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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Dim 14 Avr - 10:14

234 résultats trouvés pour polar

Georges Simenon

Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas

Tag polar sur Des Choses à lire Au_ren10

Maigret change à la dernière minute sa destination de vacances pour Fécamp : un ami d’enfance lui demande son aide pour le télégraphiste du chalutier Océan qui vient de rentrer de Terre-Neuve après une campagne de pêche à la morue frappée par le mauvais œil, accusé d’avoir assassiné le capitaine.
Malgré l'atmosphère et « le vin bleu des bistrots », de multiples incohérences et contradictions font que ce Maigret ne tient pas vraiment debout.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 12 Avr - 11:53
 
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Sujet: Georges Simenon
Réponses: 143
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Lawrence Block

Tag polar sur Des Choses à lire 32681_10

Sujet : Matt ancien flic n'est pas vraiment devenu un privé, "il rend des services" et justement un "ami" plutôt une connaissance de longtemps ressurgit Jablon surnommé La Toupie car il a la manie de faire tourner une pièce d'argent sur la tranche, vient lui confier une enveloppe et lui recommande de ne l'ouvrir que s'il meurt, il précise qu'il sait que Matt acceptera de faire ce qu'il demande quand il aura vu le contenu de l'enveloppe. Car tous deux savent faire la différence entre "un meurtre" et des crimes !  Oui car lui la Toupie n'a jamais tué, même s'il a été arrêté plusieurs fois, certaines par Matt d'ailleurs.

Matt découvre peu après dans la presse l'information qu'un homme a été retrouvé noyé ; Matt se renseigne auprès d'un ancien collègue de la police Eddie, ce qu'il soupçonnait se révèle c'est bien le cadavre de La Toupie. Il peut donc ouvrir l'enveloppe et ce qu'il découvre va le plonger dans une enquête délicate car La Toupie faisait chanter 3 personnes dont il avait trouvé le "crime".

A son habitude Matt réfléchi souvent dans les bars et s'il boit beaucoup il n'est jamais saoul. Et au Polly's il y a son amie Trina qui le comprend et avec qui il s'épanche parfois quand la vie est trop lourde.

Matt enquête donc sur 3 personnes soupçonnées du meurtre de La Toupie ; lesquelles lui donnent du fil à retordre mais il ira jusqu'au bout, il se l'ai promis en lisant la lettre de La Toupie et Matt tient toujours ses promesses. Il sait qu'en acceptant de venger La Toupie il devient une cible puisqu'il reprend "son travail de maître-chanteur" .

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J'ai encore beaucoup apprécié cette lecture, Matt devient un familier ; et j'apprécie l'homme, honnête, si, si, qui sait reconnaître ses erreurs et d'ailleurs quand il se culpabilise c'est encore une blessure qui s'ajoute à celles qu'il porte.
Vous comprendrez donc que je poursuive encore un bout de chemin avec Matt !

Extraits

" J’ai découvert les églises peu de temps après avoir quitté la police et déménagé loin d’Anita et de mes fils. Je ne sais pas très bien ce qui m’y attire. Peut-être le fait que ce sont les seuls endroits à New York où l’on peut réfléchir en paix. En même temps, je ne crois pas que ce soit la seule raison qui me pousse à y entrer. Il n’est pas difficile d’imaginer que je viens aussi y chercher quelque chose de plus personnel, même si je n’ai aucune idée de ce dont il peut s’agir. Je ne prie pas. Je ne suis même pas sûr de croire en quelque chose.

  Quoi qu’il en soit, ce sont des endroits parfaitement étudiés pour s’installer et réfléchir sérieusement. "

" Je fais ça très bien, vous savez.

  — Je n’en doute pas.

  — On m’a dit que je conjuguais le talent de la professionnelle et l’enthousiasme de l’amateur.

  — Je n’en doute pas non plus.

  — D’ailleurs, vous avez pu juger sur pièces.

  — C’est exact. Mais j’ai malheureusement davantage besoin d’argent que de baise."


"Il n’avait pas besoin de se fatiguer. Il était jeune, mince, un athlète façon sports de plein air. J’étais trop vieux et trop lourd, et le seul exercice que j’avais pratiqué ces dernières années consistait à lever le coude. Tout ce que je pouvais espérer en me mettant à courir, c’était de lui offrir mon dos comme cible."

"J’observai Henry Prager, le corps affaissé sur son bureau, les traits déformés par la mort, et je sus que  j’avais tué l’homme qui était devant moi. Son doigt avait pressé la détente, mais c’était moi qui lui avais mis le pistolet dans la main en poussant le jeu trop loin.
  Je n’avais pas souhaité que nos deux vies se rencontrent, ni cherché à causer sa mort. Mais à présent son cadavre me défiait : le bras tendu en travers du bureau, il avait l’air de me désigner du doigt."


"Je me dirigeai vers le coin de la 57e Rue, et pour la première fois depuis le début de cette histoire j’eus le sentiment d’être une cible. J’avais délibérément choisi ce rôle et, au début, je pensais que c’était une excellente idée, mais depuis l’apparition du cow-boy, la situation n’était plus la même. Maintenant ce n’était plus seulement une idée, c’était la réalité, et ça changeait tout.

  Quelque chose bougea près d’une porte, et je me retrouvai les orteils rivés au sol avant même d’avoir reconnu la vieille femme. Elle s’était installée comme à son habitude sur le seuil du magasin Sartor Resartus. Dès que le temps le lui permet, elle y campe. Elle fait la manche à longueur de temps. Généralement, je lui donne quelque chose en passant.

  — Monsieur, si vous pouviez faire un geste… (Je trouvai dans ma poche quelques pièces à lui offrir.) Dieu vous bénisse, dit-elle.

  Je lui répondis que je l’espérais bien. Je me remis en marche, parcourus quelques mètres et la vieille femme poussa un hurlement. Je me retournai juste assez vite pour voir une voiture escalader le trottoir et me foncer dessus, pleins phares."


"Il m’observa attentivement avant de répondre.

  — Je sais généralement assez bien juger à qui j’ai affaire.

  — Et vous pensez que je suis honnête ?

  — Loin de là. Sans vouloir vous offenser, monsieur Scudder, mais je serais quelque peu naïf si j’en arrivais si vite à une telle conclusion, vous ne croyez pas ?

  — Probablement.

  — Je pense que vous êtes un homme intelligent. Alors, je vais être très clair. Je vous paierai ce que j’ai dit. Mais si, à quelque moment que ce soit, vous cherchiez à m’extorquer à nouveau de l’argent, sous quelque prétexte que ce soit, je prendrais contact avec… disons certaines personnes. Qui vous tueraient"



\Mots-clés : #polar
par Bédoulène
le Jeu 11 Avr - 11:11
 
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Sujet: Lawrence Block
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Dennis Lehane

Un dernier verre avant la guerre

Tag polar sur Des Choses à lire Un_der10

À Dorchester, quartier de Boston (USA), Pat (Patrick Kenzie), le narrateur, s’occupe de recherche de personnes disparues avec Angie (Angela Gennaro), sa meilleure amie, amoureuse de son mari Phil, qui la tabasse (et lui le tabasse à l’occasion). Pat est le fils du « Héros », un pompier célèbre, mais violent à la maison. L’enquête porte sur Jenna Angeline, une femme de ménage noire qui serait disparue avec des documents confidentiels du sénateur Sterling Mulkern, relatifs à un projet de loi contre le terrorisme de rue.
« Les gens comme Mulkern ont l’habitude de créer les faits par eux-mêmes, puis de mettre les autres, à savoir nous, au courant. »

Pat est en photo dans le journal, comme son père jadis, quand Jenna est abattue dans ses bras. Puis c’est la guerre des gangs entre le mari de Jenna (qui l’a fait tuer) et son fils.
« Nous avons traversé South Boston – Southie pour quiconque n’est ni un touriste ni un présentateur de journal – en longeant des chapelets de petits immeubles à deux étages miteux, serrés comme une rangée de toilettes chimiques à un concert rock. Southie me sidère. Une bonne portion en est pauvre, surpeuplée, implacablement négligée. Les cités de D Street craignent autant que tout ce qu’on peut trouver dans le Bronx : sales, mal éclairées, grouillant de loubards en colère, les cheveux en brosse, qui traînent dans les rues avec une soif de sang et des battes de baseball. Il y a quelques années, pendant un défilé de la Saint-Patrick, un môme très irlandais avec un trèfle sur son teeshirt s’y est hasardé. Il est tombé sur une bande d’autres mômes irlandais qui avaient eux aussi des trèfles sur leurs teeshirts. La seule différence entre son teeshirt et les leurs, c’est que le sien disait « Dorchester » en vert au-dessus du trèfle, et les leurs disaient « Southie ». Les mômes de D Street ont supprimé la différence en balançant le môme d’un toit. »

Polar musculeux, typiquement états-unien dans sa fascination pour la violence, mais traitant du racisme avec des aperçus intéressants sur sa prégnance et ses subtiles ramifications. Reste que c'est assez pâle, surtout après une lecture de Faulkner.

\Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #polar #racisme #social #violence
par Tristram
le Mer 10 Avr - 12:40
 
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Sujet: Dennis Lehane
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Dorothy L. Sayers

Lord Peter et l’Inconnu

Tag polar sur Des Choses à lire Lord_p10

Lord Peter Wimsey est le fils cadet d’un duc, un aristocrate oisif, excentrique et insolent qui se pique de bibliophilie et d’enquêtes policières, qu’il mène cette fois avec Bunter son valet-photographe et Parker, son ami inspecteur principal de Scotland Yard (ils se gaussent de l’inspecteur Sugg, balourd officiellement commis aux deux affaires, apparemment pas liées). Un homme nu avec un lorgnon est retrouvé mort dans une baignoire, d’une part, et de l’autre un financier est disparu : un inconnu, c'est-à-dire un corps sans identité, versus une autre personne, connue mais dont le corps n’est plus là.
« La gouttière ne passe qu’à soixante centimètres environ au-dessus de la fenêtre. J’ai mesuré avec ma canne – le vade-mecum du gentleman-explorateur, c’est comme ça que je l’appelle –, elle est graduée. Très pratique, à l’occasion. Il y a une épée à l’intérieur et une boussole dans le pommeau. Je l’ai fait fabriquer spécialement. »

C’est sur un ton léger et teinté d’humour que Sayers nous décrit une société fort britannique (roman publié en 1923), où des personnes « de type sémite » parviennent à se faire accepter, non sans quelques réticences.
« Un bon juif peut être un excellent homme, je l’ai toujours dit. »

Un échantillon caractéristique du ton employé :
« L’autobus 19 le déposa à Piccadilly à peine quinze minutes plus tard que ce qu’un élan d’optimisme lui avait suggéré et Bunter le régala de mets sublimes, d’un café incomparable et du Daily Mail devant une grande flambée de bois et de charbon. Une voix lointaine chantant le Et iterum venturus est de la messe en si mineur de Bach proclamait que, pour le maître de ces lieux, piété et propreté coïncidaient au moins une fois dans la journée. Puis lord Peter fit une entrée nonchalante, encore humide et fleurant la verveine, dans un peignoir de bain gaiement orné d’une ribambelle de paons anormalement bigarrés.
– Bonjour, cher vieux, dit-il. Sale temps, non ? C’est vraiment aimable à vous de vous être risqué dans cette purée de pois, mais j’ai reçu une lettre que je voulais vous montrer, et l’énergie me manquait pour me traîner jusque chez vous. Bunter et moi avons passé une nuit blanche.
– Quelle est cette lettre ? demanda Parker.
– Ne parlez jamais boutique la bouche pleine, le rabroua sévèrement lord Peter. Prenez un peu de cette marmelade d’Oxford. Ensuite, je vous montrerai mon Dante, on me l’a apporté hier soir. Que dois-je lire ce matin, Bunter ?
– La collection de lord Erith va être vendue, my lord. Le Morning Post y consacre une colonne. Je pense que Votre Seigneurie devrait jeter un coup d’œil sur cette critique du dernier ouvrage de sir Julian Freke sur Les Bases physiologiques de la conscience, dans le Supplément littéraire du Times. Ensuite, il y a un petit cambriolage très curieux dans le Chronicle, et une attaque contre l’aristocratie dans le Herald, assez mal écrite, si je puis me permettre, mais non dénuée d’un humour involontaire que Votre Seigneurie appréciera.
– Bon, donnez-moi ça et le cambriolage, décréta Sa Seigneurie.
– J’ai parcouru les autres journaux, continua Bunter en désignant une pile impressionnante, et j’ai marqué les lectures d’après-déjeuner de Votre Seigneurie.
– Oh ! de grâce, ne m’en parlez pas ! dit lord Peter, vous me coupez l’appétit.
Il y eut un silence, troublé seulement par les craquements des toasts et le froissement des journaux. »

Le criminel est assez vite pressenti, malgré sa maléfique intelligence :
« Son étude sur la criminalité était assez amusante dans son genre, mais le type a une araignée au plafond. Il professe que Dieu est une sécrétion du foie – bon, de prime abord, l’idée est plaisante, mais ce n’est pas la peine d’insister là-dessus. Il n’est rien qu’on ne puisse prouver si on a un point de vue suffisamment limité. »

Ce roman est l’occasion de fines satires.
« Tout en ingurgitant tristement la pâle substance inerte que les Anglais appellent « fromage » sans autre précision (car il existe des fromages qu’on appelle par leur nom, comme le stilton, le camembert, le gruyère, le wensleydale ou le gorgonzola, mais « fromage » n’est que du fromage, et c’est le même partout) [… »

L’intrigue est extrêmement ingénieuse et adroitement bâtie. Dorothy L. Sayers a subi l’influence de Conan Doyle (Holmes, abondamment crédité), mais aussi de Maurice Leblanc (Lupin) ; lord Peter, personnage très vivant et attachant, forme un jalon original du détective dans l’histoire du polar : déduction logique et intuition, psychologie, observation et amorce de police scientifique.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Lun 1 Avr - 16:39
 
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Sujet: Dorothy L. Sayers
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Valerio Varesi

Ce n'est qu'un début commissaire Soneri

Tag polar sur Des Choses à lire Ce_n_e10

Suicide d’un Roumain, puis meurtre d’un ancien communiste, idéaux déçus d’une lutte qui s’avéra finalement inutile, sur toile de fond du typique antagonisme avec les fascistes (qui semblent eux avoir encore de l’avenir).
« — Supporteur ultra de La Spezia, néofasciste, spécifia l’autre.
— Ça va souvent ensemble.
— Toujours, mon cher. L’extrême droite est en train de conquérir une bonne partie des clubs de supporteurs. Une stratégie, pourrait-on dire. Il n’y a pas de meilleur entraînement au squadrisme et à la guérilla. »

Toujours à Parme, mais aussi en Ligurie et dans les Apennins. Sinon, une Vespa et au menu, des pisarei e fasò, « Petits gnocchis de farine et de chapelure (pisarei) servis dans une sauce aux haricots (fasò), au lard (ou couenne, ou saucisse, ou tout à la fois), à la tomate et aux oignons » !
« — La seule chose qui se maintienne, c’est ce qu’on a dans l’assiette, nota Soneri. Le reste, c’est terminé. Je crois que c’est pour ça que j’aime bien manger. Mes sensations gustatives sont les seules à ne pas avoir muté, depuis toutes ces années. »

Et bien sûr la brume.
« Le brouillard dégageait une vapeur inquiète en caressant de ses ailes grises le pare-brise.
— Quand les nuits sont brumeuses, on se croirait seuls au monde, médita Angela à voix haute. Tu crois que c’est ça qui nous fait peur ?
— On l’est toujours, sauf qu’on ne s’en rend pas compte. Le brouillard nous le rappelle, répondit le commissaire en regardant droit devant lui. »

« Il s’arrêta pour contempler l’horizon aussi loin que la pureté du ciel le permettait et constata qu’il ressentait la même impuissance que devant le brouillard. Il comprit alors le malaise qu’il éprouvait dans les villages côtiers, pourquoi il finissait toujours par fuir afin de se réfugier dans les brumes de la plaine. Ici, dans la limpidité propre aux matins d’hiver où le regard plongeait jusqu’à ce que ciel et mer se touchent, il n’entrevoyait rien derrière les apparences. La clarté supprimait tout espoir d’une intimité, même si, derrière le rideau de la brume, on ne la percevait qu’au travers d’ombres ou de sensations. Sans le brouillard, le monde paraissait vide, impitoyable, géométrique, et bien trop vaste. »

Une revisitation du communisme à l’italienne, et surtout la mélancolie, l’amertume « de perdants complètement désillusionnés. »
« — On a perdu, on doit l’admettre, s’épancha tout à coup Soneri. Culturellement, je veux dire. C’est un échec.
— On a trop fait confiance à nos idées, observa Angela. Croire que les gens sont disposés à devenir meilleurs est la plus grosse connerie qu’on puisse imaginer. Comme de refuser d’admettre que les instincts sont plus puissants que tout notre arsenal culturel. La majorité des individus ne pense qu’au sexe, à la bouffe et au désir de domination. Biologie pure et simple, comme pour les autres animaux. Si on en avait pris acte, on ne se serait pas obstinés à prêcher. Rester du côté des idées, ça veut dire vivre avec la rage. »

« À partir de là, la majorité s’est vendue au plus offrant. On est passés des projets collectifs aux projets individuels, et la consommation a remplacé les idéaux. Les années 80 ont tout balayé. C’est là que le désir de posséder a pris le dessus, imposé par la dictature de la télé. On n’a pas compris que les places où on continuait de se rassembler étaient devenues des sites archéologiques. Le vrai rassemblement, c’étaient les millions de gens devant la télé au moment du dîner qui croyaient que le bonheur, c’était de s’acheter une bagnole et un téléviseur, acheva Monti. »

« — J’ai l’impression d’être dans un roman-photo, ronchonna-t-il. La mer, la lune, nous à nous embrasser à la fenêtre… La télé nous a matraqués avec ses messages à la con, on ne se rend même pas compte qu’on est comme des acteurs de télénovelas.
— À force de galvauder le langage et les sentiments, ils ont banalisé tout ce qu’on a de plus précieux. Ils ont détruit toute authenticité, c’est ça le pire, admit Angela. »

« Des années entières à lutter… Pour quel résultat ? Aucun. »

« Il n’y a plus de continuité entre générations, tout est à recommencer. Même les enfants des révolutionnaires sont de droite. »


\Mots-clés : #polar #politique
par Tristram
le Mer 27 Mar - 11:17
 
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Georges Simenon

Un crime en Hollande

Tag polar sur Des Choses à lire Un_cri10

Dans cette affaire qui paraît simple et où le suspense est cependant fort bien tenu, Simenon donne au préalable tous les éléments nécessaires.
« Contre son habitude, Maigret nota quelques détails matériels, surtout topographiques, et ce fut à proprement parler du flair, car par la suite la solution devait découler de questions de minutes et de mètres. »

« Un principe : ne pas se laisser détourner de la vérité par des considérations psychologiques… Suivre jusqu’au bout le raisonnement qui découle des indices matériels… »

Le prégnante toile de fond qui crée l’atmosphère, c’est le contraste entre le milieu protestant strict et austère, à la netteté rigoureuse jusque dans les meubles cirés, et celui de la marine, qui trafique et fraude, boit Bols et bière dans le port de la paisible Delfzijl en Frise néerlandaise, « la ville proprette où tout était en ordre comme dans le buffet d’une bonne ménagère » :
« Un calme capable de faire croire à un Français que toute cette ville était aussi artificielle qu’une carte postale. »

Il y a aussi un clin d’œil contextuel sur les colonies, dont les bourgeois font importer le bois tandis que leurs épouses se cotisent pour vêtir les indigènes…

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Mer 20 Mar - 10:40
 
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Georges Simenon

La Nuit du carrefour

Tag polar sur Des Choses à lire La_nui10

« Dix-sept heures de grilling ! »

Cet anglicisme de Simenon marque, en évoquant l’interrogatoire d’un suspect, le tournant états-unien qu’il entend donner à cette nouvelle aventure de Maigret : au « Carrefour des Trois-Veuves », ce sont effectivement fusillades, trafic de drogue et bijoux, femme fatale et hard-boiled qui prédominent, même si le charme franchouillard persiste !

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Sam 9 Mar - 11:33
 
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Graham Greene

Tueur à gages

Tag polar sur Des Choses à lire Tueur_10

James Raven est un tueur sans état d’âme pour ses victimes.
« Un bec-de-lièvre était un sérieux désavantage dans son métier ; on le lui avait mal recousu à la naissance, en sorte qu’il avait maintenant la lèvre supérieure tordue et balafrée. Quand on porte sur soi un moyen d’identification aussi visible, on ne peut éviter quelque brutalité dans ses méthodes. Depuis le début, Raven avait toujours été forcé d’éliminer tous les témoignages. »

Le sergent détective Mather est fiancé à Anne Crowder.
« Elle parlait toujours du bonheur avec gravité ; elle préférait rire quand elle était triste. Elle ne pouvait se garder d’être grave si les choses lui tenaient à cœur, et le mot bonheur l’attristait parce qu’elle pensait à tout ce qui pouvait le détruire. »

Raven a tué le ministre de la Guerre, et Cholmondeley, l’intermédiaire de son commanditaire, l’a payé en billets volés qui lancent la police à ses trousses.
Au commencement de ce thriller, un réjouissant chassé-croisé des différents protagonistes les fait se frôler sans se connaître encore.
On est à Londres, à l’approche de Noël et de la Seconde Guerre mondiale (cette fois la foule n’exulte plus, elle a peur ; à noter que le livre a été publié en 1936 !).
Raven suit Cholmondeley à Nottwich (Nottingham), où se rend aussi Anne, puis Mather.
Anne compatit avec le tueur qui l’a prise en otage plus ou moins consentante : confidences dostoïevskiennes, mais les incohérences et le rocambolesque font que ce roman est loin d’être le meilleur de Graham Greene.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 23 Fév - 10:38
 
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Georges Simenon

Le Chien jaune

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Toujours dans les pas d'Animal et ArenSor :
« Un honorable négociant de la ville, M. Mostaguen, sortait de l’Hôtel de l’Amiral, s’arrêtait sur un seuil pour allumer un cigare et recevait dans le ventre une balle tirée à travers la boîte aux lettres de la maison, une maison inhabitée. »

Puis le pernod, « l’imitation d’absinthe », est en l’occurrence dosé à la strychnine…
Nous sommes donc avec Maigret à Concarneau, au Café de l’Amiral, ce « monstrueux aquarium » avec ses « vitraux verdâtres ».
« Et cette boue qui collait à toutes les chaussures, car Concarneau ne connaît pas encore les rues pavées ! »

L’intrigue tourne autour du petit cercle de notables pour qui tout semble permis dans leur landerneau…
Maigret se content d’observer placidement ; il dit « Je ne crois jamais rien… », « Pas de conclusions hâtives ! Et surtout pas de déductions !… »
« Selon votre expression de tout à l’heure, c’est un vrai plongeon dans la vie provinciale que nous faisons ! Et c’est beau comme l’antique ! Savoir si Le Pommeret portait des chaussures toutes faites ou des chaussures sur mesure !… Cela n’a l’air de rien… Eh bien ! vous me croirez si vous voulez, mais c’est tout le nœud du drame… Allons prendre l’apéritif, Leroy !… Comme ces gens le prenaient tous les jours… Au Café de l’Amiral !… »


\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Jeu 15 Fév - 11:59
 
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Georges Simenon

La Tête d’un homme

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Pour te répondre, Plume, dans la foulée des posts d'Animal et ArenSor :
Plaidoyer contre la peine de mort ? En effet, contre toute apparence de preuves, Heurtin est innocent. Il est victime d’une machination ourdie par Radek, sorte de Raskolnikov en plus mégalomaniaque et adepte du meurtre gratuit. Et ce sera un duel déroutant avec le commissaire Maigret. J’ai mesuré comme celui-ci est surtout une présence, puissante, placide, et c’est une part fondamentale de l’atmosphère de ces polars.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Jeu 15 Fév - 11:52
 
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QIU Xiaolong

Chine retiens ton souffle

Tag polar sur Des Choses à lire Chine_10

Shanghai, « la Perle de l’Orient », la cité de la réussite économique, et son smog. Chen, qui est placardisé, doit enquêter en tant que « conseiller » sur un meurtrier en série avec Yu (et sa femme Peiqin) ; de plus, il doit se renseigner (à l’instigation de Zhao, son vieux protecteur du Parti à Pékin) sur « un groupe d’activistes [qui] doit se réunir secrètement à Shanghai afin de mettre en place un plan d’action », et auquel appartient Shanshan, sa liaison dans Les Courants fourbes du lac Tai, devenue une influente militante écologiste. Pour être « l’inspecteur solitaire qui manœuvre dans l’ombre », Chen compte s’inspirer de « l’ouvrage classique intitulé Les 36 Stratagèmes ».
On retrouve nombre de personnages des romans précédents, en plus d’allusions à ceux-ci, et les mêmes ingrédients (de cuisine, mais aussi les références littéraires classiques).
« Le présent est, quand on y pense/ déjà le passé… »

Une piste de masques antipollution remonte jusqu’à un veuf qui accomplit le rituel des sept-sept, un repas fastueux offert hebdomadairement pendant les sept semaines qui suivent son décès à un être cher, tandis que Shanshan, qui va sortir un documentaire accablant pour les industries pétrolières, est visée par une sextape : croissance économique à tout prix versus préservation de l’écosystème.
Il y a effectivement une sorte d’épuisement de la veine de Xiaolong, mais je trouve toujours de l’intérêt – et du plaisir – à sa lecture.

\Mots-clés : #ecologie #polar #politique #regimeautoritaire
par Tristram
le Sam 3 Fév - 11:11
 
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Lawrence Block

Un ticket pour la morgue

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De nouveau Matthew Scudder, lorsqu’il a quitté l’alcool et la police pour les Alcooliques Anonymes. Il est toujours assez assidu à leurs réunions (et lit, plus irrégulièrement, les Pensées de Marc Aurèle) : le livre contient plusieurs témoignages sur cette organisation, et la lutte perpétuelle de ses membres pour leur abstinence.
« — J’ai toujours voulu croire que tout irait bien pour nous une fois que nous aurions cessé de boire, mais ce n’est pas vrai. Le miracle de la sobriété, ce n’est pas de rendre notre vie meilleure, c’est que nous arrivons à rester sobres même quand tout va mal. Quand Cody a attrapé le sida, j’en étais malade, tellement je trouvais ça injuste. Je pensais que les gens sobres n’attrapent pas le sida. Et que les gens sobres ne se suicident pas. Mon Dieu, toutes les fois où j’ai pensé à me tuer, quand je buvais et ça ne m’arrive plus du tout et je croyais que c’était comme ça pour tout le monde. Et puis aujourd’hui j’apprends que Toni s’est suicidée et j’ai pensé que ce n’était pas juste, que ça n’aurait pas dû arriver. Mais n’importe quoi peut arriver et je ne me remets quand même pas à boire. »

Elaine est une prostituée avec qui Matt eut une liaison. Il fit envoyer en prison (par imposture) James Leo Motley, qui aimait à terroriser ses pareilles, et vient de finir de purger sa peine (de un à dix ans, au total douze ans à cause de sa conduite meurtrière).
« Il disait qu’il donnait toujours à ses femmes ce qu’elles voulaient. La plupart rêvaient d’être battues, disait-il. Certaines voulaient être tuées. »

Motley (plus adepte de Nietzsche) s’en prend aux relations féminines de Matt, proches ou éloignées. C’est un type assez effrayant, et fort : il subjugue, presque par suggestion, et connaît les points sensibles de la douleur physique.
« Une pensée me vint, une vague idée en marge. Il était là dehors, il menaçait toutes ces femmes qui avaient été les miennes et moi j’étais là, courant en tous sens comme un jongleur essayant de garder toutes ses balles en l’air. Cherchant à les sauver, à les protéger, Elaine, Anita et Jan, tout en essayant par la même occasion de les retenir. En essayant, dans un sens, de confirmer ce qu’elles étaient d’après lui, mes femmes, les miennes.
En tentant dans la foulée de nier la vérité, de fermer les yeux à la réalité. De réfuter l’amère vérité, que ces femmes n’étaient pas les miennes et ne l’avaient probablement jamais été. Que je n’avais personne et n’aurai sans doute jamais personne. »

Matt est quasiment dominé par Motley, qui parvient à atteindre Elaine dans leur duel à travers New York.
La question de la peine de mort revient plusieurs fois, et finalement Matt tue Motley, maquillant son assassinat en suicide. Explicit :
« L’hiver a été froid et on dit que ce n’est pas fini. C’est dur pour les sans toit ; il y a eu deux morts la semaine dernière quand la température est tombée à moins vingt. Mais pour la majorité d’entre nous, ce n’est pas trop grave. On s’habille plus chaudement et on marche un peu plus vite, voilà tout. »

J’ai découvert dans ce roman paru en 1990 l’origine états-unienne de l’expression « abus de "substance" », qui était le nouvel euphémisme pour la cocaïne.

\Mots-clés : #addiction #polar #psychologique
par Tristram
le Mer 24 Jan - 11:47
 
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Georges Simenon

Le Pendu de Saint-Pholien

Tag polar sur Des Choses à lire Le_pen10

Intrigué, Maigret suit un suspect jusque Brême – où ce dernier se suicide en constatant que Maigret a substitué une valise similaire à la sienne, qui ne contenait qu’un vieux costume… Enquête étrange de bout en bout, où le commissaire est précédé par l’une des quatre connaissances connues de la victime, l’homme d’affaires Van Damme – peut-être celui-là même qui tente de le tuer.
« Il eût été difficile de lire une pensée quelconque sur le visage de Maigret, dont la dernière des qualités semblait bien être la subtilité. »

Un drame qui sourd finalement du remords, et appréhendé avec beaucoup d’humanité.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Dim 14 Jan - 11:51
 
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Georges Simenon

Monsieur Gallet, décédé

Tag polar sur Des Choses à lire Monsie11

« Chaque affaire criminelle a sa caractéristique, qu’on saisit plus ou moins vite et qui donne souvent la clé du mystère.
Est-ce que la caractéristique de celle-ci n’était pas la médiocrité ? »

La première phrase est possiblement une clé de la fameuse atmosphère qui caractérise les polars de Simenon ; mais pour la seconde partie, c’est peut-être parler un peu vite !
« Je connaîtrai l’assassin quand je connaîtrai bien la victime. »

C’est sur le mort surtout qu’enquête Maigret, et ce Monsieur Gallet, qui ne quitte pas son esprit, « avec qui il allait vivre des semaines durant dans la plus déroutante des intimités », ne se révèle pas aussi simple qu’il n’y paraissait de prime abord.
« Il revint sur ses pas, tête basse, arrangeant à nouveau dans son esprit la silhouette de M. Gallet, la mettant en quelque sorte à jour.
Le personnage, au lieu de se compléter et de devenir plus compréhensible, ne se dérobait-il pas ? La physionomie de l’homme à la jaquette trop étroite ne se brouillait-elle pas au point de n’avoir plus rien d’humain ?
Au portrait, seule image tangible, théoriquement complète que Maigret possédât, se substituaient des images fuyantes qui n’eussent dû former qu’un seul et même homme et qui refusaient de se superposer. »

Voilà dix-huit ans que Gallet avait abandonné son métier de voyageur de commerce et faisait croire à sa famille qu’il le pratiquait toujours ; il était un ingénieux bricoleur s’adonnant à la pêche, mais aussi « l’escroc des légitimistes », et fut un « gai luron » en Indochine.
De menus usages devenus désuets participent du charme des romans de Simenon (il écrivit celui-ci en 1930).
« À gauche, dans le corridor, était posé un plateau avec une seule carte cornée : celle du maire de Saint-Fargeau. »

(Une carte de visite cornée signalait qu’elle avait été délivrée en personne.)
Toujours une impression de déjà-lu, mais peut-être seulement parce qu’à la lecture de chaque Maigret on retrouve un peu le même monde. Et celui-ci constitue également un excellent cru.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Mer 3 Jan - 11:18
 
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Juan Manuel de Prada

Tag polar sur Des Choses à lire Prada_10

La Tempête

Un phénomène météorologiste ? non le titre d’un tableau du Maître Giorgione - premier grand peintre vénitien du Cinquecento et de la Haute Renaissance._.
Alejandro Ballesteros, un étudiant est invité à Venise par le critique Gilberto Gabetti pour étudier le tableau de Giorgione « la Tempête » dont il a fait une analyse.

« J’avais moi-même dilapidé ma jeunesse à l’exégèse de ce tableau, je m’étais englouti des années durant dans le secret que gardaient les personnages et, après bien des recherches et des enquêtes ardues, j’avais livré à la postérité une thèse, un véritable pavé dans lequel j’ajoutais une nouvelle interprétation à toutes celles qui existaient déjà. »

Dès son arrivée à Venise en période d’acqua alta, le jeune homme ressent un mauvais pressentiment, il trouve l’ambiance sombre, ,menaçante, étouffante.

Ce sentiment se confirmera alors que de la fenêtre de l’auberge où il loge il voit un homme se traînant sur la place, visiblement blessé. Il court pour l’aider, l’homme baigne dans le sang, Alejandro le soutient comme il peut, appelle à l’aide Dina l’hôtelière de l’auberge ; la victime meurt mais a le temps de montrer sa main et le jeune homme se souvient d’avoir vu de sa fenêtre une bague lancée dans le canal et un bref instant un visage blanc traverser le palais voisin.

S’ensuit l’enquête habituelle de la police – le commissaire Nicolussi. La victime est connue de tous à Venise il s’agit d’un peintre -en fait un faussaire- Fabio Valenzin. Mr Gabetti le connaissait tout particulièrement Fabio ainsi que sa fille Chiara dont Alejandro fera la connaissance, Elle-même restauratrice de tableaux, et qui aime tout particulièrement avec un certain fanatisme, le maître Le Tintoret.

Alejandro se rend compte que Gilberto Gabetti se complait à l’humilier dans son activité d’historien de l’Art. Il y aura un « duel » entre-eux quant à la signification que le J.H. reconnait au tableau de la Tempête ; tableau insaisissable et mystérieux qui a toujours opposer les interprétations.

« comprendre l’art, c’est tout autre chose, souligna-t-il en pesant sur le mot ; seuls quelques élus en sont capables. Les érudits considèrent l’œuvre d’art comme un objet inerte qu’il faut étudier, analyser et évaluer, mais la peinture, la peinture digne de ce nom n’admet pas cette approche de taxidermiste ; c’est n être vivant, devant lequel on ne peut se conduire en simple critique, et qui a besoin de compréhension. Or, comprendre, c’est accepter sans réserve, en ne se fiant presque qu’à son intuition, avec la plus arrêtée des résolutions et la conviction la plus ferme. Comprendre est un acte de foi, voilà pourquoi l’approche de l’art est apparentée à la ferveur religieuse. »

Chiara est amicale avec Alejandro, lui s’attache à elle qui lui confie avoir aimé Fabio, travaillé avec lui et avoir des regrets de ne pas avoir pu le guérir de son activité de faussaire.
Alejandro malgré sa lucidité sur Chiara tombe amoureux.

"Je l'admirais malgré son fardeau de médiocrité et son début de folie ou de fanatisme qui la poussait à s'immoler pour une ville qui ne connaîtrait jamais son dévouement. Je commençais à accorder à l'expérience de l'amour la primauté sur l'idée de l'amour."

Alejandro devra faire face à des personnages inquiétants, à l’attitude de Chiara, Gabetti, Dina, bref à tous ceux qu’il rencontrera ; sous l’emprise  trouble de Venise. Une ville qui le contamine ; il vole la valise de la victime car il pense que là se trouve le pourquoi du meurtre. Le bagage restera très longtemps inviolable. Alejandro n'emportera de Venise que le souvenir de Chiara.

"Bien des visages s'éloignent et se précipitent dans la fosse commune de l'oubli, mais pas celui de Chiara. Parfois quand je me débarbouille et me trouve vis-à-vis de moi-même devant le miroir de la salle de bains, je me demande ce que je serais devenu sans cette consolation et cette condamnation."


---------------------------

L’auteur paraît connaître cet art qu’est la peinture, c’est la maîtrise de son écriture qui me conduit à le penser.
Note : le peintre Giorgione est lui aussi mystérieux, voir sa biographie https://fr.wikipedia.org/wiki/Giorgione

La Venise décrite ici n’invite pas à la visite :
l’ambiance est lugubre, miasmatique tout au long du récit et certains personnages rencontrés ajoutent à la méfiance, au malaise.
Même l’église La Madonna dell’Orto et l’Accademia ne sont épargnées par ce ressenti
La déchéance de la minoterie Stucky et l’île de Torcello abandonnée par ses habitants.

L’auteur a donc installé Venise dans ce dramatique décor.

Faites la connaissance de cet auteur, pour ma part je vais renouveler ma rencontre.
.

\Mots-clés : #peinture #polar
par Bédoulène
le Mar 19 Déc - 10:23
 
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Georges Simenon

Le Charretier de la Providence

Tag polar sur Des Choses à lire Le_cha10

Cette enquête constitue une plongée dans le passé (1930), un monde presque disparu, que Simenon connaissait mieux que Maigret : celui des mariniers, avec son vocabulaire.
« Et Maigret apprenait qu’un chaudron est un remorqueur, qu’un panama est un bateau qui n’a ni moteur ni chevaux à bord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, ce qui constitue de la navigation au long jour. »

J’ai eu dès le second chapitre l’impression de reconnaître l’histoire, déjà lu ou téléfilm ; et surtout ce monde, que j'ai eu la chance d'un peu approcher dans la réalité. J’ai été étonné de découvrir que cet univers paisible était également marqué par la hâte, dans la course aux écluses.
« Le commissaire s’épongea en entrevoyant enfin un semblant de but. Il avait le souffle court et chaud. Il venait de parcourir cinquante kilomètres sans même boire un verre de bière. »

On voit que dans ce roman Maigret donne de sa personne, et que sa consommation d'alcool est limitée.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Lun 18 Déc - 9:56
 
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Laurent Binet

Perspective(s)

Tag polar sur Des Choses à lire Perspe10

« Or, et c’est là tout ce que vous devez savoir : l’histoire se déroule à Florence, au temps de la onzième et dernière guerre d’Italie. »

(Préface)
Et c’est une époque et une contrée où s’affrontent l’Espagne et le pape épris de morale inquisitoriale, antiprotestante et opposée à la France, d’autres régions de ce qui sera l’Italie, dont le duché de Ferrare, les républicains et les artisans en quête de reconnaissance ; dans l’esprit du censeur Savonarole, les nus sont dorénavant mal acceptés dans les arts plastiques et graphiques, où le baroque oublie la perspective.
Le peintre Pontormo est tué devant les fresques de San Lorenzo auxquelles il travaille depuis onze ans, et on découvre chez lui un tableau de Vénus et Cupidon tiré d’un dessin de Michel-Ange (qui, fort âgé, travaille à Saint-Pierre de Rome), dont la tête féminine a été remplacée par celle de Maria de Médicis, fille du duc de Florence (et nièce de Catherine de Médicis, reine de France). De plus, la tête de Noé a été retouchée dans la scène du Déluge de Pontormo.
Polar historique épistolaire, ce roman est assez rocambolesque et irrévérencieux ; je me demande quelle part de vérité historique peut être reconnue aux portraits à charge de Vasari et Cellini, par exemple.

\Mots-clés : #correspondances #historique #peinture #polar
par Tristram
le Jeu 23 Nov - 16:06
 
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Craig Johnson

Dark Horse

Tag polar sur Des Choses à lire 0602-c10

Absalom est un petit bled peu accueillant, et son nom évoque tant Faulkner que la Bible.
« Absalom était le fils du roi David – le fils maudit, celui qui s’est retourné contre lui. »

À propos, un dark horse est un outsider, mais aussi « une personne qui se dévoile très peu ; en particulier, qui a des capacités ou des talents inattendus », nous apprend la traductrice. À la fin du livre, Johnson explique que c’est aussi un étalon que son propriétaire faisait passer pour « un cheval de bât ordinaire », afin de gagner les paris de courses.
Le shérif Walt Longmire enquête à Absalom en « mission sous couverture » parce qu’il a un doute quant à la culpabilité de Mary Barsad, qui vient d’avouer avoir tué son mari. Polar bien mené (suspense, action), qui se passe dans un milieu rural, et même désertique, où Longmire revoit le ranch de son enfance. À souligner une présence attachante du chien et des chevaux (@Silveradow).
Pour ce qui est de lire les romans à la suite, et avec ou sans écart de temps, je n’avais plus en tête les personnages proches de Longmire, ce qui est un peu dommage, mais le livre se lit de façon autonome.
« Je pensai à la manière dont nous labourions et cultivions la terre, dont nous y plantions des arbres, l’enfermions avec des clôtures, y construisions des maisons et faisions tout notre possible pour repousser l’éternité de la distance – tout pour donner au paysage une espèce d’échelle humaine. Mais peu importait ce que nous faisions pour essayer de façonner l’Ouest, c’était l’Ouest qui nous façonnait inévitablement. »


\Mots-clés : #amérindiens #nature #polar #ruralité
par Tristram
le Jeu 2 Nov - 16:34
 
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Valerio Varesi

La Main de Dieu

Tag polar sur Des Choses à lire La_mai10

Suivant la piste d’un cadavre, Soneri remonte la Parma vers les Apennins et s’installe dans un village de montagne « mutique et hostile », tant pour les besoins de l’enquête qu’à cause des conditions climatiques (on est en janvier, et la météo est prépondérante dans sa perception, entre redoux dû au sirocco et recrudescence du froid avec enneigement). Là tout est en voie d’abandon et de ruine dans une petite société en microcosme de la nôtre, avec une bande de chasseurs brutaux, le curé communiste révolté par l’époque, les Faunes, idéalistes qui vivent dans les bergeries des hauteurs, le garde forestier qui soigne la forêt pour le futur, de vieux sentiers de partisans et de vendeurs ambulants par lesquels des Marocains acheminent de la drogue, un destructeur projet de piste de ski, et surtout la forêt, notamment les hêtraies.
« C’est quoi un petit bout de vie comparé à cette forêt éternelle ? Nous manquons du sens des limites, à notre époque. Si vous l’avez, vous pensez à plus grand que vous. Si vous ne l’avez pas, vous restez un enfant qui veut tout. »

« On marche beaucoup, c’est le meilleur moyen de connaître les lieux. Il n’y a qu’en marchant qu’on les habite vraiment. »

Ce roman m’a ramentu un de ceux de Fred Vargas (peut-être Temps glaciaires). J’ai plusieurs fois constaté des tournures de phrases obscures (peut-être dues à la traduction). Et j’ai apprécié l’atmosphère de malaise en partie métaphysique (mais aussi politique et sociétal).

\Mots-clés : #actualité #huisclos #nature #polar #ruralité #xxesiecle
par Tristram
le Jeu 19 Oct - 18:19
 
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Carlo Emilio Gadda

L'Affreuse Embrouille de via Merulana

Tag polar sur Des Choses à lire L_affr10

Incipit :
« Tous l’appelaient désormais don Ciccio. C’était le dottor Francesco Ingravallo détaché à la garde mobile [… »

Ingravallo est molisan (du territoire du Molise, en Italie du sud), et enquête (avec son supérieur le dottor Fumi, mais aussi les agents l’Grand-Blond et l’Chippeur, et ensuite le brigadier Pestalozzi, à motocyclette) à Rome sur le vol à main armée subi par madame Menegazzi chez elle, deux cent dix-neuf via Merulana, puis sur le meurtre de sa voisine, madame Liliana Balducci, qui lui succède de peu.
Ingravallo est d’entrée convaincu de la complexité des causes :
« Il soutenait, entre autres choses, que les catastrophes inopinées ne sont jamais la conséquence ou l’effet, si l’on préfère, d’un motif unique, d’une cause au singulier : mais elles sont comme un tourbillon, un point de dépression cyclonique dans la conscience du monde, vers lequel ont conspiré toute une multiplicité de mobiles convergents. Il disait aussi nœud ou enchevêtrement, ou grabuge, ou gnommero, embrouille, qui en dialecte veut dire pelote. Mais le terme juridique « les mobiles, le mobile » s’échappait de préférence de sa bouche : presque contre son gré, semblait-il. »

C’est d’abord le personnage de Liliana, très croyante et fort déçue de ne pas avoir d’enfant, qui est approfondi, avec de longues considérations psychologiques et de genre, déjà amorcées avec madame Menegazzi :
« La longue attente de l’agression à domicile, pensa Ingravallo, était devenue une contrainte : non tant pour elle et ses actes et pensées, de victime déjà hypothéquée, que de contrainte pour le destin, pour le « champ de forces » du destin. »

Giuliano Valdarena, jeune séducteur cousin de Liliana, qui découvrit le corps, est d’abord suspect. Toutes les formes de parenté (consanguinité par cognation, agnation) sont décortiquées. Plus généralement, le roman est très ancré dans l’Italie, son histoire, la mythologie romaine, ses arts (l’iconographie, la littérature) et surtout son peuple.
Mais l’enquête est secondaire, la prose descriptive (et digressive) primordiale. Grandes scènes : parmi les bijoux volés, une topaze ; les gros orteils de Pierre et Paul ; les poules (chez Zamira ou au passage du train). C’est un délire d’embrouillaminis à tous les niveaux, mais soigneusement ourdi, fouillé, approfondi, passant de la physiognomonie aux rappels de Kant et de la « capillotomie dialectique » dans un acharnement des baroque et grotesque.
« À Marino, y avait aut’chose que st’ambroisie ! à la cave de don Pippo y avait l’un blanc assez méchant : un p’tit filou d’quatr’ans, dans quéqu’ bouteilles, que cinq ans plus tôt l’aurait pu l’électriser le ministère Facta [« chef du gouvernement en 1922, au moment de la Marche sur Rome, incapable de la contenir ; en réalité collaborationniste, deux ans plus tard, en 1924, il fut nommé sénateur à vie par Mussolini. »], si le Facta factorum eût été en mesure d’en soupçonner l’existence. Il faisait l’effet du café, sur ses nerfs molisans : et lui offrait par ailleurs tout le bouquet et toutes les nuances d’un vin de classe : les témoignages et les constatations modulées linguatico-palato-pharyngo-œsophagiques d’une introduction dionysiaque. Avec l’un ou deux de sté verres dans l’gosier, va savoir. »

« Et joignant en tulipe les cinq doigts de sa main droite, il fit osciller cette fleur dans l’hypotypose digito-interrogative si en usage chez les Apuliens [de la région des Pouilles]. »

« …] la mort apparut, à don Ciccio, une décomposition extrême des possibles, un détraquement d’idées interdépendantes, harmonisées jadis en la personne. Comme la dissolution d’une unité qui n’arrive plus à être et à œuvrer en tant que telle, dans la chute soudaine de ses rapports, de tout rapport avec la réalité organisatrice. »

« Il s’efforça de rassembler les évidences, si disjointes : de rapprocher les moments, les moments épuisés de l’enchaînement, du temps déchiré, mort. »

« Ce furent des allusions (et mieux que des allusions) « de caractère intime » lâchées par Balducci : en partie spontanément, comme en glissant, le chasseur-voyageur s’abandonnant à cette logorrhée spéciale à laquelle s’adonnent vaincues certaines âmes en peine, ou vaguement repenties sans doute de leurs écarts, dès que survient la phase de radoucissement, comme les bleus surviennent habituellement après les coups : par cicatrisation post-traumatique : alors qu’elles sentent, entre-temps, que le pardon les atteint, et du Christ et des hommes : en partie extraites de sa bouche, au contraire, avec la plus suave des ficelles par des argumentations courtoises, par une péroraison passionnée, par de vivaces clignements d’yeux, par une maïeutique irrésistible et par le charitable alanguissement du pavot et de l’héroïne venant tant du parler que du geste napolitains, du Golfe et du Vòmero : avec une action flatteuse en même temps que persuasive, tatràc ! d’arracheur de dents du genre aimable. »

« Elle savait inculquer, monnayant une honnête récompense, un quantum c’est-à-dire un tantinet d’énergie cinétique aux indécis, aux incertains : les conforter dans la pratique, les fortifier dans l’action. Avec dix lires, on achetait son médicament pour la faculté de vouloir. Avec dix lires supplémentaires, celle de pouvoir. Elle dékierkegaardisait les petits voyous de province en les canalisant pour qu’ils aillent « travailler » en ville, l’Urbe, après leur avoir détergé l’âme des dernières perplexités : ou des derniers scrupules. Elle indiquait le chemin aux audacieux, en leur montrant que les faibles créatures du sexe n’attendaient pas mieux, en ces années-là, que de s’appuyer sur quelqu’un, s’accrocher à quelque chose, qui fût apte à partager avec elles un orgasme sans mémoire, la douce peine de la vie : elle les catéchisait à la protection de la jeune fille, en concurrence avec l’association homonyme. Et les catéchumènes la tenaient pour leur institutrice, tout en la qualifiant entre un verre et l’autre de salope, quand ils pensaient qu’elle n’entendait pas, bien entendu, et de vieille savate et sorcière : étant donné la légèreté du siècle et leur grossièreté personnelle : et peut-être même la qualifiaient-ils de grosse cochonne, une Zamira Pàcori ! et de vieille maquerelle, tiens donc, une couturière comme elle ! une magicienne orientale avec diplôme de première classe ! Belle reconnaissance. Et qu’ils s’avaient mêm’ l’sacré culot d’en dire que les Deux-Saints… l’étaient… ‘ne paire de « j’sais pas si tu vois », accompagnant l’assertion d’une manucaptation-prolation impudente de la paire elle-même, quoique enveloppée dans l’« cheval », dans l’entrejambe : impudente, oh que si, mais assez fréquente, alors, dans les usages du peuple. Calomnies. Mauvaises langues. Pègre de paysans, qui la nuit va voler volailles. »

« La déception le réveilla d’un coup. Le temps dans lequel, dirions-nous, les rêves s’étendent a, au contraire, la rapidité diaphragmante d’un déclic de Leica, il se mesure en fulgurants tempuscules, en infinitésimaux du quatrième degré sur le temps orbital de la Terre, dit communément solaire, temps de César et de Grégoire. »

« Il essayait, il essayait de faire le bilan en raisonnant : de tirer les fils, pourrait-on dire, de l’inerte marionnette du probable. »

L’action se passe en 1927, et Gadda conspue régulièrement les fascistes, surtout Mussolini (et Hitler), ce qui n’est pas forcément manifeste dans une lecture superficielle.
J’ai déjà lu L’Affreux Pastis de la rue des Merles, traduction de Louis Bonalumi du même livre, mais il y a trop longtemps pour pouvoir comparer avec la présente traduction de Manganaro ; en tout cas j’ai retrouvé la même jubilation dans le rendu populaire, et plus généralement dans le bouillonnement stylistique, quelque chose entre Rabelais, Joyce et Céline.

\Mots-clés : #écriture #polar
par Tristram
le Dim 15 Oct - 16:13
 
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Sujet: Carlo Emilio Gadda
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