Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 25 Sep - 5:58

265 résultats trouvés pour nouvelle

Enrique Vila-Matas

La Modestie et autres récits

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_mod10

Nouvelles généralement courtes, un festival de la fantaisie caractéristique de Vila-Matas avec ses boucles réflexives et son absurde particuliers, son onirisme et son goût de l’incongru quasi-surréalistes, ses jouissives transtextualité et coïncidences, ses interrogations métaphysiques (y compris du tragique, comme le suicide) et son humour, et aussi quelques récurrences comme l’ombre du dictateur espagnol, la filature d’inconnus, des rappels de Borges mais aussi Tabucchi, Perec, Nerval, Sophie Calle…
Des perles comme le très bref Signes d’identité
« La tramontane soufflait fort, et je me souvins que dans ma jeunesse je désirais être beaucoup de personnes et beaucoup de lieux à la fois, car n’être qu’une seule personne me semblait bien peu. »

« Nous sommes trop semblables à nous-mêmes, et nous courons le risque de finir par trop nous ressembler. »

…ou l’excellent Souvenirs inventés, tant sur le fond que dans la forme :
« Je me souviens d’avoir toujours pensé que la vie n’existe pas en soi, parce que si on ne la raconte pas, on n’en fait pas le récit, cette vie est simplement quelque chose qui s’écoule, mais rien de plus. Pour la comprendre, il faut la raconter, ne serait-ce qu’à soi-même. Ce qui ne signifie pas que la narration permette une compréhension en bonne et due forme car il reste toujours des vides qu’elle ne comble pas en dépit des sutures ou des reprises qu’elle s’efforce d’appliquer. C’est pourquoi la narration ne restitue la vie que par fragments. »

Parce qu’elle me l’a demandé est une histoire plus longue, pratiquement une novella en trois parties de cinq, quinze et sept chapitres, où la réalité et la fiction sont tout particulièrement ingénieusement entremêlés dans une vertigineuse imbrication de niveaux d’existence illustrant les échanges possibles entre écriture et vécu (ce texte est déjà présent dans Explorateurs de l'abîme, avec des échos dans Impressions de Kassel ; plusieurs des autres textes du livre sont également repris d’autres recueils).
« Il existe un but, mais pas de chemin. Ce que nous appelons chemin, ce sont des hésitations, pensa-t-elle pour penser quelque chose. »

Un régal pour les afficionados, plus nombre d’autres lecteurs !

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 22 Sep - 23:36
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
Réponses: 61
Vues: 4436

Pierre Moinot

La Saint-Jean d’été

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_sai10

Recueil de cinq courts textes, souvenirs d’enfance poitevine, qui m’ont ramentu le monde rural et sauvage de Genevoix, récemment revisité : tout un monde largement disparu, avec son riche langage.

\Mots-clés : #enfance #nature #nouvelle
par Tristram
le Ven 17 Sep - 0:18
 
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Sujet: Pierre Moinot
Réponses: 4
Vues: 229

Pierre Moinot

La mort en lui

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_mor13

Quatre récits, nouvelles assez brèves, sauf la première et principale.
La mort dans l’âme
« La balle se logeait dans une partie qu’on nommait l’âme et la mort se glissait dans cette âme comme elle habitait la mienne depuis toujours. Et ma propre mort approchait. »

(L'âme est la partie évidée du canon d'une arme à feu.)
Un chasseur vieillissant se perd, quelque part dans une forêt de l’Ouest, est reçu dans un domaine écarté où on lui offre une balle d’or, un cerf agressif qu’il abat de justesse. Avant cette chute un peu fantastique, l’homme seul médite une sourde culpabilité, sa propre finitude, la mort.
« J’avais peu à peu élagué les branches sans fruits qui mangeaient ma sève. Cela servait peut-être à ça, la vieillesse, à se nettoyer. »

Au terme de cette méditation sur la chasse, il épargne du gibier :
« Après un long moment je relevai la tête, reposai mon arme. Pourquoi ? je ne le savais pas, peut-être par amour, certainement pas par pitié, je détestais ce mot à la chasse. Je ne saurais jamais non plus pourquoi parfois mon doigt lançait la mort. Souriant tout seul, comblé par cette approche, je réussis à m’éloigner sans rien déranger et à me noyer doucement dans la forêt. »

L'apprentissage
Étonnante séance de dressage de renardeaux par leur mère observée de nuit.
Retour de chasse
Curieuse influence sur le comportement d’un chasseur par sa femme enceinte.
Le bal
Un couple à l’épreuve du temps.

\Mots-clés : #mort #nouvelle
par Tristram
le Ven 17 Sep - 0:12
 
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Sujet: Pierre Moinot
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Fiona Kidman

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Gare_a10

Gare au feu. - Sabine Wespieser

Après un beau recueil de nouvelles de Judith Hermann : Rien que des fantômes, je  viens de lire un autre recueil de grande qualité, d'une autre femme, Fiona Kidman, plus âgée, et célèbre.
Dans Gare au feu, Fiona Kidman s'inspire de la réalité de son pays, la Nouvelle Zélande, pour nous présenter des personnages ordinaires et dont le destin n'échapperait pas à la banalité, sans l'oeil affuté de l'auteur. En fait, ils n'y échappent pas vraiment, mais leur destin les trahit échappe soudain sans qu'ils y soient préparés. 
F. Kidman a le don de deviner le ver dans le fruit avant qu'il soit apparent et le laisse se développer sous nos yeux. Elle parvient toujours à suggérer la complexité sous les apparences grâce à l'ellipse.
Suggérer sans appuyer, tel est son art et sa maitrise, son intelligence humaine.

La trilogie centrale met en scène trois périodes et des personnages liés les uns aux autres par des générations familiales. Cette trilogie m'a fait penser à Twin Peaks, la série.
Le suspense y est constamment présent, même si on pense qu'avec le temps, il s'est estompé. Et certains personnages sont des croque mitaines très inquiétants.
Et même lorsque la vérité éclate, (on la devinait, on croyait la deviner), le doute soudain revient avec son poids d'ambiguïtés et de soupçons.


\Mots-clés : #nouvelle
par bix_229
le Sam 17 Juil - 20:10
 
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Sujet: Fiona Kidman
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Christian Bobin

La part manquante

Tag nouvelle sur Des Choses à lire La_par10

Onze petits textes, chacun d’un seul paragraphe sans renvoi à la ligne, où c’est un « on » qui parle.
L’éponyme sur la mère à l’enfant :
« Si on devait dessiner l'intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d'une jeune mère, n'importe laquelle. De même si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée. »

La baleine aux yeux verts, sur la découverte de la lecture :
« Il en va de la lecture comme d'un amour ou du beau temps : personne ni vous n'y pouvez rien. »

La fleur de l’air, sur un enfant, La meurtrière, sur une martyre (et la lecture) :
« On pourrait recenser les livres suivant l'embarras d'en parler. Il y a ceux engorgés de pensée, de savoir. Tous ces livres ensablés dans l'eau morte des idées. Les gens qui vous en parlent vous sont très vite insupportables. Même quand ils lisent beaucoup ils ne lisent pas : ils confortent leur intelligence. Ils font fructifier leur or. »

Celui qui ne dort jamais, sur un homme d'affaires, Les preuves en miettes de l’existence de Dieu, sur les petits riens qu’on jette parfois :
« Il y a ceux qui jettent. Il y a ceux qui gardent. Il y a ceux qui régulièrement mettent leur maison à sac, ou le réduit d'une mémoire, le recoin d'un amour. Ils mettent de l'ordre. Ils mettent le vide, croyant mettre de l'ordre. Ils jettent. C'est une manière de funérailles, une façon d'apprivoiser l'absence - comme de ratisser le gravier d'un chemin par où mourir viendra. Et il y a ceux qui gardent. Ils entassent dans un tiroir, dans une parole, dans un amour. Ils ne perdent rien. Ils disent : on ne sait jamais. Même s'ils savent, ils ne savent jamais. Même s'ils savent que jamais ils ne reviendront aux lettres anciennes, aux boîtes rouillées, aux vieux médicaments et aux vieilles amours. Tant pis, ils gardent. »

La pensée errante, amour et jalousie :
« Nous existons si peu. Lorsque nous disons "moi", nous ne disons rien encore, un simple bruit, l'espérance d'une chose à venir. Nous n'existons qu'en dehors de nous, dans l'écho de si loin venu, et voici que l'écho se perd et qu'il ne revient plus. »

La neige, la voix, articulées autour du chant, La parole sale, confidence d’une femme sur son existence, Le billet d’excuse, qui parle d’ennui et de temps, et L’écrivain, celui qui fait une lecture devant un petit cercle de lecteurs.
Tel l’écrivain dans ce dernier texte, Bobin enchaîne ses pensées qu’on voit découler l’une de l’autre, sans ménager d'effets et comme sans finalité.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Sam 10 Juil - 17:36
 
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Sujet: Christian Bobin
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NATSUME Sōseki

Petits contes de printemps

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Petits16

Réunion baroque de 25 petits textes disparates extraits d’un journal où Sôseki a recueilli des impressions proches de l’impondérable, des souvenirs (du Japon comme du Royaume-Uni), des scènes de la vie quotidienne, des instantanés finement observés, des images à la concision de haïku, un rêve, aussi des fragments de fiction − pochades dont se dégage une émotion teintée de délicatesse et d’intimité.
« Comme le fruit vert hier encore est aujourd’hui doux comme le miel, la vallée tout entière est en train de mûrir. »

« J’ai posé la petite serviette de bain humide sur la rambarde de la fenêtre du premier étage et j’ai regardé la rue en bas pleine de rayons du soleil printanier. La tête couverte d’un capuchon, une barbe blanche peu fournie, un raccommodeur de socques franchissait justement la haie. Il a attaché un vieux tambourin à une palanche et il frappe dessus à l’aide d’une palette en bambou, mais le bruit, pourtant sonore, manque de vigueur, comme un souvenir affleurant soudain à la mémoire. »


\Mots-clés : #nouvelle #viequotidienne
par Tristram
le Mar 6 Juil - 13:01
 
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Sujet: NATSUME Sōseki
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Jim Harrison

Dernières nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Derniz11

En fait deux novellas et une nouvelle proprement dite.

Les œufs
Novella racontant la vie de Catherine (et d’autres personnages), qui depuis toute petite aime la ferme.
« À quatre-vingt-cinq ans, Catherine s'occuperait encore elle-même de ses poulets. Quand on savourait une poule au pot, Catherine connaissait son petit nom. Cela ne la dérangeait pas. Son trépas faisait tout bonnement partie de la vie. »

Elle veut un enfant, mais pas du géniteur.
« Elle sentit un vide dans son âme à l'endroit où l'amour des hommes aurait dû s'épanouir, mais les deux seuls hommes qu'elle se rappelait avec une vraie tendresse étaient ses grands-pères. »

Une certaine impression à la lecture d’inachevé, de mal assemblé, de répétitions involontaires, de pas relu.

Le-Chien
C’est la dernière aventure de Chien Brun (personnage qui revient de La femme aux lucioles à Les jeux de la nuit). Gretchen, assistante sociale, son amour sans espoir depuis dix ans (elle est lesbienne) et mère de leur fille Susi, lui a trouvé son « premier vrai boulot » à cinquante ans : attrapeur de chiens remplaçant dans un petit village du nord du Middle West…
« La simple perspective de l'euthanasie lui mettait les larmes aux yeux. C.B. considérait les chiens comme une autre espèce d'êtres humains qui, eux aussi, méritaient une bonne retraite. »

Bruno le terrier caractériel est un personnage à part entière, de même que d’autres chiens, dans cette novella comme dans la précédente.
« Fred revint avec un faon dans la gueule, une vision désagréable mais contre laquelle on ne pouvait rien faire sinon accepter la cruauté en même temps que la beauté. »

C.B. est confronté à nombre de tracas existentiels, et à la mélancolie.
« Il était remué, mais pas assez remué pour jeûner. Au cinéma, quand il y avait une dispute, le couple sortait de table en abandonnant leur repas, ce qui était complètement idiot. »

Pêche à la truite, fascination libidineuse, alcool et cuisine (ail et piment), péripéties diverses (oui, lui aussi ressemble à son auteur). Il apprendra finalement la vérité sur ses origines indiennes : il est fils d’un Lakota de la famille Le-Chien, révolté et violent ; il semble parvenir à un bonheur familial bancal, sans bien sûr échapper au charme de la nature sauvage en général.
« Les oiseaux font oublier
ce lourd tribut d'être ce qu'on n'est pas. »

L’Affaire des Bouddhas hurleurs
À soixante-six ans, l’inspecteur retraité Sunderson (Grand Maître, et Péchés capitaux) reprend du service pour enquêter sur une escroquerie zen, mais surtout sombre dans l’attrait pour les mineures… jusqu’à en mourir.
« Une lubricité aveugle, voilà tout. Mais il n'arrivait pas à la définir clairement. Ça ressemblait à une crampe d'estomac qui vous taraudait le bide dès l'âge de douze ans et ne vous lâchait plus jusqu'à vos soixante-dix ans et des poussières, et encore. »

Big Jim a fait vivre ces personnages attachants une dernière fois (c’est là qu’il excellait : à faire vivre des personnages attachants) ; nous restent les relectures.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 15 Juin - 0:23
 
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Sujet: Jim Harrison
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Flannery O'Connor

Mon mal vient de plus loin

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Mon_ma10

Neuf nouvelles décapantes, où pas un des personnages ne rachète les autres en matière de bêtise ou de méchanceté, et où on rit, émerveillé de tant de justesse dans ce rendu sans concession. Flannery O’Connor entretient pourtant savamment le doute (notamment dans la nouvelle éponyme), et ses "caractères" ne sont pas caricaturaux malgré les apparences (avec un bémol pour Les boiteux entreront les premiers) : les laissés-pour-compte, des personnes déficientes, des éclopés, certains qui dupent, d’autres piégés (ou les deux), par l’ignorance, la misère, le racisme, le fanatisme religieux.
« …] l'air hébété que prennent, dans le Sud, les Blancs dans la débine, plantés là comme s'ils devaient y rester jusqu'au Jugement dernier [… »

« Pendant ses insomnies il lui arrivait d'édifier une pyramide où elle disposait hiérarchiquement les diverses catégories sociales.
A la base grouillait la majeure partie des Noirs – à l'exception, bien sûr, de ceux qui lui auraient ressemblé si Jésus avait fait d'elle une négresse – bref, c'est là qu'ils se trouvaient pratiquement tous. Venaient ensuite, non point au-dessus, mais à l'écart, toute la racaille blanche ; puis, un degré plus haut, ceux qui possédaient leur maison ; à l'échelon supérieur, ceux qui possédaient et leur toit et des terres (c'était là que Claude et elle se situaient).
Au-dessus se groupaient les gens fortunés, nantis de maisons bien plus grandes et de terres bien plus vastes. A ce point tout se compliquait et devenait un casse-tête chinois, car certains des riches étaient tout ce qu'il y a de plus ordinaire, et auraient dû se situer au-dessous d'elle et de Claude, tandis que quelques personnes qui avaient de la race étaient désargentées et réduites à la condition de vulgaires locataires ; d'autre part certains Noirs possédaient leur maison et des terres. Elle connaissait un dentiste nègre qui avait deux Lincoln rouges, une piscine et une ferme avec du bétail sélectionné à tête blanche. »

C’est très fort, très noir, presque malveillant – à lire avant que les nouveaux puritains ne l’expurgent.

\Mots-clés : #nouvelle #psychologique
par Tristram
le Ven 7 Mai - 22:07
 
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Ernest Hemingway

Les Aventures de Nick Adams

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Les_av11

Recueil de tous les textes d’Ernest Hemingway concernant Nick Adams (écrits dans les années vingt), il s’agit des fragments d’une œuvre inachevée mais aussi de nouvelles autonomes, souvent parues dans d’autres recueils (comme Les Tueurs ou La grande rivière au cœur double) : collection chronologique de scènes de la vie du personnage, d’inspiration fort autobiographique, au point d’en faire peut-être un double.

Le dernier beau coin du pays :
Texte assez développé, où Nick Adams, adolescent poursuivi pour braconnage, s’enfuit avec sa jeune sœur qu’il surnomme Littlness ; ils se réfugient dans le seul endroit encore sauvage de la région, et il pêche à la truite, chasse à la carabine (il envisage de tuer celui qui l’a dénoncé), projette de devenir écrivain.
Si ce récit n’est pas inspiré de Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, il partage la même veine imaginaire ; j’ai été surpris de trouver chez Hemingway un jalon entre Walden ou la Vie dans les bois d’Henry David Thoreau et le nature writing : même engouement mythique pour la vie sauvage, notamment dans l’enfance (il est vrai que cette passion doit être partagée par tous les gamins qui ont eu la chance de vadrouiller à la campagne, quelle que soit leur culture d’origine).
« Tu auras de quoi te repentir, mon garçon, avait dit Mr. John à Nick. C’est ce qui peut vous arriver de mieux dans la vie. »

Jusque dans les séquences pendant la Première Guerre mondiale, la pêche à la truite est présente.
La grande rivière au cœur double est aussi une histoire de pêche à la truite (avec des sauterelles brunes comme appât) et de camping en solitaire. Cette fascination de la rivière et de la pêche à la ligne, quel rapprochement inattendu d’Hemingway avec Brautigan !
À part la pêche (thème copieusement récurrent), Nick/ Ernest parle des femmes (et du risque de mariage), des amis, de son père et de son fils, des Ojibways et même de l’écriture.
« Pour Nick, les choses n’avaient pas de réalité tant qu’elles n’étaient pas arrivées. »
Jour de noces

« Parler de n’importe quoi est mauvais. Écrire sur n’importe quoi d’actuel est mauvais. Ça tue la chose.
La seule écriture valable, c’est celle qu’on invente, celle qu’on imagine. C’est ça qui rend les choses réelles. »
Sur l’écriture

Hemingway maîtrise décidément l’art de la nouvelle : celui du bref, de l’ellipse, du suggéré, du laissé dans l’ombre !

\Mots-clés : #autobiographie #autofiction #enfance #nature #nouvelle
par Tristram
le Mar 4 Mai - 0:10
 
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Camilo José Cela

Le joli crime du carabinier et autres anecdotes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_jol10


Nouvelles assez brèves, d’un genre souvent très noir, avec parfois des allusions au fascisme.
Le ton peut être parodique, comme dans La terre promise aux poux, ou plein de fantaisie surréelle et d’humour triste comme dans Le sens de la responsabilité, ou L’histoire d’un réveil au carillon marron, parfois assez anecdotique pour confiner à l’absurde.
« L’industrie d’empaillage des préfets, ces préfets si décoratifs, avait souffert une grave éclipse après les derniers événements mondiaux. Ah, ces préfets soigneusement empaillés d’avant-guerre ! Ces préfets, qui faisaient l’orgueil de tant de maisons bourgeoises ! »

Dans le dernier texte, Noviciado, sortie rue Noviciado, Camilo José Cela fait référence à certains de ses personnages évoqués plus tôt, comme à Pascual Duarte, qui renvoie à son roman La Famille de Pascual Duarte ; la nouvelle éponyme de ce recueil traite d’ailleurs également d’un crime aussi violent que sordide.
Malheureusement, cela m’a paru assez mineur, daté et dispensable − ce qui semble établir que je suis lamentablement imperméable à cette mise en scène réaliste de la tragédie humaine. Peut-être parce que lue en traduction ? Sans doute aussi notre sensibilité est-elle émoussée par une certaine accoutumance à la présentation du crime dans notre culture, encore très vive pour ceux qui sortaient de la guerre civile.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 21 Avr - 18:20
 
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Sujet: Camilo José Cela
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Julio Cortázar

Un certain Lucas

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Un_cer10

Recueil de textes brefs, la plupart tournant autour d’un certain Lucas : absurde, fantastique, humour, poésie, rêve (et même cauchemar), questionnement métaphysique, invention (y compris de mots), autobiographie aussi sans doute ; Cronopes et Fameux vient à l’esprit, sans être surpassé. J’ai surtout pensé à Un certain Plume, de Michaux, qui pourrait être un modèle, et en tout cas participe du même esprit.

\Mots-clés : #absurde #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Mer 14 Avr - 14:06
 
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Sujet: Julio Cortázar
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Paul Morand

Ouvert la nuit

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Ouvert10


Six nouvelles, autant de « nuits » cosmopolites : six femmes, peut-être six amours.
La nuit catalane :
Dona Remedios, veuve d’anarchiste espagnol, rencontrée en gare de Lausanne, retrouvée à Paris et suivie à Barcelone (portrait teinté de moquerie, autant pour le narrateur).
« Puis, soudain, au détour d’une rue, le Saint-Sacrement, cette vieille monnaie qui a encore cours chez nous, passe, le peuple s’agenouille (sous peine d’amende) et l’on voit des fonctionnaires à ceinture de soie bleue tenir des cierges, suivis d’officiers en soutane, avec des bottes. Les tramways gonflés de voyageurs s’arrêtent, entourés d’attelages de bœufs et d’Hispano-Suiza, pour faire place à ces têtes d’inquisition, à ces vautours mitrés, à ces vieilles figures de paysans sordides issues de précieuses dentelles, valets d’un Dieu qui a abandonné les humbles pour servir les riches. »

La nuit turque :
Anna à Constantinople, Russe ruinée par la révolution bolchevique.
« La seconde semaine après mon arrivée, je serai à peu près sans ressources. À ce moment-là, je compte me pendre et en finir avec ces tristesses trop connues. J’espère que vous penserez à moi comme je pense à vous. Adieu. »

La nuit romaine :
Isabelle a la cuisse légère.
« Le changement d’amour agit sur moi comme sur d’autres le changement d’air. »

La maman :
« C’était une petite femme excessivement conservée par le lait de concombres et l’égoïsme, les rides du visage nouées derrière l’oreille, la poitrine ensemencée d’un rang de fausses perles dont elle tenait à la main l’original maritime dans un petit sac en peau de crocodile. »

La nuit des six jours :
Six jours et nuits à courtiser Léa tandis que son chéri dispute une course cycliste d’endurance de la même durée. Toute une époque de Paris :
« Les garages à auto-leçons du voisinage lançaient une odeur fétide. On entendait au loin une chasse passer sous les fortifications, et ce cor si mélancolique résonner sous le scenic de Luna Park qui est comme la cale d’un grand paquebot immobilisé dans un chantier en faillite. »

La nuit hongroise :
De Vienne à Pest avec Zaël la Juive dans l’immédiat après-guerre (tout le recueil, paru en 1922, est marqué par la Première Guerre mondiale).

La nuit nordique :
Aïno, étrange jeune scandinave des bords de la Baltique, en un étrange pays.
Drame et/ou humour, désinvolture, insolence et un certain désenchantement (le monde de Malaparte m’est venu à l’esprit).

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Sam 3 Avr - 0:15
 
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Sujet: Paul Morand
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Stephen King

Tag nouvelle sur Des Choses à lire If-it-10

Si ça saigne

C'est un recueil de quatre nouvelles.

Pour éviter de trop en dire, je vais évoquer quelques thèmes généraux : la technologie et ses dérives, le monde actuel et virtuel, l'écriture (avec une référence magistrale à E A POE), le passage du temps, la maladie, la vieillesse...

Il y a une nouvelle qui reprend l'héroïne de M. Mercedes. C'est classique chez King, ces correspondances entre livres. Elle n'était pas mal, mais un peu longue.

On retrouve l'habituelle capacité de King à narrer le quotidien, les soucis des gens, à nous livrer un état des lieux de la vie dans le Maine, et aux Etats-Unis. Ce côté un peu rural, plein de bon sens. On est loin des mégapoles à la mode et factices.

Il tape dans le vrai !

Il y a aussi l'irruption de l'irrationnel dans la vie ordinaire, les questionnements sur le destin (la nouvelle avec Chuck, qui meurt à 39 ans, est absolument magistrale et émouvante).

Allez bonus : ma nouvelle préférée est la dernière.

On y retrouve un écrivain qui est frappé - comme la foudre - de l'inspiration. Il sait que c'est son ultime chance d'écrire un bon roman. Il part s'isoler dans un vieux chalet décrépit. Imaginez l'ambiance poussiéreuse, silencieuse et tempétueuse (car un ouragan arrive). Habituel décor du maître. On y est. On se sent mal. On attend, on frissonne, on vit dans l'exaltation créatrice.

On pense à Shining. Son mental va t-il résister ? C'est fébrile, agité et l'homme écrit, écrit, jusqu'à en perdre un peu la raison. Puis surgit un "rat" : épisode hallucinatoire (ou pas), surréel car celui-ci lui parle... Est-ce son daemon ? Un délire ? Ou la voix de la création littéraire ?

Je n'en dis pas plus.

Il sait nous captiver...


Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tatie
le Sam 20 Mar - 16:48
 
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Sujet: Stephen King
Réponses: 17
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Roger Nimier

Bal chez le gouverneur

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Nimier12
Recueil de quatre brèves nouvelles, dates d'écriture non précisées (années 1950 ?), 75 pages environ.


C'est un petit peu un à-côté, qui n'ajoute pas grand chose à la biblio et à la postérité de l'auteur.
Écrites pendant la période volontaire de non-production romanesque de Nimier (voir biographie), parfois publiées dans des périodiques qui n'étaient pas habituels pour cet homme de presse, ante mortem (dans Elle) ou post mortem (dans Paris-Match), parfois laissées à l'état de brouillon (typique de la manie du raclage de fond de tiroir d'écrivain).

C'est parfois plutôt drôle, parfois tirant sur le réalisme magique (Une forte tête - à la manière de Marcel Aymé, ou encore A et E), parfois satirique (Le clavier de l'Underwood), la nouvelle éponyme à l'ouvrage, et qui l'ouvre (Bal chez le gouverneur) étant au final peut-être celle que je prèfère, ou en tous cas que j'estime la plus aboutie.  

Du Nimier mineur donc, loin, très très loin du Hussard Bleu et des Épées, on passe un agréable et rapide moment, l'ensemble est plutôt fort bien troussé, c'est déjà ça, genre de lecture dont on n'est pas sûr qu'il en restera quelque chose à mâchonner dans un mois ou deux - on ne va pas trop demander, d'ailleurs ça n'a pas la fameuse prétention d'être...  


Mots-clés : #nouvelle
par Aventin
le Jeu 18 Mar - 21:37
 
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Sujet: Roger Nimier
Réponses: 16
Vues: 1041

Chris Offutt

Kentucky Straight

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Kentuc10

Excellent recueil de neuf brèves nouvelles, merci Tom Léo et Bix !
Au début, une carte présente la petite région du Kentucky où se situent les histoires du livre, en signalant d’entrée l’unité de lieu (on pense au comté faulknérien de Yoknapatawpha).  
Chris Offutt y parle des habitants, des rednecks vivant fièrement dans le dénuement, des enfants, des hommes, des femmes, et des vieillards, comme le fantastique grand-père Boatman ; il parle aussi de la nature, celle des rudes Appalaches (et là également un certain surnaturel est diffusément perceptible).

La sciure
Un gamin d’un milieu défavorisé, plein de défiance, s’est donné pour défi de passer le certificat en candidat libre.

Élévation
Un bulldozer est appelé pour désembourber le transport d’un mobile-home sur une colline lors de fortes pluies.

Ceux qui restent
Un jeune garçon rencontre dans la forêt son grand-père supposé décédé qui, familier de la nature et un peu mystique, lui transmet la spécificité des Boatman.

Mauvaise herbe
William cultive clandestinement du chanvre dans une ancienne zone minière, pour faire vivre sa famille ; il surprend un étranger qui a découvert sa plantation : va-t-il le tuer, comme ses ascendants l’auraient fait ?
« − Tu amènes tes chiens à un arbre, là où tu veux qu’ils arrêtent de te suivre, expliquait le vieil homme. Tu fais sentir le fusil à chacun. Puis tu en tues un. Les autres sont plus vraiment bons à chasser après ça, mais au moins ils risquent pas de conduire les flics à un alambic. J’ai fait ça des tas de fois. »

« Il commença à suivre le ruisseau entre les racines qui serpentaient en bas de la berge. William se rappela que son père et son grand-père longeaient ce ruisseau pour rentrer de la mine, et il fut soudain heureux de ne pas avoir de fils. La responsabilité de la terre s’arrêterait avec lui. La vie des hommes s’écoulait par à-coups de travail et de boisson, avec une mort rapide, tandis que les femmes s’étiolaient dans un mouvement lent et continu, telle la berge d’une rivière sur un méandre sinueux. Il encouragerait ses filles à partir, mais il était plus probable qu’elles resteraient et qu’elles lui donneraient des petits-enfants. Un jour, William serait vieux et raconterait à un petit garçon qu’il avait aidé un type de la mine qui ne le méritait pas. Il se demandait ce que l’État trouverait à interdire à l’époque de ses petits-enfants. »

Dernier quartier
Sous le signe de la foudre, récit dans le récit de la conversion religieuse d’un brutal ivrogne, l’histoire d’un bébé décapité par un ours sur le dos de sa mère, et la chasse qui s’ensuivit, drame fantasmagorique où interviennent aussi des pumas.
« Aujourd’hui il ne me reste plus grand-chose à faire qu’attendre l’hiver, puis le printemps. Aujourd’hui, il ne me reste plus grand-chose à faire qu’attendre l’hiver, puis le printemps. Le temps s’amasse comme les broussailles. On brûle à l’automne et tout ce qu’on en retient, c’est la lueur des braises. Je vois des tas de cendres partout où je pose mes yeux. »

« On ne peut pas en vouloir aux collines pour ce qu’il s’y passe. Il y en a qui accusent Dieu, mais je crois pas qu’il se fasse trop de mouron pour ce qui se passe dans le coin. »

Le fumoir
Des hommes jouent de l’argent aux cartes dans un fumoir en pleine tempête de neige, et comme ils sont d'une nature brutale...

Blue Lick River
Un gamin et son petit frère dystomique, ayant perdu leur mère, vivent chez leur granny à la campagne, avec leur père aimant mais malchanceux et aux réactions exagérées : une tranche de vie abrupte, et encore de justes portraits vivement brossés.

Tante Granny Lith
Pour garder son mari, une femme de caractère se bat contre une première rivale, puis une autre, la dernière accoucheuse traditionnelle, apparemment magicienne.

Le billard
Entre la porcherie qui en vient à l’écœurer et le billard où il excelle, Everett décide de partir vers l’ouest.

La violence est partout, le style dense, sec, âpre lui aussi. Une belle écriture, assez dépouillée mais capable de lyrisme, tout à fait congrue au genre de la nouvelle !
Nota bene :
- Contrairement à ce qui a pu être indiqué par un éditeur pas en manque de putasserie, ce livre n’a rien d’un "policier".
- Le titre fait référence à une spécialité locale, même si parfois illicite : le bourbon…

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 14 Mar - 16:47
 
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Sujet: Chris Offutt
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Sadegh Tchoubak

Nuit d'insomnie

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De loin la plus longue, la nouvelle ayant pour titre Le singe dont le maître était mort est aussi la plus belle du recueil : où un singe est confronté au difficile apprentissage de sa liberté… Il est toujours délicat d’imaginer en mots ce que peut ressentir un animal, mais Tchoubak s’en sort assez subtilement : toutes les fois où il y a expression d’une pensée élaborée, rien n’indique qu’elle soit du singe ; on parle en revanche de sa fatigue, ou de sa colère. De toute façon l’art de Tchoubak n’est pas dans les grandes phrases, ce sont de petits détails, quelquefois matériels, qui sont comme le clou vicieux autour duquel l’écrivain fixe le sens de toute la nouvelle. Sur vingt-cinq pages comme en trois, Tchoubak exploite les nuances et les échos pour atteindre son lecteur… tout a l’air si simple, mais mené d’une main de maître.



Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Sam 6 Fév - 23:28
 
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Sujet: Sadegh Tchoubak
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Marie-Hélène Lafon

Histoires

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Peu d’auteurs français contemporains trouvent grâce à mes yeux. De plus, dans le cas présent, je me suis trompé, croyant lire un livre de Lola Lafon ! Bref, ça commençait mal…. Mais, ça a continué plutôt bien, et même très bien !
« Histoires » est un recueil des nouvelles écrites par Marie-Hélène Lafon et préalablement publiées sous les titres de « Liturgie » et « Organes ». On y trouve également quelques récits parus à part.
L’auteur nous plonge dans le milieu paysan des plateaux du Cantal dans les années 70-80, monde âpre et rude, qui travaille dur, qui compte et où il n’est guère de mise de montrer la moindre sensiblerie.
Alphonse, Jeanne, Roland, autant de figures dont la vie navrante nous est présentée dans un style sec mais d’une forte densité, en phrases courtes, en mots imagés. Dans les histoires de la seconde partie du recueil ce sont des objets qui jouent le rôle d’introduction à ces parcours humains : les mazagrans dans lequel boivent les femmes lors de leurs discussions, le cahier de classe de Momo, le vieux dans la maison Santoire, terrifié par les services municipaux et les services sociaux qui guettent la moindre faiblesse pour l’expédier en maison de retraite et transformer la demeure en gîte rural.
On pense bien sûr aux « Vies minuscules » de Michon, mais aussi au Limousin magnifié par Richard Millet dans sa saga des Pythre, ou encore, dans le domaine des images, à l’œuvre de Depardon.
Au final, un grand plaisir de lecture.

« Jeanne n’a plus de visage. Jeanne est morte depuis longtemps. C’est une vieille morte. Elle a suinté dans la terre noire. Ceux qui devraient se souvenir d’elle hésitent sur la date de sa mort. Elle n’a plus d’âge. Sa vie coule aux interstices de celle des autres, nièces, neveux, petites-nièces, petits-neveux, qui devraient se souvenir et ont oublié parce que la tante Jeanne n’a pas d’importance. »


« Injustice d’être née Jeanne, sœur d’une sœur qui avait déserté, fille d’une mère aux yeux durs, fille d’un père aux yeux trop mouillés ; Jeanne, elle, Jeanne de la terre, dont elle n’était plus, Jeanne seule, Jeanne pour mourir ; injustice d’être de ceux qui n’ont droit à rien. »


« Personne n’a porté Roland ; personne ne l’a regardé pendant toutes les années de sa vie d’homme, sauf son chien. Personne ne l’a reconnu. C’est de cela qu’il est mort, sans bruit. Je crois qu’aucune femme ne l’a choisi. Il eût peut-être aimé les hommes, il ne l’a pas su. Peu importe qu’il ait ou non connu l’ardeur des corps, à la sortie d’un bal, sur un chantier, dans une ferme isolée, ou dans son atelier ; peu importe puisqu’il ne reste de lui qu’une trace de solitude, lisse et infime, à la surface de nos mémoires. »


« Je crois qu’il avait honte, honte de cette famille de fous, qui se suicident, qui se pendent, qui se donnent en spectacle, en pâture, aux autres, à ceux du village, si prompts à déchirer ; honte d’en être, d’être le dernier et de devoir encore porter ça, d’être rattrapé toujours par eux, par leur puanteur, leur énormité, leur démesure, leur impuissance, leur solitude. »


« Récupérer était son mot. Il récupérait tout. Ses mains, ses bras, son dos, son corps long se penchait sur les choses, les vieilles, les cassées, les usées, celles qui d’avoir trop servi finalement s’abandonnaient. Il les touchait ; il les mesurait de l’œil ; et il disait, on va voir. Et on voyait. »


« La fleur surnaturelle ne frémit pas. Elle est lisse et douce. Elle méprise les frimas, les toise et les confond. Elle ne craint pas la morsure blanche du gel. Elle l’ignore avec superbe. Elle n’ira pas, dès la mi-novembre, rejoindre le cortège navré des naturelles, chrysanthèmes pommelés et autres orgueilleuses fantaisies, brunâtres, pitoyables, molles et déshonorées, entassées en monceaux nauséabonds, promises à la lente putréfaction à ciel ouvert à la sortie des cimetières. La fleur surnaturelle tient bon. Elle résiste. Elle s’obstine et perdure. Elle macule de couleur les aubes d’hiver, et les matins, et les après-midi, et les crépuscules blafards. Au cimetière, elle éclate en orange pour longtemps dans le noir des nuits longues de l’hiver. Il l’a choisie. »



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par ArenSor
le Lun 25 Jan - 19:33
 
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Julien Gracq

La Presqu’île

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Le premier texte, La Route, est rescapé de Les Terres du couchant¸ qui n’a été publié qu’après la mort de Gracq et contre sa volonté. De mémoire, le ton est différent (plus simple, moins épique) ; mais on sent bien que ce n’est qu’un fragment, ou plutôt deux avec le passage sur les femmes de rencontre, un peu incongru.
« …] et c’était soudain toute une femme, chaude, dénouée comme une pluie, lourde comme une nuit défaite, qui se laissait couler entre vos bras. »

Ce « Perré » (voie empierrée) qui avec le temps épouse les paysages (ou l’inverse) est très sensiblement rendu.

La Presqu’île : c’est essentiellement une description soignée, avec recherche du mot juste (parfois rare), dans un style dépouillé, des paysages de la Bretagne des vacances d’enfance de Simon le narrateur, tandis qu’il se promène dans l’attente de sa maîtresse qui doit venir par le train.
« Il arrêta sa voiture un moment avant d’entrer dans Kergrit, et, sans même ouvrir la portière, il coupa le contact pour laisser les bruits familiers l’emplir : il entendit le bruissement des pins, où jadis, quand il arrivait pour l’été, la mer l’enivrait davantage encore que sur la plage – mieux que présente : annoncée – il sentit l’odeur brûlée de la résine, qui après les parfums de sève crue du bocage était pour lui comme la quintessence d’une distillation presque spirituelle. »

(C'est moi qui ai mis en gras.)
Ce sont donc les éclairages et cieux changeants au cours d’une journée d’automne, avec encore la fascination des syrtes, ici le « Marais Gât » (la terre gaste est en vieux français un terrain désert, inculte, inhabité, aussi pillé, ruiné, également un territoire désolé et devenu stérile dans la légende arthurienne) :
« …] on entendait le marais vivre : un vaste crépitement bulleux et gras, épaissement digestif, montait du chaume spongieux, qui tenait de la mousse de savon qui se résorbe et du coassement liquide des grenouilles ; le long des fossés, des cloques brunes venaient crever une à une sur l’eau. »

Un suspense se tend progressivement comme approche l’heure des retrouvailles.
« Une minute, il pensa qu’il était profondément heureux, c’est-à-dire qu’il sentit qu’il allait cesser de l’être. »


Le Roi Cophetua : au bord d’une forêt, pendant la guerre dont on entend la canonnade en fond sonore, le narrateur attend un ami dans la demeure de ce dernier, seul avec une jeune femme, servante et/ou maîtresse.
L’atmosphère est théâtrale, étrange ‒ dramatique, « d’attente et de tension pure ».
« On n’attend personne – songea-t-il de nouveau. Le monde n’attend rien. Jamais rien. »

« Il ne faudrait qu’attendre, pensa-t-il encore. Seulement attendre. Mais il y a quelque chose de défendu à attendre cela. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 24 Jan - 23:16
 
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Vladimir Nabokov

Nouvelles complètes

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Présentée par ordre chronologique (avec assez souvent une brève introduction de l’auteur, remise en contexte, appréciation et/ou facétie), l’intégrale des nouvelles de Nabokov révèle que celles-ci sont plus fortement marquées par l’exil que je ne l’avais réalisé. Poignante nostalgie (il excelle à évoquer les souvenirs, notamment d’enfance), mais aussi burlesque, comme dans Ici on parle russe, qui raconte comment emprisonner à vie un tchékiste dans sa salle de bain…
Parfois le lecteur partage ce mal d’un pays, d’une époque qu’il n’a pas connu, peut-être Vienne, les passantes, les ombres bleuissantes des tableaux d’avant-guerre… et il sourit à cet humour bonhomme, comme dans L’orage, où le char emballé du prophète Elie perd une roue dans la cour du narrateur, ou Une affaire d’honneur, un duel à la fois grotesque et pathétique…
La fameuse synesthésie de Nabokov, ici dans Bruits, une histoire d’amour assez cynique :
« Et soudain il devint si clair pour moi que le monde avait durant des siècles fleuri, fané, tourné, changé, à seule fin maintenant, à cet instant, de lier et fondre en un accord la voix qui avait retenti en bas, le mouvement de tes omoplates soyeuses, l’odeur des planches de pin. »

Et là dans Printemps à Fialta :
« J’adore Fialta ; je l’adore parce que je perçois dans le creux de ces syllabes violacées l’humidité douce et obscure des petites fleurs les plus froissées, et parce que le nom d’une charmante ville de Crimée, aux sonorités d’alto, est repris en écho par sa viole ; et aussi parce qu’il y a quelque chose dans la somnolence même de son Carême humide qui vous bénit l’âme d’une onction particulière. »

Fialta est une ville imaginaire, et c’est un beau texte évoquant les rencontres du narrateur avec Nina, un flirt maintes fois croisé au hasard ici et là, et abordant plus généralement les incertitudes entre passé et présent (et futur), réel et illusoire (remémoration et sentiment de la perte, récurrences de détails curieux, considérations critiques sur la littérature à propos de Ferdinand, le mari) :
« Retour sur le passé, retour sur le passé comme chaque fois que je la rencontrais, passant en revue tous les rebondissements de l’intrigue depuis le début jusqu’au dernier ajout – de même, dans les contes de fées russes, ce qui a déjà été dit est repris à chaque tournant de l’histoire. »

Un ange, dont la fourrure a une odeur animale, survient dans une station de ski : Un coup d’aile : un conte superbe, qui pourrait plusieurs fois s’interrompre accompli, et qui se poursuit de plus en plus riche de sens.
Dans Jeu de hasard, un Loujine (déjà) occasionne un convaincant portrait de cocaïnomane, et surtout l’évocation de trajectoires destinales qui ne coïncident pas, se manquant de peu.
Ce que je considérerais volontiers comme la profession de foi de l’auteur, dans Bonté :
« Je compris que le monde n’était pas du tout une lutte, n’était pas des successions de hasards rapaces, mais une joie papillotante, une émotion de félicité, un cadeau que nous n’apprécions pas. »

La Vénitienne est une élégante variation sur le thème du portrait enchanté (cf. Dorian Gray, de Wilde), que je lis pour la troisième fois, avec un plaisir intact puisque je n’en garde aucun souvenir malgré ses grandes qualités.
Je me souviens par contre au moins du titre de L'Elfe-patate, bel exemple de la sensibilité de Nabokov aux déshérités, ici des artistes du cirque.
Hédonisme/ sensualité doucement païen, cosmopolitisme, attention aux petites gens et aux détails, goût de ce qui disparaît (Guide de Berlin, texte superbe qu’on pourrait citer in extenso) :
« Comme le tram à chevaux a disparu, le trolley disparaîtra, et quelque écrivain berlinois excentrique dans les années 2020, désirant dépeindre notre époque, ira dans un musée d’histoire de la technologie pour trouver un tramway vieux d’un siècle, jaune, lourdaud, aux sièges incurvés à l’ancienne, et dénichera, dans un musée de vieux costumes, un uniforme noir de receveur orné de boutons brillants. Puis il rentrera chez lui pour décrire les rues du Berlin d’autrefois. Chaque chose, chaque détail seront précieux et chargés de sens : la sacoche du receveur, la réclame au-dessus de la fenêtre, ce cahotement bien particulier qu’imagineront peut-être nos arrière-arrière-petits-enfants, tout sera ennobli, légitimé par les ans.
Je crois que tout le sens de la création littéraire réside là : dans l’art de décrire des objets ordinaires tels que les réfléchiront les miroirs bienveillants du futur, de trouver dans les objets qui nous entourent cette tendresse embaumée que seule la postérité saura discerner et apprécier en ces temps lointains où les petits riens de notre simple quotidien auront pris d’eux-mêmes un air exquis, un air de fête – en somme le jour où le veston le plus ordinaire aujourd’hui servira de déguisement pour un élégant bal masqué. »

Malin, malicieux, magicien, Nabokov excelle dans les descriptions, les métaphores, les fantasmagories.
L’Aurélien (de "aurelia", chrysalide) :
« De temps en temps, un stock d’insectes vivants faisait son apparition : chrysalides brunes et pleines au thorax parcouru d’un réseau symétrique de lignes et de stries délicates qui se rejoignaient, laissant voir comment les rudiments d’ailes, de pattes, d’antennes et de trompes étaient ramassés. Lorsqu’on touchait à l’une de ces chrysalides, posée sur son lit de mousse, le bout effilé de l’abdomen annelé se mettait à gigoter d’un côté et de l’autre comme les membres emmaillotés d’un bébé. »

L’irrésistible : encore un voyage en train, ici rendu par petites touches d’un passager salace, mêlant avec équanimité ignoble et pragmatique.
Un homme occupé : Graf Itski le Rêveur, qui fait partie des gens de lettres émigrés, craint de mourir à ses proches trente-trois ans. Incipit du texte :
« Celui qui se préoccupe par trop de la mécanique de son âme est fatalement amené à être le témoin d’un phénomène banal mais pourtant curieux et un peu attristant ; la mort subite d’un souvenir insignifiant, rappelé par une circonstance fortuite de l’humble hospice reculé où il achevait paisiblement son existence obscure. Il clignote, il palpite encore et reflète un peu de lumière, mais l’instant d’après, sous vos yeux, il pousse un dernier soupir et tombe raide mort, victime de cette transition trop brutale vers la lumière crue du présent. Tout ce qui reste entre vos mains désormais, c’est une ombre, une transposition abrégée de ce souvenir, dépourvue, hélas, de l’authenticité magique et convaincante de l’original. Graf Itski, homme au tempérament doux et qui craignait la mort, se rappelait un souvenir d’enfance qui avait contenu une prophétie laconique ; mais il y avait longtemps qu’il ne sentait plus aucun lien organique entre lui et ce souvenir, car, lors d’une des premières convocations, ce souvenir s’était présenté tout blême pour mourir aussitôt – et de ce rêve il n’avait plus désormais que le souvenir d’un souvenir. »

… et description du personnage :
« Le voici. Son visage est composé de lunettes foncées en écaille où luit un regard aveugle, et d’une verrue duveteuse sur la joue gauche. Son crâne commence à devenir chauve et, entre les mèches raides des cheveux jaunâtres peignées en arrière, on aperçoit la peau de chamois rose pâle de son crâne. »

Le « Léonard », écrit en 1933, dénonce déjà le nazisme et l’abrutissement populaire : deux frères en rustrerie harcèlent Romantovski, un maigre lecteur.
« Répéter : tu connaîtras le monde la sueur au front, tu seras grassement nourri. Les parasites, les oisifs et les musiciens ne sont pas admis. »

Le cercle est un bel exemple de bouclage de la boucle : la nouvelle commence par le « deuxièmement » qui suit le « premièrement » de la fin ‒ où, comme le dit plus heureusement l’auteur,
« Sur le plan technique, le cercle décrit ici est du même type "du serpent se mordant la queue (la dernière phrase existe implicitement avant la première)" que celui du quatrième chapitre du Don (ou encore, c’est Finnegans Wake, qui est postérieur). »

Conçue d’après Nabokov alors qu’il achevait le roman Le Don, on retrouve
« L’idée qu’eut Fédor de composer la biographie de Tchernychevsky en forme de cercle terminé par l’agraphe d’un sonnet apocryphe (de telle sorte que le résultat n’aurait pas la forme d’un livre, ce qui par son côté achevé est opposé à la nature circulaire de toute chose dans l’existence, mais d’une phrase suivant une courbe continuelle et qui serait ainsi infinie), lui sembla tout d’abord impossible à réaliser sur du papier rectangulaire et plat ‒ et elle en fut d’autant plus transportée de joie quand elle remarqua qu’un cercle se formait néanmoins. »
Vladimir Nabokov, « Le Don », chapitre III

Cela me ramentoit notamment Les Gommes (Robbe-Grillet), et le commentaire de Leiris sur La Modification (Butor) :
« …] ce livre qu’on peut dire parfait en ce sens qu’il se referme sur lui-même et qu’il n’est pas autre chose que le récit de sa propre genèse [… »

« …] le dédale dont un modèle est proposé par ce roman où tout, certes, se passe doublement en un circuit fermé puisque le personnage y revient à son point de départ quant à sa vie privée et que, le livre s’achevant où il est pour l’écrire, la fin en rejoint le commencement, mais qui se place en apparence seulement sous le signe négatif de l’éternelle répétition puisque le personnage qui écrira ne sera plus celui qu’il était [… »
Michel Leiris, « Réalisme mythologique de Michel Butor », compte-rendu de La Modification, in « Brisées »

Léthargie :
« Énorme, vivant, un vers métrique prenait forme et, à la césure, une rime se manifestait, pleine de charme, chaudement éclairée ; comme elle brillait de plus en plus fort, apparut, telle une ombre sur le mur lorsque l’on monte un escalier, la silhouette mouvante d’un autre vers. »

Recrutement, petit texte plein d’esprit, ou comment un auteur rencontre et choisit un personnage secondaire…
Lac, nuage, château (où il est fait référence à Invitation au supplice) est l’histoire d’un doux rêveur confronté à la société vulgaire ; j’en ai retenu cette phrase, qui fait sens si on a voyagé en train (à vapeur) :
« La locomotive, jouant rapidement des coudes, courait à vive allure à travers une forêt de pins, puis, soulagée, au milieu des champs. »

Et cette fine observation sur notre perception des gens que l’on va rencontrer pour la première fois :
« Qui seraient-ils ces êtres endormis, endormis comme semble l’être toute créature que l’on ne connaît pas encore ? »

L’extermination des tyrans (1938) :
« Il a transformé mon pays de fleurs sauvages en un vaste jardin potager où l’on cajole avec un soin particulier les navets, les choux et les betteraves ; ainsi toutes les passions de la nation furent-elles réduites à l’amour des gros légumes dans une terre grasse. »

« Et, finalement, la loi qu’il édicta – le pouvoir implacable de la majorité, le sacrifice incessant à l’idole de la majorité – perdit tout sens sociologique car, à lui seul, il est la majorité. »

Lik : sobriquet d’un émigré russe mal intégré, acteur de profession jouant une pièce nommée L’abîme en tournée et sujet aux palpitations cardiaques, qui retrouve Koldounov, un haïssable cousin éloigné, tombé plus bas encore que lui.
« Il se disait qu’il avait été condamné à vivre à la périphérie de l’existence, qu’il en avait toujours été ainsi, qu’il en irait toujours de même, et que, par conséquent, si la mort ne lui avait pas ouvert une porte sur la réalité véritable, il ne serait jamais parvenu à connaître la vie. »

Mademoiselle O : évocation assez longue de son « institutrice », préceptrice française qui lui enseigna à partir de six ans le français, langue dans laquelle ce texte est écrit. Singulièrement, elle vit malheureuse en exil, alors que l’auteur le vivra par la suite, et en sera également fort marqué ; mais son vrai pays perdu, c’est l’enfance, dont il prête les souvenirs à ses personnages, comme les séances de lecture sur la véranda aux « petites fenêtres rhomboïdales et multicolores ».
« Non, maintenant que j’y pense bien – elle n’a jamais vécu. Mais désormais elle est réelle, puisque je l’ai créée, et cette existence que je lui donne serait une marque de gratitude très candide, si elle avait vraiment existé. »

Dans Ultima Thulé, chapitre d’un roman inachevé et son dernier texte en russe, Nabokov déploie une brillante sophistication de pensée, ainsi que la subtile variation solipsiste suivante :
« Et je veux bien admettre, par ailleurs – ne serait-ce qu’au nom de l’artifice – que si le monde et moi, nous vivons encore après ta disparition, c’est parce que tu te souviens et du monde et de moi… »

Solus Rex est le chapitre II de ce même roman abandonné. Histoire d’un roi apparemment réel (même s’il y a référence à celui des échecs) dans une Thulé qui paraît parfois magique.
« Une armoire en chêne, obèse, aveugle, droguée à la naphtaline, frôlait un panier à linge sale en osier, ovoïde, qu’un obscur Colomb avait posé là. »

Le producteur associé parle de populaire, populiste, bolchevique, nazi et autres espions sur fond de théâtre et de cinéma : les méprisables…
« Qui donc commande à ces infra-Rouges ? »

Un jour à Alep…
Brillantissime texte sur l’exil devant l’avancée nazie, mêlé d’humour, où le narrateur évoque dans sa correspondance à son ami écrivain les disparitions de sa femme « fantôme ».
« Imaginez un peu la scène : le minuscule jardin couvert de gravier avec sa potiche bleue style Nuits d’Arabie et son cyprès solitaire ; la terrasse craquelée où le père de la vieille dame avait sommeillé avec un plaid sur les genoux quand il se retira de son poste de gouverneur de Novgorod pour venir passer quelques dernières soirées à Nice ; le ciel vert pâle ; une bouffée de vanille dans la pénombre grandissante du soir ; les grillons qui poussaient leurs trilles métalliques deux octaves au-dessus du do du milieu ; et Anna Vladimirovna dont les bajoues se balançaient par saccades tandis qu’elle me jetait à la figure une insulte, maternelle peut-être, mais totalement imméritée. »

Un peu sur le même thème, avec cette fois un humour féroce, les soutiens révisionnistes et antisémites à l’Allemagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale, du point de vue d’un homonyme en Amérique.
« Cela peut vous paraître un paradoxe, mais, vraiment, quand on pense à ces soldats massacrés en Europe, on se dit qu’au moins ils n’ont pas à affronter les terribles doutes que nous, civils, devons supporter en silence. »

« Aussi je sais que quand l’armée Rouge est entrée dans les villes allemandes, pas un seul cheveu n’est tombé des épaules allemandes.
‒ Tête, dit Mrs. Hall.
‒ Oui, dit le colonel. Pas une seule tête de leurs épaules. »

Signes et symboles : rendu de troubles psychiques.
« "Névrose référentielle", avait dit Herman Brink. Dans ces cas très rares, le malade s’imagine que tout ce qui se passe autour de lui est une référence voilée à sa personnalité et à son existence. […]
Des cailloux, des souillures ou encore des taches de soleil forment des motifs qui représentent, de manière assez terrible, des messages qu’il doit intercepter. Tout est chiffre, de tout il est le thème. »

Les sœurs Vane : fantaisie spiritiste.
« Je continuai ma promenade ; toute mon attention exacerbée semblait transformer mon être en un énorme globe oculaire roulant dans l’orbite du monde. »

Lance : variation cette fois science-fictionnesque (et scripturale).
« Les clichés sont, bien sûr, camouflés ; fondamentalement, ils restent les mêmes à travers toute la littérature à bon marché, qu’elle soit à l’échelle de l’Univers ou du salon. Ils sont comme ces biscuits "assortis" qui ne diffèrent que par leur forme et leur couleur, artifices par lesquels les fabricants rusés attirent sournoisement le consommateur qui salive déjà, dans un monde fou à la Pavlov où, pour le même prix, des variations de simples valeurs visuelles influencent et remplacent peu à peu le goût, lequel subit le même sort que le talent et la vérité. »

« Tout ce que je parviens à discerner, c’est un effet de lumière évanescente d’un côté de sa chevelure vaporeuse, et là, j’imagine, je suis influencé de manière insidieuse par les canons artistiques de la photographie moderne et je perçois combien il devait être plus facile d’écrire autrefois, à l’époque où l’imagination n’était pas assaillie par d’innombrables supports visuels et où un homme de la frontière, regardant son premier cactus géant ou ses premières neiges éternelles, n’était pas condamné à se rappeler telle affiche publicitaire d’une compagnie de pneus. »

Une fois n’est pas coutume, je recommande vivement la lecture de ces textes d’une grande finesse !

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 20 Jan - 20:10
 
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Sujet: Vladimir Nabokov
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Dylan Thomas

Portrait de l'artiste en jeune chien

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 411ebb10

Dix nouvelles, autant de séquences autobiographiques se suivant chronologiquement comme autant d’instantanés saisis ; le titre, démarqué de James Joyce, fait référence à la sixième, Comme de petits chiens, lui-même en référence au mot d’un magistrat évaluant les mœurs amoureuses et sexuelles de jeunes gens.
Très vite dans le premier texte de ce recueil de souvenirs d'enfance surgit le fantastique teinté de surréalisme de Dylan Thomas :
« La venelle s’emplit d’une ombre trop soudaine, la foule des murs m’assaillit et je vis se tapir les toits. »

L’humour innerve les scènes de la vie quotidienne galloise.
« Le souper aurait dû être chaud, mais elle ne voulait pas qu’il vît les domestiques qui étaient vieux et sales. Son père ne voulait pas les remplacer parce qu’ils avaient toujours été chez lui. C’est là un exemple éclatant de la mentalité de ces conservateurs. »

Bord de mer :
« Depuis qu’il s’était promené et amusé, là-bas, dans la solitude de cette foule, cherchant des excuses à son désespoir et des compagnons tout en les refusant, il avait trouvé celle qui lui donnerait le vrai bonheur et l’avait perdue en trente secondes d’affolement et de maladresse près des urinoirs et de l’horloge de fleurs. »

Bien que j'y aie retrouvé beaucoup de ma jeunesse (ou à cause de cela), ce recueil ne m'a pas transporté...

\Mots-clés : #jeunesse #nouvelle
par Tristram
le Dim 10 Jan - 14:01
 
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Sujet: Dylan Thomas
Réponses: 14
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