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Fabio Andina

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Message par topocl Dim 2 Jan - 14:43

Fabio Andina
Né en 1972


Fabio Andina Exter112


Fabio Andina est né à Lugano. Il a étudié le cinéma à San Francisco. Il partage sa vie entre Madonna del Piano et Leontica, dans les Alpes tessinoises.

Jours à Leontica, roman, 2021 Editions Zoé(2018 : La pozza del Felice)

Source Zoé éditeur.

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Message par bix_229 Dim 2 Jan - 14:58

Sur mes listes. En plus, il est italien ! Fabio Andina 3933839410
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Message par topocl Lun 3 Jan - 9:32

Il écrit en italien, mais je crois bien qu'il est suisse.

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Message par topocl Lun 3 Jan - 11:12

Jours à Leontica
Fabio Andina 51mjqi10

Leontica, c’est un village des Alpes Suisses, beauté et rudesse de la nature mêlées. Tout le monde se connaît, les petits et gros défauts, les histoires comiques ou tragiques, les bavards et les taciturnes.
Le personnage principal est Felice, nonante ans, qui se baigne tous les matins nu comme un vers dans une gouise glacée, court sans cesse à droite ou à gauche, à pied ou dans une vieille Suzuki, croit au respect mutuel et cache, peut-être, un secret qui alimente les ragots. Mais tout le village est là aussi, qui échange des repas, de petits dons, des bonjours et des silences.

Très belle histoire de vie humbles et reculées, racontée pas à pas, obstinément, comme vivent ses personnages, avec une réelle empathie pour ceux-ci comme pour le paysage.

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Message par Bédoulène Lun 3 Jan - 16:42

déjà dans ma PAL, merci topocl !

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Message par Tristram Jeu 1 Fév - 11:30

Jours à Leontica

Fabio Andina 51mjqi10

« Nous avions parlé un moment puis je lui avais demandé s’il serait d’accord que je le suive dans ses journées. Histoire de vivre un peu comme lui. »
Le narrateur accompagne donc le Felice, ancien maçon de « nonante ans », à la « gouille » (point d’eau) où il se baigne chaque petit matin (on est fin novembre, à mille quatre cents mètres d’altitude).
« Le plus souvent, Felice ne marche pas pour se déplacer mais pour passer le temps. »

« Le Felice n’a pas la télévision, ni la radio, ou le téléphone. Il n’a même pas de boîte aux lettres. Le peu de courrier qu’il reçoit, la factrice Alfonsa le lui remet en mains propres, ou alors elle le laisse sur le banc avec une pierre par-dessus, et s’il pleut elle le pose sur la table de la cuisine, de toute façon la porte est toujours ouverte. »

« C’était nous, les enfants, qui allions dans les bois les ramasser avec nos paniers, parce qu’à l’époque c’était ou patates ou châtaignes, ou châtaignes ou patates, si tu veux savoir. Ou grillées ou cuites. Ou cuites ou grillées, les châtaignes. C’était soit l’un soit l’autre. C’était pas comme les patates, qu’elle savait préparer de mille et une façons, alors on pouvait pas dire qu’on mangeait tout le temps la même chose. Non, on mangeait des gnocchis, de la purée, des patates cuites au four avec du romarin ou dans les braises. On mangeait la soupe de patates, les patates avec des oignons, ou juste cuites à l’eau avec un peu de sel, et j’en passe. »
À Leontica, village des Alpes tessinoises avec ses baite (chalets) couvertes de piole (lauzes, pierres plates), il y a aussi le Floro dit le Ramoneur, le Sosto et le Brenno, la Vittorina, la Sabina, la Candida, la Muette, le Pep, l’Emilio…
« À ses bestioles il donne un fourrage fait d’herbes triées sur le volet qu’il ramasse en se promenant à travers champs. Un jour je lui avais apporté un plein sac d’herbe de mon jardin, mais il m’avait dit que ses lapins n’y toucheraient pas, parce que je l’avais coupée à la débroussailleuse et qu’ils le sentent quand ça pue les gaz d’échappement. »
Et les chiens, les chats, et la nature.
« Des lames de lumière froide percent la pinède. Les rayons obliques illuminent les plumes bleues des ailes de deux geais qui se pourchassent en jasant entre les sapins. Hors de la pinède, au bord de l’étroit chemin de terre, sur le tronçon qui relie les deux ponts, un écureuil fourrage dans les taillis. Il nous aperçoit, bondit sur un grand tronc et disparaît dans une cavité, une châtaigne entre les dents. Ses dernières provisions avant l’hiver. »

« L’Adula, avec son glacier en lutte contre le réchauffement climatique, contraint jour après jour de laisser dévaler des pans entiers de notre histoire. Ses souvenirs toujours plus étriqués, comme un vieillard devenant sénile. »
Il y a aussi quelques points mystérieux : le Felice semble lire les pensées, à été en Russie, prépare l’arrivée de quelqu’un.
« Puis j’entends encore ses mots, ses histoires, celle de sa mère qui cuisinait des gnocchis le dimanche, celle de la gouille en Russie et de la vache tuée pendant son service militaire et que le monde est rempli de crétins qui se font plumer comme des pigeons, que le monde est aux mains des plus grands margoulins de cette terre. Et au fait qu’il ne croyait qu’au respect réciproque et rien d’autre. »
Sorte de chronique testimoniale, à valeur quasiment historique voire ethnologique (avec notamment le recours judicieux au vocabulaire local), sur un terroir, et une personne sensible à son environnement. La paisible routine du hameau, élevage de la volaille à la vache, potager, troc, entraide (et pourtant indépendance respectée), une certaine sobriété (mais pas toujours en ce qui concerne l’alcool et le tabac), une qualité de silence, de lenteur (pas toujours non plus), et beaucoup de routine, parties de scopa au bar et l’essentielle Sarina (fourneau à bois). Une communauté avec aussi ses drames, dans un passé prégnant.
Merci @Topocl, j'ai aimé !

\Mots-clés : #amitié #lieu #nature #nostalgie #ruralité #solidarite #vieillesse #viequotidienne

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Message par Bédoulène Jeu 1 Fév - 20:07

merci Tristram, tu as fait remonter ce fil donc je re-note !

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Message par topocl Ven 2 Fév - 8:36

Tristram a écrit:Merci @Topocl, j'ai aimé !

cheers Ca fait plaisir !

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Message par Avadoro Ven 2 Fév - 23:50

Merci à vous pour ces commentaires, je suis sensible aux ouvrages évoquant un attachement aux lieux et aux paysages.
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Message par Bédoulène Lun 19 Fév - 14:40

Fabio Andina Leonti10

Parce que j'aime bien situer les lieux : "En 1803, par l'Acte de Médiation, il faisait du Tessin un canton suisse à part entière, donnant à la Confédération un territoire culturellement latin qui allait l'obliger à abriter en son sein une troisième identité, à la fois helvétique et italienne."
Donc les habitants de Léontica ont des prénoms à consonnance italienne et leurs paroles aussi (un dialecte du Tessin ?

Le narrateur, dont nous ne connaîtrons pas le prénom d'ailleurs, vit depuis quelques années après un chômage, dans la "baita" que ses parents avaient achetée comme maison de vacances. Ce narrateur quarantenaire demande à l'un des vieux du village, Le Felice de vivre comme lui, de l'accompagner. Qu'à cela ne tienne, Le Felice (nonante) se présente le matin à 5 h 15 devant la porte de la baita du narrateur, sous la pluie, pieds nus.

Fabio Andina Baita_11


"Le grondement du Gurundin à droite nous accompagne, et ma perception des formes et des distances se précise pas à pas. Les nuages sont en train de se lever et les silhouettes sombres des montagnes commencent à se détacher du ciel, qui s’éclaircit timidement.
Après un silence interminable, le Felice dit bòn et s’arrête, je m’arrête à mon tour, reprends mon souffle, et là je la vois.
Une tache couleur de plomb entre les roches noires.
La gouille.
Il se déshabille. Sa peau, qui contraste avec le noir qui nous enveloppe, semble resplendir. Il ne porte pas de slip. Il accroche son short et sa chemise à une branche de sapin tout près et, sans y réfléchir à deux fois, s’immerge tout entier dans la gouille, nu comme un ver, exactement comme le disait la rumeur. Je reste immobile et retiens ma respiration, de peur que le moindre de mes gestes m’arrache à ce moment.
Il est sous l’eau et ne laisse dépasser que son nez. De la vapeur s’en échappe. Je me décale sous le sapin pour me protéger de la pluie, même si à ce stade je suis déjà presque trempé jusqu’aux os. Et là j’attends. Je sens mes épaules se frigorifier et commence à être secoué de frissons. Je frappe mes bras contre mes flancs, me frotte les mains, bats des pieds. J’attends.
Il se redresse, sort de la gouille, retourne s’abriter sous son parapluie et s’installe sur un rocher, d’où il regarde immobile les petits points blancs des lampadaires de la vallée. Il me tourne le dos. Je contemple alors la gouille d’encre. Je me demande comment je fais pour toujours me retrouver dans des situations pareilles, j’ai froid, il pleut, il fait nuit noire. Mais c’est moi qui l’ai cherché. Je me déshabille, me jette à l’eau dans un semblant de plongeon, je hurle aussi quelque chose mais ne sais pas quoi et m’écorche au passage les genoux sur les cailloux du fond."


Et tous les jours tous deux monterons dans la forêt jusqu'à la gouille où Le Felice a l'habitude, par tous temps, de se baigner, nu. Le narrateur avait bien entendu une rumeur à ce sujet, mais certains disaient que c'était faux.
Donc le narrateur se baigne aussi dans la gouille glacée. Puis ce sera déjeuner, dîner, visite à l'un ou l'autre pour des échanges du troc entre les habitants (fruits, légumes, fromages.... voire massage)

Ainsi les jours s'écoulent, promenades, bains, déjeuners, dîners, frugaux, végétariens pour Le Felice. Des rencontres dans les bars ou restaurants du coin, les petits soucis des uns et des autres, entraide, le narrateur aussi participe.

Une simple lettre arrivant de l'étranger, pour Le Felice interroge la curiosité du village, seul l'Emilio ami d'enfance du Felice est au courant du contenu. Et parfois parmi les joueurs de scopa fusent des regards accusateurs.

Ainsi occupent l'ambiance du village, vrombissement de quelques véhicules, la vieille suzuki du Felice, le camion du Sosto, le producteur de lait, la moto du Kevin...Braiement du mulet, aboiements des chiens. Et comme souvent dans un village de montagne il y a Le Brenno, le braconnier.

Paolina est enceinte et de fait c'est tout le village qui attend la venue de l'enfant. Quand le mulet de la Vittorina s'enfuit c'est tout le village qui le cherche.

"Attends, attends. Il est parti de quel côté le mulet ? demande le Felice.
Va savoir, répond la Natalina. Tout à l’heure, il était là-bas derrière, dans mon jardin, il a mangé presque tous mes choux, puis la Beta l’a approché en aboyant, et elle a failli se prendre un coup, comme le Bobi.
Après, le Brenno est arrivé, continue le Richetto, il a tiré en l’air et l’a fait s’enfuir derrière l’église.
Toutes les têtes se tournent vers l’église quand apparaît l’homme qui a fait du braconnage sa religion et qui ne se promène jamais sans son fusil en bandoulière. Égrenant un chapelet interminable d’injures, le Brenno se fraye un chemin parmi les gens et se met à côté de la Vittorina, qui lui arrive à vingt centimètres au-dessus du nombril. Bon sang, Vittorina, s’égosillet-il, cette fois je vais lui faire son compte à cette sale bête. Vittorina, je le tue, ton mulet, si on ne peut plus l’arrêter.
La Vittorina fait le signe de la croix et reste plantée là, comme un pinson empaillé.
Mais qu’est-ce que tu dis, Braconnier, intervient la Candida. Tu ne vas quand même pas tirer sur cette pauvre bête, c’est qu’un mulet…
Le Brenno, qui tire une grande bouffée de cigarette, n’a pas le temps de répondre, d’autant qu’un braiement furieux retentit tout à coup et que le mulet surgit, menaçant, de derrière le mur du cimetière, et se précipite sur nous en hennissant, en s’ébrouant et en battant le goudron de ses sabots durs, poursuivi par des enfants qui brandissent des bâtons et hurlent à tue-tête des obscénités. La foule, effrayée, se pousse pour laisser passer l’animal, aussi farouche qu’un cerf blessé. Mais le Brenno reste droit dans ses bottes, impassible et froid, et sans se poser de question, il dégaine son fusil et vise. La Vittorina et la Natalina poussent un cri, heureusement le Felice lève la main et abaisse le fusil juste à temps. Le coup part, mais va rebondir sur le goudron avant de finir dans le container à ordures à droite du mulet.
Le vacarme de la détonation et du container vide, qui résonne comme un gong, surprend l’animal qui, comme par enchantement, se fige. Ses pattes avant écartées et tremblantes, les naseaux dilatés d’effroi et des yeux de martyr. Le Sosto s’approche de lui à pas de loup, lui lance une corde autour du cou, lui murmure quelque chose à l’oreille pour le calmer et caresse sa longue encolure. Il tient fermement le mulet maintenant, et tous nous poussons un soupir de soulagement et nous félicitons les uns les autres que tout soit bien qui finit bien, il aurait pu en aller autrement si le Felice n’avait pas baissé le fusil. Tapes dans le dos et poignées de mains.
Tout le village se met en route pour accompagner le mulet à son enclos, comme pour la procession de la Milice historique, quand elle promène la statue de saint Jean Baptiste. Mais quand le chemin commence à monter, la Paolina nous salue en disant qu’elle rentre parce qu’elle doit ménager son dos et elle s’éloigne en marchant en canard, accompagnée de la nonna Gelsomina."



Discussion sur la religion, la vie, la mort entre le narrateur et Le Felice

"Aux abords du village, à la hauteur du premier virage qui descend sur la vallée, la Muette, nonantetrois ans, donne de l’eau à un cyclamen de la petite chapelle de saint Christophe, patron des voyageurs. Une longue fissure, la fresque craquelée et un lumignon allumé. Le Felice ralentit, donne un coup de klaxon, et elle nous regarde passer sans nous rendre notre salut. Ou plutôt elle nous adresse quelque chose comme une grimace, avec son œil voilé par la cataracte.
Ciao la Muette, dit le Felice même si elle ne peut pas l’entendre. Et ça aussi c’est bien une grande tartuferie si tu veux mon avis.
Comment ça une tartuferie ?
De mon temps, tout le monde était bien cagot, on va pas se mentir. Toujours à courir à l’église dès que le curé tirait la corde. Coup de klaxon, virage.
Oui, mais c’était avant, je lui dis. Aujourd’hui c’est toujours les mêmes qui y vont.
Après un long silence, alors que la discussion semblait terminée, il s’éclaircit la voix et fait aé, ils finissent toujours par trouver un pigeon à plumer. Mais chacun est bien libre de croire ce qu’il veut. Et puis, il ajoute en passant la seconde pour amorcer un nouveau virage, coup de klaxon, moi, je crois qu’au respect réciproque. Il faut se respecter les uns les autres et prendre les gens comme ils sont, c’est tout.
Du coin de l’œil, il me voit acquiescer. Avec le Felice on en vient souvent à parler de cagots, de margoulins et de tartufes, des injustices dans le monde et de la mort.
Mais Felice, quand on mourra tu crois qu’il se passera quoi ?
Quand on crève on devient tous du compost, c’est pour tout le monde pareil, parce que notre sang il est du même rouge, qu’on soit maître ou esclave, beau ou moche, crétin docteur paysan ou curé, il me répond tout à trac sans ciller, tout le monde au fond d’un trou, six pieds sous terre et amen, et ça c’est une grande vérité qui a toujours existé et qui changera jamais.
T’as raison, Felice, t’as raison.
Il me scrute un instant, comme pour s’assurer que je suis bien d’accord avec lui. Dans la vie, il y a que deux choses de vraies, poursuit-il, les yeux de nouveau sur la route, c’est la naissance et la mort, c’est comme ça que je vois les choses. Entre les deux, il y a tout le reste. C’est comme un fleuve qui s’écoule sous nos yeux. Et nous on passe notre vie à le regarder suivre son cours jusqu’au jour où notre batterie est à plat.
Je l’imagine bien, le Felice. En paix avec lui-même, dans le méandre d’un fleuve, à contempler la vie qui passe, silencieux et solitaire."


Ce matin-là le narrateur est prêt, il rejoint la baita du Felice, allume le feu, mais Le Felice ne descend pas, alors il monte à l'étage et trouve Le Felice dans son lit, non il ne dort pas, il ne se réveillera plus.

Le narrateur court chez la Vittorina l'informer. Rapidement tous arrivent portant victuailles, pour le repas. Les figures sont tristes, certains des hommes tentent de cacher leurs larmes, à l'étage les femmes récitent le chapelet.
Chacun fait son aurevoir à sa manière !

"Le Sosto soupire un grand coup, s’éclaircit la voix et dit, même mort, il continue. Toujours par monts et par vaux, le Felice.
Nous acquiesçons. L’un de nous répète, toujours par monts et par vaux, toujours.
Il reste jamais en place, il faut toujours qu’il aille quelque part, fait le Pep.
Et maintenant, Zurich, fait le Richetto.
C’est sa volonté, dit l’Emilio."


Le narrateur continuera sa balade en forêt jusqu'à la gouille, il sera toujours accompagné du Felice !



Autres extraits
Souvenir de Russie : "Du temps où j’étais en Russie, commence le Felice, j’étais à Moscou, la capitale. Un jour, c’était l’hiver et il faisait un froid mais un froid, pire qu’ici, mais il y avait du soleil. Et là où le fleuve traverse la ville comme une route, deux hommes se baignaient dans l’eau glacée. Ils riaient tellement ils étaient heureux, il dit, les mots en travers de la gorge. Il lève les yeux vers les nuages comme pour se souvenir, ou retenir les deux larmes que j’ai vues briller dans ses yeux. Devant un vieil homme qui s’émeut, pris de nostalgie, on n’en mène pas large. Mais il se ressaisit et reprend le fil de son récit. Ils se baignaient près de la berge, dans un méandre où le fleuve faisait comme une petite anse, il m’explique avec un geste de la main. Le fait est que cette petite anse était pareille à ma gouille. Il me regarde, exactement pareille, il répète. Et sans que je me l’explique, j’en viens à penser que c’est le Felice qui se baignait dans la Moskova. Quant à l’autre homme…"

"Je pousse un long soupir et lève les yeux au ciel. La question que le Floro m’avait posée me revient soudain, brûlante. T’as jamais besoin de rester seul dehors la nuit, dans le silence ? il m’avait demandé une nuit qu’il était assis sur le banc. Je n’avais pas su quoi répondre ce jour-là. Mais aujourd’hui je comprends ce qu’il voulait dire, parce qu’à ce moment précis, je le sens vraiment auprès de moi, le Felice. Le Felice qui a vécu toute sa vie du début à la fin sans se poser une seule minute, serein et déterminé comme un torrent va à la mer.
Et je m’évade de nouveau à la poursuite du Felice, à travers le souvenir, je reste seul, sans bouger sur mon rocher, dans le froid, l’obscurité, en silence dans le silence. Parce qu’il n’y a plus rien à dire."


_____________________

Quelle plénitude ce récit, quelle grâce que ces lieux ! A la fin de ma lecture j'ai l'impression de les connaître, Le Felice, L'Emilio, Le Sosto, La Vittorina, les chiens, les chats ; d'avoir moi aussi cueillis les champignons, mangé les fromages........................
La vie du Felice dans ce village, vie simple, mais riche de petits bonheurs de tous les jours.
un bémol, au milieu du livre, environ, la suite semblable des jours m'a fait penser à un documentaire, mais seulement sur une petite partie.

Au final j'ai beaucoup aimé cette lecture et je pense retrouver l'auteur un de ces jours.

merci à topocl de nous avoir fait connaître l'auteur !

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Message par Tristram Lun 19 Fév - 17:43

Je savais que ça te plairait, Bédoulène ! J'ai beaucoup apprécié le rendu de cette vie à taille humaine.
Ça m'a aussi rappelé les bains dans les eaux de fonte d'un glacier des Alpes, quand j'étais (beaucoup) plus jeune, mais on ne m'y verra plus !

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Message par Bédoulène Mar 20 Fév - 10:21

ah! moi aussi plus jeune j'aimais me baigner dans le torrent qui descendait du glacier, Htes Alpes - Ailefroide/Vallouise

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