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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 11 Mai - 18:27

160 résultats trouvés pour nature

Ernest Hemingway

Les Aventures de Nick Adams

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Recueil de tous les textes d’Ernest Hemingway concernant Nick Adams (écrits dans les années vingt), il s’agit des fragments d’une œuvre inachevée mais aussi de nouvelles autonomes, souvent parues dans d’autres recueils (comme Les Tueurs ou La grande rivière au cœur double) : collection chronologique de scènes de la vie du personnage, d’inspiration fort autobiographique, au point d’en faire peut-être un double.

Le dernier beau coin du pays :
Texte assez développé, où Nick Adams, adolescent poursuivi pour braconnage, s’enfuit avec sa jeune sœur qu’il surnomme Littlness ; ils se réfugient dans le seul endroit encore sauvage de la région, et il pêche à la truite, chasse à la carabine (il envisage de tuer celui qui l’a dénoncé), projette de devenir écrivain.
Si ce récit n’est pas inspiré de Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, il partage la même veine imaginaire ; j’ai été surpris de trouver chez Hemingway un jalon entre Walden ou la Vie dans les bois d’Henry David Thoreau et le nature writing : même engouement mythique pour la vie sauvage, notamment dans l’enfance (il est vrai que cette passion doit être partagée par tous les gamins qui ont eu la chance de vadrouiller à la campagne, quelle que soit leur culture d’origine).
« Tu auras de quoi te repentir, mon garçon, avait dit Mr. John à Nick. C’est ce qui peut vous arriver de mieux dans la vie. »

Jusque dans les séquences pendant la Première Guerre mondiale, la pêche à la truite est présente.
La grande rivière au cœur double est aussi une histoire de pêche à la truite (avec des sauterelles brunes comme appât) et de camping en solitaire. Cette fascination de la rivière et de la pêche à la ligne, quel rapprochement inattendu d’Hemingway avec Brautigan !
À part la pêche (thème copieusement récurrent), Nick/ Ernest parle des femmes (et du risque de mariage), des amis, de son père et de son fils, des Ojibways et même de l’écriture.
« Pour Nick, les choses n’avaient pas de réalité tant qu’elles n’étaient pas arrivées. »
Jour de noces

« Parler de n’importe quoi est mauvais. Écrire sur n’importe quoi d’actuel est mauvais. Ça tue la chose.
La seule écriture valable, c’est celle qu’on invente, celle qu’on imagine. C’est ça qui rend les choses réelles. »
Sur l’écriture

Hemingway maîtrise décidément l’art de la nouvelle : celui du bref, de l’ellipse, du suggéré, du laissé dans l’ombre !

\Mots-clés : #autobiographie #autofiction #enfance #nature #nouvelle
par Tristram
le Mar 4 Mai - 0:10
 
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Sujet: Ernest Hemingway
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Pete Fromm

Le Nom des étoiles

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Récit très largement autobiographique, sorte de remake d’Indian Creek : Pete Fromm va de nouveau surveiller des œufs de poisson, cette fois-ci pas de saumons mais d’ombres, non plus dans l’Idaho mais dans la Bob Marshall Wilderness, Montana, et pas pour 7 mois mais pour un seul, 25 ans plus tard. Sauf qu’il n’a pas pu emmener ses deux fils, et il a beaucoup de mal à s’y faire. Sans compter la présence de grizzlis, qui l’oblige à chanter en se déplaçant pour annoncer la sienne.
Des allers-retours dans son existence passée (maître-nageur dans le Nevada, garde forestier des rivières au Grand Teton National Park, Wyoming, etc.) alternent avec les épisodes de cette histoire principale, sans grande opportunité, sinon occasion de considérations métaphysiques sur la vie et la mort, sur le hasard et la filiation aussi. Le récit vaut surtout pour certaines péripéties vécues en pleine nature, des images de la faune sauvage qui (me) font rêver.
Pendant son séjour, Fromm lit les nouvelles d’Hemingway, qui l’inspire – je vais faire de même, à titre de comparaison.

\Mots-clés : #autobiographie #aventure #nature #solitude
par Tristram
le Dim 2 Mai - 12:25
 
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Sujet: Pete Fromm
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Rick Bass

Le Livre de Yaak – Chronique du Montana

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Dans le prolongement de Winter qui rapporte son installation dans la vallée de Yaak, Rick Bass se consacre à la défense de cette dernière au moyen de plusieurs textes maladroitement regroupés, ce qui expose le lecteur à pire que la répétition, au rabâchage… mais fort heureusement l’auteur sait de quelques phrases rendre un aperçu de la forêt comme de ses pensées, ce qui fait de ce recueil un témoignage en plus d’un combat écologique : après tout, nous sommes peu nombreux à pouvoir approcher la nature encore intacte, à vivre son influence.
Tout y est cycles :
« Et l’hiver devient un pouls, un spasme du cœur qui comprime le sang dans les veines d’un être vivant, et l’on perçoit l’attente du reflux, de cet instant, entre deux battements, où le sang remonte dans les chambres du cœur pour un bref repos – six mois – avant d’être comprimé de nouveau : les cerfs affluent dans la montagne, puis ils redescendent les pentes, ils se recentrent et se déploient tour à tour, et c’est aussi ce que fait l’art, et la respiration. »

« Au lieu de cela, j’observe la nature qui rassemble les éléments disséminés et le chaos issus de cette désintégration pour les incorporer à nouveau à la vie. À l’image de l’art, qui crée de l’ordre à partir du chaos, harmonise des éléments disparates, remet sur le métier des fils effilochés. »

« Ce qui est plus stupéfiant encore, c’est que ces trois troncs, dont chacun est gros comme un torse humain, s’entrelacent à mesure qu’ils s’élèvent vers la frondaison. Leur spirale évoque moins un grand tronc d’arbre qu’un sarment de vigne ou une hélice d’ADN, un tire-bouchon ou un serpent autour d’un bâton.
En général, un arbre aussi peu commun ne survit pas au chaos de la forêt – ce que nous appelons chaos, mais où s’exprime seulement la mutation incessante d’un ordre et d’une implacable complexité, d’une implacable grâce. »

Publiés en 1996, je me demande si ces textes sont toujours à jour d’un point de vue scientifique, notamment au sujet des incendies de forêt ; les progrès en connaissance du milieu naturel vont vite, mais moins que ses transformations effrénées – c’est d’ailleurs ce qui ressort de l’épilogue daté de 2007.

\Mots-clés : #essai #lieu #nature
par Tristram
le Lun 19 Avr - 13:37
 
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Sujet: Rick Bass
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Nastassja Martin

Les âmes sauvages : Face à l'Occident, la résistance d'un peuple d'Alaska

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Le premier contact de l’ethnologue est plutôt social, et sombre :
« De fait, les habitants du subarctique paraissent à première vue se dégrader de l’intérieur – physiquement et psychiquement – au même rythme que le monde s’altère autour d’eux. »

« Les conflits qui opposent les Occidentaux et les Gwich’in sont tous, sans exception, liés à la question environnementale qui se déploie sous des formes variées. »

« Les deux versions de la "catastrophe qui vient" auxquelles j’ai été confrontée sont également dramatiques : la première et la plus courante, à laquelle les vieilles personnes souscrivent plus facilement, consiste à dire que les périodes sombres feront retour et que le monde moderne, ne pouvant continuer à soutenir sa croissance effrénée et son incroyable démesure, va irrémédiablement s’écraser sur lui-même, artisan qu’il est de sa propre fin. […]
La seconde version, plus courante chez certains jeunes, consiste à dire que le milieu subarctique alaskien et les Gwich’in disparaîtront sous peu puisque le réchauffement climatique est irréversible et va bientôt modifier durablement toutes les routes migratoires des animaux du Grand Nord, empêchant les Gwich’in d’entrer en relation avec eux et donc de les chasser pour continuer à vivre à leur manière dans les villages de la taïga. Dans cette version, les Gwich’in ne sont plus considérés comme les seuls survivants de la forêt, puisque c’est la forêt elle-même et ses habitants qui sont menacés d’extinction. Sans eux, pas de futur possible, même pour les chasseurs gwich’in les plus aguerris. Entre les prophètes d’un "retour à la forêt" définitif et les adeptes de la chronique d’une mort annoncée, on voit à quel point certains entretiennent de réjouissantes perspectives pour l’avenir. »

« Telle est bien l’une des plus grandes ironies de ce territoire : il est unanimement reconnu comme l’un des derniers environnements véritablement sauvages sur la planète, mais il doit néanmoins être développé pour soutenir la culture matérialiste moderne, à laquelle aspirent toujours plus d’habitants dans le monde comme à un droit légitime et nécessaire. »

Ayant constaté la déstabilisation (jugée « irréversible ») du territoire par la pollution globale, Martin en retrace l’historique.
L’Alaska est une relativement récente colonie américaine gérée pour exploiter ses matières premières/ ressources naturelles.
« Chaque "élément naturel" se vit traité en membre indépendant, isolable et extractible. La forêt, loin d’être considérée comme un entrelacs de relations complexes entre des existants humains et non humains qui, par leurs interactions quotidiennes, créent un monde aux dynamiques qui lui sont propres, devint une simple ressource. »

Les indigènes sont déchirés entre « exploiter et protéger : le pendule alaskien », l’économie et l’écologie, la productivité pétrolifère et le sacré de la wilderness ; il y a aussi une opposition entre Indiens des villes et ceux qui vivent sur place.
Les missionnaires ont apporté à la fois les épidémies et le traitement pour les guérir, supplantant ainsi les chamanes, et atteint à l’identité indigène en imposant le changement de nom des personnes.
« D’une foule de qualificatifs, d’adjectifs mouvants sans cesse en transformation, d’associations inventives empruntant tant au registre des animaux qu’à celui des hommes ou du milieu en général, on passe à l’attribution définitive de prénoms bibliques qui ne peuvent pas être en mesure d’évoquer un mode relationnel incarné dans un environnement spécifique, puisqu’ils ont été inventés ailleurs et qu’ils ont une manière totalement différente d’exprimer, de résumer les personnes qui les portent. Il semble que le projet des missionnaires tendait bien à humaniser les Gwich’in – avec l’aide des saints patrons chrétiens – en les détachant durablement de tous les êtres non humains qui contribuaient à la formation de leur identité ou auxquels ils s’identifiaient parfois complètement lorsqu’ils empruntaient le nom d’une espèce entière. »

« Le baptême en Alaska constitua bien, comme partout ailleurs, l’élément le plus important de la conversion chrétienne : il fallait détourner les hommes du monde vécu pour leur donner l’occasion de se tourner vers un arrière-monde invisible ayant davantage de valeur. »

Après les missionnaires et les chercheurs d’or, vinrent les écologistes et les gestionnaires de l’environnement, autres (ou mêmes) « pasteurs » d’une nature relativement vierge, où humains et non-humains établissent des relations subtiles.
« Autrement dit, l’Alaska représentait, à l’époque de sa conquête mais encore aujourd’hui, un support parfait pour les rêves occidentaux les plus insensés [… »

« La dynamique de gestion des animaux sauvages apparaît ainsi sous un jour nouveau, et devient étrangement assimilable à une relation de berger à son bétail. »

Parvenus à moitié de son livre, Martin présente le pays gwich’in, territoire le plus à l’écart dans la taïga d’Alaska, celui de ces chasseurs-cueilleurs animistes, nomades sédentarisés dans des villages qui traquent un gibier lui-même migrateur, comme la grande harde de caribous. La chasse est assimilée à une guerre, une affaire de désir de la proie (littéralement de « rêve »), de fascination (au sens donné par Quignard), de séduction chez le chasseur et de don chez l’animal chassé.
« Tous s’évitent, se cherchent, se poursuivent, se fuient. Tous doivent se positionner judicieusement pour échapper à l’autre ou l’attraper, élaborer des tactiques, des manœuvres, des ruses, et toujours avancer masqués. Cette invisibilité des animaux est en elle-même le signe de ce qui existe, là sous le paysage. La dissimulation des animaux est donc la première clé pour recontacter un univers où ces derniers ne sont justement pas construits à l’image de ce que les hommes attendent d’eux, puisqu’ils les fuient, puisqu’ils sont maîtres de leur propre trajectoire, puisque les hommes n’ont de cesse de tenter de les intercepter. L’invisibilité, la dissimulation, le fait que tous se dérobent au regard et, in fine, leur absence sont les prémisses absolument nécessaires à toute relation incarnée dans le subarctique alaskien, à la possibilité de la chasse, à sa valeur. C’est cette incertitude au sujet du positionnement de l’autre dans l’espace qui reproduit le désir, chaque fois, de partir en chasse, puisque, justement, les animaux "ne se donnent pas" immédiatement aux hommes, mais se dérobent. C’est bien parce qu’ils se dérobent qu’on les traque ; parce qu’ils ne sont pas là qu’on les cherche. »

M’a frappé le rapprochement de deux incidents, la mort d’un jeune chasseur gwich’in parti seul sur la rivière, et le secours par hélicoptère d’un bateau de chasseurs américains en panne d’essence, équipés d’un téléphone satellite ; ils ont d’ailleurs été verbalisés pour avoir dépassé leur quota de caribous, et on apprend qu’ils n’ont gardé que les trophées, abandonnant la viande au lieu de la partager. Au-delà de la répulsion pour le meurtre gratuit et le gaspillage qui révoltent les Gwich’in, ce fait-divers entre en résonnance avec mon attitude personnelle à l’égard de la nature : j’ai toujours refusé d’emporter un téléphone, de dire où j’allais et quand je comptais revenir. Cette attitude est profondément ancrée en moi : il est hors de question d’appeler à l’aide lorsqu’on s’est engagé loin de la société (et de mettre en danger des secours). J’ai toujours vivement ressenti cette vérité de la nature sauvage lorsqu’on y est immergé : on ne peut pas dire « stop, j’arrête l’expérience ».
« S’extraire du lieu lorsqu’il devient par trop inhospitalier – sauvage ? – et qu’on perd le contrôle revient à nier tous les liens fragiles tissés entre les existants et à glisser sur un paysage dès lors neutralisé. Je fais ici référence à un phénomène occidental particulier tenant de l’exception culturelle et pourtant largement répandu dans toutes les sociétés sécuritaires : être en mesure de dire "je sors". C’est-à-dire, pouvoir quitter rapidement le lieu dans lequel on s’est pourtant engouffré volontairement, ceci moyennant quelques dollars parfois mais la plupart du temps gratuitement si le geste se "justifie". Le joker dont disposent les Occidentaux lorsqu’ils parcourent le subarctique est non seulement inaccessible aux indigènes mais, surtout, il est considéré comme une offense au milieu en général. Il est pour les Gwich’in immérité, facile et opportuniste. Il relativise tous les lieux, les dépouillant de leur puissance et perpétuant l’idée que l’homme possède un pouvoir qui supplante tout le reste. »

Pour les Gwich’in, la chasse est faite d’occasions à saisir, sans aucune notion de gestion des ressources.
« Ainsi, pour résumer, l’explication que nous prodiguent les ethnologues pour expliquer la non-gestion dont font preuve les indigènes est la suivante : l’imprévoyance et le refus de stocker des vivres sont les corollaires directs de cette notion d’abondance et de retour circulaire des animaux, qui préserve les hommes de l’angoisse du lendemain. »

Les contes gwich’in témoignent d’un « humour tranchant », d’ironie narquoise, de « dérision sérieuse ».
« En effet, seule une personne peut être ridicule. »

« Ainsi, il existe bien un lien inattendu entre la table de jeu et la forêt : les enjeux sont inlassablement dramatiques et toujours pris à la légère. Malgré les différences de contexte et d’échelle, à la chasse comme au jeu tous avancent masqués, se dupent les uns les autres, se piègent et risquent à tout instant de "tout" perdre. »

Je ne m’étends pas sur la partie proprement anthropologique du travail de Martin (encore moins sur sa valeur, que je ne peux mesurer), mais signale qu’il est fortement influencé par Descola, qui a dirigé sa thèse (d'où est tiré cet essai) ; l’important pour moi est qu’il permette une différente approche de l’altérité.
Je n’ai pas trouvé l’information, mais j’aurais aimé savoir combien de temps Martin a séjourné sur le terrain.

\Mots-clés : #ecologie #essai #nature
par Tristram
le Mer 24 Mar - 23:35
 
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Sujet: Nastassja Martin
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Henry David Thoreau

@bix_229 a écrit: - À quoi bon avoir une maison si l'on n'a pas de planète acceptable où la mettre  ?

La descendance de Thoreau est immense, combien d'écologistes, de survivalistes, de néosurvivalistes...?

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Les pommes sauvages

Tag nature sur Des Choses à lire Thorea11
Mai 1862. Titre original: Wild apples.

Ouvrage composé quelques semaines avant son décès, première publication, posthume, par The Atlantic Monthly en novembre 1862. Soixante pages environ.

Pas de quoi affoler le fil Thoreau avec ce petit ouvrage, proche de la plaquette, pas exactement une nouvelle.
Mais il exhale son humilité terrienne et fleure si bon le libre wild !

Il se découpe en huit chapitres, brefs et ainsi intitulés::
L'histoire du pommier, la pomme sauvage, le pommier odorant, comment pousse la pomme sauvage, le fruit et sa saveur, leur beauté, les noms qu'on leur donne, le dernier glanage.

On entre dans le propos par de savantes considérations, teintées d'objectivisme et de références antiques. Cela s'arrête juste à temps, à mon goût du moins, pour éviter le roboratif.
Le lecteur, que l'on peut pousser à prendre la peine de continuer jusque là, tombe alors sur une joyeuse ode très dans la veine de l'auteur, avec sublimation du sauvage littéralement intact, par rapport au domestiqué, ou créé, ou contraint par l'homme, qui a moins de saveur et de valeur (valeur s'entendant dans un sens gustatif et spirituel), aspects bien connus de la philosophie de Thoreau.

Un bol d'air (ou une bouchée de pomme) bien rafraîchissant(e).

N'hésitez pas à y jeter un œil si vous croisez ce petit livre (la version dont je dispose, parue chez Finitude -voir photo-, est, de surcroît, très abondamment annotée).

chapitre le fruit et sa saveur a écrit:Ceux qui travaillent au grand air n'ont pas froid. Grelotter est le lot de qui reste assis dans sa maison. Telles les températures, telles les saveurs. Tels le chaud et le froid, tels le doux et l'acide. Les acides et les amers, que le palais débile repousse, sont les véritables condiments de cette vivacité naturelle.
Que les condiments soient à la mesure de vos sens. Apprécier le bouquet de ces pommes sauvages requiert des sens vigoureux et en pleine santé; et, sur la langue et le palais, des papilles fermes et droites qui ne soient pas facilement flattées et domptées.
De mon expérience des pommes non domestiquées, je retire que l'homme sauvage a probablement des raisons de préférer certaines catégories de nourriture que l'homme civilisé rejette. Le premier a le palais d'un homme de plein air. Il faut le goût d'un homme des bois pour apprécier un fruit sauvage.
En vérité, il faut un appétit "hors les murs" pour savourer la pomme de la vie, la pomme du monde !  


Marcotté d'un message sur Parfum du 7 février 2014


Mots-clés : #ecologie #nature #xixesiecle
par Aventin
le Sam 20 Fév - 6:32
 
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Sujet: Henry David Thoreau
Réponses: 24
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Maurice Genevoix

La Dernière Harde

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Au-delà d’une connaissance manifestement née de longues et nombreuses observations, c’est à une véritable identification que Genevoix s’est livré dans la première partie du livre ; fabuleux interprète, il s’incarne (Genevoix a d’ailleurs confié dans son autobiographie Trente mille jours : « J'ai été le cerf rouge »), impressionnante immersion dans la harde où il entraîne le lecteur :
« L’eau était d’une fraîcheur délicieuse. Ils y plongeaient leurs jambes avec lenteur, jusqu’aux genoux, jusqu’aux cuisses, jusqu’au ventre. Leur poitrine y entrait à son tour, ils allongeaient leur cou sur l’eau, laissaient flotter leur tête en fermant les yeux de plaisir. Quand la surface, enfin, venait leur effleurer le mufle, ils buvaient, sans bouger, et laissaient la fraîcheur de l’eau couler en eux à petit bruit. »

« Au bout de deux semaines le premier andouiller apparut. Ses perches allongeaient toujours, poussaient un second andouiller, un autre encore. Au contraire de l’année passée, où la souffrance et la captivité avaient tari le croît de sa ramure, il surallait deux pousses d’un coup et devenait quatrième tête. Les battements de son sang se calmaient. Il oubliait maintenant, pendant des heures, le douloureux travail de ses bois. Les scions tendres du brout retrouvaient leur grisante saveur. »

« Quand il se rembuchait, le matin, il s’avançait loin dans un fort, s’y couchait lourdement pour bien marquer sa reposée, et puis, suivant son contre-pied, il en sortait par un grand saut en hourvari. Après quoi il le contournait avant d’y pénétrer encore, d’y écraser une autre reposée, et d’en sortir une seconde fois. Il ne s’y couchait point, pour son repos de la journée, qu’il n’eût ainsi dérobé sa remise par une série de faux rembuchements. Et souvent il l’abandonnait pour gagner, en celant sa voie, un autre fort plus écarté et plus secret. »

Si Genevoix prévient dans une note liminaire avoir renoncé au « riche et précis » lexique de la vénerie, il en utilise quand même ‒ et fait revivre ‒ le glossaire technique, ainsi qu’un vocabulaire malheureusement désuet de nos jours, dans notre éloignement de la "nature" ; je connaissais certains termes, comme "hampe", "forlonger", mais "volcelest"… il faut vraiment être du milieu. Et c’est sans compter de justes néologismes, comme cette métaphore du « chevelis de l'herbe », ou celle d’une « tramée de lumière »… Le style est d’une langue très pure, mais voici d’autres exemples du langage cynégétique manié de main de maître :
« Alors les valets de limiers, revenus faire le bois dans l’aiguail des petits matins, cherchèrent encore le pied des cerfs et rembuchèrent les derniers mâles. À la fin de janvier, ils ne restaient plus que trois : le Brèche-Pied, le daguet Rouge, et celui que nul n’avait revu, le Vieux qui s’était recelé dans un buisson connu de lui seul, ou qui peut-être, de nuit en nuit changeant ses reposées, avait déjoué jusqu’à présent le flair des chiens et la sagacité des hommes. »

« Il connaissait tous les gagnages où les bêtes douces vont faire leur viandis, les bêtes mordantes leurs mangeures nocturnes. »

Les « bêtes douces », menées par la vieille Bréhaigne si expérimentée, croisent les « bêtes noires » (sangliers) suivant la vieille laie qui les guide…
« Et toujours, un peu en avant de sa tête, le boutoir invisible tantôt faisait claqueter ses dents, tantôt entrefroissait ses défenses courbes et ses grais avec un grincement d’aiguisoir. »

Néanmoins, ce roman parle essentiellement des rapports des animaux sauvages avec les humains : ceux de « le Rouge », d’abord faon, hère, daguet, cerf puis grand cerf, avec la Futaie, premier piqueux d’équipage (et son compagnon Tapageaut, grand chien meneur de meute), mais aussi Grenou, « le Tueur ». Bêtes et hommes se croisent dans le même paysage à la géographie précise, repérée de toponymes qui paraissent aussi familiers aux unes qu’aux autres.
« L’odeur d’un homme et d’un limier, cela aussi se grave dans la mémoire, se reconnaît dans le vent qui passe. Les yeux voient clair, les oreilles tournent et se creusent, recueillant au passage les moindres tressaillements de l’air. La rumeur d’une forêt familière, si puissamment qu’elle comble l’espace, si amplement diverse qu’elle soit, ne couvre pas le frôlement d’un brin d’herbe que froisse le cuir d’un houseau, l’aigre sifflement de narines d’un limier qui raidit son trait. Alors on est une ombre sans poids qui s’efface au fond d’un taillis, qui traverse une allée, une autre, les pinces serrées sur les cailloux : et nul revoir, c’est le passage d’une ombre qui disparaît dans un autre taillis. Ici, en vérité, le Rouge a pris ce matin son buisson. Mais il l’a vidé en silence ; et même pour Tapageaut, pour La Futaie, ce ne sera qu’un buisson creux.
Voilà sept ans que dure cette joute, que l’Homme et le limier resserrent les cercles de leur quête. Maintenant, de plus en plus, le Rouge se laisse approcher. Invisible, rasé dans les broussailles, ses jambes ramenées sous le ventre et son mufle collé sur la terre, il les a vus passer à quelques pas, les regards fixes, les prunelles agrandies ; et de très longs frissons, comme autrefois dans l’enclos grillagé, lui couraient à travers le poil tandis qu’il les suivait des yeux, se relevait sans bruit derrière eux, et, caché derrière une cépée, tendait le cou pour les voir encore. »

Puis c’est l’ultime chasse à courre, d’un lyrisme épique, d’une passion atteignant à l’ivresse joyeuse dans la certitude de l’hallali assumé. Cette dernière partie, un peu fantastique, invraisemblable, m’a moins enthousiasmé ; elle justifie cependant le titre, et porte le constat de la dévastation accomplie par l’homme.
Chasse : nature, instinct, mort, beauté aussi. À une époque où la chasse à courre alimente les médias, cette histoire montre qu’elle remonte à profond, et que rien n’est si simple qui le paraissait. C’est une vie impitoyable qui est dépeinte, tant les chiens des veneurs que les combats du rut, ou le rejet de « la bête de chasse vouée à la curée », « le mâle déhardé » sacrifié par le clan à la meute tel un bouc émissaire aux gros yeux où se lit la « haineuse épouvante »… Texte retentissant dans l’entre-deux-guerres, un an avant la Seconde…
J’espère que beaucoup d’entre nous ont eu et auront encore leur enfance émerveillée par Raboliot ; La Dernière Harde en constitue une continuation (ainsi que de Rrou), et formerait avec lui et La Forêt perdue un triptyque consacré à la chasse. À ce propos, je recommande la consultation de l’article Wikipédia, qui ne se contente pas cette fois de recenser les prix littéraires : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_Harde
Une bien meilleure surprise que le plaisir de lecture attendu.

\Mots-clés : #nature #ruralité #traditions
par Tristram
le Mer 6 Jan - 12:49
 
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Sujet: Maurice Genevoix
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Vues: 316

Le One-shot des paresseux

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Endurance, L'incroyable voyage de Shackleton de Alfred Lansing

Pas le livre qui brille par ses qualités littéraires, ce n'est pas non plus le but. Pas non plus le livre qui brille par la qualité de l'édition (Points) : trop bien le lexique orienté bateau mais un lexique banquise aurait été plus approprié (et LA note en base de page pour l'épaulard, ça en deviendrait drôle). Mais dans ce récit composé à partir de journaux et de notes d'interview des principaux intéressés il y a suffisamment de quoi vous faire tourner les pages.

"Le 18 janvier 1915, l'Endurance ayant a son bord une expédition se proposant de traverser a pied le continent antarctique est prise par la banquise sans avoir pu toucher terre."

La fin de l'histoire plus d'un an et demi après. 28 hommes qui auront vécu coupés du monde pendant ce temps-là. Sans s’entre-tuer, sans perdre complètement espoir, dans des conditions physiques extrêmes de froid, d'humidité et de fin ou d'inconfort. Leur bateau aura été écrasé par la glace, ils auront fait un bout de chemin en traîneau, un bout sur la mer avant d'arriver sur l'île de l’Éléphant  et que quelques-un traversent en chaloupe (si on est généreux on arrondit à 8x2m) des coins qui aujourd'hui encore ne doivent pas être toujours recommandables.

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Direction le Passage de Drake

De l'autre côté traversée de paysage "local" ça grimpe et redescend beaucoup...

C'est ahurissant la résilience de ces hommes. Entre les tempêtes il y a l'attente, âmes sensibles s'abstenir.

One-shot parce que l'auteur beeen... mais lire autre chose sur le sujet dont le récit des événements par Shackleton ça oui !


Mots-clés : #aventure #documentaire #journal #lieu #nature #voyage
par animal
le Sam 2 Jan - 20:07
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 196
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Czesław Miłosz

Sur les bords de l'Issa

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Thomas vient de l'enfance que Czesław Miłosz a passé en Lituanie, très loin de la ville, près d'une rivière, Sur les bords de l'Issa. Dans cette région, les diables et les fantômes se mêlent aux oiseaux, aux plantes, à la terre que Thomas étudie, explore, dans cette croûte épaisse que sont les superstitions de son entourage. L'enfant est lié à son milieu et Czesław Miłosz décrit, raconte tour à tour chacun de ces villageois. Si le personnage principal de ce roman fait son trou, ce n'est de manière discrète, presque trop en marge de cette narration se développant sous forme de chroniques étranges ou tragi-comiques. C'est aussi sous cette forme que l'Histoire avec un grand H s'insinue Sur les bords de l'Issa, avec toutes les énigmes propres à celle de la famille de Thomas, ces catholiques polonais installés en pays baltes. Plus émouvant est le récit intérieur, au cœur des affects et de la sensibilité de Thomas, où tous les antagonismes d'une culture ambivalente se dissolvent ou se transforment en doutes ou questions restées sans réponses, en un panthéisme pétri d'une connaissance précise et subtile de la nature.


Mots-clés : #enfance #historique #nature
par Dreep
le Jeu 26 Nov - 16:40
 
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Sujet: Czesław Miłosz
Réponses: 4
Vues: 339

Pierre Bergounioux

Le Grand Sylvain

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« Peut-être que le meilleur des soins dont on est continuellement occupé, les travaux et les fatigues de l’âge de raison, ne vont qu’à satisfaire les requêtes impossibles qu’on forma aux premiers jours. »

Cet incipit résume la démarche de Bergounioux dans ce livre qui regroupe quelques chasses aux insectes, poursuites de rêves d’enfant.
« Ce qu’on fait ne vise qu’à empêcher qu’un gosse inconsolé ne survive à l’adulte anéanti. »

On pense plus à Genevoix qu’à Nabokov ; J. H. Fabre est cité en référence, mais aussi Kafka. Par contre ma lecture a souffert de celle, récente, de Michon… Mais il s'y trouve indubitablement de beaux morceaux de prose.
« Les bons moments s’abolissent. La perfection de la vie, c’est le présent pur, sans la traîne sombre de réclamations et de remords, derrière, ni, devant, dans l’avenir, la nécessité de l’effacer par un acte de réparation opposé à chacun des actes laissés inachevés. »


\Mots-clés : #enfance #nature
par Tristram
le Sam 7 Nov - 22:01
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Le One-shot des paresseux

   Suzanne Labry

Au pays de Luchon
Contes et récits de la vallée de l'Oueil
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Paru en 2002, probablement écrit à la fin des années 1970-début 1980.

Titre et sous-titre (voire même préface, de William Fournier) assez peu heureux; certes la vallée d'Oueil se situe dans ce qu'on peut appeler le Pays de Luchon, mais c'est vraiment pour situer - aucune allusion à Luchon proprement dit ni aux vallées adjacentes dans ce propos.
Surtout: ce ne sont en rien des contes, juste des récits, ce qui est déjà fort plaisant et se suffit amplement !

Mais qu'on se rassure, le livre lui-même, en matière de forme -de style- file doux et agréable, pour un ensemble très maîtrisé...on se sent bien à lire votre écriture, madame...

Le thème est celui de la déprise humaine et de l'exode rural, Suzanne Labry narre avec passion, retenue et sobriété son amour de la vie rurale et montagnarde traditionnelle.
Quelques petites références bien glissées, du type Virgile, Jean-Jacques Rousseau, les vitraux de Marc Chagall...
Mais où sont les neiges d'antan ? Où les fileuses de laine ?



Elle cite le Professeur Fourcassié de la faculté de Lettres de Toulouse, qui écrivait en 1946:
[...] À Bourg-d'Oueil par exemple, à 1350 mètres, les quarante habitants et les deux mille brebis qui peuplent ces toits de chaume et d'ardoise pourraient sans doute se passer de l'autobus qui descebd à Luchon. Chacune des neuf familles du village récolte sur les terres qu'elle possède assez de lé pour cuire elle-même son pain. La cave contient des réserves de pommes de terre et des pois, de ces pois fondants, semés en même temps que le seigle et qui, en septembres, marient leurs cosses aux épis mûrs. Dans la cheminée pendent des jambons; au plafond, la saucisse ou des gigots fumés de brebis. À la cave encore, les fromages. L'hiver peut venir et bloquer de ses neiges rotes et sentiers. Il suffit de maintenir ouverte la tranchée qui va à l'étable. Les raffinements de la division du travail sont ici inconnus. Chaque chef de famille est à la fois propriétaire, boucher, quand il faut tuer une brebis, boulanger tous les dix jours, maçon et menuisier, quand il s'agit d'agrandir son étable ou de restaurer l'église, bûcheron en hiver, berger en automne, coiffeur le dimanche, carilloneur quand vient son tour, chantre ou lutrin, marchand de laine blanche et fine. Et, en été, du lever au coucher du soleil, il fauche ses prés et rentre son foin.     


À l'appui de son vertigineux propos, lequel est qu'en trente ans, cette civilisation -car c'en est une- à peu près immuable depuis les carolingiens et peut-être -sans aucun doute même- bien plus avant encore, qui vivait en osmose avec sa montagne, dans une relative liberté de petits propriétaires -ce qui n'excluait certes pas les tâches dures, la vie difficile- et le tout sans impact humain négatif sur la nature, entretenue, la montagne dont on prenait soin.

En trente années seulement tout cela s'est effondré.

Cette vie, la plus simple et la plus vraie, la plus pauvre et la plus riche, dans ces espaces encore purs, où le temps ne compte pas, où les jours s'écoulent comme la source, dans le silence et l'uniformité, sans ces vides du cœur que l'homme des villes appelle l'ennui, "la première vie" [...] !


Hélas, aujourd'hui, dans cette douce vallée d'Oueil, les carrés clairs et propres des prés encore fanés se font de plus en plus rares sur le vert-de-gris uniforme de ma montagne en friches. On s'inquièrte devant cet abandon, on craint qu'elle ne soit d'ici peu envahie par les genévriers, la ronce, la mauvaise herbe lisse qui provoque les avalanches. Et l'on ne voit plus les moutons en hiver.

Pourtant, je le crois, hommes et femmes reviendront un jour au flanc des montagnes, pas seulement pour glisser sur les pentes enneigées, mais pour réapprendre la fatigue heureuse de la fenaison; on verra peut-être, chantant et joyeux, des groupes de faneurs, heureux de remonter la pente. L'ordre du monde se reformera: l'homme ira aux foins, le foin aux bêtes, les bêtes à l'homme: la magie de l'herbe recommencera.


Mais, aux parfums anisés de ces quelques foins ne se mêle plus l'odeur maternelle du pain, cuit au four de la maison, ni celle des pommes tombées, car les pommiers sont vieux ou morts. Et tout le monde se demande avec une certaine angoisse jusqu'à quand flotteront encore les senteurs laiteuses des étables, l'odeur âcre et chaude des bergeries, quand les brebis descendues de l'estive y séjournent pendant l'hiver.

 Dans ses formes d'autrefois la vie rurale ici se meurt rapidement. Il y a des scènes qu'on ne verra plus et qui font déjà partie du folklore: la paysanne à demi-nie campée devant son four ardent où elle retire le pain, le paysan "dayant" son pré en silence, affûtant de temps à autre avec la pierre cachée dans le coffin de bois suspendu à sa ceinture la fine lame de la faux, la force des hommes au marronage, la patience des femmes lavant dans l'eau vive des bassins de pierre la laine grasse des brebis.

  Il y a des bruits, des odeurs qui disparaissent. Ils seront remplacés par d'autres, et ce sera un nouvel univers.

 Aussi le spaysans qui vient cette mort la vivent-ils avec le cruel sentiment de mourir tout vifs. Les solutions proposées, en général collectives, groupement pastoral, remembrement des pacages, étable collective, ventilastion en grange, ils les refusent avec des prétextes variés. Ces idées un peu diaboliques les entraîneraient au-delà d'eux-mêmes, les empêcheraient de mourir comme ils ont vécu, les dépossèderaient à leurs propres yeux. Ils préfèrent enterrer avec eux ce passé qu'ils ne peuvent ni ne veulent sauver, et volent même au-devant de leur mort.



Spoiler:
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Suzanne Labry[/center]


Mots-clés : #nature #nostalgie #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Aventin
le Lun 26 Oct - 18:26
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Olga Tokarczuk

Sur les ossements des morts

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Vivant retirée sur un plateau désertique de Pologne non loin de la Tchéquie, au début du XXIe, Janina Doucheyko est une vieille excentrique ayant ses propres théories sur tout, une adepte d’astrologie, une farouche protectrice des animaux, une férue de William Blake et la narratrice. Dans son voisinage réduit à quelques personnages également hauts en couleur, surviennent des morts curieuses qu’elle impute à une vengeance des bêtes. Sinon, elle pense connaître la date de sa mort, et voit souvent sa mère décédée dans la chaufferie, « en visite de l’au-delà ».
Evidemment une part de ce roman (2009) est dans l’air du temps ; cette sorte de polar est plaisant à lire, mais je n’en dégage pas vraiment la volonté de l’auteure : le rejet de la carnivorie n’est pas étayé par la superstition de l’héroïne, à moins qu’une défense de toute croyance ne soit prônée.
C’est une fois encore (comme dans Les Pérégrins et la littérature en général) une variation sur l’interprétation d’éventuels signes.
Pour ce que j’en connais, les livres d’Olga Tokarczuk sont bourrés d’observations et de remarques originales, qui à elles seules légitiment la lecture (par chance ArenSor a déjà cité plusieurs des phrases que j’ai cochées) :
« J’ai ma théorie sur le sujet. L’âge venant, beaucoup d’hommes souffrent d’une sorte de déficit, que j’appelle "autisme testostéronien". Il se manifeste par une atrophie progressive de l’intelligence dite sociale et de la capacité à communiquer, et cela handicape également l’expression de la pensée. Atteint de ce mal, l’homme devient taciturne et semble plongé dans sa rêverie. »

« Il faisait partie de ces hommes qui méprisent ce qu’ils ne connaissent pas. »

« Le devoir que nous avons envers les animaux, c’est de les mener – à travers leurs vies successives – vers leur libération. Nous allons tous vers cette même direction, de la dépendance à la liberté, du rituel au libre arbitre. »

« Le monde est une prison pleine de souffrances, organisée de telle façon que, pour survivre, il faut faire du mal aux autres. »

« Les matins d’hiver sont faits d’acier, ils ont un goût métallique et des bords acérés. Les mercredis de janvier, à sept heures du matin, on voit bien que le monde n’a pas été créé pour l’homme, et certainement pas pour son confort et son plaisir. »

« Le dessein de l’évolution est purement esthétique, et peu lui importe l’adaptation. En réalité, l’évolution est en quête de beauté, de l’aboutissement le plus parfait de toute forme. »


Mots-clés : #nature #ruralité #spiritualité
par Tristram
le Sam 12 Sep - 21:32
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Isabelle Autissier

Isabelle Autissier
Née en 1956

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Isabelle Autissier, née le 18 octobre 1956 à Paris, est une navigatrice française, première femme à avoir accompli un tour du monde lors d'une compétition, en 1991. Installée à La Rochelle depuis 1980, elle est également écrivain et présidente du WWF-France.

Isabelle Autissier passe sa jeunesse à Saint-Maur-des-Fossés en région parisienne et découvre la voile en Bretagne dès l'âge de 6 ans. Ingénieur agronome (spécialisation en halieutique), elle mène en 1980 pour le compte du CORPECUM une recherche sur les langoustines et les gros crustacés. Cette activité de recherche se prolonge pour le compte de l'IFREMER à La Rochelle sur les pêcheries du golfe de Gascogne. De 1984 à 1990, elle enseigne à l'École maritime et aquacole de La Rochelle.

En 1991, elle fonde avec C. Auguin, A. Gautier et J-L. Van Den Heede l'association IMOCA, pour regrouper les skippers des monocoques de 60 pieds. La même année, elle termine 7e au cours du BOC Challenge en réalisant l'exploit d'être la première femme à faire un tour du monde en course. Cette réussite la pousse à abandonner l'enseignement pour se consacrer entièrement à la course au large.
En 1994, lors de l'édition suivante, son bateau démâte puis est détruit par une vague au sud de l'Australie. À son retour, sa nouvelle notoriété lui permet d'obtenir le soutien de l'entreprise vendéenne PRB. Elle fait alors appel à l'architecte Jean-Marie Finot et au constructeur Marc Pinta pour mettre au point le premier 60 pieds Open à quille basculante. En juillet 1996, elle participe au Vendée Globe, au cours duquel elle est mise hors course suite à son arrêt à Capetown pour réparer un safran endommagé, mais elle repart et termine ce tour du monde 4 jours après le vainqueur. Au cours de cette course où les concurrents ont affronté des conditions extrêmes, elle fait demi-tour en pleine tempête pour essayer de retrouver Gerry Roufs, dont la balise Argos avait cessé d'émettre, mais elle n'arrive malheureusement pas à le repérer et finit par reprendre sa route après avoir lutté contre les éléments qui feront se coucher son bateau à plusieurs reprises.
En 1999, au cours de la course en solitaire autour du Monde Around Alone (ex-Boc Challenge), elle chavire à 25 nœuds et son bateau reste à l'envers. Le skipper italien Giovanni Soldini viendra la sauver. C'est probablement cet accident qui accéléra la décision d'Isabelle Autissier d'abandonner les courses en solitaire. Elle continue néanmoins quelques courses en équipage.

Isabelle Autissier s'est également tournée vers l'écriture. Après plusieurs récits, essais, ainsi qu'un livret d'opéra, Homo Loquax, elle publie en 2009 son premier roman, Seule la mer s'en souviendra, l'histoire d'une supercherie en mer inspirée d'un fait réel – l'affaire Crowhurst en 19699.
En décembre 2009, elle est élue présidente de la branche française du World Wildlife Fund (WWF).
Depuis 2012, elle présente Les récits d'Isabelle Autissier, émission diffusée tous les dimanches sur France Inter.


Bibliographie :

- Rendez-vous avec la mer, avec Antoine Le séguillon (Solar, 1996)
- Une solitaire autour du monde, avec Éric Coquerel (Arthaud, 1997)
- Kerguelen, le voyageur au pays de l'ombre (Grasset, 2006)
- Salut au Grand Sud, avec Erik Orsenna (Stock, 2006)
- Versant océan : l'île du bout du monde avec Lionel Daudet (Grasset, 2008)
- Seule la mer s'en souviendra, roman (Grasset, 2009)
- L’Amant de Patagonie (Grasset, 2012) — prix Maurice-Genevoix 2013
- La terre pour horizon, Entretiens avec Isabelle Autissier, (Presses de l'Île-de-France, 2013)
- Passer par le Nord, la nouvelle route maritime éditions Paulsen (2014) en collaboration avec Erik Orsenna
- Soudain, seuls, roman (Stock, 2015)
- Oublier Klara, roman (Stock, 2019) prix Femina du roman 2019

Littérature jeunesse :
Contes éducatifs marins sous forme d'album-cd
- Zoë et le dauphin (Editions 2 pies tant mieux, 2015)
- Zoë et le goéland (Editions 2 pies tant mieux, 2016)
- Zoë et les sardines (Editions 2 pies tant mieux, 2017)
- Zoë et la méduse (Editions 2 pies tant mieux, 2018)

Source : Wikipédia




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Soudain, seuls


J'ose espérer qu'Isabelle Autissier est meilleure navigatrice qu'écrivaine Tag nature sur Des Choses à lire 1390083676

J'ai lu ce roman (péniblement) jusqu'aux trois quarts....et j'ai écrémé la fin... un concentré d'âneries... Surprised

L'histoire : deux jeunes bobos parisiens,  (dont une fonctionnaire aux impôts..ça ne s'invente pas) décident de tenter la grande aventure : faire le tour du monde en bateau (sans aucune expérience de navigation préalable) . Après des escales toutes plus sympathiques les unes que les autres, ils décident de s'arrêter pour quelques jours dans une réserve marine, quelque part du côté d'Ushuaïa....

Sans prendre la peine de consulter la météo (qui est pourtant la meilleure amie des navigateurs on sait tous ça, sauf eux apparemment) Louise et Ludovic nos deux protagonistes partent à l'aventure dans l'île..explorer d'anciens glaciers....Louise est une spécialiste de l'escalade malgré tout....

Bref, soudain la météo se dégrade, un cyclone ou genre se déclenche, le temps de revenir (plusieurs heures) plus de bateau !

Coup de chance, ils sont ancrés dans une baie où une ancienne pêcherie aux phoques s'était implantée, donc du matos et des bâtiments où se réfugier...mais rien à manger...voici donc nos deux bobos qui ont sans doute mangé des steaks en barquette toute leur vie qui se transforment en bouchers acharnés et à coups de barre de fer vont quasiment anéantir toute une colonie de manchots (on ne leur a pas appris à préserver les ressources visiblement) ils n'ont pas non plus tenté une seule fois de pêcher (doivent être allergiques au poisson)....

Bref, les vivres se faisant rares...Louise décide de partir seule en douce à la recherche de la base scientifique qui doit sûrement se trouver sur l'île en abandonnant Ludovic à son sort...Bingo ! Elle y parvient et va y rester un mois environ à puiser dans les réserves...ah les pâtes..ah le riz, trop bon  Smile   (Ventre affamé n'a décidément pas d'oreille ..ou de coeur...?? ) Malgré tout, un remords la réveille et elle repart chercher son compagnon...manque de bol lorsqu'elle arrive enfin..il expire !

Evidemment, elle retourne à la civilisation peu après ..j'ai lu entre les lignes...trop nul ce bouquin !  Mais j'ai bien rigolé quand même....

N'est pas Daniel Defoe qui veut.....je trouve qu'elle aurait dû choisir des Robinson vegan ou vegé...ça aurait eu plus d'originalité... Tag nature sur Des Choses à lire 1390083676


Mots-clés : #nature #solitude
par simla
le Mer 26 Aoû - 1:39
 
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Sujet: Isabelle Autissier
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Richard Brautigan

Le général sudiste de Big Sur

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Le premier roman de Richard Brautigan commence par une évocation de la guerre de Sécession, avec notamment la bataille de Wilderness (dont Lance Weller fut le chantre), et des Indiens Digger de Big Sur, évoqués par nombre d’auteurs du Nature writing :
« On dit que ces Indiens ne portaient pas de vêtements. Ils n’avaient ni feu, ni abri, ni culture. Ils ne faisaient rien pousser. Ils ne chassaient pas et ne péchaient pas. Ils n’enterraient pas leurs morts et ne donnaient pas naissance à leurs enfants. Ils vivaient de racines et de bernicles, et restaient agréablement assis sous la pluie. »

Jesse, le narrateur, et son pote, Lee Mellon, y squattent des cabanes sommaires :
« Ce matin j’ai vu un coyote dans les sauges juste au bord de l’océan – l’arrêt suivant c’est la Chine. Le coyote faisait comme s’il avait été au Nouveau-Mexique ou dans le Wyoming, sauf qu’en dessous, il y avait des baleines qui passaient. C’est ça ce pays. Viens à Big Sur que ton âme trouve un peu de place pour sortir de sa moelle. »

Ils incarnent une époque ultérieure :
« "À seize ans, je me glissais aux cours de l’université de Chicago, et j’ai vécu avec deux étudiantes noires extrêmement cultivées", dit Lee Mellon. "Nous couchions tous les trois dans le même lit. C’est ce qui m’a aidé à perdre mon accent du Sud." »

Globalement, c’est la déglingue, et la culture hippie vécue ; on y croise Henry Miller ; personnellement, j’ai aussi aperçu le fantôme Jack Kerouac…
« Étrange successeur de Vasco Nunez de Balboa, Lee Mellon cherchait des mégots au bord du monde occidental, et tout le long du chemin jusque chez nous, trouvant ici et là un exilé du royaume du tabac. »

Il y a peu d’action au début…
« Huit heures plus tard, j’étais assis avec une fille dans un petit bar de Monterey. Elle avait un verre de vin rouge devant elle, et moi un martini. C’est ainsi parfois. Impossible de prédire l’avenir et de comprendre le passé. Lee Mellon, fin soûl, avait fini par rouler par terre. J’avais lavé au jet le vomi dont il était couvert, et je l’avais recouvert d’un grand morceau de carton pour que la police ne le trouve pas. »

C’est aussi et surtout le souffle de la jeunesse, une sorte d’innocence, sa fraîcheur, une grâce difficile à expliciter (un côté Salinger ?), de l'humour et de la poésie.
Voici un petit chapitre in extenso :
«
HAIKAI DE L’ALLIGATOR DANS LE DESERT

Il pleuvait maintenant très fort, le vent hurlait comme l’armée sudiste à travers le trou dans le mur de la cuisine. Le désert – des milliers de soldats occupaient le pays – le désert !
Elizabeth et Lee Mellon étaient partis dans une autre cabane. Ils avaient quelque chose à régler. Nous sommes restés seuls, Élaine et moi, avec les alligators.
*
6 mai 1864. Un lieutenant est tombé, mortellement blessé. S’enfonçant de travers dans la mémoire, un marbre classique commença à pousser sur ses empreintes digitales. Comme il reposait là sublime aux yeux de l’histoire, une autre balle frappa son corps, et le fit tressaillir comme une ombre dans un film. Peut-être Birth of a Nation. »

Puis c’est un délire psychédélique complet dès que la marijuana entre en jeu.
« Maintenant, j’étais vraiment parti. De petites vacances à l’abri du bon sens. Pendant que Lee Mellon s’occupait de la marijuana, je planais de plus en plus. »

« Elle m’a ôté mon slip. J’avais dû le mettre en me réveillant, mais je ne m’en souvenais plus. Ce n’était guère important mais j’en fus surpris. On ne devrait pas être surpris par des choses comme ça. »


Mots-clés : #jeunesse #lieu #nature #xxesiecle
par Tristram
le Dim 28 Juin - 0:29
 
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Sujet: Richard Brautigan
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Lance Weller

Les marches de l'Amérique

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1815, année de l’éruption du Tambora (qui provoqua "l’année sans été") et de la naissance de Tom Hawkins, beau migraineux taciturne et « tueur d’hommes » (mais en fait il ne tuera que porté par les circonstances, il ne sera jamais un brigand). Puis son enfance, sa rencontre avec Pigsmeat Spence son voisin sur une terre ingrate (grand et laid par contraste), enfin leur vie ensemble sur les routes, ou plutôt dans les immensités de l’Ouest et du Sud.
Puis leur voyage de conserve avec Flora, la belle et rebelle esclave (surtout sexuelle ; sa peau est si claire qu’au premier abord les gens ne s’avisent pas qu’elle a du sang noir, et donc est une esclave), vendue, violée, prostituée.
« Cette première nuit, il lui prit tout ce qu’elle avait à donner ; tout ce qu’elle ignorait même qu’elle possédait, jusqu’au moment où il le lui prit. Tout ce qui pour elle signifiait être une enfant lui fut pris sur ces draps frais. »

Les rares paroles de Tom sont volontiers oraculaires et sentencieuses :
« Tom haussa les épaules et dit que, d’après l’expérience qu’il en avait, dans la vie tout n’était pas aussi tranché que cela. Selon lui, les dénouements étaient des choses rares et, sauf si on comptait les morts naturelles et les meurtres, il n’y avait pas de vraies fins comme dans les livres. Il la regarda, puis détourna les yeux.
‒ J’en ai fait l’expérience, dit-il doucement, les choses ont une façon bien à elles de ne pas aboutir. (Il s’éclaircit la gorge.) On m’a dit un jour que les histoires des gens leur appartenaient en propre. Que c’étaient comme des possessions qu’on ne pouvait pas leur enlever, et que personne ne pouvait s’amener tout simplement, une fois que c’était passé, et démêler le récit de quelqu’un d’autre de manière à lui donner un sens convenable. »

Tom fait une rencontre marquante avec le vieux Gaspar :
« Maintenant me voilà plus vieux que j’aurais jamais cru en avoir le droit et, tout comme toi, à chaque pas que je fais je deviens encore un peu plus vieux et plus éloigné de ce que j’étais. C’est sûrement pour ça que j’aime tant rester assis au bord d’une rivière. Je m’installe et puis je les regarde faire tout le boulot. (Il haussa les épaules et se désigna d’un geste.) Mais je vais te dire une chose. Que je sois pendu si je sais comment c’est arrivé. J’ai laissé quelque chose m’échapper, quelque part, et je me sens tellement fini que je ne sais même plus quoi faire de ma carcasse. Je suis devenu un vieillard si désagréable que j’ai du mal à le supporter. »

« Une fois que tu auras traversé et que tu seras là-bas, dans ces territoires sauvages au-delà de la frontière, rien n’aura plus de sens, sauf celui que tu donneras toi-même aux choses. Il n’y a plus aucune mesure, tout est trop vaste, le pays lui-même te tuera si tu n’y prends pas garde. L’herbe, les pierres, le temps, sans parler des hommes que tu rencontreras au milieu de tout cela. »

« À mon avis, ce qu’il te reste à faire maintenant, c’est trouver une façon de vivre avec ce que tu as fait. Mets de côté la question du bien et du mal. Maintenant, c’est fait. Alors ce que tu dois faire en attendant, c’est trouver une façon de tenir toute une journée, puis celle d’après, puis toutes celles qui vont suivre parce que, aussi sûr que je suis assis là avec mes douleurs, tu vas devoir tuer à nouveau. »

Ce roman d’aventures à fond historique est publié dans la collection "NATURE WRITING" chez Gallmeister, ce qui me paraît abusif ; il s’y trouve cependant de belles descriptions, notamment de la prairie et surtout de son ciel :
« Il qualifia de violette la couleur du ciel [nocturne] et lui affirma qu’il n’avait pas connaissance d’un autre endroit où une telle couleur était donnée à l’obscurité.
Il s’efforçait de décrire pour elle comment la lumière d’un soir d’été se recourbait à ses extrémités, à l’horizon des étendues les plus lointaines que l’on pouvait espérer voir, et comment elle se repliait sur elle-même, imprégnée de toutes les teintes imaginables. Des bleus si bleus qu’il était quasiment impossible de les concevoir comme étant une autre couleur. Et des ors, des rouges et des oranges si exotiques, si étranges qu’ils passaient certainement par le filtre d’un air parfumé. Des éclairs de vert provenant de la lisière du monde tandis que le soleil glissait doucement. »

Le propos de cet ouvrage, c’est finalement le destin des jeunes États-Unis :
« D’après son expérience, poursuivit-il, l’Amérique ne savait pas encore ce qu’elle était, elle ne savait pas quoi faire, ni dans quelle direction aller. Elle était encore jeune, elle se cherchait encore, mais la promesse qu’elle recelait avait d’autres ambitions qu’emprunter une voie comme celle de Kirker. Il dit que c’était en tout cas ce qu’il espérait parce que la voie suivie par Kirker était celle d’une bête sauvage et non celle d’un homme. »

Et bien sûr, toujours, la violence de l’espèce :
« ‒ La guerre va là où vont les hommes, dit-il. Et les hommes vont partout. »

La narration fait la navette entre passé, présent et même futur, d’une façon assez fine pour ajouter au plaisir de lecture sans dérouter le lecteur.

Mots-clés : #criminalite #guerre #historique #nature #voyage
par Tristram
le Lun 22 Juin - 13:27
 
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Sujet: Lance Weller
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A.B. Guthrie

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La captive aux yeux clairs

Le titre est davantage connu pour l'adaptation cinématographique d'Howard Hawks, mais ce roman d'A.B. Guthrie (le premier d'une série) mérite largement la découverte.
Le récit, se déroulant au milieux du XIXème siècle est centré autour de la rencontre entre Boone Caudill, qui recherche l'aventure après avoir fui un père violent, et Jim Deakins. Leur amitié les conduit à s'engager dans une expédition de trappeurs à travers le Haut-Missouri, et à rencontrer une jeune Indienne Blackfeet, Teal Eye, qui fait partie du groupe. Mais si le film de Hawks marque par sa sérénité et son évocation de la nature, le scénario ne reprend qu'un morceau du roman qui dans son ensemble révèle une tonalité à la fois élégiaque et tragique.

La captive aux yeux clairs révèle le courage et la complexité de la personnalité de pionniers, et leur admiration pour l'immensité et la beauté des paysages rencontrés. Il y a une recherche d'apaisement, de compréhension dans les relations entre trappeurs et Indiens et une inquiétude face aux conséquences de la ruée vers l'Ouest, susceptible de provoquer la destruction d'une tentative d'harmonie et d'un équilibre. Un regard à la fois plein de reconnaissance et de tristesse.


Mots-clés : #amérindiens #aventure #nature
par Avadoro
le Sam 23 Mai - 0:09
 
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Sujet: A.B. Guthrie
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Matteo Righetto

Ouvre les yeux

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Difficile de bien parler de ce roman pour vous donner, peut-être, envie de le lire sans trop raconter le thème du récit pour vous laisser avancer doucement au fil des pages !

Luigi et Francesca se sont connus alors qu'ils étaient étudiants. Se retrouvant quelques années plus tard, ils se sont aimés, mariés ont eu un fils... Et puis, chacun s'est éloigné de l'autre. Ils se sont séparés et ont recommencé une autre vie, avec d'autres personnes auprès d'eux.
Quand le livre commence, Luigi et Francesca se parlent au téléphone pour finaliser les détails d'une randonnée en montagne, dans les Dolomites, qu'ils sont sur le point de partager. Une randonnée comme une réminiscence, comme un engagement à tenir...

Le récit alterne le présent et le passé : leur passé commun. C'est en fait le type du récit lui-même qui est captivant : tout en délicatesse, tout en simplicité, le plus souvent à la seconde personne du singulier, quand un "nous" vient de temps en temps nous y faire pénétrer, comme pour attirer notre attention ou plutôt pour redire les liens qui ont existé entre les deux parents.

L'Italie habite chaque page, chaque paysage traversé.
La randonnée s'avère plus périlleuse qu'il n'y paraissait, à cause de la nature, à cause de leurs sentiments. Et si elle n'était finalement que le miroir de cette existence partagée et quittée ?


Mots-clés : {#}amour{/#} {#}lieu{/#} {#}nature{/#}
par Invité
le Sam 9 Mai - 21:29
 
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Sujet: Matteo Righetto
Réponses: 7
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Peter Matthiessen

Urubamba

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Journal de voyage au départ de New York, qui commence par une croisière en cargo dans la mer des Sargasses puis celle des Antilles (escale dans presque toutes les îles au vent) vers l’Amazone et sa remontée jusqu’au Pérou.
Fin 1959, Haïti était déjà désastreuse :
« Mais dans les environs de la ville, au sein de cette luxuriante végétation tropicale où se mêlent palmiers et caféiers, hibiscus, poinsettias et flamboyants, les seuls oiseaux que nous ayons vus au cours d’une journée entière de tourisme furent ceux qui étaient suspendus au canon d’une carabine de petit calibre que portait sur son épaule un jeune garçon dépenaillé, et notamment des pièces de gibier telles que des piverts et des faucons. La pauvreté de Port-au-Prince est terrifiante et peut fort bien expliquer l’étonnante rareté de la vie animale. »

Cette relation vaut particulièrement pour l’œil du naturaliste, surtout ornithologue ; c’est aussi une leçon de géographie, car suit un aperçu des allers et retours de Matthiessen en Amérique du Sud (principalement en « avionnette »), de Terre de Feu au Brésil, mais surtout dans la cordillère des Andes, l’altiplano et la puna.
C’est l’occasion de parler des Amérindiens, Quichua ou autres.
« …] selon Black and Gold, publication des missionnaires protestants, la commission bolivienne de colonisation, chargée du développement des territoires intérieurs, tenterait actuellement d’éliminer la tribu. »

« Quant à son travail, Austel reconnaît avec tristesse que la rencontre d’une tribu primitive avec des missionnaires, même lorsqu’elle se passe bien – grâce à la vigilance, à la générosité et au dévouement des religieux, dont la tribu tire profit au début – se solde le plus souvent par son extinction à cause de l’exploitation qui s’ensuit, à laquelle s’ajoutent le métissage, l’alcoolisme et les maladies, phénomènes liés non pas à la venue de la Parole de Dieu, mais à la civilisation. »

« En Amérique du Sud, à quelques exceptions près, la tribu qui permet à l’homme blanc d’entrer en contact permanent avec elle, selon les modalités de celui-ci, n’a plus guère qu’un demi-siècle d’existence devant elle. »

La seconde partie du récit, et à vrai dire la principale, relate plus précisément la descente de l’Urubamba, une rivière péruvienne, de Cuzco en passant par Machu Picchu, puis en contrebas dans la forêt. Cet épisode justifie le titre en français ; pour le coup, le titre original, The Cloud Forest, A Chronicle of the South American Wilderness, est curieusement peu justifiable : la "forêt de nuage", ou forêt de montagne tropicale humide, qui baigne dans une brume permanente, n’est pas l’objet de ce livre.
Le point d’orgue de la descente de l’Urubamba est constitué par le franchissement d’un pongo sur un radeau de balsa avec des Indiens :
« Le mot pongo désigne une gorge ou un ravin de montagne creusé par un cours d’eau. »

Plus précisément, Philippe Descola, dans Les lances du crépuscule, Relations Jivaros, Haute-Amazonie, explique qu’un pongo (corruption de punku, porte en Aymara) est un type de canyon, défilé ou gorge étroite le long des rivières péruviennes, et/ou une fosse profonde animée de tourbillons située dans un rétrécissement du lit d’une rivière traversant un défilé.
La péripétie constitue un beau morceau de bravoure qu’apprécieront les amateurs de rafting…
Plus anecdotique, Matthiessen trouve ensuite une « mandíbula géante » fossile et teste « l’ayahuasca, ce qui en quichua veut dire "vigne de l’homme mort", ou soga de muerte, en espagnol "vigne de mort". » :
« …] la drogue que l’écrivain américain William Burroughs et les autres usagers appellent "yage". (À Lima j’ai longuement expliqué les effets de l’ayahuasca à Allen Ginsberg, le poète de la Beat Generation qui, par la suite, se rendit à Pucallpa et y vit l’"excellent fossile monstrueux". De l’ayahuasca il m’écrivit avec ferveur : "Ce n’est pas étonnant qu’on l’appelle soga de muerte.") »


Mots-clés : #amérindiens #aventure #nature
par Tristram
le Lun 27 Avr - 14:25
 
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Sujet: Peter Matthiessen
Réponses: 28
Vues: 1561

Valentin Pajetnov

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L’ours est mon maître

Beau livre autobiographique pour un parcours étonnant. L'histoire d'un gamin né juste avant la guerre, très tôt fasciné par la nature, le fleuve, la forêt, il n'hésite pas à faire l'école buissonnière et à faire faux bond quelques jours à sa famille pour s'essayer à la vie sauvage. Régulièrement même. La pêche, les oiseaux, la chasse... il semble toujours un peu dans cet univers qui lui tend les bras. Même le service militaire puis le travail n'arriveront pas à le faire décrocher. Elle est pourtant rude cette vie qu'il nous décrit, pas sans accident, parfois sanglante mais c'est la vie qui le fait vivre. Trappeur un temps il reprendra des études pour à terme réintroduire des ours dans une réserve.

Le fleuve, la taïga, la forêt, la neige, la glace ou encore les moissons, le patrimoine vivant qu'il décrit est puissant, son expérience est intense on dirait qu'il vient de vivre toutes ces aventures, ces apprentissages. De belles et nombreuses pages pour le lecture qui a là de quoi frémir et s'émerveiller. La nature dans toute sa démesure, ses simplicités et ses impératifs. Une nature nourricière du corps et de l'âme, révérée mais pas forcément idéalisée. Si le titre russe fait (ou devait) faire écho à Thoreau, ce qu'a écrit ce constructeurs aguerri d'isbas dans des coins perdus est bien différent. Il découvre, se questionne et vit sa place d'homme dans la nature. Il a beaucoup chassé et tué aussi des bêtes sauvages, les a pistées à chercher à comprendre leurs comportements (plusieurs restitutions comme si on y était). Pourtant pas d'antagonisme durable même dans les situations difficiles. Tout comme avec ses semblables d'ailleurs avec lesquels il est plus prompt à rappeler les bons côtés que les travers.

C'est passionnant ce témoignage d'homme des bois "moderne" pour ce que ça dit de la nature, de la Russie, de notre monde. C'est passionnant et il est un conteur habile qui a aussi rêvé dans les livres. Une très belle découverte qui habitait mes étagères depuis quelques années...  

Et puis l'ours en plus, un roi de la forêt à la fois craint et déchu, comme pour les autres animaux approchés d'ailleurs la vision qu'il arrive à en faire passer est à la fois en miroir de l'homme donc accessible et très caractérisée.

Super bouquin et gros coup de cœur.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #ecologie #enfance #nature
par animal
le Sam 18 Avr - 20:35
 
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Sujet: Valentin Pajetnov
Réponses: 7
Vues: 681

Francis Jammes

Le poète Rustique

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Roman autobiographique, suivi de L'almanach du poète Rustique; 145 pages environ pour "Le poète..." et 130 environ pour "L'almanach...". Paru en 1920.

39 chapitres (!) pour 145 pages, guère plus fournies que cela de surcroît, c'est donc un ouvrage très aéré, commode à poser et à reprendre.
Le style, le contenu approchent celui de saynètes centrées sur la vie familiale et campagnarde et le voisinage.
Il y est fait une large place à l'autobiographie, puisque ledit poète rustique, c'est bien sûr Francis Jammes:

Chapitre V a écrit:
    Comme Mlle Portapla s'en retourne chez elle, un peu formalisée par l'attitude de M. Dorothée, qu'elle juge silencieux et trop différent en cela du docteur Sébillot, elle croise le poète Rustique. C'est ainsi que ses concitoyens ont baptisé ce quinquagénaire dont les vrais nom et prénom m'échappent. Mlle Portapla répond par un pli de sa lèvre acide au salut qu'il lui adresse. Il revient de la chasse. Il est assez trapu. Sa face est d'un faune, dont la barbe emmêlée retient, au passage des haies, telle qu'une toile d'araignée, des brindilles de feuilles et des pétales. Il est coiffé d'un béret, vêtu d'un costume marron, chaussé de souliers et de guêtres crottés. Le chien qui le précède est beau.


En fait de famille du poète, et c'est un rien frustrant, nous avons surtout droit à l'un des sept enfants, Petit-Paul, en plus du poète Rustique. Mme Rustique et les six autres enfants sont cantonnés dans l'ombre (est-ce par pudeur ?).

Il y a pas mal de légèreté, assez peu de signifiant.
Certes, on recense quelques piques, mais à traits retenus, en direction de la bien-pensance et des mentalités étriquées qui tissent la basse-bourgeoisie, ou la bourgeoisie tout court, d'une petite ville d'alors.    
On trouve aussi une dénonciation de la misère, peinte avec une délicatesse qui sonne sincère.
Mais l'ensemble respire surtout une sorte de joie, de plénitude fort sympathique. Et légère, ce qui peut faire recaler l'ouvrage pour vacuité.

Jammes n'en est pas dupe, et se fend de cet épatant avertissement à l'entame du chapitre XXX, ça a eu pour effet de me faire illico hausser les sourcils et écarquiller grand les yeux, bouche bée, ravi:
 
Chapitre XXX a écrit:
Ainsi la vie est faite de hauts et de bas, de grave et de comique, et d'insignifiance aussi, et c'est une erreur, quand on écrit une histoire, de vouloir à toute force que sa trame présente ce je ne sais quoi d'artificiel et d'ennuyeux qu'on appelle "l'intérêt".



L'almanach du Poète est assez croquignolet, plaisant, on le sent très personnel, mais il n'en reste pas moins que l'auteur est très au fait de la vie rurale et des petites ou grandes choses qui font que chaque mois s'y distingue. On conviendra sans peine que Jammes n'est pas un campagnard du dimanche !

Une bonne dose d'humour, quelques déductions que l'on peut juger extravagantes, mais en tous cas fort subjectives, cela se lit avec un petit sourire bonhomme en coin.


 
Spoiler:
J'ai ce livre dans l'édition originale 1920 du Mercure de France, exemplaire numéroté 7387, obtenu pour un euro ou un euro cinquante, je ne me souviens plus; seul le quart des pages avait été tranché, les autres sont passées par mon coupe-papier. Il faut chiner, et les auteurs passés de mode -à supposer qu'il aient jamais été à la mode- vous réservent parfois ce genre de petite émotion !


Repiqué d'un message sur Parfum, 12 mars 2014.


Mots-clés : #lieu #nature #ruralité #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:34
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 825

Sylvain Tesson

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La panthère des neiges

Originale : Français, 2019

"Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J'y retourne cet hiver, je t'emmène. Qui est-ce ? La panthère des neiges. Une ombre magique ! Je pensais qu'elle avait disparu, dis-je. C'est ce qu'elle fait croire".

REMARQUES :
Tesson se laisse invité et emporté par le célébre photographe animalier et ami Vincent Munier (né en 1976). Le livre commence avec un avant-goût ici en Europe : l’observation nocturne de blaireaux, sortant de leur tanière, et l’immobilité exigé pour ne point faire fuir les animaux. Cela par contre devrait être une nouvelle expérience pour Tesson, vadrouilleur et mobile comme tout. Et à partir de là, l’invitation de joindre Munier dans une expédition dans le Tibet sur les traces de la panthère des neiges.

Là, nous les suivons d’un camp à un autre, d’où ils partent en observation prolongée et immobile des alentours. Cette attitude de l’attente, de la quiétude absolue, Tesson le nommera « l’affût ». Et ce seront à mon avis les passages les plus parlants et les plus beaux du texte. Bien sûr il y aura d’autres observations animaliers et naturelles qui rendent le tout bien intéressant. A plusieurs reprises Tesson cite d’autres auteurs, soit des poètes, philosophes etc. A mon avis le livre de Matthiessen sur le Léopard de neiges a probablement jouer un rôle plus important qu’il n’ose avouer…

Bien. Mais quel dommâge que ces beaux sujets ne se suivent pas en toute tranquillité. Tesson n’a pas changé trop ?! Il doit dire ses bêtises, ses commentaires non neccessaires qui gâtent le plaisir. Le mien au moins. Dômmage, dômmage… Il peut pas échapper à lui-même. Je ne pense pas qu’après trois tentatives je vais lui donner une autre chance.


Mots-clés : #nature
par tom léo
le Jeu 20 Fév - 17:29
 
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Sujet: Sylvain Tesson
Réponses: 135
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