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41 résultats trouvés pour premiereguerre

Ernst Jünger

Lieutenant Sturm

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Lieute10

Novella d’inspiration autobiographique portant sur la Première Guerre mondiale, comme toutes les premières œuvres d’Ernst Jünger : aventures, et surtout sentiments et pensées de ce jeune lieutenant "Tempête" dans le fracas des tranchées au front.
La guerre est excitante, c’est l’action, la « vie plus intense », « l’ivresse de mort », une sorte de jeu viril, quoique le narrateur/ auteur regrettât qu’elle soit devenue une machine inhumaine à cause de la technicité dorénavant prépotente (artillerie, etc.) dans une perte de valeur de l’individu uniformisé face à l’État.
« Cet assujettissement brutal de la vie individuelle à une volonté sans réplique apparaissait ici avec une clarté cruelle. Le combat se déroulait à une échelle grandiose, auprès de quoi le destin d’un individu n’était rien. »

« Depuis qu’on était entré dans l’ère de la machine, tout avait été nivelé à un rythme accéléré. »

On retrouve la fascination pour l’acier et le métal en général, récurrente dans l’œuvre de Jünger.
Alternant avec les scènes de guerre, Tronck le dandy, Kiel « l’homme né de la guerre » et Falk l’amateur de littérature et des femmes, les trois portraits par et de Sturm qui les lit à ses deux compagnons d’armes, constituent une mise en abyme sur le modèle du Décaméron et des Mille et Une Nuits (ouvrages mentionnés).
Les considérations abordées ont une tournure d’œuvre de jeunesse, teintée de lyrisme romantique, de désinvolture et de décadentisme (on pense à Huysmans, Baudelaire et Wilde, d’autant qu’ils sont nommément cités).

\Mots-clés : #premiereguerre
par Tristram
le Ven 9 Juil - 0:26
 
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Sujet: Ernst Jünger
Réponses: 8
Vues: 1650

Marguerite Yourcenar

Le Coup de Grâce

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Le_cou10

Bref roman qui met en scène, dans la veine de Fabrice del Dongo et Angelo Pardi, romantique anti-héros lucide, intransigeant, désintéressé, "noble", le jeune Éric von Lhomond, par ailleurs narrateur, qui se voit en « aventurier » tandis qu’il participait comme officier à la lutte antibolchevique en Estonie et en Courlande, guerre civile balte en marge de la Première Guerre mondiale.
« La cruauté est un luxe d’oisifs, comme les drogues et les chemises de soie. En fait d’amour aussi, je suis partisan de la perfection simple. »

Il tient un château, celui de leur enfance, avec son ami Conrad de Reval et sa sœur, Sophie. Histoire d’amour et de haine, passion, tragédie que les circonstances provoquent.
« On parle toujours comme si les tragédies se passaient dans le vide : elles sont pourtant conditionnées par leur décor. »

Ménageant l’ambiguïté de la situation ainsi que l’équivoque homoérotique dans cette variation sur le triangle amoureux, Marguerite Yourcenar fait admirablement jouer le ressort du suspense, dans un style superbe qui m’a fait penser à Gracq.
« Je ne suis pas fat : c’est assez facile à un homme qui méprise les femmes, et qui, comme pour se confirmer dans l’opinion qu’il a d’elles, a choisi de ne fréquenter que les pires. Tout me prédisposait à me méprendre sur Sophie, et d’autant plus que sa voix douce et rude, ses cheveux tondus, ses petites blouses, ses gros souliers toujours encroûtés de boue faisaient d’elle à mes yeux le frère de son frère. J’y fus trompé, puis je reconnus mon erreur, jusqu’au jour enfin où je découvris dans cette même erreur la seule part de vérité substantielle à quoi j’ai mordu de ma vie. En attendant, et brochant sur le tout, j’avais pour Sophie la camaraderie facile qu’un homme a pour les garçons quand il ne les aime pas. Cette position si fausse était d’autant plus dangereuse que Sophie, née la même semaine que moi, vouée aux mêmes astres, était loin d’être ma cadette, mais mon aînée en malheur. »

La préface (comme souvent, il est préférable de la lire en postface), ces précisions de l’auteure, éclaire et met en valeur l'ouvrage (tiré de faits réels).
« Une fois admise, néanmoins, cette convention initiale [le « biais du récit à la première personne », forcément artificiel], il dépend de l’auteur d’un récit de ce genre d’y mettre tout un être avec ses qualités et ses défauts exprimés par ses propres tics de langage, ses jugements justes ou faux, et les préjugés qu’il ne sait pas qu’il a, ses mensonges qui avouent ou ses aveux qui sont des mensonges, ses réticences, et même ses oublis. »

Écrit en 1938, ce drame résonne particulièrement dans son contexte tant historique qu’autobiographique.

\Mots-clés : #amour #mort #premiereguerre
par Tristram
le Ven 30 Avr - 15:20
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
Réponses: 95
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François Sureau

Ma vie avec Apollinaire

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Apolli10
Paru fin novembre 2020, en librairie en janvier 2021, 150 pages environ.


Il semble que cet ouvrage soit le premier d'une toute nouvelle collection intitulée "Ma vie avec", dont l'objet est:
éditions Gallimard a écrit:Un homme ou une femme ont consacré leur vie à la littérature, à la politique, à l'histoire ou à la science. Ils ont passé toutes ces années dans la compagnie d'un ami secret, écrivain, philosophe ou poète, sans laquelle leur existence aurait été différente. Cette collection propose des textes brefs. La révélation du compagnonnage d'une vie leur donne un tour intime, sans notes ni appareil critique, bien inutiles pour parler d'un ami.


Ouvrage bien délectable, j'avoue avoir éprouvé une jolie joie de lecture. Je ne sais si l'opus donnera le cap pour cette collection à venir.

L'exercice en lui-même est plutôt casse-figure, puisque ni une bio, bien que la veine soit biographique, ni une espèce d'évocation, qui risquerait de ne pas éviter les écueils de la vacuité.
Il faut parler de soi, puisque l'objet est cette sorte de "compagnonnage" (sic !) post-mortem, mais ne pas étouffer l'auteur principal, celui qui est en titre, avec sa propre personne.      

La plume de François Sureau est à la hauteur, refus des citations poétiques (un vers -archi-connu, en général- de çà, de là, guère plus), refus des portes ouvertes biographiques: le ban de l'exercice de la bio d'Apollinaire est fermé.
Ceci dit on apprend tout même (enfin, moi du moins) quelques petites choses sur Wilhelm de Kostrowitzky alias Guillaume Apollinaire.
On eût aimé d'ailleurs quelques petits détails, ce n'eusse pas été s'égarer, petits riens anecdotiques dont je suis si friand, sur son frère surtout, même si l'auteur nous passe quelques fines bouchées sur leur mère, déjà plus notoire (rien sur l'inconnu Francesco Fluigi d'Aspermont- le père).


Reste le plus délicat, le plus intime: se reconnaître dans, faire compagnonnage, sans osmose, appropriation éhontée ou delirium mystique.  
C'est fait.
Et bien fait.

La plume, le style ?
Je suis toujours aussi sensible, réceptif à l'écriture de François Sureau.
Ce côté massif mais alerte, brut mais raffiné, précis mais sans réduction, référencé mais élégant, ses pages au contenu ouvrant grand.

Comme celle-ci:
À l'armée, les rêves ne sont pas facilement communicables; et l'on est pris dans cette grande machine paradoxale qui, mélangeant dans son fourneau les symboles et les réalités ordinaires, se sert des émotions les plus intimes, des vertus les plus personnelles - la peur, le courage, le sens de l'honneur, le souci de ne pas décevoir - pour fabriquer le pur instrument de l'État, cet homme en lequel s'effacent les frontières entre la vie intérieure et l'engagement public.
Une frontière invisible sépare ceux qui ont fait cette expérience de ceux qui ne l'ont pas faite. Cela n'a pas à voir avec la valeurs ou les qualités de chacun. Si l'on en tire un bénéfice, c'est celui d'une épreuve, non d'un enrichissement - bien au contraire. C'est une sorte de dépucelage, aux effets d'autant plus imprévus qu'il n'était pas nécessaire - sauf pour ceux qui avaient cette vocation-là - et que, sitôt l'action venue, son caractère d'absurdité apparaît assez vite. On se donnera toutes les raisons du monde; le patriotisme, la politique en premier lieu.  
Ces raisons ne sont que du bois jeté dans la machine à marcher, à mourir. Elles ne pèsent jamais le même poids que la crainte, la fatigue, le drap de l'uniforme anonyme mouillé par les pluies, que cette tunique de la douleur que l'on ne peut enlever. Les merdailles, comme dit Lecointre, n'y font rien.
Si le souvenir de cette vie unit si fortement ceux qui l'ont connue, c'est parce que c'est le souvenir de l'arbitraire, du hasard, de l'inutilité, avec lesquels il a fallu composer sans perdre la face, pour rester fidèle à soi-même dans un monde où tout irritait au contraire, la guerre elle-même, et l'ennemi, mais aussi l'appareil au service duquel nous étions mis. Les volontaires sont à ce jeu terrible plus exposés que les requis, parce qu'ils y sont allés d'eux-mêmes, comme le dit une chanson obscène de l'infanterie de marine. J'ai connu par raccroc un peu de leur vie et leur souvenir ne m'a plus jamais quitté.

  C'est ainsi que Guillaume devint le 2e canonnier conducteur Kostrowitzky, 70e batterie, 8e régiment d'artillerie de campagne, 15e brigade d'artillerie, 15e corps.    


\Mots-clés : #amitié #biographie #premiereguerre #xxesiecle
par Aventin
le Sam 6 Mar - 18:48
 
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Sujet: François Sureau
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Elias Canetti

Histoire d’une jeunesse : la langue sauvée

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire La_lan10

C’est un beau livre autobiographique  d’un de ces intellectuels humanistes polyglottes de la Mitteleuropa, balloté par les évènements chaotiques du XXe siècle.
Cela commence en Bulgarie dans une famille aisée de commerçants Juifs Séfarades, ça continue à Londres, puis Vienne, puis Zürich. Ce premier volume se clôt sur la fin de l’adolescence et le départ vers l’Allemagne.
Dreep en a très bien parlé. L’écriture est classique, fluide avec parfois un petit côté lénifiant. Les premiers épisodes se font sous forme de bribes réchappées du passé, c’est peut-être la partie que j’ai le plus apprécié, puis le récit se densifie pour offrir un portrait vivant des lieux et de leurs habitants. C’est sensible tout en étant remarquablement documenté.
Elias parle un espagnol particulier, celui des Juifs exilés d’Espagne, comprend le turc, apprend l’anglais puis l’allemand. Cette richesse linguistique s’accompagne d’un élargissement culturel en proportion.



Mots-clés : #autobiographie #enfance #premiereguerre
par ArenSor
le Jeu 12 Mar - 18:52
 
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Sujet: Elias Canetti
Réponses: 18
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Paolo Rumiz

Comme des chevaux qui dorment debout

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Proxy198

Première Guerre mondiale :
« Quand on comprend comment tout s’est vraiment passé, on ne peut pas supporter que cela ne se sache pas, qu’il ne soit pas écrit en lettres de feu, proclamé à tous les vents et dans tous les livres de classe de l’Union européenne que tout a éclaté par hasard, que la guerre était parfaitement évitable et que l’Europe s’est ainsi suicidée, par étourderie, à l’apogée de sa splendeur. Il devient inconcevable que l’on ne dise pas de façon claire et nette, avant de commencer le moindre discours sur le premier conflit mondial, que personne ne s’y attendait, que tout le monde est tombé des nues et que tout a été sous-évalué. »

Paolo Rumiz part à la recherche des ombres de ses aïeux dans le passé et la topographie de la Galicie, front de l’Est en 1914 et toujours ligne de faille géopolitique, en Mitteleuropa… Son grand-père, qu’il n’a pas connu, a survécu à cette guerre où des millions d’hommes (et de chevaux) sont morts dans la boue, mais c’est surtout la « mémoire perdue » qu’il recherche, « pour le dernier tour de manège de l’ancien monde »...
« …] avec l’Allemagne qui pousse vers l’est, la Russie qui pousse vers l’ouest et la Pologne qui tente d’exister au milieu, sur cette terre ondulée qui n’offre d’obstacles ni aux vents, ni aux armées. »

Dans ce récit, les références culturelles et à une Histoire que je ne connais guère (il semble que ce soit le cas plus généralement des Italiens) rendent difficile d’apprécier la part du chauvinisme, du passéisme, mais en tout cas l’amertume et la nostalgie sont réelles, ainsi qu’un certain ressentiment.
« …] après l’empire, il ne nous est tombé dessus que du mauvais : le fascisme, l’impérialisme, le communisme, la négation des langues des autres, l’esthétique de la mort »

« Et ce n’est pas la peine de leur expliquer que personne ne part d’un cœur léger pour une guerre lointaine et incompréhensible. »

« Il y a toujours quelqu’un pour vouloir vous banaliser, parce que votre complexité ne lui convient pas. Quelqu’un qui a besoin d’un ennemi pour exister. »

Paolo Rumiz paraît voir l’empire austro-hongrois comme une sorte de prélude, de prémisse de l’Europe unifiée. Italien déchiré, il n’est pas tendre pour l’Italie :
« …] ma nation de démolisseurs de voies ferrées, qui ont arraché de chez nous l’âme paysanne, ma nation dévorée par l’incurie, infestée de larbins et de faux dévots hypocrites et sans Dieu, ma terre de bambins tyranniques et d’adultes habitués depuis l’enfance à baiser la main des évêques et des sous-secrétaires. »

Il rencontre en voyage des personnes étonnantes, tels que Marina la Russe, ou Erwin, qui recherche les sépultures des Caduti, y allumant une petite lampe de cimetière pour tirer de l’oubli les morts (rite intime que Rumiz reprend à son compte).
« Afin d’éviter de dire que ces jeunes gens ne sont pas morts pour l’Italie, on emploie le terme générique "Caduti", tombés au champ d’honneur, morts au combat, et puisque les noms sont tous italiens, ce petit jeu de prestige a des chances de réussir. »

Ce sont les « soldats de l’Adriatique et du Trentin » :
« Après avoir été trop italiens pour les Allemands, voilà qu’ils étaient devenus trop allemands pour les Italiens. »

L’Italie a perdu jusqu’à leurs noms et leur nombre, tandis qu’Otto Jaus s’emploie à sauvegarder les tombes austro-hongroises de l’incurie et de l’amnésie.
« Il s’est aperçu que plus il parle avec les morts, plus il s’enfonce dans la compréhension du présent. […]
Et plus il pénètre les raisons de la dissolution de son vieil empire, plus lui apparaît fulgurante, à l’époque actuelle, la décadence de la fédération de peuples à laquelle il appartient. Peut-être ne s’est-il jamais autant avancé à l’intérieur du présent qu’il ne le fait depuis qu’il fréquente les cimetières. Il sent qu’il n’y a pas seulement la lecture des livres. Il y a aussi la voix puissante des lieux. Parce que les lieux ont toujours un secret à confier. »

Rumiz plaide que l’Histoire (hélas méconnue) permet de lire l’actualité (livre écrit en 2014, anniversaire du début de Première Guerre mondiale).
« La Pologne est le lieu entre tous où l’on voit le plus clairement que 1939 est la conséquence de 1914. »

Plus original, il soutient que l’Histoire se retrouve davantage dans les lieux que dans les livres.
« Ce que je cherchais, c’était le chant choral des voix, et je voulais surtout percevoir la distance réelle des événements, parce que les livres d’histoire ne me la donnaient pas. »

« Cela fait bien longtemps, désormais, que je ne cherche plus l’Histoire dans les livres et les monuments. La mémoire se trouve dans les galets des fleuves, dans le bois du Petit Poucet, au cœur du règne végétal, dans le goût des myrtilles couleur de sang. »

Ce récit de voyage dans le temps et l’espace est narré dans un perpétuel chassé-croisé du présent et du passé, dans « une déconcertante compression du temps ».
Se déplaçant essentiellement en train, c’est dans un train grande vitesse italien que Rumiz, de retour de Pologne, se fait voler ses notes, et ses irrécupérables pensées notées au fil du voyage : « l’horreur des pensées perdues »…
Il repart alors vers la Galicie, cette fois en Ukraine.
« Maintenant, je devais continuer, aller voir au-delà de la forteresse Bastiani, me tourner vers le désert des Tartares [… »

Puis il effectue un troisième voyage, dans « la poudrière balkanique », qu'en tant que journaliste il connaît bien aussi.
« Comme en 1914 et en 1992, Sarajevo n’est pas le détonateur, mais le révélateur. Elle montre impitoyablement le somnambulisme de l’Occident. À Sarajevo commence et finit le XXe siècle, la Bosnie est le symbole de l’échec de l’Union européenne. »

(On pense à la dégradation des valeurs décrite par Hermann Broch dans sa trilogie Les Somnambules).
Rumiz boucle logiquement la boucle avec les Centomila, les Cent Mille de Redipuglia dans le Carso (haut-plateau karstique italien).
« Et là, ballotté sur ces rails, je ne sais même plus ce que je cherche, si ce sont les Caduti de la Grande Guerre, ou bien les victimes de la grande famine infligée par Staline, les Juifs de la Shoah, les paysans exterminés par les nazis, déportés dans les goulags, ou même – pourquoi pas ? – les premiers morts de la place Maïdan à Kiev, dont on vient justement d’entendre parler au cours des dernières heures. »


Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #historique #identite #lieu #mort #politique #premiereguerre
par Tristram
le Sam 25 Jan - 13:38
 
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Sujet: Paolo Rumiz
Réponses: 14
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Lars Mytting

Les seize arbres de la Somme

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire 97823312

Dans la série « à la recherche de ses racines », voici une version norvégienne, qui lance ses lignes jusqu’à la bataille de la Somme.

Lars Mytting,   dans son  ambition d’ancrer son histoire dans le siècle, ne recule pas devant les rebondissements et recoupements tortueux. Cela reste néanmoins le roman initiatique souvent subtil, d’un personnage attachant,  entre enquête sur le terrain et réminiscences intuitives, et qui fait la part belle aux paysages.

De magnifiques pages sur le bois, à la fois émouvantes et instructives,  font envie de se confronter à "L’homme et le bois" , entièrement consacré au bois de chauffe en Norvège, présenté comme un best-seller international.

Mots-clés : #famille #identite #initiatique #premiereguerre
par topocl
le Lun 6 Jan - 17:13
 
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Sujet: Lars Mytting
Réponses: 5
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Louis Guilloux

Le Sang noir

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Le_san10

« Ce surnom vient de ce qu’il parle beaucoup de la Critique de la Raison pure, dont les élèves ont fait la Cripure de la Raison tique, d’où : Cripure. »

Cripure est un étrange personnage, ambigu, ambivalent : infirme esseulé, excentrique méprisé et méprisant, professeur de philosophie et auteur raté, amoureux trahi, révolté contre la société et qui ne croit pas même à l’humanisme, ce qui rend le personnage intéressant, c’est que cet anticonformiste rempli de contradictions se reconnaît lui-même défaillant dans son orgueil blessé : lâche, il ne vaut pas mieux que les autres, qu’il hait. Guilloux fait référence à Rousseau à son propos. Ses ruminations morfondues, ses hallucinations alcoolisées et ses cauchemars culminent avec les apparitions du mystérieux Cloporte.
« Je détruis toute idole, et je n’ai pas de Dieu à mettre sur l’autel. Il faut avoir une bien piètre expérience de la vie pour oser croire à de pareilles foutaises. Les paradis humanitaires, les Édens sociologiques, hum ! Qu’il attende seulement d’avoir quarante ans, et d’être fait cocu par la femme aimée. Ensuite, on en reparlera. »

« Tant qu’il avait cru mépriser le monde, comme il avait été fort ! Mais le monde se vengeait. Cripure mesurait aujourd’hui combien il lui avait été facile de se poser en adversaire. Désormais, cette attitude n’avait plus aucun sens. L’aventure humaine échouait dans la douleur, dans le sang. Et lui, qui avait toujours prétendu, comme à une noblesse, vivre retranché des hommes et les mépriser, il découvrait que le mépris n’était plus possible, excepté le mépris de soi. »

Mais le malheureux (et attachant) Cripure n’est pas le seul personnage, s’il reste le principal : toute une société croquée sans concession gravite autour de lui, de Maïa la godon, sa servante-concubine (Basquin, son amant, la pousse à épouser Cripure ‒ pour le pognon), à Lucien le jeune rescapé qui veut changer la vie (c'est un idéaliste ‒ socialiste ‒ marqué par Cripure, ce dernier ayant aussi une certaine influence sur Moka le répétiteur, presque aussi toqué que son « maître »). Il faut également citer Kaminsky le cynique (plus même que l’auteur ?), et surtout les caricaturaux Babinot et Nabucet : le va-t-en-guerre le plus stupide et le manipulateur le plus abject d’une monstrueuse comédie humaine. Ils sont si nombreux qu’on pourrait parler de roman choral, et d’ailleurs le point de vue du narrateur n’est pas toujours celui de Cripure.
« Il compensait ainsi l’amertume de n’avoir jamais pu mettre les pieds dans les grands bordels trop coûteux de Paris, ce qui, avec le désir de fumer au moins une fois de l’opium, et celui d’être juré pour assister à un débat à huis clos sur une affaire de mœurs (autant que possible : le viol d’une petite fille) formait à peu près l’essentiel de ce qu’il eût voulu obtenir de la vie. »

Satire d’une province bourgeoise pendant la Première Guerre mondiale (Guilloux évoque à propos Bouvard et Pécuchet).
« ‒ Des taudis.
‒ C’est le mot juste.
‒ Mais, où iront loger tous ces gens-là, quand on aura démoli leurs maisons ?
‒ Ils chercheront d’autres logements, mon cher. Ils feront comme tout le monde. Que veux-tu que nous y fassions ?
Le bon sens dicta au Capitaine cette réflexion, qu’il eût été juste de leur en bâtir quelque part de nouvelles.
‒ Elles seraient aussi sales que celles-ci au bout d’un mois, répliqua Nabucet. »

Une fois encore, je trouve saisissant que ce qui diffère vraiment de notre époque dans les années dix, c’est le duel ‒ comme l’effarant détail qui ferait soupçonner un univers parallèle.
Un principal "message" de l’auteur, c’est que l'holocauste dans la guerre d’une jeune génération flouée est l’œuvre monstrueuse de la société elle-même.
« Plus il y réfléchissait, plus il se disait que la jeunesse est incroyablement dupe, une fois sur mille, et pour le reste consentante. »

« La vérité, c’est qu’il avait été comme tous les enfants, un enfant écrasé, puis un jeune homme et un homme écrasés, à qui on avait commencé de voler la vie en détail avant de tenter le grand coup de la lui voler en bloc. »

« Mais si j’suis pas tué, j’irai à la prochaine permission. »

« C’était pas son pognon mais ça lui faisait quelque chose quand même. Mille balles ! C’était toujours mille balles de foutues… Amédée n’aurait pas le temps de les dépenser avant d’arriver au front et il pouvait être tué le jour même. Et puis même sans ça, quoi… »

L’abjection de la tuerie organisée apothéose dans le poignant épisode de l’insurgé fusillé, qu’on ne connaît que par la souffrance des rares personnes faisant preuve d’humanité dans le roman, ses parents et le député Faurel.
Une autre récurrence, avec l’incessante dénonciation de l’hypocrisie, ce sont les exactions envers les femmes (mésalliées, prostituées, quand il ne s’agit pas de mineures abusées).
Une sorte de prémonition en filigrane, des allusions avant-coureuses augurent la fin de ces vingt-quatre heures de Cripure.
Dans cette misère générale, l’influence de la littérature russe (Dostoïevski, Gogol) est patente ; Guilloux, après Barbusse, a un regard pessimiste assez proche de celui de Céline dans le Voyage sur la guerre et la condition humaine.
« Le monde est absurde, jeune homme, et toute la grandeur de l’homme consiste à connaître cette absurdité, toute sa probité aussi. »

(Ayant réfléchi sur ce terme un peu désuet de "probité", il m’a semblé que Camus aurait apprécié cette sentence.)
« Les livres, peut-être, qui lui avaient tourné la tête. »

Le roman est suivi dans mon exemplaire d’une nouvelle, Douze balles montées en breloque, qui montre la fille d’un fusillé refuser sa réhabilitation tardive (on avait considéré que ce Breton ne parlant pas français s’était volontairement blessé à la main droite).
« Ce serait comme si Le Bihan consentait à sa propre mort, et pardonnait à ses bourreaux. »


Mots-clés : #mort #premiereguerre #social #xxesiecle
par Tristram
le Mer 1 Jan - 23:39
 
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Sujet: Louis Guilloux
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Paolo Rumiz

Comme des chevaux qui dorment debout

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Proxy198

A bord de trains interminables, Paolo Rumiz part pour de nouveaux voyages, une fois de plus aux frontières de l’Europe, dans une vaste réflexion tout autant intime que géopolitique,

Cette fois-ci c'est sur les traces de son grand-père, soldat de la guerre de 14. Italien de Trieste, il vivait dans cette zone de l'Italie qui était en territoire austro-hongrois. Il est donc parti avec l'armée du  Kaiser, dans les rangs de laquelle il fut méprisé et bafoué. Quand lui et ses congénères sont rentrés après le conflit, ils ont été considérés comme traîtres par les locaux, et gommés des récits et des livres d’histoire.

Paolo visite ce silence, cette douleur. Il traverse des lieux qui stimulent l'imaginaire, entre rêverie, poésie et souffrance. Chaque anfractuosité du terrain évoque une tranchée, chaque bosse suggère un corps enfoui, où les myrtilles et les bouleaux plongent leurs racines dans la chair des soldats tombés au combat. Il va de cimetière en cimetière : là les corps sont honorés, les ennemis réunis,  ailleurs c'est l'abandon le plus complet…

L’émotion d’aujourd’hui rappelle les  drames de jadis. Elle n’empêche pas une réflexion sur cette Grande Guerre, et plus généralement l’histoire d’un siècle où sont en préparation toutes les dérives nationalistes d’aujourd’hui.  

J’ai beaucoup pensé à Marie tout au long de cette lecture.

Mots-clés : #devoirdememoire #lieu #mort #premiereguerre
par topocl
le Ven 16 Aoû - 9:09
 
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Sujet: Paolo Rumiz
Réponses: 14
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William Faulkner

Monnaie de singe

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire Monnai10

De retour de la Première Guerre mondiale en train avec Joe Gilligan et le cadet Lowe fort ivres, et la récente veuve Margaret Powers à la bouche rouge comme une blessure, Donald Mahon, aviateur blessé, commence à devenir aveugle et mourir.
Le jeune cadet Julian Lowe est un « aspirant » fort dépité que la guerre soit terminée avant qu’il devienne un aviateur, un « as » (avec les « ailes » comme insigne, et une blessure gratifiante) :
« Être lui, avoir des ailes, mais avoir aussi sa balafre ! »

« …] en s’appliquant à avoir plus de dix-neuf ans (pourquoi dix-neuf ans a-t-il honte de lui-même ?) »

Julian constitue un personnage assez lamentable, mais très bien observé ; tombé sous le charme de Margaret, il ne cessera pas de lui envoyer des lettres minables tout au long du roman.
Januarius Jones (présenté comme un bouc obèse aux yeux jaunes, cynique et pervers) rencontre le pasteur Mahon, père de Donald (qu’il croit mort), puis Cecily Saunders, sa délicate, blanche et arbustive fiancée (qui depuis fréquente le falot George Farr) ; arrivent Mrs Powers, enfin Joe avec Donald. Est présente Emmy, la servante (avec qui ce dernier a couché).
C’est une scène de théâtre, un bal sordide, tableau satirique qui pourrait se sous-titrer "prestige de l’uniforme auprès de la gent féminine en temps de guerre". On peut concevoir que Faulkner puisse avoir été considéré comme misogyne ; voici une réplique à sa décharge :
« ‒ Ce sont les hommes qui s’inquiètent de l’honorabilité de notre nom parce que ce sont eux qui nous les donnent. Mais nous avons, quant à nous, d’autres soucis en tête. Ce que vous appelez un nom honorable est comme un vêtement trop léger pour être confortable. »

Et une confession :
« ‒ Je crois que vous devenez misanthrope, Joe." […]
"Assurément, quand il s’agit de femmes. »

La détresse, l’espoir irraisonné du Révérend, père du condamné, est rendue avec une certaine cruauté :
« Le spécialiste d’Atlanta nous avait bien dit qu’il devait devenir aveugle. Mais les médecins ne savent pas tout. Qui sait ? Quand il aura repris des forces et sera tout à fait rétabli, peut-être recouvrera-t-il la vue.
‒ Oui, oui, fit le recteur prêt à s’accrocher à n’importe quoi. Qu’il se remette ! Et ensuite nous verrons. »

La foi et la religion sont d’ailleurs questionnées, ainsi au moyen de cette curieuse conception théologique du Révérend Mahon, suivie d'une réflexion sartrienne de Joe :
« "Les voies du hasard sont bien impénétrables, Joe.
‒ Je pensais, mon Révérend, que vous auriez dit les voies de Dieu.
‒ Dieu, c’est le hasard des circonstances, Joe. Dieu est en ce monde. Nous ne savons rien de l’autre. Cela viendra en son temps. "Le royaume de Dieu est dans le cœur de l’homme" ; c’est la Bible qui le dit.
‒ N’est-ce pas là une doctrine assez inattendue de la part d’un pasteur ?
‒ Rappelez-vous, Joe, je suis un vieil homme. J’ai passé l’âge des querelles et des rancunes. Nous faisons notre paradis et notre enfer dans cette vie. Qui sait ? peut-être après notre mort ne sommes-nous appelés à aller nulle part, à ne faire quoi que ce soit. Ce serait cela, le paradis.
‒ Ou ce sont les autres qui font pour nous le paradis ou l’enfer. »

Dès le début du second chapitre, Faulkner présente d'étrange façon l’église du Révérend Mahon :
« De l’ensemble gothique de l’église s’élançait le clocher comme une prière de bronze indestructible, perpétuant l’illusion d’une chute lente parmi les petits nuages impassibles. »

Et voici, vers la fin, l’évocation d’une pauvre église de Noirs :
« Enfin, dans un bouquet d’arbres au bord de la route, ils virent la misérable petite église avec sa contrefaçon de clocher penché. »

Tout le roman est parcouru par un certain humour, certes caustique, plutôt de la raillerie, voire du sarcasme. Mais peut-être cette dérision grinçante est-elle aussi shakespearienne, selon l’inspiration de ce drame d’amours et de mort.
Ce premier roman me paraît vraiment être une bonne porte, d’ailleurs évidente, pour entrer dans l’œuvre de Faulkner, et sa manière caractéristique d’injecter les bribes de pensées des personnages en soliloque brut, de dévoiler nombre d’observations psychologiques et sociales tout en préservant la part humaine d’insondabilité ‒ sans compter des pensées métaphysiques qui sentent peut-être encore un peu leur auteur débutant :
« Toutes les impressions d’une journée, qu’il y en ait dix ou cent mille, on cette faculté précieuse de tomber dans l’oubli, où tôt ou tard s’ensevelissent toutes les inventions humaines. Voilà qui préserve le monde d’un encombrement désastreux. »

« Le Sexe et la Mort, porte d’entrée et porte de sortie du monde. Comme ils sont en nous inséparables ! Durant notre jeunesse ils nous enlèvent au-dessus de la chair ; quand nous sommes devenus vieux, ils nous ramènent à la chair, l’un nous engraissant, l’autre nous décharnant, au bénéfice des vers. Quand les instincts sexuels sont-ils plus aisément satisfaits qu’en temps de guerre, de famine, d’inondation, d’incendie ? »

« La liberté naît de la décision : elle n’attend pas l’action. […] Le mieux est de se contenter d’être libre sans en avoir conscience. Avoir conscience d’être ceci ou cela implique une comparaison, un rapport avec son contraire. Vivez donc votre rêve, mais ne le réalisez pas. Sinon ce sera la satiété. Ou le désespoir. Lequel est pire, je me le demande ? »


Bonus : tout au long de cette belle lecture, j’ai été accompagné par l’illustration de couverture, Gamme jaune de Kupka, représentant ton sur ton ce qui paraît être un lecteur malade s’étant assoupi :

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J’ai été frappé par le plombé des paupières baissées, sombre complémentaire bleue comme un regard.
Il existe une IIe étude de cette œuvre, plus figurative, voire expressionniste :

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Mots-clés : #mort #premiereguerre
par Tristram
le Sam 10 Aoû - 14:33
 
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Sujet: William Faulkner
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Irène Nemirovsky

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Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Joseph Roth

La crypte des capucins

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire 41vzyb10

Originale : Allemand, 1938

CONTENU :
À la Belle Époque, François Ferdinand fait partie de la jeunesse insouciante de Vienne. Entouré de ses amis, il tourne en dérision l'amour et le temps qui passe, s'amuse et s'instruit. Un autre François Ferdinand, l'archiduc, est assassiné. Les jeunes gens s'engagent avec enthousiasme dans la guerre, sans deviner que le déclin de la monarchie austro-hongroise aura bientôt raison de leurs illusions.

REMARQUES :
Par rapport à par exemple « La marche de Radetzky », ce roman postérieur serait préférablement à lire dans la suite. Ce livre plutôt mince a 34 chapitres relativement courts. Le premier chapitre pourrait être lu comme une introduction sur l’histoire des Trotta et une mise en perspective historique. Déjà il deviendra claire dès ce début que le monde décrit dans la suite, est revolu dans le moment « présent », donc il s’agira d’une description d’un monde passé, perdu – sujet fondamental du livre. Le début est à dater exactement en Avril 1913, selon de début du deuxième chapitre.

On pourra parler d’une forme de mélancolie concernant ce temps révolu, incluant la monarchie et un certain ordre social. Mais plus que cela et le respect du au « Kaiser » et aux classes sociales, on pourrait partir de valeurs plus universelles et positives : une idée d’un vivre ensemble, d’une certaine forme de reconnaissance (« reconnaissançabilité ») au-delà des frontières. Pour exemple drôlatique les descriptions des gares similaires dans tout l’Empire… Trotta vit à Vienne, mais ses racines sont slovènes. Il visitera la Galicie et son cercle d’amis consiste de Hongrois ! Là, il y a une forme naturelle de coexister, du vivre avec, les uns à coté et avec les autres. Apparemment.

Je dis : apparemment. Car au même moment le narrateur est conscient des dérives de cette société. Il dédie plusieurs paragraphes au sujet de la décadence du cercle d’amis, de la vie double et ambiguë. Et si on pourrait parler d’un déclin sociétale de la monarchie, de sa disparition, ils sont déjà accompagnés, voir précédés par un déclin sur un niveau individuel ou, pour citer le texte : « Les péchés individuelles sont un signe précurseur d’une catastrophe commune. » Ce sujet d’une imbrication entre l’individu et la société est souvent pas assez vu ; ce serait intéressant à explorer !

Parfois il y a des répétitions légères, des doublements. Aussi l’utilisation des pronoms personnels aurait allégée la répétition constantes des noms. Mais ce sont des remarques critiques minuscules…

Remarquable !


mots-clés : #historique #premiereguerre
par tom léo
le Ven 25 Jan - 16:36
 
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Sujet: Joseph Roth
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Joseph Roth


La marche de Radetzky

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C’est au son de la marche de Radetzky que se déroule le destin de la famille Von Trotta du grand-père, héros de la bataille de Solferino au petit-fils Lieutenant des Chasseurs dans l’armée Autrichienne.

De souche paysanne Slovène le capitaine Joseph Trotta, le héros, sera ennobli par l’Empereur François-Joseph auquel il a sauvé la vie lors de la bataille de Solferino. Cependant l’acte héroïque, sera décrit de manière romancée dans les manuels scolaires ce que le Capitaine n’ acceptera pas, il quittera l’armée, se retranchera comme son père dans ses terres ; il recevra les faveurs de l’Empereur comme une offense.

L’acte du grand-père Von Trotta pèsera lourdement sur la vie du petit-fils Charles-Joseph qui ne sera jamais à la hauteur du grand-père vénéré d’autant que son père le Prefet Von Trotta lui imposera une carrière militaire.

La bataille de Solferino annonce la fin de la monarchie des Hasbourg et de l’empire Austro-Hongrois. Mais jusqu’à l’assassinat du Prince héritier et la déclaration de la grande guerre la famille Von Trotta sera d’une fidélité aveugle envers la monarchie, la patrie. Les Von Trotta comme d’ ailleurs l’aristocratie ne peuvent imaginer l’effondrement de l’ empire.
Ce grand empire aux nombreux peuples ne comprendra pas les prémisses de la guerre : les grèves ouvrières, l’ attitude du Prince héritier, l’ agitation de la Russie qui arrive à la frontière, le nationalisme qui divise les peuples de l’empire (hongrois, Slovènes …..)

Charles-Joseph ne faillira pas à son devoir envers sa patrie, dans la guerre, alors même qu’il avait démissionné de la carrière militaire quelques jours auparavant comme l’avait fait d’ailleurs en son temps son grand-père, le Capitaine Von Trotta.


C’était une lecture très intéressante que cette histoire de famille dans la grande Histoire. A travers l’ennoblissement de la famille Von Trotta l’auteur montre l’honneur, l’orgueil, de faire partie de la noblesse de l’empire, de servir cet empire que porte la Maison de Hasbourg depuis des siècles. Longévité qui mesure justement l’effondrement à la fin de la Grande- Guerre.

L’ amour de l’auteur pour son pays d’origine est sensible dans son écriture.

Cette lecture m’a rappelé celle de Lajos Zihaly « les Dukay » même si le thème est plus celui de la décadence de l’aristocratie européenne.

Extraits :
La guerre de l’armée autrichienne commençait par des tribunaux militaires. Pendant des jours, les traîtres, véritables ou supposés, restaient accrochés aux arbres , sur la place de l’église pour faire peur aux vivants. Mais les vivants de toute la région avaient pris la fuite. »

« Le serviteur le suivait au même rythme que lui. Le sous-lieutenant s’efforçait d’aller au même pas que les bottes de son suiveur. Il avait peur de décevoir Onufrij en e trompant de pas par inadvertance. Elle était toute entière dans le loyal martèlement de ses bottes, la fidélité d’Onufrif. Et chaque pas nouveau émouvait Charles-Joseph. Et c’était comme si, derrière son dos, un pauvre gars maladroit essayait de frapper de ses pesantes semelles à la porte du cœur de son maître. Gauche tendresse d’un ours éperonné et botté ! »





mots-clés : #famille #historique #premiereguerre
par Bédoulène
le Jeu 24 Jan - 17:54
 
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Sujet: Joseph Roth
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Emmanuel Herzet

Reprise du commentaire de shanidar publié le Mar 21 Fév 2017 à 15:09, initialement posté sur le fil du co-scénariste Dorison. (clic)

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Le Chant du cygne 1-2

dessin : Babouche
scénario : Dorison - Herzet

Résumé éditeur :
Avril 1917. Alors qu'ils reviennent d'une offensive aussi vaine que meurtrière sur le Chemin des Dames, les survivants de la section du lieutenant Katzinski rencontrent un soldat qui leur confie une pétition signée par des milliers de poilus. Il y a là de quoi renverser le gouvernement pour en finir, enfin, avec les boucheries inutiles. Seulement, pour ça, il faut aller à l'Assemblée nationale... Et jusqu'à Paris, le chemin promet d'être long.


Franchement, je me suis laissée complètement surprendre par l'histoire et l'atmosphère de cette BD. J'ai retrouvé l'ambiance débraillée et jargonneuse de Cendrars et Barbusse, les poils des poilus, les relations parfois simples parfois compliquées avec la hiérarchie militaire, la rébellion des uns, la peur des autres, la bouffe qui arrive froide, les feuillées (tinette), l'ambiance arrosée de gros rouge et d'envoi au casse-pipe. Les soldats sont croqués avec des 'tronches' bien éloquentes qui permettent de les différencier immédiatement. Il y a le sergent Sabiane, le fort des Halles, rouquin et grande gueule, vers lequel tout le monde se tourne quand il faut prendre une décision. Il y a le bleu appelé 'la science' qui finit par convaincre les autres de sa témérité. Et puis, le lieutenant Katz dont l'honneur va être mis à l'épreuve par ses hommes : doit-il les suivre jusqu'au bout, lui qui n'en peut plus d'écrire des lettres annonçant aux familles la mort de leurs soldats ou va-t-il choisir le clan des officiers, abrutis, illégitimes, sanguinaires ?

Il faut ajouter à ce très bon scénario, un coup de crayon presque humoristique dans certaines outrances et un recours à l'aquarelle qui rend l'ensemble à la fois particulièrement beau, élégant, automnal et nostalgique. Babouche vient de l'animation et on retrouve dans son trait le plaisir du mouvement, l'attention portée aux arrière-plans pour dynamiser la case et une espèce de fraîcheur zébulonne (parfois même un peu brouillonne) qui prête à sourire et étonne par sa liberté. Quant à l'arrivée du Puzzle, une espèce d'officier rapiécé de partout et totalement mégalomane, elle donne une parfaite intensité à une BD qui se lit avec un immense plaisir.


Totalement séduite, je suis !  

Deux pages :

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mots-clés : #bd #premiereguerre
par Bédoulène
le Sam 21 Avr - 6:59
 
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Sujet: Emmanuel Herzet
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Franck Bouysse

Glaise

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Sur fond de guerre de 14, au fin fond du Cantal rural, ceux et celles qui ne sont pas partis au front tentent de survivre, et affrontent l'amour et la haine.

Les péripéties sont totalement prévisibles dans les deux premiers tiers du livre, et ce qui innove un peu à la fin est préparé mine de rien  par des dialogues-pièges semés ça et là entre les chapitres pour feinter le lecteur. Les personnages sont, on dira dans ce contexte rural, taillés à la serpe, la nuance  ne semblant pas faire partie de la psychologie des habitants du Cantal. Assez curieux de voir ces paysans de peu de mots alterner entre le dialogue utilitaire  et les interrogations philosophico-existencielles. Enfin, parmi les scènes vraiment "terroir", un certain plaisir à se complaire dans la vilénie assez morbide.

Tout cela dans un style ronflant à force d'être travaillé, avec des métaphores "poétiques" qui fleurissent à chaque page (oui, à chaque page, ce n’est pas une façon de parler).

Cet avis n'engage que moi, Le Monde recommande, mon libraire recommande, Babelio note 4.25/5...

Mots-clés : #amour #identitesexuelle #premiereguerre #ruralité
par topocl
le Sam 10 Mar - 9:36
 
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Sujet: Franck Bouysse
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François Sureau

L'obéissance

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Comme la présentation de l'éditeur résume parfaitement cette histoire pour le moins singulière, je la retranscris:



Alors que la Première guerre mondiale vit sans le savoir ses derniers mois, de grandes batailles sanglantes à l’issue incertaine se rallument sur la ligne de front franco-allemande.

C’est le moment que choisit le roi de Belgique pour présenter à la France une bien singulière requête : lui prêter la guillotine et le bourreau de Paris, Deibler, pour assurer de manière spectaculaire l’exécution capitale d’un soldat prétendument coupable du viol et de l’assassinat de deux femmes belges.

Or l’exécution doit se dérouler à Furnes, localité situé de l’autre côté du front… Après de longues négociations, un convoi improbable va tenter de passer à travers les balles et les obus. Il y parviendra, non sans dommages, et la sinistre guillotine finira bel et bien par se dresser, au petit matin, sur la grand-place de Furnes. Mais rien ne se passera comme prévu…

Construit comme un recueil de correspondances échangées et de notes de services pondues par des fonctionnaires zélés, L’obéissance est l’étrange récit, concis, rythmé et d’un irrésistible humour noir, d’un des épisodes les plus extravagants de la Grande Guerre.


Oui, c'est l'absurde jusqu'au bout. Où l'on voit que pour tuer " légalement" un individu , les politicards vont jusqu'au bout, et il n'y aura pas qu'un mort. Mais il faut ce qu'il faut, et quelles que soient les circonstances, il faut appliquer la justice telle qu'elle est écrite, on ne discute pas. Vont partir donc la guillotine avec bourreau et aides, et une escorte militaire. Plongée dans la bêtise ordinaire avec échanges savoureux de lettres entre hauts fonctionnaires et hauts gradés, c'est vrai qu'on en rirait si ce n'était pas si triste. Et puis, chaque personnage à son tour, avec chacun son style, raconte.
Rassurez-vous, la justice est passée. Heureusement. le condamné, qui avait combattu bravement pendant des années, ce qui l'avait un peu perturbé, n'avait plus aucune raison de vivre. Sinon, il se serait suicidé, quel désastre!!!

Petit extrait:
."..Je suis content qu'il ait survécu. Les meilleurs soldats meurent au début des guerres. Défilent à la fin les enfants, des embusqués, et de très rares braves que le dieu des batailles a épargnés pour qu'ils puissent admirer leurs généraux ventrus. Les généraux sont immortels.
Je suivrais ce légionnaire au feu, si j'avais encore à y suivre quelqu'un.
C'est une grande pitié d'avoir à obéir à des bureaucrates, généraux ou politiciens. Quand ont-ils découvert que l'Europe avait des frontières? Quand ils ont été nommés ministres. Les bureaux et l'intrigue auront fait autant de morts que les Boches. Oublions cela.."



récup

mots-clés : #historique #premiereguerre
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:18
 
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Sujet: François Sureau
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Erich Maria Remarque

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Après ( Der Weg zurück)
traduit de l'allemand par Raoul Maillard et Christian Sauerwein

"Nous nous étions imaginé tout cela d’une manière bien différente. Nous avions cru que dans une harmonie puissante s’établirait une existence vigoureuse et intense, la sérénité complète d’une vie reconquise. Et c’est ainsi que nous entendions commencer. Mais les jours et les semaines glissent entre nos doigts, nous les dissipons en choses vaines, superficielles; et quand nous jetons un regard autour de nous, rien n’est fait. Nous étions accoutumés à penser et à agir dans l’immédiat: une minute de retard et tout pouvait être fini.. Voilà pourquoi la vie actuelle va trop lentement à notre gré; nous nous élançons à sa rencontre, mais avant qu’elle commence à parler ou à rendre un son, nous nous en sommes déjà détournés.
Nous avons eu trop longtemps la mort pour camarade. C’était une joueuse des plus rapides et il s’agissait, à chaque seconde, de l’enjeu le plus élevé. C’est ce qui nous a donné ce caractère impulsif, cette concentration de la pensée sur l’instant immédiat, c’est aussi ce qui nous rend si vides aujourd’hui; car dans le monde qui nous entoure, une telle attitude d’esprit n’est plus à sa place. Et cette impression de vide est une source d’inquiétude car nous sentons que nous ne sommes pas compris et que l’amour, même, ne peut nous être d’aucun secours. Il y a un abîme infranchissable entre ceux qui sont soldats et ceux qui ne l’ont pas été. Il faut que nous nous aidions nous-même. Cependant ,à nos jours d’inquiétude, se mêlent souvent encore des grondements et des murmures étranges; c’est comme un lointain roulement d’artillerie, comme un avertissement sourd derrière l’horizon . Nous ne saurions pas les définir, nous ne voulons pas les entendre et nous nous en détournons toujours dans la crainte singulière de laisser passer quelque chose qui risquerait de nous échapper.
Trop souvent, déjà, certaines choses nous échappèrent, et pour beaucoup, rien de moins que la vie..
"

Quelle force - et quelle lucidité- dans ce «  roman » , qui suit A l’ouest rien de nouveau. Des jeunes gens, des presque encore enfants soudés par les tranchées et qui, miraculeusement, ont échappé au sort de la plupart. Qui se retrouvent Après, et qui cherchent à revivre. A comprendre pourquoi ils n’y parviennent plus.
Assez bouleversant ..

Et pourquoi, Georg, pourquoi? Parce que nous avons tous été trompés, et trompés à un point tel que nous commençons à peine à nous en rendre compte! Parce qu’on a effroyablement abusé de notre naïveté! On nous parlait de Patrie, et on pensait: plans d’annexions d’une industrie cupide; on nous parlait d’honneur et cela signifiait querelles et soif de puissance d’une poignée de diplomates et de souverains ambitieux; on nous parlait de Nation et cela voulait dire: désir d’activité de quelques généraux inoccupés! « Il secoue Race par les épaules. »Tu ne comprends pas ça? Ils ont fourré dans le mot Patriotisme leur phraséologie, leur désir de gloire, leur esprit de domination, leur faux romantisme, leur bêtise, leur avidité, et nous l’ont présenté comme un idéal rayonnant! Et nous avons cru que c’était le coup de clairon initial d’une existence nouvelle, solide et puissante.
«  Tu ne comprends donc pas? C’est à nous-même que nous avons fait la guerre, sans le savoir, et chacune de nos balles qui touchait son but atteignait l’un de nous. Mais écoute donc, je me tue à te le dire! La jeunesse du monde s’est levée, dans tous les pays, croyant combattre pour la liberté! Et dans chaque pays, elle a été trompée et abusée, dans chaque pays elle a combattu pour des intérêts et non pour un idéal; dans chaque pays, elle a été massacrée, et elle s’est elle-même exterminée! Tu ne comprends donc pas? Il n’y a qu’une seule lutte, celle contre le mensonge, les demi-vérités, les compromissions, contre l’esprit des vieilles générations!
Nous nous sommes laissé prendre à leurs phrases et nous avons combattu pour eux au lieu de les combattre. Nous croyions qu’il s’agissait de l’avenir, alors que nous marchions contre lui. Notre avenir est mort, car la jeunesse est morte, qui le portait en elle.
Nous ne sommes plus que des survivants, des déchets. Mais les autres sont vivants, les repus, les satisfaits, plus repus et plus satisfaits que jamais! Les non- satisfaits, toute cette jeunesse ardente, impétueuse, sont morts pour cela! Pense que toute une génération a été anéantie, qu’une génération pleine d’espoir, de foi, de volonté, de force et de savoir a été hypnotisée à ce point qu’elle s’est entre-tuée bien que, dans le monde entier, cette jeunesse ait poursuivi les mêmes buts!
"



mots-clés : #guerre #premiereguerre
par Marie
le Mar 19 Sep - 19:17
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Mikhaïl Boulgakov

Comment ne pas me joindre aux éloges pour „Le maître et Marguerite » ? L’auteur utilise largement les moyens de la satire, si repandus dans la littérature soviétique (et russe). C’est à se demander si ce n’est pas un moyen par excellence de parler de choses qu’on ne peut pas nommer ouvertement ?! Mais je vais me concentrer à présenter un peu plus:

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La garde blanche


CONTENU :
C’est l’histoire fortement imprégnée par des traits autobiographiques de trois frères et sœurs (Alexandre, Hélène, Nikolka) en Décembre 1918. En Russie c’est la guerre civile et des restes de troupes allemandes et d’autres forces tiennent des larges parties de l’Ukraine. Kiev rassemble des gens venus de partout et de toutes les origines : des banquiers, des aristocrates, des gens douteux fuyant les forces bolchéviques.  Sous l’assaut des troupes nationalistes de Petlioura les Allemands et leurs alliés, comme le « Hetman », prennent la fuite. Jusqu’à l’arrivée de l’Armée Rouge en Février 1919 s’écouleront seulement deux mois. L’histoire « personnelle » des trois figures principales est imbriquée dans la « grande Histoire » : Hélène va être abandonné par son mari « collaborateur et faisant confiance dans les Allemands. Alexandre (sous certains égards l’Alter Ego de Boulgakov) se met à disposition en sa qualité de médecin et sera blessé. Nikolka va s’engager dans les combats tandis que Hélène attend avec crainte à la maison.

IMPRESSIONS :
Des grandes confusions et mélanges, des combats sans fins, des changements de front marquaient la situation de ces années dans le pays de la révolution d’Octobre. Et on pressent fortement que les changements en Russie n’étaient pas le résultat d’un seul jour, mais que les conflits s’allongeaient, se compliquaient pendant des longues périodes (et au-delà par d’autres formes de résistance et de combats). Et quelques fois il y en avait bien plus que deux partis en questions, ainsi en Ukraine ! Je suis reconnaissant entre autre que ce livre fait connaître un peu de cette complexité des années révolutionnaires. Cela reste presque impensable, quel chaos ce pays a traversé…

Il me semble que ce livre n’est pas de la même veine si fortement satirique que d’autres livres de Boulgakov, même si aussi ici on trouvera l’une ou l’autre situation grotesque. Au centre de ce livre si marqué par les événements historiques est quand même l’individu, la personne, ces trois frères et sœurs Tourbine (nom de la famille maternelle de Boulgakov !) et leurs amis proches.  C’est comme si pour le lecteur attentif on lit que l’individu n’est pas aboli. Au milieu de ces turbulences politiques ils continuent à chercher pour ce qu’on pourrait appeler un peu pathétiquement « le sens et la vraie vie ». Et en fait : au tout début paraît cette grande question universelle et typiquement russe à la fois : « Comment vivre ? » Cela me semble une vraie perspective de lire ce roman avec la question comment on peut bien survivre de tels temps de conflits et de désespoir. Qu’est-ce qui pourra nous sauver ? Ici c’est certainement le rôle de chacun, la contribution de chacun : ils prennent part actif à l’histoire…

mots-clés : #autobiographie #famille #historique #premiereguerre #revolution
par tom léo
le Mer 13 Sep - 21:56
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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William Faulkner

Quand nous en étions à évoquer les livres ayant trait à la guerre de 14-18, nous avions omis celui-ci:

Parabole

Roman, publié en 1954, 620 pages environ, titre original: A Fable.
Tag premiereguerre sur Des Choses à lire A_fabl10
Un exemplaire de l'édition originale.

Long pavé, de lecture qu'on ne qualifiera pas d'aisée, écrit avec cette encre caractéristique de l'auteur et presque paradoxale, en effet elle cascade, agile et libre, telle un torrent, sans en avoir toutefois la limpidité, étant en même temps une encre épaisse et trouble telle un fond de bayou si boueux qu'il est de consistance aussi solide que liquide.

Mais quelle langue, quelle hauteur de vue, Faulkner nous régale d'un livre malaisé d'accès, qui a tombé et tombera sans doute de bien des mains par son exigence, pour le reste il est assez crucial, pour ma part c'est une lecture d'importance, en dépit de la crainte d'être passé à côté d'une partie sans doute non négligeable de ce riche ouvrage.  

Quelques dérangeantes curiosités formelles n'aident pas à la navigation dans ces pages, la plus pénalisante pour le lecteur (francophone ? je ne sais pas si elle est due à la traduction), est qu'on n'identifie pas toujours très clairement, en tous cas du premier coup, quel est le "il" dont on parle, et qui peut être l'un ou l'autre des protagonistes du chapitre.

Cette Parabole constitue sûrement une tentative très ambitieuse de la part de l'auteur, et plutôt risquée, casse-figure, si l'on considère qu'au moment de parution, Faulkner était à peu près au faîte de sa carrière et de sa notoriété.  
Au reste, il y travailla de décembre 1944 à novembre 1953, lui qui boucla pourtant certains de ses chefs-d'œuvre en six mois à peine.

Truffée de référents (plutôt que de références) bibliques, surtout néo-testamentaires, Parabole est l'histoire d'une tentation, le tentateur étant un maître du monde valant antéchrist, et le tenté, le rédempteur si l'on veut, un caporal engagé dans le conflit.

Faulkner emmêle les pistes quant aux passés des protagonistes, passe sous silence des pans entiers par suggestions, mais s'attache à des détails annexes. De longues tirades, monologues, émaillent le propos, même là où l'on attend plutôt des dialogues.

La démonstration parabolique, chacun peut bien entendu se risquer à l'interprétation ou au simple commentaire, est attendue, disons mieux supputée, depuis cent cinquante pages environ: peu sont ceux qui s'appuieront ces 620 pages dans l'attente du suspense final -tant mieux, qui sait si quelques lecteurs réduiraient le livre à cela, sinon ?  

Il est curieux de constater que les deux personnages principaux semblent désincarnés, tandis que décors, comme situations, comme personnages secondaires sont extrêmement tramés, fouillés.  

Bien sûr Faulkner n'oublie pas de parler de ce qu'il connaît, et là, il excelle comme jamais et fait ronronner d'aise tout amateur de littérature, ainsi l'aviation militaire de l'époque (il s'engagea dans l'aviation canadienne durant la Première Guerre mondiale, mais l'armistice de 1918 fut signé avant qu'il n'ait pu faire son premier vol), bien sûr "son" Sud de l'Amérique US du début XXème.

Mais aussi la France d'alors, qu'il sait camper avec altitude et justesse: se souvient-on qu'il vécut à Paris, et entreprit une tournée de certains d'entre les champs de bataille français (Rouen, Amiens, Compiègne, Dieppe), dans les années 1920 ?

Une fois le livre refermé, je méditais cet extrait de son discours de réception du Nobel de littérature, qui me semblait particulièrement bien convenir à cet ouvrage-là, bien que Parabole ne soit à l'évidence pas le seul dans ce cas:  

[le jeune écrivain] doit réapprendre [les problèmes du cœur de l’homme en conflit avec lui-même…] Tant qu’il ne le fera pas, son labeur sera maudit. Il ne parlera pas d’amour mais de désirs, de défaites où jamais l’on ne perd rien qui vaille, de victoires sans espoir et, pis que tout, sans pitié ni compassion. Sa peine devant la mort n’aura rien d‘universel, ne laissera nulle cicatrice. Il ne parlera pas du cœur, mais des glandes. Tant qu’il n’aura pas réappris cela, il écrira comme s’il avait devant lui et observait la fin de l’homme. Pour moi, je refuse d’accepter la fin de l’homme.  


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Faulkner avec le jockey-vedette Eddie Arcaro, mai 1955, alors qu'il couvre le Kentucky Derby d'Oxford pour Sports Illustrated.
Il est question d'une édition très antérieure de cette course dans Parabole.


mots-clés : #guerre #premiereguerre
par Aventin
le Mar 5 Sep - 20:21
 
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Sujet: William Faulkner
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John Dos Passos

J'avais moins trouvé mon rythme dans le suivant. Ils ont eu une jolie couverture les espagnols non ? Je l'ai lu en vf (je ne lis ni ne parle l'espagnol) mais comme elle est jolie j'empreinte :

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1919

Je pourrais faire quasiment le même commentaire que pour 42e parallèle tant pour la forme que pour la facilité de lecture. Même alternance de personnages et d'actualités et de souvenirs. Mais on change de personnages pour traverser la première guerre mondiale.

Marine, croix rouge, journalisme. Le point de vue reste américain et évite assez soigneusement le pire du conflit dont les horreurs du front restent comme un lointain placage. A cette guerre s'oppose la teneur des récits qui ont pour la plupart comme objet les errances sentimentales des personnages... ou leurs laborieux parcours professionnels, ça dépend un peu des moyens qu'on a au départ pour aborder la vie.

C'est l'autre opposition du livre, cette différence des parcours, avec en autre toile de fond la répression des mouvements ouvriers et les espoirs déçus de révolte de part le monde. Mais même cette partie là finalement reste en "rappel historique" (cruel).

La guerre elle-même prend des allures de récréation entre Paris et l'Italie. Désespérée et très alcoolisée d'un côté, mondaine d'un autre et comme si les espérances et les idéaux venaient fondre, se dissoudre, dans ce moment historique. Un moment qui voit se révéler un visage d'ambitions et d'opportunités économiques et politiques : profits de l'économie de guerre, partages de gâteaux, etc.

Facile à lire quoiqu'un peu répétitif, possibles mous dans la traductions aussi (Quarto), provoquant un certain malaise par son ambiance discrète mais très particulière, c'est finalement un drôle de truc. Un drôle de truc dont il ne faut pas non plus exclure la part d'autobiographie et de souvenirs intimement mêlée à cette vision dure de l'histoire.

Un parfum de défaite dans la célébration.

(récup' again).


mots-clés : #social #premiereguerre
par animal
le Dim 6 Aoû - 22:26
 
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Sujet: John Dos Passos
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Fonclare Guillaume de

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Guillaume de Fonclare : Dans ma peau. - Stock


"Mon corps est un carcan ; je suis prisonnier d'une gangue de chairs et d'os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m'écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d'identiques rengaines ; je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j'aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le poids d'un corps devenu trop lourd. Je ne suis plus qu'un homme mal assis qui songe sans fin, et si j'ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint. G.F."



Si la vie est un combat truqué et perdu d'avance, il nous laisse quand même des plages d'espoir et de plaisirs.
Dans le cas de Guillaume de Fonclare, les souffrances d'une maladie dégénérative, sans cesse présentes, sans cesses renouvelées, ne lui accordent aucun répit.
Ni les illusions vitales dont nous avons tous tellement besoin.
La mort est un non évènement inconnaissable même si universel.
Et que nous essayons d' oublier en espérant que ce sera réciproque.
Enfin peut être...

La vie de Fonclare fut étroitement associée à la mort.
A la tête de l'Historial de la Grande Guerre, il méditait sur tous ces morts, horriblement mutilés. Voués à l'oubli et à l'anonymat la plupart du temps.
Et si inutilement sacrifiés par des officiers et des politiques absolument privés de sensibilité et de sens stratégique.
Cette relation avec les morts fut interrompue par la maladie et contre le gré de l' auteur.

Ce livre est la méditation d' n être souffrant mais encore vivant et attaché à cette vie précaire qui lui est octroyée et avec laquelle il devra compter.
En ignorant quel sera le terme. Et quand.

Tout commentaire de ce livre serait inutile et redondant. il suffit de le citer.



mots-clés : #premiereguerre #pathologie
par bix_229
le Jeu 6 Juil - 21:05
 
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Sujet: Fonclare Guillaume de
Réponses: 21
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