Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil - 5:37

229 résultats trouvés pour nouvelle

Joseph Conrad

Le Compagnon secret

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_com10


Nouvelle du recueil Entre terre et mer, primitivement publiée en 1910.
Nommé pour son premier commandement capitaine d’un navire qu’il ne connaît pas plus que l’équipage, le narrateur recueille incognito le second d’un autre bateau, dont ce dernier s’est enfui à la nage après avoir tué un marin ; il s’identifie à cet hôte secret, et cette variante du thème du double nous vaut un chef-d'oeuvre.
Cette mince thématique n’aurait pas suffi à un roman, et met en valeur tout l’art du novelliste chez Conrad.
« Dans l’ensemble une situation éprouvante pour les nerfs. Mais en général je me sentais moins déchiré en deux quand j’étais avec lui. »


Mots-clés : #aventure #nouvelle
par Tristram
Hier à 22:42
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 64
Vues: 4066

Clive Barker

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 61fr0u10

Books of Blood II

Un recueil de nouvelles horrifiques pour se rafraîchir les idées ? Longue pause après le volume 1 et longue pause avec l'auteur que ce soit pour les livres ou le cinéma mais le livre était là et c'était peut-être le moment alors...

Alors les quelques méfiances que j'aurais pu avoir après toutes ces années : ça va être vraiment vraiment crade, serai-je réceptif, est-ce le moment ? ... C'est crade, c'est un fait, Barker c'est de l'horrifique gore, perturbant, excessif mais c'est aussi ce versant sur lequel on ne veut pas mettre les pieds qui rejoint notre monde dans toute sa normalité, ses apparences bien sûr mais aussi les petits drames personnels. Pas forcément à la Stephen King, il y a souvent de l'intimité chez Clive Barker et c'est dans la chair que ça se ressent.

Et puis dans ces nouvelles c'est varié et on trouve aussi une pointe de mélancolie, de renoncement et d'abandon qui fait le charme réel de cette atmosphère très particulière !

\nMots-clés : #horreur #nouvelle
par animal
le Dim 28 Juin - 21:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Clive Barker
Réponses: 2
Vues: 87

Cees Nooteboom

La nuit viennent les renards

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Renard10

Huit nouvelles, variations sur la mort, les morts, présence/ manque… Avec récurrences de jeux de cartes, de peur du noir.
Dans Gondoles, histoire d’amour anthroposophique :
« L’amour était le besoin d’amour, voilà au moins une chose qu’il avait comprise. »

Dans Paula, puis Paula II, le lecteur écoute un vivant, puis son amante morte (mais ils ne s’entendent pas l’un l’autre).
« Comment se fait-il – telle était ma question – qu’à mesure que l’on vieillit, votre vie se mette à ressembler de plus en plus à une histoire inventée ? »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 11 Juin - 20:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue néerlandaise
Sujet: Cees Nooteboom
Réponses: 36
Vues: 2733

Joseph Delteil

Le Maître ironique

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_maz12

Treize courtes nouvelles écrites dans les années vingt et publiées posthumément ; d’abord lecture prétexte à créer le fil de cet auteur qui m’est cher et que je voudrais partager, je me suis en fait régalé avec notamment la première, Un monde d’odeurs, une magnifique dissertation sur l’odorat, en l’espèce celui d’une jeune fille aux yeux bandés à colin-maillard.
« Aux hautes narines de Nathalie d'abord abordent les minéraux, trois-mâts de haute mer. Voici l'épaisse émanation de la pierre taillée, aux flancs polis ; le parfum du sable, comme une haleine ; le baume pimpant du gravier ; voici la tuile qui sent la menthe ; le verre comme la muscade ; et l'ardoise mélancolique ; l'odeur d'ail du terreau bien faisandé ; l'arôme enivrant des grilles rouillées ; et le somptueux bouquet du marbre mûr de soleil ! Tous ces parfums stables, géométriques, bien assis sur leurs bases, sur leurs poids.
Au second rang, et plus élégantes, voici, en bandes, en théories, à la queue leu leu, les mille exhalaisons végétales, depuis le parfum rare, ravi à quelque Temple de Salomon, du buis, et celui si adolescent de la sève des platanes, et celui des grasses pelouses charnelles qui sont les hanches du parc, et celui, ténu, amenuisé, sans pareil, du plus haut bourgeon du sapin, et celui du vieil érable qui a toute la lyre, jusqu'à l'odeur mélodieuse de la charmille aux rouges-gorges, jusqu'à celle néo-blanche de l'écorce de l'acacia, jusqu'à celle du lierre mystique où s'entrelacent l'amour et la mort, celle des mousses blondes à peine, à peine pubères, celle du pâle lichen qui a l'air d'un orphelin, et jusqu'à celles du verger qui s'étagent sur les espaliers du soleil, et jusqu'à celles de la roseraie qui dansent derrière l'azur. »

Les autres textes traitent des années folles, de pages d’histoire, de voyages en Afrique subsaharienne (que Delteil n’a jamais visitée à ma connaissance), des thèmes chers à l’auteur : l’amour, la mort, etc.
C'est un enchantement d’allitérations heureuses, avec quelque chose de la poésie de Ponge, de la jubilation de Giono.

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Lun 8 Juin - 13:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Joseph Delteil
Réponses: 13
Vues: 146

Patricia Highsmith

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La-pro10

La proie du chat

Encore très impressionnée par cet auteur.

Recueil de nouvelles éditées en 1981.

Il y a bien des morts, parfois ((Verre brisé porte malheur, Pour le restant de leurs jours, Le rejeté, sincères condoléances, La proie du chat) mais aussi la mort donnée à soi même (La nuit du mépris, La créature sans nom, Le rejeté) décrite comme un désespoir exsangue, une sorte d'acceptation fatale, injonction, terrible,
il y a la solitude (Sincères condoléances, La créature sans nom, La nuit du mépris) mais enfin, écrasante, l'émulation de groupe, son dictat, sa loi, sa valeur refuge, sa cosmogonie, radiographie, sa physique aurais-je envie de dire.

Etudes de moeurs, bijoux passeurs des troubles existentiels les plus complexes, des glissements, des suprêmes non manichéismes, ce recueil est un joyau.

La proie du chat
Un groupe d'amis trouve un doigt humain rapporté par le chat dans le salon.

Sincères condoléances
Un homme apprend la mort de sa mère deux ans trop tard.

Entre les deux
un homme ne sait choisir entre ses deux amantes, et orchestre son impuissance comme malgré lui.

Le rejeté
Des amis se galvanisent autour d'un des leurs pris comme bouc émissaire

Pour le restant de leurs jours
Un couple adopte des retraités

La créature sans nom
une femme se découvre un ami ambivalent

Un don venu d'ailleurs
une femme répare un panier d'osier et s'en trouve troublée au delà du possible

Aventure pour aventure
une femme décide un dialogue frontal avec un homme voyeur qui la traque

La nuit du mépris
un jeune toxico tente un ultime dialogue avec son père, ou vice versa

Verre brisé porte malheur

un vieil homme se frotte à la faune jeune et agressive de son quartier


Mots-clés : #nouvelle
par Nadine
le Lun 8 Juin - 12:01
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Patricia Highsmith
Réponses: 27
Vues: 942

Juan Rulfo

Castillo de Teayo
Courte nouvelle, 7 pages environ, peut-être écrite en 1952 (?)

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Rulfo10
Lu en langue originale dans cette édition (Editorial RM - Fundación Juan Rulfo), qui comprend aussi El Llano en llamas, Pedro Pàramo, et des textes introductifs de Jorge Luis Borges et Susan Sontag.

Cette nouvelle (ou reportage ?) est précédée de 7 photos de l'auteur, prises sur site à Castillo de Teayo.

Je ne sais pas si cette bribe de l'œuvre de Rulfo est disponible en français.


__________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le point de départ embarque bien:
Castillo de Teayo est un site précolombien notoire (monument pyramidal spectaculaire, statues et abondant site de fouilles).
Que peut-on donc vouloir y faire, de nuit sous la pluie, en somme dans les pires conditions, même un féru d'archéologie n'y verrait...goutte, c'est le cas de le dire ?

Ces quelques pages m'ont semblé un point de jonction entre Rulfo-écrivain, Rulfo-photographe (voyez l'extrait !) et Rulfo-collaborateur de l'Instituto indigenista de Mexico, en espérant ne pas avoir trop mésinterprété.

C'est mélodieux, prosodique, avec quelques traits de forte puissance tout à fait caractéristique de son écriture de romancier.
Je ne sais si les fonds de tiroirs et les recyclages de corbeilles à papier de Rulfo sont de ce tonneau-là, ou bien si c'est justement pour l'exceptionnelle qualité littéraire que le choix d'Editorial RM - Fundación Juan Rulfo s'est porté sur ce seul texte, en particulier.

Vous avez compris que je suis tout enthousiasme et recommandations vives.


En guise d'extrait, l'entame:

Un farol nos detiene. Un farol rojo que expande su luz y se balancea frente a nosostros. Sólo se ve el farol. La lluvia y la noche cierran la carretera.
"¿Qué quieren esos? ¿Dónde estamos?"

El farol se acerca y alguien, allà en el fundo de la oscuridad, nos dice: "¡Bajen sus luces!¡Favor!¡Favor de hacerse a un lado!"
El automóvil se nubla con la lluvia. Brinca. Retrocede un poco y se sale del asfalto metiéndose en la cuneta. Allà se detiene.
La lluvia golpea ahorra màs fuerte, en ràfagas blancas, mezcladas con neblina.
Por la ventanilla abierta se asoma una cara extraña, como de cobre: "No se puede seguir màs allà - dice. Se ha derrumbado el paredón en Mata Oscura. No hay paso. Esto es todo. Pueden volverse a Poza Rica o quedarse aquí. Como quieran."

Es un soldado. Detràs de él està un rifle por el que escurre el agua en hilos brillantes.

- ¿Dónde estamos? ¿Qué lugar es éste?  
Nada. El soldado ha desaparecido.
Se hace un claro en la niebla. Un agujero por donde entra una luz anaranjada como de amanecer, hacia atràs de nosotros.  


Un fanal nous arrête. Un fanal rouge qui répand sa lumière et se balance en face de nous. On ne voit que le fanal. La pluie et la nuit referment la route.
"Que veulent-ils ? Où sommes-nous ?

Le fanal s'approche et quelqu'un, là-bas au fin fond de l'obscurité, nous dit:
"Baissez vos phares ! Sil vous plaît ! Veuillez vous écarter de là !"
L'automobile s'ennuage de pluie. Se secoue. Recule un peu et sort de l'asphalte, se range sur le bas-côté. Elle s'arrête là.
La pluie frappe à présent plus fort, en rafales blanches, mêlées de brume.
Un visage étrange, comme s'il était en cuivre, se penche par la vitre ouverte: "Vous ne pouvez pas continuer plus loin - nous dit-il. Le parapet s'est effondré à Mata Oscura. On ne passe pas. C'est tout. Vous pouvez retourner à Poza Rica ou rester ici. Comme vous voulez.

C'est un soldat. Derrière lui un fusil ruisselle d'eau en fils brillants.  
"Où sommes-nous ? Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?
Rien. Le soldat a disparu.

Une éclaircie se forme dans la brume. Un trou par lequel pénètre une lumière orange clair comme à l'aube, derrière nous.


Mots-clés : #amérindiens #nouvelle #temoignage
par Aventin
le Dim 7 Juin - 17:49
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Juan Rulfo
Réponses: 31
Vues: 1513

Gilbert-Keith Chesterton

Le Poète et les fous

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_poz11

Titre original: The Poet and The Lunatics. Huit nouvelles, parues en 1929, qui peuvent être lues ici en langue originale. 255 pages environ.

Il s'agit d'un énième personnage de détective chestertonnien, nommé cette fois-ci Gabriel Gale, grand jeune homme blond, peintre et poète. Il n'y a pas vraiment de nouveaux codes, toujours le parti-pris de l'apparente irréalité, de l'intuition prenant le pas sur la méthode, le scientifique. On trouve un peu moins de burlesque, un peu moins de ce fameux humour britannique dont il est un champion (ou est-ce moi qui est passé au travers ?).

On relève une jolie petite délicatesse dans le procédé littéraire, consistant à donner la chute de la première nouvelle...dans la dernière !

Ici, notre Gilbert-Keith raisonne ainsi:
Les fous, les aliénés, Lunatics en anglais, pour comprendre leurs actes lorsque ceux-ci apparaissent hors-normes ou inouïs au commun des mortels, il faut soit l'être un peu soi-même, soit emprunter des voies imaginatives quasi jamais fréquentées.

D'où le façonnage d'un type de héros comme Gabriel Gale, encore une variation de Chesterton sur le thème du détective qui n'en est pas (et ne paye pas de mine) mais parvient in fine à résoudre.  

On retrouve aussi ces bonnes vieilles déclinaisons de l'auteur sur des thèmes qu'il court si volontiers, le déguisement, l'amitié, les auberges ("pubs"), l'apparence trompeuse, le détail, et ces constructions littéraires si fluides, si adaptées au format nouvelles, qui embarquent bien le lecteur, vraiment sans coup férir.

Le goût de la marge, les comptes réglés avec la pensée scientiste, ça et là (mais plus parcimonieusement ici) la formule qui fait que Chesterton reste à jamais cette mine à citations à ciel ouvert - même si là on est dans une veine moins abondante.
Un peu moins prophétique qu'il ne fut peut-être (voir L'auberge Volante, La sphère et la croix, Le Napoléon de Notting Hill...), même si, dans ce domaine-là aussi, il y a un ou deux joyaux à glaner...

Autre goût, celui de la couleur, le sens du pictural (dans son autobio, L'homme à la clef d'or, il s'en explique, disant que depuis le temps des boîtes à jouer il avait toujours conservé l'émotion d'échafauder des décors peints).
Un exemple de ce côté pictural et coloriste, et de l'embarquement garanti du lecteur, cet extrait proche de l'entame de la 2ème nouvelle:
L'oiseau jaune a écrit:C'était comme s'ils avaient atteint un bout du monde paisible; ce coin de terre semblait avoir sur eux un effet bizarre, différent selon chacune de leurs personnalités, mais agissant sur eux tous comme quelque chose de saisissant et de vaguement définitif.
Et cependant il était d'une qualité aussi indéfinissable qu'unique; il n'était en rien sensiblement différent d'une vingtaine d'autres vallées boisées de ces comtés occidentaux en bordure du Pays de Galles.
Des pentes vertes plongeaient dans une pente de forêts sombres qui par comparaison paraissaient noires mais dont les fûts gris se reflétaient dans un méandre de la rivière comme une longue colonnade sinueuse. À quelques pas de là, d'un côté de la rivière, la forêt cédait la place à de vieux jardins et vergers, au milieu desquels se dressait une maison haute, en briques d'un brun intense, avec des volets bleus, des plantes grimpantes plutôt négligées s'accrochant aux murs, davantage à la manière de la mousse sur une pierre que de fleurs dans un parterre.
Le toit était plat, avec une cheminée presque en son milieu, d'où un mince filet de fumée s'étirait dans le ciel, seul signe de ce que la maison n'était pas complètement abandonnée.
Des cinq hommes qui, du haut de la colline, regardaient le paysage, un seul avait une raison particulière de le regarder.  



Enfin, le quichottisme de Gabriel Gale n'est pas sans rappeler bien d'autres héros -ou caractères principaux- de la prose du gentleman de Beaconsfield (je vous épargne la liste maison !).

Bref, on peut juger que ce n'est peut-être pas un Chesterton majeur, mais...qu'est-ce qu'il se dévore bien, tout de même !

Mots-clés : #absurde #criminalite #humour #nouvelle #satirique #xxesiecle
par Aventin
le Mar 26 Mai - 19:47
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 43
Vues: 1869

Marguerite Yourcenar

Conte Bleu - Le Premier Soir - Maléfice

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Conte_10

Réunion posthume de trois textes parmi les premiers écrits par Marguerite Yourcenar, annonçant les Nouvelles orientales.
Conte Bleu :
Conte merveilleux, avec déjà de beaux phrasés, et un faux air de Salammbô.

Le Premier Soir :
Nouvelle ambiguë portant sur une nuit de noces, écrite à quatre mains avec son père.

Maléfice :
Un intéressant aperçu de la « jettatoure », non loin d’Italie…
« Le silence dans l’inaction est pour les gens simples quelque chose de contre nature. Ils l’associent d’ordinaire au travail, qui les abstrait d’eux-mêmes (le travail, peut-être à leur insu, est le dévouement des pauvres) et confondent se reposer avec se raconter. »

« On agit sans savoir ce qui aura lieu, et justement pour le savoir. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 12 Avr - 14:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marguerite Yourcenar
Réponses: 65
Vues: 2243

Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag nouvelle sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 322

Francis Jammes

Le Roman du Lièvre

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Roman_10
Nouvelle, écrite en 1902, parue en 1903, une cinquantaine de pages.

Exceptionnelle entame, risquée (débuter par une phrase aussi longue, c'est audacieux !), le trajet du lièvre est rendu de façon remarquable par le rythme, syncopé mais irrégulier de cette phrase (les "et", utilisés en pas très académique mais efficace liant) laquelle pourtant "coule" avec une telle fluidité que c'en est incroyable, le lecteur est dans la peau du lièvre !
Le "à cause que" de la seconde phrase, dites-le à la béarnaise sans élider le "e" final de cause, pas acoske quoi, sinon patatras !

Chapitre I a écrit:Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse, et grimpa au sentier de molle argile, et il avait peur de son ombre, et les bruyères fuyaient derrière sa course, et des clochers bleus surgissaient de vallon en vallon et il redescendait, et il remontait, et ses sauts courbaient les herbes où s’alignaient des gouttes, et il devenait le frère des alouettes dans ce vol rapide, et il traversait les routes départementales, et il hésitait au poteau indicateur avant de suivre le chemin vicinal qui, blême de soleil et sonore au carrefour, se perd dans la mousse obscure et muette.

Ce jour-là, il manqua se butter à la douzième borne kilométrique, entre Castétis et Balansun, à cause que ses yeux ahuris sont placés de côté. Net, il s’arrêta ; sa gencive, naturellement fendue, eut un imperceptible tremblement qui découvrit ses incisives. Puis, ses guêtres de routier, couleur de chaume; se détendirent ainsi que ses ongles usés et rognés. Et il bondit par la haie, boulé, les oreilles à son derrière.

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Lizovr10

C'est l'histoire de François d'Assise revenu sur terre en mission, afin de guider quelques animaux de rencontre en fin de vie, lesquels sont subjugués d'amour pour lui, vers leur doux Paradis animal, interdit aux humains.

Il pérégrinent ainsi durant la belle saison, puis l'automne, et nous allons de tableaux savoureux en délicatesses de style et de sentiments, douceur, prosodie bucolique mais aussi de louange discrète de la part du poète rustique.  

Vient l'hiver et les privations, il est temps pour les animaux de quitter François en de bien déchirants adieux et de rejoindre le Paradis des animaux. Pour la mission délicate consistant à servir de guide aux autres animaux, François choisit Lièvre, le dernier arrivé...

Il y a, bien sûr, une allusion au Roman de Renart dès le titre, et à l'œuvre de Jean de La Fontaine dès la première ligne:
Nous ne sommes pas surpris que les animaux parlent, soit doués de sentiments, de raisonnements.
Comme dans le Roman de Renart ou dans l'œuvre de Jean de La Fontaine, le choix de tel animal pour illustrer telle situation, tendance outrait de caractère est bien sûr effectué avec la finesse nécessaire.

Peut-être Jammes va-t-il plus loin encore dans l'animalité ressentie et restituée, du moins en tous cas avec Lièvre, le personnage principal.

Nouvelle poétique à souhait, je n'ai pas aimé le final, non que celui-ci baisse en qualité littéraire, non, c'est juste sentimental de ma part, Jammes a cru bon de le raidir, peut-être afin de ne pas se faire taxer de mièvrerie (?).

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Edouar10
Édouard-Paul Mérite, aquarelle sur papier.



Mots-clés : #contemythe #nouvelle #poésie
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 322

Julio Cortázar

Fin d’un jeu

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Fin_da10

I
Continuité des parcs
N’accusez personne
Le fleuve
Les poisons
La porte condamnée
Les ménades

II
L’idole des Cyclades
Une fleur jaune
Dîner d’amis
La fanfare
Les amis
Le mobile
Torito

III
Récit sur un fond d’eau
Après le déjeuner
Axolotl
La nuit face au ciel
Fin d’un jeu


Le premier texte, très bref, Continuité des parcs, est une fort savoureuse variation sur la suspension consentie de l'incrédulité du lecteur.
« L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au-delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes. »

Dans Les ménades l’humour le dispute à la satire en un superbe crescendo de délire, un texte parmi quelques autres qui varient autour de la mythologie.
Une fleur jaune traite de la réincarnation, ici avant même la mort, tandis que Dîner d’amis présente un astucieux décalage temporel.
Ces nouvelles appartiennent souvent au genre fantastique, mais renouvelé par un auteur intelligent et fort habile (bien qu’elles fassent partie des premiers textes publiés de Julio Cortázar) ; elles font parfois penser à Borges, à Mandiargues aussi, avec un zeste de surréalisme.
« …] à l’heure des nostalgies, lorsque nous nous laissons corrompre par ces absences que nous appelons souvenirs et qu’il nous faut combler, à force de mots et d’images, un abîme insatiable. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 31 Mar - 1:03
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Julio Cortázar
Réponses: 35
Vues: 1169

Ivan Sergueïevitch Tourgueniev

Journal d'un homme de trop

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Journa11


Tchoulkatourine, l’homme « superflu, ou être surnuméraire » ‒ « de trop » ‒ commence un journal tandis que ses jours sont comptés (la scène finale, de l’agonie, sera poignante). Il se remémore une enfance morose, tôt orphelin d’un père aimant mais joueur, et ruiné ; il évoque surtout son seul amour, non partagé sans même qu’il s’en doute, situation qui l’humilie dans une médiocre ville de province.
Typiquement slave et XIXe (lors d’un bal, Tchoulkatourine provoque en duel le prince dont Lise est tombée amoureuse) :
« J’avoue franchement qu’il y avait une solution, une seule, qui ne me vînt jamais en tête : je ne songeai pas une seule fois à m’ôter la vie. Je ne saurais dire pourquoi cette pensée ne se présenta jamais à mon esprit… »

C’est aussi (et surtout ?) une satire de la société russe ; les descriptions des personnages sont tout sauf flatteuses ; le trait est vif, facilement acerbe !
« …] je jetai tranquillement les yeux autour de moi et les arrêtai sur une demoiselle qui avait une figure allongée, un nez rouge et luisant, une bouche qui s’ouvrait si disgracieusement qu’on l’aurait crue déboutonnée, et un cou veineux qui rappelait l’archet d’une contrebasse. Je m’approchai froidement d’elle et l’invitai d’un air dégagé en faisant sèchement frapper mes talons l’un contre l’autre. Elle portait une robe rose qui paraissait relever de maladie et entrer à peine en convalescence ; une espèce de mouche déteinte et mélancolique tremblait sur sa tête et se balançait sur un gros ressort en cuivre. Elle semblait en général pénétrée d’outre en outre, si l’on peut s’exprimer ainsi, d’une sorte d’ennui aigre et d’infortune moisie. »


Mots-clés : #nouvelle #xixesiecle
par Tristram
le Lun 23 Mar - 12:39
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Ivan Sergueïevitch Tourgueniev
Réponses: 18
Vues: 611

Ian McEwan

Sous les draps et autres nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Sous_l10


Géométrie dans l’espace
Petit conte acerbe comme de Bierce, avec l’humour de Coe, l’ironie de Roth (Philip), à la limite du sarcasme (et avec une petite pointe sordide, voire trash) ; cette remarque est valable pour l’ensemble du recueil !
« À Melton Mowbray en 1875, lors d’une vente publique d’objets "rares et précieux", mon arrière-grand-père, accompagné de son ami M., s’était porté acquéreur du pénis d’un certain capitaine Nicholls, mort en 1873, à la prison de Horsemonger. »

« J’imaginais tous les endroits par où il était passé : Le Cap, Boston, Jérusalem, voyageant dans l’obscurité fétide des culottes de cuir du capitaine Nicholls, émergeant à l’occasion dans la lumière éblouissante du soleil afin d’émettre un jet d’urine dans quelque lieu public fort fréquenté. Je pensais aussi à toutes les choses qu’il avait touchées, toutes les molécules, les mains aventureuses du capitaine Nicholls dans la solitude sans amour des longues nuits en mer, la moiteur des parois vaginales de jeunes filles ou de vieilles prostituées, dont les molécules doivent exister encore, fine poussière balayée par les vents du Cheapside jusqu’au Leicestershire. »

L’histoire porte aussi sur la découverte du « plan sans surface »…

Économie familiale
Une initiation sexuelle guidée par un aîné maladroit, avec une déviation insane, traitée sur le mode burlesque.
« Toutefois, arrivé sur le palier, le sang étant descendu de la tête au bas-ventre, au sens propre du terme, ou comme eût dit Jane Austen, étant moi-même passé de la raison aux sentiments, au moment donc où je reprenais mon souffle en posant ma main moite sur le bouton de la porte, j’étais résolu à violer ma sœur. »

Le dernier jour de l’été
Un jeune garçon vit dans la communauté que son aîné a constitué après le décès de leurs parents. Les rapports humains sont très finement observés dans ce récit poignant, jusqu’au drame final.

Bande à part
Une brève pochade, où j’ai vu une piquante satire d’un théâtre contemporain si épris de représentation d’un monde dont il est déconnecté qu’il en est devenu ridicule.

Papillons
Aperçu de l’intérieur d’un désaxé dans le monde pervers d’une banlieue londonienne désolée, parvenue à l’atrocité banalisée.

Conversation avec un homme-armoire
Aperçu de l’intérieur d’un jeune homme maintenu dans l’enfance par une mère abusive, puis jeté dans le monde, et qui voudrait retourner en enfance. (M’a ramentu L’homme-boîte de Kôbô Abé).

Premier amour, derniers rites
Une étrange histoire d’amour dont une rate grosse ne réchappera pas, mais une anguille si.

Masques
Encore une mère abusive, ici de substitution et de plus actrice déchue, qui manipule un jeune garçon. Cette fois dans un texte plus développé, au ton moins percutant mais tout aussi efficace.

Pornographie
Il travaille dans le sex-shop de son frère, et trompe deux infirmières l’une avec l’autre, leur transmettant sa MST ‒ et elles se vengent.

Réflexions d’un singe captif
Le simiesque amant délaissé de l’auteure d’un seul roman (parlant de la stérilité féminine) narre les vains efforts de cette dernière pour en produire un second ; le ton est ampoulé, comme on imagine le style du best-seller en question. Hilarant !
« Comme se dit intérieurement Moira Sillito, l’héroïne du premier roman de Sally Klee, pendant l’enterrement de son mari : "Tout change." La douce, la péremptoire mais finalement tragique Moira est-elle consciente de démarquer le poète Yeats ? »

« Sally Klee et moi dégustons notre café dans un "silence riche de promesses". C’est du moins ainsi que Moira et son mari, Daniel, jeune cadre brillant dans une entreprise locale d’embouteillage, sirotent leur thé en digérant l’information selon laquelle aucune raison médicale ne leur interdit de procréer ensemble. »

Morte jouissance
Qu’un homme tombe amoureux d’un mannequin, l’idée n’est peut-être pas neuve (voir Les boutiques de cannelle de Bruno Schulz), mais n’a sûrement jamais été menée jusqu’à un tel accomplissement !

Sous les draps
Écrivain, divorcé, il reçoit sa fille, et la copine de celle-ci ; la situation n’est pas inédite dans ce recueil, et c’est toujours… trouble.

Psychopolis
Un Anglais à Los Angeles : après la société anglaise, l’états-unienne n’est pas non plus épargnée.

L’écriture précise de Ian McEwan évoque sans porter de jugement des individus marginaux coincés dans la société (british) par la parentèle, le sexe, la vie commune. Il est généralement spirituel, souvent leste, provocateur voire choquant, mais toujours humain me semble-t-il.

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 22 Mar - 20:52
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Ian McEwan
Réponses: 21
Vues: 1033

Robert Louis Stevenson

Will du moulin

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Will_d10

Le moulin où vit Will, orphelin recueilli par le meunier, est sis dans une vallée à l’écart du monde (un pays imaginaire, en amont de « Underteck »), au bord d’une rivière qui passe vers la vie en aval.
« …] l’eau courante emportait ses désirs avec elle lorsqu’il rêvait à ses flots fugitifs [… »

Will rêve de ce monde, n’entreprend pourtant pas d’aller le découvrir, et lorsqu’il rencontre Marjory, choisit de ne pas combler son désir en l’épousant, mais préfère qu’ils restent amis.
« La vue de toute chose attrayante et inaccessible excitait son plaisir, disait-il ; »

Puis il vieillit avec philosophie.
« Celui qui a vécu longtemps ne se soucie plus de vivre davantage. »

Une philosophie de non-possession, voire non-action, un peu ce que Char appelait « l'amour réalisé du désir demeuré désir » ?
J’ai été infiniment plus réceptif à cette sensibilité qu’à Olalla
« …] maints autres de ces petits détails qui n’ont l’air de rien pour autrui et qui sont néanmoins pour chacun le vrai fin mot de l’existence [… »

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 19 Mar - 23:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Robert Louis Stevenson
Réponses: 51
Vues: 2384

Italo Calvino

Forêt-Racine-Labyrinthe

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Forzot10


Bref conte dans le ton de la trilogie des Ancêtres.
« ‒ Les branches nous empêchent d’avancer. Il faut que nous passions par-dessus ou par-dessous.
L’écuyer s’étonna :
‒ Les branches ? Mais ce sont des racines, Majesté.
‒ Si ces choses-là sont des racines, répliqua le Roi, alors nous sommes en train de marcher sous la terre !
‒ Si ce sont des branches, insista le vieil Amalbert, alors nous avons perdu le sol de vue et nous sommes suspendus en l’air. »

« Dis-moi, tu n’as pas une idée de l’endroit où nous sommes ? Je descendais dans les racines et je me retrouve dans les branches…
‒ Je ne sais pas. Je grimpais dans les branches… et je me retrouve enfoncé dans un labyrinthe. »


Mots-clés : #contemythe #moyenage #nouvelle
par Tristram
le Sam 14 Mar - 20:10
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Italo Calvino
Réponses: 41
Vues: 2165

Antonio Tabucchi

Les volatiles de Fra Angelico

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Les_vo10


Recueil de « quasi-nouvelles », le plus souvent inspirées de peintures, et du Portugal.
À retenir notamment Histoire d’une histoire qui n’existe pas (un roman qui finalement ne sera pas publié, mais « confi[é] au vent ») :
« Je ne sais si ce fut un tribut, un hommage, un sacrifice ou une pénitence. »

... et Dernière invitation, pochade aigre-douce qui traite des avantages présentés par Lisbonne pour un suicide de « libre choix »…

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 25 Fév - 20:47
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Antonio Tabucchi
Réponses: 28
Vues: 1543

Clarice Lispector

Vu que certains s'interrogeaient sur elle... lu en décembre dernier.

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Lispec10

Corps séparés

Clarice Lispector s’intéresse aux non-dits, aux complications de toutes sortes, celles qui se nichent dans les rapports que les personnages ont entre eux, ― enfants, adultes, ou animaux ― celles qui les démangent et que par ailleurs la romancière brésilienne n’a pas l’intention d’expliquer. Il est difficile de démêler de quoi on parle dans ces nouvelles, quel est le sujet : le récit consiste en un tissage compliqué de sentiments et de désirs, sentiments de défiance ou de perplexité, désirs de conformité ou désirs de chosifier autrui.

Du reste on reconnaît bien les frictions, les frottements ― jamais de guerre déclarée ― engendrés par la proximité des êtres, les incertitudes (contaminant le texte et le lecteur) des personnages quant à savoir ce qu’on attend d’eux. Clarice Lispector revient inlassablement sur toutes ces tensions larvées, elle y revient avec une fascination communicative. L’ensemble des images et des individus créent une ossature tout à fait charnelle : l’autre est d’abord un corps, le titre du recueil est bien choisi…


Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Mar 25 Fév - 18:33
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Clarice Lispector
Réponses: 16
Vues: 381

Rick Bass

Dans les monts Loyauté

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Dans_l10

Premières nouvelles publiées de Rick Bass, ce recueil fut dédié à John Graves, Jim Harrison et Tom McGuane…
Et pour un coup d’essai ce sont dans l'ensemble d’excellents textes, tous marqués par la nature (y compris humaine).

Chronique de la ville de Rodney
L’existence fantasque dans une petite ville portuaire pratiquement abandonnée dont le Mississippi s’est retiré voilà un siècle, coupant un de ses méandres.

Le Marigot
C’est le surnom d’un gamin persécuté par les autres élèves, peut-être fascinés parce qu’il est passionné par le marais et sa faune.

Incendies
Pour la protéger d’une éventuelle attaque d’ours, le narrateur suit à vélo une coureuse venue s’entraîner dans cette vallée écartée, souvent visitée par les incendies, volontaires ou pas.

La Vallée
« Un jour, j’ai quitté le Sud, j’ai laissé tomber mon travail et j’ai filé jusqu’au milieu des neiges : l’extrême nord-ouest. J’y habite un chalet rustique sans électricité, et je ne n’en partirai jamais.
Il n’y a pas beaucoup de gens dans cette vallée – vingt-six électeurs inscrits – et plutôt que de détester presque tout le monde, comme ça m’était si facile en ville, je peux maintenant prendre le temps d’aimer presque tout le monde.
Il faut que je commence petit. Il faut que je m’y prenne bien. »

Dans cet aperçu du Wild du Nord-Ouest, on pressent nettement l’œuvre à venir.
À propos d’une autre solitaire, qui recueille les chiens fuyant vers le Canada :
« Je suis comme ces chiens errants, et je pense que Jody aussi. Ces chiens sont venus de loin pour arriver jusqu’ici. »


Cornes et ramures
Dans une petite communauté similaire, sinon la même, où tout le monde chasse à la saison, Suzie est contre.
« Le bétail est fait pour ça. Le bétail ressemble aux habitants des villes. Le bétail s’attend à, et même mérite, ce qui va lui arriver. Mais les animaux sauvages sont différents. Les animaux sauvages aiment la vie. Ils vivent dans les bois exprès. C’est cruel d’aller les chasser et de les tuer. C’est cruel. »


Wejumpka
C’est le « nom indien » d’un petit garçon abandonné par son père suite au divorce de ses parents.

Le Fabuleux Pig-Eye Reeves
Pour s’entraîner, un jeune boxeur du Mississippi se bat dans les bars minable, et court poursuivi par un cheval.

L’Attente
Journée de pêche en mer, entre hommes avec les femmes en tête.

Séjour au Paradis
Le gardien d’un château dans une forêt reculée profite du lieu, et voudrait le protéger des deux agents immobiliers qui projettent de le rendre rémunérateur, en vrais prédateurs.

Dans les monts Loyauté
Ambivalents souvenirs de jeunesse.

Mots-clés : #nature #nouvelle
par Tristram
le Mar 7 Jan - 23:21
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Rick Bass
Réponses: 51
Vues: 2495

Joseph Conrad

Amy Foster

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Amy_fo10


Le narrateur rapporte ce qu’un médecin lui a raconté, l’histoire de la femme de Yanko, un émigrant d’Europe centrale parti en Amérique et naufragé sur les côtes du Kent (la distanciation par enchâssement des témoignages est savamment construite par Conrad).
Cette nouvelle est nourrie de l’expérience de l’auteur, lui-même transplanté de Pologne en Angleterre. Et ce récit (écrit en 1901) d’un réfugié fuyant la misère, de plus escroqué par les passeurs, résonne singulièrement aujourd’hui…
« Il est en effet pénible pour un homme de se retrouver un étranger, abandonné, sans défense, incompréhensible, et d’une origine mystérieuse, dans quelque coin obscur de la terre. »

« Il est vrai, disait-il, qu’il les avait abordés comme un mendiant ; mais dans son pays, même si l’on ne donnait rien, on parlait gentiment aux mendiants. Dans son pays, on n’apprenait pas aux enfants à jeter des pierres sur ceux qui imploraient la pitié. »

Yanko, incarnation de l’inconnu et de l’étrange(r) dans ce qui est pour lui aussi le comble de l’étrangeté, ne sera accueilli que par Amy, une jeune femme sans grande beauté, intelligence ou éducation. Il restera détesté, pris pour un dérangé, aux manières différentes.
« Puis le vagabond se leva sans dire un mot devant lui, masse de boue et de crasse de la tête aux pieds. Smith, seul au milieu de ses meules avec cette apparition, dans le crépuscule d’orage où retentissaient les aboiements furieux du chien, sentit en lui la peur devant cette inexplicable étrangeté. »

La dissemblance est renforcée de l’incommunicabilité, puisque Yanko ne parle pas la même langue…
Je me demande si Yanko n’est pas un des Yahoos de Swift, ces humains dégénérés et répugnants, désignation devenue synonyme de rustre déplaisant en anglais…

Mots-clés : #discrimination #exil #immigration #nouvelle
par Tristram
le Jeu 2 Jan - 17:20
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 64
Vues: 4066

Gilbert-Keith Chesterton

Le club des métiers bizarres

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_clu10

Titre original: The Club of Queer Trades. Nouvelles, 1905, 190 pages environ.
Peut se lire en langue originale ici.
Six nouvelles reliées entre elles par les thèmes et les protagonistes principaux.

Autant les premiers romans de Chesterton comptent parmi ce qu'il a fait de meilleur, autant ces nouvelles-ci, ses premières, laissent un peu l'exigeant lecteur sur sa faim, j'eus souhaité qu'il sophistiquât quelque peu davantage, qu'il enjolivât encore.

En 1905, en fait de polars britanniques, existait Sir Arthur Conan Doyle et son Sherlock Holmes, et c'est à peu près tout: l'historien du genre, pointilleux, me rétorquera sans doute qu'untel ou untel (dont R-L Stevenson en personne) s'était aussi aventuré dans ce domaine littéraire-là, qui allait faire florès au XXème et toujours de nos jours, mais on parle bien d'auteurs à la fois spécialisés et grand-public, en matière de polars britanniques.

Comment prendre le pendant de l'écrivain-médecin et de sa logique clinique ?
Bien sûr, si vous avez déjà lu quelques pages de Chesterton c'est évident, le projet va de soi: face à la déduction scientifique l'auteur oppose le paradoxal intuitif, la conviction dût-elle paraître d'un absurde consommé.
Aussi ceci: on ne meurt pas dans les enquêtes narrées par Chesterton, d'ailleurs, à ma connaissance, on ne meurt pas non plus dans ses romans ou son théâtre: ainsi les enquêtes, comme les histoires narrées au sens large, ne sont pas alourdies du fardeau de la gravité, ni de la délectation voyeuriste de la violence morbide.

Peut-être, sans trop s'avancer, peut-on suggérer que Chesterton tente d'ébaucher son personnage de détective, qui sera, bien des années plus tard, le Père Brown, Basil Grant étant un prototype abandonné d'emblée, trop typé, trop limité ?

Le détective est Rupert Grant, toujours en chasse, tandis que l'enquêteur qui démêle, le héros principal, est son frère, Basil Grant, un excentrique juge démissionnaire: dans chacune des nouvelles, à la fin, Basil démontre à Rupert qu'il n'y a eu ni crime, ni intention malfaisante de la part de ceux contre qui sont les apparences trompeuses.
Ou presque:
La dernière nouvelle (mais ne dévoilons pas !) montre un cas de justice pour des faits non répréhensibles par les lois des tribunaux, en sus de quelques baffes, mêlées, horions et autres coups de poing.

L'auteur (c'est narré au "je") dit s'appeler Swinburne (oui, comme le grand poète, encore vivant et londonien à l'époque de parution), et fait office de témoin tout en complétant le trio, basculant dans l'erreur (c'est-à-dire du côté Rupert de l'analyse):
Procédé commode pour permettre d'embarquer le lecteur vers la mystification et donner du poids aux chutes des nouvelles.
Quelques unes des marques de fabrique du gentleman de Beaconsfield sont bien là, comme l'habituelle mine à citations (bien que réduite à sa portion congrue, cette fois-ci - une ci-dessous), les descriptions très picturales et savoureuses, l'humour.

La curieuse affaire de l'agent de location a écrit:
- La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction, dit Basil avec calme. Car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure.



La singulière conduite du professeur Chadd (entame) a écrit:

  En dehors de moi, Basil Grant avait relativement peu d'amis et cependant, il était le contraire d'un homme insociable. Il parlait à n'importe qui n'importe où et il parlait non seulement bien mais avec un intérêt et un enthousiasme parfaitement sincères pour les affaires de son interlocuteur. Il parcourait le monde, pour ainsi dire, comme s'il se trouvait toujours sur l'impériale d'un omnibus ou sur le quai d'une gare. Naturellement, la plupart de ses connaissances de hasard disparaissaient après avoir traversé sa vie. Quelques-uns, ici ou là, restaient en quelque sorte accrochés à lui et devenaient ses intimes pour toujours, mais ils avaient tous un même air d'être là accidentellement, comme des fruits abattus par le vent, des échantillons pris au petit bonheur, des ballots tombés d'un train de marchandises ou des paquets-surprises pêchés à la foire.  


En langue originale c'est encore plus savoureux (et fluide, surtout !):

The Noticeable Conduct of Professor Chadd (beginning) a écrit:

Basil Grant had comparatively few friends besides myself; yet he was the reverse of an unsociable man. He would talk to any one anywhere, and talk not only well but with perfectly genuine concern and enthusiasm for that person's affairs. He went through the world, as it were, as if he were always on the top of an omnibus or waiting for a train. Most of these chance acquaintances, of course, vanished into darkness out of his life. A few here and there got hooked on to him, so to speak, and became his lifelong intimates, but there was an accidental look about all of them as if they were windfalls, samples taken at random, goods fallen from a goods train or presents fished out of a bran-pie.


Mots-clés : #absurde #humour #justice #nouvelle
par Aventin
le Sam 28 Déc - 17:38
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 43
Vues: 1869

Revenir en haut

Page 1 sur 12 1, 2, 3 ... 10, 11, 12  Suivant

Sauter vers: