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133 résultats trouvés pour regimeautoritaire

Ossip Mandelstam

Arménie
Voyage en Arménie & poèmes

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire Armzon10

Lu dans l'édition La Barque parue en 2015, qui réunit à la fois "voyage..." et les poèmes afférents à l'Arménie.
Il reste tentant de lire "voyage..." dans la traduction d'André du Bouchet, ce sera sans aucun doute pour une autre fois.


Voyage entrepris comme une bouffée d'air chipée à nuit totalitaire du Kremlin.
Mandelstam, sentant sa fin proche, est-il déjà le condamné qui couchera les seize vers de l'Épigramme contre Staline ?
La thèse se tient, Mandelstam, en passeur, tente en effet de transmettre quelques bribes d'une Arménie millénaire ou éternelle, une Arménie culturelle, dirait-on aujoud'hui, aussi irrémédiablement vouée à destruction par rouleau compresseur soviétique que ne le fut le peuple arménien de Turquie, victime du génocide que l'on sait quelques années auparavant, incluant aussi la Géorgie (terre natale de Staline, soit mentionné en passant), l'évocation des Kurdes (chapitre Alaguez).

L'Arménie ?
C'est l'exotisme extrême, les confins au midi de l'Empire, une culture, un héritage et une langue non russes.
Mandelstam dévie de son propos, en coq-à-l'âne, pour nous confier quelques admirables pages dans ce curieux fourre-tout, chapitres "Moscou", "Les naturalistes", "Les français"...

Le poésie n'est pas sans sourdre de ces pages, témoin les deux premières phrases de l'extrait ci-dessous, quant aux termes utilisés pour eau et village, ils ont marqué André du Bouchet, dans le recueil "Ici en deux", peut-être en bafouillerai-je trois mots sur son fil un de ces jours:

Chapitre Sevan a écrit:Tout autour frisaient des copeaux. Le sel rongeait la terre, et les écailles de poisson clignaient de l'œil comme des éclats de quartz.
À la cantine de la cooprétavie, toute en rondins comme partout à Noradouz, et dans un style allemand cher à Pierre le Grand, on mangeait côte à côte d'épais chachlyks de moutons élevés en artel.
  Les ouvriers remarquèrent que nous n'avions pas de vin et, comme il sied à de vrais hôtes, ils remplirent nos verres.
  Je bus en mon for intérieur à la santé de la jeune Arménie, à ses maisons de pierre orange, à ses commissaires du peuple aux dents blanches, à la sueur de ses chevaux, au piétinement des files d'attente et à cette langue que nous ne sommes pas dignes de parler, tenus de rester à l'écart dans notre infirmité.
  Eau en arménien se dit: djour.
  Village: gyouk.


Mots-clés : #lieu #poésie #regimeautoritaire #voyage
par Aventin
le Ven 4 Sep - 13:29
 
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Sujet: Ossip Mandelstam
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MA Jian

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire 51xlrc10


LA ROUTE SOMBRE


Effectivement, on peut dire ça...sombre, très sombre, même carrément noire....âmes sensibles et femmes enceintes ou projetant de le devenir, s'abstenir !

Quatrième de couverture : "Jeune paysanne née au coeur de la Chine rurale, Meili est mariée à Kongzi, l’instituteur du village, lointain descendant de Confucius. Ensemble, ils ont une fille, mais Kongzi, qui veut à tout prix un fils pour poursuivre la lignée de sa célèbre famille, met à nouveau Meili enceinte, sans attendre la permission légale. Lorsque les agents de contrôle des naissances envahissent le village pour arrêter ceux qui ont transgressé les règles, père, mère et fille fuient vers le fleuve Yangtze. Ils commencent alors une longue cavale vers le Sud, à travers les paysages dévastés de la Chine, trouvant de menus travaux au passage, parfois réduits à mendier et obligés de se cacher des forces de l’ordre. Alors que le corps de Meili continue d’être pris d’assaut par son mari et que l’État cherche à le contrôler, elle se bat pour reprendre en main sa vie et celle de l’enfant à naître.
Avec La route sombre, Ma Jian, célèbre dissident chinois, signe un roman bouleversant où la violence du contrôle social vous saisit de plein fouet."


Je dois dire que j'ai lu ce roman, excellent, très bien écrit et construit, ne sombrant jamais dans le pathos..un peu comme des faits cliniques analysés....absolument abasourdie par les malheureuses aventures qui arrivent à ce jeune couple et par le tableau de cette Chine... que je n'imaginais même pas...pas à ce point en tout cas.....on est bien loin de Pearl Buck !.

La politique de l'enfant unique mise en place par le gouvernement chinois en 1979 a eu des conséquences dramatiques....stérilisation forcée, avortement jusqu'à 8 mois, commerce des foetus qui finissent dans des restaurants et qui sont censés apporter santé, vigueur et force....tout ce petit monde, hormis les principales intéressées, évidemment, qui se gave....une corruption générale et organisée :

"Les autorités du village ne se contentent plus d'arrêter ceux qui ont enfreint les lois du planning familial [...] Ils confisquent l'argent qu'ils ont sur eux, vident leurs comptes en banque - et tout cela va remplir les poches des dirigeants du district."


Le mari de Meili, notre héroïne, Kongzi, descendant lointain de la lignée de Confucius...

"ces salauds de communistes ont réussi à détruire l'héritage de Confucius : la bienveillance, la droiture, la propriété, la sagesse - toutes les valeurs qu'il mettait en avant ont disparu. Quand la femelle d'un panda attend un petit, la nation entière se réjouit. Mais quand une femme tombe enceinte, on la traite comme une criminelle. Dans quel pays sommes nous donc ?"

Meili, admirable de courage, de détermination, ne cesse de lutter pour assurer sa survie, celle de sa famille... cache sa nouvelle grossesse ( interdite) tant qu'elle le peut....se bat et se débat comme un beau diable pour progresser socialement...ce qui est son but ultime...

"Elle a découvert que les femmes ne sont pas maîtresses de leur propre corps, dont leurs maris et l'état se disputent la possession: les maris pour satisfaire leurs besoins sexuels et engendrer des héritiers mâles - et l'Etat pour affermir son pouvoir et faire régner la terreur, en les contrôlant sans arrêt. Ces intrusions constantes dans les régions les plus intimes de son corps l'ont coupée de son identité profonde......"Mieux vaudrait encore être morte, pense t- elle..."

A ceci s'ajoutent les dégâts écologiques causés par les usines, le recyclage des matériels électroniques récupérés de toute l'Europe....etc....

Un roman glaçant.... faut s'accrocher ! Hallucinant !

Je comprends que l'auteur vive désormais à Londres et soit indésirable en Chine No


\nMots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par simla
le Lun 3 Aoû - 2:46
 
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Sujet: MA Jian
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Vénus Khoury-Ghata

Les derniers jours de Mandelstam

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Paru en 2016, 120 pages environ.

Plutôt qu'une bio narrative de la fin d'Ossip Mandelstam, avec ce côté source et références et tâcheron du "travail universitaire", Vénus Khoury-Ghata reste poétesse qui parle d'un poète, nul lecteur ne s'en plaindra je crois.

Âpre dans son écriture, ciselant froid, avec cette étrange façon, déjà observée dans d'autres de ses œuvres, de ressasser, ou de remettre à nouveau un point déjà abordé plus tôt dans son ouvrage, une redite en somme, le truc qu'aucun éditeur n'accepterait, le machin à éviter absolument dans les bons conseils à écrivain:
Eh bien, qu'on se le dise: il y a, à la règle, l'exception Vénus Khoury-Ghata.

Par exemple quand elle prend appui sur, puis utilise en leitmotiv ces deux vers de la première version du poème de Mandelstam sur Staline:
On n'entend que le montagnard du Kremlin,
L'assassin et le mangeur d'hommes.

 
D'autant qu'elle remet tel ou tel point (celui ci-dessus et bien d'autres encore) avec un ajout, parfois très ténu, une manière "l'air de rien"...
Et puis, comme un couplet de refrain dans une chanson, on y est appâté, on démarre comme lors d'une reprise en chœur...avec quel autre auteur un tel procédé pourrait-il fonctionner en prose, je me demande ?  

Bien entendu je n'ai pas évité l'écueil prévisible, qui est que ce livre oriente vers de nouveaux livres dont on se fait une joie de les classer parmi les "à lire absolument, bientôt" (PAL en langage du forum):

- En premier lieu l'intégralité de la poésie de Mandelstam bien entendu, en dépit de mon extrême réticence à lire de la poésie traduite en provenance d'une langue qui m'est totalement inconnue.

- Ensuite Le ciel brûle, de Marina Tsvetaïeva (quelqu'un aurait lu ?), et Contre tout espoir, Souvenirs (trois tomes) de Nadedja Mandelstam (idem, quelqu'un aurait lu ?), les poésies de Nikolaï Stepanovitch Goumilev (réitérons: quelqu'un aurait...).

- Bien sûr l'ouvrage de Vénus Khoury-Ghata paru en 2019 sur Marina Tsvetaïeva...

A contrario, subitement, une moindre envie de parcourir à nouveau des pages de Gorki, Boukharine, Pasternak (encore que ce dernier, bien que flageolant sur le chapitre courage, n'a pas été sans aider le couple Mandelstam)...  


On apprend tout de même pas mal de choses sur Mandelstam, sa folie, sa misère, sa fin horrible dans l'univers concentrationnaire stalinien, l'opiniâtreté de Nadedja pour que la poésie de Mandelstam nous parvienne - tard il est vrai, dans les années 1960 et elle s'est imposée très doucement, petit à petit.

Ces éléments-là, pas forcément tous à portée de clic sur moteur de recherches, sont à l'évidence de l'ordre de la bio classique.
Mais en sus, Vénus Khoury-Ghata, la plume acérée, concise et poignante, nous livre un ouvrage plein, fin et sensible - faisons rapide: de grande qualité.

Enfin, il est bon qu'un autre poète (Jean-Paul Michel) me le martèle pour que j'opine quand je n'y crois plus, mais si vous prenez pour une boutade le fait que la poésie a le pouvoir de changer le monde (quoique rarement en temps réel, c'est-à-dire dans l'immédiateté synchrone à l'époque d'écriture), jetez donc un coup d'œil à ces pages-là...  


Mandelstam est le seul à entendre sa voix déclamer ses poèmes à ses voisins, des déportés comme lui.

  La poésie, dernier souci de la horde de prisonniers, susceptibles d'être fusillés d'un jour à l'autre.
  Ils veulent du pain, pas des mots.
  Ils sont en colère, les moins malades brandissent des poings vengeurs.
  Leurs hurlements n'empêchent pas le poète de poursuivre sa lecture.
  Sa voix, il en est certain, finira par couvrir leur vacarme.
  En plus du pain, ils réclament une soupe moins diluée et exigent d'être traités en êtres humains.
  Entassés depuis des mois dans le camp de transit situé à un jet de pierres de Vladivostok sans voir le ciel.

  Sans voir le bout du tunnel, sans savoir la date de départ pour la Sibérie, devenue lieu de villégiature comparée à l'enfer du camp.
  Pas de train pour les transporter en Sibérie, leur dit-on.
  Les rumeurs dans le chaos tiennent lieu de décret.
  Venus de toutes les villes du pays, les wagons déversent sur les quais à déporter ou à fusiller puis repartent à la recherche d'autres suspects, d'autres dissidents à déporter ou à fusiller.

  Comment fait-on le tri ?
  Qui décide d'écourter ou de prolonger une vie ?
  "Écrémer le pays le débarrasser de tous ceux qui pensent autrement que le régime en place" est le mot d'ordre.
  Un bruit de bottes scande le sommeil de Mandelstam alors que personne ne marche; le typhus a cloué ses voisins sur leurs planches.

  "Lève-toi, tu es interdit de séjour au camp. Interdit de mourir sans la permission de Staline".
  Une fausse impression, les mains qui le secouent, la bouche qui crie son nom.
  Peu importe à Mandelstam qu'il soit devenu fou, il sait qu'il est poète et cela lui suffit.
  Il sait aussi qu'il est encore en vie, sinon il ne saurait pas que ses voisins de planches s'appellent Fédor, Piotr, Vlada ou Anton.
  Il connaît leurs noms mais n'arrive pas à coller un visage sur chacun de ces noms.
  Leurs noms, la bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour ne pas sombrer. Mourrait si jamais il les oubliait.    

 



Mots-clés : #biographie #devoirdememoire #exil #poésie #regimeautoritaire #violence #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil - 9:03
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Gabriel Garcia Marquez

L'automne du patriarche

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Le dernier puisque à l'évidence le cadavre découvert dans la maison du pouvoir, un véritable capharnaüm,  est bien celui du dictateur, sa défunte mère Bendicion Alvarado pourrait en témoigner, elle la canonisée laïque ! Le corps en habit de général, son physique : des pieds de pachiderme et son appareil génital que défigure une vilaine hernie ! Il n'a pas survécu à ses précédentes morts !

"pourtant quand les rumeurs de sa mort semblaient les plus sûres on le voyait paraître plus vivant et plus autoritaire que jamais au moment le plus imprévu pour imposer d’autres caps imprévisibles à notre destin. Il aurait été facile de se laisser convaincre par les indices immédiats du sceau présidentiel ou la dimension surnaturelle de ses pieds de marcheur increvable ou l’évidence insolite de cette roupette volumineuse que les charognards n’avaient pas osé picorer, mais quelqu’un gardait toujours le souvenir d’autres indices semblables chez d’autres morts moins importants du passé. "

Le Général président qui n'a pas d'âge défini mais que l'on peut situer entre 107 et 232 ans a exercé de nombreuses années  son pouvoir tyrannique.

Tout les ingrédients sont là, arrestations arbitraires, tortures, tueries de masses,  l'enrichissement ( l'argent et les propriétés du général), sa paranoïa, ses superstitions, sa sexualité.

S'y mêlent l'ingérence et la spoliation d'autres pays, notamment la capture de "la mer" cette mer qu'il aimait observé de sa fenêtre. La décrépitude de la vieillesse surgit au long du récit, de la perte des souvenirs à la perte de la vie.


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[center]-----------------

Tout ce que je pourrais dire ne serait que faiblesse devant une telle écriture, une telle imagination ; car ce n'est que de la fiction, une satire  non ? ......................quoi que !

La longueur XXL des phrases  ajoute à la fantaisie, à la bizarrerie de cette  écriture débridée, ensorcelante, poétique.

(je ne sais si c'est habituel  le changement de personne, sautant impromptûment du je au il ou se nommant général)

Ce n'est que ma première intrusion dans l'oeuvre de l'auteur ; je laisse donc parler les extraits

" il était minuit et le général Rodrigo de Aguilar n’arrivait toujours pas, quelqu’un tenta de se lever, avec votre permission, dit-il, il le pétrifia d’un regard mortel qui signifiait que personne ne bouge, que personne ne respire, que personne ne vive sans ma permission jusqu’au douzième coup de minuit où les rideaux s’ouvrirent et où l’illustre général de division Rodrigo de Aguilar fit son entrée sur un plat d’argent, étendu de tout son long sur une garniture de choux-fleurs et de laurier, macéré dans les épices, doré au four, accommodé avec son uniforme à cinq amandes d’or des grandes occasions et les ganses du courage illimité sur la manche retroussée de son bras de manchot, sept kilos de médailles sur la poitrine et un brin de persil dans la bouche, prêt à être servi à ce banquet de camarades par les équarisseurs officiels devant nous tous les invités pétrifiés d’horreur qui assistâmes le souffle coupé à l’exquise cérémonie du découpage et de la distribution, puis quand il y eut dans chaque assiette une part de ministre de la Défense farci aux pignons et aux herbes, il donna l’ordre de commencer, bon appétit messieurs !"

"... il nous promit de reconstruire une réplique exacte du panthéon des hommes illustres dont les décombres calcinés sont restés tels jusqu’à nos jours, il ne fit rien pour dissimuler le terrible exorcisme du mauvais rêve mais profita de l’occasion pour liquider l’appareil législatif et judiciaire de la vieille république, écrasa d’honneurs et de fortune les sénateurs les députés les magistrats dont il n’avait plus besoin désormais pour sauver la façade comme au début de son régime, il les exila dans des ambassades heureuses et lointaines ne gardant pour toute suite que l’ombre solitaire de l’Indien à la machette qui ne l’abandonnait jamais, goûtait sa nourriture et son eau, maintenait les distances, surveillait la porte tandis que lui restait chez moi alimentant la rumeur qu’il était mon amant secret alors qu’en réalité il me rendait visite deux fois par mois pour consulter les tarots durant ces nombreuses années où il se croyait encore mortel, avait la vertu du doute, savait se tromper et accordait plus de confiance aux cartes qu’à son instinct primitif, arrivait toujours aussi effrayé et vieux que la première fois où il s’était assis devant moi et sans dire un mot m’avait tendu ces mains aux paumes lisses et tendues comme un ventre de crapaud telles que je n’en avais jamais vu et ne devais jamais en revoir au cours de ma longue vie de liseuse de destins étrangers, il les avait posées en même temps sur la table comme deux suppliques muettes de condamné, il me parut alors si anxieux et désabusé que je fus moins impressionnée par ces paumes arides que par sa mélancolie sans soulagement, la débilité de ses lèvres, son pauvre cœur de vieillard rongé par l’incertitude et dont le destin non seulement nous échappait dans les lignes de ses mains mais dans toutes les sources de consultation dont nous disposions, car dès qu’il les coupait les cartes devenaient des puits troubles, le marc de café s’embrouillait au fond de la tasse où il avait bu, les clefs de tout ce qui avait quelque chose à voir avec son avenir, son bonheur et la réussite de ses actions s’évanouissaient pour devenir limpides dès qu’il s’agissait par contre du destin des gens qu’il fréquentait de près ou de loin, nous vîmes donc sa mère Bendicion Alvarado en train de peindre des oiseaux........................

"elle s’était agrippée à pleines mains à mes cheveux pour ne pas mourir seule dans le vertige abyssal où je me mourais sollicité à la fois et avec la même violence par toutes les urgences du corps, et cependant il l’oublia, il resta seul dans les ténèbres à se chercher lui-même dans l’eau saumâtre de ses larmes général, dans le fil paisible de sa bave de bœuf, général, dans l’étonnement de son étonnement de madre mía Bendicion Alvarado comment ai je pu vivre tant d’années sans connaître ce doux supplice, pleurait-il, étourdi par les désirs de ses reins, le chapelet de pétards de ses tripes, le déchirement mortel du tendre entacule qui lui arracha les entrailles et le transforma en bête égorgée dont les bonds d’agonie éclaboussaient les draps neigeux d’une matière chaude et acide qui corrompit dans sa mémoire l’air de verre liquide de cette soirée de pluie radieuse de la moustiquaire, car c’était de la merde, général, et cette merde-là c’était la vôtre"
Mots-clés : #regimeautoritaire #satirique
par Bédoulène
le Dim 10 Mai - 14:34
 
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Sujet: Gabriel Garcia Marquez
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Evguenia Guinzbourg

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Le vertige Tome 1

« L’année 1937 commença, en vérité, à la fin de 1934, très exactement le 1er décembre 1934.
À 4 heures du matin, le téléphone sonna. Mon mari, Pavel Vasilevitchi Axionov, membre du Secrétariat du Comité régional du parti de Tatarie, était en mission. De la pièce à côté me parvenait la respiration régulière des enfants qui dormaient.
— Rendez-vous à 6 heures au Comité régional, bureau 38 !
C’est à moi, membre du parti, qu’on l’ordonnait »


Evguénia (Jénia) est accusé de ne pas avoir dénoncé le Trostkyste Elvov avec qui elle travaillait et qui a été arrêté. Ce dernier la prévient « vous ne comprenez pas les évènements qui viennent pour vous ce sera très difficile ». Ce le fut.

« — Mais il avait toute la confiance du Comité régional. Les communistes l’avaient élu membre du Comité urbain.
— Vous deviez signaler que l’on commettait une erreur. C’est bien pour cela que vous avez reçu une éducation supérieure et un titre académique.
— Mais a-t-on dès à présent prouvé qu’il était trotskyste ?
Cette naïveté provoqua une explosion de sainte indignation.
— Il a été arrêté, oui ou non ? Pensez-vous peut-être qu’on arrête sans disposer de faits précis ? »


Arrestation, procès où les accusés doivent se repentir de ce dont on les accuse, c’est-à-dire tout et n’importe quoi puisque la réalité est la fausseté des accusations.

« se frappant la poitrine, les coupables criaient bien haut qu’ils avaient fait preuve de myopie politique, qu’ils avaient manqué de vigilance, qu’ils s’étaient montrés conciliants à l’égard d’individus douteux, qu’ils avaient porté de l’eau au moulin du coupable, qu’ils avaient fait preuve de libéralisme pourri. Ces formules, et bien d’autres du même genre, retentissaient sous les voûtes des édifices publics »

« Après chaque procès, les choses allaient plus mal. Bientôt se répandit la terrible accusation d’« ennemi du peuple ». Par une logique infernale, chaque région et République devait avoir son quota d’« ennemis » pour ne pas se montrer en retard sur la capitale ».

Sommée de rendre sa carte du parti communiste, qu’elle gardait précieusement, lui est retiré le droit d’enseigner et arrive l’année 1937 où elle est convoquée au « Lac Noir », se suivront l’internement dans plusieurs prisons, le procès : Evguenia ne s’est jamais repentie, elle fut condamnée à 10 ans ! En isolement pendant 3 ans à Laroslavl d’où elle fut envoyé à Kolyma.

Que ce soit en prison, à l’isolement, au cachot disciplinaire Evguenia récitait à haute voix quand s’était permis ou dans sa tête les poèmes d’Essénine, Maïakoski, Nekrassov…….la poèsie, la littérature la soutenaient.
Déjà avant leur départ en train portant mention « outillage spécial »(elles les incarcérées) Jénia et les autres détenues avaient pu avoir des nouvelles de l’extérieur, les bourreaux devenaient à leur tour victimes. Que d’ennemis du peuple , l’année 1937 en était fructueuse !!

Vous pouvez suivre le parcours de Jénia d’après les extraits qui suivent :

« Parfois le convoi, obéissant à je ne sais quel ordre supérieur, s’arrêtait des journées entières. Pas le moindre souffle d’air ne pénétrait dans notre fourgon, qu’envahissait en revanche une terrible puanteur. La porte était fermée hermétiquement. Nous avions l’ordre de nous taire, même lorsque le train était arrêté en pleine campagne. »
Camps de transit  de Vladivostok: « Carcérales »… Les affreuses bêtes qu’on appelle « carcérales »… Nous traînerons avec nous cette définition, comme un poids écrasant, pendant près de dix ans. Nous sommes les plus méchantes des méchantes, les plus criminelles des criminelles, les plus malheureuses des malheureuses ; le comble du mal. »

Avec un cynisme qui désarmait et qui n’étonnait plus personne, le médecin du camp faisait son « diagnostic » d’après la condamnation. Les travaux forcés les plus durs, qui exigeaient une santé de « première catégorie », étaient réservés aux « politiques.
« Bizarrement, ce nom de Kolyma qui terrorisait tout homme libre, non seulement ne nous effrayait pas, mais éveillait en nous une espérance.
— Si nous pouvions partir bientôt !
— À Kolyma, au moins, nous mangerons à notre faim.
— Le froid et le gel sont préférables à cet étouffement ! »


Sur le Djourma – le bateau qui emmène à Kolyma, embarque aussi les femmes du « milieu » :

« Ce n’étaient pas des garces banales, mais l’extrême du monde de la délinquance : des récidivistes, des homicides, des perverses, des maniaques sexuelles. Aujourd’hui encore je suis fermement convaincue qu’on ne devrait pas reléguer ce genre de femmes dans des prisons ou dans des camps, mais dans des hôpitaux psychiatriques. Lorsque je vis s’engouffrer dans la cale cette horde aux visages simiesques, ces corps à moitié nus et tatoués, je crus qu’on avait décidé de nous faire exterminer par des folles. »

Poème d’Essénine :
« Pas de chance, aujourd’hui,
Madame la mort ! Au revoir.
Jusqu’à la prochaine. »

A Magadan : Pour Jénia travail de « droit commun » à l’hôtel, puis au réfectoire, elle récupère. Elle a la chance de trouver des « aides », la répartitrice des travaux (contre un manteau), le cuisinier sourd, un médecin.

Arrive un convoi d’hommes : « « Il y a parmi nous un gars de chez vous, oui, de Kazan… C’est la fin. Il ne tiendra pas jusqu’à ce soir. Il a su qu’une femme de Kazan travaillait au réfectoire et il m’a envoyé demander du pain. Pouvez-vous lui en donner ? Avant de mourir, il voudrait au moins manger à sa faim. Il s’agit d’un de vos compatriotes. Vous qui êtes au réfectoire…
« — Tenez, fis-je en lui tendant ma ration. Et donnez-lui un salut de ma part. Attendez ! Comment s’appelle-t-il ?
— C’est le major Elchine. Il travaillait au N.K.V.D., à Kazan.
Je laissai tomber le morceau de pain. Le major Elchine !
Voilà le pain. Donnez-le lui… Attendez ! Dites-lui seulement qui le lui envoie. Rappelez-vous mon nom, et dites-le lui.


C’était l’enquêteur qui avait estimé « ses crimes » ! Le bourreau était à présent victime !

A l’abattage des arbres, départ vers Elguen !

« — Vous avez trois jours pour vous entraîner. Pendant ces trois jours, la nourriture vous sera distribuée sans tenir compte de la norme. Après, on vous la distribuera en proportion de votre travail. Vous mangerez autant que vous abattrez.
Pendant trois jours, Galia et moi, nous tentâmes l’impossible. Pauvres arbres ! Comme ils souffraient sous nos coups maladroits ! »

« À partir de ce jour, celles qui n’atteignaient pas la norme – c’était le cas de toutes les « politiques » tirées de prison, sans exception – furent, au retour du travail, conduites non plus dans les baraques, mais directement au cachot. Il est difficile de décrire ce cachot disciplinaire. C’était une petite baraque sans chauffage et qui ressemblait à des latrines publiques : il était absolument interdit d’en sortir et aucun seau n’y avait été installé. »

« Un jour de mai, alors que j’étais occupée à couper les nœuds d’un mélèze que nous venions d’abattre, je vis pour la première fois, près d’une souche fraîche, dans la vapeur de la glace qui fondait, un petit rameau de myrtilles conservé sous la neige, un vrai miracle de fragilité, une création parfaite de la nature. Il portait six baies d’un rouge presque noir, si délicates qu’on avait le cœur serré à les regarder. Comme tout ce qui est trop mûr, les baies tombaient au moindre contact. On ne pouvait les cueillir sans qu’elles fondissent entre les doigts. Mais en se couchant par terre, sur le ventre, on pouvait les manger directement à même la branche. Je les saisis de mes lèvres sèches et crevassées par le vent, et les pressai une à une entre ma langue et mon palais. Elles avaient une saveur indescriptible : celle d’un vin qui « bonifie en vieillissant ». La saveur acidulée des myrtilles ordinaires n’est en rien comparable à l’arôme enivrant de ces baies que les souffrances endurées pour surmonter l’hiver rendaient encore meilleures. Quelle découverte ! Je mangeai les fruits de deux branches, à moi toute seule. Et ce n’est que lorsque j’en découvris une troisième, que je redevins un être humain, capable de solidarité ; je criai, agitée :
— Galia ! Galia ! Jette ta hache et viens vite ! Regarde… J’ai rencontré « du raisin aux larmes d’or ».


« — On t’envoie à la maison d’enfance. Tu y seras infirmière, me dit d’un ton aimable le jeune soldat qui était venu nous chercher.
Je l’aurais embrassé.
Pendant le trajet, notre remorque se détacha du tracteur et tomba dans le canal qui, bien que nous fussions en juin, était gelé. Mais comment donner de l’importance à cet épisode ? Encore une fois, j’avais échappé à la mort. »


La suite dans le Tome II.

C’est une excellente lecture, nous découvrons le terrifiant régime stalinien, le destin de la personne accusée d’être un « ennemi du Peuple », des premiers instants où on s’interroge d’une convocation, puis où on commence à craindre, l’arrestation, le procès, la condamnation.

L’auteure en racontant son drame personnel montre également celui de ses compagnes de tout horizon, de toutes opinions politiques : des socialistes révolutionnaires, des communistes, des trotkystes ……
En fond la société dans les années 30 et le rappel des évènements internationaux (la guerre d’Espagne…)


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 28 Mar - 0:08
 
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Sujet: Evguenia Guinzbourg
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Vassili Axionov

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Paysages de papier

1973 à Moscou sous la présidence de Brejnev. Un jeune ingénieur Igor Vélocipèdov , nom ayant  200 ans d’existence donc bien avant l’invention du vélocipède, se plait-il à rappeler, travaille consciencieusement et efficacement au Secteur des Pistons du Laboratoire des Moteurs n° 14 du Ministère de l’Industrie Automobile de la RSFSR,  est contrarié du fait qu’il n’a reçu que des refus à ces demandes pour l’obtention :

- Un lotissement horticopotager
- Son voyage prévu dans la République de Bulgarie (invité par un collègue) est jugé inopportun, donc pas de passeport
- L’inspection autoroutière d’Etat de l’URSS l’informe qu’il n’y avait pas de possibilité de l’inclure sur la liste d’attente des postulants à l’achat d’une voiture de tourisme

Serait-il si insignifiant alors que d’autres se félicitent de leurs acquis ?
S’en étant ouvert à son amie Fenka, celle-ci lui suggère d’écrire une lettre fondamentale, mais à qui ?

- Le Parti est le maître  ( Le Parti est une main aux millions de doigts serrés en un poing martelant)

La première lettre l’ayant conduit devant Féliaïev (directeur de la division idéologique du comité de Frounzé, l’ inconscient Igor signe sur sa demande une lettre ouverte de critiques contre Soljénitsyne et Sakharov, ladite lettre paraissant à la revue « Parole d’honneur » vaudra à sa parution les foudres de Fenka et de ses amis (les violon jazzy)POUR le "renouveau démocratique de la Russie" ainsi que les reproches de Spartakus qui travaille avec lui.

— Curieux manque de discernement ! Que je tourne pute, il avale tout ce qu’on lui sert ! Ne pas savoir reconnaître ces crapules, ces authentiques bons à rien soviétiques ! Strange, very étrange…
- C’est donc que je suis bouché, c’est donc que je suis un petit-bourgeois, voilà pourquoi ma nana m’a chassé, je ne suis rien d’autre qu’une victime des usurpateurs de papiers, une fourmi dénuée de raison.


Igor est débordé par les convocations, Féliaïev lui demande de refaire ses demandes etc…  Instruit par les lectures que lui a prêtées sa voisine Agrippine, Igor écrit une seconde lettre au « Très honnoré Brejnev ». Dans laquelle il critique la détente internationale, la colonisation, l’hégémonie de Mao, la non restitution de leur île au Tatars de Crimée, réclame la liberté pour plusieurs prisonniers, de laisser la liberté de création à Sakharov et Soljénitsyne, le retrait de l’armée en Tchécoslovaquie, la presse, la psychiatrie forcée, élections truquées au Soviet Suprême d’URSS etc………………. Bref tout pour déplaire au Parti, au représentant du Peuple.

De plus, Igor demande à Brejnev de considérer sa précédente lettre  comme nulle et non avenue et il ajoute :

Je retire ma signature sous la couverte de La Parole d’Honneur, car dans certains de la capitale continue à circuler le que je me suis vendu et aurais contribué à persécuter les plus brillants des Droits de l’Homme.

Evidemment Igor est licencié, son camarade Spartakus aussi, les deux se retrouvent à travailler « au noir » Igor se découvre après que sa lettre ait été publiée dans des journaux occidentaux, un "héros", de nombreux amis.

Mais on ne se sort pas facilement de « la main aux millions de doigts », à la suite d’un détournement de fait Igor et Spartkus sont arrêtés et malgré les nombreuses interventions en leur faveur seront envoyés dans les camps. Igor y passera 10 ans. A sa sortie il parviendra à gagner les USA pays où se sont exilés tous ses amis.

Là-bas aussi la paperasse confirme les actes, il faut conserver les "papiers".

— La bureaucratie russe, mon cher Vélocipèdov, est vieille, lourde, torturée par un complexe de culpabilité caché. Sous son aspect soviétique, elle est quasi parvenue à l’agonie. La bureaucratie américaine est jeune, équipée d’ordinateurs et produit ses montagnes de papier en débordant d’autosatisfaction. Par chance, pour l’instant (je le souligne : pour l’instant), elle n’encourage pas la délation idéologique ; cependant, la délation russo-soviétique ne se fait pas à la machine, mais à la main, elle conserve un lien, aussi hideux soit-il, avec la personne humaine. Imaginez un délateur électronique, mon cher Vélocipèdov. Si jamais le socialisme remporte la victoire ici, pour nous tous, pour tout ce qui se nourrit de sentiments humanitaires, ce sera la merdouille.

autres extraits

"Du gâteau montent de langoureuses senteurs de printemps et d’alpages, car on le confectionne avec ce même exceptionnel beurre de l’Altaï. Tout alangui par cette douceur, Vélocipèdov franchit le seuil de son appartement sans se douter qu’il a fait, pour ainsi dire, un pas en direction de sa vie nouvelle.
  Or, c’est précisément des natures comme la sienne, avec son système végétatif instable, sa mémoire génétique et sa peau sèche, que visent, pour une large part, les œuvres de ce qu’on appelle le Samizdat, ce qui les différencie des œuvres de Gosizdat qui, pour une large part, compte sur des natures au système végétatif stable, à la peau moyennement humide, et dénuées de mémoire génétique."

"j’obtiens une carte de crédit Visa. Le voilà, le symbole de la confiance : une petite plaque en matière plastique pas plus grande qu’une boîte d’allumettes, épaisse comme la moitié d’une boîte d’allumettes, je suis aux anges ! C’est comme si les chimères de ma jeunesse se réalisaient, celles d’un monde où le papier aurait fait son temps.
  Hélas, Stuart, mon patron, ne tarde pas à m’instruire : chaque fois que tu payes avec ta carte, tu dois conserver l’un des trois exemplaires de la facture, dûment tamponnée. Dans le monde américain, tu n’es encore qu’un bleu, tu ne sais pas encore ce qui sera hors taxe ou avec taxe. Ramasse tous tes papiers, que je tourne pute, range-les dans une boîte à part, tu les trieras plus tard."

"Dans mon innocence, je ne comprends pas tout de suite à quel point la fortune de Valioucha est fabuleuse. Ils m’ont ramené de l’aéroport dans une assez vieille voiture aux sièges usés, mais je découvre que c’est une Silver Shadow, modèle 193651, comme peu de sénateurs pourraient s’en offrir, seulement ceux qui ont épousé une star ou qui possèdent des biens personnels, de l’« argent ancien » comme on dit ici ? "  


 
J’ai beaucoup apprécié, l’écriture, le ton de la critique, l’ironie, l’humour.
L’auteur démontre ce qu’un simple « papier » est et évolue, se multiplie dans l’autocratie du pays ; la fin jette un regard amusé mais non inconscient sur les USA.


Mots-clés : #regimeautoritaire #satirique
par Bédoulène
le Dim 15 Mar - 19:01
 
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Sujet: Vassili Axionov
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Vassili Grossman

Vie et destin

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire 51y1mn10

suite du premier Tome de cette fresque historique, la bataille de Stalingrad où le lecteur retrouve en autre la famille CHAPOCHNIKOV.

La lettre annoncée de la mère du physicien Strum 2ème mari de Lioudmila porte un bouleversant témoignage à son fils de la réalité du ghetto où elle vit et duquel elle va partir pour un camp de concentration allemand parce qu'elle est juive.

Prise de conscience pour Strum de sa judéité pendant cette guerre (comme Grossman d'ailleurs qui n'a pas pu/su éviter le camp à sa mère) ; de même lorsque alors que ses travaux ne sont pas reconnus, les contrats des assistants Juifs de son laboratoire ne sont pas reconduits.

La guerre a déplacé des milliers d'habitants d'une ville à l'autre au gré des avancées de l'armée allemande, la pénurie c'est installée.

D’un goulag soviétique à un camp de concentration allemand, du QG du feld-maréchal Paulus à un état-major de l’armée rouge, d' un laboratoire scientifique de Kazan (celui de Strum), d’une cave de Stalingrad où se terrent des soldats allemands, à la maison "6 bis" que tiennent vaillamment une poignée d'hommes sous les ordres de Grekov,  aux immenses steppes russes Kalmoukes ( l'une des nations minoritaires de l'union soviétique)l'auteur démontre la similitude de la politique de deux états totalitaires.

La conversation entre Liss (SS responsable du camp) et Mostovkoï vieux Bolchevik de la première heure (détenu) est révélatrice en ce sens.

Avec les paroles d'un détenu de droit commun dans un camp allemand, Ikonnikov : « Je ne crois pas au Bien je crois à la Bonté ! « illustré notamment par cette vieille femme russe qui aide un soldat allemand,  l'auteur rejette les notions de Bien et de Mal ! Il le rappellera, il croit en "la bonté".

Novikov, Colonel de chars,  fait le choix de retarder de 8 minutes l’attaque pour épargner ses hommes.

"Il existe un droit plus grand que celui d'envoyer les hommes à la mort sans se poser de questions, c'est celui de se poser des questions en envoyant les hommes à la mort."



alors que du côté allemand Paulus :

Bien sûr, il aurait pu ne pas se soumettre à l’ordre reçu ! Le Führer l’aurait fait exécuter, mais ses hommes auraient été sauvés. Il lisait ce reproche dans bien des regards.
  Oui, il aurait pu sauver son armée !
  Mais il avait peur d’Hitler et craignait pour sa peau


L'auteur s'il évoque évidemment la puissante étreinte du Parti, l'année de terreur 1937 lors de procès truqués, il rappelle avec force aussi que chacun a son "libre arbitre". Certains l'ont exercé et bien sur l'ont payé très cher.

L’homme qui a péché connaît toute la puissance d’un État totalitaire : elle est incommensurable. Cette force énorme emprisonne la volonté de l’homme, au moyen de la propagande, de la solitude, du camp, d’une mort paisible, de la faim, du déshonneur… Mais dans chaque pas que fait l’homme sous la menace de la misère, de la faim, du camp et de la mort, se manifeste, en même temps que la nécessité, le libre arbitre de l’homme.
« le destin mène l’Histoire mais l’homme le suit parce qu’il le veut et il est libre de ne pas vouloir »


"Ceux qui s’obstinaient à revendiquer le droit d’être des hommes étaient, peu à peu, ébranlés et détruits, brisés, cassés, grignotés et mis en pièces, jusqu’au moment où ils atteignaient un tel degré de friabilité, de mollesse, d’élasticité et de faiblesse, qu’ils ne pensaient plus à la justice, à la liberté, ni même à la paix, et ne désiraient qu’être débarrassés au plus vite de cette vie qu’ils haïssaient."

L'accusé devant le juge n'est plus un homme c'est une "créature" !

C’est du délire pur et simple, marmonna la créature à la vareuse largement ouverte.
Le juge d’instruction répondit :
  — Réfléchissez !
La créature, elle, pensait. Elle avait de quoi réfléchir.
C’est du délire pur et simple, marmonna la créature à la vareuse largement ouverte.
Le juge d’instruction répondit :
  — Réfléchissez !
La créature, elle, pensait. Elle avait de quoi réfléchir.


Durant cette première nuit, il avait prononcé des discours séditieux, compati au sort des détenus des camps, raconté son intention de devenir apiculteur et jardinier. Mais, peu à peu, au fur et à mesure qu’il retrouvait sa vie d’antan, ses discours s’étaient modifiés.


Strum, le scientifique accepte de signé le document collectif qui doit être adressé à la presse et dans lequel est nié les condamnations de médecins Juifs, dont les Etats unis notamment ont eu connaissance et accuse l'Union soviétique. Encore une fois l'auteur rappelle le "libre arbitre" de chacun. (comme le personnage de Strum Grossman a lui aussi signé un document collectif, reconnaissant la culpabilité de certains accusés)

La tristesse, le dégoût, le pressentiment de sa docilité l’envahirent. Il sentait sur lui le souffle tendre du grand État et il n’avait pas la force de se jeter dans les ténèbres glacées… Il n’avait plus de force du tout. Ce n’était pas la peur qui le paralysait, c’était autre chose, un sentiment terrifiant de soumission.
Que l’homme était donc curieusement bâti ! Il avait trouvé la force de renoncer à la vie, et il était soudain incapable de rejeter quelques gâteries. Allez donc repousser la main omnipotente qui vous caresse la tête, vous tapote l’épaule !


En rappelant : "Trois événements grandioses ont été à la base d’une nouvelle vision de la vie et des rapports humains : la collectivisation des campagnes, l’industrialisation, l’année 1937." pour argumenter l'Etat/Parti de Staline. Staline à qui renvoie d'ailleurs plusieurs conversations ou réflexions de militaires, scientifiques ou intellectuels. Conversations ou réflexions discrètes car dangereuses pour le responsable.


Stalingrad devint la philosophie de l'Histoire !

Ce qui se jouait dans la bataille de Stalingrad c’était le sort des pays de l’Europe, la fin des camps nazis, le sort des prisonniers russes et allemands, le destin des Juifs, des minorités de l’Union Soviétique, les relations de l’ Union soviétique et des autres pays, le devenir d’Hitler et de Staline.

Selon que l'armée soviétique subissait ou au contraire dominait, les rapports entre les Russes et les nations minoritaires changeaient ; le sentiment nationaliste de la patrie  s'exerçait différemment et,  force dans le malheur,  pouvait devenir dictature, antisémitisme.....

L'armée soviétique a beaucoup subi, des millions de morts autant civils que militaires, mais a finalement encerclé l'armée allemande, la célèbre 6ème division de Paulus qui a conduit à sa capitulation.

Il faut remarquer que les détenus dans les camps soviétiques ont travailler pendant et après la guerre pour l'armée, pour la reconstruction ; leur conditions de détention sont aussi révélées, de même dans un chapitre poignant  le sort des Juifs dans un camp de concentration.

***

Une lecture qui m'a confirmée dans mes sentiments sur cette triste période, pas si lointaine, et qui réveille des questions encore d'actualité comme l'antisémitisme (en France notamment) ; le fait que des millions de personnes aient cru en le communisme (je ne jetterais jamais la pierre à quiconque pour avoir voulu, cru en des jours meilleurs, à cette utopie ?, ni à ceux qui ont encore gardé cet espoir).
D'ailleurs je ne sais pas  (n'ayant pas lu ni Marx, Engels....) ce qu'est véritablement le marxisme, le communisme mais ce que je sais - après plusieurs de mes lectures, documentaires vus,  que le Stalinisme est terrifiant ; que le nazisme l'était encore plus ( conduisant à une paranoÏa certaine chefs et serviteurs). Que des millions de gens ont payé de leur vie d'avoir vécu sous ces régimes ou de les avoir combattus ;  et que malheureusement de nos jours se réveillent dans plusieurs pays d'Europe des politiques extrêmes.

Strum est l'alter-égo de l'auteur, scientifique comme lui, ayant dans sa vie privée également des rapprochements - 2 femmes dont le mari de la première a été prisonnier de goulag, une mère morte dans le camp de concentration,  signataire lui aussi d'un texte collectif en 1937, publié dans la presse et demandant la peine de mort pour les inculpés d’un grand procès de prétendus traitres, parmi lesquels figurait Boukharine.
Je pense que l'auteur était bien conscient que son livre était une condamnation, une dénonciation du régime et que donc son oeuvre risquait d'être confisquée. Une manière de s'amender de  son pro-soviétisme d'avant la guerre ? .......mais c'était son pays !

d'autres extraits :

Soldats allemands après la capitulation :
Ils étaient laids et faibles, tels qu’ils avaient été mis au monde par leurs mères et tels qu’elles les aimaient. On cherchait en vain les représentants de cette nation au menton lourd, à la bouche hautaine, têtes blondes, visages clairs et poitrails de granit.
Ils ressemblaient comme des frères à ces misérables foules de malheureux, nés, eux, de mères russes, que les Allemands chassaient à coups de baguette et de bâton vers les camps de l’ouest à l’automne 1941.

Un soldat s’était introduit entre les côtes du cheval et ressemblait à un charpentier œuvrant parmi les chevrons d’un toit en construction. À deux pas de là, au milieu d’une maison en ruine, brûlait un feu au-dessus duquel un chaudron noir était suspendu à un trépied : tout autour, des soldats casqués ou en calots, enveloppés dans des couvertures ou des châles, fusil à l’épaule, grenades au ceinturon. De la pointe de sa baïonnette, le cuisinier renfonçait dans l’eau du chaudron les morceaux de viande de cheval qui remontaient. Assis sur le toit d’un abri, un soldat rongeait lentement un os de cheval qui ressemblait à un incroyable et gigantesque harmonica.

Stalingrad, l’offensive de Stalingrad, ont contribué à créer une nouvelle conscience de soi dans l’armée et la population. Les Soviétiques, les Russes, avaient maintenant une autre vision d’eux-mêmes, une autre attitude à l’égard des autres nationalités. L’histoire de la Russie devenait l’histoire de la gloire russe au lieu d’être l’histoire des souffrances et des humiliations des ouvriers et paysans russes. Le national changeait de nature ; il n’appartenait plus au domaine de la forme mais au contenu, il était devenu un nouveau fondement de la compréhension du monde.



Mots-clés : #deuxiemeguerre #regimeautoritaire #xxesiecle
par Bédoulène
le Dim 15 Déc - 18:04
 
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Sujet: Vassili Grossman
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Miriam Toews

Ce qu’elles disent

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire Proxy208

Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct - 18:03
 
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Sujet: Miriam Toews
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Héctor Abad Faciolince

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire 51teze10

Angosta

C’est une ville dystopique mais d’une cruelle réalité.
Trois niveaux géographiques, trois climats, trois peuples.

Niveau sekteur C – terres chaudes - près du fleuve, un fleuve tragique y vivent les « tercerons », peuple le plus pauvre qui subi toutes les plaies sociales, pauvreté, criminalité, injustice…..

Niveau Tempéré Sekteur T, y vivent les » secondons », niveau économiquement moyen ou pauvre aussi mais d’un niveau social plus évolué

Niveau Sekteur F (comme froid) y vivent les « Dons », les riches, ceux possèdent, ceux qui imposent, il faut un laisser-passer pour accéder à ce secteur, porte d’entrée par un check-point.

Sekteur T se trouve l’Hôtel « La comédie » y vivent notamment Jacobo Lince – lequel possède une librairie « la Cale » où travaillent Quiroz et Jursich, lesquels logent également à la Comédie, le Professeur Dan, ami de Jacobo, et dans les autres étages, notamment Vanessa une prostituée, Carlota qui gère le « Poulailler ». Contrairement aux niveaux de la ville, plus on est pauvre plus on loge dans les étages élevés. Virginia jeune « terceron » invitée de Jacobo loge au Poulailler, ainsi qu’un jeune poète Andrès.
Le Poulailler étant le moins doté en pièces sanitaires, le moins lumineux.

C’est notamment par le journal d’Andrès que nous suivons certains évènements concernant les locataires de la Comédie.

A la Cale se réunissent les amoureux des mots, de la littérature. L’héritage livresque du père de Jacobo, de son oncle constituèrent les fonds de la librairie, laquelle était en fait sa maison ; chassé par ses livres Jacobo s’installa à la Comédie.

Bien que secondon Jacobo par l’héritage économique (l' argent étant l'un des critères indispensable en sekteur F) de sa mère aurait le droit d' y vivre, il n’y aspira jamais, mais avait un laisser-passer qui lui permettait ainsi de voir la fille qu’il avait eue de son mariage, et qui vivait avec sa mère et son mari.

La ville vit sous le régime de l’ « apartamiento » plus fondé sur le niveau social et économique que sur le racisme. Apartamiento renforcé d’une part par les tueries officielles , les guerilla (tel le Jamas), les narcotrafiquants, les paramilitaires. Le bras exécuteur est le plus souvent la Secur.

Tous les « disparus » sont jetés au « Saut du désespéré », lieu de suicides ; le saut se jette dans le fleuve Trouble qui emporte toute trace. Quant aux emprisonnés ils sont envoyés au Camp de Guantanamo où nul ne sait où il se trouve, sauf évidemment ceux qui le gère.

C’est donc à travers la vie quotidienne des personnages que la ville d’Angosta se révèle ou plutôt « les villes » car les habitants des différents sekteurs non pas le sentiment de vivre dans la même ville. En haut c’est le Paradis, en bas l’Enfer.  Et les "7 sages (tels les jours de la semaine) du sekteur F, le Paradis,  décident de la mort des "gêneurs".



Une écriture prégnante  par la puissance de l’ ambiance, l’humanité ou la déshumanité qui sourdent des dialogues, et l’amour et l’hommage à la littérature bien présente. (l’auteur se joue de lui dans un passage, où il critique l’auteur Faciolince) Il ne se cache pas puisque l’un des personnages se nomme Jacobo Lince.

L’auteur a certainement puisé dans son vécu pour rendre le réalisme et la dramaturgie de cette ville qui pourrait bien être située en Colombie, comme dans certain pays d’Afrique où autre lieu de notre terre.

La composition sur 3 niveaux de la ville  et également les étages de l'hôtel La Comédie qui marquent aussi le statut des logés m' ont rappelé le livre (Hôtel Savoy de J. Roth pour lequel Shanidar avait fait un rapprochement avec l’Enfer de Dante).

Sous ce régime il n'y a pour se "sauver" que la fuite, du pays ou de la vie.

C’était une excellente lecture qui me conduira vers un autre de ses livres.

(il y a aussi, comme souvent chez les auteurs latinos du sexe)


Mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Mer 28 Aoû - 18:52
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
Réponses: 21
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Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire Nicola10
Nicolas Foucquet

Les lettres à Monsieur de Pomponne (novembre et décembre 1664) valent reportage sur le procès du Surintendant Nicolas Foucquet, qui exerça cette charge de tout premier plan de 1653 jusqu'à son arrestation (à Nantes en septembre 1661).

L'on s'aperçoit, avec autant de liberté que Madame de Sévigné puisse s'en permettre, de tout ce qui fut ourdi contre l'accusé; le complot est tramé par Colbert, dans le camp des pro-Foucquet mis à mal par cette triste affaire on retrouve, outre Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin dont il vient d'être question, La Rochefoucauld (oui, celui des Maximes), La Fontaine, etc...

D'emblée, Foucquet est sur la sellette,  s'y asseoir signifie qu'on assiste à son procès en qualité de coupable convaincu, autrement on répond debout, derrière le "Barreau".  
Foucquet, si l'on en croit Madame de Sévigné, répond avec beaucoup d'adresse à ses accusateurs, certains en notoire collusion avec ceux qui ont tout intérêt à le voir condamner, en particulier avec le Chancelier, homme de main et de paille de Colbert.
On croise aussi D'Artagnan, le vrai, un Monsieur d'Ormesson (est-ce un ancêtre de l'écrivain ?), on observe qu'un fait quasi-miraculeux (Madame Foucquet mère, très pieuse, donna un emplâtre à la Reine qui se trouva guérie de son mal) plaide autant si non plus que d'habiles réponses en faveur de Foucquet. Quelques déballages et autres assauts à fleurets mouchetés, avec tout le passé récent de la Fronde qui plane sur l'audience, sont susceptibles d'intéresser quiconque n'est pas indifférent à l'Histoire.

Au final Foucquet sauve sa tête et, mécontent de la sentence d'exil prononcée, le Roi fait ajouter l'emprisonnement à l'exil, à la citadelle de Pignerol, enclave française située dans le Piémont italien, en ne laissant pas la possibilité à son épouse de le rejoindre, ce qui scandalise Madame de Sévigné.
Et, pour faire bonne mesure, le Roi fait éparpiller toute la famille de Foucquet hors de Paris.



Mots-clés : #ancienregime #historique #justice #politique #regimeautoritaire #temoignage
par Aventin
le Jeu 15 Aoû - 8:30
 
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Sujet: Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]
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François Cheng

Quand reviennent les âmes errantes
Sous-titré: Drame à trois voix avec chœur.

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Court roman, 140 pages environ, paru en 2012.

François Cheng a bâti ce livre comme un opéra, voir le sous-titre en guise de clin d'œil musical.
Cinq actes comme autant de Mouvements, et un chant final.

Tout comme dans Le Dit de Tian-Yi le cœur de l'ouvrage est une relation à trois, une femme, Chun-niang (qui incarne la Beauté) et deux hommes, Jing Ko (le Chevalier) et Gao Jian-li (le Barde).
Ce trio prend le "je" narratif à tour de rôle, mais il y a aussi un narrateur extérieur: cela concourt à cet aspect presto ! qui semble être la marque de fabrique formelle de ce roman.

C'est aussi un roman historique, situé au troisième siècle avant Jésus-Christ, c'est la période, noire, trouble, des Royaumes combattants, avec la victoire unificatrice de l'autocrate plus que très cruel Qin Shi Huang (Zheng dans le roman), le Premier Empereur de Chine, considéré comme le père de la Grande Muraille, qui pense fonder une dynastie pour "dix mille générations", or elle ne lui survivra...que trois ans.  

La poétique (un lyrisme voyant mais jamais criard) et le découpage à la façon musicale ne viennent en rien estomper l'intensité et la noirceur de ce qui est une dramatique, quelques pages (dispensables pour les âmes sensibles) de tortures nous rappellent combien cru et cruauté s'accordent.

Opus un peu en-dedans par rapport aux splendeurs déployées par Le Dit de Tian-Yi, la comparaison ne tourne pas en faveur de Quand reviennent les âmes errantes, peut-être même faut-il conseiller de commencer par ce dernier livre avant d'entreprendre la lecture du Dit (le lecteur pressé et soucieux de quelques éléments de la thématique du trio amoureux chez M. François Cheng y verra une bonne aubaine, d'ailleurs) ?

Le chant final, je ne sais pas ce qu'il vaut en chinois, ni s'il a été composé en français directement (probablement), mais il sonne un peu trop "traduit du" pour valoir...emballage final: allez, lecteur exigeant et conscient du talent de l'auteur, je le dis: j'attendais mieux de M. François Cheng, poète de qualité.

Reste que, et ça va peut-être vous sembler contradictoire avec ce que je viens d'écrire, l'écrivain élégant qu'il est, racé sans préciosité, limpide, est toujours un bonheur de lecture.  


Acte III a écrit: Le repas terminé, Gao Jian-Li se lève et se met à l'écart. Son zhou posé sur les genoux, il joue. Tout d'abord un morceau grave et solennel, puis il entre dans le mode zhi, celui du ton rompu. C'est dans ce mode que les musiciens expriment les sentiments les plus tragiques. À mesure que le chant avance, les sons mêlés au bruit de l'eau sont plus poignants, plus intenses. Les participants à la scène ont les yeux exorbités et les cheveux dressés.  


Acte I a écrit:À peine deux ans plus tard arriva le malheur. Le vert de la nature vira au jaune terreux. Privé de pluie, accablé de chaleur, le sol se mit à craqueler. La sécheresse s'installa, inexorablement, suivie d'une terrible famine. Partout plantes et bétail périssaient. Torturés par la soif et la faim, nous étions réduits à traquer le moindre fruit sauvage, la moindre flaque d'eau, le moindre brin d'herbe, le moindre insecte. Une nuit, la poitrine creuse et le ventre gonflé, mon frère expira dans les bras de ma mère. Le lendemain, enveloppé d'un drap, son pauvre corps fut enterré. L'inexorable exode commença. Nous fuyions sur la grand-route jonchée de cadavres. Mes parents, exténués, devaient me porter tour à tour car, totalement épuisée, je ne pouvais plus avancer d'un pas. Afin que j'ai une chance d'avoir la vie sauve, ils furent acculés à me laisser à un couple d'aubergistes, en échange d'une petite somme d'argent. C'est ainsi que je fus vendue à des étrangers en un rien de temps.  




Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #historique #mort #regimeautoritaire
par Aventin
le Dim 9 Juin - 18:50
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 18
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Jesus Carrasco

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La terre que nous foulons

Originale : La tierra que pisamos (Espagnol, 2016)

Quatrième de couverture : a écrit:Quand l'Espagne est annexée au plus grand empire que l'Europe ait jamais connu, Iosif et Eva Holman se voient attribuer une propriété en Estrémadure. Sur cette terre âpre vivent des hommes et des femmes qu'ils considèrent à peine mieux que des bêtes. Jusqu'au jour où un vagabond hagard, à moitié fou, s'installe dans leur jardin. Contre toute attente, Eva le cache et le nourrit. Elle écoute ses divagations sur le massacre de sa famille, sur ses années d'esclavage dans un camp de travail. Au fi l du temps, les cauchemars de cet homme se mêlent à ses propres souvenirs, aux révoltes qu'elle a toujours tues, aux colères qui la hantent. Peu à peu, leurs deux voix se confondent, élevant un terrible lamento en mémoire des victimes d'une idéologie de mort et de destruction.

" Jesús Carrasco trouve une nouvelle et sensible façon d'évoquer les cicatrices indélébiles infligées par les régimes totalitaires. "



REMARQUES :
Après son roman début « L’intempérie », que j’ai énormément apprécié, je ne pouvais que retourner vers cet auteur. Et confirmation par ce deuxième roman ! Oui, une histoire en quelque sorte horrible, liée avec des dictatures et l’oppression, mais néanmoins avec une étincelle d’espoir, de résistance.

En 87 chapitres courts, de 1-5 pages de longueur, nous sommes face à une narratrice, Eva. Elle décrit, raconte, pas tellement de dialogues. Son époux, Iosip est un ancien militaire craint et influent, mais maintenant dans la dépendance, malade. Il faisait partie de « l’Empire », si vaste et vainqueur, occupant pratiquement l’Europe, une partie d’Asie, d’Afrique. Situation de fiction, mais néanmoins reprenant la série des « grandes » dictatures militaires, militaristes du XXème siècle, et des éléments de l’oppression, du travail forcé jusqu’à l’indicible. Les peuples soumis – ici donc cela joue en Espagne – sont soumis à une forme d’esclavage très dure.

Eva quant à elle a « donné » son fils sur le champ de la bataille… Mais comment se révolter dans ces extrêmes ? Faisant partie des privilégiés de l’Empire, ils ont reçu comme « cadeau » à la retraite de Iosip une propriété. Et quant alors apparaît et s’installe dans le jardin, d’une façon non-aggressive, Leva, elle serait presque capable de le dénoncer (pour cette situation non-permise), voire même de le tuer (sans encourir aucun danger, tant ces gens-bêtes sont en-dessous de ce qui compte). Mais à son propre étonnement elle va doucement s’approcher, voir solidariser. Le réfugié, fuyant, deviendra un caché, voir un accueilli qu’elle nourrira.

La narratrice trouvera de plus en plus refuge dans l’écriture et s’approprie l’histoire de Leva à peine racontable, l’exprime. Déjà cela fait d’elle un « ennemi » de son propre camp. A-t-elle à choisir ? Quoi faire ?

Au milieu de cette ténèbre, aussi dans sa fin,il y a une minuscule étincelle d’espoir et de lumière dans la résilience possible et la décision folle pour une solidarisation et le courage civil. Malgré tout !

Le livre a déjà gagné le prix de littérature de la Communauté européenne. Pas un miracle là ! La dictature et le populisme, la ségrégation toujours possible sont thématisés d’une façon très forte, une langue dépouillée qu’on compte dans le genre du « néoruralisme » espagnole. Des parties me rappellent un Philippe Claudel sombre ou un Gonçalo Tavares, voir de la littérature des camps.

Cet auteur est à suivre !


Mots-clés : #esclavage #regimeautoritaire #segregation
par tom léo
le Sam 8 Juin - 15:18
 
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Sujet: Jesus Carrasco
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Cécile Wajsbrot

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire Destru10

Destruction

Honte à moi je n'arrive pas à l'auteur par la lecture du fil mais par un conseil du libraire en réponse, suite à une râlerie, échantillons à l'appui, ayant pour thème un nivellement par le bas de la production actuelle, à la question : "mais alors, un exemple, d'un auteur d'aujourd'hui, et vivant ?"

Destruction donc. Une faible anticipation, une projection qui nous entraîne avec une tonalité étrangement et étonnamment familière vers la dissolution ou destruction de notre aujourd'hui. Ou autrement une reconfiguration, voire une réécriture par un totalitarisme discret.

Le récit d'un journal audio adressé à une personne inconnue par une femme qui a pour mission de rendre compte de son présent. Un constat qui dit l'effacement du passé dans la culture, la ville, l'habitude. Disparition des livres, technologie et réseaux sociaux... des grands thèmes traités à la fois avec évidence, finesse et références et pour les deux derniers sans diabolisation.

Une "lecture monde", envoûtante par sa régularité et son homogénéité (et qui ferait une belle mine à citations ?). Une voix à la fois singulière et presque collective.

Une belle expérience, un peu flippante aussi, qui trouve beaucoup d'échos dans le paysage contemporain, ses propositions politiques, médiatiques (plus que culturelles ?) ou de "normalisation".

La possibilité d'un futur moins noir n'est pas absente pour autant et l'ouverture sur une référence-citation à Stifter...

Pour insister sur les surprises qui nous concernent plus particulièrement ici, le récit de la relation qu'on dirait trop vite virtuelle et le flottement qu'elle induit parfois entre ce qui est communiqué et le plus intime... le réconfort incertain mais palpable (ou l'inverse) qu'elle peut être, sa collectivité potentiellement très réelle. Cécile Wajsbrot n'est pas dans l'effet de manche.

Très construit, très réfléchit, intellectualisé mais aussi très sensoriel, sensitif, sensible, observateur.... ça m'a rappelé ? Potentiellement Hélène Cixous mais pas seulement ? Trou de mémoire.

C'est du solide et ça fait quelque chose de relire ce fil ouvert par Shanidar...

Mots-clés : #contemporain #journal #regimeautoritaire #romananticipation
par animal
le Jeu 23 Mai - 19:39
 
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Sujet: Cécile Wajsbrot
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Paul Greveillac

Maîtres et esclaves

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Fils d’un peintre dilettante étiqueté droitiste, le talent artistique de Kewei lui vaut de pouvoir  mettre la distance avec l'opprobre et la misère familiale:il est envoyé étudier aux Beaux-Arts à Pékin. Vite distingué par ses talents, imprégné de maoïsme obséquieux, il devient un peintre propagandiste apprécié, puis grand manitou qui sélectionne les œuvres conformes ou non conformes à l'idéologie en place. Le virage vers l'économie de marché à la fin des années 70, la dissidence de son fils ont du mal à  remettre en question ce bloc de fidélité à la pensée dominante.

Cette biographie d'un jeune homme manipulé par la dictature jusqu'au plus profond de lui-même, nous mène du fin fond du Sichuan à la place Tian'anmen en 1989. On appréhende l'ampleur de la maîtrise totalitaire sur le quotidien des Chinois en général, et plus particulièrement sur la culture et l'art pictural.C'était une lecture opportune en parallèle à vos discussions sur la démocratie.

Si j'ai trouvé l'aspect documentaire tout à fait intéressant, les péripéties romanesques n'ont pas réussi à effacer en moi un certain ennui.


Mots-clés : #creationartistique #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Mer 8 Mai - 17:39
 
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Sujet: Paul Greveillac
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François Cheng

Le Dit de Tian-Yi

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Roman, 1998, 435 pages environ, trois parties de tailles inégales.

L'écriture de François Cheng est gracile, légère, précise; et il faut bien cela pour un ouvrage excédant les 400 pages, pour cet exercice si particulier ambitionnant de couvrir la vie entière d'un personnage, exercice à écueils par excellence, où l'on risque de donner dans l'empâté, l'accessoire, les pages de moindre haleine: c'est un choix courageux d'auteur déjà notoire, qui se risque à un premier roman publié.

Si le roman croise sans nul doute l'autobiographie de François Cheng, il ne se moule jamais dedans: Néanmoins, on a bien un jeune artiste chinois, de sa génération -quasiment de son âge- qui part à Paris, jusque là d'accord, mais à ceci près, et c'est une grosse différence, qu'il revient en Chine et y demeure dès les années 1950 et jusqu'à la fin de ses jours.

C'est la peinture d'un trio, composé de Yumei -l'Amante- artiste de théâtre, d'Hoalang -l'Ami- poète, écrivain et Tian-Yi, le peintre.
De la possibilité, ou de l'impossibilité, d'un amour et d'une amitié, fusionnels, à trois. Mais c'est aussi une fresque de la Chine sur un gros demi-siècle, embrassée depuis la guerre d'invasion nippo-chinoise jusqu'à la fin de la vie de Mao Zedong, ce dernier curieusement jamais nommé, en tous cas jamais autrement que le Chef.    

Beaucoup de considérations passionnantes sur la symbolique, l'art, jalonnent ce qui a l'apparence d'un récit (normal au vu de l'auteur).
Tout ce qui est dit en matière de Taoïsme, Bouddhisme, société traditionnelle et société révolutionnaire ne le cède nullement pour ce qui est de l'intérêt du lecteur.

La représentation romanesque de la nature est à l'honneur, manière peut-être de jonction avec l'art pictural chinois traditionnel: par exemple après ce livre, jamais plus vous ne regarderez un fleuve de la même façon qu'avant:

1ère partie, chapitre 30 a écrit:
"Question très intéressante, essentielle même, essentielle..." C'était le professeur F. célèbre spécialiste de la pensée chinoise, que d'aucuns approchaient avec un respect craintif. J'y étais allé de ma naïveté, sans gêne outre mesure, car je ne demandais qu'à écouter.

"Oui, le fleuve comme symbole du temps; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? " Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d'argent. "Il faut bien parler de la Voie, n'est-ce pas ? ... Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qui est, vous le savez bien à l'origine du taoïsme et qui a développé l'idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mû par le Souffle primordial. A demain alors; on en parlera."

"La Voie donc..." reprit le savant le lendemain, comme s'il n'y avait pas eu l'interruption de la nuit.
 

   


Pour ce trio, apprenant une funeste nouvelle touchant Haolang, Tian-Yi reviendra de France en Chine, aux heures sombres et tourmentées, pour son malheur peut-on penser, mais toute l'adresse de François Cheng consiste à montrer combien la quête de Tian-Yi, bien que semblant aussi vaine que dangereuse à nos regards, dépasse nos considérations terre-à-terre: il n'y a que cela qui vaille, parce qu'au fond, c'est bel et bien une passion qu'ils vivent (donc une souffrance à mort).  

Si la chronologie par le menu mêle la petite histoire, celle des personnages, à la grande, celle de la Chine du XXème, l'érudit M. François Cheng nous fait aussi caresser, en forme de roman et c'est donc très singulier, l'art pictural ancestral de la Chine, la calligraphie comme la représentation peinte, en démarrant aussi loin que l'art des grottes ornées et en aboutissant au néant sidéral de la révolution -dite- culturelle.
Sans doute est-il nécessaire de s'armer d'un peu d'imagination, et d'effectuer une lecture précautionneuse, mais oui, on a l'impression d'atteindre à cela par les vides, les estompes, les déliés, les courbes, les symboles naissant de sa plume...  




#Amitié
#Amour
#CampsConcentration
#Creationartistique
#Exil
#Regimeautoritaire
par Aventin
le Ven 19 Avr - 1:23
 
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Sujet: François Cheng
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Liliana Lazar

Terre des affranchis

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S'il est maléfique, comme tout le village en est convaincu, pourquoi le lac de Slobozia, au fin fond de la forêt moldave, protège-t-il Victor, l'enfant battu, l'adolescent meurtrier ? Et pourra-t-il venir en aide à l'homme recherché, reclus chez sa mère, s'il sort la nuit de son refuge pour errer dans les bois ? Dans cette région de Roumanie où les légendes populaires cohabitent avec le culte orthodoxe, les popes sont surveillés de près par le régime communiste, et les livres saints sont brûlés. Pour expier sa faute, laver le sang sur ses mains, Victor accepte la mission que lui confie le père IIIe : il devient copiste de textes sacrés. Enfermé dans le secret de son travail, dans la tourmente de ses pulsions, dans la naïveté de sa foi, il espère une rédemption... Ancré dans l'histoire roumaine - de la fin du règne du dernier roi à l'avènement de Ceauescu, puis à sa chute -, Terre des affranchis est un roman envoûtant et inspiré, aussi palpitant qu'un récit policier, aussi inquiétant qu'un conte.

Résumé de l'éditeur.

Si vous aimez les contes, ceux qui laissent la place aux légendes locales, si vous aimez la nature et son emprise sur l'Homme, si vous aimez découvrir quelques traits de l'Histoire d'un pays, si la religion et la politique et leurs emprises respectives vous questionnent, alors il faut lire ce livre.
Et il vous faudra certainement le relire tant chaque mot du texte a son importance dans le récit des événements.
Un style poétique et qui va vous envoûter - les personnages tout autant ! - vous empêchera de quitter ce roman avant son dénouement.

Une peu de la Roumanie à découvrir...


Mots-clés : {#}contemythe{/#} {#}fantastique{/#} {#}regimeautoritaire{/#}
par Invité
le Mer 10 Avr - 20:57
 
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Sujet: Liliana Lazar
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Elfriede Jelinek

Les Exclus

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire Visuel11

Un fait divers épouvantable qui défraya les journaux en 1965.
C’est « affreux, sales et méchants » ou « Chez ces gens-là » de Brel. D’abord, d’abord, y a le père, ancien officier SS qui a perdu une jambe à la guerre, réduit maintenant au rôle de portier, ayant comme passe-temps de faire des photos pornos, artistiques, de sa femme et de la battre, puis de la tromper. Dure vie lorsqu’on a été maître du monde en Pologne et en Ukraine…
La mère, elle, est totalement soumise et essaie maladroitement de limiter la casse.
Puis il y a les deux enfants, jumeaux, adolescents, Rainer et Anna. Ils n’ont qu’une hâte, fuir ce milieu moche, sale, sordide. Rainer se donne des airs de poète méprisant souverainement le monde qui l’entoure. Adepte de Camus et de l’acte gratuit, il se veut chef de bande et entraîne ses camarades dans des actes de crapulerie : tabassage d’un passant pour lui piquer son fric. Rainer est amoureux fou de Sophie.
Anna, la sœur de Rainer, pianiste de talent, est totalement renfermée sur elle-même, hantise de la souillure, anorexie… totalement inhibée, sauf en ce qui concerne le sexe.

« Anna méprise premièrement les gens qui ont une maison, une auto et une famille, et deuxièmement toutes les autres personnes. Elle est toujours à deux doigts d’exploser de rage. Un étang totalement rouge. L’étang est rempli de mutisme qui sans cesse la noie sous des paroles. »


Joyeux couple !

« Ils se tiennent à l’écart, non qu’ils craignent la lumière, mais la lumière les craint, et pour cause. En classe, comme dans le préau. La harde de loups se regroupe toujours dans les coins. Manifestant une sur-humanité incontestée que les autres aimeraient aussi manifester, mais ceux-ci atteignent à peine le niveau de sous-hommes d’ailleurs indispensables pour faire ressortir les performances sur-humaines. De leurs recoins obscurs ils étendent brusquement les jambes, et presque chaque fois tel fils à sa maman ou telle fille à son papa en jupe à carreaux fait un vol plané. »


Les camarades de jeu ne valent pas mieux : Hans, l’ouvrier aux beaux muscles et à la tête creuse. Il renie les convictions libertaires de ses parents : père fusillé à Mauthausen, mère passant son temps à coller des affiches, mettre sous enveloppes des tracts à l’intention du Parti. Hans rêve de belles bagnoles, de jazz et… de Sophie. En attendant, il entretient une liaison incandescente avec Anna.
Sophie « de », aristocrate, belle blonde sportive, famille très aisée, « propre sur elle ».

« Sourire blanc de Sophie, pure vierge lainée à qui un peu de woolite suffit. »


Elle est peut-être cependant la plus dangereuse du groupe, en tout cas la plus perverse.

Elfried Jelinek qualifie cet ouvrage de satire, terme important qui explique l’exagération, l’outrance, voire l’humour, même s’il est au second degré. Jelinek tire à boulets rouges sur la société autrichienne de l’après-guerre, hypocrite, non dénazifiée. On pense à Thomas Bernard, mais en plus noir ; plus encore au cinéma de Michael Hanecke (« Funny games » par exemple). On pense aussi aux performances extrêmes du groupe d’avant-garde des activistes viennois.
Jelinek a manifestement été marquée au fer rouge pendant son enfance et son adolescence. Elle a survécu grâce à l’écriture qui lui a permis de véhiculer une terrible violence interne. Je pense qu’il y a beaucoup d’elle dans le personnage d’Anna.
Un prix Nobel je pense bien mérité. Je vais poursuivre avec cette auteure (mais il faut des moments propices)  Very Happy


Mots-clés : #jeunesse #regimeautoritaire #satirique #sexualité #violence
par ArenSor
le Lun 25 Mar - 19:40
 
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Sujet: Elfriede Jelinek
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Vues: 450

Le One-shot des paresseux

Tout ce que je suis d'Anna Funder

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire 41hi4f10

Berlin,1933, leur vie bascule. Militants anti-nazis, persécutés, exilés, la photographe Ruth Becker, son mari Hans, l'écrivain socialiste Ernst Toller et son amante, l'ardente Dora, tentent depuis Londres d'alerter le monde sur la menace hitlérienne – en vain. Leur fraternité vacille, Dora est assassinée. Soixante-dix ans après, exhumant les Mémoires d'Ernst, Ruth se souvient... Inspiré d'une histoire vraie, ce magnifique roman d'amour et d'espionnage tisse les destinées tragiques de ces héros de l'ombre dans un hommage virtuose


Juste pour vous parler de ce roman, qui finalement n'en est un que pour la narration, mais qui parle de l'Allemagne de 1914 à 1939, des mouvements pacifistes, en retraçant l'action de personnages réels et qui ne laisse qu'une envie : celle de lire les écrits d'Ernst Toller pour mieux comprendre comment une nation peut ainsi basculer.

Du roman à l'essai autobiographique.


mots-clés : {#}historique{/#} {#}politique{/#} {#}regimeautoritaire{/#}
par Invité
le Jeu 7 Mar - 18:52
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Renato Cisneros

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La distance qui nous sépare

traduit de l'espagnol( Pérou) par Serge Mestre

Dédicace: A mes frères et soeurs dont le père s'appelait comme le mien.

En exergue: Soy hombre de tristes palabras. De qué ténia y tanta, tanta culpa? Si mi padre siempre ponia ausencia: y el rio ponia perpetuidad

                           João Guimarães Rosa La tercera orilla del mundo



Un après midi de 2006, tandis que je lisais L’Invention de la solitude de Paul Auster,je remarquai la photo . Elle était là, juste dans mon champ de vision. Dans deux passages de ce roman-chapitre 7 et 8 de la deuxième partie Livre de la mémoire- Paul Auster narre les prouesses maritimes de deux personnages qui mènent à leur terme une recherche intime du père: Jonas et Pinocchio. L’un est biblique, l’autre littéraire. Je possédais déjà une grande sympathie pour eux: j’appréciais leur rébellion contre leur nature, leur besoin de dépasser ce qu’ils étaient amenés à être. Jonas ne voulait pas devenir un prophète ordinaire. Pinocchio ne voulait pas se contenter d’incarner seulement une marionnette. Jonas renonce à la mission que Dieu lui a confiée- aller prêcher parmi les païens de Ninive- et il fuit en embarquant sur un navire. En pleine traversée, une immense tempête se déchaîne. Jonas sait qu’elle est l’oeuvre de Dieu et demande aux marins de le jeter à l’eau pour faire cesser la fureur des flots. Ils le font. L’orage s’arrête et Jonas coule un instant avant d’être avalé par une baleine, dans le ventre de laquelle il reste trois jours à prier pour son salut. Dieu entend ses prières, pardonne sa désobéissance et demande au monstre de le vomir sur une plage. C’est la même choses qui arrive à Pinocchio. Dans le roman de Carlo Collodi, une énorme vague fait chavirer la barque de Gepetto. Manquant se noyer, le vieux menuisier est entraîné par le courant en direction d’un grand requin asthmatique qui l’avale comme un vermicelle. Le courageux Pinocchio cherche Gepetto sans trêve. Lorsqu’il le retrouve, il le charge sur ses épaules et attend que le requin ouvre la bouche pour s’échapper en nageant dans l’obscurité. Jonas est sauvé des eaux par son père. Pinocchio, lui, sauve son père des eaux. Paul Auster se demande, et je me demande avec lui: est-il vrai qu’on doive s’enfoncer dans les profondeurs et sauver son père pour devenir un homme? Depuis que j’ai lu L’Invention de la solitude, la photo prise à Piura n’est plus seulement la photo de Piura. Elle est devenue une photographie fétiche, de celles qui ont été prises à une certaine époque, mais dont le sens véritable se révèle bien plus tard. A présent, je comprends mieux le rituel de cet enfant de cinq ou six ans qui plongeait d’une façon aussi extraordinaire. Chaque fois que j’observe la photo, ce gamin me renvoie la même inéluctable mission: Lance-toi à l’eau! Cherche ton père!




Renato Cisneros l'a cherché et c'est sa vision que l'on retrouve là dans ce roman-enquête -touffu, sans aucune concession , très honnête et très courageux  qui nous présente un personnage qui, le moins que l'on puisse dire, n'est pas particulièrement attirant.

Un matin,j'ai compris que mon but n'était pas de dessiner un profil, de faire une biographie ou de réaliser un documentaire; j'avais juste besoin de remplir certains espaces vides à l'aide de mon imagination, car mon père était également composé- ou est surtout composé- de ce que j'imagine qu'il fut, de ce que j'ignore et restera toujours une interrogation.


Ni procès, ni éloge, mais la construction fictionnelle d'un homme dans toute sa complexité.

Un livre passionnant pour qui s'intéresse justement à la complexité des relations humaines et particulièrement dans le cadre des familles.


mots-clés : #biographie #regimeautoritaire #relationenfantparent
par Marie
le Dim 10 Fév - 17:12
 
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Sujet: Renato Cisneros
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François Vallejo

Oui, il a quand même publié 13 bouquins, il doit avoir quelques partisans!

Hotel Waldheim

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Quand il avait 16 ans, Jeff, le narrateur  a passé un mois d’été à l’hôtel Waldheim de Davos avec sa tante. Il a joué le jeune homme important avec les adultes, les observant, parlant histoire et culture, échangeant des points de vue. Trente ans après surgit Frida, dont le père, qui  séjournait à l’hôtel au même moment, a disparu peu après, et qui cherche à reconstituer l’histoire. L’hôtel était en fait le point central d’un réseau qui aidait des historiens à fuir la RDA. Non seulement Fred n’y a vu que du feu, mais en plus il a sans doute, par son rôle de messager entre les estivants, permis à la STASI de repérer et punir les responsables.

Curieuse confrontation que celle du flou  de la mémoire d’un été apparemment anodin, et des archives de la Stasi, également capables d’erreurs,  qui le révèlent bien différent.

Le livre consiste en la confrontation houleuse de Jeff et de Frida, joue sur le travail de la mémoire, ses effacements, ses distorsions, confronte vérité et croyances dans un thriller astucieux et ironique. La narration est surprenante, privilégiant le style indirect dans les nombreux dialogues. Ceci  induit comme un recul malicieux, une distance flegmatique, qui font l’un des charmes de ce roman de villégiature , placé sous l’influence de Thomas
Mann et sa Montagne Magique . Petite déception sur le final, où je m’attendais à plein de révélations supplémentaires, et qui se limite à renvoyer Jeff à sa vie ordinaire, qu’aura seulement pimenté cet épisode pour le moins insolite.

Mots-clés : #regimeautoritaire
par topocl
le Mer 6 Fév - 18:31
 
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Sujet: François Vallejo
Réponses: 4
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