Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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32 résultats trouvés pour mondedutravail

Siegfried Kracauer

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 15942410

Les employés (1930)

Etude multi facettes sur l’essor de la classe des employés. Une classe vraiment ? A partir d'observations, d'interviews, de bribes de rencontres, de citations Kracauer s'intéresse à la question avec ce postulat de départ : et si les employés n'étaient pas si différents des ouvriers que ça ?

La pluralité des chemins employés permet en quelque sorte la vision "d'en haut", la vision d'à côté dirons-nous avec les syndicats et aussi une vision de dedans, images du quotidien. Le travail, les loisirs, le sport et les images "d'emballage du quotidien"... plus ouvriers donc bourgeois ou l'emballage du loisir ne serait qu'un leurre ?

Les articles fourmillent mais le propos est incisif et surtout la façon dont c'est amené provoque la question : avons-nous une réponse 100 ans après ? Ou est-ce que ce qui ne se limite pas à la société de consommation mais touche peut-être d'abord à l'identification (plus qu'à l'identité) n'est pas toujours le moteur qui nous tire on ne sait pas vraiment dans quel sens.

Quelques enchaînements que j'ai eu du mal à suivre mais sensation de pertinence et d'actualité du propos. Brûlante actualité ?


\Mots-clés : #mondedutravail #social
par animal
le Jeu 11 Mar - 20:14
 
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Sujet: Siegfried Kracauer
Réponses: 8
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John Steinbeck

Des souris et des hommes

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire Des_so10

Pendant la Grande Dépression (livre édité en 1937), George et Lennie, deux journaliers, vadrouillent ensemble dans la région de Salinas (celle de Steinbeck), le premier prenant soin du second, un colosse simplet.
« − Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, y a pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent, et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout... et pas plus tôt fini, les v' là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux. »

Ils ambitionnent cependant une petite ferme avec un lopin de terre… et des lapins.
Le titre provient d’un vers de Robert Burns : « Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas », et renvoie donc à ce projet du rêve américain, mais aussi aux petits animaux que Lennie caresse parfois trop fort, et encore à certaines jeunes femmes, comme celle récemment épousée par le fils du patron du ranch où ils se louent, et qui aguiche les employés.
Il y a d’autres correspondances internes, comme les deux rôles du pistolet dans le drame, qui ficèlent le récit, lui donnent cohérence et le structurent.
Novella d’une grande maîtrise et d’une sobriété exemplaire, bourrée d’empathie et assez pessimiste, surtout constituée de dialogues.
D’ailleurs, Joseph Kessel dit dans sa préface :
« Certains auteurs de l'Amérique du Nord disposent d'un secret impénétrable.
Ils ne décrivent jamais l'attitude et la démarche intérieures de leurs personnages. Ils n'indiquent pas les ressorts qui déterminent leurs actes. Ils évitent même de les faire penser. »

Le style est effectivement d'une efficience accomplie, et je recommande la lecture de ce chef-d'oeuvre lapidaire !

\Mots-clés : #amitié #mondedutravail #social
par Tristram
le Jeu 4 Mar - 12:37
 
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Sujet: John Steinbeck
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Yamina Benahmed Daho

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 41vqfp10


A la machine

Après avoir été « A la ligne » j’ai décidé de continuer « A la machine » à coudre ! Activité que je connais, mais dans ce livre l’auteure nous conte l’histoire de l’inventeur de la machine à coudre, un tailleur français – Barthélemy  Thimonnier -  qui voulait alléger le travail de sa femme et des autres, qu’il voyait coudre manuellement. Pousser et tirer l’aiguille au travers d’un ouvrage de couture ou de broderie.

« Barthélemy et Madeleine, avant d’être un couple amoureux, sont des Homo sapiens, descendants des chasseurs-cueilleurs. Quand Madeleine brode, elle exécute un geste manuel qui s’est transmis des milliers d’années durant pour faire vivre et survivre des groupes humains dans toutes les régions du monde. Parce qu’il est demeuré intact depuis son origine au paléolithique supérieur, le geste de la main-outil puissante et créatrice peut être converti en un geste mécanique, rapide, pratique au début du XIXe siècle dans l’esprit du tailleur. Barthélemy regardant Madeleine regarde en fait la main de l’homme créant l’aiguille à chas il y a plus de dix mille ans. »

Cet aimable et trop confiant tailleur après avoir durant des années fabriquer son « métier »,  se fit rouler par un premier financeur, puis un autre pour une machine plus élaborée, le brevet n’étant pas à son nom seul et l’exploitation étant au nom d’un autre ;  par association, transmission, diverses manœuvres administratives, sans que Barthélemy ne soit mis au courant, en a perdu le droit. Sa famille vécu donc la plupart du temps dans la pauvreté.

«La dure loi du plus riche et la règle de la hiérarchie sociale font rapidement passe Barthélemy du statut d’inventeur du métier à coudre à celui de co-inventeur et mécanicien. »

A travers la révolte des tailleurs et des cordonniers, qui se voient évincés des commandes de l’armée au profit de l’atelier des « métiers » à coudre,  l’auteur pose le problème de  l’industrialisation. Il dénoncera aussi la mondialisation quand la société « Singer » étendra son emprise dans le monde. En effet Singer s’adressera directement aux femmes et proposera des achats à crédit ce qui contribuera également à leur appauvrissement.

La femme d’un homme qui travaille à l’atelier des machines pendant le procès suite aux destructions des machines par les tailleurs et cordonniers :

« Plus personne voulait de lui sur les chantiers. Alors quand ils ont proposé de travailler sur les mécaniques, même pour peu cher, sur des machines qui demandent d’avoir deux mains et un pied, exactement ce qu’il lui reste à mon mari, vous pensez bien qu’on a accepté. »

Un enfant est  né au foyer des Thimonnier, il s’appelle Etienne et son évolution se fera comme celle du métier sur lequel son père travaillera pendant des années.

A Lyon les canuts, exploités, mal payés, se mettent en grève.

« Sur la table en noyer les verres sont vides. Dans le creux des assiettes restent des stries apparues quand le canut en a essuyé le fond avec la mie de pain rassie. Des traces qui disent la faim jamais comblée. »

« Barthélemy, sur sa ligne, tremble. Il voudrait être l’inventeur qui, grâce à sa mécanique, allège la dureté du travail. Il est en réalité celui qui fournit à l’industrie le moyen d’imposer des salaires honteusement bas."

Etienne, le fils partira à la guerre en Crimée, remplacer pour un peu d’argent, le fils d’un bourgeois.

A Paris Barthélemy est renvoyé de l’atelier de fabrication étant dans l’impossibilité d’atteindre le nombre réclamé par les patrons  (dans le train qui le ramène chez lui il pense inventer une machine à coudre simple à fabriquer et à utiliser et dont il ferait cadeau à Etienne à son retour)

Les patrons ont cru qu’ils obtiendraient le consentement facile des ouvriers.

« Comment ont-ils pu y croire ? »

Comment ont-ils pu penser que grâce à la vitrine, notamment  domestique,  les ouvriers viendraient à l’exposition universelle de Paris ?

Alors que pour survivre les ouvriers, tailleurs, cordonniers doivent travailler aussi dans les usines, les intérêts des différentes corporations se rejoignent.

« Ils se réapproprient leur corps servile, se découvrent d’autres forces que celle du travail régi par des règles déloyales et abusives
Il leur devient possible
De définir leur identité ouvrière,
de nommer le monde,
de penser construire, chanter une autre société
[…] En ces lieux, ensemble, ils jurent de bâtir de leurs mains calleuses et jaunies ce monde là ! »


C’est connu, l’union fait la force !

Barthélemy, le malchanceux, n’a pu à cause d’un intervenant, présenté sa machine dans les délais impartis mais il a tout de même une satisfaction :

« Mais joie pour Barthélemy quand le jury atteste solennellement que le métier à coudre à point de chainette est l’œuvre qui a servi de type à toutes les machines à coudre modernes, dont celle de Magnin, dont celle de Singer. Le 15 novembre 1855, il est donc officiellement établi que Barthélemy est l’inventeur de la machine à coudre. Il n’est pas là pour l’entendre mais c’est écrit, imprimé, publié. »

Des signes de reconnaissance figurent à présent dans plusieurs villes françaises, des plaques, des rues en l’honneur de Barthélemy Thimonnier.

« Que la maison d’un artisan-inventeur errant, malchanceux et misérable soit devenue un abri temporaire qui protège d’une société du travail impitoyable, c’est une histoire qu’aucune fable ne peut dépasser.



C'était une lecture très intéressante même si vous n'avait jamais utilisé une machine à coudre ! Wink

Bien étoffée qui met en pointe le travail, quel qu'il soit, dénonce l'industrialisation au profit du  capitalisme, la mondialisation et honore la création.

Je pense que cette lecture pourrait plaire à Animal, notamment.


Mots-clés : #biographie #mondedutravail #mondialisation #social #xixesiecle
par Bédoulène
le Sam 20 Fév - 14:34
 
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Sujet: Yamina Benahmed Daho
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John Steinbeck

En un combat douteux

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire En_un_10

Pour donner un sens à son existence misérable et sans espoir, Jim rejoint le parti communiste où il est formé dans la clandestinité par Mac ; ils vont accompagner la révolte des saisonniers dans les vergers, en suscitant et organisant la grève.
C’est un peu un mode d’emploi de l’activisme. Au-delà d’une psychologie sommaire mais efficace de la "masse", il s’agit de manipulation, d’exploiter la colère ; Mac s’active à instaurer une discipline, se sert de tout ce qu’il trouve pour approcher le but, rêve de sacrifier quelques personnes pour déclencher la révolution finale.
« ‒ Écoute, voici comment il faut manœuvrer. Si tu veux qu’ils votent une chose, tu dis : "Voulez-vous faire ceci ? " et si tu veux repousser une autre chose, dis : "Vous ne voulez pas faire ceci, n’est-ce pas ?" Et ils voteront non. »

« Supposons qu’ils tuent des hommes. Ce serait avantageux pour la cause. À chaque victime correspondraient dix recrues. »

« ‒ Il n’y a rien à faire, dit Mac durement. Il a été marqué pour le sacrifice. Il faut des victimes, des hommes qui chargent au premier rang pour faire la trouée qui permettra aux autres de sortir de l’abattoir. Nous ne pouvons nous attendrir sur les blessures d’un seul homme, Doc.
‒ Je ne pensais pas aux mobiles, ni aux résultats : je plaignais seulement le pauvre homme. Il a perdu l’estime de soi. C’est une épreuve terrible, Mac.
‒ Je n’ai pas le temps de penser aux sentiments d’un seul homme, dit Mac, sèchement. J’ai trop à faire à m’occuper des foules. »

Le roman revient beaucoup sur la notion de "foule", imprévisible, dangereuse. La démonstration est nuancée par d’autres points de vue, comme Dan, le vieux bûcheron solitaire pour qui le travail a une valeur en soi, ou le docteur Burton, qui veut se faire sa propre opinion.
« Je veux surveiller ces hommes groupés ; ils m’apparaissent comme formant un seul individu nouveau, pas du tout comme des individus réunis. Un homme, dans un groupe, n’est pas lui-même : il est l’une des cellules d’un organisme aussi différent de lui que les cellules de votre corps sont différentes de vous. Je veux voir vivre ce groupe, l’étudier. On a dit : "Les foules sont folles, on ne peut savoir ce qu’elles vont faire." Pourquoi considère-t-on les foules comme des hommes, et non comme des foules ? Presque toujours, une foule agit raisonnablement, en tant que foule. »

C’est une belle figure d’humaniste.
« Je ne crois pas à votre cause, mais je crois aux hommes.
‒ Que voulez-vous dire ?
‒ Je ne sais pas. Je crois qu’ils sont des hommes et non des animaux. Si j’entre dans un chenil et que j’y trouve des chiens affamés, sales, malades, si je peux les soulager, je le fais. Ce n’est pas leur faute s’ils sont ainsi. Vous ne pouvez pas dire : « Ces chiens souffrent parce qu’ils n’ont pas d’ambition, parce qu’ils n’ont pas mis de côté une partie des os qu’on leur jette. » Non. Vous les nourrissez, vous les soignez. C’est cela que je ressens. J’ai une certaine habileté à soulager les hommes. Lorsque j’en vois qui souffrent, je les aide. Je ne réfléchis pas outre mesure. Si un peintre voit une toile nue et qu’il ait des couleurs à sa disposition, il éprouve le besoin de peindre, sans discuter pourquoi il éprouve ce besoin. »

Il y a un côté didactique dans ce "roman", mais il décrit aussi la réalité sociale.
« ‒ Qui sont ces "vigilants", Mac ? demanda Jim. Quelle sorte de types ?
‒ Ce qu’il y a de pis dans la ville. Ceux qui ont brûlé les maisons d’Allemands pendant la guerre. Ceux qui lynchent les nègres. Ils sont cruels à plaisir. Ils aiment faire du mal, et ils appellent ça d’un joli nom : patriotisme, ou protection de la Constitution. Les patrons se servent d’eux et leur disent : "Il faut protéger les gens contre les communistes." Alors, ils brûlent les maisons et torturent les gens, sans courir de danger. C’est tout ce qu’il leur faut. Ils sont lâches. Ils tirent embusqués ou ils attaquent les autres à dix contre un. »

« Cette vallée est organisée. Très bien organisée. C’est facile lorsque quelques hommes seulement contrôlent la terre, l’argent et la justice. Ils peuvent réclamer de l’argent prêté, ils peuvent corrompre, ils peuvent faire condamner ceux qui les gênent. »

Mac et Jim essaient de se résumer à des outils froids et calculateurs pour user d’autorité et de persuasion (oratoire notamment).
Scène remarquable où figurent simultanément un communiste tué et un cochon qu’on abat !
« ‒ Ce n’est rien, dit Burton ; ils tuent un cochon : un des camions l’a amené tout à l’heure, vivant. Apportez-moi le cadavre. »

Le nœud essentiel :
« Vous savez que j’accomplis une tâche et que tous les moyens me sont bons. »

« ‒ Vous ne devriez penser qu’au résultat, Doc, dit Jim. De toutes ces luttes sortira du bien qui justifie les moyens.
‒ Jim, je voudrais en être sûr. Si j’en crois ma jeune expérience, la fin n’est jamais très différente des moyens, au moins quant à sa nature. Bon Dieu, Jim, il ne peut naître que violence d’une chose édifiée dans la violence.
‒ Il n’y a pas de commencements, dit Burton, ni de fins. Il me semble que l’homme s’est engagé dans une lutte terrible, aveugle, pour s’arracher à un passé dont il ne se souvient pas, vers un futur qu’il est incapable de prévoir et de comprendre. L’homme a affronté et vaincu tous les ennemis possibles, à l’exception d’un seul. Il est incapable de remporter une victoire sur lui même. L’humanité se déteste elle-même. »


\Mots-clés : #mondedutravail #politique #social #xixesiecle
par Tristram
le Dim 31 Jan - 12:26
 
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Patricia Highsmith

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 41y2vq10

Caroll

Voilà donc le second livre édité, sous pseudonyme, de Highsmith.
Pas un roman policier, pas un roman à suspens.
Un roman d'amour.

Dont un film a fait parler, ces temps derniers. Film que je n'ai pas vu.

J'ai bien aimé, en fait il faut se représenter un roman qui prend le temps, pas très versé sur le pathos, et finalement ce n'est pas dutout étonnant, au regard de son style en général, à cet auteur.

Le livre est d'un ton élégant, assez sobre et classique. Il ne met pas tellement l'accent sur la passion, mais plutôt sur l'héroïne.
Sur son développement d'individu tout neuf.

Y compris, donc, à travers ses émotions amoureuses.
Mais à cet égard, tout du long, la femme qu'elle aime, ou les hommes qui l'aiment, semblent être "traversés" pour avancer. On sent que l'amour est émotion avant que d'être une dévotion qui diluerait l'être.

Comme on n'est pas dans le portrait pathologique du mal, rien d'extraordinaire, c'est un roman qui parlera à tous les aimants du monde,
mais déjà une acuité et propension à décrire sous un jour très personnel de la part de Highsmith..
J'ai eue tout du long une grille de réception bien précise : faire le pari qu'il y sera trouvé la clef émotive de l'auteur, sa manière de voir le monde sur le plancher des vaches.
Et ça loupe pas. Sacrée bonne femme.
Le fond socioculturel de la spécificité homosexuelle existe, d'ailleurs traité en une préface et postface de l'auteur elle -même.Mais ne me parait pas fondamentalement le coeur du livre.

Au final elle propose sur une trame qu'on connait tous, l'amouuuur, une version très intéressante de l'épiphénomène "devenir soi". Elle bazarde avec une grâce de magicien nos vieux poncifs des vilains et des gentils, elle retient l'auto-analyse, l'apport que la sensualité crèe à l'être social, et traite la perte comme un renouveau total.
Aucune sensiblerie, beaucoup d'émotion circoncise, plutôt. De l'instinct, donc, tout du long. Du sang froid.

C'était intéressant. Elle était bien jeune pour savoir déjà traiter l'amour comme ça. Chapeau bas.
J'arriverais assez mal à expliquer le truc, mais comment dire : oui, l'histoire finit bien (elles restent ensemble) mais c'est plutôt l'attitude de chacune face aux avanies qui est inspirante. Chacune reste reliée à ses chemins propres, même les personnages masculins positifs (nombreux) semblent de ce cénacle, initiés à la conscience de soi ,à l'expansion de soi comme recours-souhaitable bien identifié. Il y a une sorte de réception, passive mais lucide, très bien décrite, qui est évidemment totalement propre à la jeunesse, et éthiquement des résolutions dramatiques tout à fait réjouissantes, à illustrer des avancées solaires et affirmées.

J'ai en fait surtout aimé la fin.

La description de ce que devient Thérèse. Sur quelques semaines de crise. Ses filtres spécifiques.

Et été intéressée par la manière dont l'auteur partage les problématiques professionnelles : devenir, à NY quelqu'un qui travaillera dans son domaine de formation, les petits boulots. Le devenir social.
Voilà.

\Mots-clés : #amour #initiatique #mondedutravail
par Nadine
le Mar 15 Déc - 15:46
 
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Sujet: Patricia Highsmith
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Henning Mankell

Le Dynamiteur

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Le narrateur est quelqu’un qui a connu Oskar retraité, et qui s’efforce de composer sa biographie.
« Et le narrateur ? Oskar trouve qu’il remonte trop lentement son filet. »

De ce point de vue, ce roman s’apparente à la grande famille des témoignages sur les gens de peu.
« Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. »

C’est aussi un témoignage sur la condition ouvrière et les débuts du socialisme en Suède, le lent changement social, dans la conscience de l’insignifiance individuelle.
Est décrite la fameuse affiche de la pyramide du capitalisme, « We rule you » :
Tag mondedutravail sur Des Choses à lire We_rul10

Ainsi que pointé par Avadoro, la forme est originale, un éclatement des faits dans le temps (censé emboîter l’explosion dans le texte ?) Pour illustration, la table des matières me paraît démonstrative de cette structure (et pour une fois que les éditeurs nous font la grâce d’une table des matières !) :
Le faire-part
1962
1911
L’île
Les sœurs
Les coups de rame
Oskar Johansson
L'accident
Les mots clés
Elly
Oskar Johannes Johansson
Magnus Nilsson
Elvira, la sœur d'Elly
Le membre du parti
L'iceberg
Le retraité
Oskar, quarante-quatre ans
L'affiche
Le processus du développement photographique
D'un seul coup de dynamite, et bien le bonjour de ma part.
Été 1968
Les souvenirs
Oskar Johansson 1888-1969
Après

La forme donnée par Mankell à son livre ne m’a cependant pas gêné dans la perception de ce destin à la fois simple et digne de mémoire.
Quoique peu féru de littérature engagée, ici le traitement m’a paru adéquat ‒ sans doute parce qu’il ne s’y résumait pas.

Mots-clés : #biographie #mondedutravail #politique #social #temoignage #xxesiecle
par Tristram
le Sam 5 Sep - 0:10
 
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Sujet: Henning Mankell
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KOBAYASHI Takiji

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Le propriétaire absent

Des paysans attiré par « le guide de l’immigrant d’Hokkaidô » rempli de bonnes promesses sur les règles d’obtention de terrains, les revenus et l’espoir de devenir propriétaire de leur parcelle et de la maison,   s’installent dans un village du territoire d’Hokkaidô (ce territoire dit extérieur a été acquis pour le rentabiliser par l’Etat).

En fait, les parcelles les mieux situées sont  vendues à peu de frais à des nobles ou des  propriétaires riches qui ont donc mis les parcelles en fermage pour lesquel les paysans payent un fort loyer.

Alors qu’au bout d’un certain nombre d’années la terre devait appartenir aux fermiers, la promesse, comme sur d’autres territoires d’ailleurs, n’est pas tenue.

Par ailleurs les terres de ce territoire au climat rigoureux ne donnent pas et les fermiers quand une année est encore plus critique à cause du temps, se retrouve sans presque pour se nourrir. C’est donc lors d’une année catastrophique que les fermiers, parmi lesquels deux hommes sont syndicalisés, devant l’intransigeance du propriétaire, décident de demander « l’arbitrage agraire ». Ils s’uniront au syndicat ouvrier d’Otaru pour former une intersyndicale d’ouvriers et de paysans. C’est connu « l’union fait la force ».

Ces paysans incultes pour la plupart s’instruiront auprès des syndicats et avec la sympathie des citoyens de la ville parviendront à faire plier « le propriétaire absent » de l’exploitation Kishino, utilisant tous les « matériaux » syndicaux ; grèves, tracts, réunions publiques…

Le titre du livre montre le fait que les riches propriétaires n’habitent pas dans le village de leur exploitation mais préfèrent les larges possibilités offertes par la ville, les paysans ne sont bons qu’à travailler pour le profit du propriétaire qui négligent ses obligations les plus élémentaires envers les paysans qui pour lui sont « comme des bêtes ».

Tract :
« Les fermiers ont fait la preuve qu’ils n’étaient plus les pauvres paysans du passé, privés du droit à vivre dignement, pour être désormais les véritables « alliés » de la classe ouvrière en lutte.
Pour combattre l’exploitation féodale !
Pour l’établissement d’un droit à cultiver la terre !
Rejoignons le syndicat national agricole !
Ouvriers et paysans, la main dans la main !
Pour cette grande victoire collective, banzaï ! »


**************************
La post-face du livre est très intéressante dans la partie où l’auteur explique les raisons de ses choix pour le thème principal du livre (il explicite et applique en fait ce qu’il disait dans le chapitre de la méthodologie d’un roman). Etant un auteur prolétaire il suit bien sur ses idées politiques et syndicales ; ses thèmes sont : les travailleurs, leur condition de travail et de vie.

Sur la méthodologie :  « À vrai dire, il ne saurait y avoir aucune « manière d’écrire » un roman.
Non seulement personne ne pourrait se lancer immédiatement dans l’écriture d’un roman au prétexte d’avoir lu une « méthodologie », mais chacun, consciemment ou inconsciemment, possède sa propre façon d’écrire.
Et même si je dis ici quoi que ce soit de la manière d’écrire un roman, ce n’est rien de plus qu’un « exposé » des bases sur lesquelles je m’appuie à chaque fois moi-même.
Aussi, pour les nouveaux venus s’étant mis en tête d’écrire quelque chose, cet « exposé » ne peut-il constituer qu’une « référence » en un sens extrêmement limité, ni plus ni moins.
Les nouveaux auteurs doivent posséder une manière d’écrire parfaitement nouvelle. »

« Ceux qui voudraient écrire un roman prolétarien doivent s’absorber dans la lecture de Marx, de Lénine et de tout autre ouvrage de théorie marxiste. Telles sont les « bases » dont aucun écrivain prolétarien ne saurait se passer ! »


Concernant ce livre l’auteur souhaitait qu’il soit supérieur au « Bâteau-usine », au lecteur de décider.

C’est le conflit agraire de l’exploitation Isono Susumu qui a fourni à Kobayashi le sujet de son livre.

L’auteur étant employé à la Banque du défrichement n’a pas hésité à introduire les agissements des banques dans son récit, ce qui suite à la publication du livre vaudra à Kobayashi un licenciement.

L’un des personnages Shichinosuke paysan qui travaille comme ouvrier dans l’usine relie par ses lettres le passé et le présent, les us anciennes et le progrès dans le travail (machines, travail à la chaine). Quand l’usine fabrique des ustensiles qui seront vendus dès le lendemain apportant revenu, il faudra un an avant que les semailles rapportent au paysan, souvent juste de quoi se nourrir. La durée est donc là facteur de progrès.

L’auteur cite aussi le fait que les propriétaires eux-mêmes doivent se diversifier et s’adapter au progrès. Ce progrès qui répandu dans les villages, par les ustensiles d’usage quotidien par exemple, tuent aussi le petit artisanat qui permettait aux paysans quelques subsides de plus.

Dans ce livre on voit l’éveil des paysans, au syndicalisme et leur intérêt pour la politique (l’un des paysans rejoint le Syndicat paysans à Asahikawa.


« En 1928 : Une vaste répression du parti communiste fut déclenchée presque aussitôt après, le 15 mars. Puis une aggravation de la loi sur le maintien de l’ordre (Chian-iji-hô) autorisa des châtiments pouvant aller jusqu’à la peine de mort : la mise à jour de la loi intervint sur une proclamation impériale urgente. […] Les idées libérales aussi bien que communistes devinrent l’objet d’une surveillance politique rigoureuse » (Dictionnaire historique du Japon). »

***

La syndicaliste que je suis ne pouvait qu’être conquise par cet auteur. Oui il était communiste et alors ? Je n’associe pas systématiquement le mot communiste à stalinisme. A. Koestler qui lui aussi a été un certain temps communiste dit très justement dans son livre « la lie de la terre » alors qu’il est dans un camp du sud-ouest ce qu’il pense des communistes « de la base », pour avoir lu aussi Howard Fast, je sais aussi combien d’ honnêtes citoyens, ont été emprisonnés pour le seul fait d’être de ce Parti.

Kobayashi lui en est mort.

et merci à Animal de m'avoir fait connaître cet auteur.

Mots-clés : #immigration #mondedutravail #social
par Bédoulène
le Lun 27 Juil - 10:59
 
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Sujet: KOBAYASHI Takiji
Réponses: 10
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Lauren Weisberger

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 61dzxv10

le Diable s'habille en Prada

Trouvé dans une boîte à livre, ayant adoré le film et Meryl Streep, qui incarne merveilleusement bien ce monstre, je me suis dit qu'il fallait que je le lise.
Je ne suis pas déçue, c'est une lecture facile, agréable, très accessible (tout comme le film), même si on ne s'y connaît pas du tout dans la mode (vive la petite sauvageonne que je suis :p ), et que ça ne nous intéresse pas Wink
On se demande jusqu'où l'horrible Miranda va aller (elle est bien plus terrible dans le livre, je ne pensais pas que c'était possible !), la fin du roman ne suit pas exactement le film, ce qui n'est pas pour me déplaire.
Malgré que ça soit une lecture facile, je trouve que c'est un vrai reflet de notre société où l'on se donne corps et âme pour notre boulot, notre patron, pour un système ... Au détriment de notre vie, de nos priorités etc. Une comédie certes, mais pas que !

Pour une lecture détente, je recommande fortement, et je lirais avec plaisir d'autres romans s'ils me tombent entre les mains.

C'est tout.



Mots-clés : #contemporain #humour #mondedutravail
par Silveradow
le Mar 11 Fév - 19:34
 
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Sujet: Lauren Weisberger
Réponses: 1
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Sylvain Pattieu

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 41debt10

Beauté Parade

En haut comme en bas, elles me parlent mais ne me disent pas tout. Il y a des choses trop dures, des choses qui ne sont pas faites pour être dites, comme les vétérans qui ont fait la guerre. Elles ont fait la guerre. La guerre économique. Chair à profits mondialisée plutôt que chair à canon. Engagées volontaires, mais choisit-on vraiment, quand on vient du mauvais côté du monde ?




Après PSA, un combat social plus discrète, mais tout aussi porteur. Parce que leur patron ne les paye plus depuis deux mois, 7 manucures et coiffeuses du quartier Château d’Eau à Paris se mettent en grève, soutenus par la CGT pendant 65 jours jusqu’à ce que la Préfecture leur accorde enfin des papiers. C’est le quartier de Sylvain Pattieu, le Xème, il passe en posant son fils à la crèche, il revient, il décide d’écrire cela.

A sa façon, touche à tout, attentif, à l’écoute, personnellement impliqué, aussi. Les grévistes et leurs soutiens ont la parole, on suit l’évolution des choses, mais on en apprend aussi sur l’industrie de la coiffure, les emplois précaires, les réseaux internationaux de vente de cheveux. Et le quartier, les clientes sont là aussi, intéressées ou pas par la lutte, qui viennent chercher un peu de réconfort en prenant soin d’elle-même.

Ici on est futile pour pas cher. Extravagant ou classique, tout est possible, dépend des goûts. On pense à la mode et au style et  pourquoi pas après tout. Si ça permet d'être digne, fort, fier de soi, bien dans son corps. De se faire une armure pour se garder du reste, tout ce qui cloche et qui fait mal. De penser à autre chose, pas pour se résigner ou s’évader mais pour s'affirmer tel qu’on veut être, pour se façonner, se trouver belle ou beau. Pour choisir ce qu’on montre à l’extérieur, ce sur quoi on est jugé, quoi qu'on dise, au premier regard. Pour l'entre soi dans la boutique. Pour prendre du temps pour soi. Pour qu’on s'occupe de soi un peu. Être dans d'autres mains et ne pas servir ni obéir.
Ce corps, on ne peut pas nous l'enlever. Encore heureux. Futile et vital, indissociablement.


C’est très humain comme approche, proche des gens, et en même temps il investigue sur plein de sujets parallèles. C’est bien.

Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 3 Sep - 10:29
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Lise Gaignard

Lise Gaignard

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire Hqdefa12

Lise Gaignard est psychanalyste et chercheuse en psychologie du travail.

Elle a travaillé douze ans en psychiatrie, dans les cliniques de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie puis de La Borde, ensuite en maison d’arrêt et auprès de déficients profonds. Installée comme psychanalyste en ville depuis vingt ans, elle a soutenu une thèse sur la place du travail dans la cure psychanalytique.

multitudes.net



Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 5caeeb10

quatrième de couverture a écrit:« Ce livre parle de notre voisin de palier, de la femme au comptoir ou derrière le guichet ; il parle de nous, de notre monde ordinaire, avec nos mots, ceux de tous les jours. Des mots qui ne prennent pas de gants, directs sur ce monde banal et cruel. Rien de spectaculaire, rien que l’ordinaire. Mais des drames, des gens qui craquent ou qui meurent, sans que ralentisse le cirque infernal, “comme si de rien”. Ceux qui parlent, d’ailleurs, étaient à fond dans le circuit, jusqu’au pépin… Quelque chose est arrivé qui les a mis hors course, les yeux dessillés. C’est ce moment de la prise de conscience, quand ils envisagent leur compromis-sion dans le système néolibéral à s’en rendre malade, que Lise Gaignard saisit ici sur le vif. »

(Extrait de la Préface de Pascale Molinier)

Editions d'une


Un livre dur, direct et sans solution apparente. Une suite de témoignages ponctuels, notes d'un ou deux entretiens, de travailleuses et travailleurs de milieux très divers. Un panorama d'une belle partie de ce qui peut déconner, "foutre le camp", régresser ou je ne sais quoi dans notre belle société et d'abord des drames individuels. Plus que du ras le bol, des trop pleins, des impasses, de la rage, du désespoir, une impossibilité du sens dans le travail.

Chacun(e) y va de la description de son travail et de ce qui ne va plus : collègues, moyens, consignes, pression... sentiment d'injustice, de peur et d'être empêché de faire son travail "bien" ou simplement comme il devrait être fait. Ce qui va de s'y sentir reconnu (pas au sens de devenir roi du monde mais simplement d'exister normalement) au respect des individus ou de normes de sécurité, ou de la loi.

La constante c'est la perte de repère, le sentiment d'échec, d'incapacité. Échec de qui pourrait on lire entre les lignes ? Car ces gens qui n'ont pu continuer temporairement ou plus veulent le faire leur travail. Donc c'est dur et on peut s'y reconnaître, plus ou moins, souvent, toujours un peu au moins.

Nouvelles modes de management et leurs novlangues, engrenage d'une démission personnelle et collective qui aboutit à ces situations, tout ça pour essayer de remplir le contrat ?

Ils sont concrets ces témoignages sur deux ou trois petites pages, des coups de poing à l'estomac.

Difficile d'arriver à une idée arrêtée à la fin tellement c'est multiple dans les personnalités : faisons attention ? Pourquoi en arriver à un rapport conflictuel à son travail (plus qu'aux gens qui l'habitent) ? ... Pourquoi en être à un rapport conflictuel au travailleur ? Pourquoi l'enjeu n'est-il plus seulement le travail mais la personne, sa supposée inadaptabilité comme une faillite personnelle ?

Ca fait peur au royaume des fausses économies de bout de chandelle et de la joie obligatoire...


Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par animal
le Lun 2 Sep - 22:22
 
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Sujet: Lise Gaignard
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Amy Goldstein

Janesville Une histoire américaine

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Janesville, Wisconsin, décembre 2008 : General Motors, en difficultés à force de ne produire que des 4x4 énergivores en cette situation de crise, ferme son usine séculaire de 7000 employés. La situation s’étend très vite à toute la ville par effet domino.
Amy Goldstein suit pendant 5 ans l’évolution de ce drame individuel et communautaire : les chômeurs qui se débattent avec plus ou moins d’énergie et de succès, les familles qui se soudent ou se délitent, les politiques qui s’agitent, les bonnes volontés qui se décarcassent, les soirées de bienfaisance qui se multiplient, tout à la fois utiles et indécents, face à ce gouffre de détresses.
Elle fait le choix de l’humain, suivant pas à pas des individus pour donner, dans ce grand roman américain non fictionnel,  une approche tant intime que collective .
Ca réussit le tour de force d’être à la fois poignant et objectif, c’est très instructif et palpitant de bout en bout.


Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 20 Aoû - 9:18
 
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Sujet: Amy Goldstein
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Florence Aubenas

Le quai d’Ouistreham

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En 2009, alors que le mot crise résonne de toutes part, Florence Aubenas quitte tout pour entrer dans la peau d’une chômeuse non diplômée en quête d’un emploi. Elle voit ces queues qui s’allongent devant le Pôle Emploi, les employés qui pètent un câble, les formations qui masquent l’impasse, les agences d’intérim dépassées  la lutte pour le moindre sous. Corvéable à merci, l’épouvante chevillée au ventre, la compromission imposée par l’urgence elle erre, épuisée,  pendant 6 mois de contrats de quelques jours en dépannages à la demande, femme de ménage mobile, manipulée, transparente aux heureux nantis d’un travail, héroïne de l’aube et du crépuscule œuvrant comme Sisyphe pour la propreté de nos existences indifférentes.

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire H10

Certains lui ont reproché son manque de recul, d’analyse, mais c’est en fait un récit humaniste (et terrible) qu’elle propose, où les faits parlent d’eux-mêmes d’un monde absurde, du quotidien accablant de ces chômeurs précaires, ballottés  par leurs angoisses, contraints à toutes les humiliations, avec lesquels elle partage avec empathie une réelle proximité.

Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Dim 26 Mai - 16:58
 
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Elisabeth Filhol

La centrale

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Ca parle d'un homme qui va de centrale nucléaire en centrale nucléaire, pour des contrats courts, logeant dans une caravane. Son copain s'est suicidé, comme deux autres travailleurs de la centrale. Thème hautement louable.
A part ça , et bien, ça dit vraiment peu de ces gens, tant cela vise à une distance ésotérique, et peu de leurs conditions de travail tant c’est noyé dans un fatras technique et professionnel. Le dépouillement du style, avec un côté recherche formelle,  n'empêche pas l'opacité.
Heureusement ce galimatias était très court. Et si c’est pour montrer qu'il s'agit de lieux inhospitaliers, c'est réussi.


Mots-clés : #lieu #mondedutravail
par topocl
le Ven 17 Mai - 9:05
 
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Joseph Ponthus

Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
Touchant.

(A tous les coups quand j'aime pas ya des complexes dans l'air je vous dis;;Wink


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne
par Nadine
le Dim 24 Mar - 16:37
 
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François Bégaudeau

Le moindre mal

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Ce livre s’inscrit dans le cadre de la collection Raconter la vie, initiée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, pour donner la parole aux « invisibles », et, notamment, raconter le travail.

Ici, François Bégaudeau prête sa plume à Isabelle, une infirmière.
Après avoir situé la filiation qui l’a menée à ce choix, il quitte la petite histoire pour un récit très factuel, direct, s’effaçant derrière un style volontairement non travaillé, pour raconter les années et les jours de son « héroïne ».
Trois thèmes principaux : la formation, la politique hospitalière de non remplacement du personnel, puis, pour finir, minute par minute, heure apr heure, fait par fait, une journée de travail ordinaire dans le service de chirurgie générale.


Ce n’est pas Bégaudeau pour rien, il y a des pages militantes contre les politiques économiques drastiques en matière de santé, et des médecins forcément beaucoup moins sympas que les infirmières.


Mais globalement, cette course -poursuite de la journée infirmière m’a plutôt séduite. Cet enchaînement d’événements sans pathos, sans le temps de reprendre son souffle ou d’y mettre trop d’émotion, avec sa diversité technique donne parfaitement l’image de ce métier plus technique qu’il n’y paraît, où les exigences  de performance Imposent une efficacité qui malheureusement ne laisse guère place au doute, aux questionnements, aux épanchements.



mots-clés : #medecine #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Ven 15 Mar - 20:38
 
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Jeanne Benameur

Les insurrections singulières

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Encombré par ses  parents médiocres assommés par le quotidien et le travail, son frère prof ( mon Dieu!), Antoine est un recalé de la vie, entre déprime et rage au cœur. Dans le même temps sa compagne le  vire et son usine  délocalise au Brésil, car ses copains ont bêtement voulu d’un militantisme soft alors que lui, le grand rageux, aurait bien pris le patron en otage. Tout est noir, il comprend vraiment pourquoi il a voulu fuguer à 8 ans.

Sous l’impulsion de Marcel, un octogénaire bouquiniste (donc forcément un homme de sagesse), ils partent voir comment ça se passe, justement, au Brésil. Et oui,  ça se passe bien : Antoine y trouve la fraternité et le sens de la vie en même temps  que l’amour. Et il découvre même que son père est un type mieux qu’il ne croyait grâce à un petit carnet que celui-ci lui a confié.

C'est une crise de la quarantaine jouée sur le mode adolescent. J’ai trouvé ça extrêmement trop sérieux, plein de poncifs  ( le travail n’est pas tout dans la vie, il faut aller au bout de ses passions) et de morale simpliste (il suffit de partir, d’oser tout quitter). Du Coelo amélioré.

Bon, tout cela est trop méchant pour ce livre que je n’ai finalement trouvé qu’indigeste. Et je sais que kashmir a aimé, donc, si tu pouvais en dire quelques mots, kashmir,  ça rétablirait l’équilibre  Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 1384701150 .


Mots-clés : #amour #mondedutravail #voyage
par topocl
le Mer 13 Mar - 21:35
 
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Joseph Ponthus

A la ligne

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"Dédicace
Ce livre
Qui est à Krystel et lui doit tout
Est fraternellement dédié
Aux prolétaires de tous les pays
Aux illettrés et aux sans dents
Avec lesquels j’ai tant
Appris ri souffert et travaillé
A Charles Trenet
Sans les chansons duquel je n’aurais pas tenu
A M.D.G
Et
A ma Mère"

Tout d’abord l’écriture, de la prose sous forme de poésie, pas de ponctuation tout « A la ligne » ; et j’ai trouvé que cela était une scansion  anarchique et originale.

C’est une incursion dans le milieu ouvrier, celui des usines, du travail à la chaine, le très dur travail physique auquel s’ajoutent les odeurs à s’habituer dans ce cas (usine de produits marins et abattoir) Le narrateur travaille en qualité d’intérimaire donc un travail aléatoire. Bien qu’il ait fait des études (hypôkhagne) il ne trouve pas de travail dans son métier et comme il faut gagner  « ses sous » pour vivre, il accepte toutes les missions  confiées par l’agence d’intérim.

Ces feuillets d’usine qu’il écrit le soir en rentrant chez lui c’est du temps de repos en moins alors qu’il sait que le lendemain matin il va en pâtir, mais c’est essentiel pour lui l’écriture.

A l’usine il y a les autres ouvriers ceux qui sont là depuis des années, qui seront encore là demain, ils souffrent comme lui, à tous les niveaux de la chaine, l’abattoir est un lieu fermé, pas une seule fenêtre pour égarer le regard alors pour tenir quand c’est trop dur il chante, des chansons de Charles Trenet, quand c’est possible ou dans sa tête, il invite les mots d’auteurs quand les faits s’y prêtent.
Il y a le secours à la pause du café et de la cigarette !

La pause :
« Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant »


Parfois l’angoisse quand une longue mission est annulée pour problème mécanique ce qui veut dire pas d’argent !

« Le week-end n’a plus le même goût
Pas celui du repos avant la bataille
Pas de tonnes de bulots à travailler lundi pour deux mois
Assurés
Pas sûr de bosser la semaine prochaine »


A l’école il recevait son bulletin, à l’usine il a  un carnet où toute ton activité est portée et qui n’avoue pas sa fonction véritable, presser un peu plus le petit citron ouvrier.
« Si j’avais su
Vingt ans plus tôt
Sur les bancs de l’élite
Prétendue
Que le père Godot m’aiderait à en rire de tout ça
Vingt ans plus tard
De l’intérim
Des poissons panés
Du bulletin non-dit »


L’écriture lui étant essentielle il écrit ces « feuilles d’usine, il écrit à sa femme quand il part au travail et qu’elle rentrera plus tard, à sa mère (deux émouvantes lettres) il écrit sur son chien, il écrit…………

« Un texte
C’est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade
Du chien
J’ai écrit et volé deux heures à mon quotidien et à mon
Ménage
Des heures à l’usine
Des textes et des heures
Comme autant de baisers volés
Comme autant de bonheur
Et tous ces textes que je n’ai pas écrits »


A sa femme :
[…]
Il y a qu’il faut le mettre ce point final
A la ligne
Il y a ce cadeau d’anniversaire que je finis de t’écrire
Il y a qu’il n’y aura jamais
Même si je trouve un vrai travail
Si tant est que l’usine en soit un faux
Ce dont je doute
Il y a qu’il n’y aura jamais
De
Point final
A la ligne »


Une pause dans le travail d’usine, il retrouve pour quelques semaines un  emploi  comme,  « personne ressource » auprès d’un centre de vacances pour handicapés,  plus adapté à son métier.

Période de fêtes, la cadence s’affole !

« On a gagné une guerre contre le bulot et nous-mêmes un
Vendredi 23 décembre 2016
Les deux jours de Noël seront les plus précieux du monde
Et les plus rapides
A peine le temps du repas de famille dominical
Qu’il faut rentrer après le café
Demain l’embauche est si tôt »
« A la prochaine
L’usine
A la prochaine
Les sous
Les sous à aller gagner racler pelleter avec les bras le dos les reins les dents serrées les yeux cernés et éclatés les mains désormais caleuses et  rêches la tête la tête qui doit tenir la volonté bordel
A la prochaine »


Je demande au chef combien de temps durera la mission
Il me répond
« Tant que tu seras  gentil »
Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Et Kopa joue au ballon en rentrant de la mine
Et j’essaie d’écrire comme Kopa jouait au ballon
Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main de Cendrars
De la tête d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque de métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des
Bouchers »


« Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les
Plus profondes »


A son chien Pok Pok :

« Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d’aller te promener
Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles »


autres :

« Une soirée et une nuit belles
Comme la liberté volée
Ca n’a pas de prix »

« J’ai vu les horaires les planques et les moyens de sortir les trucs
Deux langoustes donc
Juste faites en rentrant hier avec un riz basmati tiède et de la mayo maison
C’est pas mal la langouste
Je ne vole rien
C’est rien que de la réappropriation ouvrière
Tout le monde le fait »


« A l’usine on chante
Putain qu’on chante
[….]
Et ça aide à tenir le coup
Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie
Quand je ne sais que chanter
J’en reviens aux fondamentaux
L’internationale «

« Je sais que la première occurrence du mot crevette est chez Rabelais
Cela me plaît et se raccord aux relents gastriques de l’usine »
« Ca suffit à mon bonheur de la matinée
Me dire que j’avais dépoté des chimères »


Ce qui m’a intéressé c’est bien le rapport de l’homme et du travail, le poids de la souffrance physique dans ces lieux se compte en tonnes. Ces hommes sont surexploités ; des ouvriers se mettent en grève, il les rejoindrait bien s’il n’était pas intérimaire et ne risquait de perdre le boulot, comme il rejoindrait bien les copains de la ZAD Notre-Dame des Landes.  

Je n’aurais jamais pensé pouvoir lire un récit sur les abattoirs mais là (nonobstant le fait que je ne mange plus de viande depuis plus de 20 ans mais pas d’hypocrisie j’ai été carnivore avant) et que les détails ne sont pas ragoûtants,  j’ai lu ces « feuillets d’usine » comme un hommage aux ouvriers d’ usine.

C’ est vraiment un plaisir de découvrir le premier livre de cet auteur, un témoignage vibrant sur le travail en usine, à la chaine, et la particularité du travail intérimaire, statut précaire et donc angoissant  par le manque d’ assurance sur le lendemain.

Le rapport entre les hommes est aussi  intéressant , leur soutien malgré le peu de partage étant donné la vitesse à laquelle défile le travail à assumer, suffit d’une clope , d’un coup d’épaule, d’un regard.

C’était une lecture émouvante , utile  et que je vous engage à faire.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne #identité[/color]
par Bédoulène
le Dim 24 Fév - 0:51
 
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François Bégaudeau

En guerre  

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 31mlir10

Dans cette ville où nul ne sait bien pourquoi il reste, il y a Romain, travailleur culturel bobo, nonchalant, mais sûr de sa mission, un homme qui parle, qui pense, sûr de ses certitudes comme de son incapacité à agir dans leur sens. Et il y a Louisa, jeune femme que seul le combat maintient à flot, scannant des articles à l’entrepôt d’Amazone, qui voit partir à la dérive la petit bonheur pavillonnaire quand son conjoint, aimablement éjecté d’une multinationale qui a mieux à faire en Slovaquie, endosse le rôle du perdant.

Rien de commun entre ces deux là, mais les circonstances vont les mettre face à face, puis dans le même lit.
Et les conséquences seront dévastatrice, dans une explosion de violence qui va les remettre en question, mais chacun à sa façon, la rencontre n’a finalement pas changé grand-chose.

Et, après Leurs enfants après eux,  me voilà repartie dans un roman social. A ce détail près qu’on n’est plus en Lorraine mais à Amiens, ce qui en matière d’emploi, n’est guère mieux, les héros de Bégaudeau pourraient, si on compte bien, être ceux de Nicolas Mathieu, quelques années plus tard.

Même veine sociale, même idée bien ancrée du déterminisme social, donc, mais pas du tout le même livre, pas du tout.
Ici, quelque chose de plus malin, de plus fin, de plus créatif. Une façon de raconter ce que Mathieu expliquait. La justesse est soutenue par l’humour et par une ironie feutrée, décalée. Et cela autorise une apothéose mi-onirique, mi-visionnaire, mi-poétique. Une improbable, mais délectable et tordante victoire des petits. Cependant Bégaudeau n’est pas dupe, chacun retrouve finalement sa place , comme chez Mathieu.  Je n’en dis pas plus, mais le scénario est plein d e bonnes idées, s’ouvrant à d’autres personnages qui enrichissent l’habile description de cette classe moyenne provinciale si multiple.

C’est extrêmement malin, direct, rapide et réfléchi tout à la fois.  Il y a cette  portée intemporelle: c’est un conte du prince charmant et de la pauvresse. Mais ils ne seront pas heureux et n’auront pas beaucoup d’enfants : on est au XXIème siècle, quand même. Le roman s’implante dans une géographique, la ville, les banlieues, les rocades, le McDo, la Halle aux vêtements, qui lui donnent une  proximité immédiate. Il s’inscrit dans le temporel, les événements passent au loin,  attentas, Nuits debout, Trump, sans envahir, messages furtifs, mais terreau d’une façon de penser et d’agir. C’est donc aussi un roman d’ici et de maintenant, un roman d’aujourd’hui, clairvoyant, qui parle  sans concession mais sans jugement, avec une empathie dont le désespoir  est voilé par la lucidité, de gens que je connais, de leurs histoires, de leurs vies.

mots-clés : #contemporain #mondedutravail #social #vengeance
par topocl
le Sam 26 Jan - 16:08
 
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Sloan Wilson

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Sloan Wilson : L'Homme au complet gris. - Belfond

Lorsque Thomas Rath revient de guerre, celle de 4O, il a perdu des années précieuses et ses illusions de jeunesse.
De plus, il a été constamment confronté à la nécessité de tuer ou d'être tué.
Et il a tué de sang froid.
La femme qu'il a épousé ne sait rien de cette réalité qu'est l'horreur de la guerre.
Elle est restée affectivement et intellectuellement dans un état d'immaturité et d'idéalisme que sa situation de femme au foyer et de mère ne peut qu'aggraver.
Et Tom n'a aucune envie de raconter son vécu, mais plutôt essayer de l'oublier.

Il faut oublier tout cela [la guerre], et tout ce à quoi cela a mené, songea Tom ; il faut l'oublier maintenant tout comme il a fallu l'apprendre d'abord. On devrait commencer les guerres par un cours d'instruction de base, et les terminer par un cours d'oubli de base. Le truc, c'est d'apprendre à croire que l'on vit dans un monde à part, un monde de fous, où ce qui est vrai aujourd'hui n'était pas vrai alors ; où le "tu ne tueras point" et le fait d'avoir tué un grand nombre d'hommes ne veulent rien, absolument rien dire, car maintenant c'est le moment d'élever des enfants légitimes, de gagner de l'argent, de s'habiller correctement, d'être gentil avec sa femme, d'admirer son patron, d'apprendre à ne pas s'inquiéter, et de penser que soi-même l'on est quoi ? Cela n'a aucune importance, songea-t-il... je ne suis qu'un homme en complet gris. (p. 161-162)

Déjà un fossé se creuse entre eux qu'ils n'ont pas le temps ni l'envie d'explorer.
A trente cinq ans, il a déjà trois enfants et la volonté de "réussir".
Réussir, c'est pour toute une génération, celle des années 50, grimper dans l'échelle sociale, et gagner le maximum d'argent dans le minimum de temps.
C'est la logique même du consumérisme et du rêve américain qui prétend que tout américain courageux peut devenir Rockfeller ou Ford.

Tom a déjà grimpé quelques échelons et constaté l'étendue du mensonge  de l'idéologie américaine. Suffisamment pour se rendre compte que sauf  miracle, il ne pourra résoudre le noeud de problèmes dans lesquels il se débat. Qu'il ne pourra jamais s'occuper de sa famille alors qu'il se tue au travail et qu'il va perdre sa vie à trop vouloir la gagner.
En outre, il n'a jamais surmonté le traumatisme de la guerre.
Il se souvient aussi comment, pendant une trêve des armes, il a connu une jeune italienne à Rome. Et comment ils ont vécu une idylle heureusement partagée dans les marges amnésiques d'un provisoire que le tragique avive.
Lorsque l'armée l'envoie combattre les Japonais dans le Pacifique, la jeune italienne est enceinte. Elle le dit à Tom et elle va garder l'enfant.

Tom contrairement à beaucoup de jeunes américains de son âge n'est ni stupide ni oublieux ni immoral.
Il essaie d'assumer une situation qui lui échappe et dont il est prisonnier.
Le poids de l'avenir et d'une "réussite" sociale pèse sur lui comme une malédiction.
Il sait qu'il a fait fausse route et qu'il est forcé, vaille que vaille de continuer sans trop faire de dégâts autour de lui.
Et il aura la chance d'échapper au pire et de limier les dégâts.

Ce que j' ai retenu de ce livre bien conduit et qui réserve pas mal de surprises, c'est l'itinéraire d'un homme attachant et honnête et qui, en pleine tourmente essaie de faire face.
Clairement ce qu'il en est du rêve américain, alors et encore.
Des réflexions profondes sur l'amour et la conjugalité, la guerre, l'argent, le travail et le rapport au temps.
Bref c'est un livre qui méritait amplement d'être redécouvert.


mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #mondedutravail
par bix_229
le Lun 7 Jan - 17:19
 
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Sujet: Sloan Wilson
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Sylvain Pattieu

Avant de disparaître - Chronique de PSA-Aulnay

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A travers des témoignages recueillis au fil des jours et cités en direct, petite chronique de la mort annoncé de PSA-Aulnay, de ses travailleurs syndiqués ou non, attachés ou revanchards face à l'entreprise, d'une belle histoire de lutte et de solidarité tout à la fois pleine d'espoirs et de désespoir.
Parfois un peu fouillis, pas toujours très clair pour une non-initiée, mais ça n'empêche pas d'être révoltée et écœurée.


mots-clés : #contemporain #mondedutravail #politique #social #temoignage
par topocl
le Mer 24 Oct - 17:18
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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