Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 20 Sep - 23:04

230 résultats trouvés pour historique

Blaise Cendrars

L'or

Tag historique sur Des Choses à lire L_or13
Sous-titré: La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter.
Roman, 1925, 160 pages environ.

[relecture]

Accueil mitigé à sa sortie pour cet opus, longuement cogité et porté par l'auteur, mais écrit et publié avec célérité. On lui reproche de ne pas avoir fait œuvre de biographe fidèle, d'historien, mais justement c'est ce que Cendrars revendique - comme indiqué en préface il eût pu appeler Alexandre Dumas à la rescousse, selon celui-ci l'Histoire serait "un clou où l'on peut accrocher un beau tableau".

Usant d'effets stylistiques afin d'évoquer, surtout, une trajectoire, le roman prête à une lecture rapide, la course d'un projectile propulsé. Gâcher, çà et là, un peu de peinture afin de soigner davantage les décors et les seconds caractères ne m'eût pas déplu, à titre personnel: de la saveur, certes, dans les ingrédients, petit manque d'épices toutefois.

J-A Suter (Sutter dans la vraie vie), un Suisse de bonne famille, en rupture, passe en fraude en France puis s'embarque pour le Nouveau Monde, et, après moult expédients dont des actes répréhensibles, détours, temporisations, approches, gagne la Californie encore hispanisante et mexicaine, très peu peuplée, y fonde un empire, lequel viendra se fondre dans une Californie annexée pacifiquement à l'Union, avant d'être ruiné par la découverte d'or sur ses terres et la ruée qui s'ensuivit, drainant des flots continus de migrants s'accaparant ses terres, son personnel le quittant pour prospecter, puis, ruine consommée, devient quasi-aliéné (pour ne pas dire complètement fou), avec une phase de récupération par des illuminés mystiques et businessmen, et décéde en tentant de faire valoir ses droits à Washington: un beau sujet.
entame du chapitre 6 a écrit:- Vois-tu, mon vieux, disait Paul Haberposch à Johann August Suter, moi, je t'offre une sinécure et tu seras nourri, logé, blanchi. Même que je t'habillerai. J'ai là un vieux garrick à sept collets qui éblouira les émigrants irlandais. Nulle part tu ne trouveras une situation aussi bonne que chez moi; surtout, entre nous, que tu ne sais pas la langue; et c'est là que le garrick fera merveille, car avec les irlandais qui sont tous de sacrés bons bougres, tous fils du diable tombés tout nus du paradis, tu n'auras qu'à laisser ouvertes tes oreilles pour qu'ils y entrent tous avec leur bon dieu de langue de fils à putain qui ne savent jamais se taire. Je te jure qu'avant huit jours tu en entendras tant que tu me demanderas à entrer dans les ordres.
Un Irlandais ne peut pas se taire, mais pendant qu'il raconte ce qu'il a dans le ventre, mois, je te demande d'aller palper un peu son balluchon, histoire de voir s'il n'a pas un double estomac comme les singes rouges ou s'il n'est pas constipé comme une vieille femme.
Je te donne donc mon garrick, un gallon de Bay-Rhum (car il faut toujours trinquer avec un Irlandais qui débarque, c'est une façon de se souhaiter la bienvenue entre compatriotes), et un petit couteau de mon invention, long comme le coude, à lame flexible comme le membre d'un eunuque. Tu vois ce ressort, presse dessus, na, tu vois, il y a trois petites griffes qui sortent du bout de la lame. C'est bien comme ça, oui. Pendant que tu lui parles d'O'Connor ou de l'acte de l'Union voté par le Parlement, mon petit outil te dira si ton client a le fondement bouché à l'émeri. Tu n'auras qu'à mordre dessus pour savoir si elle est en or ou en plomb, sa rondelle.



Mots-clés : #aventure #colonisation #exil #historique #immigration #independance #justice #mondialisation #voyage #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 10 Sep - 7:12
 
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Sujet: Blaise Cendrars
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Isaac Babel

Cavalerie rouge

Tag historique sur Des Choses à lire Cavale10

Trente-quatre nouvelles généralement brèves d'Isaac Babel, correspondant de guerre dans l'Armée rouge pendant la campagne de Pologne, en 1920. C’est en fait un narrateur qui raconte, mais on croit reconnaître l’auteur dans ce « binoclard » mal intégré dans les rangs prolétaires, qui (au début) monte mal à cheval, et ne parvient pas à tuer un autre homme…
Trente-quatre nouvelles, plus quelques autres textes dont des extraits du journal et des Plans et esquisses de Babel, autant de bribes ; parfois des fragments d’un épisode réapparaissent dans plusieurs récits, ce qui donne une forte impression d’égarement, de hantise et de foisonnement.
Donc (a minima) un témoignage paraissant à la fois distancié et d’évidence vécu de la guerre et ses méfaits collatéraux sur les moujiks, petites gens des campagnes, les juifs…
« Une aube humide dévalait en flots de chloroforme vers nous. Des fusées vertes vrillaient au-dessus du camp polonais. Elles palpitaient dans l’air, s’effeuillaient comme des roses sous la lune et s’éteignaient. Et dans le profond silence, j’ai perçu les effluves lointains des râles. L’haleine du meurtre celé rôdait autour de nous.
‒ On tue, dis-je, qui est-ce qu’on tue ?…
‒ Le Polonais s’inquiète, répondit le moujik, le Polonais égorge les youpins…
[…]
‒ Le youpin, dit-il, est le coupable, pour nous comme pour vous. Après la guerre, il n’en restera plus beaucoup. Combien qu’on compte de youpins sur terre ? »

…mais aussi les cosaques, les Galiciens, les femmes (« sœurs-infirmières », servantes, prostituées) ‒ et les abeilles !
« C’était une fille épaisse, aux joues fleuries. Seule, une existence lentement coulée sur la fertile terre ukrainienne peut injecter à une juive des sucs bovins pareils et faire reluire son visage d’un lard aussi lustré. Les jambes de la fille, grasses, d’un rouge brique, gonflées comme des sphères, exhalaient une odeur fade et écœurante comme la viande fraîchement découpée. »

Au-delà du témoignage, c’est une œuvre littéraire qui dépasse la contingence pour faire percevoir au lecteur la brutalité de la guerre, de la mort, l’épique, l’atroce, l’Histoire, le peuple en marche, avec un style saisissant, d’une grande concision, sans rien de dilatoire, et des qualificatifs inattendus, presque surréalistes, fantastiques. J’ai par endroits songé à Kaputt de Malaparte.
« Et après qu’y a-t-il eu ? Après, ça a été le front, la Cavalerie Rouge et la troupe qui sent le sang tiède et la chair morte. »

« Devant moi, voici la halle, la mort de la halle aussi. Elle est tuée, l’âme grasse de l’abondance ! Des cadenas muets pendent aux étals et le granit des pavés est net comme la calvitie d’un squelette. »

« Rutilant des gueules de chevaux cousues sur nos soutaches, échangeant des chuchotements et tintant des éperons, nous tournons dans l’édifice sonore et la cire coule sur nos mains. Les Vierges, aux parures de pierres précieuses, suivent notre chemin de leurs prunelles roses comme celles des souris, la flamme palpite dans nos doigts refermés et des ombres angulaires se tordent convulsivement sur les statues de saint Pierre, de saint François et de saint Vincent, sut leurs petites joues vermeilles et leurs barbes frisotées, enluminées de carmin. »

« ‒ Pourquoi que les femmes, elles se donnent tant de mal, répondit-il plus tristement encore, pourquoi les accordailles, les mariages ? Pourquoi que les commères, elles prennent tant plaisir aux noces !…
Une traînée rose irradia la nue et s’éteignit. La voie lactée filtra d’entre les étoiles.
‒ Ça me fait rire, dit Grichtchouk avec amertume et il m’indiqua de son fouet un homme assis au bord de la route, ça me fait rire de voir pourquoi que les femmes, elles se donnent tant de mal…
L’homme, assis au bord de la route, était Dolgouchov, le téléphoniste. Les jambes déjetées, il nous regardait droit dans les yeux.
‒ Voilà je…, dit Dolgoucov lorsque nous fûmes près de lui, je suis foutu… Compris ?
‒ Compris, répondit Grichtohouk, en arrêtant les chevaux.
‒ Il faut claquer une balle pour moi, dit Dolgouchov [avec sévérité].
Il était assis, adossé à un arbre. Ses bottes dressaient leurs pointes écartées. Sans me quitter des yeux, il retroussa précautionneusement sa chemise. Il avait le ventre arraché, les boyaux glissaient sur ses genoux, et on voyait les battements du cœur. »

« La nuit volait vers moi sur de fringants chevaux. La plainte aiguë des chariots emplissait l’univers. Sur la terre ceinte de jappements, les routes s’éteignaient. Les étoiles s’extirpaient du ventre rond et frais de la nuit et les villages désertés s’embrasaient au-dessus de l’horizon. »

« Bientôt Sachka revint. Elle changea les pansements du blessé et leva son falot sur la plaie qui se gangrenait.
‒ Tu passeras demain, dit Sachka en épongeant la sueur froide de Chévéliov. Tu passeras demain, elle s’est glissée dans tes tripes, la mort. »

« De nouveau, il se mit à pleuvoir. Des souris mortes dérivaient sur les routes. L’automne tenait nos cœurs encerclés dans ses embuscades et les arbres, cadavres nus remis debout, titubaient à la croisée des chemins. »

« Nos troupes avaient lâché pied et s’étaient emmêlées. Le train de la Section Politique battait en retraite, rampant sur l’échine morte des champs. [Et une Russie monstrueuse, invraisemblable, comme un troupeau de poux de corps, bordait nos wagons d’un piétinement de chaussons de tille] Une moujikaille typhique roulait devant elle la gibbosité familière de la camarde à soldats. Elle bondissait sur les marche-pieds de notre train et retombait, refoulée à coups de crosses. Ce n’était que souffles rauques, raclements, vols en avant et silence. »

(Entre crochets et en italiques, passages de l’édition princeps ensuite censurés.)
À signaler en postface l’intéressant essai de Jacques Catteau, le traducteur, qui postule que le fantastique remplacerait l’épopée :
« Toutes les deux puisent au même fonds ancestral : l’épopée exalte la naissance d’un ordre dans le fer et le sang, le fantastique pour peu qu’il s’éloigne de la simple activité ludique, pressent l’éclatement de cet ordre et la sourde montée d’un nouvel ordre ennemi ; il enregistre les effrois d’une société qui croule et désespérément se réfugie dans l’idéal ancestral… Ainsi la littérature fantastique déploie ses somptueuses fleurs vénéneuses aux heures d’échec, de désespoir ou de l’attente trouble d’une nouvelle ère tandis que les épopées flambaient aux aurores des peuples, transmettant d’âge en âge la flamme première. »

Épopée sans sublime, à l’orée du XXème siècle...

Mots-clés : #guerre #historique #temoignage
par Tristram
le Ven 4 Sep - 0:15
 
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Sujet: Isaac Babel
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René Barjavel

René Barjavel


Tag historique sur Des Choses à lire 51d95q10

                                Le grand secret

Quatrième de couverture a écrit:
C'est l'histoire d'un couple séparé par un extraordinaire événement, puis réuni dans des circonstances telles que jamais un homme et une femme n'en ont connu de pareilles. C'est aussi l'histoire d'un mystère qui depuis 1955, a réuni, à l'insu de tous, dans une angoisse commune, par dessus les oppositions des idéologies et des impérialismes, les chefs des plus grandes nations. C'est ce "grand secret" qui a mis fin à la Guerre Froide, qui a été la cause de l'assassinat de Kennedy qui rend compréhensible le comportement de De Gaulle en mai 1968, qui a rendu indispensable les voyages de Nixon à Moscou et à Pékin. Il n'a rien à voir avec la guerre ou la bombe H. C'est le secret de la plus grande peur et du plus grand espoir du monde. Il ne faut pas oublier que c'est un roman. Mais si c'était vrai? ...


150 pages avant de découvrir ce grand secret que je ne dévoilerai donc pas ici, il faut maintenir le suspens...tout du moins pour ceux qui ne l'ont pas lu, évidemment.... Wink

J'ai beaucoup aimé ce roman très imaginatif mais posant aussi de bonnes questions ...paru en 1973 !!!
Ce grand secret qui serait à l'origine de tous les événements relatés plus haut, guerre froide, assassinat de Kennedy, etc.........et qui nous fait nous interroger sur les conséquences d'une telle découverte.....notamment celle des ressources terrestres....et la possible survie d'une société utopique qui a oublié le propre des humains....s'insurger contre des diktats qu'ils estiment liberticides.....et leur force de vie au final.......une force et une faiblesse en l'occurrence....On s'insurge contre la mort, cruelle, injuste, mais la vie sans la mort serait-elle possible  ?

Le seul bémol pour la féministe que je suis, la recherche obstinée de Roland, son amour disparu soudainement, par Jeanne (pendant 17 ans) au détriment de l'éducation de son seul fils.....là, j'ai du mal Smile Mais bon, c'est un roman d'anticipation....Very Happy

Un roman où l'on croise Kennedy, Nixon, Krouchtchev, Nehru, de Gaulle, tous ces grands personnages disparus...

Très bien conçu....très bien documenté...une grand part de réalisme...ce qui en fait toute sa force !

" Dans la deuxième partie des années 60, un certain nombre de savants et de techniciens de discipline de pointe, appartenant aux nations les plus diverses, furent soustraits à leurs activités.

A Meudon, Eugène Libert, astronome, rentrant chez lui à bicyclette le 7 septembre 1966, après une nuit d'observation, n'arriva pas à son domicile.

A Détroit, le 3 mars 1967, Albury King, chimiste, spécialiste des alliages d'aciers spéciaux, fut aperçu pour la dernière fois montant dans un autocar à destination de Ann Arbor. Il n'avait aucune raison de s'y rendre, et, en fait, il ne s'y rendit pas.

Le 29 août 1969, le biologiste hollandais L.Groning, le seul au monde à avoir réussi à maintenir en vie pendant quatorze jours un chimpanzé à la température zéro degré, revenant de vacances en Yougoslavie, entra en Allemagne fédérale à Schärding, et n'en ressortit nulle part.

Ainsi disparurent ou furent considérés comme ayant péri dans des accidents, un ingénieur américain travaillant pour la NASA au perfectionnement de cellules solaires, un pépiniériste allemand, toute une équipe russe qui poursuivait des recherches sur la nature de la gravitation, un hôtelier suisse, deux architectes, des ouvriers, en tout une centaine de personnes, hommes et femmes, chacun étant un des meilleurs dans sa spécialité. Le physicien japonais Kinoshita, atteint d'un cancer généralisé, fut retiré par sa famille de l'hôpital où il agonisait alors qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre. Le cercueil qui fut déposé une semaine plus tard dans son tombeau ne contenait qu'un sac de terre.

Ces disparitions n'attirèrent par particulièrement l'attention. Il disparaît chaque année dans le monde des dizaines de milliers de personnes qu'on ne retrouve jamais.



Mots-clés : #historique #sciencefiction #xxesiecle
par simla
le Jeu 3 Sep - 5:44
 
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Sujet: René Barjavel
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MORI Ōgai

Aux environs de 1912, Mori Ogai entreprit la rédaction de plusieurs récits historiques, plutôt à part dans son œuvre. Quelques uns d’entre eux nous sont proposés dans ce livre.

Tag historique sur Des Choses à lire 97822511

Vengeance sur la plaine du temple Goji-in, et autres récits historiques

Autant le dire tout de go, ce fut une lecture... déconcertante. Car ces récits historiques sont majoritairement composés d’une succession de faits bruts, exempts de tout sentiment, de toute explication. Et je me suis retrouvée bien perplexe devant ces interminables énumérations qu’évoquaient déjà shanidar, et dont l’extrait qui suit n’est qu’un petit exemple :

Le bateau arriva à Saganoseki dans le pays de Bungo. Ils passèrent à Tsurusaki, entrèrent dans le pays de Higo où ils se rendirent en pèlerinage au santuaire impérial du mont Aso, ainsi que sur la tombe du seigneur Seishô à Kunamoto. Ils enquêtèrent pendant 3 jours dans cette même ville, de même qu’à Takahashi, avant de se rendre en bateau à Shimabara dans le pays de Hizen. Ils y restèrent 2 jours, puis partirent à Nagasaki. Après 3 jours, ils apprirent que l’on avait vu à Shimbara un moine qui pouvait être leur ennemi. Ils rebroussèrent chemin et enquêtèrent encore pendant 5 jours.  Après cela ils repassèrent 3 nouvelles journées à Kunamoto, puis 2 jours à Udo, un jour à Yatsushiro et 2 jours à Nanku-juku, avant de reprendre le bateau jusqu’à un port situé au pied du mont Onsen-dake dans le pays de Hizen.


Bien sûr, parfois, Mori Ogai nous fait la grâce d’un dialogue ou d’une amorce de sentiments. Je me jetais avidement sur ces passages, avant que mes espoirs de voir les personnages prendre corps ne tombent immanquablement à l'eau quelques lignes plus loin… J’ai donc fait le yo-yo émotionnel durant toute ma lecture… Et ce n’est évidemment pas un hasard si les deux textes qui m’ont le plus plu, Yu Xuanji et Les derniers mots, sont aussi ceux où les sentiments des personnages affleurent le plus.
Je ne sais à quel point ces récits sont caractéristiques du style de Mori Ogai, mais une chose est certaine : Vita Sexualis, l’une des œuvres les plus connues de l’auteur, s’est révélée aux antipodes des récits une fois feuilletée. Il faut dire que Mori Ogai expérimenta beaucoup ; s’éloignant des carcans classiques, il inventa un style moderne et novateur. Les récits historiques, rédigés à la fin de sa carrière, sont eux aussi une forme d’expérimentation. De toute évidence, la nouveauté stylistique ne passant pas la barrière de la traduction, c’est tout un pan du récit dont le lecteur occidental se retrouve privé. La postface de Takemori Ten.yû. s’avère alors bien utile pour comprendre le côté subtilement subversif de ces textes sous leur apparence anodine et désincarnée.

Malgré la forme parfois rébarbative, tout comme shanidar, je soulignerai l’intérêt culturel de cette lecture. Ainsi le premier récit, consacré à une vengeance familiale, nous apprend que suite au meurtre de l’un des leurs, une famille de guerriers pouvait solliciter une « autorisation de vendetta ». Un permis de tuer, certes, mais surtout l’obligation pour les hommes chargés de cette vendetta d’arpenter le pays sans relâche, des années durant parfois, afin de retrouver le coupable. Impossible pour eux d’envisager un renoncement, au risque de se condamner à une vie de paria. Honneur oblige...

En conclusion, ce fut une expérience déroutante mais, étonnamment, pas ennuyeuse. J’ai bien du mal à démêler ce qu’elle m’inspire, et à expliquer à la fois cette sensation de désarroi face à une forme dont la finalité m’est restée hermétique, et le sentiment que c’était une lecture que j’étais contente de faire malgré son aspect parfois poussif. Pour apprécier malgré tout ces récits, il faut probablement accepter qu’une bonne part nous en échappe…


Mots-clés : #historique #traditions
par Armor
le Lun 31 Aoû - 0:33
 
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Sujet: MORI Ōgai
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Heimito von Doderer

Un meurtre que tout le monde commet

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Le mystère approprié à la dimension policière du roman se dissipe très progressivement dans l’un des premiers livres d’Heimito von Doderer. De sorte qu’à l’instar de l’environnement et des personnages, tout finit par paraître évident, transparent. Oui certes, ces derniers éléments le sont dès le début, ils semblent pour ainsi dire d’une grande netteté au lecteur, d’un éclat diaphane. On voit très bien les lieux de l’enfance de Castiletz, qu’il décrit avec un sens de la métaphore vigoureux et parfois empreint de sensualité. On ressent de même cette transparence pour la psychologie des personnages, figures narquoises ou sincères, développant toutes sortes d’idées sur le comportement de l’être humain, ses intuitions intellectuelles ou son psychisme. Toute cette intrigue est d’une curieuse mécanique non dénuée d’humour par ailleurs. Tout tient au cordeau, à l’image du réseau compliqué des rues, qu’on parcourt avec Castiletz.

Heimito von Doderer a écrit:Mais Castiletz, qui avait depuis longtemps quitté la cheminée pour rejoindre son ancienne place dans le fauteuil près de la petite table encombrée de bouteilles ― Castiletz par contre semblait avoir été mis dans un soudain état de tension par les propos du maître de maison. Ses yeux palpaient les verres comme s’il voulait emprunter à ces objets fragiles, transparents et évasés, une forme que son esprit n’arrivait pas à produire parce qu’en ce moment il ne disposait pas d’emblée des mots, comme le buveur dispose d’un verre.


Mots-clés : #initiatique




Les Démons

Tag historique sur Des Choses à lire 919npe10

Oh, mais par quel bout le prendre ? C'est immense. Une ville entière (et non des moindres, Vienne), mais, contemplée dans la paume de ses mains, avec son réseau complexe de rue (je me répète sans doute par rapport à mon commentaire sur Un meurtre que tout le monde commet, c'est chez Doderer une sorte de leitmotiv.) Le lecteur est d'abord un peu perdu puisqu'il y a beaucoup de sujets difficiles à relier entre eux ― dans un premier temps seulement, que le lecteur ne s'inquiète pas même si ce temps est long ― ainsi qu'un nombre considérable de personnages. Le développement de l'intrigue ressemble à ces milles et imperceptibles remous dans l'eau (cette eau que Doderer aime tant décrire), vaguelettes formant des vagues de plus en plus grosses, grasses. Cette intrigue se dévoile dans la "chronique" comme dans les interactions, lesquelles sont décrites avec une précision, avec une force admirables... Par l'entremise d'une masse colossale de détails fictifs ou réels (le roman s'organise autour d'un événement historique, à savoir la révolte du 15 juillet 1927) l'écrivain autrichien recréé une époque qu'il a lui-même connu, où il adhérait aux idées nazies. Adhésion qu'il rompra avant d'écrire la seconde version des Démons (la première a été abandonnée), et qu'il reconnaîtra avoir été une erreur barbare.

Très très lentement, on voit ce "monsieur von G―ff" devenir plus tout à fait le narrateur objectif qu'il prétendait être (l'auteur de cette "chronique", donc), c'est-à-dire plus seulement un narrateur mais un personnage impliqué dans le roman, avec ses propres affects. On le voit pour ainsi dire plonger dans les vagues dont j'ai parlé, nager dedans. Et nous sommes à notre tour comme un poisson dans l'eau. Une réflexion d'un personnage ou juste une blague dite par lui, est tournée de tous côtés, creusée, presque jusqu'à prendre les dimensions du roman lui-même. Cette écriture analyse, décortique, va en profondeur, jusqu'au fond de l'être et des choses, de sorte qu'il faudrait mettre côte à côte certaines pages des Démons et celles de la Recherche

Heimito von Doderer a écrit:Dès maintenant, la lueur de la braise prenait la couleur de ce qui est depuis longtemps passé. Et cette douleur que j’anticipais ― tendu moi-même vers l’avenir, pourtant, donc jeune et plein de rêves secrets, d’espoirs hardis ! ― elle l’emportait en moi sur toutes choses pour l’instant ; et je regardais déjà le cher visage qui me faisait face comme un souvenir plein de mélancolie évoqué du fond de lointaines années, exactement comme je contemple aujourd’hui la même image montant des profondeurs, vingt-huit ans après.


Mots-clés : #historique #lieu
par Dreep
le Sam 8 Aoû - 12:40
 
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Sujet: Heimito von Doderer
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Mario Rigoni Stern

Histoire de Tönle

Tag historique sur Des Choses à lire Rigoni10

Le haut-plateau d'Asiago, aussi dit des Sept Communes, dans la province de Vicence en Vénétie, se situe à la frontière avec l’Autriche-Hongrie. Tönle y est contrebandier et berger lorsque survint le bouleversement que l’attentat de Sarajevo apporta dans toute la Mitteleuropa, et le monde entier : la Première Guerre mondiale. On pense à Magris et Rumiz ‒ ces Frontières de l’Europe où Tönle a bourlingué et dont il parle les langues et dialectes.
Un cerisier sauvage poussait sur le toit de tavaillons et de chaume de sa maison, détruite tandis que la frontière passait d’un côté puis de l’autre...

Mots-clés : #biographie #historique
par Tristram
le Mer 29 Juil - 0:23
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
Réponses: 16
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Le One-shot des paresseux

Alain Dister

Tag historique sur Des Choses à lire Alaind11
Né le 25 décembre 1941, décédé le 2 juillet 2008

Journaliste et photographe, a collaboré entre autres à Rock & Folk, Guitare Magazine, Actuel, Libération, etc...
Grand connaisseur du rock en général, des mouvements et des musiques des années 1960-1970-1980, qu'il a vécus "sur place", entendez entre Los Angeles, San Francisco, Detroit, Chicago, London, Paris, etc...

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Rock Critic
Sous titré: Chroniques de rock'n'roll (1967-1982).

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190 pages environ, dont annexe et préface. Compilation d'articles et d'interviews, un peu développés pour l'occasion, parus entre 1967 et 1982, édition 2007.

Un bon moment que cet ouvrage, peut-être mieux à sa place sur le fil d'ArenSor (Souvenirs, souvenirs), ou même pour certains passages sur celui de Bix (Blues) et les titres comme les artistes donnent des pistes pour garnir indéfiniment le fil Juke Box.
Alain Dister a remanié de fond en comble un premier jet, paru en 1987.

La truculence, un certain humour, le fait d'avoir vécu tout cela de l'intérieur. Quelques grands oublis peut-être - mais enfin c'est le jeu c'est ce qui distingue une compilation d'articles d'une somme visant à appréhender l'époque en ne laissant personne de côté.  

Le photographe n'est jamais loin du journaliste, quand il écrit; jugez plutôt cette mise en bouche:

Il pleut. Cité pourrie. Des piles de cartons effondrées jonchent les trottoirs. Des ombres courent, enjambant un clochard assommé par l'alcool. On m'a donné rendez-vous quelque part sur la 2ème Rue. Pour y arriver, il faut traverser tout le Bowery. Un monde, là, s'est écroulé. Quand on y arrive, on ne peut pas aller plus loin. C'est la fin avant le grand saut. Des milliers d'épaves humaines oscillent de bar en bar, s'écroulent n'importe où, dans des caniveaux que personne ne nettoie, sur des pas de portes fermées à tout jamais. Des yeux glauques dans des visages sans couleur me regardent passer avec une indifférence haineuse. On a peur de ce quartier, sans doute parce que n'importe qui peut y finir sa vie. J'arrive enfin devant l'objet de mes recherches. Un immeuble bas, en briques vaguement rougeâtres, seul debout au milieu de baraques éventrées qui servent d'abris nocturnes aux pauvres hères du coin. Une porte peinte en jaune, éclatante comme un soleil au milieu de cette désolation. Un écriteau: Third World, Love. Tout le premier étage - un ancien atelier de confection - a été transformé en studio.  



Ou cette évocation d'Elvis, et des années 1950 version US:
Le système tendait à faire des jeunes de braves cons bornés, susceptibles de bien voter et de consommer beaucoup. Ce système, toutefois, ne concernait que les Blancs, en majorité les WASPS (White Anglo-Saxon Protestants). Les Noirs, n'ayant pas encore acquis les droits civils n'avaient qu'à la boucler et croupir dans leurs ghettos, à chanter leurs machins rigolos. Ils n'étaient pourtant plus les seuls à les écouter. Depuis pas mal d'années, ils avaient organisés leurs propres médias: stations de radio à Memphis, petites marques de disques à distribution locale, circuits de concerts dans les bars et les baraques en planches (juke joints)  au bord des routes. Tous les grands bluesmen sont passés par là.

[...] c'est à lui [Sam Phillips] que rendit visite, un bel après-midi de printemps 1954, un grand camionneur timide et nonchalant, soucieux de se faire un petit extra en chantant des cantiques et des ballades locales. Le jeune Elvis avait aligné ses trente dollars et enregistré deux ou trois morceaux. Et puis, durant une pause, il avait empoigné une guitare et balancé un de ces trucs dingues diffusés sur une station noire, "That's All Right (Mama)".  
Il en avait rajouté un peu, imitant le côté expressif des chanteurs noirs.  Mais, pour Phillips, ç'avait été la révélation. En un éclair, il avait compris que cette musique, péniblement vendue à une clientèle noire fauchée, rapporterait des millions dès qu'elle serait accessible à la masse des jeunes blancs. Pour peu, bien sûr, qu'on peaufine les arrangements. Presley avait une belle voix, mais restait un guitariste limité. Il n'était évidemment pas question de lui adjoindre des accompagnateurs noirs. Le Sud raciste aurait hurlé. Des blancs qui connaissaient parfaitement les rythmes noirs, le R'n'B, le blues, il y en avait pas mal. Encore fallait-il qu'ils acceptent de se produire à côté de ce garçon un peu exhibitionniste pour le prude Tennessee.
L'un d'entre eux allait littéralement créer un nouveau langage de la guitare Rock: Scotty Moore. Les riffs qu'il a inventés sont encore en usage un peu partout.

 Mais les inspirateurs de Presley, que sont-ils devenus ? L'un d'eux, Arthur "Big Boy" Crudup, est mort dans la misère voici quelques années Auteur des premiers succès d'Elvis, il n'a jamais touché une tune de royalties. Presley n'était sans doute pas responsable de cette mesquinerie cruelle du show-business. Elle ne constituait qu'un des aspects du "barrage" établi contre la culture des Noirs, jugée dangereuse pour les fils de la blanche Amérique. (1977)      



Bref, un parfait ouvrage à trimballer, au format sac à dos ou sac de plage, ou encore transports en commun, n'oubliez pas de faire suivre le son et en avant la musique !
Mots-clés : #historique #musique #xxesiecle
par Aventin
le Mer 15 Juil - 22:03
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 162
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Marguerite Yourcenar

L'Œuvre au noir

Tag historique sur Des Choses à lire Yource10

Roman, 1968, 330 pages environ.  

(relecture)

Magnifique roman, ne cède en rien en altitude aux Mémoires d'Hadrien.

Fine, élégante écriture pseudo-classique, de haute volée.
Marguerite Yourcenar sollicite, à sa façon, le lecteur pour qu'il développe à partir de ses riches énoncés (et c'est régal).

Style remarquable:
On sort du "je" narratif (toujours en comparaison avec les Mémoires d'Hadrien). Une sorte d'impersonnalité narrative, qui peut passer, en trompe-l'œil, pour de la froideur, mais c'est pour mieux poser quelques écrins de tournures et mots rares ou se raréfiant à l'usage de nos jours, la froideur tempérant l'accusation de pédantisme ou d'excès de frivolité dans la recherche fouillée.

Classicisme de la syntaxe (merci, Mme Yourcenar, d'employer dans un roman francophone post Céline/Sartre, des temps de conjugaison peu usités de nos jours en langue française, au lieu de s'en tirer par des périphrases ou des découpes à un point tous les cinq mots !), sur laquelle se greffent des images qu'on dirait baroques, ou bien issues des tableaux des maîtres de la Renaissance.

La Renaissance, justement: Sa mystique, sa violence, ses espérances, ses grands anonymes, ses savants cachés, ses couvents, ses banquiers, ses autorités, ses bourgeois, ses peuples, ses soudards, ses guerres permanentes, ses juges... l'époque nous est brossée sans la moindre complaisance, et de façon très érudite: à ce propos, la note de l'auteur, qui clôt l'ouvrage, est précieuse et fort éclairante, on en regretterait presque que d'autres auteurs ne se plient pas au jeu de laisser sur un coin de table la genèse de leurs créations, leurs recherches...

Une certaine matière médiévale n'est point absente de ces pages, comme une vigueur crue, qui sûrement colle à un regard sagace sur l'époque de narration, la Renaissance n'est pas une rupture avec le monde tel qu'il existait précédemment effectuée en un jour.


Au commencement, deux cousins se rencontrent par hasard sur une route des Flandres: l'un est militaire et s'en va quérir gloire, honneurs et vie de camp, l'autre la science et la sapience, ainsi qu'une quête explorative du monde. On ne sait pas, durant tout le début, lequel d'entre Zénon le philosophe et Henri-Maximilien le soldat sera le héros principal, à supposer qu'il n'y en ait pas deux...

Les thèmes de la recherche, de l'intelligence opposée à la bêtise crue, le combat contre les dogmes et les vérités admises parce qu'assénées, la médecine, la singularité, la Foi et l'athéisme, l'alchimie non traitée de façon farfelue, grotesque ou romantique, la quête de savoir, la médecine et le soin apporté à autrui de façon plus générale, la rébellion, l'audace, la transgression, les erreurs aussi, les découvertes aux conséquences néfastes si ce n'est meurtrières, la solitude et la discrétion, tout ceci compose avec puissance dans le creuset de l'auteur.
Les dialogues sont, parfois, d'une dureté sans nom, bien que d'une grande sobriété.

Le travail d'auteur, L'Œuvre à l'Encre Noire est tellement ciselé qu'on ressent la perfection comme but à atteindre, pour un livre que Marguerite Yourcenar a porté pendant une quarantaine d'années avant de le publier, et qui prendra dix années de dur labeur à sa compagne et traductrice Grace Frick, dans leur maison du Maine, avant d'apposer le point final à la traduction anglais: dix années...

Maintenant, les deux branches de la parabole se rejoignaient; la mors philosophica s'était accomplie: l'opérateur brûlé par les acides de la recherche était à la fois sujet et objet, alambic fragile et, au fond du réceptacle, précipité noir.
L'expérience qu'on avait cru pouvoir confiner à l'officine s'était étendue à tout. S'en suivait-il que les phases subséquentes de l'aventure alchimique fussent autre chose que des songes, et qu'un jour il connaîtrait aussi la pureté ascétique de l'Œuvre au Blanc, puis le triomphe conjugué de l'esprit et des sens qui caractérise l'Œuvre au Rouge ?
Du fond de la lézarde naissait une Chimère.
Il disait Oui par audace, comme autrefois par audace il avait dit Non.  



Mots-clés : #culpabilité #exil #famille #historique #medecine #philosophique #renaissance #violence
par Aventin
le Lun 6 Juil - 19:36
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
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Leonardo Padura Fuentes

Les brumes du passé

Tag historique sur Des Choses à lire Padura10
Titre original: La neblina del ayer. Roman, paru en 2005, 335 pages environ.

Polar juteux pour lequel Padura utilise à nouveau, à ce qu'il semble, le personnage de Mario Conde (que je découvre pour ma part).
Mario Conde est un ancien policier démissionnaire, la quarantaine approchant la cinquantaine, reconverti dans la chasse aux livres aux fins de revente, mais aussi par amour des livres, l'intérêt en termes lucratifs ne se substituant pas toujours à l'intérêt, celui qui donne sens.
Pour sa bonne ou mauvaise fortune - lui-même n'aurait su le préciser - son départ de la police et son entrée dans le monde du commerce avaient coïncidé avec l'annonce officielle de l'arrivée de la Crise dans l'île, cette Crise galopante qui allait bientôt faire pâlir toutes les précédentes, toujours les mêmes, les éternelles, parmi lesquelles le Conde et ses compatriotes s'étaient promenés pendant des dizaines d'années, périodes récurrentes de pénuries qui commençaient à se ressembler, à cause de la comparaison inévitable et de la mauvaise mémoire, à des temps paradisiaques ou à de simples crises sans nom n'ayant pas droit, de ce fait, à la terrible personnification d'une majuscule.


Donc notre Mario Conde pratique le porte-à-porte, en pleine disette quant à la pêche aux livres qui peuvent rapporter à la revente, toque à une énième porte d'une maison de grande allure mais fort délabrée, sans le moindre espoir.  
Accueilli par un frère et une sœur, âgés, qui gardent-là leur maman, selon eux très âgée et folle.

Visiblement tous deux sont sans ressources et affamés. Ils ouvrent à Conde la porte de la bibliothèque, condamnée et intacte (hormis son dépoussiérage hebdomadaire, tranche des livres comprise) depuis quarante ans.

Un trésor bibliophile, sans doute la plus extraordinaire bibliothèque de Cuba, celle de la haute famille des Montes de Oca, lignée de dignitaires disparus sans descendance, le dernier dans un accident de la route en Floride où il venait de s'installer, fuyant le régime castriste post-Batista (bien qu'il entretenait de très mauvais rapports avec Batista).

Mais, tout en entreprenant petit à petit de vendre ces livres avec l'accord du frère et de la sœur, qui s'y résolvent en dépit d'un interdit formel, une promesse de leur mère, c'est bien autre chose que Conde découvre: une piste consistant en une feuille glissée dans un livre, menant à une voix extraordinaire, celle de la chanteuse de boléro disparue et oubliée Violeta del Río...

Très bien bâti, tenant en haleine (même si on devine peut-être un peu trop tôt l'assassin), écriture vive sans être foisonnante, les codes du polar sont là.

S'y greffent un panorama de la réalité de l'île au début du XXIème siècle, bien des références littéraires et bibliophiles cubaines passionnantes (sujet oblige), une peinture sociale et sociétale des années de la dictature castriste puis du monde d'après celle-ci, ainsi que de la fin du Cuba des années Batista, et, pour ne pas que cette culture-là, de premier plan dans l'île, soit en reste, de la musique cubaine de la seconde moitié du XXème.  

On s'y délecte d'un bel humour de dignité dans la misère, l'interdit et les fléaux, prouesse qui me fait penser, avec Georges Duhamel, que l'humour est la politesse du désespoir. Le tout enrobé de chaleur moite caraïbe.

J'ai passé plus de soixante ans à jouer dans tous les orchestres qui se présentaient, à lever le coude dans tous les bars de La Havane, à baiser jusqu'à l'aube sept jours sur sept, alors vous imaginez combien de gens du spectacle j'ai connus ?
Depuis les années 20, La Havane était la ville de la musique, de la jouissance à n'importe quelle heure, de l'alcool à tous les coins de rue et ça faisait vivre beaucoup de gens, non seulement des maestros comme moi, car tel que vous me voyez, j'ai passé sept ans au conservatoire et j'ai joué dans l'orchestre philharmonique de La Havane, mais aussi tous ceux qui voulaient gagner leur vie en faisant de la musique et avaient les couilles pour s'accrocher...
Après, dans les années 30 et 40, c'est devenu l'époque des salles de bal, des clubs sociaux et des premiers grands cabarets avec casinos de jeux, le Tropicana, le Sans Souci, le Montmartre, le Nacional, le Parisién et tous les petits cabarets de la plage où mon copain El Chori était le roi.
Mais dans les années 50, ça s'est multiplié par dix, parce que de nouveaux hôtels ont ouvert, tous avec des cabarets, et les night-clubs sont devenus à la mode; je ne sais pas combien il y en avait dans le Vedado, à Miramar, à Marianao et là, il n'y avait plus de place pour les grands orchestres, seulement pour un piano ou une guitare et une voix. C'était l'époque des gens du feeling et des chanteuses de boléros sentimentaux, comme je les appelais. C'étaient vraiment des femmes singulières, elles chantaient avec l'envie de chanter et elles le faisaient avec leurs tripes, elles vivaient les paroles de leurs chansons et cela donnait de l'émotion pure, oui, de l'émotion pure.
Violeta del Río était l'une d'elles...
[...]
On m'a dit que très souvent elle se mettait à chanter pour chanter, pour le plaisir, toujours des boléros bien doux, mais elle les chantait avec un air de mépris, comme ça, presque agressive, comme si elle te racontait des choses de sa propre vie.
Elle avait un timbre un peu rauque, de femme mûre qui a beaucoup bu dans sa vie (NB: elle avait 18-19 ans), elle n'élevait jamais trop la voix, elle disait presque les boléros plus qu'elle ne les chantait et dès qu'elle se lançait les gens se taisaient, ils en oubliaient leurs verres, parce qu'elle avait quelque chose d'une sorcière qui hypnotisait tout le monde, les hommes et les femmes, les souteneurs et les putains, les ivrognes et les drogués, car ses boléros elle en faisait un drame et pas n'importe quelle chanson, je te l'ai déjà dit, comme si c'étaient des choses de sa propre vie qu'elle racontait là, devant tout le monde.
  Cette nuit-là j'en suis resté baba, j'en ai même oublié Vivi Verdura, une grande pute qui mesurait au moins six pieds, que j'avais dans la peau et qui m'a piqué mes consommations. Et pendant l'heure et quelque, ou les deux heures, je ne sais plus, où Violeta a chanté, c'était comme marcher loin du monde ou très près, aussi près que d'être là devant cette femme, sans jamais vouloir en sortir...    
     


Merci à Chamaco  Tag historique sur Des Choses à lire 1252659054 , si d'aventure il passe par cette page, pour l'excellente adresse Padura !

Mots-clés : #amitié #historique #insularite #polar #universdulivre #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil - 16:48
 
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Sujet: Leonardo Padura Fuentes
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Earl Thompson

Tag historique sur Des Choses à lire Jds_10

Un jardin de sable

Un roman captivant et fiévreux, parfois outrancier mais souvent bouleversant. Earl Thompson dévoile dans Un jardin de sable le récit de l'enfance de Jacky, né dans le Kansas au coeur de la Grande Dépression. Après la mort accidentelle de son père et abandonné par sa mère, il est élevé par ses grands-parents : confronté à la pauvreté du quotidien, il est ballotté de maisons en maisons durant plusieurs années, quelques instants de tendresse ne parvenant à masquer de constantes désillusions. Jacky retrouve après plusieurs années sa mère avec un beau-père violent et cruel, et noue alors avec elle une relation tourmentée et fébrile, virant à l'inceste au bout d'une colère, d'un manque affectif, d'un rejet de soi et de l'autre. Annonçant alors une entrée dans l'adolescence avec la sensation d'un vide béant.

L'héritage de la crise de 1929 a inspiré de nombreux textes d'une grande puissance émotionnelle, et Earl Thompson impressionne par la dimension chaotique, passionnée et auto-destructrice de son écriture. La violence est omniprésente, et chaque journée semble être un combat perdu d'avance face à un monde qui engloutit chaque promesse d'un renouveau, d'un équilibre. Dans ces conditions, l'enfance a perdu d'entrée son innocence et les maladresses, les éclats de fureur de Jacky sont avant tout les reflets d'une détresse, d'une recherche de compréhension. L'évocation d'une souffrance à travers la sexualité, jusqu'à l'inceste, est alors une fuite en avant, difficilement soutenable et pourtant jamais scabreuse.

Mais au-delà d'une noirceur,  Earl Thompson parvient, dans l'excès, à sublimer des moments de désespoir pour saisir une forme d'obstination, de courage, de force vitale. Un jardin de sable reste ainsi un temps fort de mon année littéraire.


Mots-clés : #enfance #famille #historique #social #violence
par Avadoro
le Sam 27 Juin - 23:59
 
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Sujet: Earl Thompson
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Lance Weller

Les marches de l'Amérique

Tag historique sur Des Choses à lire 1494-c10

1815, année de l’éruption du Tambora (qui provoqua "l’année sans été") et de la naissance de Tom Hawkins, beau migraineux taciturne et « tueur d’hommes » (mais en fait il ne tuera que porté par les circonstances, il ne sera jamais un brigand). Puis son enfance, sa rencontre avec Pigsmeat Spence son voisin sur une terre ingrate (grand et laid par contraste), enfin leur vie ensemble sur les routes, ou plutôt dans les immensités de l’Ouest et du Sud.
Puis leur voyage de conserve avec Flora, la belle et rebelle esclave (surtout sexuelle ; sa peau est si claire qu’au premier abord les gens ne s’avisent pas qu’elle a du sang noir, et donc est une esclave), vendue, violée, prostituée.
« Cette première nuit, il lui prit tout ce qu’elle avait à donner ; tout ce qu’elle ignorait même qu’elle possédait, jusqu’au moment où il le lui prit. Tout ce qui pour elle signifiait être une enfant lui fut pris sur ces draps frais. »

Les rares paroles de Tom sont volontiers oraculaires et sentencieuses :
« Tom haussa les épaules et dit que, d’après l’expérience qu’il en avait, dans la vie tout n’était pas aussi tranché que cela. Selon lui, les dénouements étaient des choses rares et, sauf si on comptait les morts naturelles et les meurtres, il n’y avait pas de vraies fins comme dans les livres. Il la regarda, puis détourna les yeux.
‒ J’en ai fait l’expérience, dit-il doucement, les choses ont une façon bien à elles de ne pas aboutir. (Il s’éclaircit la gorge.) On m’a dit un jour que les histoires des gens leur appartenaient en propre. Que c’étaient comme des possessions qu’on ne pouvait pas leur enlever, et que personne ne pouvait s’amener tout simplement, une fois que c’était passé, et démêler le récit de quelqu’un d’autre de manière à lui donner un sens convenable. »

Tom fait une rencontre marquante avec le vieux Gaspar :
« Maintenant me voilà plus vieux que j’aurais jamais cru en avoir le droit et, tout comme toi, à chaque pas que je fais je deviens encore un peu plus vieux et plus éloigné de ce que j’étais. C’est sûrement pour ça que j’aime tant rester assis au bord d’une rivière. Je m’installe et puis je les regarde faire tout le boulot. (Il haussa les épaules et se désigna d’un geste.) Mais je vais te dire une chose. Que je sois pendu si je sais comment c’est arrivé. J’ai laissé quelque chose m’échapper, quelque part, et je me sens tellement fini que je ne sais même plus quoi faire de ma carcasse. Je suis devenu un vieillard si désagréable que j’ai du mal à le supporter. »

« Une fois que tu auras traversé et que tu seras là-bas, dans ces territoires sauvages au-delà de la frontière, rien n’aura plus de sens, sauf celui que tu donneras toi-même aux choses. Il n’y a plus aucune mesure, tout est trop vaste, le pays lui-même te tuera si tu n’y prends pas garde. L’herbe, les pierres, le temps, sans parler des hommes que tu rencontreras au milieu de tout cela. »

« À mon avis, ce qu’il te reste à faire maintenant, c’est trouver une façon de vivre avec ce que tu as fait. Mets de côté la question du bien et du mal. Maintenant, c’est fait. Alors ce que tu dois faire en attendant, c’est trouver une façon de tenir toute une journée, puis celle d’après, puis toutes celles qui vont suivre parce que, aussi sûr que je suis assis là avec mes douleurs, tu vas devoir tuer à nouveau. »

Ce roman d’aventures à fond historique est publié dans la collection "NATURE WRITING" chez Gallmeister, ce qui me paraît abusif ; il s’y trouve cependant de belles descriptions, notamment de la prairie et surtout de son ciel :
« Il qualifia de violette la couleur du ciel [nocturne] et lui affirma qu’il n’avait pas connaissance d’un autre endroit où une telle couleur était donnée à l’obscurité.
Il s’efforçait de décrire pour elle comment la lumière d’un soir d’été se recourbait à ses extrémités, à l’horizon des étendues les plus lointaines que l’on pouvait espérer voir, et comment elle se repliait sur elle-même, imprégnée de toutes les teintes imaginables. Des bleus si bleus qu’il était quasiment impossible de les concevoir comme étant une autre couleur. Et des ors, des rouges et des oranges si exotiques, si étranges qu’ils passaient certainement par le filtre d’un air parfumé. Des éclairs de vert provenant de la lisière du monde tandis que le soleil glissait doucement. »

Le propos de cet ouvrage, c’est finalement le destin des jeunes États-Unis :
« D’après son expérience, poursuivit-il, l’Amérique ne savait pas encore ce qu’elle était, elle ne savait pas quoi faire, ni dans quelle direction aller. Elle était encore jeune, elle se cherchait encore, mais la promesse qu’elle recelait avait d’autres ambitions qu’emprunter une voie comme celle de Kirker. Il dit que c’était en tout cas ce qu’il espérait parce que la voie suivie par Kirker était celle d’une bête sauvage et non celle d’un homme. »

Et bien sûr, toujours, la violence de l’espèce :
« ‒ La guerre va là où vont les hommes, dit-il. Et les hommes vont partout. »

La narration fait la navette entre passé, présent et même futur, d’une façon assez fine pour ajouter au plaisir de lecture sans dérouter le lecteur.

Mots-clés : #criminalite #guerre #historique #nature #voyage
par Tristram
le Lun 22 Juin - 13:27
 
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Sujet: Lance Weller
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Claudio Magris

Microcosmes

Tag historique sur Des Choses à lire Microc10

Café San Marco
: évoque merveilleusement ce que furent les cafés (ici à Trieste).
« Le San Marco est un vrai café, banlieue de l’Histoire authentifiée par la fidélité conservatrice et le pluralisme libéral de ses habitués. Celui où ne campe qu’une seule tribu, qu’il s’agisse de femmes du monde, de jeunes gens promis à un bel avenir, de groupes alternatifs ou d’intellectuels d’avant-garde, n’est qu’un pseudo-café. Toute endogamie conduit à l’asphyxie : les grandes écoles aussi, et les campus universitaires, les clubs privés, les classes pilotes, les réunions politiques et les colloques culturels sont une négation de la vie, qui est un port de mer.
Au San Marco triomphe, pleine de sève et de vie, la diversité. Anciens capitaines au long cours, étudiants qui préparent des examens et élaborent des stratégies amoureuses, joueurs d’échecs indifférents à ce qui se passe autour d’eux, touristes allemands qui s’intéressent aux plaques rappelant les petites ou grandes gloires de la littérature jadis assidues à ces tables, lecteurs de journaux silencieux, groupes joyeux voués à la bière bavaroise ou au verduzzo, vieillards grincheux qui vitupèrent contre l’époque, individus qui savent tout et contestent tout, génies incompris, à l’occasion yuppies bornés [… »

« Ce n’est pas mal de noircir des feuilles sous les masques qui ricanent et dans l’indifférence des gens assis autour de vous. Ce désintérêt indulgent tempère le délire de toute-puissance latent dans l’écriture, qui a la prétention d’ordonner le monde avec des morceaux de papier, et de trancher doctement sur la vie et la mort. Ainsi la plume se trempe-t-elle, qu’on le veuille ou non, dans une encre mêlée d’un peu de modestie et d’ironie. Le café est un des lieux de l’écriture. On y est seul, avec du papier, un stylo et deux ou trois livres au maximum, agrippé à sa table comme un naufragé assailli par les vagues. »

Valcellina : petite vallée isolée « parmi les plus pauvres de la partie la plus pauvre du Frioul », lieu originel où l’on revient chaque année pour la fusina, « la fête des premiers épis de maïs » :
« …] c’est une certitude indiscutable, un événement dont le retour régulier obéit à une nécessité intangible, autour de laquelle le temps s’enroule et tourne comme la terre autour de son axe. »

Mais il y a un risque de repli chauviniste :
« Toute identité comporte aussi quelque chose d’affreux, puisque pour exister elle doit tracer une frontière et repousser celui qui se trouve de l’autre côté. »

« Il existe des gens qui savent être attentifs aux valeurs d’un lieu sans se laisser contaminer par cette infatuation viscérale pour son clocher qui rend aujourd’hui si obtuse et si régressive la redécouverte des identités et des ethnies, dans toute l’Italie, pour ne pas dire dans toute l’Europe, et donc aussi dans le Frioul comme à Trieste, où l’on se sent souvent étouffé par la frioulanité et la triestinité. »

Paludes : frontières dans l’espace, le temps et les cultures, avec des approfondissements sur l’Histoire, dont irrédentisme (fin XIXe, revendication de l'unification politique des territoires de langue italienne), et les grands personnages, de l’extranéité de Médée à l’« hybris totalisante » de Francesco de Grisogono, en rappelant…
« …] la tragique dissension, inhérente à cette révolution comme à toutes les autres : nées pour éliminer la violence, elles doivent pour y parvenir s’y livrer à leur tour ou bien, si elles répugnent à le faire, comme à Cattaro, elles sont réprimées. »

Monte Nevoso : ses forêts, et l’histoire de l’ours.
« Beaucoup de filouteries et de prévarications brutales naissent quand on fait de la marmelade avec la grammaire et la syntaxe, quand on met le sujet à l’accusatif et le complément d’objet au nominatif, brouillant ainsi les cartes, intervertissant les rôles des victimes et des coupables, altérant l’ordre des choses, attribuant des faits à d’autres causes ou à d’autres auteurs qu’à ceux qui en sont effectivement responsables, abolissant les distinctions et les hiérarchies dans l’imposture d’une copulation collective effrénée de concepts et de sentiments, corrompant la vérité. »

Colline : Piémont.
« Si l’identité est le produit d’une volonté, elle est la négation d’elle-même, puisqu’elle est le geste de quelqu’un qui veut être ce qu’à l’évidence il n’est pas et donc veut être différent de lui-même, se dénaturer, se métisser. »

Absyrtides : archipel de la côte adriatique devenue croate.
« Une euthanasie anonyme, lente et sûre, faisait le nécessaire pour l’ex-héros, désormais inutile. En regardant ce vieillard, qui avait défié une armée et ne parvenait plus à se raser, on comprenait qu’il est inévitable d’oublier qu’on a été des dieux. »

Antholz : « dans la Stube [pièce commune] de l’hôtel Herberhof, à Antholz Mittertal », au Tyrol, « Vendée du monde germanique ».
« Cependant la Mitteleuropa est catholique et juive et quand l’un de ces deux éléments vient à manquer elle est bancale ; dans les montagnes du Tyrol allemand il manque la composante juive, cette symbiose de mélancolie errante et de vitalité irréductible qui rend picaresque la majesté de l’empire et du monde et mêle à la solennité de l’encens l’âcre odeur de la ruelle.
Les Allemands sans les Juifs sont un corps auquel il manque une substance vitale ; les Juifs se suffisent davantage à eux-mêmes, mais dans tout Juif ou presque il y a quelque chose d’allemand. Toute pureté ethnique conduit au rachitisme et au goitre. Le nazisme, comme toute barbarie, a aussi été imbécile et autodestructif en exterminant des millions de Juifs ; il a amputé la civilisation allemande et détruit, peut-être pour toujours, cette Mitteleuropa-là. »

« Raconter, c’est entrer en guerre contre l’oubli et être de connivence avec lui ; si la mort n’existait pas, peut-être que personne ne raconterait. »

« Les annales d’Antholz sont de la grande histoire parce qu’elles parlent de l’espèce plus que des individus ou des peuples, et que l’espèce inclut le paysage tout entier dans lequel elle évolue. »

« …] ce drame de l’histoire moderne qui oppose Charybde et Scylla, violence particulariste et violence uniformisante : pat non résolu qui continue à piéger l’Europe et explique tant de modernisations centralistes monstrueuses et tant de régressions viscérales barbares. »

« Il n’y a pas que le temps qui soit élastique, l’espace l’est aussi, il s’élargit et se resserre en fonction de ce qu’il contient, parce que c’est du temps solidifié, comme l’existence des gens. »

Funérailles :
« La mort ne dénoue pas, elle assemble au contraire ; c’est un rite de la cohésion sociale, une force centripète. Un homme qui meurt est une petite étoile qui entre en collapsus en acquérant masse et densité et en attirant autour d’elle les autres corps de la société. »

Jardin public : à Trieste.

La voûte : curieuse reprise onirique et autobiographique de certains passages précédents, dans l’église du Sacré-Cœur de Trieste.

Dans la prolongation de Danube, ce livre de méditations sur et dans neuf lieux particuliers de l’espace, du temps et des cultures humaines, n’est jamais loin de la Mitteleuropa comme de l’Italie. La plupart de ce qu’il évoque m’est étranger, et cette étrangeté semble ajouter au charme de la lecture.

Mots-clés : #historique #identite
par Tristram
le Jeu 11 Juin - 0:11
 
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Sujet: Claudio Magris
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Marie Didier

Dans la nuit de Bicêtre

Tag historique sur Des Choses à lire Cvt_da10

Jean-Baptiste Pussin a été une sorte de surveillant-chef à Bicêtre pendant la Révolution. Y étaient réunis des prisonniers (notamment politiques), des aliénés, des malades, des pauvres, unanimement réunis sous l’appellation de « fous », et tout ce qu’on voulait faire passer pour tel, dans des conditions que même l’imagination a du mal à concevoir.

C’est un homme qui a fui la misère de sa famille en Franche-Comté. Scrofuleux, il s’est retrouvé « hospitalisé » à Bicêtre, où son  intelligente humanité est remarquée, et jugée possiblement utile. Il se retrouve ainsi « promu » à ce poste. Il y  développe une empathie pour ces souffrants fort peu ordinaire déjà à  l’époque, qui nourrit une approche intuitivement curatrice. Les mots « soin » et « protection » ont pour lui leur vrai sens. Il fait interdire les mauvais traitements, et par une simple attention humaine, et une perspicacité « psychothérapeutique », guérit des internés qui n’attendaient qu’un peu de dignité pour s’en sortir.

Il finit par faire supprimer les fers à Bicêtre, exploit longtemps attribué à Pinel, médecin-chef du lieu, dont moulte rues portent le nom, aujourd’hui encore, et dont Marie Didier ébauche un portrait humaniste, qui justifie pleinement son titre de « père de la psychiatrie ».

Charles Louis Müller (28 déc. 1815 - 9 janv. 1892)
Pinel faisant tomber les fers des aliénés de Bicêtre en 1792

Tag historique sur Des Choses à lire Extern45


Ceux et celles qui s’intéressent à la psychiatrie, ceux et celles qui s’intéressent à l’histoire, surtout quand elle est revisitée et remise sur les bon rails, ceux et celles qui s’intéressent tout simplement à l’humain qui est en chacun de nous, et peut nous donner un peu d’espoir, ne manqueront pas d’être hantés par ce récit dérangeant, où voisinent l’inhumanité ordinaire et l’humanité singulière de cet homme qui sut infiniment toucher Marie Didier.

(pour tristram : histoire vraie)


Mots-clés : #historique #medecine #revolution
par topocl
le Mar 2 Juin - 14:42
 
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Sujet: Marie Didier
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André Brink

Une saison blanche et sèche

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il y a le Ben d’avant : bon père, bon mari, bon paroissien et bon prof, un rien terne et décevant. Tellement commode pour son entourage. Et puis il y a le Ben d’après les morts de Gordon et son fils, Gordon le balayeur noir du collège, Jonathan, l’enfant brillant dont Ben finançait la scolarité, devenu activiste dans Soweto en flammes. Tous deux arrêtes et torturés à mort, des mort niées et camouflées.

Cherchant la vérité, Ben s’expose à l’opprobre publique et familiale, à la traque et l’inquisition sans limites de la Section Spéciale. Qu’importe, porter la vérité est devenu son seul chemin, c’est devenir vrai lui-même. Sa trahison est sa loyauté.

Interdit de publication à sa parution, Une saison blanche et sèche est un roman-massue extrêmement condensé, concentré, minéral, qui, comme son héros,  va droit au but de la dénonciation, n’omet aucun détail, chemine assidûment et sans détour. Tout est là, tout est utile.

Bien plus que l’histoire d’un autre homme, Gordon, domestique devenu frère par sa mort,  Ben, quelque soit son chemin de croix, veut dénoncer le mal de toute une nation bien-pensante, derrière son Dieu, ses certitudes et sa vertu. Ben est un homme ordinaire, lanceur d’alerte étonné de lui-même, qui se perd pour sauver le monde, car pour lui nul autre choix n’est devenu possible.

Le roman est d’un grand classicisme, mais échappe aux lourdeurs et clichés qu’on redoute par moment. Dans une belle économie de moyens, André Brink ne retient que ce qui est utile à  son propos, mais il laisse aussi la part belle aux doutes, aux interrogations de son héros anti-héros, profondément humain dans son sacrifice. Le déchaînement de violence et de terreur auquel il est confronté n’a d’égal que la sauvagerie des paysages tant urbains que désertiques.


Le fait que le papa de Quasimodo soit de bon conseil n’était plus à démontrer. Reste juste au fiston à entendre ce beau conseil.


Mots-clés : #historique #polar #racisme #segregation #social #xxesiecle
par topocl
le Lun 18 Mai - 11:06
 
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Sujet: André Brink
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Sandor Marai

La Nuit du bûcher

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Un inquisiteur espagnol vient se former à l’orthodoxie romaine (fin XVIe). Outre le rappel historique, ce roman vaut pour mettre en lumière le fait que la Sainte Inquisition fut un instrument parfaitement conçu afin de lutter contre la Réforme ‒ donc un summum du conservatisme ‒ par la terreur, avec une vocation de charité à convertir les hérétiques par la torture puis la « confortation » in extremis avant de les livrer à l’édifiant bûcher purificateur.
« Une simple confession ne suffit pas. Nous avons besoin qu’il reconnaisse que le bûcher dont les flammes dévoreront son corps misérable n’est qu’un feu purificateur, un purgatoire au service d’une cause suprême ! Qu’il comprenne, l’hérétique, qu’en acceptant sa condamnation avec humilité mais aussi en s’accusant lui-même au vu et au su du monde entier, il rend un grand, un ultime service à l’univers des croyants ! »

Intéressant aussi le regard d’un Espagnol, venu d’un pays austère dans une Italie sensuelle, paisible, matérialiste et même pragmatique.
Tous les membres de la société chrétienne doivent être complices du Saint-Office (ce qui explique le rôle des laïques confortatori, ceux qui « fortifient et cherchent à redonner espoir à celui qui n’a plus rien à espérer ») :
« La plupart du temps, nous nous contentons de brûler tous ceux qui sont soupçonnés d’hérésie et ne peuvent attester de leur innocence. Ici, à Rome, on est plus exigeant : on veut débusquer chez chacun le moindre manquement à servir les buts de l’Inquisition. Les indolents sont tout aussi dangereux que les hérétiques actifs et véritables, me disait le padre Alessandro. Toute personne qui ne persécute pas activement l’adversaire est suspecte. »

Particulièrement répugnante est l’exploitation de la délation chez les enfants :
« Les enfants sont les petits observateurs directs de la famille, cette communauté étroite, et le padre soulignait avec quelle joyeuse et vive attention ils s’emparaient des paroles imprudentes des adultes pour ensuite signaler à la Sainte Inquisition ce qu’ils avaient entendu ! […]
Les enfants, ces petits agneaux candides au cœur pur, comprennent la leçon et, avec leur aide, il a été possible bien des fois de démasquer à temps les personnes vivant dans le péché de l’indifférence ou de la résistance, en d’autres termes, enclins à l’hérésie… Quelquefois des pères ou des mères, des frères, des sœurs, comme cela s’est trouvé. »

Comme dans tous les autoritarismes, les livres sont suspects.
« Mais le livre, qui entend exercer son influence au travers de concepts formulés avec des mots, sans s’appuyer sur d’éloquentes représentations, se révèle dangereux car il éveille la pensée. »

« Ce que nous ne pouvons tolérer est que l’on puisse imprimer quelque part un livre où l’écrivain exprime librement ses pensées. »

D’ailleurs la Sainte Cause constitue le prodrome de totalitarismes plus étendus.
« Arrivera une époque où l’on regroupera sans ambages ni perte de temps tous ceux qui seront soupçonnés de tomber un jour dans le péché d’hérésie, à cause de leur origine ou pour d’autres raisons, dans des champs clos par des barrières de fer, pour des périodes plus ou moins longues… mais en général il vaudra mieux que ce soit pour longtemps. […]
Viendra un temps où il faudra enfermer les suspects en groupe, sans discernement, sans tenir compte de l’individu […]
Il faut créer des emplacements entourés de pieux et clôturés de fer sur de grandes surfaces où l’on pourra garder tous ceux qui ne sont peut-être pas hérétiques mais dont on peut à bon droit soupçonner qu’ils le deviendront un jour. Sur ces terrains clôturés, on pourra en surveiller non pas quelques douzaines mais plusieurs milliers en même temps. »

La tâche des inquisiteurs est codifiée, ritualisée, avec des règles très précises :
« La procédure légale donne le droit à l’accusé de demander un avocat commis d’office. Toutefois, le devoir de cet avocat ne peut consister en rien d’autre qu’à aider l’accusé à formuler ses aveux de façon rapide et inconditionnelle et de hâter sa confession puisque c’est la seule façon de sauver son âme. »

« Et par-dessus tout, il faut veiller à ce que l’accusé ne sache jamais ce dont on l’accuse. On doit talonner le suspect sans relâche pour qu’il découvre lui-même son péché, pour qu’il formule, lui, l’accusé, son propre chef d’accusation. »

Giordano Bruno, après sept ans aux mains de l’Inquisition, refuse jusqu’à la fin de courber l’intelligence et le savoir devant la foi.
« Il disait que l’on ne pouvait écrire si on était privé de liberté… »

Subitement (de façon effectivement peu vraisemblable), déguisé en scribe, le narrateur fuit à Genève la calviniste, où il travaille dans l’imprimerie et rédige son compte-rendu à son « frère » resté dans son couvent d’Avila.
« J’ai l’impression d’en avoir dit à la fois davantage et peut-être moins que ce que j’aurais voulu, les mots m’ont échappé : l’écriture est une occupation diabolique. L’homme qui prend une plume à la main se laisse entraîner par son besoin de dire. À un certain moment, il s’aperçoit que ce n’est plus lui qui écrit mais le livre ou le manuscrit qui s’écrit tout seul. Alors il faut serrer la bride et raturer tout ce qui, dans le texte, est superflu. Et à présent que ma subsistance provient de la correction d’écrits profanes, je peux dire que le véritable savoir-faire ne consiste pas à écrire mais à couper.
Si nous voulons formuler la vérité, il faut savoir tailler et effacer tout ce qui n’est pas le mot juste, celui qui exprime quelque chose au-delà de la vérité. »

« Mais il restera toujours quelque part un hérétique qu’ils ne réussiront pas à brûler à temps. Et un seul homme est capable de contaminer tous les hommes sains, tel le lépreux qui ne porte pas de clochette à son cou. »


Mots-clés : #historique #renaissance #universdulivre
par Tristram
le Mer 8 Avr - 0:15
 
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Sujet: Sandor Marai
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Charles Péguy

Je pense que bien peu de monde lit encore Péguy : catholique, nationaliste, belliciste, étendard de la France pétainiste, l’écrivain n’est pas fait pour séduire les jeunes générations. Et pourtant ! Le penseur est aujourd’hui revendiqué par des personnalités aussi différentes qu’Edwy Plenel ou Alain Finkielkraut ! Mais l’écrivain, le poète...
En ce qui me concerne, la récente vision des deux films de Bruno Dumont : « Jeannette » et « Jeanne » m’a rappelé la grande beauté de la poésie de Péguy.

Jeanne d'Arc

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« Jeanne d'Arc » est donc un drame de trois pièces écrit par Péguy en 1897 sous le pseudonyme de Pierre Baudouin (boursier d’agrégation, il ne peut écrire sous son propre nom). C’est la première œuvre importante de l’auteur. En trois pièces, « Domremy », « Les Batailles » et « Rouen » elle retrace trois épisodes importants de la vie de Jeanne d’Arc. Autant vous le dire tout de suite, ce texte est très difficile à se procurer. Vous trouverez facilement le « Mystère de la Charité de Jeanne », mais « Jeanne »… A part la Pléiade ! Et c’est dommage !
La dédicace de l’ouvrage donne tout de suite le ton. Il n’est pas inintéressant de préciser qu’à cette époque, Péguy est socialiste et athée.


« A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts pour tâcher de porter remède au mal universel ;
En particulier,
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour tâcher de porter remède au mal universel humain ;
Parmi eux,
A toutes celles et à tous ceux qui auront connu le remède,
c’est-à-dire :
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour l’établissement de la République socialiste universelle,
Ce poème est dédié.
Prenne à présent sa part de la dédicace qui voudra »


Basée sur des phénomènes de répétition, de monumentalité, la poésie de Péguy est ample, puissante et prend volontiers un côté épique qui l’apparente aux œuvres antiques : "L’Iliade", « Les Perses » d’Eschyle…
Elle est à l’image d’une vague régulièrement redoublée qui vient tout recouvrir en poussant au plus loin :

« Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les flèches se glissaient aux cuirasses de fer ;
Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les haches entaillaient la cuirasse et la chair.

Et j’étais chef de guerre, et tous ces marteaux-là
S’abattaient et broyaient pour m’obéir, à moi ;
J’étais chef de bataille, ô Dieu ! ces haches là
Taillaient et retaillaient pour m’obéir, à moi :

J’ai connu la douleur d’un chef de guerre. »


«  Mais l’Enfer sera clos sur ta Prière aussi,
Et vous, Dépossédés éternels d’Espérance,
Clamerez la Prière éternellement vaine,
Clamerez la Prière éternellement folle ;

Et les hurlements fous d’éternelle souffrance,
Et les hurlements fous d’éternelle prière
Seront comme un silence au flot de la souffrance

Noyés comme un silence au flot de la souffrance :

Car ta mort éternelle est une mort vivante,
Une vie intuable, indéfaisable et folle ;
Et dans l’éternité tous les hurlements fous,
Tout le hurlement fou de souffrance et prière
Sera comme un silence… »


« Alors commencera l’étrange exil sans plage,
L’étrange exil d’absence où vous n’êtes pas là,
La savoureuse absence, et dévorante et lente
Et folle à savourer, affolante et vivante…

Je me sentirai folle à savourer l’absence
Et vivante en folie et folle à tout jamais… »


«  Mon frère, « L’Esprit souffle où il veut » ; l’Esprit souffle quand il veut ; l’Esprit souffle comme il veut ; là où est l’Esprit, là est la liberté, l’entière indépendance. »


Péguy campe une Jeanne qui pourrait être proche de cette jeune femme de l’histoire à qui sainte Marguerite, sainte Catherine et saint Michel ont ordonné de libérer la France des Anglais.
Il en montre la volonté farouche

«  Les hommes ne valent pas chers, madame jeanne ; les hommes sont impies ; les hommes sont cruels, pillards, voleurs, menteurs ; ils aiment la ripaille : c’est bien triste à dire, mais ils sont ainsi, et pendant cinquante ans que j’ai passé ma vie avec eux, mon enfant, c’est toujours ainsi que je les ai connus.
JEANNE
- Mon maître, les hommes sont comme ils sont ; mais il nous faut penser, nous, à ce qu’il faut que nous soyons. »


« Mais à présent que je serai maîtresse de moi, je vous assure, maître Jean, oui je vous assure que je ne dirai plus de mensonges, à présent !
Non ! je ne dirai pas la parole menteuse, et je ne sais pas si j’irai loin, mais je sais bien que je marcherai droit. »


Mais aussi les faiblesses, les doutes, la peur…

« J’aurais mieux fait de filer tranquille. Tant qu’il n’y aura pas eu quelqu’un pour tuer la guerre, nous serons comme les enfants qui s’amusent en bas, dans les prés, à faire des digues avec de la terre. La Meuse finit toujours par passer par-dessus. »


« Mais j’avais peur ;… j’avais peur de la partance,… peur de la bataille,… peur de la défaite,…et je crois bien de la victoire aussi ;… J’avais peur de tout ;… et d’abord j’avais peur de moi, car je me connaissais, et je savais bien qu’une fois partie j’irais jusqu’au bout ;… j’avais peur comme une bête ; et j’étais seule sous ma désobéissance, et j’étais malheureuse, et mon âme s’étouffait sous la désobéissance lourde,… et j’avais peur, j’avais peur, j’avais peur… »



C’est la dure loi de la guerre

« Mais cette piété-là, même, c’est trop beau pour que ça dure. Je connais les soldats, moi : ils sont entrés dans la dévotion parce que c’était du nouveau, parce que ça les reposait du pillage, et de ce qui s’ensuit. C’est comme le vrai carême pour les vrais gourmands. Ca va durer l’espace d’un carême… »


« Oui, ces hommes qui ne vivent que de la guerre, qui ne vivent que par la guerre, qui ne vivent que pour la guerre, qui ne respirent que la guerre, qui ne jouissent que de la guerre, et par elle, vous allez leur vanter les bienfaits de la paix ! ».


Et cette formule, dieu délivrez-nous des imbéciles, je l’appliquerais volontiers à certaines personnes de l’administration…

«- Oh ! les imbéciles ; ce sont eux qui retardent tout, ceux qui entravent tout, eux qui empêchent tout de réussir. Et très finement ils découvrent après cela qu’il y a des entreprises qui ne réussissent point, que la vie est ainsi ; et comme des docteurs, avec des airs de sage, ils veulent bien nous enseigner leur découverte, et que nous finirons bien par nous lasser, nous aussi… Mon Dieu sauvez-nous de ceux qui sont fins, sauvez-nous de ceux qui savent la vie ; mon Dieu sauvez-nous des imbéciles. »


Peut-être inattendu dans un climat semblable, il y a beaucoup d’humour chez Péguy, humour noir bien sûr dans ce contexte…

« GILLES DE RAIS
- Les Anglais n’auraient pas été furieux. Ils n’auraient pas été aussi bêtes que ça ; ils n’auraient pas commencé par tuer les femmes ; on ne peut plus s’en servir quand on les a tuées
Après réflexion
… c'est-à-dire que l’on peut encore se servir d’elles, quand elles sont mortes, seulement…
RAOUL DE GAUCOURT
… Seulement il faut laisser ça aux sorciers. Vous n’êtes pas sorcier ? monsieur de Rais.
GILLES DE RAIS
- Non messire : pas encore… »


«  Malheureusement c’est un métier qui s’en va : si vous saviez comme on en voit, à présent, des questionneurs qui gâchent la besogne, des maladroits, qui tuent les hérétiques sans que cela serve à les sauver. »


«  MAITRE FRANCOIS BRASSET
- Qu’est-ce qui fait le plus d’effet ? dans tout ça, maître Mauger
MAUGER LE PARMENTIER
- On ne peut pas dire, maître François, parce que c’est difficile à comparer… Et puis ça dépend des personnes… Enfin, avec le brodequin, la souffrance est plus pénétrante, plus entrante, plus fausse, plus faussante ; elle porte mieux au cœur ; et surtout on a mieux la force de la sentir… Avec l’eau, la souffrance est plus large, plus envahissante, plus troublante ; c’est à peu près comme de se noyer, seulement on peut respirer, après chaque fois. »


« LE PREMIER
- Oui : on dit qu’elle a voulu faire la guerre à monsieur saint Georges pour faire plaisir à saint Michel, et que c’est pour ça qu’elle est en prison.
LE DEUXIEME
- Ca ne m’étonne pas : c’est toujours comme ça, les affaires des saints. »


« - Moi, je n’aime pas voir brûler des hérétiques, parce que, quand on est du côté du vent, ça sent la graisse brûlée. »



Mots-clés : #guerre #historique #moyenage #poésie #théâtre
par ArenSor
le Dim 29 Mar - 20:21
 
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Sujet: Charles Péguy
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Victor Hugo

Quatrevingt Treize

Tag historique sur Des Choses à lire 9310
Roman, paru en 1874, un peu moins de 400 pages.

Peut se lire ici.


Quatrevingt Treize (il paraît qu'Hugo tenait à la majuscule à Treize, et à l'absence de trait d'union entre quatre et vingt) est une relecture, comme pour Les Chouans, mais la première lecture est encore plus ancienne, elle date des années lycée.

Livre divisé en trois parties distinctes.
La magnifique entame du roman (première partie) est un peu distendue par la grosse insertion descriptive du Paris de 1793 (deuxième partie), alors qu'on revient en Bretagne pour le dénouement, la troisième partie.
L'ouvrage perd en fluidité, mais gagne en dimension.

Roman plutôt situé vers le crépuscule de la carrière d'Hugo, tandis que Les Chouans étaient, pour Balzac, du côté de l'aube de celle-ci.
Ils se réunissent toutefois pour isoler, chacun à leur manière et tous deux avec de grandes libertés avec l'Histoire, une focale sur des évènements qu'ils situent autour de Fougères (Juliette Drouet était native de Fougères, Hugo s'est tellement balladé dans les alentours à son bras et en catimini d'Adèle - Madame Victor Hugo...) et par le fait que ces deux romans sont...deux drames sanglants.


La première partie est en mer, côté royalistes, et donne déjà le ton de l'âpreté, du sanguinaire, de l'héroïsme et du sacrifice.
La fameuse scène du canon ayant rompu ses liens sur la corvette et menaçant de ruine le navire est célèbre, à juste titre, comment ne pas raffoler de ce Hugo-là ?
Extrait:

Première partie Chapitre V, Vis et vir a écrit:Le canon allait et venait dans l’entre-pont. On eût dit le chariot vivant de l’Apocalypse. Le falot de marine, oscillant sous l’étrave de la batterie, ajoutait à cette vision un vertigineux balancement d’ombre et de lumière. La forme du canon s’effaçait dans la violence de sa course, et il apparaissait, tantôt noir dans la clarté, tantôt reflétant de vagues blancheurs dans l’obscurité.

Il continuait l’exécution du navire. Il avait déjà fracassé quatre autres pièces et fait dans la muraille deux crevasses heureusement au-dessus de la flottaison, mais par où l’eau entrerait, s’il survenait une bourrasque. Il se ruait frénétiquement sur la membrure ; les porques très robustes résistaient, les bois courbes ont une solidité particulière ; mais on entendait leurs craquements sous cette massue démesurée, frappant, avec une sorte d’ubiquité inouïe, de tous les côtés à la fois. Un grain de plomb secoué dans une bouteille n’a pas des percussions plus insensées et plus rapides. Les quatre roues passaient et repassaient sur les hommes tués, les coupaient, les dépeçaient et les déchiquetaient, et des cinq cadavres avaient fait vingt tronçons qui roulaient à travers la batterie ; les têtes mortes semblaient crier ; des ruisseaux de sang se tordaient sur le plancher selon les balancements du roulis. Le vaigrage, avarié en plusieurs endroits, commençait à s’entr’ouvrir. Tout le navire était plein d’un bruit monstrueux.

Le capitaine avait promptement repris son sang-froid, et sur son ordre on avait jeté par le carré, dans l’entrepont, tout ce qui pouvait amortir et entraver la course effrénée du canon, les matelas, les hamacs, les rechanges de voiles, les rouleaux de cordages, les sacs d’équipage, et les ballots de faux assignats dont la corvette avait tout un chargement, cette infamie anglaise étant regardée comme de bonne guerre.

Mais que pouvaient faire ces chiffons ? Personne n’osant descendre pour les disposer comme il eût fallu, en quelques minutes ce fut de la charpie.

Il y avait juste assez de mer pour que l’accident fût aussi complet que possible. Une tempête eût été désirable ; elle eût peut-être culbuté le canon, et, une fois les quatre roues en l’air, on eût pu s’en rendre maître.

Cependant le ravage s’aggravait. Il y avait des écorchures et même des fractures aux mâts, qui, emboîtés dans la charpente de la quille, traversent les étages des navires et y font comme de gros piliers ronds. Sous les frappements convulsifs du canon, le mât de misaine s’était lézardé, le grand mât lui-même était entamé. La batterie se disloquait. Dix pièces sur trente étaient hors de combat ; les brèches au bordage se multipliaient, et la corvette commençait à faire eau.

Le vieux passager descendu dans l’entre-pont semblait un homme de pierre au bas de l’escalier. Il jetait sur cette dévastation un œil sévère. Il ne bougeait point. Il paraissait impossible de faire un pas dans la batterie.

Chaque mouvement de la caronade en liberté ébauchait l’effondrement du navire. Encore quelques instants, et le naufrage était inévitable.



La seconde partie vaut sans doute par le souffle évocateur de cette année 1793, année-pivot pour Hugo, la lueur rouge sang qui précède l'aube pour les uns, la trahison des idéaux révolutionnaires premiers et des Lumières pour d'autres, le basculement dans un bain de sang et la Terreur pour tous.
Hugo dont le père a servi trois ans comme officier dans les guerres de Vendée... vous savez, celui dont il parle dans un de ces poèmes les plus connus:
Après la bataille a écrit:Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.


Hugo rend ce côté "implacable, mieux, inexorable" du cours des évènements.
Hugo qui isole le trio Robespierre - Danton - Marat pour un dîner fictif mais plausible, une quinzaine de jours avant l'assassinat de Marat par Charlotte Corday.
Hugo qui, par le détail des rues, des occupations, le pittoresque du temps, et par un procédé que d'aucuns jugeront roboratif (le lâcher-type litanie- de noms de membres de la Convention, etc...) essaie de nous figurer la respiration de l'époque, le côté massif, bloc, et dans le même temps soumis aux caprices des tempêtes que font souffler les meilleurs orateurs, toute la rhétorique de la Convention, ses bouillonnements.
Pour ma part je trouve ça plutôt réussi, mais qui d'autre qu'Hugo pour réussir un tel exercice sans s'embourber, sans enliser son roman (l'extrait ci-dessous est un bon exemple) ?

Sa recherche, la quête démonstrative hugolienne prête le flanc à ceci cependant:
Tout est occasion de grandeur, pris au pied de la lettre, ce qui est presque un peu gênant pour le lecteur.
Et la grandeur, c'est chez Marat qu'il en trouve le plus, en 1793, même si celui-ci n'en aura vécu qu'une demi-année.

Hugo, qui a réfléchi longuement à la période révolutionnaire, sent que la charnière est là, avec la guerre aux frontières et dans l'Ouest, les provinces plutôt acquises aux Girondins... La révolution ce fut Paris, c'est Paris et ce sera la Terreur, quelque part Hugo nous suggère que c'est sans "parce que", que c'est ainsi...
Extrait:

Deuxième partie II Magna testantur voce per umbra a écrit:(...)Et Danton se leva de nouveau.

Robespierre posa sa main froide sur le poing fiévreux de Danton.

– Danton, la Champagne n’était pas pour les Prussiens et la Bretagne est pour les Anglais. Reprendre Verdun,c’est de la guerre étrangère ; reprendre Vitré, c’est de la guerre civile.

Et Robespierre murmura avec un accent froid et profond :

– Sérieuse différence.

Il reprit :

– Rasseyez-vous, Danton, et regardez la carte au lieu de lui donner des coups de poing.

Mais Danton était tout à sa pensée.

– Voilà qui est fort ! s’écria-t-il, voir la catastrophe à l’ouest quand elle est à l’est. Robespierre, je vous accorde que l’Angleterre se dresse sur l’Océan ; mais l’Espagne se dresse aux Pyrénées, mais l’Italie se dresse aux Alpes, mais l’Allemagne se dresse sur le Rhin. Et le grand ours russe est au fond. Robespierre, le danger est un cercle et nous sommes dedans. À l’extérieur la coalition, à l’intérieur la trahison. Au midi Servant entre-bâille la porte de la France au roi d’Espagne. Au nord Dumouriez passe à l’ennemi. Au reste il avait toujours moins menacé la Hollande que Paris. Nerwinde efface Jemmapes et Valmy. Le philosophe Rabaut Saint-Etienne, traître comme un protestant qu’il est, correspond avec le courtisan Montesquiou. L’armée est décimée. Pas un bataillon qui ait maintenant plus de quatre cents hommes ; le vaillant régiment de Deux-Ponts est réduit à cent cinquante hommes ; le camp de Pamars est livré ; il ne reste plus à Givet que cinq cents sacs de farine ; nous rétrogradons sur Landau ; Wurmser presse Kléber ; Mayence succombe vaillamment, Condé lâchement.Valenciennes aussi. Ce qui n’empêche pas Chancel qui défend Valenciennes et le vieux Féraud qui défend Condé d’être deux héros,aussi bien que Meunier qui défendait Mayence. Mais tous les autres trahissent. Dharville trahit à Aix-la-Chapelle, Mouton trahit à Bruxelles, Valence trahit à Bréda, Neuilly trahit à Limbourg,Miranda trahit à Maëstricht ; Stengel, traître, Lanoue,traître, Ligonnier, traître, Menou, traître, Dillon, traître ;monnaie hideuse de Dumouriez. Il faut des exemples. Les contre-marches de Custine me sont suspectes ; je soupçonne Custine de préférer la prise lucrative de Francfort à la prise utile de Coblentz. Francfort peut payer quatre millions de contributions de guerre, soit. Qu’est-ce que cela à côté du nid des émigrés écrasé ? Trahison, dis-je. Meunier est mort le 13juin. Voilà Kléber seul. En attendant, Brunswick grossit et avance.Il arbore le drapeau allemand sur toutes les places françaises qu’il prend. Le margrave de Brandebourg est aujourd’hui l’arbitre de l’Europe ; il empoche nos provinces ; il s’adjugera la Belgique, vous verrez ; on dirait que c’est pour Berlin que nous travaillons ; si cela continue, et si nous n’y mettons ordre, la révolution française se sera faite au profit de Potsdam ; elle aura eu pour unique résultat d’agrandir le petit État de Frédéric II, et nous aurons tué le roi de France pourle roi de Prusse.

Et Danton, terrible, éclata de rire.

Le rire de Danton fit sourire Marat.

– Vous avez chacun votre dada ; vous, Danton, la Prusse ; vous, Robespierre, la Vendée. Je vais préciser, moi aussi. Vous ne voyez pas le vrai péril ; le voici : les cafés et les tripots. Le café de Choiseul est jacobin, le café Patin est royaliste, le café du Rendez-Vous attaque la garde nationale, le café de la Porte-Saint-Martin la défend, le café de la Régence est contre Brissot, le café Corazza est pour, le café Procope jure par Diderot, le café du Théâtre-Français jure par Voltaire, à la Rotonde on déchire les assignats, les cafés Saint-Marceau sont en fureur, le café Manouri agite la question des farines, au café de Foy tapages et gourmades,au Perron bourdonnement des frelons de finance. Voilà ce qui est sérieux.

Danton ne riait plus. Marat souriait toujours.Sourire de nain, pire qu’un rire de colosse.

– Vous moquez-vous, Marat ? gronda Danton.

Marat eut ce mouvement de hanche convulsif,qui était célèbre. Son sourire s’était effacé.

– Ah ! je vous retrouve, citoyen Danton. C’est bien vous qui en pleine Convention m’avez appelé« l’individu Marat ». Écoutez. Je vous pardonne. Nous traversons un moment imbécile. Ah ! je me moque ? En effet, quel homme suis-je ? J’ai dénoncé Chazot, j’ai dénoncé Pétion, j’ai dénoncé Kersaint, j’ai dénoncé Moreton, j’ai dénoncé Dufriche-Valazé, j’ai dénoncé Ligonnier, j’ai dénoncé Menou, j’ai dénoncé Banneville, j’ai dénoncé Gensonné, j’ai dénoncé Biron, j’ai dénoncé Lidon et Chambon ; ai-je eu tort ? je flaire la trahison dans le traître, et je trouve utile de dénoncer le criminel avant le crime. J’ai l’habitude de dire la veille ce que vous autres vous dites le lendemain. Je suis l’homme qui a proposé à l’Assemblée un plan complet de législation criminelle. Qu’ai-je fait jusqu’à présent ? J’ai demandé qu’on instruise les sections afin de les discipliner à la révolution, j’ai fait lever les scellés des trente-deux cartons, j’ai réclamé les diamants déposés dans les mains de Roland, j’ai prouvé que les Brissotins avaient donné au Comité de sûreté générale des mandats d’arrêt en blanc, j’ai signalé les omissions du rapport de Lindet sur les crimes de Capet, j’ai voté le supplice du tyran dans les vingt-quatre heures, j’ai défendu les bataillons le Mauconseil et le Républicain, j’ai empêché la lecture de la lettre de Narbonne et de Malouet, j’ai fait une motion pour les soldats blessés, j’ai fait supprimer la commission des six, j’ai pressenti dans l’affaire de Mons la trahison de Dumouriez, j’ai demandé qu’on prît cent mille parents d’émigrés comme otages pour les commissaires livrés à l’ennemi, j’ai proposé de déclarer traître tout représentant qui passerait les barrières, j’ai démasqué la faction rolandine dans les troubles de Marseille, j’ai insisté pour qu’on mît à prix la tête d’Égalité fils, j’ai défendu Bouchotte, j’ai voulu l’appel nominal pour chasser Isnard du fauteuil, j’ai fait déclarer que les Parisiens ont bien mérité de la patrie ; c’est pourquoi je suis traité de pantin par Louvet, le Finistère demande qu’on m’expulse, la ville de Loudun souhaite qu’on m’exile, la ville d’Amiens désire qu’on me mette une muselière, Cobourg veut qu’on m’arrête, et Lecointe-Puiraveau propose à la Convention de me décréter fou. Ah çà ! citoyen Danton, pourquoi m’avez-vous fait venir à votre conciliabule, si ce n’est pour avoir mon avis ? Est-ce que je vous demandais d’en être ? loin de là. Je n’ai aucun goût pour les tête-à-tête avec des contre-révolutionnaires tels que Robespierre et vous. Du reste, je devais m’y attendre, vous ne m’avez pas compris ; pas plus vous que Robespierre, pas plus Robespierre que vous. Il n’y a donc pas d’homme d’État ici ? Il faut donc vous faire épeler la politique, il faut donc vous mettre les points sur les i. Ce que je vous ai dit voulait dire ceci : vous vous trompez tous les deux. Le danger n’est ni à Londres, comme le croit Robespierre, ni à Berlin, comme le croit Danton ; il est à Paris. Il est dans l’absence d’unité, dans le droit qu’a chacun de tirer de son côté, à commencer par vous deux, dans la mise en poussière des esprits, dans l’anarchie des volontés…

– L’anarchie ! interrompit Danton, qui la fait, si ce n’est vous ?

Marat ne s’arrêta pas.

   


La troisième partie est celle de la mise en scène finale entre trois hommes, Le Marquis de Lantenac, à la tête des royalistes et fomentant un débarquement de la flotte anglaise, son propre neveu Gauvain, qui mène les républicains, et le représentant du Comité de Salut Public, ancien curé défroqué et ex-précepteur de Gauvain, Cimourdain.

Extrait:

Troisième partie IX Titans contre géants a écrit:Cela fut en effet épouvantable.

Ce corps-à-corps dépassa tout ce qu’on avait pu rêver.

Pour trouver quelque chose de pareil, il faudrait remonter aux grands duels d’Eschyle ou aux antiques tueries féodales ; à ces « attaques à armes courtes » qui ont duré jusqu’au XVIIe siècle, quand on pénétrait dans les places fortes par les fausses brayes ; assauts tragiques, où, dit le vieux sergent de la province d’Alentejo, « les fourneaux ayant fait leur effet, les assiégeants s’avanceront portant des planches couvertes de lames de fer-blanc, armés de rondaches et de mantelets, et fournis de quantité de grenades, faisant abandonner les retranchements ou retirades à ceux de la place, et s’en rendront maîtres, poussant vigoureusement les assiégés ».

Le lieu d’attaque était horrible ; c’était une de ces brèches qu’on appelle en langue du métier brèches sous voûte, c’est-à-dire, on se le rappelle, une crevasse traversant le mur de part en part et non une fracture évasée à ciel ouvert. La poudre avait agi comme une vrille. L’effet de la mine avait été si violent que la tour avait été fendue par l’explosion à plus de quarante pieds au-dessus du fourneau, mais ce n’était qu’une lézarde, et la déchirure praticable qui servait de brèche et donnait entrée dans la salle basse ressemblait plutôt au coup de lance qui perce qu’au coup de hache qui entaille.

C’était une ponction au flanc de la tour, une longue fracture pénétrante, quelque chose comme un puits couché à terre, un couloir serpentant et montant comme un intestin à travers une muraille de quinze pieds d’épaisseur, on ne sait quel informe cylindre encombré d’obstacles, de pièges, d’explosions, où l’on se heurtait le front aux granits, les pieds aux gravats, les yeux aux ténèbres.

Les assaillants avaient devant eux ce porche noir, bouche de gouffre ayant pour mâchoires, en bas et en haut, toutes les pierres de la muraille déchiquetée ; une gueule de requin n’a pas plus de dents que cet arrachement effroyable. Il fallait entrer dans ce trou, et en sortir.

Dedans éclatait la mitraille, dehors se dressait la retirade. Dehors, c’est-à-dire dans la salle basse du rez-de-chaussée.

Les rencontres de sapeurs dans les galeries couvertes quand la contre-mine vient couper la mine, les boucheries à la hache sous les entre-ponts des vaisseaux qui s’abordent dans les batailles navales, ont seules cette férocité. Se battre au fond d’une fosse, c’est le dernier degré de l’horreur. Il est affreux de s’entre-tuer avec un plafond sur la tête. Au moment où le premier flot des assiégeants entra, toute la retirade se couvrit d’éclairs, et ce fut quelque chose comme la foudre éclatant sous terre. Le tonnerre assaillant répliqua au tonnerre embusqué. Les détonations se ripostèrent ; le cri de Gauvain s’éleva : Fonçons ! Puis le cri de Lantenac : Faites ferme contre l’ennemi ! Puis le cri de l’Imânus : À moi les Mainiaux ! Puis des cliquetis, sabres contre sabres, et, coup sur coup, d’effroyables décharges tuant tout. La torche accrochée au mur éclairait vaguement toute cette épouvante. Impossible de rien distinguer ; on était dans une noirceur rougeâtre ; qui entrait là était subitement sourd et aveugle, sourd du bruit, aveugle de la fumée. Les hommes mis hors de combat gisaient parmi les décombres, on marchait sur des cadavres, on écrasait des plaies, on broyait des membres cassés d’où sortaient des hurlements, on avait les pieds mordus par des mourants. Par instants, il y avait des silences plus hideux que le bruit. On se colletait, on entendait l’effrayant souffle des bouches, puis des grincements, des râles, des imprécations, et le tonnerre recommençait. Un ruisseau de sang sortait de la tour par la brèche, et se répandait dans l’ombre. Cette flaque sombre fumait dehors dans l’herbe.



Comment mieux illustrer le côté fratricide de ces guerres civiles, ces abjections, ces atrocités ?
Hugo n'hésite pas à renvoyer dos-à-dos les héroïsmes, les grandeurs, les vertus comme les veuleries - c'est très différent de Balzac qui avait ses "bons", qui étaient dans le sens de l'Histoire, le camp bleu, et les autres, perdants et condamnés à s'adapter ou disparaître (en plus d'être parés de toutes les tares, scélératesses et défauts).  

Son seul personnage féminin, une mater dolorosa, pauvre paysanne au mari exécuté, délogée d'un fourré par les Bleus au début du livre, puis fusillée, laissée pour morte mais rescapée et qui cherche ces trois très jeunes enfants que les soldats lui ont ôté à travers la guerre, pour les entr'apercevoir sur le point de brûler vifs lors de l'attaque finale du château de La Tourgue, après une longue quête misérable qui se compte en mois...
Là aussi du grand Hugo, pointure Les misérables...

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Au final ce n'était pas déplaisant, pas une mauvaise idée que cette double relecture, histoire de mettre en perspective les deux romans.
D'abord parce que ce sont de grandes plumes, et, quelque part, il faut parler de l'agrément de lecture.
Seul échec: même si j'ai une petite hypothèse personnelle derrière la tête, je n'ai pas vraiment dénoué le pourquoi du fait que Balzac, qui finira royaliste, enfonce à ce point ceux qui firent ces guerres côté blancs, tandis qu'Hugo est autrement magnanime et respectueux avec eux, bien qu'incontestablement républicain de toute sa fibre, attachement indéfectible qui le conduisit à la carrière politique, à l'exil et aux prises de position que l'on sait (mais, c'est une autre histoire...).

Mots-clés : #guerre #historique #mort #revolution
par Aventin
le Mer 25 Mar - 19:27
 
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Sujet: Victor Hugo
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Honoré de Balzac

Les chouans
ou: La Bretagne en 1799.

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Roman, 1829, 310 pages environ


Peut être lu ici

Ah la la, le premier chapitre, intitulé L'embuscade  Tag historique sur Des Choses à lire 3123379589  !
Balzac revisite sans doute la bataille de La Pellerine en 1796, sans se croire tenu à la moindre fidélité à l'histoire factuelle, laquelle est un décor et non un but à atteindre.

C'est vraiment ça que j'étais venu chercher dans cette relecture !
(Idem, d'ailleurs, pour les autres tableaux, comme La Vivetière ou l'attaque de Fougères, elle aussi empruntant à un épisode historique)

Extrait:

L'embuscade a écrit: Du sommet de La Pèlerine apparaît aux yeux du voyageur la grande vallée du Couësnon, dont l’un des points culminants est occupé à l’horizon par la ville de Fougères. Son château domine, en haut du rocher où il est bâti, trois ou quatre routes importantes, position qui la rendait jadis une des clés de la Bretagne.
De là les officiers découvrirent, dans toute son étendue, ce bassin aussi remarquable par la prodigieuse fertilité de son sol que par la variété de ses aspects. De toutes parts, des montagnes de schiste s’élèvent en amphithéâtre, elles déguisent leurs flancs rougeâtres sous des forêts de chênes, et recèlent dans leurs versants des vallons pleins de fraîcheur.
Ces rochers décrivent une vaste enceinte, circulaire en apparence, au fond de laquelle s’étend avec mollesse une immense prairie dessinée comme un jardin anglais. La multitude de haies vives qui entourent d’irréguliers et de nombreux héritages, tous plantés d’arbres, donnent à ce tapis de verdure une physionomie rare parmi les paysages de la France, et il enferme de féconds secrets de beauté dans ses contrastes multipliés dont les effets sont assez larges pour saisir les âmes les plus froides.
En ce moment, la vue de ce pays était animée de cet éclat fugitif par lequel la nature se plaît à rehausser parfois ses impérissables créations. Pendant que le détachement traversait la vallée, le soleil levant avait lentement dissipé ces vapeurs blanches et légères qui dans les matinées de septembre, voltigent sur les prairies.
À l’instant où les soldats se retournèrent, une invisible main semblait enlever à ce paysage le dernier des voiles dont elle l’aurait enveloppé, nuées fines, semblables à ce linceul de gaze diaphane qui couvre les bijoux précieux et à travers lequel ils excitent la curiosité.
Dans le vaste horizon que les officiers embrassèrent, le ciel n’offrait pas le plus léger nuage qui pût faire croire, par sa clarté d’argent, que cette immense voûte bleue fût le firmament.



La technique balzacienne d'écriture, entrelaçant description-digression-action-dialogue, avec à chaque fois un ingrédient -juste un infime détail parfois-, porteur d'information sur les pages à venir, manière de mettre la puce à l'oreille, est déjà bien rodée.
De même, sa façon de s'adresser à un tiers fictif lorsqu'il introduit une digression, d'ordre descriptif ou linguistique par exemple.

On est, dans ce drame, de plain-pied dans ce qui fera la marque de fabrique de la Comédie humaine, et Balzac fait montre dès ces Chouans d'un tournemain d'orfèvre.
Ainsi il peut sembler que ce cher Honoré en fait des tonnes inextricables sur la façon dont s'amène et se noue la relation Marie de Verneuil-Le Gars, et le lecteur de se dire que l'équivalent d'une petite dizaine de pages eusse pu être lipposucée, alors qu'il s'agit en fait de tresser fil à fil une trame qui ne se dévoilera qu'au final.

Vous ne serez pas étonnés non plus que Balzac s'en donne à cœur-joie dans sa future grande spécialité, la peinture de mœurs, étant donné que, dans ce livre, les rapports sont tous teintés de méfiance, de paraître, de jeux de masques, de double-jeu, d'attitudes, de choix valant implications, de volte-face, rupture de confiance, bras-de-fer, trahisons et chausse-trappes...  

Le personnage principal n'est pas Le Gars (le marquis Alphonse de Montauran, le dernier Chouan en somme), il me semble, mais bel et bien Marie de Verneuil, caractère très fouillé, élaboré tout au long du roman, avec éclairage final.

Parmi les autres traits très Comédie humaine, la justesse du langage des dialogues, il serait sans doute nettement plus ardu de reconstituer ainsi celui-ci de nos jours, tandis qu'alors c'était assez frais pour limiter la déperdition.
Il en vaut de même pour les paysages, bourgades, moyens de transport, auberges, armement, etc...
Ce n'est pas un roman d'historien ni écrit pour les historiens, fussent-ils du langage, mais s'y dissimulent sans doute deux ou trois pépites valant témoignage.

Très Comédie Humaine aussi l'habile choix de la date de narration, servant la démonstration voulue par l'auteur; en 1799 c'étaient les ultimes soubresauts de ce qu'on a appelé les Guerres de l'Ouest (un titre éphémère de ce roman a d'ailleurs été Le dernier Chouan, avec référence évidente au Dernier des Mohicans, de Fenimore Cooper, paru trois ans plus tôt et traduit en français dès sa parution en langue originale):
La condamnation aux poubelles de l'Histoire du mouvement Chouan n'en est que facilitée, tacitement mise en démonstrative évidence.  
 
Toujours s'agissant d'un ouvrage d'histoire récente au moment de son écriture (Balzac est né -coïncidence- en 1799), on apprécie le petit régal de la description d'un muscadin, plus exactement d'un incroyable d'ailleurs, peinture savoureuse d'un caractère (Corentin) qui s'avère être l'œil et l'oreille du pouvoir policier [de Fouché donc], d'une grande habileté à la manigance en sous-main et à la sale besogne discrète d'État.

Comme Corentin, bien des seconds rôles sont campés entre justesse, force et stéréotype, avec, c'est à souligner, un fréquent recours à des comparatifs de l'ordre du bestiaire, ainsi, outre Francine, au fidèle service de Marie, prenons par exemple:

- Hulot, le colonel vétéran de toutes les guerres de la révolution, au langage troupier d'époque et aux attitudes militaires toutes en rectitude, déjà inconditionnel de Bonaparte (lequel, pas encore Napoléon, est alors en Égypte).

- d'Orgemont, qui traverse le roman sans jouer un rôle prépondérant, symbolise, comme Corentin, une des facettes de cette nouvelle race d'hommes "modernes" issue de la révolution, roué, prenant des risques, entre l'avare classique des temps anciens et l'homme d'affaire qui s'adapte à tout et tire profit de tous les chaos sans être habité par la moindre doctrine, éthique ou soupçon d'état d'âme, rapace malfaisant plaçant confiance et ardeur dans l'ère nouvelle.

En fait, le véritable ennemi à combattre d'urgence pour les paysans bretons qui chouannent, ce serait lui, mais il est nettement plus invisible, comme dissous dans l'époque, qu'un soldat bleu menant tambour, cocarde et tricorne...

Ceux-ci, ces paysans, voire la Bretagne elle-même en tant que contrée sauvage et pauvre sont aussi inadaptés aux temps nouveaux que ne le sont, tels qu'ils sont dépeints, les principaux caractères dirigeants masculins de la chouannerie, comme féminin du reste (la Jument de Charette).

Nettement plus subtile est l'inadaptation de Marie de Verneuil à son temps.

Extrait:

Mademoiselle de Verneuil était occupée à contourner les branches de houx qu’elle avait cueillies, et disait :
— Je ne sais pas si ce houx sera bien joli dans les cheveux. Un visage aussi éclatant que le mien peut seul supporter une si sombre coiffure, qu’en dis-tu, Francine ?

Plusieurs propos semblables annoncèrent la plus grande liberté d’esprit chez cette singulière fille pendant qu’elle fit sa toilette. Qui l’eût écoutée, aurait difficilement cru à la gravité de ce moment où elle jouait sa vie. Une robe de mousseline des Indes, assez courte et semblable à un linge mouillé, révéla les contours délicats de ses formes ; puis elle mit un pardessus rouge dont les plis nombreux et graduellement plus allongés à mesure qu’ils tombaient sur le côté, dessinèrent le cintre gracieux des tuniques grecques. Ce voluptueux vêtement des prêtresses païennes rendit moins indécent ce costume que la mode de cette époque permettait aux femmes de porter. Pour atténuer l’impudeur de la mode, Marie couvrit d’une gaze ses blanches épaules que la tunique laissait à nu beaucoup trop bas. Elle tourna les longues nattes de ses cheveux de manière à leur faire former derrière la tête ce cône imparfait et aplati qui donne tant de grâce à la figure de quelques statues antiques par une prolongation factice de la tête, et quelques boucles réservées au-dessus du front retombèrent de chaque côté de son visage en longs rouleaux brillants. Ainsi vêtue, ainsi coiffée, elle offrit une ressemblance parfaite avec les plus illustres chefs-d’œuvre du ciseau grec. Quand elle eut, par un sourire, donné son approbation à cette coiffure dont les moindres dispositions faisaient ressortir les beautés de son visage, elle y posa la couronne de houx qu’elle avait préparée et dont les nombreuses baies rouges répétèrent heureusement dans ses cheveux la couleur de la tunique. Tout en tortillant quelques feuilles pour produire des oppositions capricieuses entre leur sens et le revers, mademoiselle de Verneuil regarda dans une glace l’ensemble de sa toilette pour juger de son effet.

— Je suis horrible ce soir ! dit-elle comme si elle eût été entourée de flatteurs. J’ai l’air d’une statue de la Liberté.

Elle plaça soigneusement son poignard au milieu de son corset en laissant passer les rubis qui en ornaient le bout et dont les reflets rougeâtres devaient attirer les yeux sur les trésors que sa rivale avait si indignement prostitués.


Il faut se souvenir sans doute que Balzac, lui, naît d'un père très homme nouveau, du progressisme que donne le couple argent-appartenance à la capitale, ayant fait fortune en se faufilant dans une carrière administrative centrale, sous la République puis l'Empire, et d'une mère d'une lignée de commerçants parisiens aisés. Ses parents le rêvaient notaire, c'est-à-dire un de ses points de rencontre et de confusion entre avoir et être, aisance, position sociale et titre de maître...

En opposition avec tout ceci donc, les personnages chouans, en premier lieu les nobles, sont un peu stéréotypés, avides de titres et de reconnaissance tarifée, se leurrant sur ce monde Directoire, qu'ils croient une péripétie fugace avant le retour du Trône Bourbon, Directoire d'où pourtant lève confusément le futur Empire.  

Pis encore, les paysans chouans, toujours croqués en traits péjoratifs.
Comme Galope-Chopine, Pille-miche, Mène-à-bien ou Marche-à-terre, ils sont campés comme inhumains, pratiquant -comme dans toute guérilla- le pillage, les représailles envers la population neutre au conflit, la torture, les bassesses diverses.

Inhumains car abrutis, cupides, avides, crédules, violents, manipulés par leur clergé - ce dernier est, vous vous en doutiez, bien entendu illustré tout empli de fausseté, attisant les ardeurs à grands coups de mensonges idéologisés.

Mais inhumains aussi car campés, à trait forci, tels des humains-animaux mais aussi végétaux et minéraux, hommes-pays, au langage déprécié, à l'obscurantisme -par avance et sans recours blâmé- en étendard.
Le thème des manières, des façons, de l'éducation, de la bonne naissance -de la distinction- traverse, en opposition, l'ouvrage.

Au cas où nous serions durs de la comprenante sans doute, le soldat bleu "de base" est tout de suite peint en termes mélioratifs, "plus" - plus amène, plus drôle, plus franc, courtois et plus noble de façons.

Difficile, toutefois, Balzac l'admet, de voir en ces paysans-brigands les stipendiés de l'Angleterre de la propagande du Directoire.

Bref, ces Chouans de terrain sont les néandertaliens de l'histoire, condamnés à mourir ou se fondre, alternative qui est aussi celle du couple principal.

Mais se fondre dans quoi ?
Les menées politiques, sous-entendues impures et truquées (mais Balzac écrit aussi à la clarté des trente premières années du XIXème), ne proposent en guise de Lumières et de renversement de cet obscurantisme, que l'abandon de la langue, des mœurs, de la terre, d'une certaine façon rurale confinant au tribal - bref l'abandon des siens, de ses racines, d'un mode de vie prodigieusement simple et des mânes des ancêtres pour se précipiter dans le libéral règne de l'argent, d'une bourgeoisie naissante qui s'apprête à tirer tous les marrons du feu révolutionnaire - comme, plus tard, à traire les perfusions du sang populaire versé aux hégémoniques visées impériales.

Ce qui permet de faussement interroger, Balzac en illustrant la réponse dans ce livre:
À travers la peinture des personnages féminins principaux -et l'un est central- que sont Melle de Verneuil et Mme du Gua Saint-Cyr, la femme avait-elle plus sa place dans cette conception du monde nouveau, se targuant d'être révolutionnaire et abolissant le précédent, que ne l'avait le paysan de Bretagne ?  

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #guerre #historique #insurrection #politique #revolution #trahison
par Aventin
le Sam 21 Mar - 16:14
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Heinz Rein

Berlin finale

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Berlin dévastée et éventrée, avril 1945. Un jeune déserteur qui ouvre enfin les yeux sur les horruers du nazisme intègre un groupe de résistants de la première heure, et affronte avec eux les derniers combats de la bataille de Berlin.
Le livre va de l’expérience individuelle à l'histoire collective, dans une description cinématographique des dernières heures de la ville. Entre Seul dans Berlin et L'armée des ombres, Heinz Rein donne la parole à ces hommes (et (une femme ), magnifiquement campés,  emportés par un destin ravageur mais qui donne du sens à leur vie. Des descriptions spectaculaires, des moments intimistes, des échanges philosophiques, l'auteur tient le plus souvent le pathétique à distance. C'est un thriller historique habilement mené, auquel on  pardonne aisément quelques longueurs et une tendance appuyée aux énumérations.
850 pages haletantes.

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Mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Mer 26 Fév - 15:47
 
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Sujet: Heinz Rein
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Lance Weller

Wilderness

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Peu à ajouter au commentaire de Topocl, à ce douloureux cheminement d'Abel Truman le vieux soldat ‒ le "bon" cadet, le "vrai homme".
Un magnifique roman (mais peut-être avec un peu trop d'artifice dans le savant découpage chronologique et le suspense ?)
« C’est ce que les hommes doivent faire. C’est leur vrai travail.
‒ Quoi donc ?
‒ Assumer la responsabilité qui leur revient et laisser le reste de côté.
‒ Alors, le truc consiste à trouver ce qu’on peut sans problème laisser de côté, on dirait.
Oyster Tom haussa les épaules.
‒ J’sais pas, dit Abel en secouant la tête. J’crois que la plupart des gens s’occupent plus de rien à part d’eux-mêmes.
Oyster Tom lui rétorqua qu’ils ne parlaient pas des gens, mais des hommes. Il était d’accord sur le fait que la plupart des hommes n’étaient responsables que d’eux-mêmes, et encore n’y parvenaient-ils que médiocrement. Pour lui, la tâche première d’un homme était de prendre en charge les personnes qui lui étaient chères et tout ce à quoi il tenait, et ça, c’était quelque chose que les femmes comprenaient et savaient faire sans qu’il soit nécessaire de le leur dire. C’était une chose que les femmes attendaient de leurs hommes, et c’était la raison pour laquelle la vie de la plupart d’entre elles était pleine d’un chagrin infini. »

« La Wilderness s’étendait devant eux, parsemée de nuages d’une fumée malfaisante qui s’élevait lentement, et le soleil en fut obscurci et les ombres s’allongèrent. »


Mots-clés : #guerre #historique
par Tristram
le Dim 26 Jan - 22:42
 
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Sujet: Lance Weller
Réponses: 20
Vues: 1184

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