Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 25 Oct - 23:53

60 résultats trouvés pour xxesiecle

Raymond Queneau

Les Derniers Jours

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Les_de11

C’est le Paris du début des années vingt (celui de Landru, d'Einstein et du boxeur Georges Carpentier, qui connaît une « défaite par queneau-coutte »), plus précisément autour du café Soufflet (quartier latin, vraisemblablement le Soufflot, dans la rue du même nom).
Peu à peu, trois hommes âgés s’y réunissent régulièrement pour le pernod, servi par Alfred le serveur perspicace et philosophe qui, féru d’astrologie et de statistiques, devine volontiers l’avenir. Le narrateur omniscient/ auteur consacre quelques chapitres spécialement réservés aux commentaires de ce dernier sur le retour saisonnier des choses.
« Tout ça, ce sont des histoires de planètes. Les planètes tournent en rond comme les gens. Moi, je reste fixe au milieu des soucoupes et des bouteilles d’apéro et les gens tournent autour de moi ; en rond, avec les saisons et les mois. Moi, je ne bouge pas, eux, ils tournent et se répètent. Ils sont plus ou moins contents de ça. Moi, je les regarde, mais ça ne me regarde pas. »

Les trois habitués sont le mystérieux M. Brabbant (ou Martin-Martin ou Blaisolle), M. Tolut, professeur d’histoire et géographie à la retraite qui regrette de n’avoir jamais voyagé, et son beau-frère, M. Brennuire, homme d'affaires.
Queneau nous fait d’autre part entrer dans le milieu étudiant, avec ses conventionnelles routines de dégoût ennuyé des études et goût blasé de l’épate : Tuquedenne, Rohel, insolent et séducteur, Wullmar, d’un milieu aisé, et Hublin, qui est attiré par le spiritisme et l’au-delà.
Vincent Tuquedenne, Havrais en « philo(sophie) » à la Sorbonne et timide avec les dames, qui « faisait profession de foi de pessimisme » et se réfugiait volontiers dans la lecture (personnage qui ne paraît pas dénué de résonnances autobiographiques), dans son désarroi se pose des questions métaphysiques.
« Certes, aucune de ces choses n’avait en elle-même sa raison d’être et toutes, plongées dans le devenir, étaient destinées à périr. Qu’était-ce que leur réalité. Ne dépendait-elle d’autre chose que d’elles-mêmes ? Où donc était leur réalité ? Qu’est-ce qui faisait leur réalité ? Était-ce l’Être, était-ce l’Un ? Si l’Être constituait la réalité des choses, pourquoi donc ces choses n’étaient-elles pas, car ce n’est pas être que d’être voué au ne-plus-être ? Si c’était l’Un, pourquoi donc étaient-elles plusieurs ? Pourquoi donc y avait-il des choses, pourquoi donc devaient-elles périr ?
[…]
Comment les sauver ? Oui, comment sauver les choses ? Comment arracher les choses au néant, comment les délivrer de l’Être ? Comment donner au particulier sa raison d’être en lui-même ? Comment donner à l’instant, et le devenir et l’éternité ? »

Les destinées des personnages s’intriquent, solitudes empêtrées dans le quotidien et qui prennent conscience de l’inéluctabilité de leur mort s’approchant sans répit, puis le roman d’abord plaisant sombre dans la dépression macabre (il a été écrit dans l’ombre portée de la Seconde Guerre mondiale qui approche, et publié en 1936).
Les étudiants vont se séparer pour accomplir leur service militaire, et en attendant attendent.
« C’étaient des jours sans buts, des journées sans espoir. »

Tolut, dans sa mauvaise conscience professionnelle d’avoir enseigné ce qu’il ne connaissait pas en réalité, fréquente les enterrements et les cimetières avant de se suicider.
« ‒ Oui, c’est l’âge, l’âge qui grandit. C’est comme un animal, l’âge, monsieur. C’est un animal qui grandit, qui grandit, qui grandit encore et qui finit par vous dévorer tout vivant. »

Brabbant, petit escroc qui devient honnête par ambition pour finir enfin riche, meurt de peur, de même que Brennuire, nous apprend Alfred :
« On occupe les places vides pour la prochaine hécatombe et le tour recommence. Et les saisons reviennent qui se tiennent par la main et moi je reste à les regarder en tournant la manivelle. »

De l'excellent Queneau !

Mots-clés : #jeunesse #mort #philosophique #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Mar 20 Oct - 0:44
 
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Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 35
Vues: 1823

Blaise Cendrars

Bourlinguer

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Bourli10
Roman, 1948, 435 pages environ.

Onze récits ou peintures, de taille variée, tous intitulés du nom d'un port maritime, réel ou...capillotracté (le dernier):  Venise, Naples, La Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon, Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg, Paris port-de-mer.

Après, que Gênes se déroule principalement à Naples puis en mer, Bordeaux à Rio-de-Janeiro et Hambourg à Aix-en-Provence (par exemple) s'avère au final de second plan.
Le corpus, l'étoffe de l'ouvrage, se trouve dans Gênes et Paris-port-de-mer.    

La part d'autofiction, dans ces récits où l'on veut croire à l'autobiographie fût-elle partielle et partiale, reste à déterminer (mais je suis certain que biographes, exégètes et universitaires ont sévèrement pioché sur le sujet).

L'écriture revêt une apparence plutôt cahotique, empreinte d'une liberté certaine et qui, en soi, évoque justement le fait d'errer, de bourlinguer, le style peut changer en cours de route, même au sein d'un chapitre (ou récit).
On l'imagine, frappant sur sa Regmington portative des cinq doigts restants, ceux de la main gauche, s'accordant toute latitude, jeune soixantenaire n'ayant plus à prouver à autrui ni à se faire un nom, une place au soleil.
Le projet initial devait, pour l'anecdote, être assez bref et servir de support à des illustrations, cela pour un tout autre résultat au final !

J'ai lu ce Bourlinguer avec une lenteur extrême, excessive, j'ai fait durer, même pas par plaisir, encore moins par ennui, peut-être une façon de lecteur de s'accomoder de la bourlingue (?).
La plume de l'auteur ne justifie pas forcément cette lenteur:
Celle-ci est fluide en général, voire même alerte.

Toutefois quelques surprenantes phrases "à la Proust", sur une demi-page ou plus, avec de longues propositions entre virgules et points-virgule, viennent émailler les récits, comme une curiosité disparate: je sais gré à l'auteur (et à l'éditeur ?) de ne pas les avoir aménagées ou reconstruites, à prétexte de cohérence ou de netteté, le désordonné convient à ce livre, peut-être est-ce la façon autobiographique ad hoc, pouvant "rendre" l'auteur (?).  
Il faudra peut-être que je me replonge un jour dans sa poésie que j'estimai, il y a longtemps déjà, pas suffisamment raffinée, ou fine - à voir.

Je fus étonné que Cendrars cite Rémy de Gourmont comme son maître en écriture (avant Balzac), je n'ai jamais abordé cet auteur: c'est malin, maintenant je suis tenté d'y jeter un œil...et reste un peu sur ma faim quand il parle de ses copains devenus très célèbres, type Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, etc...

Cela démarre sur une fiction historique, une semi-fiction plutôt, la seule part de l'ouvrage à ne pas s'inscrire dans l'autobiographie (l'autofiction, parfois ?), Venise. C'est à lire comme une nouvelle à part, assez goûteuse.

Venise a écrit:Le 11 novembre 1653 une tartane appareillait de Venise à destination de Smyrne, et, malgré l'approche du mauvais temps dont les premiers effets se faisaient déjà violemment sentir au débouquer, matelots et marchands faisaient cercle autour de l'unique mât au pied duquel un passager clandestin était attaché torse nu et recevait une raclée. C'était un gamin de quatorze ans que les gardes-marine avaient découvert à fond de cale et amené au patron de la barque.
"Vingt coups de garcette, s'était écrié le capitaine, et flanquez-le moi par-dessus bord !"
Le pauvre gosse tortillait de la croupe, hurlait, invoquait la Sainte Vierge.


S'ensuivent de brefs récits plaisants, Naples (sur ce port Cendrars reviendra dans Gênes, c'est son enfance), La Corogne histoire d'évoquer Picasso, qu'il a fréquenté, Bordeaux pour parler d'un ami français du Brésil, Brésil qui reviendra dans Paris Port-de-mer, Brest, une évocation en deux pages et son premier émoi amoureux d'enfant tirant vers l'adolescent, Toulon, une garçonnière de marin louée et sous-louée, Anvers, récit déjà plus étoffé, une virée cocasse un peu à la chemineau fauché, époque Cendrars étudiant, en compagnie d'un pote incroyable, un certain Korzakow, pour récupérer une cargaison de livres à dédouaner...

Gênes ensuite, récit-nouvelle de taille peu proportionnée aux précédents chapitres (75 pages environ), l'enfance napolitaine, le cœur du propos.
Très riche et touffu.
Une épine d'Ispahan, un présumé tombeau de Virgile, une vie de famille, une amourette d'enfant, le lépreux roi de la Calade et sa Cour des Miracles, puis l'embarquement pour Gênes après boire.
Dans ce récit, Cendrars égratigne (oh, légèrement) Virgile et Francis Jammes, iconoclaste, va, moi qui les bade tant !  
Gênes a écrit:La première a été La Goulue, qui rôdait autour du Figaro pour tâcher d'apercevoir son fils qui travaillait dans la boîte. Il y aurait un livre à écrire avec ce que La Goulue m'a raconté cette nuit-là. Mais, sait-on jamais ? ...
"Pourquoi est-ce qu'on t'a appelée La Goulue ? lui demandai-je.
- Ce que tu es bête, tu n'as pas scompris ? me répliqua la vieille grosse femme. C'est que j'étais mince comme un fil et que j'avais toujours faim quand j'étais môme, et cela faisait tellemet rire les vieux messieurs avec qui je marchais pour bouffer que je n'arrivais pas à me rasssier, qu'ils m'ont appelée La Goulue. Je n'arrêtais pas de boulotter. Tu as pigé, maintenant ? Dis, tu paies encore un viandox ? C'est bon.
- Et tu habites où, maintenant ?
- Á Saint-Ouen, dans une roulotte, avec un bel Italien.
- On peut venir te voir ?
- Ne t'y risque pas, petit, l'homme est jaloux."

  Tel fut l'essentiel des propos d'une ancienne reine de Paris, sans rien dire de tout ce qu'elle me raconta sur ma demande de Toulouse-Lautrec, du prince de Galles, du dressage des lions, des nuits au Moulin-Rouge, à Tabarin, de Valentin le Désossé, de Grille-d'Égout, dans la journée clerc de notaire, etc., sans rancœur et sans un mot d'amertume, elle, qui mendigotait maintenant en tendant dans le creux de sa main sale un paquet entamé de chewing-gum.
  "Tu comprends, hein, c'est pour la frime, me confiait-elle en rigolant. Tiens, donne-moi cent sous pour le premier métro. Tu es gentil.
- Tu ne veux pas que je te ramène à Saint-Ouen en taxi ?
- Et que dirait mon homme, tu n'y penses pas ? ..."

  On a beaucoup écrit sur elle, mais pas ça.
 Il n'y faut pas beaucoup de talent, mais l'amour du vrai.
 Et le sens de l'être.  


Rotterdam, qui vient ensuite, est magnifique. La scène des étrennes foirées couplée avec le énième accouchement de la sœur du marin, sous le regard impassible et dur de son homme, le beau-frère de l'ami de Cendrars qui n'avait pas paru au pays depuis "des années et des années", enchaînée sur la bagarre virant rixe puis combat de rue généralisé est, selon moi, parmi ce qu'il y a de mieux et de plus enlevé, littérairement parlant, dans l'ouvrage.  

Hambourg. L'histoire d'un jeune, un gamin presque, déserteur du travail volontaire en Allemagne, qui franchit la ligne de démarcation, se fait aider par Cendrars qui vit alors à Aix en Provence, pour rejoindre le maquis, orné de quelques propos savoureux avec les tauliers du restau où Cendrars a son rond-de-serviette, puis l'évocation de Hambourg sous les bombes.

Paris, port-de-mer est un peu le pendant de Gênes pour la longueur et aussi pour l'histoire, à la va-et-vient, errance du propos - libre bourlingue de l'auteur-.
Il confie beaucoup, comme c'était le cas dans Gênes, intéresse, captive parfois, nous pond à l'occasion quelques-unes de ces surprenantes interminables phrases, ce côté énumérant, foisonnant, emphatique, mais aussi brillant, pointilliste dans les détails, le regard du lecteur, qui paraît être un peu trop conduit, s'emplit néanmoins de cette force évocatrice -et prosodique, enfin du moins je trouve-:
Sont-ce là de libres numéros de charme, ou peut-être est-ce un hommage à Balzac  ?
Échantillon, voyez plutôt:
 
Paris, port-de-mer a écrit:
La caravane venait des lointaines plantations deux fois par an, à date fixe. En descendant, elle ne restait que deux, trois jours, histoire de laisser souffler les bêtes, puis elle repartait, plus loin, plus bas, livrer les précieuses récoltes et autres denrées rapportées des hauts plateaux, allant jusqu'au Chili des tremblements de terre, s'arrêtant dans les ports du Pacifique, poussant jusqu'à Valparaiso. Les bêtes de charge trimballaient dans des petits sacs de cuir du café en tous petits grains et d'une qualité unique au monde, ainsi que des graines de cacao, des ballots de laine, de crin végétal, des chargements de coton, des peaux de vison et de chinchilla fourrées dans des longs sacs de toile en cacolet sur l'échine, des fourrures de vigogne, des lainages précieux dans des housses, et jusqu'à des boules de caoutchouc venant des forêts du Mato Grosso et de l'Amazonie dans des cageots, de la farine de manioc, du maïs en des paniers tressés fin, du coca, de la quinine en fagots d'écorces ou quill's, des piments plus recherchés que ceux de Tucuman, de la cochenille, des cantharides, des champignons de longue-vie en poudre dans des calebasses cachetées, du miel sauvage en barillets, des pains de sucre, de la cire, de la résine odoriférante, de la gomme en barres et en morceaux et en mottes, et il y avait toujours dans le convoi quelques bêtes lourdement chargées de blocs de cristal de roche ou de quartz qui faisaient crever leur bât. En tête venait le père, dont les arçons étaient remplis de petites bourses en maroquin pleines de poudre d'or, de perles blanches et de menus diamants, de saphirs, d'émeraudes, de grenats, et les baculs des montures des Indiens qui l'entouraient, un peloton de jeunes, sélectionnés pour leur intelligence ou leur taille, armés d'une lance et deux ou trois d'une carabine, comme lui à cheval et bien assis dans leur haute selle à San Bento, les pieds nus, le gros orteil passé dans l'étroit étrier et à l'un ou à l'autre talon l'éperon à l'espagnole, très long et à grosse molette tri-branche acérée ou se terminant en croc dangereux comme un ergot de coq de combat, étaient gonflés de lingots d'argent. Derrière ce groupe trottinait la Sante-Maria ou Madre, la Mule-Mère, la maîtresse bête de la caravane, toute carapaçonnée de grelots de cuivre et de bronze et habillée de lambeaux de flanelle rouge et des rubans, la crinière, la queue tressées, les sabots dorés, les oreilles ornées d'un plumeau d'aigrettes, les yeux faits, maquillés au bleu, à l'ocre, à la craie jaune, une campane d'argent sous le menton dont le carillon entraînait les autres bêtes et portant sur son dos une image de Santa Rosa de Lima. En queue, les arrieros criards, montés sur des mulets de rechange, poussaient devant eux les bêtes éclopées et celles qui ployaient sous les charges de fourrage, une équipe munie de frondes et de sarbacanes qui veillait à la bonne tenue en ligne du troupeau et à la marche régulière de la caravane, frappant les bêtes de loin d'un coup de pierre pour les faire rentrer dans la file ou envoyant dans la tête à longues oreilles de celles qui avaient tendance à s'arrêter en chemin ou à s'écarter du sentier, d'un puissant coup de souffle, de la grenaille de plomb.  




Mots-clés : #autobiographie #voyage #xxesiecle
par Aventin
le Sam 3 Oct - 7:32
 
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Sujet: Blaise Cendrars
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Vénus Khoury-Ghata

Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Vzonus11
2019, 170 pages environ.


Boulimique d'écriture et de liaisons, une vie d'une rare dureté, faite d'épreuves dont on ne se relève généralement pas.

Hors ceci, Marina Tsvétaïéva est et restera une poétesse-phare de la langue russe au XXème -si je puis conseiller son recueil Insomnie, lequel s'ouvre sur de très touchants poèmes saphiques-, cet opus de Vénus Khoury-Ghata permet d'apréhender le phénomène:

Marina Tsvétaïéva ce sont plusieurs vies, généralement misérables et déchirées, et un talent multi-facettes boudé de son vivant, du moins après la révolution d'Octobre mais reconnu et pleinement appréhendé de nos jours (autre exemple, ses traductions, surtout celles du russe vers le français, étaient dédaignées à son époque, elles font autorité aujourd'hui).

Le livre s'ouvre sur Marina Tsvétaïéva, revenue en Russie, dans une masure insalubre à Elabouga (Russie), en haillons, qui gratte les sillons de la terre gelée de ses mains pour glaner quelques pommes de terre échappées à la récolte, efin de nourrir son fils Mour, qu'elle se plaît à croire issu de plusieurs pères, avant de se suicider par pendaison au bout de sa trajectoire d'errante misère.

Elle fut de la très haute société moscovite du temps du Tsar, puis épousa un futur Blanc (Serge) contre l'avis paternel (déjà rebelle). Déçue par la France, mais aussi par l'Autriche et l'Allemagne, l'exil de la haute société russe bardée d'argent, par les cercles et coteries littéraires françaises et occidentales, marquée par la mort de faim de sa fille Irina dans un pensionnat et la culpabilité qui va avec, puis par les rapports détestables qu'elle entretient avec sa fille Alia, très douée, qu'elle refuse de mettre en pension et dont elle se sert comme souillon, comme bonne à tout faire. Marina Tsvétaïéva n'a jamais su être mère.

Déçue aussi par Natalie Clifford Barney et Renée Vivien, leur cercle huppé littéraire et saphique, dans lequel, paraissant en haillons (elle, née princesse !) parmi ces belles dames en atours splendides, elle est une curiosité, l'ornithorynque dans le lac aux cygnes.

En dépit de ses engouements, de ses amours, de ses contacts tellement multiples (Rilke avec lequel elle entretint une longue correspondance, Mandelstam, Gorki, Nicolas Granki, André Biely, Anna Akhmatova, Pasternak, Nina Berberova, Ilya Erhenbourg, etc....) elle choisit l'irrémédiable, retourner en Russie prétextant que les littérateurs de l'exil ne valent pas ceux restés au pays, malgré ce que cela signifie: une mort encore plus misérable qu'en occident, la prison ou à tout le moins l'exil (ce sera Elabouga).

Vénus Khoury-Ghata, inspirée, nous narre cela d'une écriture dure, sans concession, aux teintes bleu-froid. Avec son côté cru, son refus d'apitoiement (il eût été si facile de signer une bio qui fût un tantinet mélo, mais la grande dame de Bcharré ne semble pas manger de ce pain-là...).

Volochine a vite compris que tu étais une sauvage incapable de penser comme tout le monde, incapable d'adhérer à un mouvement.
 Tu l'amusais alors que tu voulais attirer son attention.
  C'est chez lui à Koktebel en Crimée que tu as rencontré le jeune Serge Efron, épousé un an plus tard contre l'avis de ton père incapable de s'opposer à tes désirs. Tu imposais ta volonté, imposais une écriture qui n'avait aucun lien avec celle des poètes qui t'ont précédée.
Tu fascinais, dérangeais. Tu faisais peur.





Mots-clés : #biographie #ecriture #immigration #portrait #violence #xxesiecle
par Aventin
le Dim 6 Sep - 10:09
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Henning Mankell

Le Dynamiteur

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire 13881110

Le narrateur est quelqu’un qui a connu Oskar retraité, et qui s’efforce de composer sa biographie.
« Et le narrateur ? Oskar trouve qu’il remonte trop lentement son filet. »

De ce point de vue, ce roman s’apparente à la grande famille des témoignages sur les gens de peu.
« Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. »

C’est aussi un témoignage sur la condition ouvrière et les débuts du socialisme en Suède, le lent changement social, dans la conscience de l’insignifiance individuelle.
Est décrite la fameuse affiche de la pyramide du capitalisme, « We rule you » :
Tag xxesiecle sur Des Choses à lire We_rul10

Ainsi que pointé par Avadoro, la forme est originale, un éclatement des faits dans le temps (censé emboîter l’explosion dans le texte ?) Pour illustration, la table des matières me paraît démonstrative de cette structure (et pour une fois que les éditeurs nous font la grâce d’une table des matières !) :
Le faire-part
1962
1911
L’île
Les sœurs
Les coups de rame
Oskar Johansson
L'accident
Les mots clés
Elly
Oskar Johannes Johansson
Magnus Nilsson
Elvira, la sœur d'Elly
Le membre du parti
L'iceberg
Le retraité
Oskar, quarante-quatre ans
L'affiche
Le processus du développement photographique
D'un seul coup de dynamite, et bien le bonjour de ma part.
Été 1968
Les souvenirs
Oskar Johansson 1888-1969
Après

La forme donnée par Mankell à son livre ne m’a cependant pas gêné dans la perception de ce destin à la fois simple et digne de mémoire.
Quoique peu féru de littérature engagée, ici le traitement m’a paru adéquat ‒ sans doute parce qu’il ne s’y résumait pas.

Mots-clés : #biographie #mondedutravail #politique #social #temoignage #xxesiecle
par Tristram
le Sam 5 Sep - 0:10
 
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Sujet: Henning Mankell
Réponses: 44
Vues: 3460

René Barjavel

René Barjavel


Tag xxesiecle sur Des Choses à lire 51d95q10

                                Le grand secret

Quatrième de couverture a écrit:
C'est l'histoire d'un couple séparé par un extraordinaire événement, puis réuni dans des circonstances telles que jamais un homme et une femme n'en ont connu de pareilles. C'est aussi l'histoire d'un mystère qui depuis 1955, a réuni, à l'insu de tous, dans une angoisse commune, par dessus les oppositions des idéologies et des impérialismes, les chefs des plus grandes nations. C'est ce "grand secret" qui a mis fin à la Guerre Froide, qui a été la cause de l'assassinat de Kennedy qui rend compréhensible le comportement de De Gaulle en mai 1968, qui a rendu indispensable les voyages de Nixon à Moscou et à Pékin. Il n'a rien à voir avec la guerre ou la bombe H. C'est le secret de la plus grande peur et du plus grand espoir du monde. Il ne faut pas oublier que c'est un roman. Mais si c'était vrai? ...


150 pages avant de découvrir ce grand secret que je ne dévoilerai donc pas ici, il faut maintenir le suspens...tout du moins pour ceux qui ne l'ont pas lu, évidemment.... Wink

J'ai beaucoup aimé ce roman très imaginatif mais posant aussi de bonnes questions ...paru en 1973 !!!
Ce grand secret qui serait à l'origine de tous les événements relatés plus haut, guerre froide, assassinat de Kennedy, etc.........et qui nous fait nous interroger sur les conséquences d'une telle découverte.....notamment celle des ressources terrestres....et la possible survie d'une société utopique qui a oublié le propre des humains....s'insurger contre des diktats qu'ils estiment liberticides.....et leur force de vie au final.......une force et une faiblesse en l'occurrence....On s'insurge contre la mort, cruelle, injuste, mais la vie sans la mort serait-elle possible  ?

Le seul bémol pour la féministe que je suis, la recherche obstinée de Roland, son amour disparu soudainement, par Jeanne (pendant 17 ans) au détriment de l'éducation de son seul fils.....là, j'ai du mal Smile Mais bon, c'est un roman d'anticipation....Very Happy

Un roman où l'on croise Kennedy, Nixon, Krouchtchev, Nehru, de Gaulle, tous ces grands personnages disparus...

Très bien conçu....très bien documenté...une grand part de réalisme...ce qui en fait toute sa force !

" Dans la deuxième partie des années 60, un certain nombre de savants et de techniciens de discipline de pointe, appartenant aux nations les plus diverses, furent soustraits à leurs activités.

A Meudon, Eugène Libert, astronome, rentrant chez lui à bicyclette le 7 septembre 1966, après une nuit d'observation, n'arriva pas à son domicile.

A Détroit, le 3 mars 1967, Albury King, chimiste, spécialiste des alliages d'aciers spéciaux, fut aperçu pour la dernière fois montant dans un autocar à destination de Ann Arbor. Il n'avait aucune raison de s'y rendre, et, en fait, il ne s'y rendit pas.

Le 29 août 1969, le biologiste hollandais L.Groning, le seul au monde à avoir réussi à maintenir en vie pendant quatorze jours un chimpanzé à la température zéro degré, revenant de vacances en Yougoslavie, entra en Allemagne fédérale à Schärding, et n'en ressortit nulle part.

Ainsi disparurent ou furent considérés comme ayant péri dans des accidents, un ingénieur américain travaillant pour la NASA au perfectionnement de cellules solaires, un pépiniériste allemand, toute une équipe russe qui poursuivait des recherches sur la nature de la gravitation, un hôtelier suisse, deux architectes, des ouvriers, en tout une centaine de personnes, hommes et femmes, chacun étant un des meilleurs dans sa spécialité. Le physicien japonais Kinoshita, atteint d'un cancer généralisé, fut retiré par sa famille de l'hôpital où il agonisait alors qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre. Le cercueil qui fut déposé une semaine plus tard dans son tombeau ne contenait qu'un sac de terre.

Ces disparitions n'attirèrent par particulièrement l'attention. Il disparaît chaque année dans le monde des dizaines de milliers de personnes qu'on ne retrouve jamais.



Mots-clés : #historique #sciencefiction #xxesiecle
par simla
le Jeu 3 Sep - 5:44
 
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Sujet: René Barjavel
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Ismail Kadare

Avril brisé

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Kadare10

C'est fou qu’il y ait encore des gens pour penser qu’une matière aussi visqueuse que le sang puisse « laver » quoi que ce soit ! Je ne sais pas s’il faut parler de fascination ou d’obsession sordide pour la « vendetta » dont il est tout le temps question dans Avril brisé. Il existe même des spécialistes du fameux « Kanun » pour résoudre des questions techniques un peu ardues. Ce qui est effrayant est qu’un meurtre ne suscite plus tellement de réaction émotive, ces « montagnards » trouvent la vengeance indispensable (tout aussi absurde, mais sans jamais l’avouer) elle ne répond pas un cri du cœur mais est réglementée par un code indiscutable. Les personnages sont des coquilles vides, asséchées. Les paysages n’attirent pas particulièrement l’attention parce qu’ils sont en fond, en décor, d’un récit extrêmement lent (et ici, cela m’a ennuyé) et centré sur l’action. On se croirait dans un western.

Là-dessus arrive ce couple (un écrivain et sa femme) venu étudier les mœurs dans ce plateau reculé d’Albanie, loin de Tirana. J’ai envie de dire que leur présence à cet endroit est aussi incongrus que dans le roman de Kadaré : leur histoire et leurs personnalités n’ont aucun intérêt, mais ce sont des voyeurs : « Vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez des motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c’est une beauté qui tue. » cite-t-on a juste titre dans le résumé du livre. Je ne sais quoi faire de cette « fascination » qui m’est absolument étrangère et que eux éprouvent pour cette marginalité sanguinaire, si encore ils étaient moins creux et si on parlait un peu moins des sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre… Que reste-t-il lorsque tout le sang est parti ? Rien. Il y a tout de même une image assez émouvante, celle de Gjorg apercevant un avion dans le ciel. Le lecteur avait oublié qu’on était à la fin du vingtième siècle.

Mots-clés : #traditions #vengeance #violence #xxesiecle
par Dreep
le Jeu 20 Aoû - 18:46
 
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Sujet: Ismail Kadare
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Richard Brautigan

L'avortement ‒ Une histoire romanesque en 1966

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire L-avor10

Le narrateur est bibliothécaire dans une bibliothèque spéciale :
« Je fais l’"ouverture" de la bibliothèque à neuf heures chaque matin et la "fermeture" à neuf heures du soir mais je suis sur place vingt-quatre heures par jour et sept jours par semaine, pour recevoir les livres. »

Les gens viennent y déposer les livres qu’ils ont écrit !
« L’emplacement des livres est sans importance aucune, car personne n’emprunte jamais de livres et personne ne vient jamais en lire sur place. Ce n’est pas ce genre de bibliothèque-là. C’est un autre genre de bibliothèque. »

Curieux auteurs :
« Dans ma maison un grand cerf, de Richard Brautigan. L’auteur était grand et blond, avec une longue moustache jaune qui lui donnait l’air anachronique. On aurait dit quelqu’un qui se serait trouvé plus à son aise dans une autre époque.
C’était la troisième ou la quatrième fois qu’il apportait un ouvrage à la bibliothèque. A chaque nouveau livre, il avait l’air un peu plus vieux, un peu plus fatigué que la fois précédente. Il avait encore l’air jeune, du temps où il avait apporté son premier livre. Je ne me souviens plus du titre, mais cela parlait, je crois, de quelque chose, en Amérique.
"Et celui-ci, de quoi parle-t-il ?" lui ai-je demandé, parce qu’il avait l’air de quelqu’un qui attend qu’on lui pose une question.
"Bof, c’est un livre. Sans plus", a-t-il répondu.
J’avais dû mal interpréter son air d’attendre. »

« L’Œuf pondu deux fois, de Béatrice Quinn Porter. Selon la déclaration de l’auteur, ce recueil de poésies était la quintessence de toute la sagesse et la philosophie qu’elle avait acquises en vingt-six ans passés à s’occuper d’un élevage de poules, à San José.
"C’est p’têt pas de la poésie, m’a-t-elle dit, parce que moi, des études, j’en ai pas fait. Mais alors, question poules, faites-moi confiance, je m’y connais." »

Puis c’est la rencontre de Vida, délicatement gauche, excessivement attirante :
« Elle était la copie conforme des plus fous désirs de l’homme occidental de la seconde moitié du XXe siècle en matière de silhouette féminine : les seins lourds, la taille fine, de larges hanches et des jambes très longues dans le style du mobilier Playboy.
Elle était si belle que les gens de publicité l’auraient classée monument national, s’ils avaient pu lui mettre les pattes dessus.
Alors, ses yeux bleus virevoltèrent comme l’eau au fond d’une piscine et elle se mit à pleurer.
"Ce livre parle de mon corps, dit-elle. Je le déteste. Il est trop grand pour moi. C’est le corps de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas le mien."
J’ai fouillé dans ma poche et j’en ai sorti un mouchoir et une poignée de caramels. Les gens, en temps de détresse ou de chagrin, je leur dis toujours que tout va s’arranger et je leur donne des caramels. Cela les prend par surprise et leur fait du bien. »

Ils s’aiment, vivent ensemble dans la bibliothèque, puis elle est enceinte. Conseillés par son ami Foster, ils vont à Tijuana afin que Vida s’y fasse avorter.
« L’aéroport international de San Francisco est un lieu gigantesque, escalatoresque, marbresque et cybernétiesque et il tient à représenter pour nous une chose à laquelle nous ne sommes pas sûrs d’être encore tout à fait prêts. »

De retour à San Francisco, il est viré de la bibliothèque, mais la vie continue.
« Vida et moi, nous nous tenions la main. Nos mains étaient ensemble dans nos mains, tandis que notre vrai destin s’approchait de nous. Le ventre de Vida était plat et parfait et il allait le rester. »

Bien que mal traduit, le style de Richard Brautigan garde sa distinctive fraîcheur benêt et loufoque, poétiques divagations du flux de conscience filant de simples détails du quotidien, mais le passage à Tijuana est d’une tristesse rendue je ne sais comment.

Mots-clés : #xxesiecle
par Tristram
le Jeu 13 Aoû - 22:25
 
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Sujet: Richard Brautigan
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Bertolt Brecht

La vie de Galilée

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Tout à l'air si simple au début. Galilée est aux devants de la scène, il est intelligent, il enseigne, dit au petit Andréa comme à la cour, à l'Italie entière, qu'il suffit de regarder. Bien entendu tout cela va bien au-delà de la difficulté conceptuelle, Copernic est déjà passé par-là. De nos jours le nom même de Galilée incarne une idée du progrès scientifique (mais il était aussi très respecté de son vivant). Dans la pièce de Brecht, Galilée est juste un homme. "Juste" c'est-à-dire presque rien. Car "le grand homme" ne se heurte pas précisément à une montagne de préjugés, mais à un système bien établi, englobant éthique, philosophie et politique. Peu à peu le constat de son impuissance se fait plus lourd (le premier signe arrive d'ailleurs assez vite, par un refus d'augmentation...) et Galilée, quand bien même on l'écoute, déblatère dans le vide. Aucune voix, aucune incarnation ne porte la moralité du texte foncièrement pessimiste de Brecht. On revit dans une société qui s'est formée, s'est moulée dans les principes d'une autorité qui n'a même pas besoin d'être toujours présente, toujours menaçante. Ce qui est trompeur c'est qu'en fait de société, c'est surtout celle de Galilée qui s'agite sous nos yeux, où les réparties fusent, la bonne humeur et la confiance.


Mots-clés : #biographie #théâtre #xxesiecle
par Dreep
le Mer 12 Aoû - 10:40
 
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Sujet: Bertolt Brecht
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Paul Valéry

Monsieur Teste

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1894-1945, 130 pages environ dont une préface.

Au début était La soirée avec Monsieur Teste, qui a fait l'objet d'une publication à part. Puis quelques ajouts au fil des décennies, certains chapitres publiés, d'autres pas, jusqu'à l'édition définitive, qui comporte es adjonctions de notes et d'esquisses réunies par Paul Valéry "avec l'intention de les utiliser pour une nouvelle édition de M. Teste" (Gallimard 1946).

La soirée avec Monsieur Teste proprement dite, qui ouvre d'ailleurs l'ouvrage, peut être lue ici.

Que dire ?
Je me suis cramponné assez fort aux pages, mais j'avais envie de me remettre à la lecture de Monsieur Teste, que je n'avais pas eu le courage d'achever lors d'une première tentative, ancienne il est vrai.
Conscient que ce n'est pas ce livre-là qui va contribuer à atténuer la perception de Paul Valéry, comme un astre certes fort brillant, mais si éloigné, une planète étherée, gazeuse et glaciale, somme toute inhospitalière...
C'est une facette de ce géant des Lettres françaises de la première moitié du XXème siècle que je ressens à l'heure d'ouvrir son fil - d'autres lectures et commentaires seront plus amènes, sans doute, bien que celui-ci soit empreint du plus grand respect.  

Spéculation purement abstraite et intellectuelle, ce Monsieur Teste ?
Peut-être pas seulement.
Teste=Tête je pense (?), l'être cérébral par excellence, coupé du monde mais incontestablement de ce monde.

Bonne mine à citations et à réflexions, vivant, bien présenté/découpé (aéré), on accoste au livre en confiance.
J'ai pourtant refermé l'ouvrage avec ce sentiment d'être passé au travers, sans arriver à estimer si c'est partiellement, très partiellement, ou presque totalement.

Extraits du log-book de Monsieur Teste a écrit:Je sens infiniment le pouvoir, le vouloir, parce que je sens infiniment l'informe et le hasard qui les baigne, les tolère, et tend à reprendre sa fatale liberté, sa figure indifférente, son niveau d'égale chance.


La promenade avec Monsier Teste (incipit) a écrit:
Je me rencontre, l'été, le matin,, près d'onze heures, sur un trottoir plein d'oisifs, voisin de la Madeleine où j'ai pris l'habitude d'aller faire des pas, fumer, réfléchir à ce que dit le journal du jour, c'est-à-dire se raconter tout ce qu'il ne dit pas. Bientôt je me heurte à M. Teste qui médite en sens inverse sur la même ligne facile.
  Nous quittons chacun nos idées. Nous nous mettons ensemble et nous regardons le mouvement doux et incompréhensible de la voie publique qui charrie des ombres, des cercles, de fluides constructions, des actions légères, et qui apporte quelquefois quelqu'un de plus pur et d'exquis: un être, un œil, ou une bête précieuse faisant mille formes dorées et qui joue avec le sol.


Dialogue - ou nouveau fragment relatif à Monsieur Teste (incipit) a écrit: L'omme est différent de moi et de vous. Ce qui pense n'est jamais ce à quoi il pense; et le premier étant une forme avec une voix, l'autre prend toutes les formes et toutes les voix. Par là, nul n'est l'homme, M. Teste moins que personne.
  Il n'était pas non plus philosophe, ni rien de ce genre, ni même littérateur; et pour cela, il pensait beaucoup, - car plus on écrit, moins on pense.


Lettre d'un ami a écrit:Paris enferme et combine, et consomme ou consume la plupart des brillants infortunés que leurs destins ont appelés aux professions délirantes... Je nomme ainsi tous ces métiers dont le principal instrument est l'opinion que l'on a de soi-même, et dont la matière première est l'opinion que les autres ont de vous. Les personnes qui les exercent, vouées à une éternelle candidature, sont nécessairement toujours affligées d'un certain délire des grandeurs qu'un certain délire de la persécution traverse et tourmente sans répit. Chez ce peuple d'uniques règne la loi de faire ce que nul n'a jamais fait, et que nul jamais ne fera. C'est du moins la loi des meilleurs, c'est-à-dire de ceux qui ont le cœur de vouloir nettement quelque chose d'absurde...
Ils ne vivent que pour obtenir et rendre durable l'illusion d'être seuls, - car la supériorité n'est qu'une solitude située sur les limites actuelles d'une espèce. Ils fondent chacun son existence sur l'inexistence des autres, mais auxquels il faut arracher leur consentement qu'ils n'existent pas...


Mots-clés : #identite #xxesiecle
par Aventin
le Lun 3 Aoû - 18:11
 
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Sujet: Paul Valéry
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Le One-shot des paresseux

Alain Dister

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Né le 25 décembre 1941, décédé le 2 juillet 2008

Journaliste et photographe, a collaboré entre autres à Rock & Folk, Guitare Magazine, Actuel, Libération, etc...
Grand connaisseur du rock en général, des mouvements et des musiques des années 1960-1970-1980, qu'il a vécus "sur place", entendez entre Los Angeles, San Francisco, Detroit, Chicago, London, Paris, etc...

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Rock Critic
Sous titré: Chroniques de rock'n'roll (1967-1982).

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190 pages environ, dont annexe et préface. Compilation d'articles et d'interviews, un peu développés pour l'occasion, parus entre 1967 et 1982, édition 2007.

Un bon moment que cet ouvrage, peut-être mieux à sa place sur le fil d'ArenSor (Souvenirs, souvenirs), ou même pour certains passages sur celui de Bix (Blues) et les titres comme les artistes donnent des pistes pour garnir indéfiniment le fil Juke Box.
Alain Dister a remanié de fond en comble un premier jet, paru en 1987.

La truculence, un certain humour, le fait d'avoir vécu tout cela de l'intérieur. Quelques grands oublis peut-être - mais enfin c'est le jeu c'est ce qui distingue une compilation d'articles d'une somme visant à appréhender l'époque en ne laissant personne de côté.  

Le photographe n'est jamais loin du journaliste, quand il écrit; jugez plutôt cette mise en bouche:

Il pleut. Cité pourrie. Des piles de cartons effondrées jonchent les trottoirs. Des ombres courent, enjambant un clochard assommé par l'alcool. On m'a donné rendez-vous quelque part sur la 2ème Rue. Pour y arriver, il faut traverser tout le Bowery. Un monde, là, s'est écroulé. Quand on y arrive, on ne peut pas aller plus loin. C'est la fin avant le grand saut. Des milliers d'épaves humaines oscillent de bar en bar, s'écroulent n'importe où, dans des caniveaux que personne ne nettoie, sur des pas de portes fermées à tout jamais. Des yeux glauques dans des visages sans couleur me regardent passer avec une indifférence haineuse. On a peur de ce quartier, sans doute parce que n'importe qui peut y finir sa vie. J'arrive enfin devant l'objet de mes recherches. Un immeuble bas, en briques vaguement rougeâtres, seul debout au milieu de baraques éventrées qui servent d'abris nocturnes aux pauvres hères du coin. Une porte peinte en jaune, éclatante comme un soleil au milieu de cette désolation. Un écriteau: Third World, Love. Tout le premier étage - un ancien atelier de confection - a été transformé en studio.  



Ou cette évocation d'Elvis, et des années 1950 version US:
Le système tendait à faire des jeunes de braves cons bornés, susceptibles de bien voter et de consommer beaucoup. Ce système, toutefois, ne concernait que les Blancs, en majorité les WASPS (White Anglo-Saxon Protestants). Les Noirs, n'ayant pas encore acquis les droits civils n'avaient qu'à la boucler et croupir dans leurs ghettos, à chanter leurs machins rigolos. Ils n'étaient pourtant plus les seuls à les écouter. Depuis pas mal d'années, ils avaient organisés leurs propres médias: stations de radio à Memphis, petites marques de disques à distribution locale, circuits de concerts dans les bars et les baraques en planches (juke joints)  au bord des routes. Tous les grands bluesmen sont passés par là.

[...] c'est à lui [Sam Phillips] que rendit visite, un bel après-midi de printemps 1954, un grand camionneur timide et nonchalant, soucieux de se faire un petit extra en chantant des cantiques et des ballades locales. Le jeune Elvis avait aligné ses trente dollars et enregistré deux ou trois morceaux. Et puis, durant une pause, il avait empoigné une guitare et balancé un de ces trucs dingues diffusés sur une station noire, "That's All Right (Mama)".  
Il en avait rajouté un peu, imitant le côté expressif des chanteurs noirs.  Mais, pour Phillips, ç'avait été la révélation. En un éclair, il avait compris que cette musique, péniblement vendue à une clientèle noire fauchée, rapporterait des millions dès qu'elle serait accessible à la masse des jeunes blancs. Pour peu, bien sûr, qu'on peaufine les arrangements. Presley avait une belle voix, mais restait un guitariste limité. Il n'était évidemment pas question de lui adjoindre des accompagnateurs noirs. Le Sud raciste aurait hurlé. Des blancs qui connaissaient parfaitement les rythmes noirs, le R'n'B, le blues, il y en avait pas mal. Encore fallait-il qu'ils acceptent de se produire à côté de ce garçon un peu exhibitionniste pour le prude Tennessee.
L'un d'entre eux allait littéralement créer un nouveau langage de la guitare Rock: Scotty Moore. Les riffs qu'il a inventés sont encore en usage un peu partout.

 Mais les inspirateurs de Presley, que sont-ils devenus ? L'un d'eux, Arthur "Big Boy" Crudup, est mort dans la misère voici quelques années Auteur des premiers succès d'Elvis, il n'a jamais touché une tune de royalties. Presley n'était sans doute pas responsable de cette mesquinerie cruelle du show-business. Elle ne constituait qu'un des aspects du "barrage" établi contre la culture des Noirs, jugée dangereuse pour les fils de la blanche Amérique. (1977)      



Bref, un parfait ouvrage à trimballer, au format sac à dos ou sac de plage, ou encore transports en commun, n'oubliez pas de faire suivre le son et en avant la musique !
Mots-clés : #historique #musique #xxesiecle
par Aventin
le Mer 15 Juil - 22:03
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Littérature et alpinisme

Marie-Louise Plovier-Chapelle

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Une_fe10
Une femme et la montagne
éditions Flammarion 1954, 210 pages environ.




J'ai eu la joie de le trouver dans l'édition originale, malheureusement une vingtaine de pages, à peu près au second quart de l'ouvrage, ne sont pas lisibles.

Livre drôle, empli d'une cocasserie de répartie et d'un comique de situation, rendant hilarant des passages, où, sous une autre plume, il y aurait lieu de se lamenter, ce qui est une prodigieuse qualité.
Livre daté, où affleure ce qu'on prenait alors pour un déterminisme des sexes, aujourd'hui dépassé du moins en occident, donc qu'on ne saurait écrire aujourd'hui, qui hérisserait, ne serait guère publiable et pourtant, 1954, ce n'est pas si ancien.

Voilà une mère de famille du Nord, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, qui par amour des montagnes et par contraintes de guerre (zone libre/zone occupée) se retrouve dans les Alpes, s'initie au ski (celui de l'époque) et l'alpinisme, dont c'était quelque part encore l'âge d'or, le tout sur le tard.
Peu douée, mais dotée d'un moral en chrome-molybdène, d'une insouciance d'airain, sans jamais se prendre pour ce qu'elle n'est pas, notre Marie-Louise nous égrène avec légèreté et humour toutes les incongruités de sa situation.

Défilent dans ces pages ses enfants bien sûr, ainsi qu'Édouard Frendo, le fameux guide de Haute-Montagne, quelques amis, et en filigrane Gaston Rebuffat, Louis Lachenal, Lionel Terray, Gilbert Chappaz...

Pages de guerre, d'occupation et de maquis, aussi, et toujours cette bonne humeur, cette joie de mise même dans pires galères et les instants les plus critiques.  
Marie-Louise Plovier-Chapelle pratique sérieusement sans se prendre au sérieux, son nom est à jamais attaché à l'Aiguille du Roc dont elle signa la première en compagnie de son fils Luc, Édouard Frendo étant le guide et maître d'œuvre de la réalisation (photo de l'Aiguille de Roc en bas de message, - par ailleurs une des plus célèbres photos représentant Gaston Rebuffat est prise alors qu'il se tient sur ce sommet-là).

Et, ces travaux d'aiguille accomplis, reste le charme de sa plume alerte et rigolote, sans prétention, mais aussi juste (voir le 2ème extrait ci-dessous) et un grand chapeau bas à tirer à son intrépidité couplée à son humilité.


Au moment du coucher, un grave problème d'arithmétique s'imposa à tous les esprits: on parvint bien, à force de compression, à entasser onze personnes sur le bat-flanc supérieur conçu pour six, et autant sur celui du dessous, mais il restait le vingt-troisième et qui n'était pas divisible par deux !
  J'imagine qu'un examen approfondi des espaces interstitiels lui révéla que le moins exigu se trouvait précisément entre Luc et moi; toujours est-il que je sentis le tiers du poids du monsieur s'installer sur ma personne tandis qu'un calcul élémentaire me faisait présumer que le second tiers était sur Luc et le troisième dans le vide, mais le vide comptait-il ? Supportait-il une part du poids ?
  Mes connaissances en dynamométrie étaient insuffisantes pour que je puisse déclarer à coup sûr si la force de pesanteur devait être divisée par deux ou par trois.
  Cette incompétence me tracassait.
  Pour me débarrasser de cette obsession, je décidai, par des manœuvres savantes et patientes, d'amener la moitié de la personne dudit monsieur sur le bat-flanc, ce qui n'était possible qu'en plaçant la moitié de la mienne sur la sienne.
  Je ne fus guère bien inspirée !
Car le monsieur, au lieu de respirer d'une façon lente et régulière, qui aurait bercé mon sommeil, avait un petit souffle sec et saccadé qui me donna pour toute la nuit l'impression d'être dans un autobus corse ou dans un château hanté.
  J'eus des heurs pour me persuader de l'urgence qu'il y avait de faire voter par le comité responsable du Club Alpin Français un amendement interdisant l'accès des refuges aux ronfleurs et, aux jours de grande affluence, à tous ceux qu'une respiration saccadée apparente à une locomotive en surcompression.

Je me levai au petit jour complètement moulue.
- Puisque vous êtes si fatigués, nous n'allons faire que le Grand Dru, nous dit Frendo.
  Décision malheureuse, car la sécheresse des années précédents avait tellement abaissé le niveau du glacier que nous nous trouvâmes à l'attaque du rocher en présence d'une rimaye décollée de cinq mètres, dominées par un surplomb qui nous sembla tout de suite bien coriace.
- Les autres années le glacier monte beaucoup plus haut, tout ceci est dans la neige.
- Et pas un piton, bien entendu !
- On ne s'attendait pas à celle-là !
  Frendo essaye une première fois le passage qu'on descend généralement en rappel au retour de la traversée des Drus.
- Ça ne passe pas.
Nouvel essai à droite, puis à gauche sans plus de succès.


       
Recherche du danger alors ? Je ne crois pas: le danger en soi ne m'attire pas, je le déteste en voiture et ailleurs.
Peut-être victoire sur le danger, ce qui, en fin de compte, revient à dire: victoire sur soi-même, victoire sur la peur d'abord, victoire sur la fatigue, victoire sur les années qui passent, réalisation du meilleur de soi, réalisation plus complète, je pense, que dans nul autre sport, car je me refuse à considérer la montagne comme un sport.
[...]
Tout cela fait qu'on se sent meilleur, en montagne.

Les célèbres frères Ravier feront un écho involontaire à cette toute dernière affirmation, quelques années plus tard, en se demandant: à quoi ça sert tout ceci, si ça ne fait de nous de meilleurs hommes ?

" Un bloc de neige plus gros que les autres, détaché par une cordée ", eus-je le temps de penser avant de voir, bien plus bas, un très gros caillou qui rebondissait comme une balle, et de sentir en même temps un coup dans la nuque.
  Je hurlais de douleur et aussi parce que j'étais sûre que j'allais m'évanouir, je voulais les mettre tous en état de parer ma chute.
  Je ne m'évanouis pas.
- J'ai sûrement encore une vertèbre cassée, vous voyez bien que j'aurais mieux fait de ne pas insister et de redescendre quand je vous l'ai dit, c'était un pressentiment.
  Je sentais mon cou et mon épaule se contracter et d'engourdir.
- Jamais je ne pourrai descendre.
- Allons, allons, me dit Frendo, songez plutôt à la veine que vous avez eue de recevoir ce caillou à ma place !


Je quittai Chamonix avec l'espoir de revenir et je me demande pourquoi diable cela me remplissait d'aise, puisque, après tout, la preuve était faite que j'étais d'une maladresse tenace en montagne; mais, en plus de la maladresse, j'étais atteinte d'illogisme, maladie incurable pour moi et endémique, je crois, chez les alpinistes.


Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Aiguil10
Aiguille de Roc

Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #deuxiemeguerre #humour #xxesiecle
par Aventin
le Dim 12 Juil - 19:15
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Leonardo Padura Fuentes

Les brumes du passé

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Titre original: La neblina del ayer. Roman, paru en 2005, 335 pages environ.

Polar juteux pour lequel Padura utilise à nouveau, à ce qu'il semble, le personnage de Mario Conde (que je découvre pour ma part).
Mario Conde est un ancien policier démissionnaire, la quarantaine approchant la cinquantaine, reconverti dans la chasse aux livres aux fins de revente, mais aussi par amour des livres, l'intérêt en termes lucratifs ne se substituant pas toujours à l'intérêt, celui qui donne sens.
Pour sa bonne ou mauvaise fortune - lui-même n'aurait su le préciser - son départ de la police et son entrée dans le monde du commerce avaient coïncidé avec l'annonce officielle de l'arrivée de la Crise dans l'île, cette Crise galopante qui allait bientôt faire pâlir toutes les précédentes, toujours les mêmes, les éternelles, parmi lesquelles le Conde et ses compatriotes s'étaient promenés pendant des dizaines d'années, périodes récurrentes de pénuries qui commençaient à se ressembler, à cause de la comparaison inévitable et de la mauvaise mémoire, à des temps paradisiaques ou à de simples crises sans nom n'ayant pas droit, de ce fait, à la terrible personnification d'une majuscule.


Donc notre Mario Conde pratique le porte-à-porte, en pleine disette quant à la pêche aux livres qui peuvent rapporter à la revente, toque à une énième porte d'une maison de grande allure mais fort délabrée, sans le moindre espoir.  
Accueilli par un frère et une sœur, âgés, qui gardent-là leur maman, selon eux très âgée et folle.

Visiblement tous deux sont sans ressources et affamés. Ils ouvrent à Conde la porte de la bibliothèque, condamnée et intacte (hormis son dépoussiérage hebdomadaire, tranche des livres comprise) depuis quarante ans.

Un trésor bibliophile, sans doute la plus extraordinaire bibliothèque de Cuba, celle de la haute famille des Montes de Oca, lignée de dignitaires disparus sans descendance, le dernier dans un accident de la route en Floride où il venait de s'installer, fuyant le régime castriste post-Batista (bien qu'il entretenait de très mauvais rapports avec Batista).

Mais, tout en entreprenant petit à petit de vendre ces livres avec l'accord du frère et de la sœur, qui s'y résolvent en dépit d'un interdit formel, une promesse de leur mère, c'est bien autre chose que Conde découvre: une piste consistant en une feuille glissée dans un livre, menant à une voix extraordinaire, celle de la chanteuse de boléro disparue et oubliée Violeta del Río...

Très bien bâti, tenant en haleine (même si on devine peut-être un peu trop tôt l'assassin), écriture vive sans être foisonnante, les codes du polar sont là.

S'y greffent un panorama de la réalité de l'île au début du XXIème siècle, bien des références littéraires et bibliophiles cubaines passionnantes (sujet oblige), une peinture sociale et sociétale des années de la dictature castriste puis du monde d'après celle-ci, ainsi que de la fin du Cuba des années Batista, et, pour ne pas que cette culture-là, de premier plan dans l'île, soit en reste, de la musique cubaine de la seconde moitié du XXème.  

On s'y délecte d'un bel humour de dignité dans la misère, l'interdit et les fléaux, prouesse qui me fait penser, avec Georges Duhamel, que l'humour est la politesse du désespoir. Le tout enrobé de chaleur moite caraïbe.

J'ai passé plus de soixante ans à jouer dans tous les orchestres qui se présentaient, à lever le coude dans tous les bars de La Havane, à baiser jusqu'à l'aube sept jours sur sept, alors vous imaginez combien de gens du spectacle j'ai connus ?
Depuis les années 20, La Havane était la ville de la musique, de la jouissance à n'importe quelle heure, de l'alcool à tous les coins de rue et ça faisait vivre beaucoup de gens, non seulement des maestros comme moi, car tel que vous me voyez, j'ai passé sept ans au conservatoire et j'ai joué dans l'orchestre philharmonique de La Havane, mais aussi tous ceux qui voulaient gagner leur vie en faisant de la musique et avaient les couilles pour s'accrocher...
Après, dans les années 30 et 40, c'est devenu l'époque des salles de bal, des clubs sociaux et des premiers grands cabarets avec casinos de jeux, le Tropicana, le Sans Souci, le Montmartre, le Nacional, le Parisién et tous les petits cabarets de la plage où mon copain El Chori était le roi.
Mais dans les années 50, ça s'est multiplié par dix, parce que de nouveaux hôtels ont ouvert, tous avec des cabarets, et les night-clubs sont devenus à la mode; je ne sais pas combien il y en avait dans le Vedado, à Miramar, à Marianao et là, il n'y avait plus de place pour les grands orchestres, seulement pour un piano ou une guitare et une voix. C'était l'époque des gens du feeling et des chanteuses de boléros sentimentaux, comme je les appelais. C'étaient vraiment des femmes singulières, elles chantaient avec l'envie de chanter et elles le faisaient avec leurs tripes, elles vivaient les paroles de leurs chansons et cela donnait de l'émotion pure, oui, de l'émotion pure.
Violeta del Río était l'une d'elles...
[...]
On m'a dit que très souvent elle se mettait à chanter pour chanter, pour le plaisir, toujours des boléros bien doux, mais elle les chantait avec un air de mépris, comme ça, presque agressive, comme si elle te racontait des choses de sa propre vie.
Elle avait un timbre un peu rauque, de femme mûre qui a beaucoup bu dans sa vie (NB: elle avait 18-19 ans), elle n'élevait jamais trop la voix, elle disait presque les boléros plus qu'elle ne les chantait et dès qu'elle se lançait les gens se taisaient, ils en oubliaient leurs verres, parce qu'elle avait quelque chose d'une sorcière qui hypnotisait tout le monde, les hommes et les femmes, les souteneurs et les putains, les ivrognes et les drogués, car ses boléros elle en faisait un drame et pas n'importe quelle chanson, je te l'ai déjà dit, comme si c'étaient des choses de sa propre vie qu'elle racontait là, devant tout le monde.
  Cette nuit-là j'en suis resté baba, j'en ai même oublié Vivi Verdura, une grande pute qui mesurait au moins six pieds, que j'avais dans la peau et qui m'a piqué mes consommations. Et pendant l'heure et quelque, ou les deux heures, je ne sais plus, où Violeta a chanté, c'était comme marcher loin du monde ou très près, aussi près que d'être là devant cette femme, sans jamais vouloir en sortir...    
     


Merci à Chamaco  Tag xxesiecle sur Des Choses à lire 1252659054 , si d'aventure il passe par cette page, pour l'excellente adresse Padura !

Mots-clés : #amitié #historique #insularite #polar #universdulivre #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil - 16:48
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Leonardo Padura Fuentes
Réponses: 98
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Vénus Khoury-Ghata

Les derniers jours de Mandelstam

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Paru en 2016, 120 pages environ.

Plutôt qu'une bio narrative de la fin d'Ossip Mandelstam, avec ce côté source et références et tâcheron du "travail universitaire", Vénus Khoury-Ghata reste poétesse qui parle d'un poète, nul lecteur ne s'en plaindra je crois.

Âpre dans son écriture, ciselant froid, avec cette étrange façon, déjà observée dans d'autres de ses œuvres, de ressasser, ou de remettre à nouveau un point déjà abordé plus tôt dans son ouvrage, une redite en somme, le truc qu'aucun éditeur n'accepterait, le machin à éviter absolument dans les bons conseils à écrivain:
Eh bien, qu'on se le dise: il y a, à la règle, l'exception Vénus Khoury-Ghata.

Par exemple quand elle prend appui sur, puis utilise en leitmotiv ces deux vers de la première version du poème de Mandelstam sur Staline:
On n'entend que le montagnard du Kremlin,
L'assassin et le mangeur d'hommes.

 
D'autant qu'elle remet tel ou tel point (celui ci-dessus et bien d'autres encore) avec un ajout, parfois très ténu, une manière "l'air de rien"...
Et puis, comme un couplet de refrain dans une chanson, on y est appâté, on démarre comme lors d'une reprise en chœur...avec quel autre auteur un tel procédé pourrait-il fonctionner en prose, je me demande ?  

Bien entendu je n'ai pas évité l'écueil prévisible, qui est que ce livre oriente vers de nouveaux livres dont on se fait une joie de les classer parmi les "à lire absolument, bientôt" (PAL en langage du forum):

- En premier lieu l'intégralité de la poésie de Mandelstam bien entendu, en dépit de mon extrême réticence à lire de la poésie traduite en provenance d'une langue qui m'est totalement inconnue.

- Ensuite Le ciel brûle, de Marina Tsvetaïeva (quelqu'un aurait lu ?), et Contre tout espoir, Souvenirs (trois tomes) de Nadedja Mandelstam (idem, quelqu'un aurait lu ?), les poésies de Nikolaï Stepanovitch Goumilev (réitérons: quelqu'un aurait...).

- Bien sûr l'ouvrage de Vénus Khoury-Ghata paru en 2019 sur Marina Tsvetaïeva...

A contrario, subitement, une moindre envie de parcourir à nouveau des pages de Gorki, Boukharine, Pasternak (encore que ce dernier, bien que flageolant sur le chapitre courage, n'a pas été sans aider le couple Mandelstam)...  


On apprend tout de même pas mal de choses sur Mandelstam, sa folie, sa misère, sa fin horrible dans l'univers concentrationnaire stalinien, l'opiniâtreté de Nadedja pour que la poésie de Mandelstam nous parvienne - tard il est vrai, dans les années 1960 et elle s'est imposée très doucement, petit à petit.

Ces éléments-là, pas forcément tous à portée de clic sur moteur de recherches, sont à l'évidence de l'ordre de la bio classique.
Mais en sus, Vénus Khoury-Ghata, la plume acérée, concise et poignante, nous livre un ouvrage plein, fin et sensible - faisons rapide: de grande qualité.

Enfin, il est bon qu'un autre poète (Jean-Paul Michel) me le martèle pour que j'opine quand je n'y crois plus, mais si vous prenez pour une boutade le fait que la poésie a le pouvoir de changer le monde (quoique rarement en temps réel, c'est-à-dire dans l'immédiateté synchrone à l'époque d'écriture), jetez donc un coup d'œil à ces pages-là...  


Mandelstam est le seul à entendre sa voix déclamer ses poèmes à ses voisins, des déportés comme lui.

  La poésie, dernier souci de la horde de prisonniers, susceptibles d'être fusillés d'un jour à l'autre.
  Ils veulent du pain, pas des mots.
  Ils sont en colère, les moins malades brandissent des poings vengeurs.
  Leurs hurlements n'empêchent pas le poète de poursuivre sa lecture.
  Sa voix, il en est certain, finira par couvrir leur vacarme.
  En plus du pain, ils réclament une soupe moins diluée et exigent d'être traités en êtres humains.
  Entassés depuis des mois dans le camp de transit situé à un jet de pierres de Vladivostok sans voir le ciel.

  Sans voir le bout du tunnel, sans savoir la date de départ pour la Sibérie, devenue lieu de villégiature comparée à l'enfer du camp.
  Pas de train pour les transporter en Sibérie, leur dit-on.
  Les rumeurs dans le chaos tiennent lieu de décret.
  Venus de toutes les villes du pays, les wagons déversent sur les quais à déporter ou à fusiller puis repartent à la recherche d'autres suspects, d'autres dissidents à déporter ou à fusiller.

  Comment fait-on le tri ?
  Qui décide d'écourter ou de prolonger une vie ?
  "Écrémer le pays le débarrasser de tous ceux qui pensent autrement que le régime en place" est le mot d'ordre.
  Un bruit de bottes scande le sommeil de Mandelstam alors que personne ne marche; le typhus a cloué ses voisins sur leurs planches.

  "Lève-toi, tu es interdit de séjour au camp. Interdit de mourir sans la permission de Staline".
  Une fausse impression, les mains qui le secouent, la bouche qui crie son nom.
  Peu importe à Mandelstam qu'il soit devenu fou, il sait qu'il est poète et cela lui suffit.
  Il sait aussi qu'il est encore en vie, sinon il ne saurait pas que ses voisins de planches s'appellent Fédor, Piotr, Vlada ou Anton.
  Il connaît leurs noms mais n'arrive pas à coller un visage sur chacun de ces noms.
  Leurs noms, la bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour ne pas sombrer. Mourrait si jamais il les oubliait.    

 



Mots-clés : #biographie #devoirdememoire #exil #poésie #regimeautoritaire #violence #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil - 9:03
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Richard Brautigan

Le général sudiste de Big Sur

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Le_gzo11

Le premier roman de Richard Brautigan commence par une évocation de la guerre de Sécession, avec notamment la bataille de Wilderness (dont Lance Weller fut le chantre), et des Indiens Digger de Big Sur, évoqués par nombre d’auteurs du Nature writing :
« On dit que ces Indiens ne portaient pas de vêtements. Ils n’avaient ni feu, ni abri, ni culture. Ils ne faisaient rien pousser. Ils ne chassaient pas et ne péchaient pas. Ils n’enterraient pas leurs morts et ne donnaient pas naissance à leurs enfants. Ils vivaient de racines et de bernicles, et restaient agréablement assis sous la pluie. »

Jesse, le narrateur, et son pote, Lee Mellon, y squattent des cabanes sommaires :
« Ce matin j’ai vu un coyote dans les sauges juste au bord de l’océan – l’arrêt suivant c’est la Chine. Le coyote faisait comme s’il avait été au Nouveau-Mexique ou dans le Wyoming, sauf qu’en dessous, il y avait des baleines qui passaient. C’est ça ce pays. Viens à Big Sur que ton âme trouve un peu de place pour sortir de sa moelle. »

Ils incarnent une époque ultérieure :
« "À seize ans, je me glissais aux cours de l’université de Chicago, et j’ai vécu avec deux étudiantes noires extrêmement cultivées", dit Lee Mellon. "Nous couchions tous les trois dans le même lit. C’est ce qui m’a aidé à perdre mon accent du Sud." »

Globalement, c’est la déglingue, et la culture hippie vécue ; on y croise Henry Miller ; personnellement, j’ai aussi aperçu le fantôme Jack Kerouac…
« Étrange successeur de Vasco Nunez de Balboa, Lee Mellon cherchait des mégots au bord du monde occidental, et tout le long du chemin jusque chez nous, trouvant ici et là un exilé du royaume du tabac. »

Il y a peu d’action au début…
« Huit heures plus tard, j’étais assis avec une fille dans un petit bar de Monterey. Elle avait un verre de vin rouge devant elle, et moi un martini. C’est ainsi parfois. Impossible de prédire l’avenir et de comprendre le passé. Lee Mellon, fin soûl, avait fini par rouler par terre. J’avais lavé au jet le vomi dont il était couvert, et je l’avais recouvert d’un grand morceau de carton pour que la police ne le trouve pas. »

C’est aussi et surtout le souffle de la jeunesse, une sorte d’innocence, sa fraîcheur, une grâce difficile à expliciter (un côté Salinger ?), de l'humour et de la poésie.
Voici un petit chapitre in extenso :
«
HAIKAI DE L’ALLIGATOR DANS LE DESERT

Il pleuvait maintenant très fort, le vent hurlait comme l’armée sudiste à travers le trou dans le mur de la cuisine. Le désert – des milliers de soldats occupaient le pays – le désert !
Elizabeth et Lee Mellon étaient partis dans une autre cabane. Ils avaient quelque chose à régler. Nous sommes restés seuls, Élaine et moi, avec les alligators.
*
6 mai 1864. Un lieutenant est tombé, mortellement blessé. S’enfonçant de travers dans la mémoire, un marbre classique commença à pousser sur ses empreintes digitales. Comme il reposait là sublime aux yeux de l’histoire, une autre balle frappa son corps, et le fit tressaillir comme une ombre dans un film. Peut-être Birth of a Nation. »

Puis c’est un délire psychédélique complet dès que la marijuana entre en jeu.
« Maintenant, j’étais vraiment parti. De petites vacances à l’abri du bon sens. Pendant que Lee Mellon s’occupait de la marijuana, je planais de plus en plus. »

« Elle m’a ôté mon slip. J’avais dû le mettre en me réveillant, mais je ne m’en souvenais plus. Ce n’était guère important mais j’en fus surpris. On ne devrait pas être surpris par des choses comme ça. »


Mots-clés : #jeunesse #lieu #nature #xxesiecle
par Tristram
le Dim 28 Juin - 0:29
 
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Sujet: Richard Brautigan
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Patrick Modiano

Voyage de noces

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Voyage10
Roman, 1990, 145 pages environ.

On est bien chez Modiano, la preuve: c'est écrit au "je" et le héros s'appelle Jean (je plaisante !).

Bon il y a le suicide à Milan d'une française et le personnage qui narre au "je" qui s'y trouve tout juste après en catimini, un Milan désert de quinze août, un bar d'hôtel frais comme un puits (comment dire ? on est bel et bien chez Modiano ?).

Il se trouve qu'il l'a bien connue, elle s'appelait Ingrid Teyrsen, formait un couple avec un certain Rigaud et ils accueillirent le narrateur longtemps avant, alors qu'il faisait de l'auto-stop du côté de Juan-les-Pins.  

La suite ? Le narrateur se fait passer pour mort ou, en tous cas, disparu, en restant à Paris au lieu de se rendre au Brésil, vivant caché dans des hôtels puis dans un appartement où vécurent le couple Teyrsen-Rigaud.

De fréquents retours sur le passé emmêlent les chapitres, on trouve bien sûr le téléphone, habituel objet presque fétiche chez Modiano, à une époque où l'on pouvait consulter les bottins dans les cabines téléphoniques et où la téléphonie mobile n'existait pas (j'ai versé dans un petit moment de souvenir attendrissant).

J'ai trouvé délectable la peinture de fragments de Paris et de Juan-les-Pins sous la seconde guerre mondiale, à mon humble avis une réussite.

Le paraître et la cache, les faux-fuyants, les histoires calquées ou parallèles, tout ceci est aussi usuel chez Modiano, fait partie de son charme selon ses inconditionnels lecteurs; moi, j'avoue, je ne déteste pas:

Au final j'ai plutôt bien apprécié l'ouvrage, conscient de trouver de l'intérêt dans des pages où d'autres trouvent sans doute de la vacuité (et tous les reproches ordinaires qui lui sont adressés depuis...quasi un demi-siècle).
Peut-être aussi parce que je ne lis Modiano qu'à dose homéopathique, un tous les dix ans - je ne sais si c'est clos pour dix ans à présent, enfin, nous verrons !

Les modianistes du forum, trouveront un recoupement de l'histoire de Modiano lui-même (ou plus exactement la préhistoire de l'auteur) dans le couple Ingrid-Rigaud à Paris en 1942 - du moins à ce qu'il me semble (?).

Ces mêmes modianistes noteront peut-être la quête au travers du personnage d'Ingrid Teyrsen de Dora Bruder, quête qui avait défrayé la chronique dans les années 1990 quand Modiano, allié à Serge Klarsfeld, s'était penché sur le cas de cette jeune fille fugueuse, dont les parents avaient fait paraître en 1942 une petite annonce pour la retrouver, et qui finiront ensemble dans un convoi commun destination Auschwitz.

Ce avant qu'il n'y ait brouille entre Klarsfeld et Modiano, le premier accusant le second d'avoir vampirisé son travail et sa collaboration aux seules fins d'une œuvre romanesque signée Modiano et dans laquelle Klarsfeld et son boulot gentiment mis à disposition ne sont même pas mentionnés, mais c'est une autre histoire.

(NB: tiens ça me rappelle la confession de Modiano jeune auteur cleptomane, lorsque invité avec une amie chez d'autres amis, il y dérobait des livres de collection, des objets de valeur, pour les revendre chez des brocanteurs !)

Mots-clés : #autofiction #deuxiemeguerre #lieu #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 11 Juin - 20:32
 
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Sujet: Patrick Modiano
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Henri Michaux

Ailleurs
Voyage en Grande Garabagne - Au pays de la Magie - Ici, Poddema
(1936-1946)

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Michau11

Ce triptyque assemble des voyages totalement imaginaires, écrits à la façon et sur le ton de récits-témoignages des grands voyageurs, sous forme de paragraphes souvent courts se succédant, offrant des évocations coq-à-l'âne qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher, dans la conception du bâti -l'agencement-, de l'art pictural contemporain de l'époque d'écriture.  

L'ouvrage est généralement classé en poésie chez les éditeurs, libraires, documentalistes (etc.), je ne suis pas tout à fait sûr que cela soit pertinent.
Suggestion, en pâture à assaisonner: farce grinçante, ou encore fiction au sens Borgésien du terme ?

La courte préface de l'auteur (pas deux pages) nous donne tout de même l'ambition du projet, rien moins qu'anticipatrice-prophétique, un embarquement à la Wells-Orwell si l'on veut:
Préface a écrit:Certains lecteurs ont trouvé ces pays un peu étranges. Cela ne durera pas. Cette impression passe déjà.
  Il traduit aussi le Monde, celui qui voulait s'en échapper. Qui pourrait échapper ? Le vase est clos.
  Ces pays, on le constatera, sont en somme parfaitement naturels. On les retrouvera partout bientôt...
[...] Derrière ce qui est, ce qui a failli être, ce qui tendait à être, menaçait d'être, et qui entre des millions de "possibles" commençait à être, mais n'a pu parfaire son installation...


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Voyage en Grande Garabagne
(1936 - 110 pages environ)

Le plus étoffé, le plus patchwork aussi des trois récits. Lecture plutôt plaisante, l'ensemble est parfois teinté d'un surréalisme que l'auteur tend à dépasser peu à peu, digestion effectuée.
Ainsi, rarement il est vrai, Michaux n'hésite pas à créer de toutes pièces des mots pour l'occasion, entendant de la sorte (du moins n'est-ce pas une piste interprétative possible ??) ne pas se cantonner au signe-signifiant/signifié, lien commun de l'auteur au lecteur: Le signe-mot a, dès lors, valeur abstraite.
Un exemple:
Les Ématrus sont lichinés ou bien ils sont bohanés. C'est l'un ou l'autre. Ils cousent les rats qu'ils prennent avec des arzettes, et sans les tuer, les relâchent ainsi cousus, voués aux mouvements d'ensemble, à la misère, à la faim qui en résulte.
  Les Ématrus s'enivrent avec de la clouille.
Mais d'abord ils se terrent dans un tonneau ou dans un fossé, où ils sont trois ou quatre jours avant de reprendre connaissance.
  Naturellement imbéciles, amateurs de grosses plaisanteries, ils finissent parfaits narcindons.


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Au pays de la Magie
(1941 - 70 pages environ)

Bien entendu, avec un tel titre, on s'attend à du merveilleux.
Il y en a.
Il n'y a que ça.
Mais, comme bien souvent il génère affres et malaise plutôt que tête dans les étoiles et bouche bée, le lecteur ressort plutôt boxé et nauséeux de cette évocation du pays de la Magie, ce qui est sans doute un but poursuivi par l'auteur.

Trois extraits, qui se suivent immédiatement dans le texte, histoire de ne pas rompre l'agencement en coq-à-l'âne (à noter le dégradé très patte-du-coloriste du premier extrait):
S'ils ont besoin d'eau, ils ne laisseront pas un nuage en l'air sans en tirer de la pluie. Je l'ai vu faire plus d'une fois. N'y aurait-il même aucun nuage en vue, pourvu qu'il existe une suffisante humidité dans l'atmosphère, ils vous feront bien vite apparaître un petit nuage, très clair d'abord, presque transparent, et qui devient ensuite moins clair, puis moins clair encore, puis blanc, puis d'un blanc lourd et rondelet, enfin gris, et vous le feront alors dégorger son eau sur le pré ou sur le verger qu'ils tenaient à arroser.

Je vis un jour un lézard au bord d'un champ qu'il traversait avec quelque peine. Gros comme le bras, il laissa une ornière de près d'un demi-mètre de profondeur, comme s'il avait pesé non quelques livres mais au moins une tonne.
  je m'étonnai. "Ils sont au moins une cinquantaine là-dedans", me dit mon compagnon. "Une cinquantaine de quoi ? De lézards ? - Non, fit-il, d'hommes et je voudrais bien savoir lesquels", et vite il courut chez les voisins s'enquérir des absents. Qui ? Cela seul l'intriguait et jamais je n'en pus savoir davantage. Par quelle magie et dans quel but invraisemblable des gens se fourraient-ils ainsi à l'étroit dans ce tout petit corps de lézard, voilà quel était le sujet de mon étonnement et ne lui parut pas mériter une question, ni une réponse.

Un ours, et c'est la paix.
  Voilà qui est vite dit. Ils en sont en tous cas persuadés, prétendant que les enfants s'élèvent plus facilement, dès qu'il y a un ours dans la maison.

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Ici, Poddema
(1946 - 15 pages environ)

Le plus glaçant et le plus sobre d'entre les trois matériaux composites ajustés par Michaux.

Y sont brossées l'insatisfaction permanente, l'appétence pour la métamorphose à mesure que se développe la possibilité née des travaux scientifiques, au point que l'être n'est plus que la résultante du pas-à-pas et des désidératas du combo pouvoir/technique (tiens, ça ne vous rappelle rien, en problématique contemporaine ?).  

Comme pour Au pays de la Magie, trois extraits qui se suivent immédiatement dans le texte, histoire de ne pas rompre l'agencement, le coq-à-l'âne est moins net ici:
Il n'est pas rare, à Kalafa, qu'un homme hérite de plus de quatre-vingts Poddemaïs au pot, à domicile, presque tous humains et plusieurs sachant travailler.
  Les grands centres d'élevage, l'État a la main dessus. Il maintient une grande pression sur tous les Poddemaïs, et une énorme sur les Poddemaïs au pot, l'État, c'est-à-dire les membres du Conseil du pot, ou Pères du pot, à qui par leur police peu de chose échappe, encore qu'il y ait dans beaucoup de maisons des élevages secrets, maintenus malgré les risques, soit pour le profit, soit par curiosité, ou par tradition familiale.
  Les déclarations des sujets âgés de six ans et de nette apparence humaine sont exigées.

Il règne à certains moments une extrême inquiétude dans le pays, quand siègent les Pères du pot en assemblée générale. Chacun se sent visé. Personne, il ne me semble, ne se sentant tout à fait sûr de sa naissance cent pour cent naturelle. Plus encore, personne ne se sent à l'abri de nouvelles expériences collectives et quoiqu'ils aiment beaucoup les particulières, ils aiment moins celles que la police ordonne et, notamment, sont terrorisés par une sorte de grand magma au pot dont les corps de Poddemaïs naturels ou à peu près naturels seraient les ingrédients habituels et obligés.
  Le Conseil du pot, quelle que soit son idée derrière la tête, prend dès maintenant les mesures pour l'assouplissement des volontés.
  Ses décisions reviennent toujours à ceci: tuer les dernières fiertés.

Ceux qui appartiennent, sans intermédiaire, aux Pères du pot, on leur enfonce (tandis qu'ils sont encore jeunes) un clou dans le crâne.
  Un grand clou à deux têtes, une dedans (plus petite), qui se soude au crâne, une grande dehors, dépassant carrément, et qui permettra au Conseil, en tout temps, de reconnaître les siens et de s'en saisir.



Mots-clés : #absurde #philosophique #xxesiecle
par Aventin
le Sam 6 Juin - 8:58
 
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Sujet: Henri Michaux
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Gilbert-Keith Chesterton

Le Poète et les fous

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Le_poz11

Titre original: The Poet and The Lunatics. Huit nouvelles, parues en 1929, qui peuvent être lues ici en langue originale. 255 pages environ.

Il s'agit d'un énième personnage de détective chestertonnien, nommé cette fois-ci Gabriel Gale, grand jeune homme blond, peintre et poète. Il n'y a pas vraiment de nouveaux codes, toujours le parti-pris de l'apparente irréalité, de l'intuition prenant le pas sur la méthode, le scientifique. On trouve un peu moins de burlesque, un peu moins de ce fameux humour britannique dont il est un champion (ou est-ce moi qui est passé au travers ?).

On relève une jolie petite délicatesse dans le procédé littéraire, consistant à donner la chute de la première nouvelle...dans la dernière !

Ici, notre Gilbert-Keith raisonne ainsi:
Les fous, les aliénés, Lunatics en anglais, pour comprendre leurs actes lorsque ceux-ci apparaissent hors-normes ou inouïs au commun des mortels, il faut soit l'être un peu soi-même, soit emprunter des voies imaginatives quasi jamais fréquentées.

D'où le façonnage d'un type de héros comme Gabriel Gale, encore une variation de Chesterton sur le thème du détective qui n'en est pas (et ne paye pas de mine) mais parvient in fine à résoudre.  

On retrouve aussi ces bonnes vieilles déclinaisons de l'auteur sur des thèmes qu'il court si volontiers, le déguisement, l'amitié, les auberges ("pubs"), l'apparence trompeuse, le détail, et ces constructions littéraires si fluides, si adaptées au format nouvelles, qui embarquent bien le lecteur, vraiment sans coup férir.

Le goût de la marge, les comptes réglés avec la pensée scientiste, ça et là (mais plus parcimonieusement ici) la formule qui fait que Chesterton reste à jamais cette mine à citations à ciel ouvert - même si là on est dans une veine moins abondante.
Un peu moins prophétique qu'il ne fut peut-être (voir L'auberge Volante, La sphère et la croix, Le Napoléon de Notting Hill...), même si, dans ce domaine-là aussi, il y a un ou deux joyaux à glaner...

Autre goût, celui de la couleur, le sens du pictural (dans son autobio, L'homme à la clef d'or, il s'en explique, disant que depuis le temps des boîtes à jouer il avait toujours conservé l'émotion d'échafauder des décors peints).
Un exemple de ce côté pictural et coloriste, et de l'embarquement garanti du lecteur, cet extrait proche de l'entame de la 2ème nouvelle:
L'oiseau jaune a écrit:C'était comme s'ils avaient atteint un bout du monde paisible; ce coin de terre semblait avoir sur eux un effet bizarre, différent selon chacune de leurs personnalités, mais agissant sur eux tous comme quelque chose de saisissant et de vaguement définitif.
Et cependant il était d'une qualité aussi indéfinissable qu'unique; il n'était en rien sensiblement différent d'une vingtaine d'autres vallées boisées de ces comtés occidentaux en bordure du Pays de Galles.
Des pentes vertes plongeaient dans une pente de forêts sombres qui par comparaison paraissaient noires mais dont les fûts gris se reflétaient dans un méandre de la rivière comme une longue colonnade sinueuse. À quelques pas de là, d'un côté de la rivière, la forêt cédait la place à de vieux jardins et vergers, au milieu desquels se dressait une maison haute, en briques d'un brun intense, avec des volets bleus, des plantes grimpantes plutôt négligées s'accrochant aux murs, davantage à la manière de la mousse sur une pierre que de fleurs dans un parterre.
Le toit était plat, avec une cheminée presque en son milieu, d'où un mince filet de fumée s'étirait dans le ciel, seul signe de ce que la maison n'était pas complètement abandonnée.
Des cinq hommes qui, du haut de la colline, regardaient le paysage, un seul avait une raison particulière de le regarder.  



Enfin, le quichottisme de Gabriel Gale n'est pas sans rappeler bien d'autres héros -ou caractères principaux- de la prose du gentleman de Beaconsfield (je vous épargne la liste maison !).

Bref, on peut juger que ce n'est peut-être pas un Chesterton majeur, mais...qu'est-ce qu'il se dévore bien, tout de même !

Mots-clés : #absurde #criminalite #humour #nouvelle #satirique #xxesiecle
par Aventin
le Mar 26 Mai - 19:47
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
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André Brink

Une saison blanche et sèche

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Extern41

il y a le Ben d’avant : bon père, bon mari, bon paroissien et bon prof, un rien terne et décevant. Tellement commode pour son entourage. Et puis il y a le Ben d’après les morts de Gordon et son fils, Gordon le balayeur noir du collège, Jonathan, l’enfant brillant dont Ben finançait la scolarité, devenu activiste dans Soweto en flammes. Tous deux arrêtes et torturés à mort, des mort niées et camouflées.

Cherchant la vérité, Ben s’expose à l’opprobre publique et familiale, à la traque et l’inquisition sans limites de la Section Spéciale. Qu’importe, porter la vérité est devenu son seul chemin, c’est devenir vrai lui-même. Sa trahison est sa loyauté.

Interdit de publication à sa parution, Une saison blanche et sèche est un roman-massue extrêmement condensé, concentré, minéral, qui, comme son héros,  va droit au but de la dénonciation, n’omet aucun détail, chemine assidûment et sans détour. Tout est là, tout est utile.

Bien plus que l’histoire d’un autre homme, Gordon, domestique devenu frère par sa mort,  Ben, quelque soit son chemin de croix, veut dénoncer le mal de toute une nation bien-pensante, derrière son Dieu, ses certitudes et sa vertu. Ben est un homme ordinaire, lanceur d’alerte étonné de lui-même, qui se perd pour sauver le monde, car pour lui nul autre choix n’est devenu possible.

Le roman est d’un grand classicisme, mais échappe aux lourdeurs et clichés qu’on redoute par moment. Dans une belle économie de moyens, André Brink ne retient que ce qui est utile à  son propos, mais il laisse aussi la part belle aux doutes, aux interrogations de son héros anti-héros, profondément humain dans son sacrifice. Le déchaînement de violence et de terreur auquel il est confronté n’a d’égal que la sauvagerie des paysages tant urbains que désertiques.


Le fait que le papa de Quasimodo soit de bon conseil n’était plus à démontrer. Reste juste au fiston à entendre ce beau conseil.


Mots-clés : #historique #polar #racisme #segregation #social #xxesiecle
par topocl
le Lun 18 Mai - 11:06
 
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Sujet: André Brink
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Poésie

@janis a écrit:

Ai-je le droit de dire : Encore ? Embarassed

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire 1252659054 avec joie alors, Janis !


Même recueil et à peine quelques pages avant, cet étonnant Nachmittag mit Zirkus und Zitadelle, qui peut être lu en version originale ici.

Après-midi avec cirque et citadelle

À Brest, face aux cercles de flammes,
sous la tente où bondissait le tigre,
j'ai entendu, finitude, ton chant,
et je t'ai vu, Mandelstam.

Le ciel au-dessus de la rade,
La mouette au-dessus de la grue.
Le fini chantait, le constant, —
Canonnière, ton nom : "Baobab".

Je saluai le tricolore
avec une parole russe —
Perdu était Non-perdu,
le cœur une place forte.


(1961).

Bon, évidemment même un ignare en langue germanique de mon acabit suppute quelque chose comme un doux bercement équivoque et équilibré dans Verloren war Unverloren , rendu en Perdu était Non-perdu, ou encore l'espiègle étonnement triomphant da sah ich dich, Mandelstamm, restitué en et je t'ai vu, Mandelstam, etc, etc...

La mouette au-dessus de la grue (die Möwe hing über dem Kran), est-elle à rapprocher le la grue finale et à laquelle Celan s'identifie dans le très bref poème aux mots étrangement découpés de la page qui suit, intitulé Bei Tag ?


Bei Tag

Hasenfell-Himmel.
Noch immerschreibt eine deutliche Schwinge.

Auch ich, erinnere dich,
Staub-
farbene, kam
als ein Kranich.



Au Jour

Ciel peau-de-lapin. Et toujours
l'écriture d'une aile indéchiffrable.

Souviens-toi, couleur
poussière;
moi aussi je suis venu
comme une grue.



Mots-clés : #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Mer 6 Mai - 19:18
 
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Sujet: Poésie
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Francis Jammes

Le poète Rustique

Tag xxesiecle sur Des Choses à lire Le_poz10
Roman autobiographique, suivi de L'almanach du poète Rustique; 145 pages environ pour "Le poète..." et 130 environ pour "L'almanach...". Paru en 1920.

39 chapitres (!) pour 145 pages, guère plus fournies que cela de surcroît, c'est donc un ouvrage très aéré, commode à poser et à reprendre.
Le style, le contenu approchent celui de saynètes centrées sur la vie familiale et campagnarde et le voisinage.
Il y est fait une large place à l'autobiographie, puisque ledit poète rustique, c'est bien sûr Francis Jammes:

Chapitre V a écrit:
    Comme Mlle Portapla s'en retourne chez elle, un peu formalisée par l'attitude de M. Dorothée, qu'elle juge silencieux et trop différent en cela du docteur Sébillot, elle croise le poète Rustique. C'est ainsi que ses concitoyens ont baptisé ce quinquagénaire dont les vrais nom et prénom m'échappent. Mlle Portapla répond par un pli de sa lèvre acide au salut qu'il lui adresse. Il revient de la chasse. Il est assez trapu. Sa face est d'un faune, dont la barbe emmêlée retient, au passage des haies, telle qu'une toile d'araignée, des brindilles de feuilles et des pétales. Il est coiffé d'un béret, vêtu d'un costume marron, chaussé de souliers et de guêtres crottés. Le chien qui le précède est beau.


En fait de famille du poète, et c'est un rien frustrant, nous avons surtout droit à l'un des sept enfants, Petit-Paul, en plus du poète Rustique. Mme Rustique et les six autres enfants sont cantonnés dans l'ombre (est-ce par pudeur ?).

Il y a pas mal de légèreté, assez peu de signifiant.
Certes, on recense quelques piques, mais à traits retenus, en direction de la bien-pensance et des mentalités étriquées qui tissent la basse-bourgeoisie, ou la bourgeoisie tout court, d'une petite ville d'alors.    
On trouve aussi une dénonciation de la misère, peinte avec une délicatesse qui sonne sincère.
Mais l'ensemble respire surtout une sorte de joie, de plénitude fort sympathique. Et légère, ce qui peut faire recaler l'ouvrage pour vacuité.

Jammes n'en est pas dupe, et se fend de cet épatant avertissement à l'entame du chapitre XXX, ça a eu pour effet de me faire illico hausser les sourcils et écarquiller grand les yeux, bouche bée, ravi:
 
Chapitre XXX a écrit:
Ainsi la vie est faite de hauts et de bas, de grave et de comique, et d'insignifiance aussi, et c'est une erreur, quand on écrit une histoire, de vouloir à toute force que sa trame présente ce je ne sais quoi d'artificiel et d'ennuyeux qu'on appelle "l'intérêt".



L'almanach du Poète est assez croquignolet, plaisant, on le sent très personnel, mais il n'en reste pas moins que l'auteur est très au fait de la vie rurale et des petites ou grandes choses qui font que chaque mois s'y distingue. On conviendra sans peine que Jammes n'est pas un campagnard du dimanche !

Une bonne dose d'humour, quelques déductions que l'on peut juger extravagantes, mais en tous cas fort subjectives, cela se lit avec un petit sourire bonhomme en coin.


 
Spoiler:
J'ai ce livre dans l'édition originale 1920 du Mercure de France, exemplaire numéroté 7387, obtenu pour un euro ou un euro cinquante, je ne me souviens plus; seul le quart des pages avait été tranché, les autres sont passées par mon coupe-papier. Il faut chiner, et les auteurs passés de mode -à supposer qu'il aient jamais été à la mode- vous réservent parfois ce genre de petite émotion !


Repiqué d'un message sur Parfum, 12 mars 2014.


Mots-clés : #lieu #nature #ruralité #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:34
 
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Sujet: Francis Jammes
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