Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 4 Déc - 9:57

12 résultats trouvés pour peinture

Dominique Rolin

Tag peinture sur Des Choses à lire 97828710

L'enragé

Cloué sur son lit de mort par un rhumatisme articulaire qui l’empêchera à jamais de peindre, Brueghel se rappelle sa vie. Première enfance paysanne, atelier d’un maître célèbre, paysages et peintures des Flandres puis d’Italie, villes déchirées par la répression espagnole, humanité grouillante, femmes qu’il a aimées… vie transformée en œuvre.


Ce que j'apprécie avec Espace Nord c'est de pouvoir lire belge et que j'ai fait de belles découvertes grâce à cet éditeur. J'avais été tenté par celui-ci et dans le même temps j'étais un peu inquiet, j'avais jeté un œil dans le livre, lu quelques lignes. Très direct, charnel, organique, grouillant presque. Mais à un moment...

Lecture, évidente au sens où ce n'est pas commun dans la tension viscérale qui est juste contenue par les mots. Cette biographie romancée en forme d'auto-biographie n'est pas lisse, c'est le moins qu'on puisse dire. Le but de l'exercice n'est d'ailleurs pas forcément de combler les blancs de notre connaissance de la vie du peintre mais de nous emmener à l'intérieur d'un personnage troublé, un tantinet mégalo, plongé dans un monde troublant et troublé. L'occupation et la répression espagnole. Le grand écart entre un monde paysan et pauvre et une bourgeoisie urbaine. La spiritualité et la pulsion bestiale du peintre...

ça bouge dans ce livre, et vite, rapide, intense. Les événements, les visions se suivent et se traduisent dans l'oeuvre picturale. Réorganisation, sublimation, exutoire, une arme presque tout autant qu'un terrain d'apaisement. Le catalogue des grandes œuvres y passe  mais plus comme des reflets du peintre que comme des étapes obligatoires. Une signification plus dans les boyaux que dans l'éclat.

Le rapport aux femmes, à leur pluralité qui va de la faim insatiable à une dose de misogynie en passant par l'adoration et l'émerveillement (entre autres choses il a épousé la fille de sa bienfaitrice)  tient aussi une part importante (normal ?) de la trame pas que narrative du récit.

Lecture surprenante à la fois puissante et souple, nourrie de contrastes. Intrigante et stimulante qui laisse le souffle court. Beaucoup beaucoup de choses avec, là aussi c'était incontournable, la mise en perspective de certaines œuvres. Couleurs, paysages, signes, le geste est volontaire.

Très écrit à l'évidence mais on ne se sent pas dans l'artifice ou le lieu commun, ça vit à plein poumon dans la lumière et dans la crasse !


Mots-clés : #biographie #creationartistique #peinture
par animal
le Ven 27 Nov - 8:24
 
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Sujet: Dominique Rolin
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Pierre Michon

Maîtres et serviteurs

Tag peinture sur Des Choses à lire Maiatr10

« Qu’est-ce qu’un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C’est quelqu’un sans doute dont le trop violent appétit d’élévation sociale s’est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l’aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son œuvre, jusqu’à ce que son œuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l’art est là justement où n’est pas la toute-puissance : j’ai appelé cet homme par commodité Watteau. C’est encore quelqu’un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l’art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l’art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j’ai voulu qu’un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela. »

Trois textes dans le même esprit que la Vie de Joseph Roulin : Dieu ne finit pas, éléments de biographie d’un Goya ambitieux socialement, vu par une proche contemporaine ; Je veux me divertir, Watteau, peintre à femmes et des plaisirs, d’après le curé de Nogent (excellent texte) ; Fie-toi à ce signe, Vasari n’écrit pas l’épisode de la vie de Lorentino d’Angelo où ce dernier peint saint Martin pour prix d’un petit cochon...
Comme de coutume, j’apprécie grandement le vocabulaire congru, ici à la peinture (ciels, feuillés, etc.), et son style insaisissable, insécable par le citateur, qui ne s’y essaie…

\Mots-clés : #biographie #peinture
par Tristram
le Jeu 5 Nov - 22:59
 
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Sujet: Pierre Michon
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Pierre Michon

Vie de Joseph Roulin

Tag peinture sur Des Choses à lire Vie_de10

Une de ces vies minuscules, un employé des Postes, dont la barbe et l’uniforme, et un peu d’amitié, peut-on imaginer, firent de lui un modèle de Van Gogh. Un être médiocre, qui aboutira sur les cimaises de Manhattan, devenu valeur artistique, financière… Pierre Michon veut ressusciter l’apparition du satrape républicain, Joseph Roulin, fonctionnaire et alcoolique, prince et prolétaire autrement méconnu.
Michon a beaucoup écrit sur la peinture ; il est difficile de lire son texte sans avoir les tableaux mentionnés en tête ou sous les yeux.
Une solide connaissance de l’époque sous-tend chez lui, sans que jamais l’Histoire paraisse au premier plan, l’évocation de l’entreposeur des Postes, du peintre étranger, de la taulière reine d’Espagne…
Aussi d’étranges constantes qui réapparaissent, Melville, la Russie, l’or, les trois jaunes de chrome, le soleil et le « pacage céleste »…
Curieusement, je suis incapable de détacher un extrait de la prose de Michon, en tout cas de ses plus beaux textes…

Mots-clés : #peinture
par Tristram
le Mar 1 Sep - 5:23
 
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Sujet: Pierre Michon
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NATSUME Sōseki

Oreiller d'herbes

Tag peinture sur Des Choses à lire Oreill11
Titre original: Kusamakura - 草枕, 160 pages environ, 1906.

Bel écrit, à la fois dépaysant, poétique, pittoresque (au sens pictural).
Un peintre, jeune trentenaire, également poète - il compose des haïkus - se retire à la montagne afin de réfléchir sur son art - et aussi se concentrer dessus.
Les rencontres, sur fond de Japon traditionnel (mieux dit: éternel ?) qu'il y fait sont autant de prétextes à prolongements artistiques potentiels, en premier lieu celle de son hôtesse.

Beaucoup de réflexions sur l'art, le rôle de l'artiste, jalonnent cet ouvrage en apesanteur, tout en finesse, très sensoriel.
De haute volée donc, ces pages traversées par les montagnes, la mer au loin, les intérieurs, les monologues et les dialogues, la flore et les harmonies, et la belle et fascinante Nami.

Le peintre, qui ne peint pas en dépit des occasions offertes, est-il venu pour un plus grand accomplissement qu'un tableau, ou bien guette-t-il l'occasion d'un chef-d'œuvre ?  

La porte de la salle de bains s'ouvrit soudain discrètement.

 Quelqu'un vient, me dis-je, en glissant un regard vers l'entrée, et en laissant flotter mon corps. Comme je reposais la tête sur le rebord de la baignoire le plus éloigné de la porte, je pouvais apercevoir de biais les marches qui descendaient vers la baignoire à environ six mètres. Mais dans les pupilles de mes yeux levés rien n'apparaissait. Pendant un moment, je n'entendais que les gouttes qui s'abattaient sur l'auvent. Le son du shamisen s'était arrêté on ne sait quand.
 
  Puis quelque chose fit son apparition sur les marches. Comme la salle de bains spacieuse n'était éclairée que par un lampion, à cette distance, même si l'air était transparent, o n aurait eu du mal à distinguer quoi que ce soit et à plus forte raison dans cette vapeur qui monte et qui, combattue par la bruine, n'a pas d'autre échappatoire possible, il est extrêmement difficile de reconnaître quelqu'un. Si la personne qui descend une marche et s'arrête à la deuxième ne reçoit pas le faisceau lumineux de plein fouet, il est exclu de décider si c'est un homme ou une femme.

  La chose noire est encore descendue d'une marche. La pierre sur laquelle elle a posé ses pieds est d'une douceur si veloutée que, si l'on s'en tient au bruit de ses pas, on peut croire qu'elle n'a pas bougé. Mais ses contours se dessinent plus nettement. Mon métier de peintre rend ma vue plus sensible à l'ossature humaine. Lorsque cette chose inconnue a avancé d'un cran, j'ai enfin compris que je me trouvais dans le bain avec cette femme.  

  Sans cesser de flotter, je me demandais si je devais prêter attention ou non, lorsque la silhouette de la femme m'apparut en totalité. À voir apparaître ainsi entièrement la silhouette gracile de cette femme dont les cheveux noirs ondulaient comme des nuages à travers l'épaisse vapeur qui semblait retenir chaque particule de lumière diffuse, dans la douceur d'un rouge pâle, j'abandonnai tout scrupule de de courtoisie, de bonnes manières ou de civilité, et ma seule préoccupation était que j'avais trouvé un beau sujet de tableau.




NB: Quelques réparties d'humour daté (deux brèves, en tout, je crois) peuvent passer pour blessantes aujourd'hui pour les femmes en général: je crois qu'il convient de contextualiser -époque, lieu...- et ne pas s'y attarder, il s'agit d'un ouvrage vraiment recommandable, petit délice succulent, qui pourrait plaire sinon à la totalité des contributeurs habituels de ce forum, du moins à une très large majorité d'entre ceux-ci.    



Mots-clés : #autofiction #peinture #poésie #traditions
par Aventin
le Mar 21 Juil - 20:15
 
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Sujet: NATSUME Sōseki
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Ramuz Charles-Ferdinand

Une petite récup à l'occasion des messages sur Cézanne ce weekend :

Tag peinture sur Des Choses à lire L-exem10

L'exemple de Cézanne (1914)

C'est un petit texte suivi de quelques "pages sur Cézanne". Après le commentaire de Topocl j'ai eu besoin de regoûter cette écriture qui m'est devenue chère. L'exemple de Cézanne m'attendait depuis un certain temps alors...

Alors, je suis presque surpris en repassant par la bibliographie de noter que le livre est de 1914. C'est ce qu'il a écrit au retour d'un pèlerinage si on veut à Aix en Provence, l'a-t-il remanié celui là aussi ? Notre suisse part de la mer, du port de Marseille pour monter. Il s'agit donc encore d'une action de pensée rétrospective nourrie d'observations, d'une vision dynamique.

Il ne s'agit pourtant pas d'entretenir un culte du peintre, d'en décrire les mérites et les tableaux, disons que c'est fait autrement. Un peu comme avec un livre comme Les eaux étroites de Gracq le cheminement va de paire avec le manifeste. Il parle de Cézanne, il parle aussi de lui, ce n'est pas non plus pour rien qu'il parle de se sentir repaysé. C'est donc le pays, et le rapport au pays qu'il vient voir, un dépouillement, un travail de chaque instant, presque un contresens (c'est qu'il place les choses dans leur temps).

Évidemment l'esthétique est de la partie mais le geste autant. Et non sans humour encore. Et alors qu'il efface presque les gens de ce court texte à part cet exemple choisi et révélé en Cézanne et donc lui même, alors qu'il n'y a plus que des formes, que les gens du début de ce voyage sont loin, c'est à ce moment aussi qu'il revient.

Ce bonhomme réservé, austère montre qu'en dépouillant tous ces gens qui l'entourent de leurs attributs superflus il les ramène à nous avec leur particularité plus essentielles.

Et ce petit texte très précis qui est une histoire de vision et d'engagement artistique brouille les pistes pour mieux être lus comme un voyage qui se permet de parler comme il lui semble approprié de le faire de ce que bon lui semble.

Je crois que j'ai de plus en plus de plaisir à le lire.


Mots-clés : #creationartistique #peinture
par animal
le Dim 15 Déc - 21:19
 
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Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
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Pierre Jean Jouve

@Jack-Hubert Bukowski a écrit:
Pierre Jean Jouve semble être mu par une quête qui le secoue et la question religieuse ne semble pas loin...


Oui, tout à fait d'accord - je suis en train d'achever la lecture du recueil Kyrie (chiné en édition originale numérotée !), et c'est noir, et c'est tourmenté, et cette drôle de quête qu'on peine à nommer, entre une existence à mener, des obsessions de mort et de ravage et d'érotisme...
Sa foi est étrange, teintée de dolorisme et de morbidité, les deux autres vertus théologales sont...disons, tellement en retrait, ou enfouies...qu'on se pose la question de leur présence.

Mais de très beaux poèmes, de haute tenue, tout de même.

Recueil divisé en trois parties:
Sa série Les quatre cavaliers (qui sont les cavaliers de l'Apocalypse) qui suit les poèmes de Kyrie proprement dits et précèdent ceux de Nul n'en était témoin est époustouflante, fait passer un réel souffle.  

Le poème Psyché abandonnée devant le château d'Éros (sur le tableau de Claude Lorrain) est un bon exemple de la combinaison morbidité/sensualité (je vais faire mon copiste, ne l'ayant pas trouvé sur la Toile).
Peu ponctué, Jouve nous laisse le soin de définir nos respirations, à l'aide aussi des endroits où il arrête ses vers, mais dans tous les cas on s'étonne, si vous le tentez à voix haute, d'avoir été chercher là de tels accents avec sa propre voix.
La toile de Le Lorrain n'est pas seulement visitée, elle est revisitée.

Tag peinture sur Des Choses à lire The_en10
Le tableau de Le Lorrain, à la National Gallery (Londres).


Psyché abandonnée devant le château d'Éros


Verte beauté ! serais-tu morte ? La lumière
De tristesse funèbre incendie sur la mer
Rôde avec les prairies vertes
Des géants méditent dans leur feuillage inoubliable
El les montagnes de rochers s'évanouissent
Il règne la saveur exquise de la mort.


Bête mystérieuse de la mer
La marée nue remue, un immortel relent
Du cœur, la bête verte intérieure
Que des voiles des signes blancs sillonnent à l'étendue.


Et Psyché flanc sombre empli de vœux
Aux mains écarquillées aux pieds glacés dans l'herbe
Est assise avec ses instables moutons
Qui mangent sans répit désespoir des contrées
Et regarde: un monstre cruauté bâtie
Château de la chaleur de l'odeur et de l'ombre
Amoncellement de l'amour et puni
Par la foudre
Aisselle noire où Il demeure
Lui qu'elle aima le traître à l'œil de perle fine
Aux membres toujours fumants et au dragon
Couvert de sang de larme et de benjoin
Qu'elle aima ! et qui creusa le flanc superbe.




Mots-clés : #amour #mort #peinture #poésie
par Aventin
le Mar 5 Nov - 17:36
 
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Sujet: Pierre Jean Jouve
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Patrick Grainville

Tag peinture sur Des Choses à lire Ff1_10

Falaise des fous

Patrick Grainville compose une fresque autour des mémoires d'un Normand, des années 1860 à l'après Première Guerre mondiale. Revenu blessé des guerres coloniales d'Algérie et dès lors enraciné à Etretat, sa terre d'attaches, il évoque à la fois les tourments et passions de sa vie affective et son témoignage d'une effervescence artistique. De Monet à Courbet, de Hugo à Flaubert, il partage ses souvenirs des artistes qui ont cherché l'inspiration auprès des majestueuses falaises d'Etretat...un décor mémorable et fascinant, qui révèle une soif d'absolu et la beauté limpide d'une composition picturale.

Le roman est très ambitieux par son ampleur chronologique et thématique, mais j'ai eu beaucoup de difficultés à trouver mon rythme de lecture. Le style, foisonnant jusqu'à l'excès, laisse trop souvent une sensation de trop-plein au fil des citations et des rencontres. Patrick Grainville cherche à exprimer une fascination, à retranscrire l'atmosphère créative et pourtant si fragile de la Belle Epoque...il étouffe cependant ses personnages à force d'enchaîner les évènements en arrière-plan.
J'ai été davantage touché dans la dernière partie du récit, lorsque le vieillissement et l'héritage douloureux de la guerre esquissent une tonalité entre tristesse et amertume. Mais l'impression finale reste en demie-teinte, car l'abondance narrative provoque une frustration au lieu d'emporter l'enthousiasme.


Mots-clés : #amour #creationartistique #lieu #peinture
par Avadoro
le Sam 3 Aoû - 22:58
 
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Sujet: Patrick Grainville
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Rick Bass

Tag peinture sur Des Choses à lire 410jam10

Sur la route et en cuisine avec mes héros

quatrième de couverture a écrit:Rick Bass a quitté sa vallée sauvage du Montana afin de rendre visite à ses mentors, disséminés à travers les États-Unis et l'Europe, pour leur cuisiner un repas raffiné, en guise de remerciement, car ces héros lui ont appris non seulement à écrire, mais aussi à vivre. C'est parfois un dernier hommage puisque le pèlerin ne reverra pas certains d'entre eux, ainsi Denis Johnson, John Berger ou Peter Matthiessen, disparus peu après.


Sur la route et en cuisine est un exercice d'admiration, une succession de portraits intimistes et d'épisodes drôles, truculents, voire hilarants : une dinde explose chez Thomas McGuane, des chiens de prairie pestiférés hantent un camping par une nuit d'orage, Rick Bass remarque des traces de sang à l'aéroport de Londres, Joyce Carol Oates s'offusque d'être photographiée, certains dîners se transforment en d'inénarrables fiascos.


Hum, il y aurait eu le choix entre la liste exhaustive des noms, de larges extraits avec ou sans élan, des anecdotes de seconde main et... quelques impressions. Heureusement pour la découverte, dommage pour le reste c'est la deuxième option que je retiens.

Autant le dire tout de suite j'en attendais plus. Plus d'émerveillement ? plus sur les oeuvres de ces auteurs/personnages ? Une écriture un petit peu plus développée ? Je ne sais pas.

Ceci dit Rick Bass conserve tout son capital sympathie et cette idée de s'inviter chez ses mentors, comme il les appelle, pour leur préparer des repas de compet', si possible en incluant de la viande chassée par ses soins, en est une manifestation inspirante.

Tout comme choisir de se faire accompagner si possible par la génération suivante fait partie du plan. Les tribulations d'un Rick Bass qui se remet difficilement de son divorce et écume les kilomètres c'est amusant et met l'eau à la bouche. C'est aussi le regard de l'écrivain sur sa vie, son écriture, son parcours et "sa" nature et un peu plus loin un petit panorama, quelques liens entrevus, sur la littérature américaine. Malgré tout. Pour la rubrique people alternative c'est pas mal non plus.

Pas une grande révélation mais agréable et plutôt inspirant. L'impression qu'il lui manque un petit truc à ce pauvre Rick en plein tournant et résolu à aller de l'avant.


Mots-clés : #amitié #autobiographie #creationartistique #ecriture #nature #peinture #universdulivre
par animal
le Mar 23 Juil - 21:16
 
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Sujet: Rick Bass
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Almudena Grandes

Tag peinture sur Des Choses à lire Castil10

Castillos de cartón

J'ai terminé Castillos de cartón avec de grosses réserves. L'histoire n'est pas sans qualités et se lit assez agréablement, mais le style est plein de tics d'écrivain milieu de gamme, nourri d'images convenues, abusant d'hyperboles et d'anaphores insipides (dieu sait pourtant si j'aime ces dorures, lorsqu'elles sont réussies), qui d'un même mouvement dévoilent les intentions de l'autrice et en amoindrissent la portée. Les dialogues, fabriqués, s'enchâssent grossièrement au récit; la narration (à la première personne) est vaine par ses outrances plaintives, désincarnée malgré la meilleure volonté du monde, ce qui donne à soupçonner que l'autrice ne croit pas tout à fait en ce qu'elle écrit. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est pas un roman très original ni très bon.

Malgré tout, j'y ai pris un plaisir réel, qui résidait presque entièrement dans le fait de lire en espagnol. Je le recommande donc bien franchement à qui voudrait se remettre à lire dans le texte, car la langue est très claire, le vocabulaire assez riche pour qu'un débutant y trouve de quoi s'alimenter, et assez restreint pour que l'on puisse assez tôt s'émanciper du dictionnaire.

[précision : il n'est pas traduit en français, mais j'ai le sentiment que mes reproches pourraient s'appliquer à ses autres livres]


Mots-clés : #amour #creationartistique #culpabilité #identite #initiatique #jalousie #peinture #sexualité
par Quasimodo
le Ven 5 Juil - 15:33
 
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Sujet: Almudena Grandes
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Ivan Alekseïevitch Bounine

Le Fol artiste

Tag peinture sur Des Choses à lire Bm_10110

Un homme arrive en Russie en provenance de stockholm, le 24 décembre 1916 accompagné de son serviteur, il réclame à l'hôtel une belle chambre et il clame "je suis un artiste" !
Il sort, prend un taxi et se fait conduire dans un magasin d'encadrement de tableau, mais ce magasin ne vend pas des couleurs pour peindre ; il presse ensuite le conducteur pour le retour car il doit débuter son tableau à une heure précise.
Ce tableau doit être immortel,c'est une promesse faite à sa femme mourante ; il montre l'alliance d'elle qu'il porte à son doigt à son serviteur et lui dit que c'est un testament, qu'il peindra un tableau immortel et lui offrira à lui !
Mais le "fol artiste" est venu sans le matériel et en Russie à cette époque de guerre il n'y a point de couleurs, point de pinceau !
Après une longue nuit de travail acharné il termine le tableau mais il ne se rend pas compte de l'horreur peinte, à la place des sourires et beauté  qu'il imaginait, ne voilà que grimaces et laideurs dans les personnages, pourtant le sujet "la naissance de Jésus" s'y prêtait.

« Dans le monde, mon ami, il n'y a pas de plus grande fête que Noël. Et il n'y a pas de mystère qui puisse égaler la naissance d'un homme. Voici le dernier instant du monde sanglant, du vieux monde ! Un nouvel homme vient à la vie ! »

Une courte nouvelle de 14 pages (en numérique). Précipitation, effervescence d'idées, d'envie dans l'esprit de cet homme mais on doute très vite de sa compétence ; une oeuvre immortelle parait bien ambitieuse pour un tel homme, mais on est peiné pour lui car nous avons vu sur l'album qu'il consulte les photos de sa femme dans un cercueil et l'accompagnant celui d'une enfant ; une poupée !
Très court mais qui délivre beaucoup, le deuil, l'amour, la folie.
Les descriptions de la ville sont très belles.

"Le soleil se dorait à l’orient brumeux, au delà de la bleuâtre brume des forêts lointaines, au delà de la blanche dépression que dominait, d’une berge peu élevée, une antique ville russe. C’était la veille de Noël, une matinée radieuse, de gel modéré et de givre."

Très bonne lecture   Smile


Mots-clés : #lieu #mort #peinture
par Bédoulène
le Lun 20 Mai - 17:15
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Patrick Gale

Tableaux d'une exposition

Tag peinture sur Des Choses à lire 71bnda10

De son écriture tout en nuances, Patrick Gale nous livre une chronique familiale douce-amère autour de la figure maternelle d'une artiste peintre bohème et excentrique, dans le décor splendide de la Cornouailles. Par une belle journée d'hiver, Rachel Kelly s'écroule dans son atelier. Cette peintre renommée laisse derrière elle une oeuvre impressionnante et une famille déchirée. Un homme, d'abord, Antony, qui fut son compagnon, son soutien, son souffre-douleur aussi, quand ses crises dépressives étaient trop fortes ; deux fils qui ne se sont jamais sentis à la hauteur de cette mère trop douée, trop passionnée, trop vivante ; une fille, Morwenna, qui a choisi de fuir... Comment les liens qui les unissaient se sont-ils distendus ? Qui était vraiment cette artiste de génie, gravement malade, qui a toujours fait passer l'art avant tout ? Pourquoi la fragile Morwenna a-t-elle soudain rompu avec ses parents ? Qu'est-il arrivé à Petroc, le petit dernier, le fils préféré, disparu trop tôt ? Quels secrets les tableaux de Rachel Kelly ont-ils encore à livrer ?



L’histoire se déplie au fil de la découverte des tableaux de l’artiste Rachel Kelly, exposés post mortem. La vie de l’artiste, au travers des regards de ceux qui l’ont le mieux connue, ses enfants, sa sœur, son époux, est ainsi évoquée dans les bribes de souvenirs que chacun livre, dans les bouts de leur histoire avec elle, et au travers des quelques mots apposés comme présentation de chaque œuvre.

Ainsi, nous rencontrons au fil de ce roman une mosaïque de portraits de Rachel Kelly, des périodes artistiques qu’elle a pu avoir, des différents moments de sa maladie, entre moments dépressifs ou maniaques. Nous apprenons un peu de sa vie, et ses mystères peu à peu s’éclairent, au fil des tranches de vie livrées pat les autres personnages.

On perçoit comment chacun, dans sa relation avec elle, a eu de bons moments et d’autres plus compliqués ; et, au-delà, au travers de ces brefs témoignages comme des clichés photographiques,  on perçoit comment la maladie de Rachel a régenté la vie de chacun et leur a dévoré une part de celle-ci.

Mais de Rachel, finalement, on ne saura que ce que d’autres ont retenu d’elle, ont partagé avec elle ou se souviennent d’elle, ce donc au travers du filtre de leurs sentiments, attentes comblées ou déçues. Rachel gardera donc sa part de mystère, sa part d’insu. Elle ne parle pas, on ne l’entend pas, juste on la devine alors qu’elle est au centre de l’histoire, sans y être présente mais en prenant toute la place

Ce roman, c’est l’histoire d’un deuil qui ravive les souvenirs d’une vie, où chacun se réapproprie son lien avec la défunte et fait avec ce qu’elle a laissé. C’est, derrière cela, l’histoire d’une famille à part où chaque membre est différemment déchiré par sa relation à cette mère, femme, amie, sœur, hors norme, une femme abîmée de différentes manières, dont on ne percevra la fêlure que tard et pour laquelle il faudra se contenter de juste l’entrapercevoir.

Cette lecture a été riche, j’ai trouvé le choix de l’auteur intéressant, et inhabituel. J’ai voulu, et continue à souhaiter, en savoir plus sur Rachel, mais là est toute la frustration de l’œuvre, on reste quelque part avec ses attentes et questions.


Ce que je pourrai reprocher à ce choix, c'est le revers du choix que l'auteur a fait d'utiliser différents regards, car, bien que très intéressant, avancer au fil de ces bouts d’histoire disparates a fait que j’ai eu du mal à m’attacher à un personnage et à m’émouvoir avec lui, attendre la suite des événements. Ce serait le bémol pour moi de ce livre, de ne pas avoir réussi à m’embarquer avec lui car je me suis toujours sentie coupée dans une histoire, une tranche de vie.

Mots-clés : #famille #peinture #portrait
par chrysta
le Dim 19 Mai - 21:15
 
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Sujet: Patrick Gale
Réponses: 5
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Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

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Maylis de Kerangal  nous offre un morceau de vie, un roman de formation, en la personne de Laura, jeune fille/femme qui avance d'un pas décidé,  la passion en bandoulière, « l'émerveillement qui lui tient lieu de méthode". Elle est douce, Laura, qui prend cet envol déterminé avec "cette vivacité vacharde qui est le défouloir de la tendresse.

Elle met le pied à l' étrier avec une formation intensive, dans une école de Bruxelles pour devenir « peintre en décor ». Ce rite de passage phagocytant, dont elle ressort éberluée, transformée, la fait intégrer la bande "[d]es copiste, [d]es braqueurs de réel, [d]es trafiquants de fiction", lui ouvre la porte d'une existence nomade, sans attache autre que le plaisir de donner sens à ses coups de pinceau. Entre les peintres anonymes de Lascaux et les dessinateurs assassinés à Charlie Hebdo, maillon fasciné et respectueux, elle découvre  que l'art la place tout à la fois en observatrice et exécutrice, mais la dresse aussi au centre du monde. Que l'art est réalité et fiction mêlées.

L'auteur explore, comme elle aime -et excelle - à le faire, un monde de  professionnalisme et de technicité, auquel elle  insuffle un lyrisme emporté, un bouillonnement d'émotions et de sensations, auquel elle donne sens et identité. Il y a une certain exaltation à apprendre ce métier à travers la passion de Laura - partagée par l'auteur  - , à en connaître les exaltations et les éreintements, l'humilité et la grandeur.

Derrière Laura, on devine l'écrivaine qui se dévoile, dans ce besoin compulsif du détail, la consultation compulsive des encyclopédies, à la recherche de l'histoire qui se cache derrière, dans la digression qui étaie, et qui, même parfaitement inutile (surtout parfaitement inutile?), nourrit la connaissance, enrichit le récit (et par là son auteur).

Cette connaissance exhaustive du sujet passe par l'amour de la langue, du mot juste, précis, technique : elle s'approprie le vocabulaire spécifique du métier, les mots pour le plaisir des mots, enfile les perles des mots rares  du savoir-faire pour construire ses longues phrases, ses énumérations emportées, les dérouler comme des vagues impétueuses.

Ils ont appris à glacer, à chiqueter, à blaireauter, à pocher, à éclaircir, a créer un petit moiré au putois ou un œillet sur glacis avec le manche du pinceau, à dessiner des veines courtes, à moucheter, à manier le couteau à palette, le deux-mèches, le deux-mèches à  marbrer et le pinceau à pitchpin, le grand et le petit spalter, le trémard, la queue de morue, le drap de billard et la toile à chiffonner ; ils ont appris à reconnaître la terre de Cassel et la craie Conté noire, le brun Van Dyck, les jaunes de cadmium clair ou orange ; ils ont peint ces mêmes angles de plafond Renaissance avec putti potelés, ces mêmes drapés de soie framboise écrasée plongeant depuis les corniches de baldaquins  Régence, ces mêmes colonnes de Carrare, ces mêmes frises de mosaïque romaine, ces mêmes Néfertiti de granit, et cet apprentissage les a modifiés ensemble, a bougé leur langage, marqué leur corps, nourri leur imaginaire, remué leur mémoire.


Un petit coup de mou dans le deuxième tiers, Maylis de Kerangal  se laisse emporter par la grandeur décadente des studios  de Cincinnati, sans doute un ou deux chapitres en trop. Si on regarde cependant avec plaisir de voir Laura participer à la réalisation des décors de Habemus Papam de Nanni Moretti, la subtile alchimie du grand art laisse pour quelque pages  la place à la technique comme un procédé qui déborde son auteur, petite longueur se dit-on malgré l'intérêt du sujet. Et puis cela repart, ce n'était qu'une accalmie, la houle langagière et émotionnelle nous reprend.



Mots-clés : #amitié #creationartistique #initiatique #jeunesse #mondedutravail #peinture
par topocl
le Jeu 23 Aoû - 12:53
 
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Sujet: Maylis de Kerangal
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