Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 20 Sep - 23:41

238 résultats trouvés pour nouvelle

Albert Cossery

Les Hommes oubliés de Dieu

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Les_ho10

Recueil de cinq nouvelles, ou plutôt suite de portraits cairotes, dans les années quarante :
I – Le facteur se venge
Un repasseur drogué qui ne sort de sa paresse que pour insulter le facteur, souffre-douleur du quartier, et pour baiser sa femme ou la battre. Or le facteur rêve d’une revanche de tyran… C’est un sommet d’abjection, et on est loin d’une ode à la paresse…
« Il se sentait trop fatigué pour aller jusqu’à chez lui et battre sa femme. Il aurait voulu plutôt dormir. »

II – La jeune fille et le haschache
(Le haschache est le consommateur de haschich). Une jeune fille en proie au désir se livre à un drogué qui peine à sortir de son sommeil.
« Tous les gens qui habitent ce quartier sont des imbéciles. Quant aux femmes, ce sont toutes des putains. Elles ne savent faire que des commérages lorsqu’il n’y a pas un homme pour les baiser. Comme je voudrais leur pisser à tous sur la tête. La drogue qui me rendra fou, il y a cinq jours que je n’en ai pas senti l’odeur. Le monde va bientôt finir. Si ça continue encore quelques jours, il n’y aura plus de monde. »

III – Le coiffeur a tué sa femme
Chaktour, le misérable ferblantier de la ruelle Noire, n’a plus d’espoir. Son fils arrive avec une botte de trèfle, pour le « mouton de la fête », que son père n’a pas les moyens d’acheter. (Traditionnellement, chaque famille sacrifie un mouton pour le repas de l'Aïd el-Kebir, la "grande fête" musulmane qui commémore le sacrifice d'Abraham.)
« L’homme tout en travaillant pensait à la mort comme à la seule délivrance possible, et il la désirait ardemment pour lui, sa femme, son enfant et toute la ruelle. »

« Il n’était pas gêné pas sa misère. Elle était grande et large et il s’y promenait librement. Elle était comme une prison spacieuse ; il était libre d’aller d’un mur à l’autre de sa misère sans demander la permission à personne. Il était seulement gêné de la sentir si abondante. C’était une misère riche. Il ne savait comment la dépenser. Il regarda l’enfant, l’héritier d’une telle richesse. »

Le gendarme, autre despote de quartier, évoque la « révolte des balayeurs » qu’il a maté la veille. Chaktour est déconcerté par cet évènement, ainsi que par le crime du coiffeur ambulant ; mais lui vient la conviction que la misère arrive à sa fin.
Sarcastique, Cossery personnifie la ville qui broie les pauvres au profit des puissants (il distingue « ville européenne » et ville indigène) ; ce texte fut considéré comme subversif par les autorités…
IV – Danger de la fantaisie
« L’école des mendiants se trouve au bout du sentier de l’Enfant-qui-Pisse, dans un endroit appelé la place du Palmier. C’est une vieille masure à l’état de ruine, effroyablement noyée dans les immondices. Elle sert en même temps de demeure à Abou Chawali. »

Abou Chawali est le maître de cette « école des mendiants », et le scandalise la théorie du lettré Tewfik Gad, « intellectuel raté », qui est d’user de psychologie, et de substituer la sympathie à la pitié pour toucher les « clients » :
« La sympathie était un sentiment encore inexploité par la classe mendiante. Jusqu’alors la valeur d’un mendiant résidait dans sa misère crapuleuse, ses plaies suppurantes et son indicible saleté. Aussi cette race de pleurnicheurs incurables, aux douleurs criardes et à l’aspect mortel, devait disparaître et faire place à une foule de petites créatures habillées comme des poupées en sucre, et aux attitudes naïves et charmantes. Par leur maintien et leurs gestes pleins d’une grâce exotique, elles sauront établir chez le client un courant de sympathie, vite récompensé, car rien ne plaît à l’homme satisfait comme le spectacle qui l’émeut d’une manière agréable, sans le salir ni l’effaroucher. Il était certain que tous les idiots sentimentaux de la ville européenne seraient séduits par l’attrait irrésistible de ce pittoresque nouveau. »

Une fantaisie qu’Abou Chawali rejette au nom du réalisme ‒ et de la dignité des mendiants :
« Abou Chawali, lui, répugnait à la fantaisie ; il était partisan du réalisme le plus cru, le plus dénué de complaisance, celui qui prend les clients à la gorge, les étouffe et les rend inaptes à tout genre d’optimisme. Il lui fallait des créatures rassemblant en elles les pires mutilations corporelles, souillées par mille maladies contagieuses et inguérissables. En somme, une matière humaine qui fût en mesure d’apitoyer les cœurs pourris et les consciences tarées de l’humanité repue. Et non seulement les apitoyer, mais aussi leur faire peur. Car Abou Chawali portait en lui, profondément enracinée, une idée sociale, pleine de sombres révoltes. »

« Il faut que nos enfants apparaissent tels qu’ils sont en réalité, c’est-à-dire immondes et crasseux et qu’ils traînent dans les rues comme de vivants reproches. Il faut que le monde nous craigne et qu’il sente monter autour de lui l’odeur nauséabonde de notre énorme misère. […]
‒ La mendicité ne subira pas de modifications. Elle devra rester telle qu’elle est ou bien disparaître complètement de la surface de la terre. »

On atteint dans ce texte goguenard un sommet de sordidité…
Qui a vécu au Caire se ramentera :
« Les ordures incalculables de plusieurs générations mortes et oubliées fleurissent le long de ce sentier maudit. C’est la fin du monde ; on ne peut pas aller plus loin. La misère humaine a trouvé ici son tombeau. »

Excellente observation sur le mécanisme de l’émeute :
« Alors les gens du terrain comprennent qu’un délire a éclaté quelque part et ils se précipitent tous vers le lieu du tumulte. Sans rien demander, sans s’inquiéter du motif, ils prennent l’affaire en mains, se lancent des injures et créent d’inutiles et irrémédiables confusions. »

V – Les affamés ne rêvent que de pain
Tristes amours de misère, la nuit, dans l’attente d’une aube d’espoir.
« Passèrent d’abord un vieillard aveugle traîné par un enfant nu, mais complètement nu et qui n’avait rien fait pour l’être. Mendiant et fils de mendiant. La rue les avala peu à peu, lentement, avec dégoût.
Puis passa une femme mariée qui était très pressée, mais personne ne savait pourquoi.
Puis une charrette avec deux hommes dedans, deux hommes maigres et silencieux.
Puis quelques vagues échantillons de l’humanité crasseuse, sans couleur ni relief, et qu’on ne peut pas décrire.
Puis la rue redevint ce qu’elle était. »

Cossery préfigure Naguib Mahfouz et ses harafîch (gueux des ruelles), avec une dimension plus critique ; on trouve déjà dans ce livre le petit peuple des terrasses qu’Alaa al-Aswany dépeindra.

Mots-clés : #nouvelle #social #urbanité
par Tristram
le Jeu 10 Sep - 16:22
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Albert Cossery
Réponses: 14
Vues: 1141

Ivo Andrić

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 51w9j810

L'Eléphant du vizir


Il était une fois, en Bosnie, dans la ville de Travnik, un vizir nouvellement nommé. Comme ses prédécesseurs, il se fit connaître et par sa cruauté, et par un animal fétiche. Certains avaient fait venir des panthères, d'autres des singes, lui fit venir un éléphant. Bientôt il fut clair pour tout le peuple que cet éléphant, qui bousculait les étals au marché et faisait trembler de peur toute personne honnête, était bien semblable au vizir ; et une même haine les confondit tous les deux. L'Éléphant du vizir, nouvelle-titre de ce recueil, donne le ton de l'ouvrage, car pour Ivo Andrié, prix Nobel de littérature, c'est le petit peuple de Bosnie, qui est le véritable héros de l'Histoire. Passeront les vizirs et leurs animaux extravagants, Turcs, Français et Autrichiens pourront se succéder, seul le peuple demeure. Et en souriant, le soir, à l'auberge, les hommes se racontent l'histoire de l'éléphant du vizir...


Tout est dit ou à peu près dans cette citation. Cette nouvelle, un petit roman, se déroule en 182O sous domination Ottomane.
Comme dans les autres nouvelles, c'est le peuple Bosniaque dans sa diversité qui est le personnage principal.
Paysans, vagabonds, boutiquiers, prostituées. De confessions musulmane ou chrétienne orthodoxe. Serbes, croates, juifs, tziganes, ils cohabitent pour le moment pacifiquement.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, la démarche artistique d'Ivo Andric n'est pas de faire revivre le passé dans sa réalité historique. Mais plutot de traduire dans le tissu romanesque ce qui a échappé à l'histoire réelle.

"Le conteur et son oeuvre ne servent à rien s'ils ne servent pas d'une manière ou d'une autre à l'humanité."

C'est donc une histoire perdue, qui n'aura jamais sa place ailleurs que dans l'expérience vécue et vivante. Plus qu'une recréation c'est une intuition créatrice à laquelle nous assistons. Une tranche de sensibilité comme saisie à vif par un observateur et un lecteur du passé hors pair.

D'une certaine façon, Andric  donne une vision hétérogène de l'Empire Ottoman. Les vizirs ne sont pas des représentants officiels de l'Empire. Ils relèvent de leur psychologie personnelle. Et ils ne sont présents que par l'image qu'on se fait d'eux, meme si les bruits les plus divers courent dans la population.

De ce point de vue, L'Eléphant du vizir peut etre considéré comme un conte philosophique sur la mentalité totalitaire. De fait,  si l arrivée  du vizir se traduit par un bain de sang chez les notables régionaux, il se montrera ensuite plus discret. Invisible. Mais d'autant plus craint. C'est pour cela que l'éléphant qu'on conduit dans la ville et qui commet des ravages, le peuple l'identifie au vizir avec le temps.

Andric est un merveilleux conteur, on le répètera jamais assez. Et la matière qu'il brasse est énorme. Il faudrait parler de la Bosnie qu'il sent comme une "terre maudite." Les rapports ratés entre Orient et Occident."

Et ceci dans un style sobre et pourtant enchanteur.
Mots-clés : #nouvelle
par bix_229
le Sam 29 Aoû - 17:12
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Ivo Andrić
Réponses: 14
Vues: 577

Krishna Monteiro

Ce qui n'existe plus

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 71016

C'est le premier livre de Krishna Monteiro (publié au Brésil en 2015 sous le titre O que não existe mais). J’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ce recueil de sept nouvelles me plaise particulièrement. On y poursuit des ombres, des mains, des voix, dans une sorte de pénombre pleine de douceur. C’est que les personnages évoquent des impressions mais ne racontent pas précisément des histoires, ou du moins ils laissent le lecteur dans le vague sur le contexte de cette prise de parole (car chaque nouvelle en est une) : on devine qui parle de quoi au bout de quelques phrases, ou quelques pages. L’écriture de Monteiro n’est jamais surchargée d’images, même si elle n’est pas dépourvue de quelques « couleurs locales ». Jamais de bavardage, au contraire on pourrait même dire que les personnages parlent comme pour eux-mêmes, donc beaucoup d’allusion, beaucoup de non-dits. Une narration qui évoque beaucoup plus qu’elle ne raconte : une fouille ou une reconstitution de la mémoire et des sensations.

Krishna Monteiro a écrit:Aujourd’hui en me souvenant de l’une des dernières époques de ma vie où je vis mon grand-père, j’ai l’impression de déterrer mon passé comme un archéologue qui enlève des couches et des des couches de cendres volcaniques, et découvre, fasciné, à chaque mètre qu’il creuse, les rues, les palais, les marches et les places d’une imposante ville romaine; mais trébuche sur des corps rigides, tordus, durs comme la pierre.


Krishna Monteiro a écrit:Il se demanda pourquoi les mains dans les tribunes étaient si nerveuses ― elles soulevaient des nuages de poussière, se débattaient et empoignaient l’air, ne rappelant aucunement celles qui en d’autres temps, éclairées par des flammes, faisaient naître des oiseaux noirs sur un mur blanc en guise d’écran. Ces mains l’avaient toujours intrigué. Il pense : En plus de voler comme des oiseaux aux plumes d’ombre, ces mains crient comme des corbeaux.


Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Ven 21 Aoû - 12:54
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Krishna Monteiro
Réponses: 1
Vues: 178

Ivan Sergueïevitch Tourgueniev

L'exécution de Troppmann et autres nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire L_exec10

Dans ces cinq nouvelles, Tourgueniev s’interroge sur son époque, sur l’être humain (parfois sur lui-même) alors que la société s’apprête à vivre certains changements (révolution de 1848 à Paris, disparition progressive de l’aristocratie telle qu’il a connue). Certaines de ces nouvelles ont été dictées à Pauline Viardot, notamment Un incendie en mer, quelques jours avant la mort de l’écrivain russe. L’auteur rend compte d’attitudes qu’il a pu observer, comportements révélateurs des grands bouleversements qui s’annoncent. On reste dans la petite touche, dans l’anecdote, où Tourgueniev a parfois mélangé réalité et fiction dans un subtil dosage, par exemple dans le curieux personnage de la première nouvelle, Monsieur François. « Monsieur François » n’a rien d’un personnage Dostoïevskien, au côté « fou qui voit plus loin que les autres » près ; ses prédictions et ses visions sur l’art et sur la philosophie font une sorte de portrait mental qui, à la veille de 1848, est malgré tout plus amusant que réellement frappant. Tourgueniev est peut-être plus intéressant, plus palpitant lorsque il parle de choses qu’il a vécu de l’intérieur : dans L’exécution de Troppmann auquel il a participé en tant que spectateur, dans Un incendie en mer, épisode de sa jeunesse, où il s’est sauvé d’un bateau qui prenait feu sur la mer Baltique. Il analyse, au rythme de l’événement (étape par étape, dans L’exécution de Troppmann) ses peurs, sa honte, l’état de fébrilité irrationnelle qui le poussait à se fondre dans la foule en liesse.

Tourgueniev a écrit:On a bien raison de dire que rien n'égale le tragique, si ce n'est le comique, d'un naufrage en mer.



Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Mar 18 Aoû - 12:12
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Ivan Sergueïevitch Tourgueniev
Réponses: 19
Vues: 713

Roger Caillois

La Lumière des songes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_lum10

Recueil de deux nouvelles assez brèves.

Un mannequin sur le trottoir
Un mannequin de brocante, sur lequel a été peint un paysage avec un « Café du rêve »… un imaginaire qui ne peut que renvoyer au surréalisme, et à Bruno Schulz.

Le rêve de Solange
Caillois déploie une fiction sur un rêveur entrant dans le rêve d’un autre, « rêves parallèles », et opportunité d’une réflexion sur le rêve, inspirée par les méditations extrême-orientales.
« …] les êtres, les choses et les événements doivent posséder nécessairement tantôt des sosies aussi fidèles que reflets de miroir, tantôt des répétitions, des récurrences infinies qui les ont annoncés dans le passé et qui les reproduiront après eux. »

« [l’esprit] répugne profondément à penser qu’il puisse exister quelque chose en vain, fût-ce le plus évanescent des simulacres, de sorte que la moindre apparence doit forcément connaître quelque part une manière de réplique ou de complément.
L’univers est innombrable, mais fertile en symétries, en coïncidences, en pléonasmes, en contradictions. Rien n’y est suspendu, isolé, flottant dans une totale indépendance. Sans cesse il se répète et sans cesse on y découvre de nouveaux prodiges. Les rêves, qui à leur façon appartiennent à l’univers, eux aussi constituent une cohérence, à un niveau du monde qui possède comme les autres ses constances et ses aberrations. »

Mots-clés : #nouvelle #reve
par Tristram
le Ven 14 Aoû - 17:21
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Roger Caillois
Réponses: 20
Vues: 489

Anton Tchekhov

Le Duel et autres nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Tchc3a10

Dans ces cinq nouvelles, les personnages évoquent "l'esprit du temps", les pensées qui ont cours dans cette Russie qui, après les siècles d'asservissement et de dureté ― de Moyen Âge, disent-ils ― dont on a voulu se débarrasser, s'achemine lentement vers le vingtième siècle. Je crois que c'est très russe, cette façon de parler des idées. Seulement Tchekhov, chez qui on a dit justement qu'il n'y a pas de leçon de morale, les idées et la vie des personnages, leurs sentiments, sont de la même eau dont l'écrivain se sert pour peindre sa Russie. Il est difficile de dire ce qui fait le charme des nouvelles de Tchekhov, tant celui-ci est lié à une multitude de détails qui expliquent merveilleusement bien la complexité de ces vies, de ces personnages découragés, gagnés par le sentiment de l'absurde ou au contraire plein d'espoir. Oui, c'est comme un tableau, les descriptions n'ont pas besoin d'être abondantes pour s'imprégner dans l'esprit du lecteur.


Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Mer 12 Aoû - 10:44
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Anton Tchekhov
Réponses: 25
Vues: 1717

Julien Gracq

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 31jkpq10


bon j'ai terminé "la presqu'île" !

enthousiaste ? non
déçue ? non

je ne sais si ce n'était pas le bon moment ou si Gracq n'est pas pour moi, j'ai trouvé dans cette lecture le temps longgggggggggggggggggg

La route : la première nouvelle, la plus courte m'annonçait pourtant bien une bonne lecture ; cette longue route,  les reliefs d'un temps passé, l' étrange, l'inconnu, comme d'ailleurs quelques "passantes" rencontrées, apportaient beaucoup d'émotions. (j'ai pensé "aux passantes de Brassens)

La presqu'île : De très belles et très  nombreuses métaphores ; la flânerie fait ressurgir les souvenirs d'enfance dans la nouvelle qui donne son titre au livre et l'attente, celle d'un train, d'une femme, de l'amour donc.
Le moral du narrateur passe de l'enthousiasme à la déception, et l'environnement s'accorde à son moral ou bien est-ce l'inverse ?

Le roi Cophetua : La troisième nouvelle n'est qu'attente aussi, celle de l'ami et hôte qui n'arrive pas, sur fond de guerre, la voix assourdie du canon meuble la maison. Tout est ombre, la femme qui le reçoit (servante et/ou maîtresse du propriétaire ?), la maison elle-même, et la mort supposée de l'ami ; même l'acte d'amour n'apporte pas l'apaisement. Seul le départ dénoue le narrateur (et la lectrice)

En ce qui concerne les annexes, je ne suis pas à même d'apprécier, j'ai seulement compris (j'espère) que Gracq critiquait le "nouveau roman" auquel il reprochait de s'intéresser à l'objet plutôt qu'à l'humain ; mais que les critiques trouvaient tout de même certains points de ressemblance. (vu que c'est ma seule lecture de Gracq et que je n'ai pas lu les "nouveaux romanciers", un quelconque avis de ma part serait impertinent)


C'est certain que l'écriture est très belle, poétique, de ça je suis convaincue.

Judicieux le rapprochement du tableau (le roi Cophetua et la mendiante) avec ce que le narrateur suppose des relations entre son ami et la servante.

Et comme dit plus haut de très belles et nombreuses métaphores et références.

Je lirai plus tard "le rivage des Syrtes" que recommande Tristram, peut-être rencontrerais-je vraiment l'auteur.


Mots-clés : #nouvelle
par Bédoulène
le Dim 9 Aoû - 11:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Julien Gracq
Réponses: 57
Vues: 1659

Jean Ray

Les Derniers Contes de Canterbury

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Les_de10


Le narrateur (principal) relate comme il assiste, dans la vieille taverne londonienne où les pèlerins des Contes de Canterbury de Chaucer se sont rencontrés six siècles plus tôt, à une soirée où chacun leur tour racontent leur histoire des êtres déplacés dans le temps, « ou vivant plutôt dans un présent de plusieurs siècles ». Parmi eux, le Chat Murr d’Hoffmann, le Falstaff de Shakespeare, et nombre d’autres références littéraires du genre fantastique (au sens large), mais aussi des fantômes de bourreau, de marin, de sorcière…
Volontiers macabre, souvent horrifique, avec beaucoup d’humour noir mais aussi d’ironie, notamment inspirés du roman gothique anglais et de Dickens, ces contes valent surtout par l’atmosphère que Ray sait excellemment rendre, et par son style baroque, au vocabulaire étendu, volontiers archaïsant. Quelques extraits en donneront peut-être un meilleur aperçu :
« Ma maison !… La douce et vieille maison de Stanworth Street, sentant bon l’excellente cuisine d’Elfrida, et la fraîche amertume des lauriers-tin en cuvelle de mon jardinet, où un jet d’eau, svelte comme une liane, taquinait les petits rochers de margritin… »

Premières phrases de Le bonhomme Mayeux (ou Uriah Chickenhead) :
« En 1849, je n’étais qu’une sotte image, tavelée de rouille et tachée de graisse, épinglée sur une porte de placard dans les cuisines du château de Claremont, à cinq lieues françaises de Londres.
Le cuisinier Trochard, soldat de Valmy et demi-solde, dévoué au roi en exil et à sa fortune, dans un geste de rancune, me cloua à cette place comme à un pilori.
‒ C’est toi, sale merle, bavard et stupide, qui portes la faute de la perte royale, me criait-il après boire.
Et, non content de m’accabler d’injures, il me lapidait de rogatons et d’ordures.
Un historien lui aurait certes donné tort, mais Trochard savait à peine épeler les gazettes venant de France.
Heureusement, aux créatures idéalement plates les peines et les souffrances des êtres à trois dimensions sont épargnées, et je n’éprouvai ni goûts de révolte ni désirs de vengeance.
Jusqu’au jour… à la nuit, pour être plus véridique…
Il y avait un fantôme à Claremont. »

De même, début de Reid Unthank :
« J’étais content de moi. Ma plume éclata du bec comme je signai mon manuscrit d’un large paraphe, ce qui est généralement d’excellent augure.
‒ Il plaira ! aurait dit mon vieux maître d’école qui avait foi dans les signes bons et mauvais, appogiatures des prophéties.
J’empruntai à ma logeuse, dont le mari était maître corroyeur aux tanneries de Putney Communs, le cachet de la corporation, portant la drayoire et, de cire rouge, scellai mon envoi au Club Littéraire d’Upper-Thames.
Ma modestie m’empêcha d’inscrire en tête de mon œuvre une devise, où discrètement mes espérances se trouvaient encloses : « Honneur et Profit ».
J’attendis le samedi suivant avec fièvre.
Souvent, en mes copieuses heures de loisir, mes pas me portaient vers une de ces larges eaux mortes de Isle of Dogs, où l’on prend encore un peu de poisson. Un vieux Chinois, du nom de Su, y avait établi une sorte de bourdingue à claies, dont le coutel s’ouvrait près de l’une des berges de Limehouse Reach, et qui retenait captifs merlans, turbotins, carrelets et émissoles en rupture d’eau salée. »

Une quinzaine de textes divers, souvent fort inventifs, liés par le fil de cette réunion fantomale et la récurrence de certains personnages/ conteurs (ou de lieux, comme le quartier de Tyburn) ‒ en fait une structure plus ingénieuse encore, avec mise en abyme de l’histoire du narrateur principal.

Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Ven 7 Aoû - 0:18
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean Ray
Réponses: 4
Vues: 69

Jaume Cabré

Quand arrive la pénombre

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Quand_10


Durs (endurcis), tueurs très professionnels ou moins, un milieu de plus en plus polar (et fantastique).
« Je commençais à comprendre qu’être délinquant peut impliquer que l’on vive des moments très durs, qu’ils soient provoqués ou fortuits. »

Surtout, un fil court d’une nouvelle à l’autre ‒ le cadavre d’un voleur d’agneaux, une toile de Millet ou d’un autre peintre, où on peut parfois entrer et se perdre. Jaume Cabre explique dans une postface cette recherche de cohérence dans le travail de composition (et de retouches) d’un recueil axé sur la banalité du mal et l’inéluctabilité de la mort.
La démarche est une continuation de celle de Voyage d’hiver ; le narrateur de Buttubatta est d'ailleurs un livre de bibliothèque, témoin d'un double crime particulièrement saugrenu.
Ce jeu si moderne de mises en abyme, de reprises et d’échos, c’est finalement une brillante démonstration d’intertextualité dans un même ouvrage, une virtuose manipulation d’écrivain à peine masqué (avec humour, voire cynisme) qui tend à faire conjecturer au lecteur qu’un sens général existerait dans cette structure (pour le moins d’une géométrie non euclidienne)…

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Ven 24 Juil - 1:16
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Jaume Cabré
Réponses: 62
Vues: 4045

Joseph Conrad

Le Compagnon secret

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_com10


Nouvelle du recueil Entre terre et mer, primitivement publiée en 1910.
Nommé pour son premier commandement capitaine d’un navire qu’il ne connaît pas plus que l’équipage, le narrateur recueille incognito le second d’un autre bateau, dont ce dernier s’est enfui à la nage après avoir tué un marin ; il s’identifie à cet hôte secret, et cette variante du thème du double nous vaut un chef-d'oeuvre.
Cette mince thématique n’aurait pas suffi à un roman, et met en valeur tout l’art du novelliste chez Conrad.
« Dans l’ensemble une situation éprouvante pour les nerfs. Mais en général je me sentais moins déchiré en deux quand j’étais avec lui. »


Mots-clés : #aventure #nouvelle
par Tristram
le Jeu 9 Juil - 22:42
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 75
Vues: 5151

Clive Barker

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 61fr0u10

Books of Blood II

Un recueil de nouvelles horrifiques pour se rafraîchir les idées ? Longue pause après le volume 1 et longue pause avec l'auteur que ce soit pour les livres ou le cinéma mais le livre était là et c'était peut-être le moment alors...

Alors les quelques méfiances que j'aurais pu avoir après toutes ces années : ça va être vraiment vraiment crade, serai-je réceptif, est-ce le moment ? ... C'est crade, c'est un fait, Barker c'est de l'horrifique gore, perturbant, excessif mais c'est aussi ce versant sur lequel on ne veut pas mettre les pieds qui rejoint notre monde dans toute sa normalité, ses apparences bien sûr mais aussi les petits drames personnels. Pas forcément à la Stephen King, il y a souvent de l'intimité chez Clive Barker et c'est dans la chair que ça se ressent.

Et puis dans ces nouvelles c'est varié et on trouve aussi une pointe de mélancolie, de renoncement et d'abandon qui fait le charme réel de cette atmosphère très particulière !

\nMots-clés : #horreur #nouvelle
par animal
le Dim 28 Juin - 21:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Clive Barker
Réponses: 2
Vues: 127

Cees Nooteboom

La nuit viennent les renards

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Renard10

Huit nouvelles, variations sur la mort, les morts, présence/ manque… Avec récurrences de jeux de cartes, de peur du noir.
Dans Gondoles, histoire d’amour anthroposophique :
« L’amour était le besoin d’amour, voilà au moins une chose qu’il avait comprise. »

Dans Paula, puis Paula II, le lecteur écoute un vivant, puis son amante morte (mais ils ne s’entendent pas l’un l’autre).
« Comment se fait-il – telle était ma question – qu’à mesure que l’on vieillit, votre vie se mette à ressembler de plus en plus à une histoire inventée ? »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 11 Juin - 20:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue néerlandaise
Sujet: Cees Nooteboom
Réponses: 36
Vues: 3370

Joseph Delteil

Le Maître ironique

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_maz12

Treize courtes nouvelles écrites dans les années vingt et publiées posthumément ; d’abord lecture prétexte à créer le fil de cet auteur qui m’est cher et que je voudrais partager, je me suis en fait régalé avec notamment la première, Un monde d’odeurs, une magnifique dissertation sur l’odorat, en l’espèce celui d’une jeune fille aux yeux bandés à colin-maillard.
« Aux hautes narines de Nathalie d'abord abordent les minéraux, trois-mâts de haute mer. Voici l'épaisse émanation de la pierre taillée, aux flancs polis ; le parfum du sable, comme une haleine ; le baume pimpant du gravier ; voici la tuile qui sent la menthe ; le verre comme la muscade ; et l'ardoise mélancolique ; l'odeur d'ail du terreau bien faisandé ; l'arôme enivrant des grilles rouillées ; et le somptueux bouquet du marbre mûr de soleil ! Tous ces parfums stables, géométriques, bien assis sur leurs bases, sur leurs poids.
Au second rang, et plus élégantes, voici, en bandes, en théories, à la queue leu leu, les mille exhalaisons végétales, depuis le parfum rare, ravi à quelque Temple de Salomon, du buis, et celui si adolescent de la sève des platanes, et celui des grasses pelouses charnelles qui sont les hanches du parc, et celui, ténu, amenuisé, sans pareil, du plus haut bourgeon du sapin, et celui du vieil érable qui a toute la lyre, jusqu'à l'odeur mélodieuse de la charmille aux rouges-gorges, jusqu'à celle néo-blanche de l'écorce de l'acacia, jusqu'à celle du lierre mystique où s'entrelacent l'amour et la mort, celle des mousses blondes à peine, à peine pubères, celle du pâle lichen qui a l'air d'un orphelin, et jusqu'à celles du verger qui s'étagent sur les espaliers du soleil, et jusqu'à celles de la roseraie qui dansent derrière l'azur. »

Les autres textes traitent des années folles, de pages d’histoire, de voyages en Afrique subsaharienne (que Delteil n’a jamais visitée à ma connaissance), des thèmes chers à l’auteur : l’amour, la mort, etc.
C'est un enchantement d’allitérations heureuses, avec quelque chose de la poésie de Ponge, de la jubilation de Giono.

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Lun 8 Juin - 13:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Joseph Delteil
Réponses: 13
Vues: 210

Patricia Highsmith

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La-pro10

La proie du chat

Encore très impressionnée par cet auteur.

Recueil de nouvelles éditées en 1981.

Il y a bien des morts, parfois ((Verre brisé porte malheur, Pour le restant de leurs jours, Le rejeté, sincères condoléances, La proie du chat) mais aussi la mort donnée à soi même (La nuit du mépris, La créature sans nom, Le rejeté) décrite comme un désespoir exsangue, une sorte d'acceptation fatale, injonction, terrible,
il y a la solitude (Sincères condoléances, La créature sans nom, La nuit du mépris) mais enfin, écrasante, l'émulation de groupe, son dictat, sa loi, sa valeur refuge, sa cosmogonie, radiographie, sa physique aurais-je envie de dire.

Etudes de moeurs, bijoux passeurs des troubles existentiels les plus complexes, des glissements, des suprêmes non manichéismes, ce recueil est un joyau.

La proie du chat
Un groupe d'amis trouve un doigt humain rapporté par le chat dans le salon.

Sincères condoléances
Un homme apprend la mort de sa mère deux ans trop tard.

Entre les deux
un homme ne sait choisir entre ses deux amantes, et orchestre son impuissance comme malgré lui.

Le rejeté
Des amis se galvanisent autour d'un des leurs pris comme bouc émissaire

Pour le restant de leurs jours
Un couple adopte des retraités

La créature sans nom
une femme se découvre un ami ambivalent

Un don venu d'ailleurs
une femme répare un panier d'osier et s'en trouve troublée au delà du possible

Aventure pour aventure
une femme décide un dialogue frontal avec un homme voyeur qui la traque

La nuit du mépris
un jeune toxico tente un ultime dialogue avec son père, ou vice versa

Verre brisé porte malheur

un vieil homme se frotte à la faune jeune et agressive de son quartier


Mots-clés : #nouvelle
par Nadine
le Lun 8 Juin - 12:01
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Patricia Highsmith
Réponses: 27
Vues: 1079

Juan Rulfo

Castillo de Teayo
Courte nouvelle, 7 pages environ, peut-être écrite en 1952 (?)

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Rulfo10
Lu en langue originale dans cette édition (Editorial RM - Fundación Juan Rulfo), qui comprend aussi El Llano en llamas, Pedro Pàramo, et des textes introductifs de Jorge Luis Borges et Susan Sontag.

Cette nouvelle (ou reportage ?) est précédée de 7 photos de l'auteur, prises sur site à Castillo de Teayo.

Je ne sais pas si cette bribe de l'œuvre de Rulfo est disponible en français.


__________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le point de départ embarque bien:
Castillo de Teayo est un site précolombien notoire (monument pyramidal spectaculaire, statues et abondant site de fouilles).
Que peut-on donc vouloir y faire, de nuit sous la pluie, en somme dans les pires conditions, même un féru d'archéologie n'y verrait...goutte, c'est le cas de le dire ?

Ces quelques pages m'ont semblé un point de jonction entre Rulfo-écrivain, Rulfo-photographe (voyez l'extrait !) et Rulfo-collaborateur de l'Instituto indigenista de Mexico, en espérant ne pas avoir trop mésinterprété.

C'est mélodieux, prosodique, avec quelques traits de forte puissance tout à fait caractéristique de son écriture de romancier.
Je ne sais si les fonds de tiroirs et les recyclages de corbeilles à papier de Rulfo sont de ce tonneau-là, ou bien si c'est justement pour l'exceptionnelle qualité littéraire que le choix d'Editorial RM - Fundación Juan Rulfo s'est porté sur ce seul texte, en particulier.

Vous avez compris que je suis tout enthousiasme et recommandations vives.


En guise d'extrait, l'entame:

Un farol nos detiene. Un farol rojo que expande su luz y se balancea frente a nosostros. Sólo se ve el farol. La lluvia y la noche cierran la carretera.
"¿Qué quieren esos? ¿Dónde estamos?"

El farol se acerca y alguien, allà en el fundo de la oscuridad, nos dice: "¡Bajen sus luces!¡Favor!¡Favor de hacerse a un lado!"
El automóvil se nubla con la lluvia. Brinca. Retrocede un poco y se sale del asfalto metiéndose en la cuneta. Allà se detiene.
La lluvia golpea ahorra màs fuerte, en ràfagas blancas, mezcladas con neblina.
Por la ventanilla abierta se asoma una cara extraña, como de cobre: "No se puede seguir màs allà - dice. Se ha derrumbado el paredón en Mata Oscura. No hay paso. Esto es todo. Pueden volverse a Poza Rica o quedarse aquí. Como quieran."

Es un soldado. Detràs de él està un rifle por el que escurre el agua en hilos brillantes.

- ¿Dónde estamos? ¿Qué lugar es éste?  
Nada. El soldado ha desaparecido.
Se hace un claro en la niebla. Un agujero por donde entra una luz anaranjada como de amanecer, hacia atràs de nosotros.  


Un fanal nous arrête. Un fanal rouge qui répand sa lumière et se balance en face de nous. On ne voit que le fanal. La pluie et la nuit referment la route.
"Que veulent-ils ? Où sommes-nous ?

Le fanal s'approche et quelqu'un, là-bas au fin fond de l'obscurité, nous dit:
"Baissez vos phares ! Sil vous plaît ! Veuillez vous écarter de là !"
L'automobile s'ennuage de pluie. Se secoue. Recule un peu et sort de l'asphalte, se range sur le bas-côté. Elle s'arrête là.
La pluie frappe à présent plus fort, en rafales blanches, mêlées de brume.
Un visage étrange, comme s'il était en cuivre, se penche par la vitre ouverte: "Vous ne pouvez pas continuer plus loin - nous dit-il. Le parapet s'est effondré à Mata Oscura. On ne passe pas. C'est tout. Vous pouvez retourner à Poza Rica ou rester ici. Comme vous voulez.

C'est un soldat. Derrière lui un fusil ruisselle d'eau en fils brillants.  
"Où sommes-nous ? Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?
Rien. Le soldat a disparu.

Une éclaircie se forme dans la brume. Un trou par lequel pénètre une lumière orange clair comme à l'aube, derrière nous.


Mots-clés : #amérindiens #nouvelle #temoignage
par Aventin
le Dim 7 Juin - 17:49
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Juan Rulfo
Réponses: 31
Vues: 1607

Gilbert-Keith Chesterton

Le Poète et les fous

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_poz11

Titre original: The Poet and The Lunatics. Huit nouvelles, parues en 1929, qui peuvent être lues ici en langue originale. 255 pages environ.

Il s'agit d'un énième personnage de détective chestertonnien, nommé cette fois-ci Gabriel Gale, grand jeune homme blond, peintre et poète. Il n'y a pas vraiment de nouveaux codes, toujours le parti-pris de l'apparente irréalité, de l'intuition prenant le pas sur la méthode, le scientifique. On trouve un peu moins de burlesque, un peu moins de ce fameux humour britannique dont il est un champion (ou est-ce moi qui est passé au travers ?).

On relève une jolie petite délicatesse dans le procédé littéraire, consistant à donner la chute de la première nouvelle...dans la dernière !

Ici, notre Gilbert-Keith raisonne ainsi:
Les fous, les aliénés, Lunatics en anglais, pour comprendre leurs actes lorsque ceux-ci apparaissent hors-normes ou inouïs au commun des mortels, il faut soit l'être un peu soi-même, soit emprunter des voies imaginatives quasi jamais fréquentées.

D'où le façonnage d'un type de héros comme Gabriel Gale, encore une variation de Chesterton sur le thème du détective qui n'en est pas (et ne paye pas de mine) mais parvient in fine à résoudre.  

On retrouve aussi ces bonnes vieilles déclinaisons de l'auteur sur des thèmes qu'il court si volontiers, le déguisement, l'amitié, les auberges ("pubs"), l'apparence trompeuse, le détail, et ces constructions littéraires si fluides, si adaptées au format nouvelles, qui embarquent bien le lecteur, vraiment sans coup férir.

Le goût de la marge, les comptes réglés avec la pensée scientiste, ça et là (mais plus parcimonieusement ici) la formule qui fait que Chesterton reste à jamais cette mine à citations à ciel ouvert - même si là on est dans une veine moins abondante.
Un peu moins prophétique qu'il ne fut peut-être (voir L'auberge Volante, La sphère et la croix, Le Napoléon de Notting Hill...), même si, dans ce domaine-là aussi, il y a un ou deux joyaux à glaner...

Autre goût, celui de la couleur, le sens du pictural (dans son autobio, L'homme à la clef d'or, il s'en explique, disant que depuis le temps des boîtes à jouer il avait toujours conservé l'émotion d'échafauder des décors peints).
Un exemple de ce côté pictural et coloriste, et de l'embarquement garanti du lecteur, cet extrait proche de l'entame de la 2ème nouvelle:
L'oiseau jaune a écrit:C'était comme s'ils avaient atteint un bout du monde paisible; ce coin de terre semblait avoir sur eux un effet bizarre, différent selon chacune de leurs personnalités, mais agissant sur eux tous comme quelque chose de saisissant et de vaguement définitif.
Et cependant il était d'une qualité aussi indéfinissable qu'unique; il n'était en rien sensiblement différent d'une vingtaine d'autres vallées boisées de ces comtés occidentaux en bordure du Pays de Galles.
Des pentes vertes plongeaient dans une pente de forêts sombres qui par comparaison paraissaient noires mais dont les fûts gris se reflétaient dans un méandre de la rivière comme une longue colonnade sinueuse. À quelques pas de là, d'un côté de la rivière, la forêt cédait la place à de vieux jardins et vergers, au milieu desquels se dressait une maison haute, en briques d'un brun intense, avec des volets bleus, des plantes grimpantes plutôt négligées s'accrochant aux murs, davantage à la manière de la mousse sur une pierre que de fleurs dans un parterre.
Le toit était plat, avec une cheminée presque en son milieu, d'où un mince filet de fumée s'étirait dans le ciel, seul signe de ce que la maison n'était pas complètement abandonnée.
Des cinq hommes qui, du haut de la colline, regardaient le paysage, un seul avait une raison particulière de le regarder.  



Enfin, le quichottisme de Gabriel Gale n'est pas sans rappeler bien d'autres héros -ou caractères principaux- de la prose du gentleman de Beaconsfield (je vous épargne la liste maison !).

Bref, on peut juger que ce n'est peut-être pas un Chesterton majeur, mais...qu'est-ce qu'il se dévore bien, tout de même !

Mots-clés : #absurde #criminalite #humour #nouvelle #satirique #xxesiecle
par Aventin
le Mar 26 Mai - 19:47
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 43
Vues: 2055

Marguerite Yourcenar

Conte Bleu - Le Premier Soir - Maléfice

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Conte_10

Réunion posthume de trois textes parmi les premiers écrits par Marguerite Yourcenar, annonçant les Nouvelles orientales.
Conte Bleu :
Conte merveilleux, avec déjà de beaux phrasés, et un faux air de Salammbô.

Le Premier Soir :
Nouvelle ambiguë portant sur une nuit de noces, écrite à quatre mains avec son père.

Maléfice :
Un intéressant aperçu de la « jettatoure », non loin d’Italie…
« Le silence dans l’inaction est pour les gens simples quelque chose de contre nature. Ils l’associent d’ordinaire au travail, qui les abstrait d’eux-mêmes (le travail, peut-être à leur insu, est le dévouement des pauvres) et confondent se reposer avec se raconter. »

« On agit sans savoir ce qui aura lieu, et justement pour le savoir. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 12 Avr - 14:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marguerite Yourcenar
Réponses: 67
Vues: 2607

Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag nouvelle sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 461

Francis Jammes

Le Roman du Lièvre

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Roman_10
Nouvelle, écrite en 1902, parue en 1903, une cinquantaine de pages.

Exceptionnelle entame, risquée (débuter par une phrase aussi longue, c'est audacieux !), le trajet du lièvre est rendu de façon remarquable par le rythme, syncopé mais irrégulier de cette phrase (les "et", utilisés en pas très académique mais efficace liant) laquelle pourtant "coule" avec une telle fluidité que c'en est incroyable, le lecteur est dans la peau du lièvre !
Le "à cause que" de la seconde phrase, dites-le à la béarnaise sans élider le "e" final de cause, pas acoske quoi, sinon patatras !

Chapitre I a écrit:Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse, et grimpa au sentier de molle argile, et il avait peur de son ombre, et les bruyères fuyaient derrière sa course, et des clochers bleus surgissaient de vallon en vallon et il redescendait, et il remontait, et ses sauts courbaient les herbes où s’alignaient des gouttes, et il devenait le frère des alouettes dans ce vol rapide, et il traversait les routes départementales, et il hésitait au poteau indicateur avant de suivre le chemin vicinal qui, blême de soleil et sonore au carrefour, se perd dans la mousse obscure et muette.

Ce jour-là, il manqua se butter à la douzième borne kilométrique, entre Castétis et Balansun, à cause que ses yeux ahuris sont placés de côté. Net, il s’arrêta ; sa gencive, naturellement fendue, eut un imperceptible tremblement qui découvrit ses incisives. Puis, ses guêtres de routier, couleur de chaume; se détendirent ainsi que ses ongles usés et rognés. Et il bondit par la haie, boulé, les oreilles à son derrière.

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Lizovr10

C'est l'histoire de François d'Assise revenu sur terre en mission, afin de guider quelques animaux de rencontre en fin de vie, lesquels sont subjugués d'amour pour lui, vers leur doux Paradis animal, interdit aux humains.

Il pérégrinent ainsi durant la belle saison, puis l'automne, et nous allons de tableaux savoureux en délicatesses de style et de sentiments, douceur, prosodie bucolique mais aussi de louange discrète de la part du poète rustique.  

Vient l'hiver et les privations, il est temps pour les animaux de quitter François en de bien déchirants adieux et de rejoindre le Paradis des animaux. Pour la mission délicate consistant à servir de guide aux autres animaux, François choisit Lièvre, le dernier arrivé...

Il y a, bien sûr, une allusion au Roman de Renart dès le titre, et à l'œuvre de Jean de La Fontaine dès la première ligne:
Nous ne sommes pas surpris que les animaux parlent, soit doués de sentiments, de raisonnements.
Comme dans le Roman de Renart ou dans l'œuvre de Jean de La Fontaine, le choix de tel animal pour illustrer telle situation, tendance outrait de caractère est bien sûr effectué avec la finesse nécessaire.

Peut-être Jammes va-t-il plus loin encore dans l'animalité ressentie et restituée, du moins en tous cas avec Lièvre, le personnage principal.

Nouvelle poétique à souhait, je n'ai pas aimé le final, non que celui-ci baisse en qualité littéraire, non, c'est juste sentimental de ma part, Jammes a cru bon de le raidir, peut-être afin de ne pas se faire taxer de mièvrerie (?).

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Edouar10
Édouard-Paul Mérite, aquarelle sur papier.



Mots-clés : #contemythe #nouvelle #poésie
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 461

Julio Cortázar

Fin d’un jeu

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Fin_da10

I
Continuité des parcs
N’accusez personne
Le fleuve
Les poisons
La porte condamnée
Les ménades

II
L’idole des Cyclades
Une fleur jaune
Dîner d’amis
La fanfare
Les amis
Le mobile
Torito

III
Récit sur un fond d’eau
Après le déjeuner
Axolotl
La nuit face au ciel
Fin d’un jeu


Le premier texte, très bref, Continuité des parcs, est une fort savoureuse variation sur la suspension consentie de l'incrédulité du lecteur.
« L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au-delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes. »

Dans Les ménades l’humour le dispute à la satire en un superbe crescendo de délire, un texte parmi quelques autres qui varient autour de la mythologie.
Une fleur jaune traite de la réincarnation, ici avant même la mort, tandis que Dîner d’amis présente un astucieux décalage temporel.
Ces nouvelles appartiennent souvent au genre fantastique, mais renouvelé par un auteur intelligent et fort habile (bien qu’elles fassent partie des premiers textes publiés de Julio Cortázar) ; elles font parfois penser à Borges, à Mandiargues aussi, avec un zeste de surréalisme.
« …] à l’heure des nostalgies, lorsque nous nous laissons corrompre par ces absences que nous appelons souvenirs et qu’il nous faut combler, à force de mots et d’images, un abîme insatiable. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 31 Mar - 1:03
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Julio Cortázar
Réponses: 39
Vues: 1336

Revenir en haut

Page 1 sur 12 1, 2, 3 ... 10, 11, 12  Suivant

Sauter vers: