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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 11:04

196 résultats trouvés pour psychologique

John Steinbeck

Nuits noires

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Ce court roman a aussi été publié en langue française sous les titres de Lune noire, ou encore Nuits sans lune. Le titre original est The Moon Is Down (extrait du Macbeth de Shakespeare, acte II scène 1, remarque de Fleance tandis que Macbeth arrive pour assassiner le roi). Steinbeck a écrit ce texte pendant la Seconde Guerre mondiale ; il a été traduit et diffusé clandestinement par la Résistance dans les pays européens occupés par l'Allemagne nazie (ici, Yvonne Desvignes pour les éditions de Minuit).
Une force armée (qu’on devine facilement allemande) conquiert une petite ville par surprise (et avec l’aide d’un collaborateur interne).
Les portraits des officiers de la force d’occupation caricaturent les diverses modalités de servir la puissance nazie.
« Le capitaine Loft estimait que le soldat est l’ultime achèvement de la vie animale. »

« Les lieutenants Prackle et Tonder étaient deux jeunes morveux, étudiants récemment promus, rompus au régime du jour et persuadés que l’ordre nouveau était l’œuvre d’un génie tel qu’ils ne prenaient jamais la peine de vérifier ses résultats. »

« Seul parmi eux, le colonel Lanser savait ce qu’est vraiment la guerre au bout d’un certain temps. Lanser avait été en Belgique et en France vingt ans plus tôt et il essayait de ne pas penser à ce qu’il savait : que la guerre n’est que trahison et haine, confusion de généraux incompétents, torture et meurtre, maladie et fatigue jusqu’à ce qu’enfin cela s’achève sans que rien ait changé, sauf qu’il y a de nouvelles lassitudes et de nouvelles haines. »

En premier lieu désemparée, la communauté civile organise peu à peu sa résistance à l’envahisseur, d’abord passive puis actes de sabotage, tandis que la tension « sans repos » monte chez l'occupant dans l’engrenage d’exécutions sommaires et de prises d’otages.
« Ainsi, cela recommence. Nous allons fusiller cet homme et nous faire vingt nouveaux ennemis. C’est tout ce que nous savons faire, tout ce que nous savons faire. »

« Nous avons dressé nos jeunes gens en vue de la victoire, et il faut reconnaître que dans la victoire, ils sont magnifiques, mais ils ne savent plus comment se comporter dans la défaite. Nous leur avons dit qu’ils étaient plus vifs et plus vaillants que les autres. Ça a été un vrai choc, pour eux, de s’apercevoir qu’ils ne sont nullement plus vifs ou plus vaillants que les autres. »

Le propos principal de cette novella est l'évolution psychologique et morale tant des forces d’occupation que de la population civile (notamment le bourgmestre, son ami médecin, sa cuisinière).
Le côté propagandiste de ce texte explique une certaine pompe parfois excessive :
« Les peuples libres ne peuvent engager une guerre, mais une fois qu’elle est commencée, ils peuvent continuer à lutter dans la défaite. Les peuples-troupeaux, ceux qui suivent un chef, en sont incapables ; ainsi, ce sont toujours les peuples-troupeaux qui gagnent les batailles et les peuples libres qui gagnent les guerres. »

Sans surprise, on pense à certains textes de H. G. Wells et George Orwell à la lecture de cet intéressant document.

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #psychologique #regimeautoritaire
par Tristram
le Mar 27 Juil - 13:41
 
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Sujet: John Steinbeck
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Graham Greene

Un Américain bien tranquille

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Le narrateur, Fowler, est un correspondant de presse britannique faisant le reportage de la guerre des Français à Saigon (ce que Greene fit également) ; il est présent depuis des années, se drogue à l’opium et n’envisage pas de jamais quitter le Viet-nam.
« Mes confrères journalistes se faisaient appeler correspondants, je préférais le titre de reporter. J’écrivais ce que je voyais, je n’agissais pas, et avoir une opinion est encore une façon d’agir. »

Son ami Pyle, « un Américain bien tranquille », jeune attaché à la Mission d’aide économique, aussi « chargé de missions spéciales » est retrouvé mort. Phuong, qui fut sa compagne avant de le quitter pour Pyle, revient vivre avec lui.
C’est un aperçu de la guerre contre le Viet-Minh au milieu des « armées privées », comme celle du général Thé (phénomène qu’on reverra souvent, et pas qu’en Lybie) :
« Ce pays était en proie aux barons rebelles : on aurait dit l’Europe du Moyen Âge. »

Il y a aussi un regard intéressant sur les Vietnamiens (et Vietnamiennes) et les Occidentaux à l’époque, la religion syncrétique caodaïste, le travail de journaliste forcément limité par le pouvoir militaire qui contrôle l’information et censure. Même un personnage secondaire comme Vigot, officier de la Sûreté française expert du 421 et de Pascal, devient attachant et caractéristique. Il y a aussi de l’action violente (la nuit dans la tour de guet), du témoignage de guerre…
Mais le thème principal est l’étude psychologique de l’étrange duo Fowler-Pyle ; si le premier est plutôt désabusé et cynique, Pyle est plus naïf et « innocent » (image étonnante a priori, que j’ai également gardée de nombre d’États-Uniens rencontrés lors de mes séjours outre-mer).
« Un homme devient digne de confiance, dit solennellement Pyle, quand on a confiance en lui. »

Cela n’empêche pas cet idéaliste d’œuvrer à la surrection d’une « Troisième Force » afin que la démocratie affronte victorieusement le communisme, et qu’importent les explosifs placés dans la foule. (Greene semble considérer que la guerre d’Indochine n’était pas essentiellement « coloniale ».)
Ce bref roman qui commence par la fin devrait ne pas présenter beaucoup d’intérêt dû au suspense, mais le lecteur comprend que c’est le contraire d’une maladresse lorsqu’il parvient au renversement final : Fowler, qui se targuait d’être et de vouloir rester non « engagé », y viendra à son tour...

\Mots-clés : #colonisation #complotisme #espionnage #guerreduvietnam #politique #psychologique #terrorisme
par Tristram
le Mer 30 Juin - 15:46
 
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Sujet: Graham Greene
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George Eliot

Middlemarch

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Un rien, et tout bascule, tous changent de place dans ce microcosme de la société prévictorienne : Middlemarch. Les uns tombent en disgrâce ou en banqueroute, les autres sauvent les apparences dans cette petite ville où la vie est rythmée par les mariages et les enterrements, les alliances et les exclusions mondaines ou politiques. Un rien qui est à la fois tout chez George Eliot, à la fois décisif et incisif, se glissant dans ces mille pages pour les rendre si curieusement prenantes. Cela consiste à décrire des attitudes, des intentions ou impulsions ; des personnages qui, parfois, ne soupçonnent pas les mobiles plus ou moins refoulés qui les font agir.

Une ronde des caractères où se déploie doucement la finesse d’analyse de George Eliot, avec son ironie tranquille, enveloppée d’une placidité qui ferait presque oublier son côté mordant, discret, sous le trop grand amour qu’elle porte à certains de ses personnages (Dorothea, par exemple…), lorsque le dénouement d’une intrigue étouffe un peu la subtilité psychologique. Mais c’est un grand roman, et Proust ne s’y est pas trompé.


\Mots-clés : #amour #conditionfeminine #lieu #psychologique #xixesiecle
par Dreep
le Jeu 24 Juin - 19:34
 
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Unica Zürn

L'Homme-jasmin

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En écrivant L'Homme-jasmin, Unica Zürn s'est-elle inspiré de sa propre vie, au point que l'on puisse parler d'un texte autobiographique ? Certes, il y a des éléments pour l'affirmer, mais alors cette vie, telle qu'elle est décrite ici, n'est pas du tout structurée par des périodes ni des interactions marquantes. Il n'y a pas d'environnement extérieur, sauf lorsque le personnage se trouve dans un hôpital psychiatrique (où Unica Zürn a elle-même été internée) ; L'Homme-jasmin se base pour l'essentiel sur des impressions, l'imagination d'un être déconnecté de la réalité.

Peut-être que cette réalité, elle la transforme, afin que tout devienne extraordinaire, surréel, à l'image de son monde intérieur ? Oui, mais seulement dans des moments de grâce, de bonheur fugitifs, lorsqu'elle danse ou lorsqu'elle dessine. Dans la série de portraits qu'elle trace de ces compagnons d'infortune, à l'hôpital psychiatrique, il y a toujours cette fascination pour la folie, comme si quelque chose d'insoupçonnable se cachait derrière des attitudes énigmatiques et souvent stéréotypée. On y décèle aisément une souffrance sordide. La curiosité de la narratrice, pour une fois qu'elle s'ouvre à d'autres, est frustrée ou frustrante. Le récit lui-même, devient obsessionnel voire tourne franchement en rond, il est glaçant mais peut-être lucide de constater que son univers mental est en train de rétrécir.


\Mots-clés : #pathologie #psychologique
par Dreep
le Jeu 10 Juin - 23:59
 
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Arthur Koestler

Les Racines du hasard

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Nota : j’ai lu (il y a longtemps malheureusement) L'Étreinte du crapaud, qui parle de Paul Kammerer, du lamarckisme, des caractères innés et acquis, des coïncidences en série et de la synchronicité junguienne (le dernier thème m’ayant passionné) ; Les Racines du hasard en constitue une suite (ou un complément).
Arthur Koestler assure que dans les années soixante l’existence des phénomènes parapsychiques, scientifiquement étudiés, est prouvée grâce aux statistiques.
Pour leur trouver un cadre théorique acceptable, il revient sur les étonnantes découvertes de la physique moderne dans les années trente, comme le Principe d’indétermination (ou Principe d’incertitude) d’Heisenberg :
« Plus le physicien peut déterminer avec exactitude la localisation d’un électron par exemple, plus la vitesse en devient incertaine ; et vice versa si l’on connaît la vitesse, la localisation de l’électron se brouille. Cette indétermination inhérente des événements infra-atomiques est due à la nature ambiguë et évasive des particules de matière, qui, en fait, ne sont pas du tout des particules, des "choses". Ce sont des entités à tête de Janus qui dans certaines circonstances se comportent comme de minuscules boulets et dans d’autres circonstances comme des ondes ou des vibrations propagées dans un milieu dénué de tout attribut physique. »

« "La tentative même de se faire une image [des particules élémentaires] et de les penser visuellement suffit à les fausser entièrement", écrivit Heisenberg. »

« "L’électron est à la fois un corpuscule et une onde", proclamait Broglie. C’est à ce dualisme, qui est fondamental pour la physique moderne, que Bohr donna le nom de "principe de complémentarité". La complémentarité devint une sorte de credo chez les théoriciens de l’école de Bohr − l’école de Copenhague, comme on disait. Et selon Heisenberg, pilier de cette école, "le concept de complémentarité a pour but de décrire une situation dans laquelle on peut regarder un seul et même événement dans deux systèmes de référence différents. Ces deux systèmes s’excluent mutuellement, mais en même temps ils se complètent, et seule la juxtaposition de ces systèmes contradictoires procure une vision exhaustive des apparences des phénomènes." »

« C’est ce qu’a résumé sir James Jeans dans un passage mémorable : "Aujourd’hui l’on considère généralement, et chez les physiciens presque à l’unanimité, que le courant de la connaissance nous achemine vers une réalité non mécanique ; l’univers commence à ressembler plus à une grande pensée qu’à une grande machine." »

Je suis toujours émerveillé par ces éblouissantes visions aux perspectives extraordinaires.
Puis Koestler revient sur Kammerer et ses « lois de la sérialité » :
« …] tandis que la gravitation agit sans discrimination sur l’ensemble des masses, cette autre force agit sélectivement sur la forme et la fonction pour unir les semblables dans l’espace et dans le temps ; elle relie par affinité. Par quels moyens cet agent a-causal fait intrusion dans l’ordre causal des événements − de manière dramatique ou banale − on ne peut le dire puisque, par hypothèse, il fonctionne en dehors des lois connues de la physique. Dans l’espace, il produit des événements concurrents reliés par affinité ; dans le temps des séries semblablement reliées. "Nous en arrivons ainsi à l’image d’une mosaïque universelle, d’un kaléidoscope cosmique qui, malgré des bouleversements et des réarrangements constants, prend soin de réunir les semblables." »

Il raconte comme Wolfgang Pauli s’associa à Carl Gustav Jung pour rapprocher leurs disciplines respectives, la physique quantique et la (para)psychologie, par l’a-causalité autour du concept de synchronicité.
« Le traité de Jung repose sur le concept de "synchronicité", qu’il définit comme "l’occurrence simultanée de deux événements liés par le sens et non par la cause" ou encore comme "une coïncidence dans le temps de deux événements ou plus, non liés causalement et ayant un sens identique ou semblable… de rang égal à la causalité comme principe d’explication". »

Puis il aborde la tendance à l’intégration qu’on retrouve(rait) dans les domaines de la mystique, de la biologie, du social, et reformule le concept envisagé en « événements confluents ».
C’est une sorte d’épistémologie partisane, à lire avec prudence, comme Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier…

\Mots-clés : #essai #philosophique #psychologique #science
par Tristram
le Dim 23 Mai - 1:24
 
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Sujet: Arthur Koestler
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Flannery O'Connor

Mon mal vient de plus loin

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Neuf nouvelles décapantes, où pas un des personnages ne rachète les autres en matière de bêtise ou de méchanceté, et où on rit, émerveillé de tant de justesse dans ce rendu sans concession. Flannery O’Connor entretient pourtant savamment le doute (notamment dans la nouvelle éponyme), et ses "caractères" ne sont pas caricaturaux malgré les apparences (avec un bémol pour Les boiteux entreront les premiers) : les laissés-pour-compte, des personnes déficientes, des éclopés, certains qui dupent, d’autres piégés (ou les deux), par l’ignorance, la misère, le racisme, le fanatisme religieux.
« …] l'air hébété que prennent, dans le Sud, les Blancs dans la débine, plantés là comme s'ils devaient y rester jusqu'au Jugement dernier [… »

« Pendant ses insomnies il lui arrivait d'édifier une pyramide où elle disposait hiérarchiquement les diverses catégories sociales.
A la base grouillait la majeure partie des Noirs – à l'exception, bien sûr, de ceux qui lui auraient ressemblé si Jésus avait fait d'elle une négresse – bref, c'est là qu'ils se trouvaient pratiquement tous. Venaient ensuite, non point au-dessus, mais à l'écart, toute la racaille blanche ; puis, un degré plus haut, ceux qui possédaient leur maison ; à l'échelon supérieur, ceux qui possédaient et leur toit et des terres (c'était là que Claude et elle se situaient).
Au-dessus se groupaient les gens fortunés, nantis de maisons bien plus grandes et de terres bien plus vastes. A ce point tout se compliquait et devenait un casse-tête chinois, car certains des riches étaient tout ce qu'il y a de plus ordinaire, et auraient dû se situer au-dessous d'elle et de Claude, tandis que quelques personnes qui avaient de la race étaient désargentées et réduites à la condition de vulgaires locataires ; d'autre part certains Noirs possédaient leur maison et des terres. Elle connaissait un dentiste nègre qui avait deux Lincoln rouges, une piscine et une ferme avec du bétail sélectionné à tête blanche. »

C’est très fort, très noir, presque malveillant – à lire avant que les nouveaux puritains ne l’expurgent.

\Mots-clés : #nouvelle #psychologique
par Tristram
le Ven 7 Mai - 22:07
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Kazuo Ishiguro

Les Vestiges du jour

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Une fois n’est pas coutume, j’ai le film en mémoire – et un peu trop ?! Le souvenir de la prestation des acteurs de ce scenario fort original nuit à celle d’Ishiguro ; bien évidement, il faudrait lire le livre avant de voir sa transposition à l'écran.
Stevens, (grand) majordome d’une maison « distinguée », fait preuve d’un dévouement total, d’une rigueur pratiquement sans défaut dans son appartenance à un univers social désuet, dépassé – de dignité dans sa subordination à laquelle il se conforme le plus exactement possible, incarnant jusqu’à l’abnégation son idéal professionnel. De même que celui d’un aristocrate, c’est un rôle à vie (cf. le père, lui-même majordome, devenu sénile et toujours en service).
« Un majordome d’une certaine qualité doit, aux yeux du monde, habiter son rôle, pleinement, absolument ; on ne peut le voir s’en dépouiller à un moment donné pour le revêtir à nouveau l’instant d’après, comme si ce n’était qu’un costume d’opérette. Il existe une situation et une seule où un majordome qui se préoccupe de sa dignité peut se sentir libre de se décharger de son rôle : lorsqu’il est entièrement seul. »

Stevens garde la réserve toujours à l’esprit (il vante la retenue du paysage anglais, qu’il considère comme supérieur alors qu’il n’en connaît pas d’autre), et se caractérise par une stoïque maîtrise de soi.
Cette fierté pleine de morgue transposée dans la servitude féale inclut donc la nation (l’Angleterre actuelle n’est d’ailleurs pas encore totalement affranchie du servage) :
« On dit parfois que les majordomes, les "butlers", n’existent qu’en Angleterre. Dans les autres pays, quel que soit le titre utilisé, il n’y a que des domestiques. »

Cette profession le place parfois bien près du déroulement de l’Histoire (lors des tractations pour alléger les sanctions du traité de Versailles dans le premier après-guerre) :
« Certains d’entre eux estimaient, comme Sa Seigneurie elle-même, que l’on avait manqué de fair-play à Versailles et qu’il était immoral de continuer à punir une nation pour une guerre qui était maintenant révolue. »

L’attachement à la valeur morale de l’employeur, plus qu’à sa noblesse de sang comme auparavant, conduit même à s’efforcer d'être utile à l’humanité au travers d’un personnage important, en servant près « du moyeu de cette roue qu’est le monde ».
« "Cet employeur incarne tout ce que je trouve noble et admirable. Dorénavant, je me consacrerai à son service." Cela, c’est de la loyauté jurée intelligemment. Où est l’absence de "dignité" dans cette attitude ? On accepte simplement une vérité inéluctable : que les gens comme vous et moi ne seront jamais à même de comprendre les grandes affaires du monde d’aujourd’hui, et que le meilleur choix est toujours de faire confiance à un employeur que nous jugeons sage et honorable, et de mettre notre énergie à son service, en nous efforçant de nous acquitter le mieux possible de cette tâche. »

Cette ambition est plutôt déçue avec le maître de Stevens, Lord Darlington, manipulé par Hitler dans l’entre-deux-guerres (mais à la mémoire duquel il restera loyal).
« Herr Hitler n’a sans doute pas eu dans ce pays de pion plus utile que Sa Seigneurie pour faire passer sa propagande. »

Son comportement est particulièrement distant et emprunté avec Miss Kenton, l’intendante.
Le comble de la rigidité mentale est atteint avec ses efforts pour s’exercer au badinage que semble lui suggérer son nouvel employeur, un homme d’affaires américain (entraînement reporté non sans humour par Ishiguro, comme l’absurde mais rituel entretien de l’argenterie).
« Il me vient à l’idée, de surcroît, que l’employeur qui s’attend à ce qu’un professionnel soit capable de badiner n’exige pas vraiment de lui une tâche exorbitante. Bien entendu, j’ai déjà consacré beaucoup de temps à améliorer ma pratique du badinage, mais il est possible que je n’aie jamais envisagé cette activité avec tout l’ardeur souhaitable. »

Sa raideur psychique ne lui permet pas de s’émanciper de l’élitisme :
« La démocratie convenait à une ère révolue. Le monde est devenu bien trop compliqué pour le suffrage universel et toutes ces histoires. Pour un parlement où les députés se perdent en débats interminables sans avancer d’un pas. Tout ça, c’était peut-être très bien il y a quelques années, mais dans le monde d’aujourd’hui ? »

Le style guindé rend parfaitement les déférentes circonlocutions de Stevens, même lorsqu’il pense (essentiellement à son service).
L’autoportrait du majordome par Ishiguro est magistral, et il pousse à des réflexions sur de possibles perspectives allégoriques sur la vie en société, le conformisme, etc.
Au soir de sa vie de majordome, c’est un bilan peu satisfaisant de son existence qui justifie le titre : gâchis de sa vie affective, d’abord avec son père, et déceptif don absolu à « Sa Seigneurie ».

\Mots-clés : #portrait #psychologique #social #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 22 Mar - 13:05
 
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Dezsö Kosztolányi

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Alouette

Ils sont arrivés à la gare. Le petit tortillard haletait déjà sur ses rails. La cloche invitait les gens à monter.


Alouette, une semaine avec un couple de retraités reparaissant dans les rues de Sárszeg après le départ en vacances de leur fille unique âgée de trente-cinq ans. Ils sont libres, à nouveau, et perdus, aussi, sans elle/sans ailes – Alouette. On découvre ce qu’ils redécouvrent enfin dans les différents lieux en vogue de cette ville provinciale hongroise à la fin du dix-neuvième siècle. Et l’on suit les méandres de leurs sentiments complexes, voire contradictoires, à l’égard de leur fille si laide, seule et malheureuse. Quelques jours hors de leur schéma habituel, telle une errance d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à prendre au sens propre, un instant pachydermique dans leur vie apparemment si douce, qui brise tous les repères, dévoile les faux-semblants, exhume un profond chagrin soigneusement refoulé.

Ils ont repris leur marche plus lentement. Ákos a plissé le front. Combien les enfants peuvent souffrir à cause de leurs parents, et les parents à cause de leurs enfants.


Alouette, un roman écrit par un poète et nouvelliste, on le perçoit très vite. Un style lumineux, fluide et nerveux. Une structure impeccable, tant au niveau de la phrase qu’à l’échelle du récit, notamment avec des constructions symétriques qui semblent venir contenir cette rêverie sur la platitude et la banalité de l’existence pour la rendre encore plus intense et mordante.

À tire-d’aile notre petit oiseau nous est revenu.


Le deuxième chapitre et l’avant-dernier, par exemple, se reflètent l’un dans l’autre, avec la description de cette trop longue attente angoissée à la gare, pour des motifs différents. Ils encadrent cette semaine singulière dans la vie du vieux couple, cette crise où le cœur explose, de colère comme de pitié. Au départ comme à l’arrivée du train, les parents débordent d’amour pour leur fille, la couvent, Alouette, et souffrent d’en être séparés. Tout finit donc par rentrer dans l’ordre, chacun retrouvant sa place dans le même système bancal, mais familier.

C’était un vrai vacarme, au restaurant, les garçons couraient à fond de train parmi les cliquetis des assiettes, et le maître d’hôtel voletait de-ci de-là, comme une hirondelle, dans le battement d’ailes de son frac. […] Le maître d’hôtel, brièvement, leur a dit quelques mots d’excuse et de nouveau il s’est envolé dans le battement d’ailes de son frac, comme une hirondelle.


Et un corniste, un Tchèque à face apoplectique et tout petit nez, qui se produisait habituellement dans les cortèges funèbres, était en train de se passer autour du cou son cuivre aux courbes tortueuses, aux prises avec lui comme avec une pieuvre en or qui chercherait à l’étrangler.


Ici et là, derrière les palissades, des chiens aboyaient, réveillés brusquement dans cette lumière et dans cette inquiétude. Avec une rage vieille comme le monde, en écartant de biais à chaque fois leurs pattes postérieures longues et maigres, ils jappaient, lorgnant vers le haut, vers cette lune qui les rendait malades, ce fromage d’or plein de trous que, depuis des millénaires, ils auraient aimé pouvoir à pleines dents arracher du ciel. Leur fureur s’en allait mourant dans un grondement sourd.

Mots-clés : #famille #psychologique
par Louvaluna
le Dim 21 Mar - 0:06
 
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Patricia Highsmith

Eaux profondes

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Le narrateur/ Patricia Highsmith (s’)est placé du point de vue de Vic, avec une certaine distance qui fait que le lecteur n’est pas sûr que ce qu’il lit représente une vérité objective. Vic est marié à Melinda, une femme assez stupide et déloyale, immature, oisive et portée sur l’alcool, aux amants médiocres qui la discréditent dans la société ; lui demeure calme et attentif, prévenant voire complaisant, plus ennuyé que jaloux :
« Je voudrais simplement que tu choisisses un homme – ou même plusieurs hommes, si tu veux – qui eussent un peu de cervelle. Tu ne crois pas que ce soit possible ? »

Vic fait croire au fâcheux du moment que c’est lui qui a tué l’un de ses prédécesseurs auprès de Melinda. Puis, lui qui ne perd jamais le contrôle de ses nerfs malgré son irritation, noie le dernier en date dans la piscine lors d’une soirée chez des amis.
« Vic se souvenait qu’il s’était tout de suite senti mieux après cela. Une décharge de haine refoulée, c’était peut-être une meilleure image que le desserrement d’un nœud. »

Melinda le soupçonne, mais continue à s’amouracher d’hommes de passage.
« Parce que Melinda était bizarre. Elle se comportait exactement comme lui avait l’habitude de le faire, affichant délibérément une émotion ou un sentiment qui n’avait aucun rapport avec l’émotion ou le sentiment qu’il éprouvait réellement. »

Étrange, ce « vieux réflexe qui lui faisait toujours prendre la défense de Melinda devant le monde entier »…
Curieux également, de se surprendre à penser qu’on n’aurait pas eu la longanimité du meurtrier, qui paraît bien légitime… C’est vrai quoi, vouloir bouffer les escargots de ses terrariums (à propos, traduction défectueuse par moments). Sympathie, voire empathie pour cet imprimeur-éditeur de goût, qui fabrique aussi des meubles en bois, passe l'aspirateur, est apprécié de tous…
Formidable voyage dans la tête d’un manipulateur toxique, ou pervers narcissique, comme on dit dans la presse féminine.
Il semble en tout cas que l’auteure est franchement misanthrope ; on la comprend un peu, et on préférerait peut-être aussi les escargots.
« Vic ne pouvait détacher ses regards de la mâchoire de Wilson qui s’agitait, et, songeant à la foule de gens comme lui, ou presque comme lui, qu’il y avait sur terre, il se dit qu’au fond ce n’était pas une mauvaise chose de les quitter. C’étaient d’affreux oiseaux sans ailes. Les médiocres qui perpétuaient la médiocrité, qui combattaient et qui mouraient pour elle. »


\Mots-clés : #psychologique
par Tristram
le Sam 16 Jan - 13:14
 
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Sujet: Patricia Highsmith
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Jens Peter Jacobsen

Niels Lyhne

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Les parents de Niels, dont il perçoit très jeune les caractères différents ; son père : » Il ne concevait pas l’amour comme une flamme sans cesse renaissante […]mais comme un feu tranquille couvant sous la cendre […]qui rapproche davantage et rend plus familière toute chose proche et connue. »

Sa mère : « Avec un redoublement d’ardeur, elle se lança à la poursuite de l’idéal, elle anéantit son mari sous l’averse de ses poétiques imaginations et de ses enthousiasmes. Elle chercha l’isolement pour y pleurer ses illusions perdues. »

Niels est confronté à la mort alors que sa tante Edel meurt, malgré ses prières.

« […]il n’avait vu en Jésus que le fils de Dieu, non un Dieu, et c’est pourquoi il avait adressé sa prière à Dieu le Père. Or Dieu le Père l’avait abandonné dans sa détresse. Si Dieu n’avait pas d’oreilles, il n’avait, lui pas de lèvres ; si Dieu n’avait pas de pitié, il n’avait pas d’adoration. Il bravait Dieu et le bannissait de son cœur. »

« Ce fut ainsi toute sa vie. Il rompit par bravade avec les croyances que l’éducation lui avait inculquées, il passa du côté des révoltés qui usent leurs forces dans la lutte. »


Niels part à Copenhague faire ses études ; il décide qu’il doit devenir poète, son ami Erik devient lui peintre ; il l’introduit dans le cercle d’une veuve, Madame Boye dont Niels devient amoureux.

« Mais lorsque la victoire lui fut acquise et qu’il l’eut rendue telle qu’il la voulait, il vit qu’il avait trop bien travaillé, qu’il l’avait aimée avec ses illusions, ses préjugés, ses rêves et ses erreurs, non telle qu’elle était maintenant. »

Celle-ci  commençait à l’aimer, mais lui « Mécontent de lui, d’elle de ses compatriotes, il partit et ne revint pas. »

Niels avait pour Idéal l’athéisme, il le brandissait comme un drapeau.

Après le décès de son père, il s’occupe de sa mère malade, il voyage avec elle mais celle-ci toujours portée par ses rêves n’apprécie pas la réelle beauté des paysages, des choses, elle meurt. Niels repart à Copenhague retrouver Madame Boye, laquelle lui annonce son prochain mariage. Niels perd donc la femme qu’il aimait ; ce sera ainsi toute sa vie. Amoureux d’une cousine, Fennimore, celle-ci lui préfère son ami Erik.

Niels continue à avancer, travaille mais poursuit en vain et son ideal et la position de poète qu’il désire. Rappelé par Erik qui n’arrive plus à créer, il retombe amoureux de Fennimore, et consomme avec elle l’amour adultère. Lorsqu’ Erik meurt brutalement dans un accident, Fennimore rongée par les remords chasse haineuse Niels. Il l’a perd donc une seconde fois.
Après avoir voyager pendant 2 ans, il décide de regagner la maison paternelle et ses terres, les valorise avec son jardinier et reprend une vie de simplicité. Une famille qui était amie de son père s’installe dans une ville voisine, la jeune Gerda attire son attention, ils se marient et ont un enfant. Serait-ce enfin le bonheur ? Niels convainc Gerda à son Ideal, à l’athéisme, elle devient fanatique. Une grave maladie atteint Gerda et au seuil de la mort, alors que Niels ne pouvait l’imaginer, elle réclame le secours du Pasteur.

A son tour l’enfant tombe gravement malade, il n’y a pas de médecin qui puisse venir rapidement, il meurt malgré que
: « Oh alors ! il menaça le ciel de ses poings fermés, il fit le geste d’éteindre son enfant, pour l’emporter, bien loin, et puis il se jeta à genoux et il pria Dieu, ce Dieu qui est au ciel, qui tient le monde sous l’empire de la terreur en lui infligeant la misère, la maladie, la souffrance et la mort, qui veut que tous les genoux fléchissent et au regard de qui l’on ne peut échapper, pas plus à l’extrémité des mers qu’au fond des abîmes ; ce Dieu qui, si telle est sa volonté, écrasera sous son pied l’être que tu chéris le plus au monde et, en le torturant, le fera retourner à la poussière dont il le crea.. »

« Dans son désespoir il savait ce qu’il faisait. Il avait été tenté et il avait succombé. C’était une chute, une défection ; il avait renié ses principes et trahi son idéal. Sans doute il avait la tradition dans le sang ; depuis des milliers d’années l’humanité s’adressait au ciel dans sa détresse. Il savait pourtant que les dieux sont des chimères, et qu’en priant il s’adressait à une chimère […] »

« En effet, ces grands mots, athéisme et sainte cause de la vérité, n’étaient que des noms pompeux décernés à cette chose si simple : accepter la vie comme elle est avec ses inéluctables lois »


Anéanti Niels s’engage dans l’armée alors que meurt le roi Frédéric VII, il est rapidement touché par une balle , il se meurt, son ami et médecin Hjerrild lui demande s’il veut voir un prêtre. Niels s’insurge mais à force de souffrance il arrive à penser : « C’eut été une bonne chose, tout de même, d’avoir un Dieu à qui adresser des plaintes et des prières. Il s’éteint deux jours après.

***

Donc Niels toute sa vie porta le drapeau d’un Idéal qui lui échappa, il perdit les femmes qu’il aimait et sa vie pour son pays. Nul ne peut lutter contre les lois de la vie, contre la réalité de la vie. Si les dieux sont des chimères, les idéaux aussi, hélas pour Niels (et pour nous ?)
Le poids de l'héritage religieux est aussi évoqué, dans l'enfance de Niels, puis lors des tristes épisodes où la mort surgit.

Très belle écriture, qu’elle évoque la réalité ou la poésie. C’est un livre qui ne délivre pas du bonheur, plutôt une attente vaine. Telle la vie de l’auteur à ce que j’ai pu comprendre dans la préface de Rilke.


Mots-clés : #jeunesse #portrait #psychologique #reve
par Bédoulène
le Sam 9 Jan - 11:24
 
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Sujet: Jens Peter Jacobsen
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Stefan Zweig

première lecture de l'auteur des Nouvelles :

Amok suivie de Lettre d'une inconnue, la ruelle au clair de lune


Tag psychologique sur Des Choses à lire Amok10

Le fil rouge de ces trois nouvelles est l'Amour !

L'amour offre beaucoup ou réclame beaucoup.

Amok :  Ici c'est d'honneur pour la première nouvelle : Un médecin installé en Malaisie dans une région isolé refuse son aide à une jeune femme qui est enceinte de son amant car celle-ci est fière, belle et riche et que contre beaucoup d'argent elle exige après l'intervenion qu'elle souhaite, le départ de la Malaisie du médecin. Pour se venger de la fière jeune femme il demande un paiement en nature, elle le rejette vivement écoeurée. Il regrettera son attitude et se précipite comme un fou à sa poursuite dans la ville, se conduisant tel un "amok" (folie qui touche les autochtones). C'est trop tard qu'il lui priera d'accepter son aide, il ne sera proche d'elle que pour l'assister dans sa mort et pour lui promettre de garder son "secret" ; personne ne devra savoir. Un voyageur sur le paquebot qui ramène le médecin dans son pays et à qui il se confie comprendra que celui-ci honnorera sa promesse en se  jetant à l'eau avec le cercueil lors de son débarquement prévu ; cercueil avec lequel il coulera.

Lettre d'une inconnue : Une jeune femme qui aimera sa vie durant un homme alors que celui-ci ignore complètement être l'objet de cet amour, lui l'infidèle, l'homme à femmes, le superficiel à qui en mourant elle lèguera son secret, un enfant né de 3 nuits d'amour et qui vient de mourir,  et son amour depuis le jour où alors enfant il a posé un regard sur elle et un de ses sourires enjoleur. Elle lui dit son amour dans cette lettre, lui dévoile qu'à deux reprises ils se sont revus et aimés sans qu'il la reconnaisse, à son regret, malgré les quelques "indices" qui aurait pu l'interpeller. Mais non, comment se rappellerai-t-il une enfant, puis une jeune fille, puis une femme lui qui a eu tant de maîtresses ? Cet amour c'est une véritable abnégation de la part de cette femme justement parce qu'elle n'idéalise aucunement cet homme et auquel tous les ans elle aura fait porter un bouquet de roses le jour de son anniversaire.
(Ouliposuccion avait du mal à croire possible une telle abnégation, je peux comprendre son interrogation,  mais  ce récit date et "l'amour a ses raisons que la raison ignore")

La ruelle au clair de lune : Un marin dans un port de France est en attente d'un train pour rentrer dans son pays, l'Allemagne. Pour prendre le frais il déambule dans la ville et  fuyant l'agitation se retrouve dans une ruelle où manifestement les marins et les gens de passage trouvent délassement, alcool et l'amour commandé. Un homme manifestement usé et insistant est rejeté grossièrement par l'une des femmes de bar. L'attitude de la femme déplait à notre marin qui quitte l'établissement, suivi par l'homme rejeté qui sentant en lui un compatriote lui raconte sa vie et celle de la femme qui se trouve être la sienne. Puis n'obtenant pas l'aide supplié retourne vers l'établissement, honteux et comme fou, un couteau à la main.

*****
Ceux sont donc trois histoire d'amour, de cet amour qui peut conduire à la folie, folie douce ou furieuse.

C'était une très agréable surprise que l'écriture de l'auteur, qui sait parfaitement créer l'ambiance, le suspens, l'attente, le paroxisme mais pas de délivrance car les mots poursuivent le lecteur, la page refermée. Il devait en connaître de l'homme et de sa vulnérabilité,  Zweig.

Je reviendrai vers lui.

Extraits

« Je… tremblai… je tremblai de colère et… aussi d’admiration. Elle avait tout calculé, la somme et le mode de paiement, qui devait m’obliger à partir ; elle m’avait évalué et acheté sans me connaître ; elle avait disposé de moi dans l’intuition de sa volonté. J’avais bien envie de la gifler… mais, comme je me levais en tremblant, – elle aussi s’était levée – et que précisément, je la regardais dans les yeux, je me sentis soudain, en voyant cette bouche close qui ne voulait pas supplier, et ce front hautain qui ne voulait pas se courber… envahi par une… une sorte de désir violent. Elle dut s’en apercevoir, car elle fronça les sourcils comme quand on veut écarter quelqu’un d’importun : entre nous, brusquement, la haine fut à nu. Je savais qu’elle me haïssait parce qu’elle avait besoin de moi, et je la haïssais parce que… parce qu’elle ne voulait pas supplier. »

« Alors son regard martyrisé me fixa longuement… Ses lèvres remuèrent légèrement… Ce ne fut plus qu’un dernier son qui s’éteint lorsqu’elle dit… :
« – Personne ne le saura ?… Personne ?
« – Personne, fis-je avec la plus grande force de conviction, je vous le promets.
« Mais son œil demeurait inquiet… Les lèvres fiévreuses, elle arriva encore à prononcer indistinctement :
« – Jurez-moi… personne ne saura… Jurez.
« Je levai la main comme on prête serment. Elle me considéra… avec un regard indicible… il était tendre, chaud, reconnaissant… oui vraiment, reconnaissant… Elle voulait encore ajouter quelque chose, mais ce lui fut trop difficile. Longtemps, elle demeura étendue, les yeux fermés, complètement épuisée par l’effort.
« Puis commença l’horrible, l’horrible chose… une heure entière, épouvantable, elle lutta encore : au matin seulement, ce fut la fin… «

« Jamais je n’ai connu chez un homme, dans ses caresses, un abandon aussi absolu au moment présent, une telle effusion et un tel rayonnement des profondeurs de l’être – pour s’éteindre ensuite à vrai dire dans un oubli infini et presque inhumain. Mais moi aussi je m’oubliais : qu’étais-je à présent dans l’obscurité, à-côté de toi ? Étais-je l’ardente gamine de jadis, la mère de ton enfant, étais-je l’étrangère ? Ah ! tout était si familier, déjà vécu pour moi, et cependant tout était si frémissant de vie nouvelle, en cette nuit passionnée ! Et je priais pour qu’elle ne prît jamais fin ! »

« Toute ma vie, depuis que je suis sortie de l’enfance, a-t-elle été autre chose qu’une attente, l’attente de ta volonté ? »

« Il faut qu’elles se cachent quelque part dans un bas-fond de la grande ville, ces petites ruelles, parce qu’elles disent avec tant d’effronterie et d’insistance ce que les maisons claires aux vitres étincelantes, où habitent les gens du monde, cachent sous mille masques. »
« Pendant une seconde je croisai son regard : on y lisait une honte indicible et une rage écumante. Ce regard asservi toucha en moi l’homme, le frère. Je sentis l’humiliation par la femme, et j’eus honte avec lui »


Mots-clés : #amour #nouvelle #psychologique
par Bédoulène
le Mar 27 Oct - 18:13
 
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Stefan Zweig

La Confusion des sentiments

Tag psychologique sur Des Choses à lire La_con10

Un universitaire vieillissant évoque la mémoire jusque-là occultée du professeur de philologie qui l’a profondément marqué dans sa passion exaltée pour Shakespeare et les élisabéthains. Le narrateur était alors un jeune étudiant-type, mélange d’insolence, de balourdise et de dédain pour l’étude, par ailleurs coureur de femmes. Captivé par l’esprit de ce « maître » (gourou) qui le subjugua, porté par l’enthousiasme, il fut pourtant bientôt désemparé par la cyclothymie de ce singulier éducateur qui tantôt l’attire à lui et tantôt semble le repousser.
Nettement empreint de lyrisme romantique, cette novella est très datée dans l’expression, sinon d’actualité dans le sujet ‒ un côté Mort à Venise (Thomas Mann) dans une analyse finalement brouillonne au carrefour de la subordination et de l’homosexualité réprimée.
« J’ai de tout temps exécré l’adultère, non pas par esprit de mesquine moralité, par pruderie ou par vertu, non pas tant parce que c’est là un vol commis dans l’obscurité, l’appropriation du bien d’autrui, mais parce que presque toute femme, dans ces moments-là, trahit ce qu’il y a de plus secret chez son mari ; chacune est une Dalila qui dérobe à celui qu’elle trompe son secret le plus humain, pour le jeter en pâture à un étranger… le secret de sa force ou de sa faiblesse. »


Mots-clés : #psychologique
par Tristram
le Jeu 8 Oct - 17:10
 
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Yasunari KAWABATA

Tristesse et Beauté

Tag psychologique sur Des Choses à lire Triste10

Dès le début, le lecteur apprend que Oki, le personnage principal, se rend à Kyôto avec l’intention de rencontrer Otoko qui y réside ; Oki a violé Otoko, qui avait seize ans, il y a vingt-quatre années de cela, alors que lui-même avait trente et un ans (et était marié avec un enfant) ; elle eut de lui un bébé mort-né avant de tenter de se suicider et d’être internée dans un hôpital psychiatrique ; Oki regrette « d’avoir arraché cette femme aux joies du mariage et de la maternité », qui était tombée amoureuse de lui… et l’est toujours.
Oki est écrivain, et a écrit un roman à succès, son chef-d’œuvre, sur son amour pour Otoko (ce qui a d’ailleurs ravagé sa femme, qui tapait le manuscrit et fit une fausse couche) ; on peut soupçonner une mise en abyme autobiographique, ou au moins fantasmatique…
« Oki avait intitulé son roman Une jeune fille de seize ans. C’était un titre ordinaire et sans grande originalité, mais il y avait vingt années de cela, les gens trouvaient assez surprenant qu’une écolière de seize ans prît un amant, mît au monde un bébé prématuré et perdît ensuite la raison pendant quelque temps. Oki, pour sa part, ne voyait rien là de surprenant. »

Jalouse, Keiko, jeune élève peintre et amante d’Otoko, séduit Oki, puis son fils, pour venger celle-ci.
Roman paru en 1964 au Japon, Kawabata, Nobel 1968, dans l’esprit du temps et du lieu, à partir des faits ci-dessus, crée un chef-d’œuvre de délicatesse, de sensualité, de spontanéité, de psychologie autour de la douce Otoko et de la fantasque, ardente, belle, terrible Keiko. Érotisme de l’oreille et tombes de « Ceux dont nul ne porte le deuil »…
« Mais un roman doit-il être forcément une jolie chose ? »

La réponse en l’occurrence est oui, en tout cas pour la forme. Des reprises avec variations répètent par moments des éléments de l’histoire, effet musical qu’on peut aussi rapprocher d’une conversation naturelle du narrateur. C’est notamment remarquable au début de la partie Paysages de pierres (jardins zen), qui m’a particulièrement plu.

Mots-clés : #amour #erotisme #portrait #psychologique
par Tristram
le Dim 23 Aoû - 21:25
 
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José Saramago

La Lucarne

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Deuxième roman de José Saramago, écrit en 1953 puis égaré 36 ans chez un éditeur ; l’auteur (qui n’a dès lors pas accepté sa publication de son vivant) n’avait recommencé à être publié que 20 ans après cette mésaventure…
Lisbonne dans les années quarante, un immeuble aux locataires de condition modeste, avec la promiscuité que cela suscite : un artisan et sa bonne épouse, un représentant de commerce et son insupportable conjointe, un ouvrier odieux avec sa femme, des veuves, des employées, une femme entretenue, un jeune sous-locataire rompu aux épreuves et jaloux de rester sans attache, riche d’expériences et « inutile », amateur de Pessoa et de considérations philosophico-existentialistes…
Le roman s’intéresse à ces différents occupants, dont un cordonnier qui se souvient de l’époque du dictateur Salazar :
« Il avait pris l’habitude dans sa jeunesse de regarder les gens bien en face pour savoir qui ils étaient et ce qu’ils pensaient, à une époque où faire confiance ou non était quasiment une question de vie ou de mort. »

Quelques notations suffisent à rendre la bonne entente dans un couple, et l’inverse donne lieu à un long développement (c’est sans doute pourquoi on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments). De fait, les drames conjugaux et familiaux sont exposés, faisant l’objet principal du roman.
Un passage étonnant, celui de la révélation d’un désir lesbien à la lecture de La Religieuse, de Diderot.
De fréquentes références au temps qui passe donnent le ton du livre :
« Le temps s’écoulait lentement. Le tic-tac de la pendule repoussait le silence, s’obstinait à l’éloigner, mais le silence lui opposait sa masse dense et lourde, où tous les sons se noyaient. Sans défaillance, l’un et l’autre se battaient, le son avec l’opiniâtreté du désespoir et la certitude de la mort, le silence avec le dédain de l’éternité. »

« Le passé pour s’en souvenir, le présent pour le vivre, le futur pour en avoir peur. »

« En deçà – ou peut-être par-delà – les bruits inévitables, un silence épais, affligeant, le silence inquisitorial du passé qui nous contemple et le silence ironique de l’avenir qui nous attend. »

« Les minutes et les heures passèrent lentement. La pendule en bas dévida le temps en écheveaux sonores avec un fil interminable. »

Ce n’est sans doute pas un chef-d’œuvre (et dommage qu’il frôle par endroits la caricature, la lourdeur et/ou l’idéalisme trémolant), mais une œuvre intéressante, surtout en regard de celles qui allaient suivre ‒ d’un style moins original, et (donc) plus abordable : une bonne surprise de lecture !

Mots-clés : #psychologique #social #viequotidienne
par Tristram
le Mer 19 Aoû - 0:11
 
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Junichiro TANIZAKI

J'ai réécris il y a peu une critique sur

Quatre soeurs

Tag psychologique sur Des Choses à lire 51eyh110


Qui dit roman dont les personnages sont de la même famille dit foyer de haines sourdes ou exprimées ouvertement ? dit obligations tyranniques observées au nom d'un amour inconditionnel allant de soi et non librement et intimement ressenti, au nom d'une mythologie sur l'ascendance et la descendance ? On peut évoquer les Karamazov, on peut évoquer Kafka, Butler ou Strindberg, on peut sans doute évoquer beaucoup d'autres romans et même ceux dont "un passif familial" n'est pas nécessairement le sujet (ou le seul sujet) mais qui laissent transparaître bien des choses ?

Ne sortons pas tout de suite l'artillerie lourde : Quatre sœurs occuperait une place à part au milieu de cette littérature. Il y a dans mes souvenirs, mille tensions dans le plus gros roman de Tanizaki (près de 900 pages en folio) et, je le crois de plus en plus, ce qu'il a écrit de plus fort... (en dépit du fait qu'il me reste beaucoup de livres à découvrir de lui). Ce n'est pas de l'artillerie lourde, mais seulement dans le sens où Tanizaki ne donne ni dans la démesure ou la monstruosité, ni même dans le procès : rien de cela n'est mis en évidence, tout est concocté dans des ambiances feutrées ; on peut même penser que ces quatre sœurs s'aiment le plus sincèrement du monde. Mais ces quatre jeunes femmes, issues de l'aristocratie, ne comprennent pas dans quel monde elles vivent (et pas plus leurs contemporains qui jugent qu'elles appartiennent au passé, d'ailleurs). Parce qu'il s'agit d'un monde (la société nippone entre 1920 et 1945, donc) qui change, et qui va "changer" (ceci est une litote), à l'instar de la société autro-hongroise dont parle Arthur Schnitzler dans Vienne au crépuscule ou Robert Musil dans L'Homme sans qualités, je pourrais dire aussi à l'instar de la société française, dans Les Thibault de Roger Martin du Gard, que je suis en train de lire. Au vrai, ce roman de Tanizaki, par des circonstances que l'auteur ne pouvait prévoir, gagne une valeur supplémentaire. La guerre est là, même si elle est lointaine. Il y a les gentils voisins allemands de l'une des sœurs (je ne sais plus laquelle) qui parlent d'un retour peut-être nécessaire au pays, aux vues de certains événements.

Allons plus loin : si dire de quoi parle un livre consiste à résumer l'intrigue, j'aurais l'impression légèrement embarrassante de parler de quelque-chose qui fleure un peu la guimauve moisie. L'enjeu est tout simplement celui d'une jeune femme à marier. Bon, du reste, Tanizaki n'est ni le premier ni le dernier sur cette question, que ce soit au Japon ou ailleurs. Reste que Tanizaki était beaucoup critiqué (et même censuré, je crois) parce que son travail était jugé peu compatible avec la mentalité de fierté nationale et de militarisme concertée par les hautes instances de l'époque... donc avec ce roman publié en 1941, mais aussi avec la traduction en japonais moderne du Dit de Genji, énorme classique ― rappelons-le encore une fois ― du Japon raffiné et courtois, énorme livre sur lequel il bûche à la même époque (oui, ce gars est quand même un forcené de travail) le message de Junichir'ô aux instances susdites est parfaitement clair : "Je m'en fiche". L'écrivain japonais fait toujours selon son goût ― c'est même une façon de caractériser son œuvre ― notoirement tourné vers un "monde" féminin.

Ce qui me reste de cette lecture (achevée il y a trois ans), c'est cette fascinante différence entre les quatre caractères, qui n'ont rien d'anodins. (Justement pour cette raison, je mets le paragraphe suivants en "spoiler" vu que je décris les caractères en question. Je ne sais pas s'il "gâche" quoi que ce soit, je laisse le choix à celui qui lit ma critique et qui n'a pas lu Quatre sœurs.)

Spoiler:
La moins jeune, est aussi le personnage le moins présent du roman. Mais une des pages les plus brillantes du roman, qui m'est resté jusqu'à maintenant, la concerne... Sa demeure est appelée "maison aînée". Je me souviens que l'expression m'avait interpellé alors, comme s'il s'agissait d'une institution gouvernementale (peut-être que j'exagère, c'était une impression). Les parents étant morts, c'est elle, officiellement, la cheffe de famille... même si elle a en grande partie délégué la charge à sa cadette directe. Celle-ci, à la fois autoritaire et fatiguée de l'être, a toutes les responsabilités sur le dos, le mariage dont je parlais, voire les deux mariages. Les deux dernières sont toutes les deux à marier, mais il faut que la troisième le soit avant la quatrième, et c'est là où tout se complique. Une fois de plus je résume, mais peu importe, ce sont les bases du roman, et si vous l'avez déjà lu, vous savez tout cela. Ce que j'écrivais au moment où mes souvenirs du roman étaient plus frais ? "Tanizaki nous écrit, avec le regard particulier d’un japonais de son temps. Youki Ko (la troisième) est celle qui regarde en arrière, vers le passé et rend sa vie impossible de ce fait. Tae Ko (la benjamine) est, dit-on, tournée vers l’avenir, mais c’est aussi une impasse." Je suis un peu vague sur la troisième... elle était, à l'image des quatre, mais de façon plus singulière, inadaptée. Pour la quatrième, je suis toujours d'accord avec moi (ahaha) mais je précise : dans ce roman, le passé, l'avenir, comme le présent ne sont, d'une certaine façon, plus possibles. "L'avenir" ou, disons, la tentation d'être en avance, par tous les moyens.


Des caractères subtilement développés, et qui permettent de comprendre tous les non-dits (les tensions dont je parlais) les choses tues parce qu'il est mieux de se retrouver ensemble sans qu'il y ait d'orages, pour aller voir, par exemple, l'éclosion des cerisiers. Cette célébration si chère aux japonais reviens comme un motif tout le long du roman, et inséré de cette manière dans Quatre sœurs, n'a rien de banal ni de simplement folklorique (d'ailleurs je crois qu'en France nous avons aussi des cerisiers). Quatre sœurs me donne la sensation de garder une impression nette d'une époque, avec ce rapport très affectif avec ces personnages, qui se nuance en même temps, d'un peu de hauteur... le regard d'un marionnettiste (Tanizaki était friand de Bunraku) qui, riant et le spectateur/lecteur avec lui, regarde les marionnettes qu'il fait agir. C'est peut-être un peu ça qui m'avait fait penser (pardon, c'est la dernière référence) à Jane Austen.


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique
par Dreep
le Ven 14 Aoû - 10:14
 
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Sujet: Junichiro TANIZAKI
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Roger Martin du Gard

Les Thibault

Tag psychologique sur Des Choses à lire 81esbx10

Du Cahier gris à L’Épilogue, le roman fleuve de Roger Martin du Gard, qu’il aura mis plus de dix-huit ans à écrire, va beaucoup évoluer. D’abord intitulé Deux frères puis Les Thibault. On suit ces deux frères entre 1904 et 1918 ; Jacques et Antoine, ce dernier (né comme l’auteur en 1881) a neuf ans de plus que Jacques. Deux caractères différents, opposés en un sens, que Roger Martin du Gard ne cessera pas de dépeindre au cours de ces huit ouvrages dans mille introspections, ou visages jaugés d’un regard, traits qui s’épanouissent ou se resserrent. Roger Martin du Gard façonne et ausculte de la même manière tous les personnages de son roman, quoique dans une moindre mesure. Ainsi, ce sont vraiment les caractères qui passionnent le romancier. J’ai dit que le roman évoluait beaucoup, pour être plus précis, disons qu’il change de dimension.

C’est d’ailleurs l’un des intérêts du roman puisque l’on voit ces caractères, tandis qu’ils mûrissent, réagir à ces changements, les accompagner. Quelle attitude adopter face à la vie, à la société et ses bouleversements de premier ordre ? En dépit des ellipses (voyez celle entre L’Été 1914 et L’Épilogue !) des profonds changements, des cassures, des catastrophe, le roman tient une continuité. La structure du roman est vivante et le cercle s’étend : d’abord intime, familial ― le caractère du père est un sacré morceau ― puis historique, politique à l'échelle mondiale. Plusieurs positions s’affrontent, sur la guerre, sur la paix, sur le socialisme… Roger Martin du Gard nous rafraîchit la mémoire en racontant très précisément l’enchaînement des événements politiques de cette époque, qui est pour lui un reflet de ce qui faisait plus que se préparer en 1937.


Mots-clés : #famille #politique #psychologique
par Dreep
le Mer 12 Aoû - 10:49
 
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Sujet: Roger Martin du Gard
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Kathleen Winter

Tag psychologique sur Des Choses à lire Annabe11

En mars 1968, un enfant nait à Croydon Arbour, un village isolé du Labrador.
Ni garçon ni fille, il est ce qu'on nomme un hermaphrodite.
Seules trois personnes sont au courant, la mère, le père et une amie de la famille.
La venue de l'enfant va créer un problème nouveau dans un couple, déjà trop différent.
Le mari est un homme des bois, taciturne, seulement à l'aise dans son travail de
trappeur, la foret profonde et ceux qui la peuplent.
On le croit limité et obtus, la suite prouvera qu'il n'en est rien.

Lorsque Treadway ressent le besoin de parler, il s'adresse à une nyctale boréale qu'il a rencontrée quand il avait dix sept ans. Lui et la chouette boréale partagent certaines caractéristiques physiques. Tous deux sont de petite taille comparativement aux autres membres de leur espèce.Tous deux possèdent un corps compact, rond, fiable mais à première vue sans grâce. La nyctale boréale est l'un des oiseaux les plus discrets et les plus modestes qui soient.



Elle, regrette un peu la ville où elle a  vécu, aimerait avoir des échanges plus chaleureux
et intimes.
Un peu à contre coeur elle accepte qu'on opère l'enfant et qu'on développe son coté masculin.
Wayne est un enfant très sensible, plutot solitaire. Seule Wally, une fille de son age lui apportera
ce qu'il cherche le plus, une affection et une acceptation sans questions.

Il a l'impression qu'ils sont seuls, même si ce n'est pas le cas. Il a l'impression que tous deux se reconnaissent d'une manière qui n'appartient qu'à eux. Les autres peuvent le regarder, mais ils ne voient pas ce que voit Wally Michelin, et il n'est pas convaincu que les autres voient ce que lui-même voit chez Wally. Une impression d'infini. Quand on est en compagnie d'une personne ordinaire, on peut tracer la limite du territoire que l'on occupe ensemble, et l'expérience a appris à Wayne que cet espace était généralement réduit. Plus petit qu'un pays et plus petit qu'une ville et parfois plus petit que l'espace d'une pièce. Mais cette pièce, cet espace qu'ils occupent en ce instant, n'existe pas concrètement. Boston n'a pas nécessairement de réalité non plus, même si Wayne en devine la présence effervescente dans toutes ces lumières, ces rues et ces parcs inconnus, derrière les portes de la salle de répétition. Se retrouver en présence de Wally lui donne l'impression qu'en cette minute la vie vient de fleurir à l'intérieur de lui plutôt que de rester en dormance. Il perçoit la vibration électrique de sa propre existence et ne veut pas que cette vibration cesse, même s'il sait qu'elle s'est déjà interrompue dans le passé et qu'elle peut s'interrompre de nouveau.



En grandissant, il commence à prendre conscience de ce qu'il est ou plutot de ce qu'il pourrait etre.
Qu'il devrait etre.
Le médecin qui l'opére est un homme intelligent et sensible. Il est le premier à l'éclairer
malgré ses propres interrogations.
A travers les incompréhensions et les déchirements, Wayne prend douloureusement conscience
qu'il est victime d'un enfermement, celui d'une fille dans un corps de garçon. Annabel.
Un beau personnage balloté dans une aventure trop exceptionnelle et douloureuse.
Une errrance dans le doute et les gouffres.
Telle est l'histoire

Annabel est  un livre sensible, poétique et émouvant, qui met l'accent sur un problème
humain très actuel, celui de l'identité et du genre.

\nMots-clés : #identitesexuelle #psychologique
par bix_229
le Sam 8 Aoû - 16:31
 
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Sujet: Kathleen Winter
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Louise Erdrich

Tag psychologique sur Des Choses à lire Index15

Le jeu des ombres

"Quand Irène America découvre que son mari, Gil, lit son journal intime, elle en commence un autre qu'elle met en lieu sûr. C'est dans ce nouveau carnet qu'elle livre sa vérité sur son mariage et sur sa vie tandis qu'elle utilise l'ancien pour se venger de son mari et s'amuser à ses dépens."

Une guerre psychologique s'ouvre dans un couple amour/haine....une famille de trois enfants, dont les parents sont Irène le modèle favori de Gil, le mari et peintre renommé...une personnalité trouble....sujet aux accès de violences....tous deux d'origine amérindienne....avec un passé familial pas simple....

C'est un bon roman, bien construit, comme un thriller.... on s'attend toujours au pire.....la tension monte au fil des chapitres....la narration est extrêmement bien maîtrisée......

Peut-on à force de voyeurisme et de représentation d'un être humain....le déstabiliser ....comme les indiens qui pensaient qu'on volait leur âme en les peignant ou en les photographiant ? Le déposséder de son identité en quelque sorte.... ???

( Georges Catlin est  un artiste-peintre américain spécialisé dans la représentation des Indiens d'Amérique ainsi que de leurs us et coutumes.
1796-1872)

Extrait :

Aux Etats-Unis, le travail de George Catlin ne plaisait pas, il fit donc emballer et embarquer toute sa collection sur un navire à destination de Londres, où il exposerait et donnerait des conférences. Il laissa sa famille à grand regret, mais emporta un curieux trésor. A bord, une cage contenait deux grizzlis qu'il avait capturés quand ils étaient, selon ses propres termes, 'pas plus gros que mon pied". Les oursons étaient maintenant presque adultes. Catlin avait l'intention de les exposer, eux aussi.

Les deux grizzlis, dont le rayon d'action habituel couvre des centaines de kilomètres et qui comptent certainement parmi les créatures les plus puissantes au monde, étaient enfermés, sur le pont supérieur d'un bateau à voiles, dans une cage en fer de la taille d'une petite chambre à coucher..........Si les ours n'étaient pas devenus fous avant d'avoir pris la mer, le voyage leur fit certainement perdre la raison.......... Ce fut encore pire pour les ours, une fois arrivés à Londres, où ils se retrouvèrent entourés à tous moments par une foule qui les bombardait de cailloux pour les entendre brailler et gronder................. Enfin, sans grand discernement, il notait "qu'en raison des foules qui les entouraient sans cesse et pour lesquelles ils avaient la plus grande aversion, ils semblèrent dépérir chaque jour, jusqu'à ce que l'un meure d'extrême dégoût...et l'autre, souffrant de symptômes semblables, ajoutés peut-être à la solitude et au désespoir, quelques mois plus tard."

Irène avait écrit sur des fiches ses réflexions concernant cet épisode. les ours étaient morts de dégoût d'avoir été regardés sans cesse; Plus elle y songeait, plus une telle mort était logique. Elle paraissait légitime. Les gens semblaient avoir oublié combien il est affreux d'être regardé ; puis elle commença à s'imaginer qu'en livrant ainsi son image, à force d'être regardée, sans relâche, en quelque sorte elle se tuait de dégoût......"


Les deux principaux personnages, Irène et Gil, montrent leur côté sombre au fil des pages....leurs enfants complètement aspirés par leurs personnalités rayonnantes et destructrices à la fois....

Bref, pas très gai, mais qui m'a impressionnée.....en bien évidemment.


Mots-clés : #famille #psychologique
par simla
le Mer 11 Mar - 5:10
 
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Sujet: Louise Erdrich
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Wallace Stegner

Angle d’équilibre

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« Lyman Ward qui épousa Ellen Hammond et engendra Rodman Ward », infirme vieillissant et solitaire, décide de consacrer son reste d’existence à explorer l’histoire de sa grand-mère, Susan Burling, dessinatrice douée qui s’exila de l’univers mondain et artistique de l’Est en pleine époque victorienne pour suivre son mari, ingénieur, dans l’Ouest.
Pour en savoir beaucoup plus, voir notre LC, avec Bédoulène et Romain, ici !

Mots-clés : #aventure #culpabilité #famille #psychologique #relationdecouple #social #xixesiecle
par Tristram
le Ven 6 Mar - 12:21
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Édouard Dujardin

Les lauriers sont coupés

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Novella qui inspira James Joyce pour Ulysse ; elle est attestée comme premier texte utilisant la forme littéraire du monologue intérieur, c'est-à-dire la transcription du déroulement continu de la pensée d’un personnage (du coup narrateur). Ce procédé « a pour objet d'évoquer le flux ininterrompu des pensées qui traversent l'âme du personnage au fur et à mesure qu'elles naissent sans en expliquer l'enchaînement logique. » (Édouard Dujardin, Le Monologue intérieur) ; il est à la source du flux de conscience qui caractérise des œuvres de Virginia Woolf, Faulkner, Beckett, Sarraute, Queneau…
Ce bref roman retrace donc le courant de conscience d’un étudiant à l’aise, et amoureux (ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser aux autres femmes) : paysage déroulé de ses promenades, conversations de rencontre et commentaires in petto, projets et rêvasseries, divagations et bribes de souvenirs, mesquineries (comptes pécuniaires) et autres calculs, tests de formulation de phrasé, lectures...
« …] l'eau froide sur ma main; ah, la tête dans l'eau ; quel saisissement ; c'est un charme, la tête dans l'humide d'eau qui ruisselle, qui bruit, qui roule, et glisse et fuit, qui coule ; les oreilles trempées d'eau et bourdonnantes, les yeux clos puis ouverts dans le vert de l'eau, la peau agacée et frémissante, une caresse, comme une volupté ; oh, cet été, quelle joie d'aller à la mer ; sans doute irons-nous à Yport [… »

Il est le jouet d’une actrice (et perce à jour le cas d’un ami qui serait le pantin d’une jeune femme !).
« Le lendemain, le samedi ? le lendemain samedi Léa s'est décidée à m'accorder ses faveurs ; un après-midi, je me rappelle, une belle journée de soleil ; je lui ai donné les deux cents francs dont elle avait besoin ; ce faisait une somme assez ronde pour un baiser ; c'est le diable aussi, quand une fois on est pris dans la chaîne, que couper court ; et puis, recommencer avec une autre femme la même série, éternellement ; il fallait aboutir de celle-là ; on s'obstine ; j'ai bien fait. »

Cela ne va pas sans une certaine complaisance érotique, assez originale, qui peut paraître déroutante :
« Dans mes mains je serre ses bras ; elle a toujours ses yeux fermés ; j'attire doucement ses bras ; elle se laisse ; en arrière penche sa fine tête, ah, sa méchante traîtresse tête qui de moi si effrontément se joue ! et là je l'ai ; doucement sur les coussins je me renverse, et contre moi j'attire sa poitrine ; sa poitrine est contre ma poitrine ; sa tête est sur mon épaule ; de mes deux mains j'entoure sa taille ; elle repose au contre de moi ; ainsi entre mes bras, elle repose ; sur ma joue, sur mon cou, quelque chose, oui, ses cheveux, qui voltigent ; immobile elle est : tout au long de mon corps, son corps ; je sens elle ; mollement je serre les molles hanches très soyeuses de sa poitrine. »

Peut-être pourrait-il se trouver dans ce récit une part d’autobiographie, peut-être même d’autofiction ?
J’ai aussi savouré de nombreux mots devenus rares, tels énombrer, éburin, bleutement, etc.

Mots-clés : #psychologique #xixesiecle
par Tristram
le Sam 29 Fév - 16:18
 
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Sujet: Édouard Dujardin
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