réussite.
« Il doit croire que je suis sa mère, ils croient tous ça, c’est monotone à la fin. »

« Non, écoute, Maria-Luisa peut entrer, non pas ici, Martial. Naturellement, monsieur n’en fait qu’à sa tête, je t’ai déjà dit que je ne veux pas que tu m’embrasses quand je suis au travail, ce n’est pas bien. On dirait que nous n’avons pas toute la nuit devant nous, grand stupide. Allez, va-t’en. Va-t’en je te dis, ou je me fâche. Brute épaisse, idiot. Oui mon chéri, à tout à l’heure. Bien sûr que oui. À la folie. »

L'île à midi : un steward survole régulièrement une petite île grecque, et un jour il s’y rend. Il décide d’y demeurer, jusqu’à ce qu’à midi passe l’avion.

Directives pour John Howell : entré par hasard dans un théâtre londonien, il est absurdement contraint de jouer un rôle dans la pièce où une comédienne lui demande discrètement son secours ; il s’enfuit, faillissant – « C’est toujours la même chose ».

Tous les feux le feu : deux histoires intimement croisées, le cruel proconsul faisant mourir au combat le gladiateur qui a reçu un sourire de sa femme, l’amante remplacée par une cruelle qui lui annonce elle-même son éviction, une sorte de décompte sur la ligne téléphonique, une fin commune dans l’incendie.

L'autre ciel : le narrateur est partagé entre son existence familiale et professionnelle de courtier en Bourse rangé, et ses promenades dans le passage Güemès du Buenos Aires de son adolescence et la galerie Vivienne de Paris où il fréquente amicalement Josiane, une prostituée − son « ciel de stuc et de guirlandes » « retrouvé ». Un mystérieux tueur, Laurent, un énigmatique « Sud-Américain » hantent les lieux ; le personnage principal tente vainement de combiner ces deux parts de sa vie.
« …] je fus envahi par quelque chose qui était comme un abandon, le sentiment indéfinissable que les choses n’auraient pas dû se passer ainsi, que quelque chose en moi était en train de menacer le monde des galeries et des passages, ou pis encore, que mon bonheur en ce monde avait été un prélude trompeur, un piège fleuri, comme si l’une des frises de plâtre m’avait tendu une guirlande de fleurs fausses (et j’avais déjà pensé cette nuit que les événements se tressaient comme les fleurs d’une guirlande) [… »

De nouveau un texte fort habilement ourdi, par un magistral écrivain des univers entremêlés.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 6 Avr - 12:51
 
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Gérard Oberlé

Heptaméron avec Chardonnay

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Sur le modèle de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, lui-même inspiré du Décaméron de Boccace, Oberlé a composé sept nouvelles dans la continuité de ses Bonnes nouvelles de Chassignet – reprise de ce personnage d’humeur imprévisible, bourlingueur rebelle et bon vivant un peu sur le retour mais pouvant encore danser comme un ours dans ses bons jours, surtout fort cultivé, et fort buveur.

Première journée
Incipit :
« "C’est un taciturne, de mœurs occultes, de fréquentation sans agrément…" Ainsi parlait le naturaliste Jean-Henri Fabre pour présenter le scorpion languedocien, un compatriote qu’il avait observé sur les collines de Villeneuve-lès-Avignon. Poète, Fabre voit les insectes comme des personnes. »

Justin Galmiche est un affreux réactionnaire président d’une République imaginaire et troll sur le forum de Médiapart.
« Il répondait longuement à tous ses détracteurs, même aux plus imbéciles, avec un mépris cinglant et concis, aux autodidactes exaltés, aux couillons qui pensaient le flétrir avec l’épithète de bourgeois, aux pions des contemporaines bienséances offusquées par ses sarcasmes, aux calembourdiers incurables qui pullulent sur ce réseau, aux pseudo-spécialistes et autres experts en tout et en rien… Galmiche s’ébrouait dans ce marigot de platitudes claironnées, de bons sentiments imposés, comme un caïman insatiable. Fanfaron comme les autres, de mauvaise foi comme eux, il était tout ce qu’il y a d’infect, mais avec lui on ne s’ennuyait pas. »

Toujours les mêmes passions œnologique et gastronomique, bibliophile et littéraire :
« La "prise de voile" du savagnin et du chardonnay n’avait aucun secret pour moi. Jean-Claude Pirotte m’avait introduit dans cette congrégation il y avait très longtemps. Le chardonnay, même voilé, adoucit, lénifie, tempère et rafraîchit le sang des carnes les plus hargneuses, le remède est avéré depuis Rabelais, médecin et grand amateur de vin blanc d’Arbois. »

« Après un exquis dartois de filets de soles nappé d’une réduction de chablis, crème, coulis de tomates et écrevisses, elle a présenté un imposant plat creux en argent où reposait un aloyau de bœuf bordé de tranches de ris de veau, de champignons tournés, de petits culs d’artichauts et d’œufs de caille. »

« Il connaissait tous ses livres, il avait lu tous ses livres. Voilà son originalité comme bibliophile. Sa bibliothèque était copieuse, mais choisie. »


Deuxième journée
Volodia est brillant thésard et « fringant acrobate féru de poésie baroque », dont le prénom ramentoit à Chassignet son binôme dans la Légion, quand le 3e R.E.I. perçait la route de l’est en Guyane – un étrange et complexe personnage dans une novella à tiroirs et rebondissements.
« Son goût pour le macabre, y compris dans ses recherches universitaires, témoignait certainement d’un masochisme essentiel et trahissait peut-être une inconsciente cruauté. »

« Le rinçage au ratafia avait rebouté mes viscères. Cette guérison miraculeuse m’a convaincu d’accepter l’invitation à dîner, une dînette improvisée, diététique en diable, cassolettes d’escargots au chablis, beignets de cervelle d’agneau, sanciaux rissolés au saindoux et surprise glacée aux marrons. »


Troisième journée
Histoire d’une admiratrice excessive, surtout opportunité d’une jouissive chronique des salons du livre, « les grands souks de la bouquinaille ».

Quatrième journée
Terrible histoire de corbeaux, introduite par une anecdote rapportée par Jim Harrison.

Cinquième journée
Portrait d’un mythomane qui s’adonna trop au chablis.
« Chablis a mis beaucoup de printemps dans mes automnes, comme un petit clin d’œil de pâquerettes quand pointent les colchiques. »


Sixième journée
« Le secret des Mathivat n’était qu’une banale anecdote, une de ces petites misères de la vie conjugale qui assaisonnent la maussaderie matrimoniale d’un peu de piment. »


Septième journée
Une facétie achève l’ouvrage.

Dans ces contes relatés aux veillées postprandiales avec son alter ego, conversations de bon ton, Oberlé renoue avec le genre commun à Barbey d'Aurevilly, Jean Ray et tant d’autres, propre à introduire des confidences, des souvenirs, des fictions telles que plausibles.
« Nous avons l’habitude de lever nos verres pour porter des toasts aux espèces mal-aimées, divinités abolies, animaux nuisibles, mauvaises herbes, politiciens véreux, poètes mabouls, chanteurs sans voix, chirurgiens alcooliques… »

Le style de ce recueil (qui m’a davantage plu que le précédent), à la fois cultivé et plaisant, est surtout caractérisé par son vocabulaire très riche − mots rares, désuets, régionaux, y compris termes issus d’autres langues que le français, et assaisonné de sentences latines.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 29 Mar - 12:45
 
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Gérard Oberlé

Bonnes nouvelles de Chassignet

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Le narrateur-auteur évoque son ami Morvandiau, Chassignet, avec qui il partage régulièrement crus bourguignons et culture littéraire (et a une forte ressemblance avec Oberlé) ; il raconte trois histoires personnelles.

Mitzi
Chassignet hiberne comme de coutume à Assouan, où il a ses habitudes et amis nubiens. J’ai particulièrement apprécié l’exposé de cette région d’Égypte, d’autant que je l’ai fréquentée à la même époque (qu’on peut précisément dater de fin 1997, par rapport au récent massacre de Louqsor).
Mitzi est une belle et riche veuve qui loge au célèbre vieil hôtel Old Cataract, et intrigue Chassignet ; elle fréquente le felouquier Aïman, se marie avec lui, se retire dans le village de ce dernier, et se suicide. L’étrange comportement d’une sarcelle observée dans les marécages morvandiaux lui ramentoit celle vue dans une roselière égyptienne – la même ?

Rafalé
Nouvelle-Calédonie, 1987, sur les traces de Louise Michel déportée là après la Commune, qui s’intéressa aux langues et mythes kanaks.
Le narrateur, parvenu dans une zone écartée, rencontre un rafalé, vieux blanc réduit à l’état d’épave.
Littré a écrit:Rafalé : Terme de marine. Qui a subi des coups de vent inattendus, des rafales. Un navire rafalé.
Fig. et familièrement. Se dit d'un homme qui manque d'argent ou de choses indispensables, qui a subi des revers de fortune.

« Les bourlingueurs se lient plus facilement que les sédentaires. La brièveté du contact encourage sans doute à mettre le temps à profit. On sympathise en quelques heures. Dans la vie ordinaire, il faut des semaines, voire des mois avant d’en arriver à ce degré d’intimité. »

« Les amitiés passagères ont le charme des amours de vacances, un charme rompu d’avance. On sait que l’attachement est à courte échéance et c’est peut-être sa précarité qui lui donne de l’essor. »

« Pour avoir traîné ma neurasthénie sous bien des climats pendant mes jeunes années, j’avais compris depuis longtemps qu’il fallait respecter, observer et parfois adopter les mœurs, coutumes et codes des pays où l’on voyage. J’ai toujours suivi cette règle, par devoir de politesse, par goût pour la nouveauté et la singularité, mais également par mesure de prudence. »

White Trash
Road trip de Miami à l’Arizona à l’époque où un Français est un chicken comme Bush bombarde l’Irak avec la défection française.
Mésaventure dans un bled du Sud :
« On s’est imaginé que vous étiez une bande de gangsters version plouc et que vous nous gardiez prisonniers au tarif peau de fesses. »

Cette novella et ces deux nouvelles valent surtout pour l’expérience de voyages en immersion.

\Mots-clés : #nouvelle #voyage
par Tristram
le Jeu 24 Mar - 13:02
 
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Antonio Lobo Antunes

Dormir accompagné (Livre de chroniques II)

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De délicieuses nouvelles brèves, bourrées de remarques originales, marquées d’humour fin, mais parfois fort grinçant, plus souvent mélancoliques, poétiques : des fictions et des souvenirs, fréquemment situés à Benfica (Lisbonne). Personnages humbles, fracassés par l’existence (quelque infirmité), carnaval et foire populaire, l’enfance (fumer en cachette), l’hôpital, la guerre d’Angola...
Dans Portrait de l'artiste en jeune homme :
« Et c'est seulement faute de vocation pour la carrière de retraité, de martyr ou d'otage que j'ai fini romancier. »

Dans Chronique de carnaval :
« ...] les princes, les fées et les policiers
(les trois seules professions que je trouvais sublimes à l'époque et aujourd'hui encore, au plus profond de moi, je continue à le croire) »

Le style est suggestif, avec des reprises et des apartés dans des renvois à la ligne originaux, suscitant une agréable lecture ; il m’a paru excellemment traduit par Carlos Batista.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 20 Mar - 11:46
 
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Adolfo Bioy Casares

Nouvelles fantastiques

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Nouvel13

Relecture d’un recueil qui m’avait beaucoup plu.

Le crime de Carlos Oribe
Le narrateur rapporte ce qu’il advint à General Paz (district du Chubut en Patagonie) en 1933 à ses deux amis, Juan Luis Villafañe, un journaliste qui narre sa rencontre avec le poète Carlos Oribe.
Incipit :
« La réalité (comme les grandes villes) s’est étendue et ramifiée au cours de ces dernières années. Cela a influé sur le Temps : le passé s’éloigne à une vitesse inexorable. Dans l’étroite rue Corrientes, certaines maisons ont subsisté çà et là plus longtemps que le souvenir que l’on garde d’elles [… »

Le Danois Louis Vermehren vit à l’écart dans sa propriété La Adela avec ses quatre filles. L’une d’elles, Lucie, décède, et le médecin refuse d’aller au domaine pour délivrer le permis d’inhumer. Le premier narrateur résume la version de Villafañe, avant de la déconstruire :
« Mais récapitulons les faits : par la fenêtre de l’hôtel, à General Paz, Oribe et Villafañe aperçoivent au loin un bois de pins : c’est La Adela, une propriété où personne n’entre et d’où personne ne sort depuis un an ; Oribe prétend, un après-midi, qu’il ne quittera pas General Paz sans visiter cette propriété ; le soir venu, sous un faux prétexte, il sort de l’hôtel ; Villafañe sort également ; le lendemain matin Lucie Vermehren meurt et l’interdiction de pénétrer à La Adela est levée ; Oribe ne veut pas aller à la veillée funèbre ; puis il y va et circule dans la maison comme s’il la connaissait ; ensuite Vermehren tue Oribe. »

On apprend notamment que Vermehren « décida d’imposer à tous une existence scrupuleusement faite de répétition, pour que chez lui le temps ne passât point », et que le médecin avait diagnostiqué, un an et demi avant sa mort, que Lucie ne pouvait survivre plus de quelques mois…

À la mémoire de Pauline
Le narrateur, un écrivain, est amoureux de Pauline, avec qui il pense partager une profonde « conformité d’âme » :
« Je crus pouvoir expliquer cette ressemblance en me disant que j’avais dû être une première ébauche, bâclée et confuse, de Pauline. »

Mais Pauline se fiance avec Julio Montero, aussi littérateur, assez piètre selon le narrateur qui l’exècre.
De retour d’Angleterre où il a étudié pendant deux ans, ledit narrateur revoit Pauline (dans un miroir) – et apprend que Montero la tua par jalousie la veille de son départ pour l’Europe. Dans un finale atterrant, il comprend de Pauline ne l’a jamais aimé et que son ultime apparition était une projection du ressentiment de Montero. J’avais déjà beaucoup apprécié à ma première lecture cette poignante histoire d’amour.

Une histoire extraordinaire
Le narrateur, un éditeur, est invité par Roland de Lancker dans sa maison de campagne pour y discuter la mise sur pied d’une académie littéraire. L’hôte, un original impie et cultivé, dispute son élève Olivia (aux belles jambes) aux pudibondes brigades du père O’Grady.
« Je n’aime pas une morale prosélyte, qui institue un système grossier de récompenses et de châtiments, une morale qui dépêche en enfer ceux qui n’ont pas la foi, qui est obsédée, comme une vieille fille aigrie, par le spectacle de la vie amoureuse des autres. Le christianisme va contre la vie même ; il la rétrécit, freine ses élans. N’a-t-il pas dépeuplé le monde de ses dieux antiques, qui étaient les forces qui aidaient à vivre ? Je ne cesse, voyez-vous, de déplorer la chute du panthéon païen. La nouvelle religion est triste ; elle trouve son plaisir dans la pauvreté, la maladie, la mort. Comme la légende de Faust, elle punit celui qui essaie de savoir et celui qui essaie de vivre, celui qui essaie de communier plus intensément avec le monde. Il faut mener sa petite vie, comme m’a dit une jeune fille, sans rien savoir de la vie éternelle. Il semblerait que l’Église et Goethe veuillent que les hommes soient comme ces pauvres qui sont si humbles qu’ils restent là où ils sont, sans poser de questions ni prétendre à quoi que ce soit. »

Lancker est en fait un païen polythéiste, sacrilège choquant la compagnie dévote dans sa lutte contre le christianisme, qui prend une dimension aussi surnaturelle que facétieuse.
Ce récit fait nommément référence à Magique, la pièce de Chesterton ; Borges appréciait également beaucoup cet auteur, et tout le recueil est fortement influencé par la littérature anglo-saxonne – et parcouru d’un humour chestertonien.

La servante d'un autre
Tata Laserna, femme du monde et à hommes, s’évanouit lorsqu’un explorateur belge lui présente la tête de Célestin Bordenave, un ancien amant, réduite par les Jivaros. À propos des « Pygmées d’Afrique [qui] parviennent, eux, à réduire le corps tout entier et, fait essentiel, qu’ils ne tuent pas », est contée l’histoire du poète Rafaël Urbina, amoureux de la belle Flora, dans un style à la fois précieux et emprunté, déplacé et d’une grande élégance.

La mouche et l'araignée
Raoul est heureux avec sa femme Andrea, jusqu’à ce que la peu appétissante Mlle Krig, qui sait se faire aimer, leur dicte leurs rêves.

Le côté de l'ombre
Le narrateur rencontre, de passage sur un rivage exotique, un ami perdu de vue, riche collectionneur anglais. Toute l’approche laisse craindre sa déréliction, à laquelle il échappe après avoir écouté les mésaventures de Veblen, amoureux de l’intelligente et trompeuse Léda, puis ruiné, et enfin rejeté là avec une chatte, Lavinia.

Un lion dans le bois de Palermo
Un lion échappé du zoo près du Club athlétique provoque un retour à la nature agressive des humains qui s’y trouvent.

Le calmar aime bien son encre
Le tourniquet qui a cessé de fonctionner dans le jardin de Don Juan Camargo, qui fait emprunter des livres scolaires par son filleul, don Tadeito, homme à tout faire un peu simplet qu’on fait parler pour découvrir qui réside là.

Le grand Séraphin
Alfonso Alvarez, professeur d’histoire ayant besoin de repos et d’air pur, a quitté Buenos Aires pour la petite hôtellerie du Boucanier anglais, sur la côte. Les sources thermales empestent, et bientôt poissons et cétacés sortent de la mer. La petite communauté réagit singulièrement à la fin du monde, et Hilda la servante allemande le poursuit toujours de ses assiduités.

On ne rattrape pas les miracles
Curieuses rencontres, deux sosies de Somerset Maugham sur un paquebot, une femme aimée et morte, croisée dans un aéroport.

Le raccourci
Guzman, un voyageur de commerce, emmène avec lui son ami Battilana, à la réputation d’homme à femmes.
« Aujourd’hui je trouve tout, mais on a changé les distances. Ce ne sont plus les mêmes. Certaines ont raccourci, d’autres ont été allongées. »

La voiture s’embourbe, et ils cherchent du secours dans ce qui se révèle un bâtiment militaire, où on les arrête. Battilana avoue à Guzman fréquenter sa femme avant de séduire une monitrice à l’issue d’une kafkaïenne cour martiale. Le colonel dit à Guzman de s’enfuir lorsqu’il entendra la salve de l’exécution de Battilana – ce qu’il fait, organisant vite la poursuite de son existence.

Régal de lecture, même si la qualité des textes est inégale, mais où s’allient le talent du conteur et l’adresse pleine d’intelligence du bon faiseur.

\Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Dim 27 Fév - 11:39
 
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Colum McCann

La rivière de l'exil

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Douze nouvelles sur des Irlandais, en Irlande et aux États-Unis ; misère douce-amère et révoltée des déshérités.
In Sœurs, le premier texte :
« Je m’enroule comme un coquillage et j’écoute un bruit semblable à celui des vagues. »

Peu à ajouter pour ma part, sinon que c’est bien écrit, et que le rendu est humain quoiqu’assez désolant.


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Lun 14 Fév - 10:55
 
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Jacques Abeille

Les Carnets de l'explorateur perdu

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Les_ca11

Divers textes ethnologiques étudiant la légende et les faits en marge de l’invasion barbare de Terrèbre, dans le Cycle des Contrées, et attribués à Ludovic, le narrateur des Voyages du fils.
Les cavalières : le corps franc de cavalières alliées aux barbares fut-il mythique ? Cinq témoins confirment leur existence, variant de façon souvent érotique autour du thème des Amazones.
Beaucoup d’évocation de trahisons, comme dans L’arbre du guerrier.
Contacts de civilisations entre les steppes et les jardins statuaires imagine une origine possible de la culture des statues.
Deux mythes du désert : Sur l'origine de la parole et Sur l'origine des images.
« Il y eut une histoire quand Inilo s’assura que de tout ce qui existe on trouve trace. Et cela l’effraya car celui qui regarde une trace, si c’est à la chasse, il est derrière sa proie, mais celle-ci est absente. Quand il rejoint sa proie, il n’y a pas de trace ; c’est la proie qui se dresse sur la place de sa trace. Enfin, quand la proie n’est plus, la trace reste bien que le chasseur accroisse ses forces. Et voici ce qui effraya Inilo davantage encore : quand le chasseur a atteint sa proie et qu’il s’en nourrit et en nourrit les siens, ce n’est plus vers la proie que mène la trace mais vers le chasseur. Et chaque jour de nouvelles traces vont vers le chasseur qui, au fur et à mesure qu’il avance en âge, traîne à sa suite tout un réseau de traces toujours plus innombrables. »

« On dit aussi que les hommes, longtemps avant de se soucier de construire, ébauchèrent des ruines. »

Bonda la lune, cosmogonie et littérature chez les minorités désertiques : sur le thème de la lune et du soleil, pôles féminin et masculin.

Dans l'ensemble, c’est toujours la même anthropologie fictive servie par un français châtié, poétique.

\Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Dim 13 Fév - 10:55
 
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Sujet: Jacques Abeille
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Maurice Renard

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 51drry10

Le Professeur Krantz

Plus de dix ans qu'il était là le goût de reviens-y depuis ma précédente lecture de l'auteur !

Nouvelle assez courte qui étire son suspense avec un savoir faire certain pour nous faire cogiter jusqu'au dénouement. Dénouement qui n'est d'ailleurs pas la clé la plus intéressante. En effet c'est le dosage de l'appel du pied au fantastique pour planter son ambiance qui est intéressante et le positionnement par rapport au personnage du professeur et à la science voire l'autorité qui complémente de façon doucement piquante cette histoire simple mais étrange...


Mots-clés : #nouvelle
par animal
le Mar 18 Jan - 21:20
 
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Yi Sang

Les Ailes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Unname16

Figure de l'avant-garde littéraire coréenne dans les années 30, et figure tragique : Yi Sang se fait connaître vers 23 ans, meurt à 26 (du fait de la maladie et de son emprisonnement par les japonais pour "délit d'opinion"). Yi Sang est quasiment inconnu en France. Pour les coréens, non seulement son œuvre mais sa personne sont emblématiques. Mais on voit à quel point les deux sont liés en lisant sa poésie et sa prose : Yi Sang met en scène sa propre image, de façon constante ; c'est ce qui lie les trois nouvelles du triptyque Les Ailes, au point qu'on a l'impression de lire qu'une seule histoire.

Yi Sang se regarde dans un miroir, il fume, il marche en ville ou se réfugie dans sa chambre. Ces images structurent vaille que vaille ces tribulations indécises, ces rencontres et ces séparations incessantes d'un homme suicidaire, tour à tour amant des femmes de plaisir (gisaengs) ou jouet d'une épouse légère. Plus on avance dans le recueil, plus le malaise est diffus, plus le contexte est flou. Le texte devient fumée ― insaisissable ― obscur ― le concret se raréfie sauf pour exprimer l'effet qu'il produit sur Yi Sang (dégoût, haine) les interactions deviennent irréelles (on ne sait plus qui parle et pourquoi) comme intériorisées, en un écho persistant et inintelligible, par le narrateur dans un état second. Les Ailes est un livre déconcertant, éprouvant aussi, de par sa nature profondément solipsiste et surtout les deux dernières nouvelles n'apportent finalement rien de spécial à la première (éponyme) où tout est déjà si bien dit.


\Mots-clés : #nouvelle #relationdecouple
par Dreep
le Jeu 6 Jan - 11:38
 
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Akiyuki Nosaka

Nosaka aime les chats

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Pour qui aime les chats, ce livre est une sorte de référence. L’auteur y raconte son existence et les nombreux chats qui l’ont accompagné.
La quatrième de couverture traduit très bien le contenu et l’ambiance de l’ouvrage :

"Nosaka aime bien faire la sieste, l'été, en dégustant quelques prunes confites à l'alcool avec son chat Charly. Il faut dire que son pavillon à Tôkyô en est plein, de chats, l'un blotti sur son dernier manuscrit, l'autre toisant de haut la chienne husky, et dans le jardin se rassemblent les oiseaux, par centaines parfois, ainsi que d'énormes crapauds. Et l'humain écrivain observe d'un regard aigu tous ces êtres familiers, commente, se confie, philosophe, car sa fréquentation des chats lui délivre moult enseignements sur l'existence, le rapport à la nourriture ou à la mort.
Ses chroniques au jour le jour, souvent égayées par un sourire facétieux, se font aussi graves pour évoquer les souvenirs de chats hantant avec nonchalance les décombres de la guerre ou du tremblement de terre de Kôbe, énigmes de sérénité."

« A réfléchir ainsi, on comprend pourquoi les photos ou les peintures de chats sont l’objet d’une pareille vogue chez les humains. Dès lors que leur silhouette est fixée sur un support, on peut prétendre qu’ils sont « mignons » ou « beaux » mais ceux qui ne le sont pas n’en existent pas moins, au-delà de cette expression d’empathie, et c’est probablement la raison pour laquelle Natsume Soseki a écrit Je suis un chat. »


« Tout en me disant que ce sont de drôles de citoyens, je suis allé acheter ce qui ressemble à de petits futons, pour les protéger du froid, et je le réjouis fort de les voir consentir à coucher dedans. Quand Charly ronronne en goûtant à l’herbe aux chats que je lui ai donnée, je me sens moi aussi rasséréné. »



\Mots-clés : #nouvelle
par Pinky
le Dim 19 Déc - 15:22
 
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Bernard Malamud

Le Tonneau magique

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Treize nouvelles sur les déboires de petits juifs, généralement à New York (ou en Italie), souvent réfugiés polonais après la Seconde Guerre mondiale, et qui cherchent un peu de bonheur.
Les Sept Premières Années : Sobel est amoureux de la fille du cordonnier Feld pour qui il travaille, mais ce dernier rêve d’un beau-fils plus prospère.
Les Pleureurs : Kessler, un ancien mireur d’œufs, est expulsé par son "marchand de sommeil" ; il pleure sur son existence (il a abandonné femme et enfants), et son propriétaire se joint à lui.
La Fille de mes rêves : auto-autodafé de manuscrits…
L’Ange Levine : Manischevitz, un infortuné tailleur, hésite à croire en un ange gardien, juif noir de Harlem.
Attention à la clé : un pauvre étudiant aves femme et enfant cherche un logement à Rome.
Prenez pitié : Rosen, un ancien représentant malade, s’efforce de donner de l’aide à une jeune veuve dans le besoin avec deux enfants, jusqu’à sacrifier sa vie.
La Prison : piégé, un ancien délinquant tente de prévenir une délinquante en herbe.
La Dame du lac : Levin, un ancien chef de rayon juif américain, profite d’un petit héritage pour visiter l’Italie, où il rencontre Isabella del Dongo sur son île du lac de Streza – croit-il −, et ment pour rehausser sa condition.
Lectures d’été : George a abandonné l’école, et reprend les livres pour se conformer à ce qu’il prétend faire.
La Facture : Willy Schlegel, concierge, achète à crédit dans la petite boutique d’en face, et ne peut pas rembourser.
Le Dernier Mohican : Arthur Fidelman, un étudiant du Bronx, arrive à Rome pour écrire une étude critique sur Giotto, et d’emblée Shimon Susskind, un réfugié, juif comme lui, le sollicite en quémandant son vieux costume. Le premier chapitre que Fidelman a écrit lui est dérobé, et il suspecte Susskind, qu’il cherche longuement, ne parvenant plus à poursuivre son ouvrage.
Le Prêt : Kobotsky réapparaît chez Lieb le boulanger. Amis lorsqu’ils étaient jeunes immigrants, une question d’argent les sépare jusque dans leurs misères.
Le Tonneau magique : Léo Finkle, un étudiant rabbinique de l’Université de Yeshivah de New York, passe par un marieur pour rencontrer une future épouse.
« Il lui fit remarquer en passant que la fonction du marieur était antique et honorable, hautement approuvée par la communauté juive, car elle rendait le nécessaire pratique sans entraver la joie. »


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par Tristram
le Mer 15 Déc - 12:31
 
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Sujet: Bernard Malamud
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