Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 10:52

175 résultats trouvés pour initiatique

Michel Rio

Archipel

Tag initiatique sur Des Choses à lire Archip10

L’archipel, c’est celui des îles anglo-normandes, à la rencontre des cultures anglaise et française, pour un des exercices préférés des écrivains philosophants, le système d'éducation idéale du gentilhomme :
« Histoire, physique, biologie : pour un apprenti philosophe, cela est convenable et opportun. C’est la trinité qui doit fonder notre vision du monde. »

Novella plus que roman où Michel Rio déploie calmement son style soigné, clair et précis, dense car sans errement, maîtrisé, avec ses caractéristiques dialogues d’un français châtié, un brin aristocratique, en parfaite adéquation avec le propos.
Le narrateur, élève d’une élitiste école de Jersey, vivra une expérience insolite de l’initiation au sexe, à l’amour et à l’interdit, entre la belle Alexandra Hamilton, propriétaire de l’institution, et Leonard Wilde, le laid bibliothécaire et ancien précepteur de cette dernière.
« Il y a une liberté dans le crime, et aucune dans l’aumône. »


\Mots-clés : #education #initiatique
par Tristram
le Ven 21 Mai - 13:10
 
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Sujet: Michel Rio
Réponses: 16
Vues: 870

Stephen Crane

Tag initiatique sur Des Choses à lire 51ilxx10

La conquête du courage

C’est un brave petit gars, encore adolescent, qui s’engage dans la guerre de Sécession du côté des Yankees, parce que ça se fait : défendre des idées, participer à une grande aventure, montrer qu’on est un homme.
La première partie est assez touchante, il n’est pas du tout à la hauteur de la situation, il a peur d’avoir peur, puis il a peur au combat, il fuit. Sans trop culpabiliser, se demandant même s‘il ce n’est pas lui le plus malin (limite tête à claque dans sa gestion de son propre stress), mais avec encore la peur de ce que les autres vont en dire.

Puis il y a une vraie grosse bataille, le reste n’était qu’avant-goût, avec des chefs qui vous courent après et vous méprisent un peu (et ça on a carrément envie de leur montrer qu’on vaut plus qu’ils ne croient), des copains qui tombent à droite à  gauche qu’on veut venger et peu à peu cela le happe, il devient courageux, il s’empare du drapeau de l’ennemi, c’est un héros.

La guerre « grandit » l’adolescent.

Je ne suis pas sûre d’être le bon public pour cette exaltation du bon petit américain courageux.
En outre l‘écriture (ou la traduction ?), si elle est belle par moments, décrivant notamment une nature splendide comme théâtre de ce carnage, est assez confuse dans les combats et les faits et mon attention, pour ne pas dire mon intérêt, ne s’en est pas trouvée encouragée.


\Mots-clés : #guerre #initiatique
par topocl
le Lun 22 Fév - 14:25
 
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Sujet: Stephen Crane
Réponses: 6
Vues: 250

Michel Tournier

Les Météores

Tag initiatique sur Des Choses à lire Les_mz10


Voici Alexandre Surin, homosexuel chasseur, à la fois élitiste, antisocial et abject (Tournier fait preuve d’une véritable fascination pour l’analité dans ses œuvres) ; malsain et scandaleux, ce cynique « dandy des gadoues », ce joyeux pervers jouit de l’ordure (les « oms », ordures ménagères, sorte d’acronyme où il est permis de voir une malicieuse affinité avec "hommes"…), et s’accomplit dans la répurgation (latinisme qui désigne l’ensemble des activités liées à la propreté et à l’hygiène dans les collectivités locales, Wiktionnaire) :
« Moi, sans sexe, je ne vois vraiment pas de qui j’aurais pu avoir besoin. »

« Peu à peu j’étais séduit par l’aspect négatif, je dirai presque inverti, de cette industrie. »

« La guerre menace cette fin d’été. Hitler ayant achevé avec la complicité générale le massacre des homosexuels allemands cherche d’autres victimes. Est-il nécessaire de préciser que la formidable mêlée d’hétérosexuels qui se prépare m’intéresse en spectateur, mais ne me concerne pas ? Si ce n’est peut-être au dernier acte, quand l’Europe, le monde entier sans doute ne seront plus qu’un seul tas de décombres. Alors viendra le temps des déblayeurs, récupérateurs, éboueurs, biffins et autres représentants de la corporation chiffonnière. En attendant, j’observerai la suite des opérations l’œil appointé, à l’abri d’une réforme que me valut à l’âge du régiment une éventration herniaire depuis belle lurette surmontée et oubliée. »

« …] j’ai le privilège insigne – en vertu de mon métier et de mon sexe également exécrés par la racaille – de demeurer inébranlé à ma place, fidèle à ma fonction d’observateur lucide et de liquidateur de la société. »

Une discussion théologique sur le Paraclet (le Saint-Esprit, cf. Le Vent paraclet, réflexions autobiographique, littéraire et philosophique) et la météorologie explicite le titre :
« L’Esprit-Saint est vent, tempête, souffle, il a un corps météorologique. Les météores sont sacrés. »

Tournier est féru de vocabulaire, d’érudition, d’étymologie, d’allusions littéraires ; ainsi, « la haine atmosphérique des hétérosexuels » doit renvoyer à la barométrie psychologique dont parle Baudelaire dans ses Paradis artificiels : « les phénomènes atmosphériques de son âme »…
Autre référence, celle à la cryptophasie, emploi d'un langage secret par les jumeaux, « élaboré spontanément par le couple gémellaire, compréhensible de lui seul, et pouvant nuire au développement du langage social proprement dit » (TLFi).
Car la (seconde) moitié du livre concerne les jumeaux, Jean et Paul, soit Jean-Paul, « frères-pareils » parmi les « sans-pareil » ; celui qui a l’ascendant dans cette gémellité fera fuir la fiancée de l’autre, qui à son tour fuira, bientôt poursuivi autour du monde par son frère déparié.
« Des deux, j’étais le conservateur, le mainteneur. Jean au contraire a obéi à un parti pris de séparation, de rupture. Mon père dirigeait une usine où l’on tissait et cardait. Jean ne se plaisait qu’avec les cardeuses, moi je trouvais mon bonheur auprès des ourdisseuses. Dès lors, je suis tenté d’admettre que Jean-le-Cardeur sème la discorde et la ruine partout où il passe en vertu de sa seule vocation. C’est une raison de plus pour que je m’efforce de le retrouver et de le ramener à Bep. »

(Bep est le jeu fusionnel dans la cellule gémellaire.)
Franz (comme Arnaud le benêt du Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs de Mathias Énard, c’est un « enfant-calendrier »), ainsi que les autres innocents de l’établissement de débiles mentaux proche de la Cassine et de la filature familiale en Bretagne, est proche des jumeaux comme de toute la progéniture de Maria-Barbara et d’Édouard (frère d’Alexandre), aussi occasion d’un rendu sensible de ces jeunes handicapés.
Tournier revisite nombre de codes (et tabous) sociaux, comme l’inceste.
« Le mariage ne créait-il pas une sorte de parenté entre les époux, et puisqu’il s’agissait de deux êtres appartenant à la même génération, cette parenté n’était-elle pas analogue à celle qui unit un frère et une sœur ? Et si le mariage entre frère et sœur réels est interdit, n’est-ce pas justement parce qu’il est absurde de prétendre créer par institution et sacrement ce qui existe déjà en fait ? »

Le début de la Seconde Guerre mondiale est évoqué au travers d’Édouard, hétérosexuel notoire, typique père de famille (dont les jumeaux) et séducteur de nombreuses femmes, qui s’engage dans l’armée puis la Résistance sous l’Occupation.
« L’angoisse de la mort et la peur de mourir sont exclusives l’une de l’autre. La peur chasse l’angoisse comme le vent du nord balaie les nuées orageuses de l’été. La menace immédiate fouette le sang et appelle des réactions sans retard. »

La fin du livre se situe lors de l’érection du mur de Berlin (livre publié en 1975), et remue encore les fantasmes de l’auteur.
Dans ce roman au style châtié qui manie paradoxe et provocation, mais nuancé d’humour voire d’ironie, Tournier a le même goût du rocambolesque, du symbolique, du bizarre et de la bravade que son Alexandre ; partout se devine le conte mythique, avec ce qu’il a aussi d’ambigu, de cruel, de maléfique ; plutôt hétérogène malgré ses thèmes suivis, il vaut aussi beaucoup pour les remarques diverses de l’auteur à tous propos. Il y a des scènes frappantes, voire du gore, comme avec la guerre des rats et goélands dans une décharge, ou l’inondation de Venise en 1959. A propos, voici deux descriptions de paysages, la première en Islande, la seconde en Bretagne :
« Paysage beige, livide, verdâtre, coulées de morve, de pus chaud, de sanie glauque, vapeurs toxiques, bourbiers qui bouillonnent comme des marmites de sorcière. On y voit mijoter le soufre, le salpêtre, le basalte en fusion. Angoisse en présence de cette chose innommable et totalement contre nature : la pierre liquéfiée… Solfatares où fusent des jets de vapeur empoisonnée, où rêvent des fumerolles annelées. Bleu intense, irréel, du fond du geyser. Le petit lac se vide sous l’effet d’une déglutition, d’une puissante succion interne, puis le liquide reflue d’un coup, bondit vers le ciel, se disperse en gerbe, retombe en crépitant sur les rochers. Contraste entre ce paysage totalement minéral, et l’activité vivante, viscérale qui s’y manifeste. Cette pierre crache, souffle, rote, fume, pète et chie pour finir une diarrhée incandescente. C’est la colère de l’enfer souterrain contre la surface, contre le ciel. Le monde souterrain exhale sa haine en vomissant à la face du ciel ses injures les plus basses, les plus scatologiques. »

« Je n’oublierai jamais cette première rencontre. Toute la journée un grain et ses séquelles avaient rincé et peigné la côte. Le jour baissait lorsqu’on put enfin sortir. L’air mouillé était frais, et le soleil glissant déjà dans l’entrebâillement lumineux ouvert entre l’horizon et le couvercle des nuages, nous baignait d’une lumière faussement chaleureuse. La basse mer ajoutait les déserts miroitants de la grève au ciel dévasté. »

Un livre original, étrange, que j’ai lu sans lassitude (il est vrai sur papier, à l’ancienne, artisanalement !)


Mots-clés : #fratrie #identitesexuelle #initiatique #sexualité
par Tristram
le Lun 15 Fév - 12:23
 
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Sujet: Michel Tournier
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Victor Jestin

Tag initiatique sur Des Choses à lire 41nhi810

La chaleur

Fin août, la canicule écrase les vacanciers. Dans ce géant camping des Landes, les ados traînent, heureux ou malheureux, draguent, bronzent. Le lapin rose se charge des enfants, les parents sont gentils mais un peu dépassés. Léonard porte son vague à l‘âme et son sentiment d’exclusion. Rien que de très banal si la première phrase du roman n’était: « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger ».

Cela vous a par moments un petit air de l’Étranger de Camus, ces phrases qui claquent, cette chaleur comme un mirage, ce jeune homme hors des codes.
C’est une lecture assez décapante par l’écriture, la façon de regarder ce monde d’une façon décalée.
Une journée de vie ordinaire assez saisissante.


\Mots-clés : #contemporain #initiatique #mort
par topocl
le Mer 10 Fév - 13:07
 
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Sujet: Victor Jestin
Réponses: 2
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Patricia Highsmith

Tag initiatique sur Des Choses à lire 41y2vq10

Caroll

Voilà donc le second livre édité, sous pseudonyme, de Highsmith.
Pas un roman policier, pas un roman à suspens.
Un roman d'amour.

Dont un film a fait parler, ces temps derniers. Film que je n'ai pas vu.

J'ai bien aimé, en fait il faut se représenter un roman qui prend le temps, pas très versé sur le pathos, et finalement ce n'est pas dutout étonnant, au regard de son style en général, à cet auteur.

Le livre est d'un ton élégant, assez sobre et classique. Il ne met pas tellement l'accent sur la passion, mais plutôt sur l'héroïne.
Sur son développement d'individu tout neuf.

Y compris, donc, à travers ses émotions amoureuses.
Mais à cet égard, tout du long, la femme qu'elle aime, ou les hommes qui l'aiment, semblent être "traversés" pour avancer. On sent que l'amour est émotion avant que d'être une dévotion qui diluerait l'être.

Comme on n'est pas dans le portrait pathologique du mal, rien d'extraordinaire, c'est un roman qui parlera à tous les aimants du monde,
mais déjà une acuité et propension à décrire sous un jour très personnel de la part de Highsmith..
J'ai eue tout du long une grille de réception bien précise : faire le pari qu'il y sera trouvé la clef émotive de l'auteur, sa manière de voir le monde sur le plancher des vaches.
Et ça loupe pas. Sacrée bonne femme.
Le fond socioculturel de la spécificité homosexuelle existe, d'ailleurs traité en une préface et postface de l'auteur elle -même.Mais ne me parait pas fondamentalement le coeur du livre.

Au final elle propose sur une trame qu'on connait tous, l'amouuuur, une version très intéressante de l'épiphénomène "devenir soi". Elle bazarde avec une grâce de magicien nos vieux poncifs des vilains et des gentils, elle retient l'auto-analyse, l'apport que la sensualité crèe à l'être social, et traite la perte comme un renouveau total.
Aucune sensiblerie, beaucoup d'émotion circoncise, plutôt. De l'instinct, donc, tout du long. Du sang froid.

C'était intéressant. Elle était bien jeune pour savoir déjà traiter l'amour comme ça. Chapeau bas.
J'arriverais assez mal à expliquer le truc, mais comment dire : oui, l'histoire finit bien (elles restent ensemble) mais c'est plutôt l'attitude de chacune face aux avanies qui est inspirante. Chacune reste reliée à ses chemins propres, même les personnages masculins positifs (nombreux) semblent de ce cénacle, initiés à la conscience de soi ,à l'expansion de soi comme recours-souhaitable bien identifié. Il y a une sorte de réception, passive mais lucide, très bien décrite, qui est évidemment totalement propre à la jeunesse, et éthiquement des résolutions dramatiques tout à fait réjouissantes, à illustrer des avancées solaires et affirmées.

J'ai en fait surtout aimé la fin.

La description de ce que devient Thérèse. Sur quelques semaines de crise. Ses filtres spécifiques.

Et été intéressée par la manière dont l'auteur partage les problématiques professionnelles : devenir, à NY quelqu'un qui travaillera dans son domaine de formation, les petits boulots. Le devenir social.
Voilà.

\Mots-clés : #amour #initiatique #mondedutravail
par Nadine
le Mar 15 Déc - 15:46
 
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Honoré de Balzac

L’Envers de l’histoire contemporaine


Tag initiatique sur Des Choses à lire Quai10
"En 1836, par une belle soirée du mois de septembre, un homme d'environ trente ans restait appuyé au parapet de ce quai d'où l'on peut voir à la fois la Seine, en amont, depuis le Jardin des Plantes jusqu'à Notre-Dame, et en aval, la vaste perspective de la rivière jusqu'au Louvre". [première phrase du livre]





Roman, paru en 1848, deux parties, fixées sous les intitulés Madame de La Chanterie et L’Initié, il figure dans la section Scènes de la vie parisienne de La Comédie humaine.
Spoiler:
NB: La première partie est publiée en quatre livraisons échelonnées de septembre 1842 à novembre 1844.
La seconde partie est d’abord éditée sous le titre Madame de La Chanterie, deuxième partie, l’Initié (août-septembre 1848).
Une édition en volume posthume parait en 1854 sous son titre définitif: L’Envers de l’histoire contemporaine, deuxième épisode, L’Initié.


Celui-ci passe pour être le dernier roman achevé de Balzac.

En quelques mots, ce dont il s'agit:
Balzac présente une association dite bienveillante, une conspiration secrète fomentée autour d’une aristocrate inspirée par L’Imitation de Jésus Christ (celle de Gerson) Madame de La Chanterie, impliquée jadis dans une action de chouannerie d'importance.

Madame de la Chanterie, condamnée à de la prison, est soutenue par quatre personnages, emblématiques de l'Ancien Régime: un prêtre, un militaire, un magistrat et un bourgeois.
Godefroid, jeune homme un peu en recherche, un peu tombé du ciel, arrive dans cette compagnie. Le second "épisode" (ou seconde partir) narre la Première, les grands débuts, l'épreuve du feu de ce personnage principal (héros ?).

Cette impression que le vrai pouvoir est discret voire occulte, cela jalonne l'œuvre de Balzac. Mais ici, c'est nettement plus rare, l'"Éléphant de Tours" nous distille une ambiance d'entrée de roman des plus étonnantes, non sans rappeler les façons du roman noir, ou du moins quelques traits caractéristiques.

Toujours assez commun chez Balzac, un jeune homme en échec, essuyant claque sur claque, incapable, ayant failli aux espoirs parentaux comme à ses rêves de prime jeunesse, ayant dilapidé son avoir puis, plus tard, son héritage, vivant malgré tout largement au-dessus de ses moyens, un coléoptère nocturne attiré par les éclats étincelants de la vie parisienne, qui y brûle ses ailes après que ces lumières l'ont aveuglé.
Tel est Godefroid, un jeune homme ayant perdu gros, souhaitant donner une direction plus sobre, quasi érémitique à sa vie.  
Le hasard -la Providence- le fait remarquer un abbé, répondre à une annonce pour un logement à tarif modéré, et, de là, entrer dans une maison tenue par une sainte dame, habitée par de saints gentilshommes.

Le Bien et le Mal. Le Bien capable d'être aussi fort que le Mal, d'avoir le dessus. De même que le terme de Providence que j'employai ci-dessus, la Vertu, la Charité sont des notions désuètes, ou alors qui ressurgissent, incomplètes, nous d'autres appellations, en ce XXIème siècle, à ce qu'il me semble du moins.

Qu'a voulu faire Balzac ?
Un Balzac déjà malade, qui n'achèvera plus un roman, tout en en ayant un nombre plutôt conséquent en chantier ?
Lui qui a peint les turpitudes, la petitesse, les mœurs, la vilennie, la chicane, l'inhumanité, la débauche qui tue à petit feu et bien d'autres caractéristiques de ses contemporains, bref, l'insensé parce que trop vaste projet de consigner une Comédie humaine ??
 
Pourquoi faire ressortir, comme un pont au-dessus de son œuvre, des éléments bien présents dans Les Chouans ?  L'attaque de la diligence, les surnoms -de guerre - de Pille-Miche, Marche-à-Terre, etc... ?

Un Balzac pas très ordinaire, donc, qui questionne beaucoup, difficile à mettre en perspective.

La plume y reste succulente [mais] mordante, là-dessus vous n'aviez aucun doute:

Aussi Godefroid offrait-il ce visage qui se rencontre chez tant d’hommes, qu’il est devenu le type parisien : on y aperçoit des ambitions trompées ou mortes, une misère intérieure, une haine endormie dans l’indolence d’une vie assez occupée par le spectacle extérieur et journalier de Paris, une inappétence qui cherche des irritations, la plainte sans le talent, la grimace de la force, le venin de mécomptes antérieurs qui excite à sourire de toute moquerie, à conspuer tout ce qui grandit, à méconnaître les pouvoirs les plus nécessaires, se réjouir de leurs embarras, et ne tenir à aucune forme sociale.
Ce mal parisien est, à la conspiration active et permanente des gens d’énergie, ce que l’aubier est à la sève de l’arbre; il la conserve, la soutient et la dissimule.




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Première page.

\Mots-clés : #initiatique #religion #xixesiecle
par Aventin
le Dim 8 Nov - 20:19
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Fatima Daas

La petite dernière

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Récit autobiographique d’une jeune  femme lesbienne née dans une famille traditionnelle maghrébine.

J’ai eu un peu l’impression de lire encore et toujours la même famille maghrébine, la même adolescence rebelle où l’identité sexuelle se comprend peu à peu, alternativement se cache et se crie, où la religion se questionne… dans un récit pas très fouillé, volontairement elliptique, où l’attention est surtout retenue par une composition incantatoire, obsessionnelle, comme une prière un peu vaine adressée à un monde rejetant.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #initiatique
par topocl
le Lun 19 Oct - 12:48
 
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Sujet: Fatima Daas
Réponses: 7
Vues: 199

Heimito von Doderer

Un meurtre que tout le monde commet

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Le mystère approprié à la dimension policière du roman se dissipe très progressivement dans l’un des premiers livres d’Heimito von Doderer. De sorte qu’à l’instar de l’environnement et des personnages, tout finit par paraître évident, transparent. Oui certes, ces derniers éléments le sont dès le début, ils semblent pour ainsi dire d’une grande netteté au lecteur, d’un éclat diaphane. On voit très bien les lieux de l’enfance de Castiletz, qu’il décrit avec un sens de la métaphore vigoureux et parfois empreint de sensualité. On ressent de même cette transparence pour la psychologie des personnages, figures narquoises ou sincères, développant toutes sortes d’idées sur le comportement de l’être humain, ses intuitions intellectuelles ou son psychisme. Toute cette intrigue est d’une curieuse mécanique non dénuée d’humour par ailleurs. Tout tient au cordeau, à l’image du réseau compliqué des rues, qu’on parcourt avec Castiletz.

Heimito von Doderer a écrit:Mais Castiletz, qui avait depuis longtemps quitté la cheminée pour rejoindre son ancienne place dans le fauteuil près de la petite table encombrée de bouteilles ― Castiletz par contre semblait avoir été mis dans un soudain état de tension par les propos du maître de maison. Ses yeux palpaient les verres comme s’il voulait emprunter à ces objets fragiles, transparents et évasés, une forme que son esprit n’arrivait pas à produire parce qu’en ce moment il ne disposait pas d’emblée des mots, comme le buveur dispose d’un verre.


Mots-clés : #initiatique




Les Démons

Tag initiatique sur Des Choses à lire 919npe10

Oh, mais par quel bout le prendre ? C'est immense. Une ville entière (et non des moindres, Vienne), mais, contemplée dans la paume de ses mains, avec son réseau complexe de rue (je me répète sans doute par rapport à mon commentaire sur Un meurtre que tout le monde commet, c'est chez Doderer une sorte de leitmotiv.) Le lecteur est d'abord un peu perdu puisqu'il y a beaucoup de sujets difficiles à relier entre eux ― dans un premier temps seulement, que le lecteur ne s'inquiète pas même si ce temps est long ― ainsi qu'un nombre considérable de personnages. Le développement de l'intrigue ressemble à ces milles et imperceptibles remous dans l'eau (cette eau que Doderer aime tant décrire), vaguelettes formant des vagues de plus en plus grosses, grasses. Cette intrigue se dévoile dans la "chronique" comme dans les interactions, lesquelles sont décrites avec une précision, avec une force admirables... Par l'entremise d'une masse colossale de détails fictifs ou réels (le roman s'organise autour d'un événement historique, à savoir la révolte du 15 juillet 1927) l'écrivain autrichien recréé une époque qu'il a lui-même connu, où il adhérait aux idées nazies. Adhésion qu'il rompra avant d'écrire la seconde version des Démons (la première a été abandonnée), et qu'il reconnaîtra avoir été une erreur barbare.

Très très lentement, on voit ce "monsieur von G―ff" devenir plus tout à fait le narrateur objectif qu'il prétendait être (l'auteur de cette "chronique", donc), c'est-à-dire plus seulement un narrateur mais un personnage impliqué dans le roman, avec ses propres affects. On le voit pour ainsi dire plonger dans les vagues dont j'ai parlé, nager dedans. Et nous sommes à notre tour comme un poisson dans l'eau. Une réflexion d'un personnage ou juste une blague dite par lui, est tournée de tous côtés, creusée, presque jusqu'à prendre les dimensions du roman lui-même. Cette écriture analyse, décortique, va en profondeur, jusqu'au fond de l'être et des choses, de sorte qu'il faudrait mettre côte à côte certaines pages des Démons et celles de la Recherche

Heimito von Doderer a écrit:Dès maintenant, la lueur de la braise prenait la couleur de ce qui est depuis longtemps passé. Et cette douleur que j’anticipais ― tendu moi-même vers l’avenir, pourtant, donc jeune et plein de rêves secrets, d’espoirs hardis ! ― elle l’emportait en moi sur toutes choses pour l’instant ; et je regardais déjà le cher visage qui me faisait face comme un souvenir plein de mélancolie évoqué du fond de lointaines années, exactement comme je contemple aujourd’hui la même image montant des profondeurs, vingt-huit ans après.


Mots-clés : #historique #lieu
par Dreep
le Sam 8 Aoû - 12:40
 
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Sujet: Heimito von Doderer
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Henri Bosco

Malicroix

Tag initiatique sur Des Choses à lire 51f86g10

Le narrateur, Martial de Mégremut, cette amène famille de paisibles bons vivants des vergers dans les collines, hérite d’un parent éloigné, Cornélius de Malicroix, la Redousse, une île du Rhône en Camargue. Pour que le maigre domaine lui reste, il doit y vivre seul (avec le farouche Balandran, berger déjà au service de Cornélius) pendant trois mois, ainsi que le lui apprend lors d’une visite sur les lieux maître Dromiols, accompagné d’Oncle Rat, lui-même d’une famille historiquement serve de celle du notaire…
C’est donc une histoire de solitude, d’introspection et de patience, de rapport au temps qui passe, aussi d’immersion dans une nature où les éléments trouvent toute leur puissance ‒ fleuve, pluie, vent, tempête (on est en automne), neige (on est bientôt en hiver), arbres, mais aussi feu de l’âtre, Bréquillet le briard ‒ et c’est autant de magnifiques descriptions lyriques.
« Car tout (je le savais), dans cette aventure insolite, dépendait du temps. »

« L’inquiétude des eaux naîtrait qui, avec celle des forêts, est sans doute la plus antique et la plus angoissante au cœur de l’homme. »

L’île sur le Rhône est orientée dans l’axe du fleuve du Nord au Sud, en amont où un roc, « l’écueil du Ranc », a permis sa formation alluviale alimentée par les Alpes, à l’aval où une lagune limoneuse donne sur la mer.
Il y a aussi le mythe, celui du taureau blanc des Rambard (des voisins manadiers), à l’origine de la rencontre dramatique de Cornélius avec Delphine d’or, qu’il épousa et qui se noya peu après lors d’une traversée du Rhône en bac.
« Ainsi se forment lentement, chez ces êtres qui vivent seuls, à longueur de journées, de mois, de saisons et d’années méditatives, le goût et le besoin de la vision, la secrète passion des figures surnaturelles… Car on a vu ici des demi-dieux…
[…]
‒ Sait-on jamais ? Ici le moindre souffle est une voix, l’ombre la plus banale, une présence. Un reflet sur l’eau, un nuage, deviennent aussitôt l’origine d’un mythe ou évoquent quelque légende. Les vieux cultes ne sont qu’assoupis sous cette terre. Il suffît quelquefois d’un rien pour les éveiller inopinément. Et alors vous voyez surgir les croyances les plus étonnantes…
‒ Lesquelles ? demandai-je.
Il baissa la voix, s’inclina vers ma chaise et dit :
‒ Celle de la bête, surtout.
‒ Le taureau ? demandai-je. »

« Au loin, le passeur. À peine un homme, une Ombre. »

Il y a encore le mystère… le codicille, avec l’ultime épreuve…
Martial est un studieux, partagé entre l’aimable « tribu » des familiers Mégremut, doux et raisonnables, et la violence sauvage et ténébreuse de la race pratiquement disparue des Malicroix, car il participe des deux sangs. (Il y aurait beaucoup à dire des heureux et bienveillants Mégremut ‒ des sortes de Hobbits ‒, et il semble que Sylvius, paru la même année, leur soit consacré.)
« Botaniste, agronome, horticulteur, herboriste, que sais-je encore ?… »
‒ Jardinier, dis-je doucement. »

« Je sais attendre, et même d’une attente pure, celle qui n’attend rien, dont le seul objet est d’attendre. Le temps ne passe plus : il dure, mais sans fissure perceptible, et dès lors rien n’est lent ; nul ennui ; l’on repose. Tout étant devenu possible, on ne redoute ni n’espère ; et l’âme ne tient au futur que par l’éventualité, mais purifiée de toutes ses formes. On jouit de ce qui est, merveilleusement, ce qui vient, plus qu’à l’ordinaire, étant lent à venir. Quelque chose en nous se révèle, sensible au monde du silence, monde frémissant au delà des ondes sonores dont il enveloppe et compose, pour les atténuer et les confondre, les vibrants messages. »

Martial, qui dans sa « terreur des eaux » craint le fleuve puissant et « noir », et qui bizarrement n’explore guère son nouveau domaine, pense dans un premier temps renoncer à son héritage après un court séjour de « courtoisie » ; c’est l’occasion de belles notations psychologiques.
« Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d’elles-mêmes. Le débat du pour et du contre pèse peu en regard de cet obscur cheminement. L’acte de la volonté dure ne se détache pas de nos hésitations, pour les trancher. On ne s’aperçoit pas qu’on a pris un parti, mais on fait tous les gestes qu’il comporte, insensiblement. On s’engage ainsi, par l’action la plus modeste, dans un mouvement d’actes simples et naturels qui se précisent peu à peu. Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé. »

Bonheur d’expression :
« J’avais l’impression déroutante de ces choses déjà vues, que l’on sait n’avoir jamais vues. »

Martial a beaucoup de rêves, quelques hallucinations et même un délire fébrile ; curieusement, il se réveille souvent à minuit, comme c’était paraît-il la coutume au Moyen Âge.
J’ai noté une particularité de l’écriture de Bosco : certains évènements, à peine relatés, sont repris dans un second passage qui les expose sous un angle nouveau, ou plus fouillé.
Plus je pratique Bosco, et plus je suis sous le charme. C’est un peu contre-intuitif, mais l’accoutumance à sa forme d’écriture, une sorte d’acceptation préalable et de suspension critique de ma part, me permettent d’approfondir et d’apprécier plus pleinement son œuvre.

Mots-clés : #fantastique #huisclos #initiatique #solitude
par Tristram
le Lun 13 Juil - 20:50
 
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Sujet: Henri Bosco
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Mariam Petrosyan

La Maison dans laquelle

Tag initiatique sur Des Choses à lire 51-5jr10

Je n’ai jamais lu quelque chose de comparable ! Par moments, on peut penser à Bruno Schultz pour le délire fantastique, mais de loin. On a évoqué aussi l’univers de Tim Burton, de Lewis Caroll, du William Golding de « Sa Majesté des mouches ». Il y a du vrai dans ces comparaisons, mais c’est tout de même un ouvrage très original.
Mariam Petrosyan, qui est une plasticienne, n’a écrit que ce livre. Elle s’y est attelée à l’âge de 18 ans. C’est la raison pour laquelle elle a su si bien parler du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

« Le monde de l’adolescence est moins agréable que celui de l’enfance, mais beaucoup plus intense et plus riche en émotions et en sentiments que celui des adultes. Le monde des adultes est ennuyeux. Les adolescents ont hâte de grandir, parce qu’ils croient que l’indépendance va leur apporter la liberté. Alors qu’en réalité, ils vont se retrouver dans une espèce de prison à vie, faite d’obligations et d’interdictions dont ils ne pourront sortir que lorsqu’ils auront atteint la vieillesse – pour les plus chanceux. »


Ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre sur lequel elle a travaillé une dizaine d’années, c’est même probablement sa grande force que cet univers restitué de l’enfance et de l’adolescence.
Ce fut visiblement une expérience forte pour l’auteure « Tout comme elle ne dit pas l’avoir écrit mais y avoir vécu, s’y être réfugiée soir après soir, elle ressent un grand vide depuis sa parution. »
On sent, derrière la transposition fictionnelle, un vécu personnel très fort.

Ouvrons la porte de cet univers :

« Salut à vous les avortons, les prématurés et les attardés. Salut, les laissés-pour-compte, les cabossés et ceux qui n’ont pas réussi à s’envoler ! Salut à vous, enfants-chiendent ! »


Le ton est donné. Nous voici dans la Maison

La Maison est une sorte de pensionnat pour handicapés physiques, mais aussi mentaux

« Tous les types de démences réunis en un seul et même Nid. Les spécialistes n’avaient qu’à se munir de leurs encyclopédies pour s’amuser à les pointer un par un. Des psychopathes, ici, il y en avait pour tous les goûts »


La Maison est gigantesque, puisqu’elle est toujours vue par les yeux de leurs pensionnaires, avec des couloirs interminables, remplie de caches et d’endroits mystérieux, certains frappés d’anathèmes ou tout du moins dangereux à fréquenter, de dortoirs qui sont devenus souvent de vrais dépotoirs où l’on clope, picole, bouffe et où éventuellement on dort, de la cafetière, du Croisement et de son canapé, autre point de rencontres, et de beaucoup d’autres lieux que l’on découvre au fur et à mesure de la lecture. Surtout, il y a la Maison et l’Extérieur, les deux mondes sont étanches, tout du moins le voudrait-on !

« Chaque recoin de la Maison était hanté par les morts qui y avaient vécu. Chaque armoire abritait un squelette anonyme qui finissait d’y pourrir. Quand il y avait trop de spectres pour une pièce, ils commençaient à envahir les couloirs. Pour lutter contre ces importuns, on dessinait des symboles ésotériques sur les portes et on s’accrochait des amulettes autour du cou. On aimait ses propres fantômes, on les amadouait, on leur demandait conseil, on leur chantait des chansons et on leur racontait des histoires. Et ils répondaient par des inscriptions au savon et au dentifrice sur les miroirs, ou par des dessins à la peinture violette sur les murs. Il leur arrivait de murmurer à l’oreille de certains élus, quand ceux-ci prenaient une douche ou se montraient suffisamment téméraires pour passer la nuit sur le canapé du Croisement. »


La Maison en vient à être une sorte d’organisme vivant quelque peu inquiétant :

« Car la Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien une chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. »


Il existe une singulière osmose entre la Maison et ses occupants. Les murs sont couverts de dessins, d’inscriptions. Les fenêtres, une fois nettoyées, ont été rapidement noircies à la peinture car… elles donnaient sur l’Extérieur !
Quelques rares éducateurs savent lire les graffiti qui marquent les lieux

« Les murs étaient leurs journaux à eux, leurs magazines, leurs panneaux de signalisation, leur téléphone, leur musée. Le principe était simple : on y notait ce qu’on avait à dire, après quoi il ne restait qu’à attendre. Ce qui en découlait ne dépendait plus de l’auteur. Un surnom pouvait aussi bien être oublié et recouvert d’un autre gribouillis, qu’adopté et employé sur le champ. »


Les pensionnaires ont modelé, autant qu’ils ont été modelés par la Maison :

« Par exemple, j’avais compris que le goût des habitants de la Maison pour les histoires à dormir debout n’était pas né comme ça, qu’ils avaient transformé leurs douleurs en superstitions, et que ces superstitions s’étaient à leur tour muées, petit à petit, en traditions. Et les traditions, surtout lorsqu’on est enfant, on les adopte immédiatement. Si j’étais arrivé ici il y a quelques années, peut-être que je trouverais banal de communiquer avec les morts. Je serais à côté des autres sur la vieille photo de Noiraud, avec un arc fabriqué de mes propres mains ou une corne sortant de ma poche ; je porterais fièrement une amulette pour mettre les esprits frappeurs en déroute, que j’aurais échangé contre une collection de timbres ; je craindrais certains endroits, des lieux précis de la Maison à certains moments précis de la journée, où je me rendrais toutefois par défi. »


C’est une bien curieuse faune qui vit dans la Maison…

Au départ, nous rencontrons « Fumeur », un « roulant », qui vient de s’être fait virer du groupe des « Faisans » pour avoir oser arborer des baskets trop voyantes. Il trouve refuge auprès de « Lord » du groupe 4 qui vient de goûter au Chemin Lunaire, boisson on ne peut plus dangereuse, encore plus que l’Arc-en Ciel Blanc ou les Quatre-marches.

« Bon, tout a commencé quand Lord a décidé d’essayer un truc qui s’appelle le chemin Lunaire. Or, l’effet de cette boisson sur l’organisme se caractérise par le fait qu’il est… totalement imprévisible, justement. Certains se sentent mal, d’autres sont euphoriques, d’autres encore commencent à se conduire bizarrement… Vu de l’extérieur, c’est assez impressionnant. Par exemple, je connais quelqu’un qui, après en avoir bu, ne s’exprimait plus qu’en vers. Tiens, et un autre qui n’arrivait tout simplement plus à parler… »


Pour Lord, le résultat est de tomber en catalepsie. Pris de peur, « Noiraud » conduit Lord au « Sépulcre ». Pour cette raison, « Sphinx » va casser la figure à noiraud. En effet, Lord a déjà trois traits rouges sur son dossier ; un quatrième signifierait l’exclusion de la Maison, autant dire la mort. Finalement Sphinx qui connait bien une « araignée » est chargé par le groupe de plaider la cause de Lord…

Ainsi les pensionnaires sont répartis en différents groupes, six au total, plus ou moins hiérarchisés. Chacun a son chef, ses acolytes, ses règles de vie, ses codes… L’histoire pullule de rivalités, de putschs, manqués ou réussis, pour s’assurer la domination. Pour compliquer le tout, il y a les Bandar-Log, groupe transversal, sortes de bad boys comparables aux Hells Angels.

« Pour mériter son titre, la Meute devait régulièrement se rappeler au bon souvenir de son entourage par des vitres cassées, de graffitis, des souris glissées dans les tiroirs des professeurs, des cigarettes fumées dans les toilettes. Ils faisaient tout pour entretenir leur mauvaise réputation, car elle les distinguait de leurs ennemis jurés, les roulants. Mais les victimes préférées de la Meute, c’étaient les nouveaux, les petits chéris à leur maman qui sentaient encore l’Extérieur : un ramassis de chochottes et de geignards, pas même dignes d’avoir un surnom. »


Le plus haut en couleur est incontestablement le groupe 2, « Les Rats »,  dont les membres évoquent les Punks

« Ses cheveux ressemblaient à du sang séché et ses lèvres étaient d’une couleur si vive qu’on les aurait dites fardées de rouge. Il avait le menton strié de coupures de rasoir et le cou enserré d’un collier d’os de poulets séchés. Comme tous les autres Rats, il était loufoque, mais de près, il paraissait encore plus bizarre. »


« Pendant une demi-heure ce fut l’extase. Puis un rat dépressif éclata en sanglots et sortit un rasoir. Décidément, ces gars-là ne savaient pas se tenir ! Ils devaient manifestement considérer leurs tendances suicidaires comme leur bien le plus précieux.
Le Raton se taillada, noyé dans sa morve. Fasciné par le spectacle, Valet se mit à jouer faux. Le charme était rompu. Les Rats se dispersèrent pour emmener leur rejeton se faire raccommoder. Au sol s’étendaient de belles flaques rouges. Sphinx soupira. Je chaussai mes lunettes n° 5 ; elles offraient un spectre de couleurs tonifiant, dans les tons jaunes orangés. Bien utile quand on avait affaire aux anciens Pestiférés ».


Derrière la noirceur, bien réelle, parfois inquiétante, il y a beaucoup d’humour dans l’univers de Mariam Petrosyan. On rit beaucoup.

« Après quelques mètres, nous avons remarqué deux silhouettes solitaires et avons hâté le pas. C’étaient l’Aveugle et la Rate. Un couple parfaitement assorti – à faire froid dans le dos. Aussi pâles que des cadavres, dotés des mêmes yeux cernés de bleu, et tous deux dans un état de dépérissement avancé. L’Aveugle, en outre, était lacéré des clavicules au nombril, son t-shirt en lambeaux, laissait voir les écorchures de sa peau. Un spectacle d’autant plus saisissant que les ongles de Rate étaient rougis de sang séché.
- Tiens, regarde, dis-je à Sirène. C’est un trip dans le genre de ton « Kamasutra », mais tendance marquis de Sade. »


Eh oui, au milieu de l’ouvrage, la « Nouvelle Loi » permet une forme de mixité. Entrent dans la danse Gaby la Longue, Rousse, Sirène, Rate, Aiguille… pour le meilleur et parfois le pire.

Tout ce petit monde vit avec une angoisse de fond : le moment de quitter la Maison au moment des 18ans.
Toutes les astuces sont bonnes pour échapper à ce moment fatidique : distorsion du temps avec la nuit la plus longue

« Dans la Maison, le temps ne s’écoulait pas comme à l’Extérieur. On n’en parlait pas vraiment, car ces choses-là étaient bizarres et auraient vite fait d’attirer les foules, mais certains parvenaient à vivre plus d’une vie, tandis que d’autres n’y passaient qu’un seul mois. Plus tu tombais dans ces endroits étranges qui aspiraient le temps, plus tu existais. En règle générale, ça n’arrivait qu’à ceux qui habitaient ici depuis déjà un bail, si bien que la différence entre les vétérans et les nouveaux était immense ; pas besoin d’être extralucide pour la voir. Les plus avides s’adonnaient à ça plusieurs fois par mois, si bien qu’ils traînaient derrière eux plusieurs versions de leur passé. »


Echappée vers l’imaginaire avec la nuit des contes, ou moyens plus radicaux :

« Qu’ils grandissent, se métamorphosent, eux et leur territoire, jusqu’à l’âge où il leur faudrait quitter la Maison. La promotion précédente avait trouvé un moyen bien à elle de faire face à cette échéance : douze tentatives de suicide, dont cinq réussies. »


Las adultes sont pourtant présents, mais toujours en arrière-plan. Les professeurs dont on ne parle pratiquement pas. Le Directeur, Requin, essayant vaguement de maintenir une façade de discipline. En revanche, une place plus large est faite aux éducateurs, Ralf, Elan, qui sont les traits d’union entre les pensionnaires et la direction.

Au final, je vois tout ces protagonistes sur une photo de groupe, avec leurs vêtements excentriques qui affirment leur personnalité, leurs gris-gris et amulettes pour se protéger, leurs collections d’objets dérisoires et inutiles, leur regard bravache, parfois terriblement cruel (il y a des morts dans l’histoire), qui trahit toutefois leur désarroi, leur solitude et un terrible besoin d’affection.
J’ai eu du mal à me séparer de ces « Crevards pestiférés » : Sphinx, l’Aveugle, Fumeur, Roux, Sauterelle, Chacal Tabaqui, Vautour, Bossu, Putois, le Macédonien, Sirène, Rousse, Rate et tous les autres, au bout de plus de 900 pages mais qui se lisent comme du petit lait, pourvu qu’on accepte de rentrer dans cet univers singulier.
A mon avis, un grand livre sur l’adolescence. Ce n'est pas si fréquent les écrivains capables de créer un univers:D
Je termine en précisant que la couverture est très belle. Je trouve que la maison Monsieur Toussaint Louverture a une politique éditoriale tout à fait remarquable.

Mots-clés : #enfance #fantastique #initiatique
par ArenSor
le Sam 11 Juil - 20:13
 
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Sujet: Mariam Petrosyan
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Isabel Allende

Zorro

Tag initiatique sur Des Choses à lire Zorro11
Roman, 525 pages environ, 2005. Titre original: El Zorro: Comienza la leyenda.

Parti pour voir si c'était compatible pour une lecture par mes garçons (ça l'est, juste une petite interrogation sur la distance, qui passe les 500 pages), et puis je me suis laissé prendre à ce bouquin, somme toute pas mal déconfinant; puis, parti pour poster un petit message sur le fil one-shot, je me retrouve à ouvrir un fil d'auteur dont je n'avais jamais rien lu...

Roman de cape et d'épée, donc genre littéraire regardé comme plutôt mineur, mais casse-figure tout de même:
Tout le monde n'est pas Dumas père ou encore Théophile Gautier (Le Capitaine Fracasse), ni même Roger Nimier (D'Artagnan amoureux).

Le sujet (voir le titre en langue originale) est l'enfance et la jeunesse de Don Diego/Zorro, en d'autres termes la genèse de Zorro.

Mme Allende s'en sort fort bien, portée par une documentation qu'on pressent solide (sur Barcelone aux temps de l'occupation française -napoléonienne-, les amérindiens, la Californie colonie de la couronne espagnole au XIXème naissant, les mœurs des gitans en Espagne, ceux des Gentilshommes de fortune du démocratique "royaume de Barataria" de Jean Lafitte, le vaudou à cette époque, l'administration royale et coloniale, etc, etc.).

Portée aussi par un sens narratif, ou peut-être un talent éprouvé de conteuse (?) ainsi que sa biblio incite à le supposer.

Peut-être une plume qui possède déjà, en 2005, beaucoup d'expérience, est-ce de l'ordre du flair, je ne sais pas, je découvre l'écriture d'Isabel Allende (mon impression est que l'excellence dans le domaine du sens narratif, il arrive qu'elle procède d'une articulation constructive sans faille - style Flaubert dans Salammbô si vous voulez - ou bien d'un flair, d'une intuition -à la Stevenson, même s'il y a sûrement beaucoup de boulot derrière l'apparente facilité, et sans doute le plus souvent d'un alliage intuition/colossale charge de travail).

Je lui sais gré que son Zorro soit un héros et non un super-héros, avec ses vulnérabilités, son romantisme, ses à-côtés, la sympathie qui va avec le personnage, antithétique du justicier froid.
Toisième Partie, Barcelone 1812-1814 a écrit:Il n'avait pas eu clairement conscience jusqu'à cet instant de sa double personnalité: d'un côté Diego de La Vega, élégant, minaudier, hypocondriaque, de l'autre Zorro, audacieux, insolent, joueur. Il supposait que son véritable caractère se situait quelque part entre ces deux extrêmes [...].

La dualité entre le personnage un peu gandin, frivole et peu signifiant de Diego et le héros Zorro est d'autant mieux exploitée qu'elle se double d'une dualité quasi gémellaire entre Bernardo et Diego, frères de lait, communiquant par gestes et télépathie, avec la part indienne de Zorro révélée (Bernardo est indien, dans ce Zorro-là).

Il m'est difficile pourtant, en lisant, de ne pas imaginer Zorro Le Renard sous les traits de Guy Williams, or j'ai toujours détesté cette intrusion dans mon imaginaire des aspects physiques de personnages que le cinéma ou les séries parviennent à imposer: je le prends toujours pour faiblesse, ou méforme, de ma part.

Il y a du burlesque, du gymnique, du fer croisé, des méchants, des veules, des passages secrets, des exploits et toutes sortes de prouesses, des coups du sort, des traîtrises, des torts à redresser, de l'imprévu, le camp du bien, celui du mal, etc...(vous n'en doutez évidemment pas !).

Un tout léger petit regret ?  
Dommage toutefois que Mme Allende ait escamoté toutes les possibilités de littérature équestre qu'offre un sujet aussi en or que Zorro: mais enfin l'opus pèse son pavé, on peut lui fournir une excuse...

Extrait:
Première Partie, Californie 1790-1810 a écrit:Bientôt il se trouva perdu dans l'immensité des montagnes. Il tomba sur une source et en profita pour boire et se laver, puis il s'alimenta de fruits inconnus cueillis aux arbres.
Trois corbeaux, oiseaux vénérés par la tribu de sa mère, passèrent en volant plusieurs fois au-dessus de sa tête; il y vit un signe de bon augure et cela lui donna le courage de continuer.  
À la tombée de la nuit, il découvrit un trou protégé par deux rochers, alluma un feu, s'enveloppa dans sa couverture et s'endormit à l'instant, priant sa bonne étoile de ne pas l'abandonner - cette étoile qui, d'après Bernardo, l'éclairait toujours -, car ce ne serait vraiment pas drôle d'être arrivé si loin pour mourir entre les griffes d'un puma.
Il se réveilla en pleine nuit avec le reflux acide des fruits qu'il avait mangés et le hurlement des coyotes tout proches. Du feu il ne restait que de timides braises, qu'il alimenta avec quelques branches, songeant que cette ridicule flambée ne suffirait pas à tenir les fauves à distance.
Il se souvint que les jours précédents il avait vu plusieurs sortes d'animaux, qui les entouraient sans les attaquer, et il fit une prière pour qu'ils ne le fassent pas maintenant qu'il se trouvait seul. À ce moment il vit clairement, à la lueur des flammes, des yeux rouges qui l'observaient avec une fixité spectrale. Il empoigna son couteau, croyant que c'était un loup, mais en se redressant il le vit mieux et s'aperçut qu'il s'agissait d'un renard. Il lui parut curieux qu'il reste immobile, on aurait dit un chat se réchauffant aux braises du feu.
Il l'appela, mais l'animal ne s'approcha pas, et lorsque lui-même voulut le faire, il recula avec prudence, maintenant toujours la même distance entre eux. Pendant un moment Diego s'occupa du feu, puis il se rendormit, malgré les hurlements insistants des lointains coyotes.
À chaque instant il se réveillait en sursaut, ne sachant où il se trouvait, et il voyait l'étrange renard toujours à la même place, comme un esprit vigilant. La nuit lui parut interminable, jusqu'à ce que les premières lueurs du jour révèlent enfin le profil des montagnes. Le renard n'était plus là.
Au cours de jours suivants, il ne se passa rien que Diego puisse interpréter comme une vision, excepté la présence du renard, qui arrivait à la tombée de la nuit et restait avec lui jusqu'au petit matin, toujours calme et attentif.
Le troisième jour, las et défaillant de faim, il essaya de trouver le chemin du retour, mais fut incapable de se situer.    



Mots-clés : #amérindiens #corruption #discrimination #esclavage #initiatique #litteraturejeunesse #segregation #social
par Aventin
le Lun 20 Avr - 18:34
 
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Sujet: Isabel Allende
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[Anonyme] Le livre des ruses

Tag initiatique sur Des Choses à lire 71yqdj11

Le livre des ruses, La stratégie politique des Arabes

Texte malheureusement incomplet, une moitié environ de la totalité, traduit depuis manuscrits par R. Kawham probablement connu des adeptes de la collection Phébus.

Quatrième de couverture a écrit:Cet ouvrage, écrit cent ans avant Machiavel, et à sa façon non la moins divertissante - la meilleur réponse aux Occidentaux étonnés qui découvrent aujourd’hui. avec une stupéfaction que n'excuse guère leur scandaleuse ignorance. l'extraordinaire habileté, politique des responsables du monde musulman : ministres mandatés par les puissances du pétrole, émir du désert à la tête de fortunes de plusieurs milliers de millions de dollars, porte-parole de pays " pauvre " bien décidés à prendre leur revanche aux dépens des pays " riches " qui les ont d'abord exploités...

Chacun feint la surprise : " Ils n'ont pas mis, longtemps à apprendre. " Erreur : " Ils, savait " Et depuis longtemps.

Ce que montre à suffisance le présent recueil, découvert et publié par René R.Khawam un 1976 et considéré aujourd'hui comme un classique. Non point un essai abstrait (l'imaginaire arabe répugne à cela) mais un fin tissu d'histoires colorées dont les leçons, visibles ou cachées, s'entrecroisent comme autant de fils, ingénieusement agencés. Pour notre édification. Et pour notre émerveillement.


Le genre de texte qu'on peut aborder pour tout un tas de curiosités différentes et complémentaires : culturelle, historique... pratique ? un goût pour l'exotisme (ça peut aussi être positif non ?), ou pourquoi pas tout simplement une faiblesse pour les "petites histoires". Il s'agit d'ailleurs d'une compilation de ruses historiques ou entre l'historique et le légendaires classées par domaine, par exemple Les ruses des anges et des djinns ou Les ruses des vizirs, des gouverneurs et des gens de l'administration. De quelques lignes à quelques pages vous êtes partis pour des dizaines d'histoires, d'exemples, de matière à réflexion et à s'instruire. Quand on y connait rien, comme moi, on découvre un peu de ce vaste "monde arabe" qui va aller de l'Espagne à l'Irak et plus loin s'il le faut. On y découvre ou retrouve aussi une grande proximité de fond par des personnages communs aux religions juive et chrétienne.

Et puis l'humanité de la ruse. La ruse qui aboutit ou non, du puissant ou du plus petit mais ne s'agit-il pas aussi de spiritualité et de sagesse ? Un parallèle que je ferai avec un classique comme L'Art de la Guerre de Sun Tsu, le titre peut inquiéter mais c'est beaucoup plus compliqué dans sa finalité. L'humanité du divertissement aussi bien sûr, du conte. Certaines trames reviennent; se font écho.

C'est très riche, très difficile à synthétiser, plutôt épais mais pas ennuyeux, très curieux et stimulant pour l'imaginaire mais pas seulement. Un ensemble qui gardera nécessairement sa part de mystère. Ce qui est sûr en refermant ce livre c'est que si la fin justifie parfois les moyens la ruse n'est pas qu'un mauvais tour. A décanter, méditer...


Mots-clés : #contemythe #initiatique #spiritualité
par animal
le Ven 20 Mar - 21:09
 
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Sujet: [Anonyme] Le livre des ruses
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Richard Wagamese

Tag initiatique sur Des Choses à lire Thumb-10

Les étoiles s'éteignent à l'aube

Roman initiatique d'un adolescent d'ascendance indienne qui accompagne un père qu'il n'a pas connu pour son dernier voyage. Deux hommes à des âges différents de la vie mais tous deux en manque d'une partie d'eux-mêmes. Tous les oppose, le jeune homme droit dans ses bottes et débrouillard, serein, fort ; l'autre malade, alcoolique avec beaucoup d'ombres dans son passé. On trouve aussi la figure calme du tuteur, la femme et la mère à l'aura quasi mystique... et la nature. On respire le  grand air canadien comme si on y était.

Il faut rajouter encore la guerre et un regard cru sur la vie rude des travailleurs des minorités (locales)... et insister sur l'alcoolisme. Beaucoup de thèmes donc qui se retrouvent mélangés dans ce voyage à pieds et à cheval, cette quête d'identités individuelles et collectives : familiale... et plus, la transmission se retrouvant aussi dans un autre geste, celui du tuteur et d'autres rares présences.

Tout fait beaucoup mais ça reste "sensible" et loin d'être sans intérêt, cependant je dois me reconnaître plus à l'aise, indulgent en fait, après avoir lu la petite biographie de l'auteur qui en a un petit peu ch... des deux côtés de la barrière en ayant fait du bon du moins bon et il faut lui reconnaître d'abord ce mélange là : du bon et du moins bon, de ce que peuvent cacher les apparences et tout ce qui peut exister derrière les appréhensions, les blocages ou les rancunes. Ce n'est pas si binaire que ça en a l'air et le temps existe, les mots aussi (parait-il). Alors le regret est dans la forme à l'américaine, très maîtrisée mais très formatée.

Ne pas oublier le bon, l'évidence de moments de lecture, "tourne page",  etc.


Mots-clés : #addiction #amérindiens #ancienregime #guerre #initiatique #nature #relationenfantparent
par animal
le Mar 7 Jan - 20:52
 
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Sujet: Richard Wagamese
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Lars Mytting

Les seize arbres de la Somme

Tag initiatique sur Des Choses à lire 97823312

Dans la série « à la recherche de ses racines », voici une version norvégienne, qui lance ses lignes jusqu’à la bataille de la Somme.

Lars Mytting,   dans son  ambition d’ancrer son histoire dans le siècle, ne recule pas devant les rebondissements et recoupements tortueux. Cela reste néanmoins le roman initiatique souvent subtil, d’un personnage attachant,  entre enquête sur le terrain et réminiscences intuitives, et qui fait la part belle aux paysages.

De magnifiques pages sur le bois, à la fois émouvantes et instructives,  font envie de se confronter à "L’homme et le bois" , entièrement consacré au bois de chauffe en Norvège, présenté comme un best-seller international.

Mots-clés : #famille #identite #initiatique #premiereguerre
par topocl
le Lun 6 Jan - 17:13
 
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Sujet: Lars Mytting
Réponses: 5
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William Godwin

Tag initiatique sur Des Choses à lire 41t6vh10

Aventures de Caleb Williams

Quatrième de couverture a écrit:À la fin du XVIIIe siècle, un jeune homme pauvre mais obstiné gravit les échelons de la société, convaincu que le bien finit toujours par être récompensé. Ayant découvert que même son protecteur, pourtant si vertueux, si droit, est capable de commettre un crime et de faire condamner des innocents à sa place, il se lance la rage au cœur dans une longue enquête, prêt à tout pour démasquer le coupable.Mais les bien-pensants veillent : une main invisible soulèvera contre lui mille persécutions et sa vie, dès lors, ne sera plus qu’une affolante course-poursuite – emprisonnement arbitraire, évasion, pièges... jusqu’à l’étonnante issue.

William Godwin (1756-1836) est un écrivain et philosophe britannique. Il est l’un des précurseurs de la pensée anarchiste, préoccupation qu’il partage avec sa femme, Mary Wollstoncraft, penseuse féministe de renom, avec laquelle il a une fille, Mary Shelley, qui deviendra l’auteur du célébrissime Frankenstein. Après avoir écrit quelques récits ainsi que des traités et pamphlets politiques, il publie Les Aventures de Caleb Williams en 1794, roman considéré par Balzac, Dickens ou Poe comme le modèle de la fiction moderne.


En voilà une lecture aussi exotique que peu voyageuse. La forme, la phrase, le déroulé, l'ampoulé, l'insistance, oui tout ça fait du bien au lecteur. Pourtant rester dans la tête de ce Caleb Williams, en passant par ses presque mentors ça pourrait être asphyxiant mais non. L'action vient petit à petit, très emballée, on s'y refuse presque mais on ne s'embête pas. Il y a cette surenchère de la posture, la recherche de justice et d'innocence et tout qui dérape... La tension et l'équilibre sont bien menés dans ce roman  mi édifiant mi psychologique qui use de ressort classiques (c'est de l'aventure avec ses pointes de vacheries de chez vacherie !) pour adopter une posture engagée par une voix sensible. La remarque au dos du livre sur le "roman moderne" semble donc tout à fait justifiée, pour le peu que je puisse en juger, pas tant pour ses idées ou sa pugnacité mais pour son approche "dans la tête", ses jeux d'apparences. Ce n'est pas seulement édifiant et riche en images, ça vient chercher de plus près les tripes, il y a bien une grande part de plaisir dans les péripéties.

Bonne lecture, riche, qui manie l'esprit avec savoir faire et bien tordue dans ses mélanges radicaux de "tout beau" et de "tout moche". Il est absolument dingue Caleb Williams mais étonnamment attachant...

Quatrième dimension et plus si affinités !

Mots-clés : #aventure #initiatique #justice
par animal
le Jeu 26 Déc - 21:56
 
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Sujet: William Godwin
Réponses: 9
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Dylan Thomas

Tag initiatique sur Des Choses à lire 411ebb10

Portrait de l'artiste en jeune chien:

Texte biographique en 10 chapitres, épisodes chronologiques de la vie de Dylan Thomas allant du petit garçon à l'adulte commençant à consommer de l'alcool.
Tout le long, on se promène aux côtés de l'écrivain à travers Swansea et sa population irlandaise. Les souvenirs d'enfance sont très attendrissants même si on devine un certain tourment dans les images cauchemardesques (certains termes comme ténèbres, cauchemars, obscurs, meurtri, menace,etc....reviennent souvent).
Arrivé à l'âge adulte, les premiers contacts avec l'alcool donnent droit à des divagations imaginaires où c'est parfois difficile de suivre Dylan Thomas (ses descriptions m'ont un peu fait penser au Loup des Steppes de Hesse).
C'est du très beau texte, Dylan Thomas raconte son histoire avec un lyrisme extrêmement touchant: il y a beaucoup de sincérité dans tout ce qu'il écrit, un style plus proche de l'oral que de l'écrit (je trouve), parfois extrême, parfois empli de pudeur, bref très romantique, ce texte évolue presque sur le ton de la confidence.

en visite chez grand-papa a écrit:Le matin du dernier jour, je m'éveillais de rêves où, sur la mer au large de Llanstephan, flottaient d'éblouissants voiliers aussi longs que des paquebots; et dans les "Bûchettes", des choeurs célestes vêtus de robes de bardes et de gilets à boutons de cuivre chantaient en un gallois étrange des hymnes d'adieu aux matelots. Grand-papa ne parut pas au petit déjeuner; il s'était levé tôt. Je me promenai dans les champs armé d'une fronde neuve et tirai sur les mouettes venues de la Towy et sur les freux dans les arbres du presbytère. Une douce brise s'éleva des points cardinaux de l'été et une brume d'aurore qui montait du sol flotta parmi les arbres, dérobant aux regards les oiseaux tapageurs; dans la brume et la brise, mes cailloux s'envolaient légèrement comme des grêlons tombant sur un monde chaviré qui reposerait la tête en bas. La matinée passa sans qu'un oiseau ne s'abattît.

De longues phrases, soignées, nourries du chant du coeur, le souffle de la nature et un soupçon d'humour.

Le compagnon rêvé a écrit:Essouflés, les pieds en feu, nous nous étions arrêtés au début de l'après-midi sur une route qui traversait un bois connu des promeneurs. Je lisais dans les yeux de Ray un bonheur qu'on n'y trouvait pas d'ordinaire et, dans les miens, l'interdit jeté sur l'amitié. Ray reniait son histoire chaque fois qu'il s'émerveillait ou découvrait un détail du paysage et je sentais plus d'amour en moi que je n'en souhaiterais ou donnerais jamais.


La mère Garbo a écrit:Je m'appuyai contre le bar, entre un conseiller municipal et un avoué, buvant une bière de saveur amère. J'aurais aimé que mon père me vît mais j'étais tout de même heureux de savoir qu'il était parti rendre visite à l'oncle A., d'Aberavon. Il n'aurait pu manquer de constater que je n'étais plus un enfant, ni de se mettre en colère en me voyant la cigarette pendue aux lèvres et le chapeau sur l'oreille tandis que se précisait la menace du poing fermé sur l'anse d'une chope de bière. J'aimais ce goût, cette mousse blanche et pétillante, l'éclat cuivré de ces profondeurs, le monde qui se dressait soudaint derrière ce ruissellement roux sur les parois du verre, la coulée rapide jusqu'aux lèvres, la lente déglutition et la descente au creux du ventre avide, le sel sur la langue, l'écume aux coins de la bouche.


Lecture recommandée par Hanta (que je remercie) et que je recommande à mon tour. Superbe !

\Mots-clés : #autobiographie #initiatique #lieu
par Cliniou
le Ven 13 Déc - 13:53
 
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Sujet: Dylan Thomas
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Zsuzsa Bank

Tag initiatique sur Des Choses à lire Jours_10

Les jours clairs

« Nous grandîmes tandis que le monde continuait à tourner comme s'il ne se souciait pas de nous et que nos mères mettaient tout en oeuvre pour ne pas perdre l'équilibre, trébucher et tomber en ayant du mal à se relever. Pendant longtemps elles avaient marché à longue distance l'une à côté de l'autre, Évi en bottes de caoutchouc vert auxquelles collait toujours de la terre, ma mère en souliers plats dans lesquels elle courait rapidement, comme si elle avait toujours quelque chose à l'esprit et peu de temps pour cela, et la mère de Karl sur de hauts talons que nous entendions claquer sur les dalles branlantes... »


Je n'en dirai pas beaucoup plus, sinon que ce livre m'a envoûté.
Chronique d'une famille composée, décomposée, augmentée autour d'une femme qui attire et magnétise, naturellement, pour ainsi dire.
Mais tous ceux qui l'entourent et surtout les trois enfants, d'abord idéalement liés entre eux dans leur bulle enfantine.
Mais qui seront plus tard confrontés à des épreuves entre amour, trahison et culpabilité.
C'est un livre magique, magnifiquement écrit, composé, tissé.
En dire plus serait courir le risque de détricoter l'ensemble et de vous priver du plaisir de la découverte au fil des pages et celui de vire avec pendant 536 pages.


Mots-clés : #amitié #enfance #famille #initiatique
par bix_229
le Ven 11 Oct - 18:56
 
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Adalbert Stifter

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Le Château des fous (1842)

J'aime beaucoup Stifter, la surréaliste sérénité qui habite beaucoup de son oeuvre, ses personnages emprunts de bonté et de saine curiosité, l'absence de violence et de drame (quoique) qui n'en finit pas au fil des pages. Forcément il y a une part d'ombre qui va avec et on la pressent très sombre.

N'empêche Stifter c'est plutôt la parenthèse dans les lectures et dans la vie presque c'est donc confiant que j'ai abordé cet énigmatique château... et tout y est pour commencer : le beau jeune homme qui fait le naturaliste dans la montagne, la jolie jeune fille et les bienveillants aïeux... Avec l'histoire du château et de sa transmission ça se complique. La part sombre mais avec des excès, des errances, il y a des moments de déconnexion. Univers stifterien mais perturbé et lecture un peu perturbante cette fois. Il y a du malaise dans le cadre assez rigide qui sous-tend le bonheur illuminé tranquille... Étrange condensé de l'auteur ? Possible, un coin de voile levé sur ses contradictions et frustrations ? Probable.

Chouette petite lecture mais sans le repos escompté.

Dommage ou pas que ça serve à l'ouverture du fil ? Je ne pense pas. Il y a tellement d'évidentes belles choses. Si L'Arrière saison pèse trop lourd, laissez vous tenter par L'homme sans postérité ou les nouvelles de Cristal de roche ou Tourmaline...


Mots-clés : #initiatique #xixesiecle
par animal
le Mer 2 Oct - 22:28
 
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Pascal Quignard

Pour vous asticoter je vais faire mes poubelles pour en ressortir une lecture qui date un peu mais laisse de sacrés clichés dans mon esprit :

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L'Occupation américaine

à Meung. petit bled du Loiret, où François Villion a été jeté au cachot, où Jeanne d'Arc a pris le pont en 1429 et je ne sais déjà plus quoi (et Alain Corneau, qui a fait un film de ce bouquin aussi)... et qui a l'air mieux que ce qu'en dit ce livre de Meung (d'autres en parle pour la station de service de l'autoroute), bref à Meung dans les années 50 Patrick et Marie-Josée grandissent ensemble, puis l'adolescence, à côté d'une base américaine qui tranche tellement avec le monde français d'alors que ça fait rêver. et le jazz qui rend vivant, et...

et c'est Pascal Quignard qui est aux manettes. premier avertissement : si vous le trouvez parfois un peu dégueulasse voire vaguement pervers, cette fois vous serez servis. entre les tripotages plus ou moins jeunes et cette complaisance dans un semblant d'ordure et un auguste bonheur dans l'abject, tout y est. deuxième avertissement : le reste aussi, ce qui ressemble à du mauvais esprit, de fausses grandes phrases pourtant petites débitées avec une régularité sidérantes, des réflexions qui n'en sont pas et ne veulent pas en être, une sereine misanthropie, misogynie...

dès le début il annonce la couleur :

Quand cesse la guerre ? L'Orléanais fut occupé par les Celtes, par les Germains, par les Romains et leurs douze dieux durant cinq siècles, par les Vandales, par les Alains, par les Francs, par les Normands, par les Anglais, par les Allemands, par les Américains. Dans le regard de la femme, dans les poings que tendent les frères, dans la voix du père qui gronde, dans chacun des liens sociaux, quelque chose d'ennemi se tient toujours.


Wahou, collection historique exposée, exposition avant l'histoire, d'abord. Elle est pour lui la collection. Les autres, à cause de lui et pas que de l'histoire : c'est immonde. Presque exclusivement immonde.

L'occupation américaine. nos deux jeunes fascinés par se monde nouveau et exaltant font les poubelles de la base, avant de pouvoir passer à la mode, aux cigarettes, à la musique. Le monde de chrome et de plastique, d'images abrutissantes de paraitre, de rejet, de méchanceté, de racisme... (très original pour parler des usa dans les années 90). L'auteur qui nous cause grec et latin volontiers en se faisant un plaisir d'oublier (avec les éditeurs) les abrutis qui n'ont pas suivis les cours ou pas assez ou pas assez longtemps, s'adonne cette fois à la traduction de dialogues en anglo-américain très sommaire, démontrant par là la pauvreté du dialecte. Effet de mauvaise fois et de mauvais esprit pense-je.

"I'll never eat that." (Trudy Wadd déclara à Patrick Carrion qu'elle ne mangerait jamais cela.)

"That swimsuit makes your balls stick out. It's disgusting!" dit Trudy en riant. (Ton maillot te colle aux parties. C'est répugnant!)

Le monde communiste est vite emballé dans le même sac d'images, mais loin, très loin. De Gaulle avec. c'est un des faux prétextes du livre, le truc quignardien de faire semblant de raconter quelque chose en s'en contrefoutant royalement (la politique ça ne vaut pas les gamins ou les ados qui se tripotent).

Marie-Josée est amoureuse de Patrick et c'est plutôt réciproque mais la relation est pourrie, morbide et plus si affinités (voir la fin du bouquin et le bilan "nostalgique" de Patrick). Marie-Josée véhicule la mort. Les deux personnages sont tentés par un romantisme rebelle déchirant mais de pacotille, influencés par Rydell (encore un super jeu sur le nom du personnage ?) leur camarade rebelle, drogué, musicien, génial du moins à leurs yeux (et double homo-auto-érotique de l'auteur ?). D'ailleurs il est dégouté par beaucoup de choses et s'en fout un peu des autres, à part le dégoût.

Et encore le temps qui n'en est pas un avec drame intersidéral et sidérant en trois jours, les phrases qui énervent (un remontage de fleuve dans le sens du courant c'est exquis) et la musique qui passe cette fois par un jazz sauvage et les percussions, ce qui encore est un rapport un peu faux car l'ombre du père et d'un certain conservatisme (et le père Montret qui n'aime pas les téléphones), choyés par ailleurs dans ce récit : la langue, certains états des choses, ont aussi avec eux la musique classique. Et que Patrick le héros paumé de cette histoire n'implique pas forcément l'adhésion à son personnage.

un extrait qui me semble pouvoir être révélateur, c'est Rydell qui cause :

"Voilà l'âpre mesquinerie constante qui s'avance, ajoutait-il en chuchotant, où le langage parle à vide sans renvoyer à rien de concret ni à rien de social. Mais ne t'inquiète pas, P.C. : c'est une politique de marchands qui se court-circuitent eux-mêmes. Politiques, prêtres, marchands, généraux, usurpateurs ! s'écriait-il. La société va prendre acte que vous êtes hors jeu. La désillusion a atteint un point de non-retour. Profiteurs vous êtes nus. Grands abuseurs, nous sommes désabusés." Il allumait un joint et expliquait : "Nous ne vous avons pas délégué notre puissance pour que vous nous en priviez. Ce que vous nous avez arraché, nous vous le retirons. De toute façon le pouvoir n'est jamais en vous : il n'est que déposé en vous. Il n'est même plus besoin de vous décapiter si ce n'était le plaisir !". Il s'exaltait : "Il ne faut pas de protection sociale ni de chaine nationale mais des Bastille en feu. Il ne faut pas de fonctionnaire d'éducation ni de service militaire obligatoire mais des révoltes à l'instar des Algériens écœurés qu'ils nous commandent d'éliminer. Il va falloir renouveler la guerre aux tyrans qu'avait déclarée la Révolution française, la guerre totale à tout porte-parole, la guerre aux chefs. La politique ne fait que pomper du sang, parfois de la monnaie : depuis l'aube du monde il ne produit rien. Dans le meilleur des cas : le cauchemar. L'insoumission doit être totale et la sécession absolue, inextinguible, c'est à dire secrète. La désobéissance ne peut en aucun cas être spectaculaire. Même ce langage, il ne faut le tenir que du bout des lèvres. Il faut se cacher comme des taupes et errer sous la terre, sous les cités comme sous les déserts. Se dissimuler comme des voleurs.


véritable autoportrait de Rydell/Quignard (auteur de ce livre) dans cette dénonciation de ce qu'il rejette ? et un rapport au lecteur à lire en creux absolu (éventuellement pour lui trouver un sens plausible), une lecture sadomasochiste ? le faible pouvoir du livre ne le justifierai de toute façon pas, je crois. D'autant qu'il est toujours très loin de l'ampleur des escaliers de Chambord par exemple.

On ne peut qu'être saisi de malaise, par un sentiment de dégout devant cette espèce de mégalomanie, malade, d'épicerie de village... la sensation d'un mépris quel qu'il soit, suivant lectures et interprétations on peut trouver plusieurs possibilités, un autisme provocant. Et puis je ne sus pas à l'aise avec les réflexions ou réflexions apparentes (dans l'extrait proposé, j'ose croire qu'il ne parle pas vraiment politique) pour le plaisir de jongler avec des images, en rejetant certaines considérations, certains facteurs historiques et autres, en restreignant soigneusement le spectre de l'étude.

On peut ranger le livre dans les lectures désagréables.


Mots-clés : #contemporain #enfance #initiatique #jeunesse
par animal
le Mar 1 Oct - 21:01
 
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Sujet: Pascal Quignard
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Enrique Vila-Matas

Docteur Pasavento

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Enrique Vila-Matas nous emmène de nouveau dans les pérégrinations d’un écrivain situé « entre la réalité et la fiction » imbriquées, plus ou moins son double qui rencontre, lit, commente, invente ou réinvente d’autres écrivains. C’est derechef le dialogue à la fois subtil et goguenard entre initiés, pour peu que le lecteur ait couru un minimum d’auteurs (Walser, Montaigne, Gracq, Gide, Roth ‒ Joseph ‒, Blanchot, Sebald, Sterne, Borges, Barthes, Cravan, Beckett, Artaud, Kértesz, Salinger, Pynchon, Christie, Atxaga, bref les habituels ‒ et ceux-là uniquement dans la première partie, soit 80 pages sur 480). Cette fois le propos tourne autour de la Disparition, de l’Absence, du renoncement au monde pour se terrer dans les « régions inférieures » avec les « zéros tout ronds ». Le narrateur, qui ne s’intéresse « pas à la réalité, mais à la vérité », s'identifie à plusieurs auteurs ayant vécu à l’écart de la société, et le principal pivot de l’ouvrage est Robert Walser, son « héros moral » retiré dans un asile suisse (aussi Thomas Pynchon et Emmanuel Bove [dont c'est la photo en couverture] dans une moindre mesure).
« Une heure plus tard, entrant dans ma chambre d’hôtel, je me suis regardé dans la glace et, horrifié, j’ai vu Pynchon et j’ai dû immédiatement détourner mon regard. […]  Il était absurde de voir Pynchon si je ne savais même pas comment il était. Toutefois, une chose au moins était sûre, j’étais devenu l’un des visages du fuyant Pynchon. »

Un autre des topos de Vila-Matas, celui de l’abîme « au bout du monde », constitue un des centres (ou pôles ou foyers ‒ il parle à un moment d’« axe ») des figures digressives tracées dans son coutumier embrouillamini de coïncidences peu ou prou significatives. Une fois encore, nous sommes entraînés dans le laboratoire où, à base de fantaisie et d’imagination, l’auteur crée une fiction qui interfère avec la réalité ; nous pouvons observer comme il construit plus ou moins difficultueusement sa biographie passée, par fulgurations inspirées mais précaires dans les vastes remous obsessionnels de ses ressassements et variations délirantes.
« "Fortis imaginatio général casum", autrement dit une forte imagination engendre l’événement, disaient les clercs du temps de Montaigne. »

Voilà donc un écrivain (et pseudo psychiatre) qui pratique « l’art de s’éclipser » et de se rendre invisible, se cachant dans différents hôtels de la planète, bref disparu (et en fait ignoré).
« J’avais fait mon entrée dans le monde des lettres en considérant qu’écrire était une dépossession infinie, une mort sans pause possible. Publier a tout compliqué. Je suis devenu à la longue un écrivain relativement connu dans mon pays, ce qui m’a mis en contact avec l’horreur de la gloire littéraire. "Celui qui court après le succès n’a que deux possibilités, soit il l’obtient, soit il ne l’obtient pas, et les deux sont également ignominieuses", dit Imre Kértesz. »

« Je crois que j’ai disparu sans que personne ne le remarque. Personne ne s’en soucie. Je pensais qu’on me rechercherait comme, en son temps, on avait recherché Agatha Christie. »

Ce dont il est paradoxalement fort marri : Vila-Matas joue sur la démesure égotique du littérateur hypocritement réfugié dans sa tour d’ivoire, mais obnubilé par la reconnaissance, la célébrité ‒ satire d’un monde littéraire caricatural, aussi à la marge du délire paranoïaque, voire du conspirationnisme (« la grande organisation »). L’ironie apparaît souvent, comme lorsque docteur Pasavento aboutit à une grande satisfaction d’écrivain occulte en traçant un graffiti anonyme dans les toilettes de l’hôtel Lutetia…
« J’ai remarqué que j’aimais beaucoup dédicacer les livres écrits par d’autres. »

Les prolongements métaphysico-comiques du postulat initial sont aussi nombreux que troublants, sans jamais s’éloigner très loin des préoccupations du monde des lettres :
« L’histoire de la disparition du sujet en Occident ne commence pas par sa naissance ni ne se termine par sa mort, elle est l’histoire de la manière dont les tendances du sujet occidental à s’affirmer soi-même comme fondement le conduisent à une étrange volonté d’anéantissement de soi-même et de la manière dont ces tentatives de suicide sont, à leur tour, des tentatives d’affirmation du moi. »

Errance urbaine, en surimpression aux errements de ses allées et venues ferroviaires, aéronautiques ou en taxi :
« Ce que, en fait, on fait quand on marche dans une ville, c’est penser. Et ne me convenait-il pas, par hasard, de penser, d’inventer ou, plutôt, de parfaire mon passé ? »

C’est encore l’occasion d’une belle défense de la littérature :
« Je me suis mis à rêvasser un peu et j’ai presque palpé une sorte de sentiment de beau malheur, un état d’âme auquel j’aspirais. Jusqu’à ce que, soudain, délaissant ces sensations, je regarde par la fenêtre du train et, voyant les terres sèches et tristes de Castille, je considère qu’être retourné de cette façon à la réalité, si brutalement, avec cette image féroce et inattendue de la Castille qui semblait surgie des tréfonds d’un film de Tarkovski, était une expérience unique.
Quand, remis du choc provoqué par cette image, j’ai retrouvé ma position antérieure d’explorateur d’abîmes au bout du monde, j’ai pensé à l’image littéraire si simplette de la fugacité des paysages vus des fenêtres de train. Et aussi à la littérature elle-même et à ce qui est précisément sa principale caractéristique : échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise, parce que personne ne peut la fixer en un point précis, il faut toujours la retrouver ou la réinventer. »

… et d’une variante de la définition de la littérature comme "donneuse de sens" :
« Le point à la ligne était quelque chose d’intrinsèque à la littérature, mais pas au roman de notre vie. Il lui semblait que lorsqu’on écrivait, on obligeait le destin à épouser des objectifs déterminés. "La littérature, m’a-t-il dit, consiste à donner à la trame de la vie une logique qu’elle n’a pas. Moi, il me semble que la vie n’a pas de trame, c’est nous qui lui en donnons une, qui inventons la littérature". »

On retiendra que
« Ces derniers temps, la marginalité, le simple absentéisme, ma passion pour le discret Walser, le beau malheur, la divagation constante, heureuse et distraite, et coucher avec Lidia font partie de mes activités préférées. »



Mots-clés : #autofiction #ecriture #initiatique
par Tristram
le Sam 21 Sep - 1:13
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
Réponses: 59
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