Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Lun 1 Mar - 18:18

249 résultats trouvés pour historique

Philip Kerr

Et voilà, je l’ai refermé, ce 14ème opus des aventures de Bernie Gunther. Non sans un pincement au coeur... Bernie, c’était le compagnon de mes insomnies, de mes coups de cafards, de mes pannes de lecture. Je gardais toujours un épisode de côté, en cas de coup dur. Mais cette fois, c’était le dernier... Certes, Philip Kerr a écrit d’autres choses, mais ce que j’ai pu tenter n’avait pas la même saveur. Probablement parce que le succès de la série Bernie Gunther tient surtout à cette curieuse alchimie entre la personnalité complexe et attachante de son héros et la plongée fascinante dans les turpitudes de l’Allemagne nazie.

Et donc, parlons un peu de Metropolis…

Tag historique sur Des Choses à lire 51glgn10

Metropolis

Ce dernier tome de la série est un "préquel". Bernie Gunther, fraîchement recruté à la brigade criminelle, fait ses armes auprès d’Ernst Gennat et Bernahrd Weiss, deux authentiques légendes de la police berlinoise. Marqué par ses années de guerre et la perte de sa femme, Bernie fait déjà montre de son fameux sens de la répartie, caustique et désabusé. Mais il lui reste aussi quelques illusions, qui seront fortement mises à mal lors de cette première enquête criminelle. C'est probablement à cette occasion que se forgera sa morale toute personnelle, curieux mélange de principes indéfectibles et de déroutante souplesse...

Deux tueurs sévissent à Berlin. L’un assassine des prostituées, l’autre d’anciens combattants de 14-18 mutilés et réduits à la mendicité. Pour les autorités, seuls les meurtres des soldats ont de l’importance : cette série de crimes met en lumière la cruelle réalité de ces héros mis au rebus, symboles malgré eux d’une défaite que l’on cherche à oublier. Il convient de calmer au plus vite l’opinion publique, et l'on ordonne à la police de se concentrer sur cette seule enquête. Mais Bernie, quant à lui, est convaincu que les deux affaires sont liées…

Dans les romans de Philip Kerr, Berlin est un protagoniste à part entière. Et en cette année 1928, il part à la dérive… Les changements incessants de gouvernements, l’inflation, la perte de confiance envers les autorités, tout concourt à cette atmosphère délétère qui aboutira au triomphe d’Hitler. Les idées nazies s’affichent au grand jour, de plus en plus décomplexées. Certains journaux n’hésitent pas à attaquer ouvertement Bernhard Weiss, le très compétent chef de la police criminelle, du simple fait de sa judéité. Pendant ce temps, le Berlin interlope s’étourdit dans les fêtes et les cabarets. C’est à qui aura l’idée de spectacle la plus scabreuse… Déviances, orgies, retour de la morale se télescopent sans cesse, et la société allemande vacille sur ses bases...

Comme à chaque fois, je n’ai pas boudé mon plaisir lors de cette lecture, même si, en toute objectivité, Metropolis n’est pas le meilleur opus de la série. La conclusion de l’enquête ne m’a pas vraiment convaincue, et même si l’ambiance historique est comme toujours le point fort du roman, je le réserverais quand même aux aficionados. Par contre, je ne saurais trop recommander aux novices de tenter La trilogie berlinoise (3 romans réunis en un seul poche !), La mort, entre autres, ou encore Une douce flamme. Philip Kerr y est à son meilleur, l’humour grinçant de Bernie fait mouche, le nazisme étant ses serres sur le monde, et le lecteur est de bout en bout tenu en haleine …

Ca me fait décidément tout drôle de me dire que je n’aurai plus jamais ce petit mouvement d'excitation familier en voyant le dernier Philip Kerr sur l'étal de mon libraire. Bernie, tu vas bigrement me manquer...



\Mots-clés : #historique #polar
par Armor
le Dim 21 Fév - 1:27
 
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Sujet: Philip Kerr
Réponses: 5
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Amin Maalouf

Le naufrage des civilisations

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Essai, 2019, 355 pages environ.

Toujours oscillant, tantôt spectateur engagé, tantôt historien, ce Naufrage claudique au gré des mouvements de barre de l'auteur, à mesure qu'il pose un pied devant l'autre en cherchant à tenir son équilibre sur le fil-ligne droite du livre.

L'écriture possède l'élégance de la clarté, elle est très soignée (très M. Maalouf, de l'Académie).

Naufrage ?
Celui de la civilisation proche-orientale (le Levant sous sa plume) jadis cosmopolite et ouverte. Celle du monde arabe ensuite, avec deux dates qu'il martèole, on sent qu'elles l'obsèdent, la guerre des six-jours et la révolution iranienne de 1979.
Celle du rêve européen enfin, sans doute couplé au rêve états-unien (le fameux american dream), enlisé dans sa frilosité, son petit pré carré et emprisonné dans ses murs érigés par le maçon finance.
Et surtout un occident prisonnier de ses peurs, peurs identitaires, peurs sécuritaires, les références orwelliennes peuplent le propos.

Tout ça pour en venir à un final eschatologique, et encore, cet essai fut écrit et publié avant la pandémie...

Bref me direz-vous peut-être, pour un essai, on n'apprend rien, ou si peu: passons outre, jetons ou ignorons ?
Cette récapitulation-balisage-mise en garde et en perspective est parfois horripilante, avec ses constants renvois dos-à-dos un rien sainte-nitouche, ce vieux truc de ne pas prendre parti pour paraître prendre de la hauteur, son absence d'issues; pour ma part je doute faire à l'avenir de fréquents retours à l'ouvrage.  


Si je me hasardais à puiser dans le vocabulaire de la biologie, je dirais que ce qui s'est passé dans le monde au cours des dernières décennies a eu pour effet de "bloquer" en nous la "sécrétion des anticorps". Les empiètements sur nos libertés nous choquent moins. Nous ne protestons que mollement. Nous avons tendance à faire confiance aux autorités protectrices; et s'il leur arrive d'exagérer, nous leur accordons des circonstances atténuantes.

 Cet engourdissement de notre esprit critique représente à mes yeux une évolution significative et fort préoccupante:

J'ai quelquefois parlé, dans ce livre, de l'engrenage dans lequel nous sommes tous entraînés en ce siècle. C'est au travers de cette idée d'un "blocage des anticorps" que l'on peut observer de près le mécanisme de l'engrenage: la montée des tensions identitaires nous cause des frayeurs légitimes, qui nous amènent à rechercher la sécurité à tout prix, pour nous-mêmes comme pour ceux que nous aimons, et à nous montrer vigilants dès que nous nous sentons menacés. De ce fait, nous sommes moins vigilants sur les abus auxquels cette attitude de vigilance permanente peut conduire; moins vigilants quand les technologies empiètent sur notre vie privée; mois vigilants quand les pouvoirs publics modifient les lois dans un sens plus autoritaire et plus expéditif; [...]


\Mots-clés : #contemporain #essai #historique #mondialisation #temoignage
par Aventin
le Dim 14 Fév - 17:21
 
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Sujet: Amin Maalouf
Réponses: 23
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Hans Fallada

Seul dans Berlin

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« Il aimerait pendre toute la Gestapo haut et court. J’aimerais bien savoir combien de temps vous resteriez encore en sécurité ici si nous n’étions pas là. En définitive : c’est tout l’Etat qui est la Gestapo. Sans nous, tout s’écroulerait – et c’est vous qui seriez pendus haut et court ! »


A Berlin en 1940 : les Quangel, un couple d’ouvriers, viennent de perdre leur fils unique, mort au combat. Ils décident alors de distribuer un peu au hasard des cartes dans les immeubles, dénonçant la politique guerrière d’Hitler.
Inspiré d’un fait réel, ce roman a été publié en 1947 à titre posthume. Il a donc le mérite d’avoir été écrit peu de temps après les faits. Ceci lui donne un caractère d’authenticité, mais également accentue, je pense, un aspect quelque peu manichéen (les nazis sont toujours brutaux, grossiers, malhonnêtes ; non pas qu’ils ne le furent dans la réalité, mais celle-ci devait être tout de même plus nuancée.)
Ce qui en ressort est une peur constante qui couvre la ville et ses habitants sous une terrible chape de plomb ; n’importe qui, voisin, ami, peut se révéler un mouchard et vous mener directement au camp de concentration ou à l’échafaud. La Gestapo règne en maître !

« C’était malheureux ce peuple, tout de même ! Maintenant, alors qu’on faisait la plus grande guerre pour lui assurer un avenir heureux, même maintenant il se montrait rétif. Partout où l’on fourrait le nez, ça puait. L’inspecteur Escherich était intimement convaincu qu’il trouverait dans presque tous les foyers allemands le même ramassis de cachotteries et de mensonges. Presque personne n’avait la conscience tranquille.».


La police joue sur ses ressorts habituels : terreur, faiblesse, lâcheté ; tares qui ont gangrené une grande partie de la population.

« Sans doute auraient-elles dû être bien plus dures, à l’instant, avec la Quangel, elles auraient dû elles aussi lui hurler dessus et la démonter. Mais cela ne leur ai malheureusement pas donné – elles appartiennent à celles qui se couchent, toujours, elles sont sans défense. Et parce qu’elles le savent, elles deviennent le paillasson de tous ceux qui savent crier. »


Dans ce contexte, les cartes rédigées par les Quangel sont de vrais brûlots. Quiconque est tombé dessus a hâte de s’en débarrasser au plus vite.
Cet acte de résistance pourrait paraître puéril et vain. C’est ce que pense la Gestapo puisque la presque totalité des cartes arrive promptement dans ses mains :

« La monotonie bornée avec laquelle il écrivait des cartes toujours de la même teneur, que personne ne lisait, que personne ne voulait lire et qui plongeaient tous les gens dans l’embarras ou la peur, le rendait ridicule et stupide. ».


Bien sûr, dans leur action naïve, les Quangel sont l’honneur du peuple allemand. L’auteur souligne qu’ils sont de millions qui luttent ainsi dans leur coin, à leur manière, de façon dérisoire face à cet état totalitaire.
« Seul dans Berlin » est un ouvrage marquant, à l’écriture classique, à l’intrigue savamment construite ménageant le suspens.
Attention : lire les versions postérieures à 2011, les précédentes ayant été quelque peu caviardées par le régime d’Allemagne de l’Est.
Livre que je recommanderais volontiers à Armor, si elle ne l’a pas lu.


\Mots-clés : #historique #regimeautoritaire #antisemitisme
par ArenSor
le Lun 1 Fév - 21:48
 
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Sujet: Hans Fallada
Réponses: 19
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Antonio Lobo Antunes

Le Manuel des inquisiteurs

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Un propriétaire terrien, Francisco, monsieur le docteur, ministre proche de Salazar avant l’arrivée au pouvoir des « communistes », a été quitté par son épouse Isabel pour un financier. L’homme de pouvoir sera finalement interné, cancéreux et moribond :
« …] le pantin dont il semblait que le moteur détraqué d’une tondeuse à gazon se disloquait dans sa poitrine, mon père qui un an après la révolution s’obstinait à attendre les communistes dans le domaine dévasté, jouant du piano au milieu du salon dans une
le saint transformé en un mikado de tibias, en une paire de narines dilatées, en un fantoche sans mérite, et moi malgré tout attendant une parole sans savoir laquelle et qui ne venait pas, qui ne viendrait jamais, d’autant que le médecin m’a expliqué qu’il ne fallait pas y songer en me montrant des analyses et sur des radios des taches qu’il a entourées de son stylo avec un soin didactique [… »

Il a un fils, João, un faible vite spolié par la famille de sa femme, Sofia.
« ‒ Il n’y a plus rien qu’ils puissent me prendre
et les eucalyptus qui s’avançaient vers lui à travers une cohue de grenouilles, les eucalyptus qui occuperont de leurs coassements le domaine tout entier si les cousins de Sofia et le secrétaire du tribunal ne viennent pas m’expulser un de ces jours [… »

Longues phrases heureusement scandées de renvois à la ligne, rendant les ressassages et digressions d’un flux de conscience ininterrompu, des monologues aussi, chaque « récit » alternant avec un « commentaire » d’un des protagonistes ou proches impliqués, non sans allers-retours dans le temps. Ce procédé dans la lignée de Joyce et Woolf est toujours exigeant du lecteur, mais c’est ici une réussite qui n’empêche pas ce dernier d’identifier les personnages et leurs rapports autour de la figure de pouvoir ; de plus, une certaine évolution fixe l’attention dans l’entendement de révélations successives. (À déplorer malheureusement des fautes et coquilles, d’autant plus gênantes dans ce genre de texte.)
Outre les répétitions constantes, tels le cigarillo et les bretelles élastiques du ministre, des sortes de refrains ponctuent le cours du texte qui paraît parlé ; voici un de ces leitmotive temporaires, pour le coup empreint de poésie :
« ‒ Il n’existe rien au monde de plus lent que les troupeaux et les nuages »

Suivent donc la cuisinière, que monsieur le docteur saillit comme quelques autres, le vétérinaire qui devra assister cette dernière lorsqu’elle donnera le jour à Paula, (demi-)sœur de João, puis sa nourrice, et encore son amant César à qui cela vaudra une raclée, Dona Albertina, Titina la gouvernante, puis Lina sa soignante, qui se trouve connaître João expulsé du domaine…
« la clarté de Setúbal à travers les stores pareille à la lumière ambrée de la morgue où le Christ avec une tête de trafiquant de drogue mort d’overdose attend son autopsie sur le mur, les rideaux semblables à des tentures mortuaires, sur le marbre de la commode des boîtes et des brosses comme des os alignés pour l’examen du médecin légiste, ma femme s’affalant doucement comme une pieuvre s’endort, plongeant ses tentacules dans le sable des draps [… »

« …] même si à neuf ou dix ans je ne savais pas très bien ce que signifiait mourir, mourir c’était une personne mal élevée allongée avec ses chaussures sur un lit sans que personne ne lui en veuille d’abîmer le couvre-lit avec ses talons, c’était un visage couvert d’un foulard avec dessus des mouches à viande par dizaines et puis après on soupirait, on mangeait des sandwichs et on l’emmenait pour la punir dans un internat où elle n’abîmerait pas les couvre-lits ou bien on la remettait aux Gitans chez qui tout est déjà abîmé, les femmes, les mules et leur vie [… »

« ‒ Elle dit que c’est la fille de monsieur le ministre elle dit qu’elle veut parler à son père et dehors la ville aux veines ouvertes charriant des généraux de bronze, des pigeons et des laiteries vers le Tage, des pavillons avec des moteurs à gasoil de rive en rive dans une lenteur de frégates [… »

« …] remonte le ressort du perroquet de feutre qui piaille durant cinq minutes en oscillant d’arrière en avant avec un air de béatitude confuse
‒ Qui commande ? Salazar Salazar Salazar
de plus en plus lentement jusqu’à finir par se taire au milieu de la phrase et de sa danse en une expression d’attardé [… »

Autre personnage marquant : Romeu l’innocent, qui rêve des caravelles chères à Ántonio Lobo Antunes, est amoureux de Paula.
« ma mère lissant le costume avec le fer à repasser, soulignant les plis, vérifiant les boutons, nettoyant une tache de moisi avec l’élixir pour les dents, rangeant l’épingle de la cravate dans un petit sac de toile et le mélangeant aux oignons pour tromper les voleurs, branchant la télévision et moi en pyjama en train d’attendre la soupe tandis que la taverne s’assombrissait, que le fleuve s’assombrissait, qu’on allumait des torches autour de la potence et sur les caravelles de l’Infante, que les bœufs transportaient le canon en labourant l’écume avec l’araire que faisaient leurs cornes, la pendule clamant dix heures et ma mère sans interrompre son ouvrage au crochet
‒ Romeu au lit
un divan rembourré d’épis avec un chien en velours sur l’oreiller et ma mère refrénant la pendule qui, si on la laissait faire, saignait comme un porc la nuit entière
‒ Tu as ton chien-chien Romeu ? »

« …] une femme qui passait ses journées à protéger son fils des gamins de l’école, des vauriens de la taverne qui lui enfilaient une bouteille de gnôle dans les mains et lui baissaient le pantalon pour voir je ne sais quoi ou plutôt je pense ne pas le savoir mais je n’en suis pas sûre ou bon d’accord je le sais écrivez dans votre livre que je le sais et que ça ne vaut pas la peine d’en parler, la clique de la taverne le saluant sous des applaudissements, suffoquant d’hilarité [… »

Il apparaît que toutes ces paroles sont des réponses aux interrogations d’un écrivain qui se documente :
« D’ailleurs ce que Paula a raconté ne me concerne pas ni ne m’intéresse, ce n’est pas la peine de fouiller dans votre serviette, de me montrer ces papiers car j’ai d’autres chats à fouetter et je ne vais pas les lire, ou bien vous me croyez ou bien vous ne me croyez pas et vous avez déjà beaucoup de chance que je parle avec vous parce que s’il prenait à Adélaïde de feuilleter votre livre et qu’elle tombe sur mon nom et sur les mensonges de Paula à mon sujet je suis fichu [… »

Cette galerie de portraits reprend l’histoire portugaise récente, politique et sociale (fascisme, guerre d’Angola), caricaturée jusqu’au grotesque.
Le style (en flux jusqu’à atteindre des acmés, transe du beat), les métaphores (les images font fréquemment référence aux précédentes) sont puissants :
« ‒ C’est celui-là ?
un chalutier qui cheminait sur l’eau comme un apôtre en troublant les albatros, les vagues qui plissaient et déplissaient leur front soucieux, un rot du sergent qui sonnait comme un cri de l’âme, comme un discours de cirrhose et de solitude, le major montrant le carnet à l’homme au chapeau que je connaissais sans me souvenir d’où
‒ C’est celui-là monsieur le ministre »

« un drapeau sur le mur, la carte du Portugal, des étagères de livres, des téléphones, des piles de lettres, le lion chromé du presse-papiers s’élançant sur un cendrier pris au dépourvu, le gaillard âgé qui vu de près, avec ses verres lui grossissant les orbites, donnait l’impression que ses cils étaient des petites pattes d’insecte en train de s’agiter, que ses yeux allaient se mettre à courir hors de son visage, cavaler de sa veste vers son pantalon, de son pantalon vers le sol et se tapir sous un meuble comme des cafards, attendant que je parte pour retourner à leur place près du nez, ses doigts humides sur le nard, sur ma main, sur mon épaule, tâtant les tendons de mon cou en une supplique infantile »

« …] les prisonniers, des paniers percés comme moi ici, des cageots frottés de peau, des cages de côtes disloquées qui voyaient le sable et la mer à travers les murs [… »

Mademoiselle Milá, jeune maîtresse du ministre auquel elle rappelle son épouse,
« …] si encore elle avait été intelligente, si elle avait été sympathique mais elle ne l’était pas, c’était un lambeau de timidité, un pudding de stupeur, un frisson de trouille. »

dona Dores sa mère,
« ‒ Tu n’aimes pas les poupées Dores ?
j’aimerais les poupées si elles étaient vivantes, mais les poupées mortes m’épouvantent surtout si elles continuent à battre des paupières, si elles continuent à répéter
‒ Maman
ma marraine penchant la poupée en avant et en arrière, et la poupée de battre des paupières et de répéter
‒ Maman »

puis le concierge acariâtre, ensuite le fourrier chauffeur du ministre, qui participa à l’assassinat du général d’aviation Humberto Delgado et de sa compagne (opposé au régime) :
« …] il était là mon oncle au fond du puits où nous l’avons trouvé un jour, nous nous sommes penchés et nous sommes tombés tout en bas sur son visage qui nous souriait, des fois en me rasant le matin je me heurte à ses dents bleues en train de ricaner au fond de mon miroir, une rangée de dents bleues et usées sur des gencives tout aussi bleues qui me narguent [… »

Avec le passage sur les vieilles, l’évocation du ministre impotent constitue un sommet :
« ‒ Pipi monsieur le docteur pipi on ne veut certainement pas salir son petit pyjama tout propre n’est-ce pas monsieur le docteur ?
des mains qui me lèvent, me couchent, me lavent, me donnent à manger, me coincent un vase de nuit entre les jambes, moi m’écoulant de moi-même en un cliquetis d’osselets, et elles de me pincer le menton avant de s’éloigner contentes, le long du couloir, m’emportant avec elles dans le vase de nuit »

« ‒ Petit bouillon monsieur le docteur un excellent petit bouillon aux légumes passés au presse-purée, un filet de merlan frit sans aucune arête que j’ai passé une demi-heure à enlever mon chameau, une petite poire cuite, celle-là pour papa allez on y va celle-là pour maman plus vite que ça celle-là pour moi car le diable t’emporte vieillard si je n’en mérite pas une aussi celle-là c’est pour votre couillon de fils pour qu’il ne vous trouve pas maigre le jour de la visite on ne va pas effrayer son fiston avec une frimousse de crève-la-faim on ne va pas effrayer son fiston avec une frimousse de momie on va être doux comme un agneau monsieur le docteur avalez nom d’un sacré petit bonhomme ne me fermez pas ces dents avalez vas-tu avaler ou non garnement ? »

L’aspect halluciné qu’atteint par moments le texte m’a fait penser à une des sources, ibérique, (ou à un flux commun) du macabre voire du réalisme magique sud-américain.

\Mots-clés : #corruption #historique #politique #regimeautoritaire #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Mar 19 Jan - 21:27
 
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Sujet: Antonio Lobo Antunes
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Colum McCann

Apeirogon

Tag historique sur Des Choses à lire A11

Rami est israélien, graphiste réputé, a participé à plusieurs guerres. Sa fille Smadar meurt à 13 ans dans un attentat.
Bassam est palestinien, a fait 7 ans de prison pour des actes terroristes perpétrés à l’âge de 17 ans, sa fille Abir meurt à 10 ans devant l’école d’une balle tirée par un soldat israélien.

Tous deux rejettent la violence, la vengeance, combattent l’Occupation et la haine, seules responsables de ces drames,  au sein des Combattants de la paix et du Cercle des parents, deviennent amis, témoignent, témoignent, témoignent encore.

Des oiseaux, dans leurs vols étranges et leurs présences ironiques, observent le dangereux monde des hommes.


De cette histoire vraie, McCann fait un récit aussi linéaire que chaotique où il entremêle, en 1000 petits chapitres - de 1 ligne à quelques pages - des digressions, des faits historiques ou géographiques, des récits parallèles. C’est quoi, vivre toute sa vie dans un pays en guerre, et refuser cette violence. La force qu’il faut à demander simplement le répit.

Ce « roman » d’enjeu planétaire passionne par l’ampleur du message de paix, l’humanisme de ces deux hommes aussi ordinaires qu’extraordinaires, la description d’un mode de vie qu’on croit toujours avoir saisi mais qui scelle à chaque page la confrontation de l’arrogance et de l’humiliation.

Il séduit aussi par sa forme littéraire singulière, ce brillant accolement de petits textes, de flashs, de récits intercalés, de photos, qui, dans l’embrasement de leur disparité, forment un Tout puissant, à la cohérence bouleversante. C’est organisé dans un mouvement d’ascension- redescente avec pour point culminant la parole donnée à chacun des deux hommes , leur témoignage terrible : « Mon nom est Rami Elahanan. Je suis de père de Smadar », accolé à  « Mon nom est Bassam Aramin,  je suis le père d’Abir ».

Tag historique sur Des Choses à lire Apeiro10
Bassam et Rami, Abir, Smadar.


Mots-clés : #conflitisraelopalestinien #historique #xxesiecle
par topocl
le Lun 18 Jan - 11:00
 
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Sujet: Colum McCann
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Evguéni Vodolazkine

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Brisbane

Originale: Брисбен (Russe, 2018)

CONTENU :
Aussi dans ce roman Vodolazkine nous confronte avec un héros dont la vie est bouleversée d’un coup. Gleb Ianovski est un virtuose de la guitarre, au sommet de son art et d’une célébrité. Alors on lui diagnostique le Parkinson et qu’il commence peu à peu de perdre contrôle de ses doigts, de sa main. Il cherche alors comme un autre sens, un nouveau soutien dans sa vie. Et en cela il sera aidé par son passé : il rassemble les expériences et souvenirs de son enfance à Kiev dans les année 70, puis de sa jeunesse à Leningrad et encore ce qu’il va vivre, avec sa femme, après le démenagement vers l’Allemagne en 1993… Et, dans « l’aujourd’hui », un enfant apparaît. Mais le but rêvé de sa mère dans son enfanace, le lieu de Brisbane en Australie – existe-t-il vraiment comme incarnation de nos rêves et désirs ? Ou est-ce seulement un mirage ?

REMARQUES :
Deux perspectives sur la vie de Gleb se complémentant et étant en lien mystérieux entre elles. Gleb fût né en 1964. D’un coté lui-même raconte sa vie depuis la découverte de sa maladie en 2012 et en gros, jusqu’en 2014. On y trouve avant tout des dialogues, des entretiens, des pensées de lui-même. Tous le temps se montre à quel point les années parcourus, derrière lui, étaient plein de « succès » : la gloire, l’argent, l’aisance… Pourtant il en est bien conscient : qu’est-ce qui reste face à la vie (ou la mort?). De quoi est-ce qu’on se souvient, qu’est-ce qu’on a vraiment retenu et a marqué le noyaux de notre personne ?

Et quand il est interrogé, après un dernier concert à l’Olympia à Paris, sur son vol de retour par un écrivain, Nestor, celui-ci aimerait écrire une sorte de biographie. Mais comment ne pas en faire une n-ième énumération de la carrière et des « succès » ? Comment mettre en évidence ce qui ne fût pas raconté, ce qui a vraiment impregné la vie ? Mais Nestor – c’est alors le deuxème fil – va à partir de ses échanges réguliers avec Gleb, écrire sur les personnages marquants de l’enfance et de la jeunesse. Sur ces expériences, ces rencontres comme le premier amour (si pudique, presque pas remarqué…). Le cotoiement de la mort. La rencontre avec la foi à travers la personne de son grand-père. Ce deuxième fil est descriptif, quasimment sans dialogue et paragraphe. La croissance et le devenir d’un être !

Donc, bien plus qu’une biographie romancée, mais oui, tellement plus. Et souvent d’une poèsie extraordinaire, voir d’une profondeur splendide. En passant (?) nous parlons aussi de musique (d’une façon rarement lu par moi) ; de la relation entre l’Ukraine (du Père de Gleb) et la Russie (maternelle) : non, pour ce narrateur, et pour Vodolazkine, ce sont des frères. Fine critique de ce qui se passait, se asse entre ces pays… Evidemment la litterature est présente (et deuxième sujet d’étude de Gleb à part la musique). Et dans le passé comme dans le présent : la mort ! « La vie est une longue accoutumance à la mort... » Présent et passé sont dans un dialogue permanent : ils s’interpellent, se répondent, aussi bien pour les sujets que pour l’atmosphère, les éléments marquants de notre vie.

Je pourrais ne pas m’arrêter en chantant les louanges de ce livres dense, parfois aussi drôle. Et : très russe ! Avec un livre comme ça on sait que la Russie n’a pas parlé son dernier mot en litérature ! Donc… à lire !


\Mots-clés : #historique #musique #pathologie
par tom léo
le Mer 13 Jan - 22:07
 
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Sujet: Evguéni Vodolazkine
Réponses: 3
Vues: 979

Isaac Bashevis Singer

Tag historique sur Des Choses à lire Cvt_le11

Le charlatan

Hertz, brillant intellectuel mais raté notoire, a toujours été soutenu financièrement par son ami Moriss, que ses affaires immobilières mettent à la tête d’une belle fortune. Entre autres conquêtes, il entretient une liaison passionnée avec Minna, la femme de celui-ci et la révélation de l’affaire renvoie tous ces personnages à leur misérable condition d’êtres humains.

Le fait que cela se déroule dans les milieux juifs exilés à New-York pendant la seconde guerre mondiale, au moment où leurs familles polonaises laissées au pays sont décimées par Hitler, donne une profondeur, une amertume, un tragique à ce qui pourrait n’être qu’un vaudeville sombre.

On ne peut pas dire que Singer y va avec le dos de la cuiller en finesses psychologiques et retournements de situation chez ces personnages pris dans la tourmente de l’Histoire et de leurs péripéties personnelles… Les interrogations face au destin d’un monde aussi impitoyable qu’incompréhensible et à un Dieu impénétrable sauvent cependant - de justesse - ce roman d‘un monde et d’une époque.


\Mots-clés : #amour #historique
par topocl
le Sam 9 Jan - 15:52
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Isaac Bashevis Singer
Réponses: 10
Vues: 1322

Jasper Fforde

L'affaire Jane Eyre

Tag historique sur Des Choses à lire L_affa10

Thursday Next, jeune vétéran de la guerre de Crimée (qui dure depuis 131 années en 1985), est « détective à la Brigade Littéraire du Service des Opérations Spéciales basée à Londres », qui s’occupe des faux en bibliophilie ; elle se retrouve impliquée dans la lutte contre Achéron Hadès, son ancien professeur d’anglais devenu un célèbre et dangereux maître du crime.
« Mais le chiffre d’affaires et les sommes d’argent liquide que brassait la distribution d’œuvres littéraires avaient éveillé l’intérêt du grand banditisme. Je connaissais au moins quatre LittéraTecs londoniens tombés dans l’exercice de leurs fonctions. »

L’originalité de cette fantaisie entre science-fiction uchronique, polar à suspense et métatextualité férue de littérature, c’est la survenue des personnages de fiction dans le monde réel et vice-versa ; cependant, ce monde réel n’est pas tout à fait le nôtre, plutôt un univers parallèle (et occasion de parodie, voire de satire ; on peut ainsi s’interroger sur le mystérieux Groupe Goliath qui pèse tant sur la politique internationale…)
L’enlèvement de Quaverley, personnage secondaire de Martin Chuzzlewit de Dickens, pour l’éliminer du manuscrit original, prélude celui de Jane Eyre.
« Ce n’était pas ainsi que je l’imaginais. Thornfield Hall, je le voyais plus grand et plus fastueusement meublé. Il y régnait une forte odeur d’encaustique et, à l’étage, il faisait un froid de canard. Il n’y avait pratiquement aucune lumière dans la maison ; les couloirs semblaient se fondre dans une obscurité insondable. C’était austère et peu accueillant. Je remarquai tout cela, mais par-dessus tout, je remarquai le silence ; le silence d’un monde sans machines volantes, sans circulation automobile et sans grandes métropoles. L’ère industrielle avait à peine commencé ; la planète avait atteint le tournant du C’était Mieux Avant. »

Une autre belle idée : un théâtre qui joue Richard III tous les vendredis soir avec des interprètes choisis dans le public d’afficionados ! Shakespeare est omniprésent, avec notamment l’énigme de son identité.
Exemple de trouvaille loufoque : les touristes japonais croisés dans un roman victorien.
Il est préférable de bien connaître les grands romans (anglais : Charlotte Brontë, mais aussi Austen, Milton, Carroll, etc.), leurs personnages et leurs intrigues pour goûter cette lecture pleine d’allusions, et surtout d’humour. On pourrait regretter une certaine superficialité ou puérilité, un peu trop de platitudes et clichés dans cette métafiction, mais l’imaginaire original est là.
Et je ne peux m’empêcher d’y voir une allégorie des réécritures et autres révisionnismes historiques…

\Mots-clés : #historique #humour #polar #sciencefiction #universdulivre
par Tristram
le Ven 8 Jan - 12:45
 
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Sujet: Jasper Fforde
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Pascal Picq

Au commencement était l'homme ‒ De Toumaï à Cro-Magnon

Tag historique sur Des Choses à lire Au_com10


A la fois rappel sur nos origines et mise à jour de ce qu’on en sait, le tout dans un langage accessible, avec en seconde partie une comparaison des théories de Coppens, Chaline et lui-même pour expliquer comment une diversité d’espèces a conduit à uniquement la nôtre :
« Nous sommes uniques tout simplement parce que nous sommes seuls. »

« Un court essai l’accompagne dont l’ambition est de dégager cette science de l’homme du déterminisme métaphysique qui l’entrave et de l’inscrire dans le cadre des sciences de l’évolution. »

Cette synthèse avec rappel à la rigueur scientifique use d’un langage plus technique, mais on peut se référer au glossaire en fin d’ouvrage ; Picq met aussi en garde contre les biais, mythes, naïvetés et autres erreurs d’appréciation.
Petit florilège de phrases bien senties :
« Notre évolution n’est pas singulière mais mosaïque, plurielle, buissonnante. »

« Pour ce qui est des capacités mentales, on peut ajouter, par comparaison avec les autres singes, celles d’avoir conscience de soi, d’imiter l’autre, de se mettre à sa place (empathie) et de comprendre ce qu’il ressent (sympathie), de mentir et de manipuler, de montrer (culture/éducation), d’afficher ou de camoufler ses intentions et d’être apte à se réconcilier. Tous ces caractères se retrouvent chez les hommes, les chimpanzés et les bonobos, et font partie des bagages légués par un lointain ancêtre commun. »

« …] actuellement, par exemple, notre cerveau représente 2 % de notre masse corporelle mais consomme 20 % de l’énergie apportée par l’alimentation. »

(On le sait, mais il faut le garder en mémoire au cas où on envisagerait un régime hypocalorique.)
« L’homme est le seul singe migrateur : c’est le début de l’aventure humaine. »


\Mots-clés : #essai #historique #science
par Tristram
le Lun 28 Déc - 23:44
 
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Sujet: Pascal Picq
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Abir Mukherjee

Tag historique sur Des Choses à lire 97910311

Les princes de Sambalpur

1920. Le prince héritier de Sambalpur, qui avait appelé le duo Wyndham-Banerjee à la rescousse suite à des menaces de mort, est assassiné sous leurs yeux. Voilà qui est fâcheux, vous en conviendrez. Le coupable est prestement retrouvé, mais Wyndham suppute bien vite qu'il n'était qu'un pion sur un échiquier bien plus vaste. Pourtant, on lui ordonne de se taire : hors de question de faire des vagues alors que le Raj britannique est en plein pourparlers avec les rajahs afin d'instaurer, sur le modèle de la chambre des lords, une "chambre des princes". (En réalité, il ne s'agit là que de poudre aux yeux destinée à endiguer les velléités d'indépendance grandissantes des Indiens...) Il est donc inenvisageable que l'assassinat d'un vague prince héritier vienne perturber le cours des négociations.

Finalement, Wyndham et Banerjee sont autorisés à enquêter, mais sans mandat officiel. Les voilà partis en catimini pour le royaume de Sambalpur, petit état de l'Orissa dont les mines de diamants attisent toutes les convoitises. Leur tâche s'avère ardue, car la cour du maharadjah bruisse d'intrigues et de rumeurs, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Et puis, allez interroger des femmes qui respectent le purdah, et ne peuvent être questionnées qu'à travers un rideau... Le pauvre Wyndham, toujours aussi accro à l'opium et à la belle Emily (qui lui bat froid depuis qu'il a eu l'idée saugrenue de la considérer comme suspecte dans une affaire précédente), se retrouve bien démuni à Sambalpur, et nombreux seront ceux qui se joueront de lui avant que ses yeux ne se dessillent...

Eh bien, j'ai beaucoup aimé ce second opus, et cette immersion dans le monde des maharajas, curieux mélange de fastes indécents, de rites ancestraux, d'abus mais aussi de devoirs envers le peuple... En effet, si l'on a surtout retenu en Occident les caprices de princes croulants sous les diamants, la réalité était bien plus complexe. Car certains rajahs n'étaient pas si riches, et d'autres ont considérablement fait avancer les progrès techniques et l'éducation dans leurs états. Même le purdah n'était pas forcément ce que l'on croit...
Je garde quand même un faible pour le premier opus, probablement parce que le sujet des rajahs était plus "attendu". Mais ça n'enlève rien au fait que je suis d'ores et déjà accro à cette série et à l'humour so british du flegmatique Wyndham. J'attends de pied ferme les 2 tomes non traduits !
Une série décidément entrée dans mes livres bonbons. A savourer sans aucune modération.


\Mots-clés : #historique #polar
par Armor
le Dim 20 Déc - 21:20
 
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Sujet: Abir Mukherjee
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Vassilis ALEXAKIS

Ap. J.-C.

Tag historique sur Des Choses à lire Produc14

Le narrateur est un jeune étudiant en philosophie présocratique qui fait la lecture à une vieille dame aisée, Nausicaa, et celle-ci lui demande d’enquêter sur les moines athonites, qui maintiennent la tradition orthodoxe (d’origine byzantine). Il nous raconte la progression de son histoire, mais surtout nous suivons ses pensées, volontiers emportées par son imagination, sa libido, et ponctuées de réflexions, souvent d'un humour subtil…
« J'ai de nouveau pensé aux arbres de Tinos qui demeurent courbés même lorsque le vent ne souffle pas. "Ils regardent les feuilles mortes qui sont tombées à terre."
– J'ai conservé l'habitude de me coiffer devant le miroir, malgré le fait que je ne vois pas, a dit Nausicaa. Je ne sais pas que je vieillis. Je m'imagine que mon visage n'a pas changé. »

Le monachisme du mont Athos, empreint d’intégrisme (le mot n’apparaît pas dans le livre), est basé sur la soumission des moines. Et dès le début pensée et croyance, philosophie et religion sont opposés.
« Les moines ne pensent pas, ils prient. »

« Ce sont de rudes écoles où l'on apprend à ne pas se souvenir, à ne pas penser, à ne pas avoir d'opinion, et à obéir bien sûr. »

Une autre notion rapidement marquante est celle d’abaton de la Sainte Montagne, lieu interdit d'accès, particulièrement aux femmes. Mais la situation est ambiguë : on y vénère principalement la Vierge Marie (qui d’ailleurs remplace la tutélaire Athéna, alors que les orthodoxes haïssent le polythéisme), et nombre de moines sont des amoureux déçus.
« Le monachisme constitue apparemment une solution pour ceux qui n'ont ni le courage de mourir ni l'envie de vivre. »

« Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de femmes sur la Sainte Montagne, je dirais même que leur présence y est plus sensible que partout ailleurs. »

Puis, comme le narrateur se rend au mont Athos, est évoqué l’aspect théocratique et mercantile des riches monastères, habiles spéculateurs dénués de philanthropie. Portrait à charge (un peu lourd peut-être) : ils ne respectent pas les vestiges antiques, trafiquent les documents historiques et entretiennent mal les bâtiments, sont antisémites, pratiquent homosexualité…
Alexakis imagine le dépit des dieux de l'Antiquité, et les fait parler :
« Ils savent tous apparemment que la nouvelle religion promet monts et merveilles aux trépassés. »

« Nous n'avons jamais soutenu, nous, que nous avions créé le monde. Nous l'avons reçu tel qu'il était et nous n'avons pas cherché à le changer. J'espère qu'un jour les Grecs nous sauront gré de les avoir laissés libres. »

On apprend aussi comme l’empire byzantin et les Pères de l'Église, en « ennemis jurés de l'éducation et de la culture classiques », font disparaître avec le paganisme toute la civilisation hellénique, éclipsée du VIe au XIXe :
« Mais nous aurons traversé entre-temps treize siècles d'inertie intellectuelle, treize siècles de silence. Le mot « liberté » disparaît des textes grecs pendant cette période. »

« Le fanatisme religieux était inconnu à Rome aussi bien qu'à Athènes. Il a été introduit par les premiers chrétiens, qui avaient une mentalité proche de celle des fondamentalistes musulmans d'aujourd'hui. Ils étaient les soldats d'un Dieu qui ne tolérait aucune autre autorité que la sienne, aucune autre vérité non plus. Le monothéisme est un monologue. »

(Voir aussi la citation faite par Cliniou, que j'avais également notée...)
On en vient à la question (toujours d’actualité) de la séparation de l'Église et de l'État…
Chez les moines du mont Athos, c’est une déconcertante visite ethnologique à la fois dans le conservatisme anachronique et dans l’étonnant statut privilégié de cette communauté qui échappe au droit commun.
Écrit dans un style dense, bourré d’érudition et de nombreux éléments d’enquête (journalistique, historique), ce roman se lit pourtant avec aisance ; par contre, j’ai moins apprécié la chute de l’action-prétexte, dont je n’ai pas saisi la portée.

\Mots-clés : #historique #traditions
par Tristram
le Sam 19 Déc - 12:50
 
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Sujet: Vassilis ALEXAKIS
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Czesław Miłosz

Sur les bords de l'Issa

Tag historique sur Des Choses à lire Unname10

Thomas vient de l'enfance que Czesław Miłosz a passé en Lituanie, très loin de la ville, près d'une rivière, Sur les bords de l'Issa. Dans cette région, les diables et les fantômes se mêlent aux oiseaux, aux plantes, à la terre que Thomas étudie, explore, dans cette croûte épaisse que sont les superstitions de son entourage. L'enfant est lié à son milieu et Czesław Miłosz décrit, raconte tour à tour chacun de ces villageois. Si le personnage principal de ce roman fait son trou, ce n'est de manière discrète, presque trop en marge de cette narration se développant sous forme de chroniques étranges ou tragi-comiques. C'est aussi sous cette forme que l'Histoire avec un grand H s'insinue Sur les bords de l'Issa, avec toutes les énigmes propres à celle de la famille de Thomas, ces catholiques polonais installés en pays baltes. Plus émouvant est le récit intérieur, au cœur des affects et de la sensibilité de Thomas, où tous les antagonismes d'une culture ambivalente se dissolvent ou se transforment en doutes ou questions restées sans réponses, en un panthéisme pétri d'une connaissance précise et subtile de la nature.


Mots-clés : #enfance #historique #nature
par Dreep
le Jeu 26 Nov - 16:40
 
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Jacques Réda

Quel avenir pour la cavalerie ?
Une histoire naturelle du vers français.

Tag historique sur Des Choses à lire Rzoda11


Paru en 2019, 200 pages environ.

Cette sorte d'exposé, ou de balayage démonstratif, peut paraître passablement didactique, comment l'éviter au demeurant, l'objet même, qui est l'histoire de la versification française, ne se prêtant pas trop à autre chose ?

C'est judicieusement contrebalancé, toutefois, par la plume de Jacques Réda, légère, ou peut-être plus de façon plus exacte en état de non-pesanteur, ce qui semble intrinsèque à ses écrits.

Ouvrage passionnant, truffé de références sans être roboratif, avec l'art de la mise en perspective, de ce bon vieux vers, ses avatars, ses métamorphoses, démo délicate, dont on sait gré à Jacques Réda, par exemple, de ne jamais avoir utilisé le détestable anglicisme punchline, ou encore d'éviter le piège de l'encyclopédisme foisonnant; à ce titre, le petit Nota Bene de fin d'ouvrage est appréciable, semblant dire "lisez-moi plutôt que consultez-moi, c'est un ouvrage, pas un index commode", il commence ainsi:
Au sujet de la bibliographie, son absence à la fin de ce volume s'explique par la préférence que j'ai eue pour l'inclusion, dans le corps du texte, des références des ouvrages cités. [...]


Au sujet du sous-titre, énigmatique et plaisant, un petit indice que je laisse à votre sagacité:
Contre toute définition et toute objectivité, la poésie serait-elle une guerre ? D'un point de vue assez opposé au mien, Henri Meschonnic, auteur de nombreux ouvrages sur la langue, le vers et le rythme, le pensait. Et nous nous sommes, amicalement, parfois trouvés en guerre à propos de celle-là - mais elle a bien eu lieu. Et c'est la guerre de mille ans qu'a soutenue la langue française, aujourd'hui à bout de forces et d'expédients, en retraite sur tous les fronts du champ de batailleoù, à l'arrière garde, a le premier succombé, à Roncevaux, Roland. Mais il y avait sauvé le gros de l'armée, et tout l'avenir qu'elle avait devant soi.
 Notre situation est la même, si l'avenir est plus menaçant.
Mais quel motif aurions-nous de le craindre pour notre langue elle-mêm ? Qu'elle soit, dans mille ans, encore plus différente de la nôtre que de celle du temps des premiers Capétiens, quoi de plus naturllement propable ? C'est le langage même qui se trouve en danger, et la guerre n'est pas finie.


     
Lu et relu deux fois déjà, j'ai appris beaucoup, notamment -et entre autres !- en comprenant enfin le vers français XVIIIème, lorsqu'il est mis en perspective; ce poudingue douteux, qui, jusqu'alors me permettait de résumer l'apport poétique au seul Chénier, et de me gausser à peu de frais de certains d'entre lesdits "Grands Hommes"...
(Quiconque a lu un peu de poésie de Voltaire me rejoindra peut-être !)

J'en suis venu à conclure (même si Jacques Réda suggère peut-être un petit peu mais n'assène rien en ce domaine), que cette poésie d'édifice, au mortier, à la truelle et au fil à plomb, digeste comme une pâtisserie dont la réalisation serait confiée à coffreur-bancheur, est mieux perceptible si l'on considère qu'on pouvait utiliser le vers au quotidien -l'alexandrin de préférence- et qu'on ne se gênait pas pour le faire, dans des domaines aussi variés que la missive épistolaire commune, l'exposé scientifique, l'essai littéraire, le rapport militaire ou la conversation de salon.    

Pour ce qui est de la poésie d'origine, au prix et à l'appui d'une petite remontée gaillarde dans le temps -mettons celui des aèdes-, mon intime conviction sans preuve est que la versification (ex.: le décasyllabe à rimes plates pour l'ancien français oïl en formation) est de l'ordre de l'outil: en ces temps de transmission orale des œuvres, et d'accompagnement musical par le poète (barde, troubadour, trouvère, récitant, hôte, convive, etc...), il fallait un format commode, correspondant sûrement à un rythme adapté de diction, sur lequel apposer un rythme et des notes musicales elles aussi transmises oralement -à l'oreille.
Et, pour une évidence ce me semble, que la poésie des origines ne devait pas être une pratique solitaire.

Merci à Jacques Réda d'avoir bien précisé la contrainte du français oïl, cas linguistique rare avec l'absence d'accent tonique (les mots ne "chantent" pas spontanément à la diction).

Voir aussi le sort si particulier des voyelles élidées dans notre langue , entrant ou non dans le compte des pieds, et sûrement distinctes selon l'accent qu'on veut bien mettre à la lecture.
Pour un exemple tout à fait personnel, Francis Jammes en joue beaucoup, non dits avec un accent gascon prononcé, ses vers me semblent perdre des pieds en route, et/ou des rythmes, voire de la tessiture, de la couleur.

Sur la diction, nous avions en effet bien noté, Monsieur Réda, que les enregistrements qui nous sont parvenus de Reverdy ou d'Apollinaire sont totalement différents, dans l'abord du mot - du phrasé, de la prosodie en général - Apollinaire déclamant, comme c'était l'usage multiséculaire, façon institutionnelle, très Comédie-Française époque classique. Comme du Racine ou du Corneille.
Tandis que Reverdy, un peu écorcheur de mots, un peu brutalisant à la varloppe les saillantes, nous semble infiniment plus proche (au reste, cher Guillaume, plus personne ne déclame vos vers aujourd'hui, ainsi que vous le faisiez -était-ce pour la pose ?- et figurez-vous qu'ils semblent n'avoir rien perdu à ce type de transfiguration, allez, même, au contraire !).  

Idem pour la place de l'hémistiche, rendant possible le passage du déca et de l'octosyllabe à l'alexandrin, idem pour la conception et la diffusion du sonnet, structure aboutie loin d'être un simple formalisme.

Petit regret, M. Jacques Réda, de ne pas avoir -à mon goût- assez souligné le passage de la poésie dite (ou déclamée, ou chantonnée, on entonnée, ou chantée) à la poésie lue.
Même si vous parlez abondamment de la prosodie espacée, spatiale, visuelle (André du Bouchet, etc...).


Ouvrage qui ne passionnera sans doute pas tout le monde, mais beaucoup tout de même, j'en suis sûr.
En tous cas livre très recommandable.
D'ailleurs j'y retourne !

Mots-clés : #creationartistique #ecriture #essai #historique #poésie
par Aventin
le Lun 2 Nov - 18:42
 
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Sujet: Jacques Réda
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Isabelle Von Bueltzingsloewen

L’hécatombe des fous  
La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation


Tag historique sur Des Choses à lire Extern65

Je croyais lire un livre sur l’extermination des patients psychiatriques pendant la Seconde Guerre Mondiale, par le biais de la famine. Ce livre avait fait beaucoup de bruit à l’époque à Lyon, la ville où je suis née et ai fait mes études de médecine, à l’Université Alexis Carrel à l’époque, et où ma mère avait été interne après guerre à l’hôpital psychiatrique du Vinatier…

En fait  Isabelle von Bueltzingsloewen nous propose un ouvrage très richement argumenté, s’appuyant sur d’énormes archives et une bibliographie prolifique, qui établit l’atrocité des 40 000 morts de faim des hôpitaux psychiatriques français pendant la guerre, mais réfute le génocide.

Dans un contexte de restrictions générales et d’affamement de toute la population, les « fous », les « aliénés » constituent une population particulièrement fragile, qui ne dispose que de la  quantité minimum de tickets d’approvisionnement, impropre à assurer la survie. Coupés d’une famille ou d’un environnement social lui-même en grande précarité,  ils sont dans l’impossibilité de combler les carences par l’aide extérieure ou le marché noir. Le travail des patients valides dans les fermes rattachées à nombre de ces hôpitaux est insuffisant à pallier aux monstrueux manquements
L’auteure décrit sans concessions (photos à l’appui) les conditions d’enfermement et d’abandon de ces patients pour lesquels la médecine est alors sans ressource, et l’opinion publique dans un rejet généralisé. Elle situe cette état de fait dans l’évolution de la psychiatrie dans le siècle, de l’asile à la psychiatrie de secteur.
Elle décrit des médecins diversement démunis, mais pour la plupart concernés, face à l’impuissance de l’administration. Pour eux, l’émergence des premières thérapeutiques dites de choc avant-guerre et notamment de l’électro-convulsivothérapie – autrement dit électrochoc – constitue l’espoir extraordinaire de non seulement traiter ces patients, mais aussi de ce fait permettre qu’ils sortent de l’univers asilaire et aient ainsi une chance de ne pas mourir de faim.
Mais si  jusqu’à fin 42 leurs appels n’ont pas suffi à faire augmenter la ration des aliénés,  Isabelle von Bueltzingsloewen affirme, preuves à l’appui, qu’il n’y a pas eu de désir d’extermination sous Vichy, ou en tout cas qu’il n’y en a pas trace, donc, pour l’historienne, pas de trace = pas d’affirmation.  Pour elle, c’est faire offense au devoir de mémoire, mais aussi aux malades dizaine de milliers de malades psychiatriques génocidés en Allemagne que de ne pas reconnaître cela. Elle s’oppose ainsi à tout un courant qui a jusque-là affirmé ce génocide, qui l’a mis en lien avec l’eugéniste lyonnais Alexis Carrel, et dont elle considère qu’il ne répond pas à un travail historique de chercheur·se digne de ce nom.

C’est évidemment une parole contre une autre, car si l’auteure confronte abondamment la lectrice à sa documentation, à ses raisonnements et à ses preuves, je suis, inculte en histoire, incapable de savoir si ces preuves sont bien des preuves.
L’intérêt de ce livre, outre la connaissance de la famine des hôpitaux psychiatriques, de l’histoire générale de la psychiatrie, ainsi que de nombreuses histoires individuelles de patients internés chroniques particulièrement émouvantes, est bien de poser  la question de la responsabilité de l’historien.ne. Comment lire l’histoire ? A qui se fier ?


Mots-clés : #essai #historique #medecine #pathologie
par topocl
le Lun 2 Nov - 11:07
 
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Sujet: Isabelle Von Bueltzingsloewen
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Necati Cumali

Tag historique sur Des Choses à lire Maczod10

Necati Cumali : Macédoine 1900. - Sindbad/Actes Sud

"Les onze nouvelles réunies dans cet ouvrage restituent une période charnière de l'Empire ottoman dans les Balkans : fin du XIXe-début du XXe siècle. Elles éclairent aussi les tragédies récentes dans cette région ravagée par les conflits ethniques et confessionnels. Chacune des nouvelles pose le problème des mutations des cadres traditionnels de la vie sociale, de la naissance des nouvelles identités, des revendications politiques des différentes communautés dans un Empire à bout de souffle. Pratiquement autobiographiques, ces nouvelles font penser inévitablement aux oeuvres des classiques balkaniques : Ivo Andric, Panaït Istrati ou encore Nikos Kazantzakis. Mais contrairement à Panaït Istrati, qui déclarait "n'adhérer à rien", Necati Cumali pensait que dans ces Balkans déchirés et perpétuellement en guerre, seule l'idéologie socialiste et humaniste pouvait instaurer un climat d'apaisement et de fraternité." 

Les Balkans; longtemps dominés par l'EmpireOttoman sur une mosaique de peuples, parfois en accord, parfois à l'origine de conflitsethniques comme dans l'ex Yougoslavie.
Avec ses souvenirs, ses enquètes familiales, Cumali reconstitue le cadre géograhique, social et 
politique de la Macédoine de la fin du 19e et du début du 20e siècle
Il considère comme un devoir de contribuer à la fraternité du genre humain par son écriture
et ses témoignages.
Ce que l'auteur ajoute, c'est le vécu intime de la famille de l'auteur, chassée de Macédoinei, ajoutant à la dimension humaine un grand talent d'écrivain qui le situe très haut, à la meme place que des auteurs tels que Ivo Andric, Panait Istrati ou Kazantzakis, tous classiques des Balkans
et excellents écrivains.

Mots-clés : #famille #historique #nouvelle #xxesiecle
par bix_229
le Dim 1 Nov - 16:12
 
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Sujet: Necati Cumali
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Francesca Melandri

Eva dort

Tag historique sur Des Choses à lire 41xzo410

Tout au long des 1397km qui l’amènent au chevet de l’homme mourant qui aurait pu être son père si la vie était plus aimable,  et qu’elle n’a pas vu depuis 30 ans, Eva se remémore les évènements qui l’ont construite, imbriquant l’histoire familiale (d’une mère célibataire) et collective (le Tyrol du Sud, population allemande que Mussolini a voulu italianiser, qui a revendiqué son indépendance au fil des décennies, y compris par des actes terroristes).

On voyage donc très habilement entre temps et espace, récit personnel et destin d’un peuple. Le sort de ces Allemands du Nord de l’Italie est resté longtemps méconnu, y compris là-bas , et Francesca Melandri nous apprend  beaucoup de choses, sous une forme romanesque élaborée parfaitement maîtrisée, à travers des personnages complexes et attachants.


Mots-clés : #conditionfeminine #famille #historique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 14 Oct - 11:16
 
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Sujet: Francesca Melandri
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QIU Xiaolong

Encres de Chine

Tag historique sur Des Choses à lire Encres10

Troisième polar avec l’inspecteur principal Chen, également poète et cadre du Parti, qui, plongé dans une traduction, suit de loin l’enquête sur le meurtre d’une ancienne garde rouge (mouvement étudiant utilisé puis opprimé par Mao) ayant été liée à un écrivain et traducteur victime de la Révolution culturelle.
« Peiqin avait remarqué que dans l’histoire de la littérature chinoise contemporaine, la plupart des intellectuels de formation universitaire étaient devenus traducteurs plutôt qu’écrivains, pour des raisons politiques faciles à comprendre. »

Ce livre paru en 2004 donne des vues très intéressantes sur la Chine en pleine évolution des années quatre-vingt-dix, sur la vie difficile des Shanghaïens dans de minuscules logements vétustes des années trente (tels ceux de l’architecture traditionnelle shikumen, « caractéristique de l’époque des concessions étrangères ») sans eau courante mais pot de chambre de rigueur, se nourrissant de plats cuisinés par les nombreux restaurants et petits commerces (les pousses d’oignon qui apparaissent dans différents plats sont vraisemblablement des cébettes). Ils croisent les Messieurs Gros-Sous, les nouveaux riches d’un capitalisme coexistant avec le socialisme…
« Le complexe New World serait peut-être à l’image de la Chine d’aujourd’hui, pleine de contradictions. Au-dehors, le système socialiste, sous l’autorité du Parti communiste ; à l’intérieur, le capitalisme sous toutes ses formes. La combinaison des deux pouvait-elle fonctionner ? Peut-être. Personne ne pouvait le dire, mais jusqu’à présent, cela marchait plutôt bien, malgré la tension entre les deux systèmes. Et malgré le prix à payer : l’écart toujours plus grand entre riches et pauvres. »

« Mais les autorités du Parti avaient dû se rendre compte que plus on tentait de retenir les dissidents au pays, plus on attirait l’attention sur eux à l’étranger. Une fois hors de Chine, ils cessaient d’être un centre d’intérêt, même temporaire. »

« Mais le camarade Deng Xiaoping avait sans doute eu raison d’affirmer qu’il fallait d’abord permettre à quelques Chinois de devenir riches dans la société socialiste, et qu’ensuite les richesses accumulées par eux "s’écouleraient peu à peu" vers les masses. »

(Refrain toujours repris, et aussi peu avéré, de la pseudo-théorie économique du ruissellement.)
Ces classes montantes, fortunées, élitistes, friandes de « petites secrétaires » et adeptes de la « consommation ostentatoire », ne sachant comment dépenser leur argent sont attirées par un décor rappelant « l’âge d’or » traditionnel, qui leur sert de référence culturelle ; c’est finement observé, et peut être constaté dans nombre d’autres sociétés (notamment au Moyen-Orient y compris Israël, et sans doute partout où infuse l’occidentalisme prospère).
De même j’ai retrouvé des aspects similaires et typiques des sociétés mal rétablies de l’assujettissement à un État omnipotent :
« ‒ Bah, c’est cela, un restaurant d’État, dit Gu. Bénéfices ou pas, les gens qui travaillent ici reçoivent le même salaire. Ils se fichent des désirs des clients. »

Les préoccupations chinoises ne sont pas toujours spécifiques à cette société :
« Il n’aimait pas cet aspect des réformes économiques de la Chine. Comment se débrouillaient ceux qui n’avaient ni argent ni relations ? La direction d’un hôpital aurait dû manifester un peu d’humanité. »

« Dans les années quatre-vingt-dix, des millions de paysans jugeaient impossible de rester dans leurs villages reculés, quand ils découvraient à la télévision le mode de vie des gens de la classe montante dans les villes de la côte. Malgré les efforts du gouvernement pour équilibrer le développement des villes et des campagnes, un clivage inquiétant s’était formé entre riches et pauvres, urbains et ruraux, habitants de la côte et habitants de l’intérieur des terres – conséquence des réformes économiques lancées par Deng Xiaoping dix ans plus tôt. »

« Un nouveau type de relations sociales semblait s’être développé, une sorte de toile d’araignée dont les fils reliaient les personnes en fonction de leurs intérêts. Chaque fil était dépendant des autres. »

L’évocation de Le Docteur Jivago de Boris Pasternak a aussi été développée par Qiu Xiaolong dans sa nouvelle La Bonne Fortune de Monsieur Ma : c’est l’histoire d’un petit libraire condamné à trente ans de prison pour avoir en rayon ce roman.
Ce livre m'a intéressé, et si la suite de la série "inspecteur Chen" me déçoit, je me pencherai sur les nouvelles de la Cité rouge.

Mots-clés : #historique #polar #politique #regimeautoritaire #revolutionculturelle #social
par Tristram
le Mer 30 Sep - 16:49
 
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Sujet: QIU Xiaolong
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Claudio Magris

Classé sans suite

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Luisa Brooks, fille d’un soldat noir américain et petite fille d’une juive passée par le four crématoire nazi installé dans une ancienne rizerie triestine, reprend le projet d’un collectionneur d’armes mort dans un incendie :
« Arès pour Irène ou Arcana Belli. Musée total de la Guerre pour l’avènement de la Paix et la désactivation de l’Histoire. »

« Toute exposition – de tableaux, de sculptures, d’objets, d’engins – est une nature morte et les gens qui se pressent dans les salles, en les remplissant et en les vidant comme des ombres, s’entraînent pour leur futur séjour définitif dans le grand Musée de l’humanité, du monde, dans lequel chacun est une nature morte. »[

La mémoire de la Rizerie est occultée pour protéger les familles des collaborateurs, dont le créateur du Musée aurait recopié, dans ses carnets disparus, les noms d’après des graffitis depuis chaulés.
Un livre total, ou de l’importance du big data ?
« Pour comprendre la guerre et donc pour la vaincre, il faut connaître tout ce qui conflue dans la guerre c’est-à-dire tout, les bulletins de salaire, la publicité à la télévision, la courbe des mariages des divorces et des viols, les repas de famille, les contes de grand-mère, la fraternité qui ne se crée que pendant les guerres [… »

Plusieurs biographies sont plus ou moins développées, telle celle du tchécoslovaque Alberto Vojtěch Frič, expert en cactus et ethnographe des Chamacocos (sisi), Indiens du Gran Chaco ; nombre des personnes évoquées (Italiens et Autrichiens notamment) m’est d’ailleurs inconnu.
« Otto Schimek, condamné à mort et exécuté par la Wehrmacht pour avoir refusé de tirer sur des civils polonais. »

Moment fort que ce controversé « martyr antinazi autrichien » ‒ ou simple déserteur :
« Tout ce qui arrive est un faux, l’œuvre d’un copiste. L’univers entier est la copie retouchée de qui sait quel autre monde. »

Martin Pollack est directement impliqué dans la révélation de cette histoire.

Le passé de Luisa est revu en parallèle de l’exposition muséographique du projet auquel elle travaille, et il s’avère peu à peu que son père est Martiniquais, soi du croisement de l’Afrique, l’Amérique (amérindienne) et l’Europe (Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant sont même pris comme références).
Le flot verbal parfois se presse, assez lyrique voire litanique, mêlant surtout éléments bibliques et mitteleuropéens, mais aussi latino-américains.
Une vaste métaphore associe le glioblastome à l’œil, à l’agate et à la guerre tandis que les Allemands, les fascistes, les titistes, les communistes, les Slovènes, les Néo-Zélandais se disputent Trieste à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le collectionneur-notateur serait un certain Carlo Fozzi (en fait le personnage est inspiré de Diego de Henriquez), « Témoin, historien, collectionneur ou maniaque ? », « caricature totalisante du tempérament anal » ; ce syllogomane devient essentiellement recueilleur de noms, jusqu’à la conflagration finale de sa collection-compilation, incendie où il disparaît, en miroir de crématoire.
« …] pourtant c’était le seul four crématoire qui ait existé en Italie et personne, vraiment personne, n’en savait rien, c’est cela qui est tragique, ils étaient parvenus à effacer cette vérité, cette réalité… »

« Mieux, l’acte de disparaître et surtout de faire disparaître est un objet privilégié d’occultation et d’oubli. De refoulement, a dit au procès le docteur Wulz. Effacer l’absence, annuler la personne, la chose qui n’est plus là ; éteindre non seulement le souvenir de celui ou celle qui s’en est allé, mais aussi la conscience qu’il, elle, quelqu’un s’en est allé. Qui n’est plus là encombre, c’est un compte non soldé, un trou dans le mur ; on fait tout alors pour ne pas savoir qu’il n’y est pas, qu’il n’y a jamais été, pour effacer et reboucher ce trou. […]
Le four crématoire est une excellente chirurgie de l’oubli. »


Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #deuxiemeguerre #historique #mort
par Tristram
le Lun 28 Sep - 22:11
 
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Sujet: Claudio Magris
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Javier Cercas

Anatomie d'un instant

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23 février 1981, un putsch à nos portes ! la prise en otage des députés dans l’hémicycle du Congrès espagnol.



Est minutieusement revue l’histoire du passage de la dictature à la démocratie au moyen de la réconciliation nationale. Mais, le franquisme restant bien établi dans les esprits, notamment au sein de l’armée,
« …] dans l’Espagne des années 1970, le mot “réconciliation” était un euphémisme du mot “trahison” [… »

On mesure le rôle déplorable de la presse, des hommes politiques tous partis confondus, de l’Église, de l’armée et du roi « dans le grand cloaque madrilène, dans le petit Madrid du pouvoir »… (Le roi en question, c’est Juan Carlos I, récemment parti en exil…)
« …] chez un homme politique, les vices privés peuvent être des vertus publiques ou qu’il est possible en politique d’arriver au bien par le mal, qu’il ne suffit pas de juger éthiquement un homme politique, il faut d’abord le juger politiquement, que l’éthique et la politique sont incompatibles, que l’expression “éthique politique” est un oxymore, ou que peut-être les vices et les vertus n’existent pas in abstracto, mais uniquement en fonction des circonstances dans lesquelles on les pratique [… »

« Il [Adolfo Suárez] concevait la politique comme spectacle après avoir appris pendant ses longues années de travail à la Télévision espagnole que ce n’était plus la réalité qui créait les images mais les images qui créaient la réalité. »

On s’étonne d’autant plus qu’aujourd’hui les médias semblent s’ébahir que « la violence des mots s'est peu à peu transformée en violence physique » (les signataires de la lettre ouverte "Ensemble, défendons la liberté")…

Et les trois hommes qui ne se sont pas couchés lors du coup d’État constituent des personnages dont le destin n’a pas besoin de l’invention romanesque pour nous "parler".
Cercas explique avoir abandonné la rédaction d’un roman pour rédiger cette chronique parce que le réel (dans ce cas) est plus éloquent que la fiction ; c’est un fait que la réalité est beaucoup plus complexe qu’un récit élaboré par un écrivain, où sera perceptible un sens prémédité par ce dernier.
« …] il paraît souvent difficile de distinguer le réel du fictif. En fin de compte, il y a de bonnes raisons pour concevoir le coup d’État du 23 février comme le produit d’une névrose collective. Ou d’une paranoïa collective. Ou, plus précisément, d’un roman collectif. Dans la société du spectacle en tout cas, ce fut un spectacle de plus. »

« Cela signifie que j’essaierai de n’ôter aux faits ni leur force dramatique, ni le potentiel symbolique dont ils sont porteurs par eux-mêmes, ni même leur surprenante cohérence, leur symétrie et leur géométrie occasionnelles ; cela signifie aussi que je vais essayer de les rendre quelque peu intelligibles en les relatant sans cacher leur nature chaotique ni effacer les empreintes d’une névrose ou d’une paranoïa ou d’un roman collectif, mais avec la plus grande netteté, avec toute l’innocence dont je suis capable, comme si personne ne les avait racontés avant moi ou comme si personne ne se les rappelait plus, comme si, dans un certain sens, il était vrai que pour presque tout le monde Adolfo Suárez et le général Gutiérrez Mellado et Santiago Carrillo et le lieutenant-colonel Tejero étaient déjà des personnages fictifs ou du moins contaminés d’irréalité et que le coup d’État du 23 février était un souvenir inventé ; dans le meilleur des cas, je raconterai ces faits tel un chroniqueur de l’Antiquité ou celui d’un avenir lointain ; enfin, cela veut dire que j’essaierai de raconter le coup d’État du 23 février comme s’il s’agissait d’une histoire minuscule, mais comme si cette histoire minuscule là était l’une des histoires décisives des soixante-dix dernières années de l’Histoire espagnole. »

« C’est vrai : l’Histoire produit d’étranges figures et ne rejette pas les symétries de la fiction, comme si par cette recherche formelle elle essayait de se doter d’un sens qu’elle ne possède pas en elle-même. »

Le style est particulièrement congru, et les retours en arrière chronologiques, en vagues habilement amenées, concourent à éviter la lassitude du lecteur de ce livre assez long ; c'est moins vrai pour les redites, manière coutumière de Cercas (Topocl a déjà signalé une certaine lourdeur des leitmotive dans L'imposteur, qu'il me reste à lire).
L’aspect travail documentaire (une documentation importante alimente ce texte) m’a rappelé ceux de Capote (De sang-froid) et de ses continuateurs, comme García Márquez (Chronique d'une mort annoncée).  
« …] décrire la trame du coup d’État, un tissu presque sans couture de conversations privées, de confidences et de sous-entendus qui souvent ne se laissent reconstituer qu’à partir de témoignages indirects, en forçant les limites du possible jusqu’à atteindre le probable, et en essayant de découper la forme de la vérité à l’aide du patron du vraisemblable. Naturellement, je ne peux assurer que tout ce que je raconte par la suite soit vrai ; mais je peux assurer que cela est pétri de vérité et, surtout, que je n’aurais pas pu m’approcher davantage de la vérité, ou l’imaginer plus fidèlement. »

Pour ceux que l’Espagne intéresse, l’Histoire et aussi la politique ‒ mais c’est également un document utile pour approcher les mécanismes autoritaristes. (@Bédoulène ? @Quasimodo ?)

Mots-clés : #biographie #essai #historique #politique #social
par Tristram
le Ven 25 Sep - 13:32
 
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Sujet: Javier Cercas
Réponses: 58
Vues: 3964

Blaise Cendrars

L'or

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Sous-titré: La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter.
Roman, 1925, 160 pages environ.

[relecture]

Accueil mitigé à sa sortie pour cet opus, longuement cogité et porté par l'auteur, mais écrit et publié avec célérité. On lui reproche de ne pas avoir fait œuvre de biographe fidèle, d'historien, mais justement c'est ce que Cendrars revendique - comme indiqué en préface il eût pu appeler Alexandre Dumas à la rescousse, selon celui-ci l'Histoire serait "un clou où l'on peut accrocher un beau tableau".

Usant d'effets stylistiques afin d'évoquer, surtout, une trajectoire, le roman prête à une lecture rapide, la course d'un projectile propulsé. Gâcher, çà et là, un peu de peinture afin de soigner davantage les décors et les seconds caractères ne m'eût pas déplu, à titre personnel: de la saveur, certes, dans les ingrédients, petit manque d'épices toutefois.

J-A Suter (Sutter dans la vraie vie), un Suisse de bonne famille, en rupture, passe en fraude en France puis s'embarque pour le Nouveau Monde, et, après moult expédients dont des actes répréhensibles, détours, temporisations, approches, gagne la Californie encore hispanisante et mexicaine, très peu peuplée, y fonde un empire, lequel viendra se fondre dans une Californie annexée pacifiquement à l'Union, avant d'être ruiné par la découverte d'or sur ses terres et la ruée qui s'ensuivit, drainant des flots continus de migrants s'accaparant ses terres, son personnel le quittant pour prospecter, puis, ruine consommée, devient quasi-aliéné (pour ne pas dire complètement fou), avec une phase de récupération par des illuminés mystiques et businessmen, et décéde en tentant de faire valoir ses droits à Washington: un beau sujet.
entame du chapitre 6 a écrit:- Vois-tu, mon vieux, disait Paul Haberposch à Johann August Suter, moi, je t'offre une sinécure et tu seras nourri, logé, blanchi. Même que je t'habillerai. J'ai là un vieux garrick à sept collets qui éblouira les émigrants irlandais. Nulle part tu ne trouveras une situation aussi bonne que chez moi; surtout, entre nous, que tu ne sais pas la langue; et c'est là que le garrick fera merveille, car avec les irlandais qui sont tous de sacrés bons bougres, tous fils du diable tombés tout nus du paradis, tu n'auras qu'à laisser ouvertes tes oreilles pour qu'ils y entrent tous avec leur bon dieu de langue de fils à putain qui ne savent jamais se taire. Je te jure qu'avant huit jours tu en entendras tant que tu me demanderas à entrer dans les ordres.
Un Irlandais ne peut pas se taire, mais pendant qu'il raconte ce qu'il a dans le ventre, mois, je te demande d'aller palper un peu son balluchon, histoire de voir s'il n'a pas un double estomac comme les singes rouges ou s'il n'est pas constipé comme une vieille femme.
Je te donne donc mon garrick, un gallon de Bay-Rhum (car il faut toujours trinquer avec un Irlandais qui débarque, c'est une façon de se souhaiter la bienvenue entre compatriotes), et un petit couteau de mon invention, long comme le coude, à lame flexible comme le membre d'un eunuque. Tu vois ce ressort, presse dessus, na, tu vois, il y a trois petites griffes qui sortent du bout de la lame. C'est bien comme ça, oui. Pendant que tu lui parles d'O'Connor ou de l'acte de l'Union voté par le Parlement, mon petit outil te dira si ton client a le fondement bouché à l'émeri. Tu n'auras qu'à mordre dessus pour savoir si elle est en or ou en plomb, sa rondelle.



Mots-clés : #aventure #colonisation #exil #historique #immigration #independance #justice #mondialisation #voyage #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 10 Sep - 7:12
 
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Sujet: Blaise Cendrars
Réponses: 28
Vues: 1938

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