Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Lun 1 Mar - 17:23

49 résultats trouvés pour temoignage

Amin Maalouf

Le naufrage des civilisations

Tag temoignage sur Des Choses à lire Naufra10
Essai, 2019, 355 pages environ.

Toujours oscillant, tantôt spectateur engagé, tantôt historien, ce Naufrage claudique au gré des mouvements de barre de l'auteur, à mesure qu'il pose un pied devant l'autre en cherchant à tenir son équilibre sur le fil-ligne droite du livre.

L'écriture possède l'élégance de la clarté, elle est très soignée (très M. Maalouf, de l'Académie).

Naufrage ?
Celui de la civilisation proche-orientale (le Levant sous sa plume) jadis cosmopolite et ouverte. Celle du monde arabe ensuite, avec deux dates qu'il martèole, on sent qu'elles l'obsèdent, la guerre des six-jours et la révolution iranienne de 1979.
Celle du rêve européen enfin, sans doute couplé au rêve états-unien (le fameux american dream), enlisé dans sa frilosité, son petit pré carré et emprisonné dans ses murs érigés par le maçon finance.
Et surtout un occident prisonnier de ses peurs, peurs identitaires, peurs sécuritaires, les références orwelliennes peuplent le propos.

Tout ça pour en venir à un final eschatologique, et encore, cet essai fut écrit et publié avant la pandémie...

Bref me direz-vous peut-être, pour un essai, on n'apprend rien, ou si peu: passons outre, jetons ou ignorons ?
Cette récapitulation-balisage-mise en garde et en perspective est parfois horripilante, avec ses constants renvois dos-à-dos un rien sainte-nitouche, ce vieux truc de ne pas prendre parti pour paraître prendre de la hauteur, son absence d'issues; pour ma part je doute faire à l'avenir de fréquents retours à l'ouvrage.  


Si je me hasardais à puiser dans le vocabulaire de la biologie, je dirais que ce qui s'est passé dans le monde au cours des dernières décennies a eu pour effet de "bloquer" en nous la "sécrétion des anticorps". Les empiètements sur nos libertés nous choquent moins. Nous ne protestons que mollement. Nous avons tendance à faire confiance aux autorités protectrices; et s'il leur arrive d'exagérer, nous leur accordons des circonstances atténuantes.

 Cet engourdissement de notre esprit critique représente à mes yeux une évolution significative et fort préoccupante:

J'ai quelquefois parlé, dans ce livre, de l'engrenage dans lequel nous sommes tous entraînés en ce siècle. C'est au travers de cette idée d'un "blocage des anticorps" que l'on peut observer de près le mécanisme de l'engrenage: la montée des tensions identitaires nous cause des frayeurs légitimes, qui nous amènent à rechercher la sécurité à tout prix, pour nous-mêmes comme pour ceux que nous aimons, et à nous montrer vigilants dès que nous nous sentons menacés. De ce fait, nous sommes moins vigilants sur les abus auxquels cette attitude de vigilance permanente peut conduire; moins vigilants quand les technologies empiètent sur notre vie privée; mois vigilants quand les pouvoirs publics modifient les lois dans un sens plus autoritaire et plus expéditif; [...]


\Mots-clés : #contemporain #essai #historique #mondialisation #temoignage
par Aventin
le Dim 14 Fév - 17:21
 
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Sujet: Amin Maalouf
Réponses: 23
Vues: 1493

Paule du Bouchet

Emportée

Tag temoignage sur Des Choses à lire Du-bou10
Parution augmentée mars 2020 (1ère édition Actes Sud 2011), édition des femmes - Antoinette Fouque, 120 pages environ, suivies de 80 pages environ de correspondances entre Tina Jolas et Carmen Meyer.


Cet Emportée est poignant, en ce sens que Paule du Bouchet nous fait toucher du doigt, sans fard ni emphase, toute la souffrance et la détresse de la vie des du Bouchet, en premier lieu la sienne.
Résumons:
Août 1949, André du Bouchet et Tina Jolas s'épousent, fraîchement débarqués de New-York.
Naissent Paule et 1951 et Gilles en 1954.
En 1956, c'est le début pour Tina Jolas-du Bouchet d'une liaison passionnée avec René Char, ami d'André du Bouchet.
Tout en devenant une ethnologue relativement en vue, Tina Jolas est aux côtés de René Char, un appui sans faille, pas vraiment un rôle de muse, René Char finira pourtant, octogénaire, à un an de son décès, par en épouser une autre, Marie-Claude Le Gouz de Saint-Seine, éditrice, aujourd'hui Mme veuve Char.

Tina Jolas survivra à Char une dizaine d'années à Faucon (Vaucluse) avant de s'éteindre en septembre 1999, soit un peu moins de deux ans avant le décès d'André du Bouchet.        

Paule du Bouchet a énormément souffert. André du Bouchet aussi, pour Gilles du Bouchet on ne sait pas: peut-être dans un prochain opus de sa sœur (ce serait le continuum des deux que je commente sur ce fil), à moins, bien sûr, que l'intéressé...

J'ai toujours su qu'il faudrait la mort. Enfant, je pensais que celle de Char me rendrait ma mère. Il y avait dans leur amour quelque chose d'irrémédiable comme la mort. [...] Petite fille, j'ai souhaité ardemment, de façon constante, qu'il disparaisse, prié tous les dieux du ciel et de la terre, fabriqué et piqué d'aiguilles des poupées de chiffon pour qu'il meure. "Mon Dieu, faites qu'il meure". Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère.


Ma mère a été l'incarnation de ma détresse et l'incarnation de la lumière.


Un jour, mon père m'a rapporté une formule qui lui était venue autrefois, au temps de la grande souffrance. Une pensée avait surgi, qui l'avait frappé et soulagé, comme l'évidence, parfois, a ce pouvoir de cautériser. Énoncée ainsi: "la souffrance n'est pas un argument". Surtout, il m'avait dit cela, à moi. Sur le moment, je n'ai pas compris. Je l('ai entendu alors, mais compris des années plus tard. Ma souffrance, je l'ai certainement utilisée comme un "argument", un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère.   


(avec sa mère, les avant-bras tailladés après une tentative de suicide)
- Tu aurais préféré que je meure plutôt que de t'appeler quand tu es chez lui.
- oui.


Reste la fin, très belle, poétique, je me retiens -parce que c'est la fin- de reproduire ici un extrait, j'ai vraiment été étonné de trouver ça là, et l'ai beaucoup apprécié.

Les missives de la correspondance Tina Jolas -Carmen Meyer viennent faire contrepoint. Tina Jolas nous échappe, d'ailleurs, n'a-t-elle pas échappé à tous, sauf à René Char ? Mais, l'espèce de vivacité solaire de sa plume, sa liberté, son ton - du moins avec son amie, cela illustre un caractère, une personnalité hors normes.

Et puis je vais peut-être redonner une chance aux écrits de René Char - à commencer par ceux que Tina Jolas indique, qui n'étaient pas ceux sur lesquels mes tentatives avant permis personnel d'inhumer m'avaient conduit...  





Mots-clés : #famille #portrait #relationdecouple #relationenfantparent #temoignage
par Aventin
le Mar 5 Jan - 20:45
 
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Sujet: Paule du Bouchet
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Vues: 361

Littérature et alpinisme

Louis Lachenal


Tag temoignage sur Des Choses à lire Lachen12
Né le 17 juillet 1921 à Annecy, décédé le 25 novembre 1955 dans la vallée Blanche à Chamonix.

Biographie:

Le petit garçon, fils d'un épicier d'Annecy que la guerre dite Grande rendra sédentaire à la vie civile avec un pied-bot, déniche vite dans les falaises entourant Annecy et via les camps de scouts l'attrait de la confrontation avec soi-même et la pleine nature, et le partage et la camaraderie qui vont avec, l'escalade et l'escapade, c'est tout un chacun. Très adroit de ses mains, il construit d'après plan un canoë pour des virées libres et adolescentes sur le lac d'Annecy.
Spoiler:
Puis, c'est la voie royale de l'époque, Jeunesse et Montagne, il y effectue ses premières courses, puis ses premiers encadrements de cordées. Reçu "Porteur" diplômé à Chamonix (aspirant-guide, aujourd'hui), il multiplie les courses et les voies, difficiles pour son compte comme plus aisées, afin d'offrir un répertoire de possibles à sa future clientèle. Très vite sa grande classe en escalade, la sûreté de son encadrement, la qualité de ses topos-guides sont remarqués. Mais il doit s'exiler pour échapper au STO, ce sera en Suisse, à deux pas, d'où est originaire Adèle, épousée en 1942. L'hospitalité lui pesant, il partage les travaux d'un camp de réfugiés. À la fin de la guerre, il obtient son diplôme de Guide de Haute-Montagne, et c'est le début d'une cordée, avec Lionel Terray, dont les réalisations constituent le nec plus ultra de l'alpinisme français de l'époque, dont la première répétition de la face nord de l'Eiger en 1947.
Il conçoit, dessine et bâtit tout seul le chalet familial au Praz de Chamonix, lequel est toujours debout et bien portant.

Avec Gaston Rébuffat et Lionel Terray, il fut l'un des trois guides sélectionnés pour l'expédition française en Himalaya népalais de 1950 (en comapgnie de Maurice Herzog, Jean Couzy, Marcel Schatz, alpinistes, du Dr Jacques Oudot, et du cinéaste Marcel Ichac), conduite sous la houlette du diplomate Francis de Noyelle et du Club Alpin français présidé par Lucien Devies, le Résistant chasseur-alpin Maurice Herzog étant adoubé chef de terrain.

Expé qui avait pour objectif l'Annapurna ou bien le Dhaulagiri, il atteint le sommet de l'Annapurna (8091 m., à l'époque on le croyait à 8076 m.) en compagnie de Maurice Herzog le 5 juin 1950, juste avant la mousson. Les deux hommes restent, à jamais, les premiers à avoir foulé un sommet de plus de 8000 mètres.
Le retour sera un calvaire (pieds gelés, amputations progressives de fortune).

Retour à Chamonix, où il comprend vite s'être fait voler la vedette par Maurice Herzog, il donne ensuite une série de conférences (Connaissance du Monde), dès 1951 sur le territoire français et jusqu'au Congo belge en 1952, où il signera la première française en compagnie d'Adèle et d'un guide local dans les neiges du Rwenzori, à 5109 mètres d'altitude, au pic Marguerite.
Il reprend peu à peu les entraînements et les ascensions.
On lui confie la direction de l'équipe de France de ski en descente et slalom, un travail d'inspecteur (on dirait aujourd'hui un pilotage d'une démarche qualité-méthodes) pour le compte de l'Ensa (École Nationale de  Ski et d'Alpinisme) de Chamonix, passage obligé pour tout futur guide.

Il meurt en ski en tombant dans une crevasse, par météo mitigée, dans un parcours de la vallée blanche à Chamonix qu'il avait efffectué la veille, en laissant quelques jours auparavant un dessin type Samivel à ses enfants montrant une trace de ski s'achevant dans une crevasse et comme légende: "c'était écrit". Sa dernière phrase, devant ces conditions météo et la pente aurait été: "Y'a du pet, j'aime ça !"


Source: çà et là, variées, confrontées, croisées

Bibliographie:
Rappels (paru en 2020), version in extenso des Carnets du Vertige (paru en 1996) après une première version très expurgée et fallacieuse de Gérard Herzog (frère de Maurice) qui mentionne Louis Lachenal en co-auteur, parue en 1963.  
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Rappels

Tag temoignage sur Des Choses à lire Rappel11
Novembre 2020, éditions Paulsen/Guérin "couverture rouge" format "beau livre", iconographie très riche, 270 pages environ.



Il faut parler de Lachenal; mais c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle. La fourmillante iconographie comprend beaucoup de photos (noir et blanc) de l'auteur, quelques-uns de ses croquis ou crobards, et surtout sa langue - il écrit comme il parle (enfin, je pense, du moins dirait-on !) et il n'écrit pas, au jour le jour, ces carnets (et c'est le seul de l'expé à le faire) pour des souvenirs de famille, mais pour les montagnards et amateurs, qu'ils soient de canapé ou comme chez eux sur les cimes.

Le journaliste américain d'investigation spécialisé dans l'alpinisme David Roberts avait dès les années 1990, dans son livre Annapurna, une affaire de cordée (titre emprunté au Carnets de Lachenal) enfoncé une cornière de belle taille dans les lauriers auto-attribués d'Annapurna premier 8000, un demi-siècle de succès de librairie, la version officielle de l'expédition, signée Maurice Herzog (Officier Résistant, Président du Club Alpin Français, Membre du Comité International Olympique -CIO-, Haut Commissaire, Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, Maire de Chamonix, Député, a ses jetons de présence dans moult société et consortium, etc., etc...).

Dira-t-on que la prestance, le côté homme-du-monde, la moustache à la Clark Gable du grand, statuesque et beau parleur Maurice étaient autrement plus vendeurs que la tronche de moine mystique castillan Renaissance du blond, dégarni, de taille moyenne, savoyard peu sorti de ses massifs et s'exprimant avec l'accent ?
Peut-être.
Mais ce n'est pas tout, ça ne "fait" pas tout, et le primordial n'est pas là:
Au reste, la version espagnole du livre de Roberts s'intitule Annapurna, la otra verdad: ¿Qué ocurrió realmente durante la primera expedición legendaria al Annapurna?, ce qui est autrement plus percutant, et ne donne pas du tout dans l'euphémisme.

Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Mais il faut aussi parler de l'expé de 1950: et c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle.

C'est seulement à la lecture de ce livre-là (j'ai dû à peu près tout bouquiner sur cette expédition, pourtant) qu'on réalise combien c'était aventureux, le Népal du nord était terriblement mal cartographié pour ce qui est de la haute altitude et de ses accès, il a fallu rétablir -plutôt établir- la carte, aller errer sur le terrain pendant de longues semaines à la recherche d'accès, endurer les turistas, anthrax, furoncles et toutes les embûches du terrain; la reconnaissance par survol en avion, pratique qui va se développer dès les mêmes années 1950 pourtant, n'avait pas cours.
Le matériel était un peu léger, ou prototypique parfois, pour de telles conditions météos, de telles altitudes.

L'Annapurna s'avère être le second sommet himalayen le plus mortifère après le K2 aujourd'hui, (et dire que, jusqu'à quelques jours du dénouement, les membres de l'expédition ont hésité entre Annapurna et le Dhaulagiri !), l'exposition des camps intermédiaires, soumis aux aléas des séracs géants et des crevasses béantes, le va-et-vient quotidien, permanent, entre les camps, l'épuisement, tout ce décor est puissamment rendu.

Lachenal, méticuleux -guide toujours !- laisse d'ailleurs un topo précis et des conseils fructueux pour les futurs ascensionnistes, y partage tout l'utile apport de l'expérience de cette première: pas là pour se faire mousser et raconter une belle histoire à édifier le quidam et exalter les foules.  

La descente-calvaire, de plusieurs semaines, est enfin portée à notre connaissance (la photo que j'ai maladroitement choisie, pas vraiment à son avantage, est prise lors de cette pathétique descente).
Je songeais à Rimbaud traversant l'Abyssinie avec sa tumeur au genou, son brancard auto-conçu, le bateau, l'hôpital de Marseille...
   
Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Comme il était lié par contrat de ne pas écrire ou divulguer quoi que ce soit sans l'aval des autorités présidant à l'expédition pendant cinq ans -traduisez Maurice Herzog et Lucien Devies- et qu'il est mort avant la fin de ce délai, c'est encore mieux quand on donne à Lachenal la parole, celle qu'on lui a confisquée.  

Beau livre, mais pas livre-objet, empreint de vacuité; certes onéreux - peut-être les médiathèques penseront-elles à l'entrer en référence ? -  utilement montagnard je trouve, jusque dans les addendas - la période Jeunesse et Montagne, la première répétition de la face nord de L'Eiger avec Lionel Terray, par exemples.
À recommander !  


Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #journal #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Mer 30 Déc - 21:10
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
Réponses: 51
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Littérature et alpinisme

Jean-Michel Asselin
Né en 1952 à Chagny (Saône-et-Loire)

Tag temoignage sur Des Choses à lire Jean-m10

Biographie:
Journaliste, écrivain, alpiniste. Ancien journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef des revues spécialisées Montagnes Magazine, Vertical et Alpinisme et Randonnée, il est aujourd'hui rédacteur indépendant, semi-retraité, et anime chaque semaine une chronique montagne sur France Bleu Isère.



Bibliographie:
ici, détail des références en cliquant sur les titres. Il faut (ou il faudrait) y ajouter les participations à des ouvrages collectifs ou à plusieurs auteurs, type Passagers de l'Everest (dernière mouture en 2006), récit mené en compagnie de Pierre Dutrievoz et Cécile Pelaudeix - l'iconographie livre de très belles photos, quant au texte, il passe du très trivial à l'onirique, très "embarquant".

Beau conteur, écoutez par exemple cette évocation radiophonique de George Mallory.
Spoiler:
Un alpiniste qui me fascine, et le mystère de sa disparition captive toujours et ressurgit occasionellement, ainsi son corps trouvé par Conrad Anker en 1999, sans le fameux élément probant (le Kodak Vest Pocket des années 1920) qui eût pu contenir des photos du sommet, mais le cadavre contient assez d'indices pour que le doute persiste: les lunettes de soleil de Mallory étaient sagement rangées dans une poche, signe potentiel qu'ils en étaient à la descente parce que, dès lors, cela veut dire qu'il faisait nuit, or ils avaient été aperçus de bonne heure et très haut dans la face, pas d'autre explication pour le gros laps de temps que parvenir au sommet et entreprendre d'en descendre, de plus la photo de son épouse ne figurait pas sur lui, or Mallory avait promis de la déposer au sommet...
Il faudrait, maintenant, trouver le corps d'Andrew "Sandy" Irvine, le compagnon de cordée, qui portait peut-être l'appareil photo, pour que cette très vieille énigme de la première ou non de l'Everest en 1924 soit enfin résolue: mais la montagne n'a pas encore redonné ce cadavre, autre possibilité, aux limites du complotisme: les chinois l'auraient trouvé (un ascensionniste parle du "corps d'un anglais" au-dessus de 8100 mètres, avant de mourir très peu de temps ensuite, sans être redescendu) et auraient fait disparaître toute trace (afin d'être les premiers au monde à réussir la première au sommet par le versant chinois de la montagne, c'était une expé dédiée au communisme chinois triomphant...).

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On ne vit pas au sommet
Chroniques de montagne

Tag temoignage sur Des Choses à lire On_ne_10
2017, 150 pages environ.

Un peu mélancolique, un peu humoristique, toujours passionnée, telle est dans cet opus sans prétention la jolie plume de Jean-Michel Asselin, qu'on avait connu éditorialiste-vedette de revues spécialisées.

Bouquin découpé quatre parties, la première -la plus forte à mon sens- intitulée (més)aventures himalayennes (sic !) illustre son propre parcours d'alpiniste qui a tenté en vain l'Everest à cinq reprises, sur cinq expés différentes, échouant à chaque fois, dont par deux fois à cinquante mètres de dénivelée du sommet.
À environ 100000 € l'expé (tarifs actuels), il nous raconte à mots légers comment il s'est ruiné, a gagné le statut de Perdant de l'Himalaya, quelques surnoms dont "Big Problem", est parti pour onze ans de psychanalyse et, quand il ne parle pas de lui, donne moult détail drôlatique, pittoresque ou informatif sur la faune humaine et ses comportements d'altitude en Himalaya, ou encore l'incroyable histoire de la sépulture de Maurice Wilson, ou la poisse de Joe Simpson.
Spoiler:
Très bon écrivain de montagne, ce dernier, il est l'auteur de La mort suspendue, dont l'on tirera un film éponyme, et qui en inspirera jusqu'au plagiat le temps fort d'un autre, très grand public et fort peu recommandable, Cliffhanger - et aussi d'Encordé avec des ombres, deux livres dont on pourrait toucher un mot sur ce fil.


Extrait:
Mais il y eut pire, au camp 4, à 8000 mètres, dans le chaos des tentes, j'ai vu, de mes yeux vu, un de mes congénères faire fondre le neige pour se fabriquer un thé. Pour cela, il avait simplement pris une gamelle qui traînait, pleine de neige, dans l'abside d'une tente. L'eau qui se formait dans la gamelle prit très vite une curieuse couleur et l'assoiffé allait y glisser un sachet de thé quand un des alpinistes présents lui demanda avec étonnement ce qu'il faisait avec sa pee bottle...Pee bottle, un mot britannique qu'on traduira par "pot de chambre" ! Imaginez le thé ! C'est ça aussi, l'Everest !


S'ensuit la seconde partie, Cimes des quatre coins du monde, et on emboîte le pas de l'auteur sur plusieurs continents, au gré des réflexions, comme celle-ci:
Ce que j'ai vu en revanche dans cette course, c'est la dégradation du monde. Ces montagnes que nous pensons solides, éternelles, j'ai pu constater à maintes reprises leur fragilité. Oui, nos élans vers le monde, si sincères soient-ils, ont quelque chose de contradictoire et peut-être d'insoluble. Ils ne jouent pas en faveur de la protection nécessaire à la montagne. Nous rêvons de terres vierges, de paradis et nous ne pouvons ignorer que nos pas de touristes n'ont pas toujours la légèreté que nous devons au monde. Que faire, que dire, sinon tenter d'être respectueux, modeste, attentionné ? Ne pas se bercer d'illusions: voyager durable est une douce arnaque. Et pourtant nous savons tous combien le voyage ne forme pas seulement la jeunesse mais aussi la bienveillance, la compassion. À une condition: que nous soyons certains que ce que nous amenons n'est rien face à ce qui nous est donné.  


La troisième est dans la veine de la citation ci-dessus pourtant empruntée à la partie précédente, et s'intitule Petites considérations philosophiques au sommet.

Enfin la dernière partie est axée spécifiquement sur un trek précis, effectué pour une association humanitaire en Palestine, et se nomme Paysages libres de Palestine.

Libres, vraiment ? Hum, pas si sûr qu'il faille se fier au titre. Là, Jean-Michel Assselin, au niveau de la mer ou peu s'en faut à l'aune des cimes des parties précédentes, dialogue avec la dureté d'un réel, et va cheminant, observant et dialoguant avec un quotidien si proche, si lointain, si connu et si tu: une belle découverte, que cette partie-là. Le journaliste-témoin généraliste n'est pas loin.



Mots-clés : #alpinisme #conflitisraelopalestinien #mort #temoignage #voyage
par Aventin
le Lun 28 Déc - 19:19
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Luciano Bolis

Mon grain de sable

Tag temoignage sur Des Choses à lire 12232510

Je ne me souviens d’aucun roman qui atteigne une telle inventivité dans la terreur (les fascistes sont apparemment beaucoup plus imaginatifs que les romanciers). Par égard pour le lecteur, Luciano Bolis ne s’étend pas sur les tortures subies, mais même sans qu’il insiste, l’image du prisonnier qui, une main dans sa gorge qu’il a tranchée, essaie d’arracher ses organes vitaux, dépasse la fiction ‒ sans doute parce que c’est une "histoire vraie".
Il apparaît évident que nous ne sommes pas tous égaux : je suis incapable d’une telle force de caractère, et il est clair que, déterminismes génétiques ou culturels, éthique, pratique de l’effort, chance aussi, Luciano Bolis est exceptionnel ‒ et sans doute "exemplaire".
À une époque où les autoritarismes et autres abus de pouvoir ressurgissent (s’ils avaient disparu, au moins des caméras), ce témoignage donne amplement à penser, peut-être à agir, mais surtout à se conduire.

\Mots-clés : #regimeautoritaire #temoignage
par Tristram
le Ven 27 Nov - 19:56
 
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Sujet: Luciano Bolis
Réponses: 14
Vues: 1486

Blaise Cendrars

L'homme foudroyé

Tag temoignage sur Des Choses à lire Cendra10
Autofiction pour les uns, œuvre autobiographique pour les autres, paru en 1945.

Toujours aussi m'as-tu-vu, toujours tendre à souhait, Cendrars nous bringuebale de la guerre de 14 à la calanque d'Ensuès-la-Redonne telle qu'elle était dans les années 1920, avant de nous entraîner dans une suite de quatre, les Rhapsodies gitanes (intitulées Le Fouet, Les Ours, La Grand'route et Les Couteaux) - peut-être cette appellation de rhapsodies constitue-t-elle un hommage à Franz Liszt (?).  
En tous cas il y a ce côté fantaisie, et rappel au folklore, comme vecteur de connaissances et aussi de mode vie en transmission.  

Livre difficile à cerner, qui échappe un peu au lecteur, patchwork, tout en fragmentations et écrit à l'épate.
Au meilleur de la truculence de l'auteur, cet inégal opus se déguste sans peine.
Tout en contraste, même quand le badin est de mise, la violence n'est jamais très loin.
Dans ce bric-à-brac, on peine à ordonner un puzzle.

Amateurs de grands échafaudages, de récits montés comme l'on monte en technique de pâtisserie s'abstenir.  
On retient, pour longtemps je pense, quelques beaux caractères brossés.
Bien sûr quelques personnalités - j'aurais parié que le poète employé aux messageries maritimes à Marseille qu'évoque Cendrars à plusieurs reprises était Louis Brauquier:
Perdu, Cendrars livre son nom plus avant dans le récit, c'était André Gaillard !

On y croise Fernand Léger, pas forcément peint à son avantage; Cendrars défouraille aussi sur une certaine intelligentsia littéraire et artistique, sans prendre de gants, et, comme toujours, ne rate pas une occasion de ramener son érudition (à l'aise, Blaise, toujours le même cabotin !).
Idem les désuètes séquences automobiles sont parfois succulentes (en Amérique du Sud), mais parfois tombent un peu à plat (en France).  

Au final ce drôle d'objet vous laisse quand même -un peu- la sensation d'avoir parcouru un bouquin qui se démarque, un truc pas très ordinaire.
D'où me vient ce léger manque d'enthousiasme ?
Comme si L'homme foudroyé était un peu en-deçà par rapport à Bourlinguer ?
Pourtant, non.
Même pas.


Tag temoignage sur Des Choses à lire Sunbea10
Sunbeam, la voiture de Cendrars à La Redonne.



Mots-clés : #autobiographie #autofiction #temoignage #violence #voyage #xxesiecle
par Aventin
le Mer 25 Nov - 20:48
 
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Sujet: Blaise Cendrars
Réponses: 28
Vues: 1938

Eliott Schonfeld

Amazonie ‒ Sur les traces d'un aventurier disparu

Tag temoignage sur Des Choses à lire Amazon10

Le sous-titre fait référence à Raymond Maufrais, dont les carnets retrouvés après sa disparition ont été publiés sous le titre Aventures en Guyane (1949-1950) ; son père, Edgar Maufrais, l’a vainement recherché pendant douze ans et en rend compte dans À la recherche de mon fils.
Et on pense sans cesse à Raymond Maufrais, pas seulement parce que souvent Schonfeld le cite et emploie son vocabulaire (« fourka », « grand bois »), mais surtout parce qu’il y a beaucoup de points communs entr’eux, de l’inexpérience et de l’impréparation à la vigueur et ténacité de la jeunesse… Schonfeld attribue à l’immersion dans la nature « cette volonté, cette force, cette incroyable envie de vivre », où il faut voir peut-être aussi les effets de l’exercice physique et de l’effort mental… une fois encore détermination et persévérance.
Les deux aventuriers auront fait les mêmes erreurs, avec des chances différentes… car il s’agit là de survie, de prise de risque démesurée.
De même, tous deux sont handicapés par l’attachement à leurs proches laissés derrière eux (alors qu’ils sont épris de solitude) ; l’angoisse, l’obsession de la mort et la peur en général sont sans doute fréquentes chez qui vit seul en Amazonie.
L’identification fraternelle à son devancier a quelque chose de funeste, et cet exemple n’était certainement pas le meilleur à suivre.
Avec une écriture qui pourrait être plus travaillée, Schonfeld rend (au moins pour qui connaît) le séjour en forêt amazonienne : l’impression d’enfermement dans l’étouffante forêt, les moustiques qui empêchent toute pause, etc.
« À 15 heures, je regarde mes cartes. Horreur : j’ai glorieusement parcouru 900 mètres en cinq heures. Comment est-ce possible d’avancer si lentement malgré tant d’efforts ? »

« La jungle nous rend humbles, elle nous remet de gré ou de force à notre place. »

« Ici, dans la jungle, j’apprends à ne plus faire de l’homme la mesure de toute chose ; ici, dans la jungle, il est ramené à ses justes proportions. »

Il faut quand même signaler des méprises et confusions surprenantes concernant le milieu amazonien (raie dont la queue « produit des décharges électriques si douloureuses qu’elles peuvent assommer un homme », gymnote dont la « morsure envoie de sacrées décharges électriques » : seule l’anguille tremblante électrise, et avec sa queue, pas ses dents)…
La lecture de son malheureux prédécesseur n’est effectivement pas la meilleure formation à la vie en forêt. D’ailleurs Schonfeld projette d’apprendre à chasser et pêcher avec les Indiens : vivre sur le milieu, en apprenant à le connaître.



Je me suis permis de poser deux questions à l’auteur, qui ne m’a pas (encore) répondu ‒ peut-être est-il en expédition !
Je lui demandais notamment si
« Dans la forêt j’envisageais la possibilité d’une île [… »

fait référence au livre de Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île

Mots-clés : #amérindiens #aventure #temoignage #voyage
par Tristram
le Mer 28 Oct - 23:18
 
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Sujet: Eliott Schonfeld
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Littérature et alpinisme

Walter Bonatti

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Walter Bonatti durant l'expé italienne de 1954 au K2.

K2, La vérité. Ajouts ultimes.

Tag temoignage sur Des Choses à lire K210
Titre original: K2, la verità. Storia di un caso.

Paru en 2003, première édition française traduite chez Guérin "couverture rouge" 2007, mais dans un format moins prestigieux que les ouvrages antérieurs de la célèbre collection (enfin, célèbre dans son "mundillo", j'entends !).

[relecture]

Quand je suis tombé sur ce bouquin, il y a une dizaine d'années, je me suis dit que pfft, je l'avais déjà lu.

En le feuilletant je m'aperçois que non, c'est un ouvrage bien distinct de L'affaire du K2 (publié en France, traduit, en 2001, 1995 pour la parution italienne, écrit en 1994, à l'occasion du quarantenaire de l'expé, ce qui fit sortir Bonatti de ses gonds) sur un thème (un récit) qu'il abordait déjà abondamment dans son classique Montagnes d'une vie (1962, une bonne quinzaine de rééditions ou davantage depuis, livre traduit dans je ne sais combien de langues):
Alors, voilà-t-il pas qu'il radote, à présent, le grand Walter ?

Eh bien pas du tout. Il n'a pas fini de régler ses comptes. Et verse toujours pièce sur pièce au dossier, des pièces à la vérité, comme c'est dit en titre, cette fois-ci pour l'Histoire.
Pour l'Histoire, Walter ?

Avec la ténacité, l'obstination d'un alpiniste hors pair qui entend solutionner définitivement une difficulté qui le taraude depuis quarante cinq ans (et les mois de gestation), il remonte au camp de base, et assaut final derechef.

Mais au fait, de quoi s'agit-il ?
Ah, là, ça va être un peu long, désolé...:


Le contexte:
Spoiler:
Ainsi commence le chapitre 1 de la première partie:
Après les victoires himalayennes des Français, des Anglais, des Suisses, des Allemands et des Autrichiens, l'Italie à son tour se lançait enfin dans la conquête d'un géant de la Terre: le K2, deuxième montagne du monde par la hauteur avec ses 8611 mètres (8616, selon une récente rectification). C'était pendant l'été 1954.  


Seize tonnes de matériel, une expédition scientifique parallèle, un seul chef, Il Professore Ardito Desio, autocrate de cinquante-sept ans, qui dirigeait le monde dpuis le camp de base - qu'il n'a jamais quitté. Desio est mort centenaire avec un hommage national et présidentiel, lui qui était surnommé le Petit Chef ou le Petit Duce, sous l'anorak, par un alpiniste de l'expé dont Bonatti gardera l'anonymat. Ajoutez un colonel de l'armée pakistanaise en officier de liaison, treize Hunzas (porteurs-collaborateurs-alpinistes, l'équivalent pakistanais du sherpa népalais), et un bataillon de porteurs Baltis, de type coolies, sans rang, humbles et extraordianaires selon Bonatti.  

Et treize alpinistes italiens, dont le benjamin est ce fracassant jeunot de 24 ans, Walter Bonatti. L'un mourra, Mario Puchoz, le francophone du Val d'Aoste, d'un œdème pulmonaire lors de la phase d'acclimation (paliers) à l'altitude. L'un meurt, mais un seul, ce qui n'est pas très cher payé pour une entreprise de cette démesure.

Il manque quelqu'un, toutefois, à l'appel, et l'Italie s'interroge: quid du grand Riccardo Cassin ?
Officiellement méforme, mais, vu la longueur de l'entreprise, il aurait eu large le temps de se refaire la cerise, le bon Riccardo ?
Selon l'avis (autorisé) de Georges Livanos, Ardito Desio craignait que sa renommée et son tempérament ne fassent éclipse à son commandement héliocentrique: un trou noir susceptible de dévorer le système royal-solaire en quelque sorte; cela semble plus vraisemblable - voilà comment on en vient à se priver du plus gros talent alpinistique de l'Italie d'alors...

L'époque est -pas seulement en Italie- au nationalisme.
On est loin du style alpin qui fait florès aujourd'hui. Loin aussi des alpinistes qui grimpent pour eux-mêmes et leurs compagnons de cordée. On est dans les années 1950, un certain âge d'or de l'apinisme par ailleurs, et de l'himalayisme qui est en période de conquête première.  

Desio et le CAI (Club Alpin Italien) ont fait signer un contrat se réservant la totalité des déclarations, écrits, publications avec l'obligation de se taire médiatiquement, sauf bénédiction de Desio et du CAI, pendant deux ans.
Et, ad vitam æternam, quiconque n'aurait pas un comportement de "bon soldat" alpiniste sera traîné dans la boue, la seule vérité sur cette expé étant dans les articles, livres et films de Desio ou sur lesquels il a apporté sa caution morale.

Il y a une fierté nationale derrière cette expé, quelque chose de courant à l'époque, d'inimaginable pour des réalisations d'alpinisme d'aujourd'hui. C'est la République italienne qui ne se supporte plus en humiliée fasciste et vaincue, et en foyer d'émigration massive, moins de dix ans après la guerre, qui aspire à acclamer des héros, des réalisations qui en imposent au monde, comme une table rase du passé, une autre image, celle de la jeune Italie débordante de vitalité, en reconstruction.

Les médias péninsulaires raffolent des informations que Desio se fait une joie de distiller "ni trop, ni trop peu" depuis le confort de son camp de base, tout en dirigeant tout (exemple: un alpiniste du camp V veut communiquer par radio avec un alpiniste du camp IV, il se sert donc de la radio, laquelle passe par le camp de base obligatoirement), allant même jusqu'à rédiger au jour le jour des Notes de Service gratinées, comme dans une entreprise, que les destinataires ne découvriront qu'à leur retour au camp de base, des jours si ce n'est des semaines plus tard !


Le K2:
Ce que les italiens ne pouvaient savoir, en s'attaquant au second sommet de la terre, c'est que celui-ci serait aujourd'hui connu comme le plus meurtrier, le plus mortifère en nombre de vies humaines par rapport au nombres de tentatives (l'Annapurna vient ensuite). Il détient aussi le taux d'échecs et renoncements le plus important des "huit-mille", toujours par rapport au nombre de tentatives.

Les américains, pourtant une solide équipe, dans un remarquable style fort léger et avancé pour l'époque, avaient échoué l'année précédente, en 1953, expé conduite par Charles Houston, qui avait déjà tenté le K2 dans les années 30, les italiens s'étant distingués par le fait qu'au nombre des premières tentatives se trouve celle du Duc des Abruzzes, en 1909 (qui donnera définitivement son nom à l'épaule-crête qu'il avait repérée puis suivie avant d'échouer, et qui constitue toujours l'accès par la voie normale, c'est d'ailleurs elle que les américains ont suivi en 1953 sans succès, ainsi que l'expé italienne de 1954 qui nous intéresse).  

Le K2, sommet qui dans les années 1950 attire les convoitises, n'a donc pas encore sa réputation de terreur himalayenne. Son nom, qu'on dirait de data numérique, vient de la cartographie anglaise, Indes et Pakistan époque Empire, les hauts sommets du Karakoram étant nommés de K1 à K6, avant que l'on ne sache donner un nom local à chacune de ces montagnes: le K2 n'en avait pas vraiment, toutefois Chogori (Grande Montagne en Balti) s'impose petit à petit de nos jours.

Cette année 1953, et c'est très important pour la compréhension de l'ascension italienne au K2, c'est celle de la conquête d'un 8000 par une équipe germano-autrichienne, Herman Buhl -d'Innsbrück- attteignant le sommet sans oxygène, avec un bivouac à la descente à 8000 mètres: une borne de l'himalayisme est franchie.
Mais aussi sommet tenté -et réussi- à l'encontre des ordres stricts du chef d'expédition, le munichois Karl-Maria Herrligkoffer !
Le Hunza qui aida Buhl à redescendre aux camps inférieurs, déshydraté, tombant de fatigue, gelures aux pieds et aux mains, se nommait Mahdi, un nom à retenir.


L'Affaire:
Spoiler:
Desio avait désigné Achille Compagnoni pour aller au sommet, avec un compagnon de son choix, une fois atteint le camp VIII. Mais ça s'est joué un peu avant, Bonatti n'arrivant plus à rien avaler dès le camp VII et s'affaiblissant, Gallotti étant exténué. Reste Lino Lacedelli, qui atteint et dresse le camp VIII, nom pompeux pour une petite tente de survie fichée dans la neige. De là, ils demandent qu'une cordée d'appui, relayée au camp VII par Bonatti et Gallotti, leur porte les bouteilles d'oxygène, des vivres et divers matériels.

Finalement Gallotti et Bonatti descendent au camp VII, prennent l'oxygène, soit 20 kg de rab' pour chacun dans le dos, à cette altitude et après tous ces efforts, sans pouvoir toucher à l'oxygène, car c'est Lacedelli et Compagnoni qui détiennent masques et détendeurs. Les quatre hommes discutent longtemps avant de trouver le sommeil.
Un camp IX, non prévu à l'origine, est décidé, à une altitude d'environ 7990-8000 mètres, sur une épaule évidente. Compagnoni laisse entrevoir à Bonatti la possibilité du sommet s'il est plus en forme  que lui.

Tandis que Gallotti et Bonatti descendent et Compagnoni et Lacedelli montent, les premiers aperçoivent une cordée, Abram et deux Hunzas, Mahdi et Isakhan, qui montent en renfort. Jonction au-dessus du camp VII.
Après une intense débauche d'effort, les cinq hommes sont au camp VIII. Mais il faut encore porter l'oxygène jusqu'au camp IX, et il est déjà tard, sans oxygène, un véritable exploit pour des alpinistes fourbus. Mahdi et Bonatti s'en chargent, étant seuls encore capables de continuer, après que Bonatti, comme Compagnoni l'avait fait pour lui, promette par signes à Mahdi qu'il y aura de l'argent à gagner, et peut-être la possibilité du sommet...

Ils gagnent, et c'est surhumain, la cote 7990/8000 où est censée avoir été dressée la petite tente de survie de leurs compagnons. Mais rien. Appels dans le soir qui tombe. Ils continuent, de deux cent mètres de dénivelée encore. Rien. Tout à coup, dans la nuit, après une barre rocheuse inaccessible avec un tel poids sur le dos et la nuit [NB: pas de frontales dans cette expé, ils n'avaient qu'une lampe électrique, ce qui mobilise une main, handicapant pour grimper...]  la tente s'éclaire, inaccessible car installée, justement, dans cette barre rocheuse, emplacement illogique...à moins de ne pas vouloir de compagnie.

Brièvement, Compagnoni leur dit qu'ils n'allaient pas se les geler à les attendre, leur ordonne de déposer les claies supportant l'oxygène, et de descendre au camp VIII: c'est de la folie, dans cet état d'épuisement, à cette heure-là. La lumière s'éteint. Bonatti hurle, supplie, Mahdi commence à perdre toute contenance et se rue vers la barre rocheuse en disant ce qu'il pense de Sahib Lacedelli et de Sahib Compagnoni.

Température -45° + le facteur vent, lequel souflle abondamment. Bonatti taille une banquette de 60 cm dans la glace, et c'est parti pour le plus haut bivouac de fortune jamais tenté jusqu'alors.
Pour tout ravitaillement, ils ont trois bonbons. Ils en essaient un chacun, sans parvenir à l'avaler, bouches et gorges trop sèches, pas de salive, et ils recrachent. Bonatti passe ses ultimes forces à frapper à coups de piolet répétés, les chaussures, gants et, du plat, genoux et coudes, seule et dérisoire possibilité de ralentir le gel. Un grésil s'en mêle, cinglant et pénétrant le moindre interstice. Au premières lueurs, Bonatti, qui avait avec succès empêché Mahdi de descendre dans la nuit, le laisse filer. Il est 4h15-4h30.

Mahdi s'immobilise plus bas, dans un endroit où il doit pouvoir voir la tente, et reste là, fixe, un long moment De retour au Camp VIII, on lui découvrira de profondes gelures aux pieds et aux mains. Bonatti descend à son tour, n'ayant plus rien à espérer. Compagnoni et Lacedelli atteignent le sommet puis redescendent sans effusion ni légitime explosion de joie au camp VIII, presque gênés de voir Bonatti et Mahdi encore vivants.


La suite ? Desio l'écrira... Ce fut une telle explosion de joie en Italie (impensable, pour de l'alpinisme, aujourd'hui)...

Et Desio, Compagnoni et Lacedelli mentirent, effrontément, des décennies durant.
Bonatti et Mahdi disparurent, pratiquement, de la narration. Selon la version officielle, le camp IX avait été établi moins haut que ce que Mahdi et Bonatti constatèrent, le vent emportait les paroles de Mahdi et de Bonatti, et Bonatti et Mahdi avaient allègrement puisé dans l'oxygène qu'ils transportaient, pour tenir au bivouac (rigoureusement impossible, sans masque ni détendeur). Ils affabulèrent sur leur heure de départ, leurs temps de montée, prétendirent ne plus avoir d'oxygène pour les dernières centaines de mètres de dénivelée (cruciales) mais avoir quand même gardé claies et bouteilles sur le dos, etc, etc... toutes choses entièrement et grossièrement fausses, comme ce fut démontré, pas à pas, pièce après pièce, sur presque un demi-siècle.

Quand aux gelures de Mahdi, elles embêtaient Desio. Sommé de rendre des comptes au colonel pakistanais officier de liaison, Desio chargea Bonatti de façon calomnieuse, ce jeune fou imprudent ayant entraîné dans un risque inutile Mahdi, à l'encontre de tous les ordres donnés.

Bonatti commença à raconter timidement sa version en 1962, mais elle dérangeait trop l'histoire officielle (et la fierté de l'Italie conquérante et gagnante).
Quant à la version de Mahdi...traduite de l'ourdou en anglais puis de l'anglais en italien, soufflée puis filtrée par le colonel pakistanais, toilettée dans les ambassades, les juges italiens décidèrent non sans une certaine cohérence que ce truc fantaisiste était inutilisable, ce qui ne dérangeait pas tout le monde.

En 1965 Bonatti attenta et gagna un procès contre un journaliste l'ayant accusé d'avoir voulu faire le sommet seul, d'avoir entraîné Mahdi dans un péril aussi inutile qu'inacceptable, et d'avoir indûment consommé l'oxygène de ses camarades.
Puis Bonatti bouda tout, les cérémonies officielles des dix ans, des vingt ans. Pour les quarante ans, il sortit le livre L'affaire du K2 espérant obtenir de la part du C.A.I. une révision de fond en comble de la narration officielle, et, éventuellement, quelques excuses.
Enfin, il produisit ce livre-là, K2, La vérité. Ajouts ultimes, sorte de dossier (à ne pas lire en premier) quand Desio fut honoré par la Présidence de la République.    

Ajoutons ceci: si l'on demande -mettons dans le monde entier- de citer spontanément les plus grands alpinistes italiens de l'histoire, le Gotha, quoi, qu'on pose la question au grand public comme à des gens un peu plus au fait des choses de l'alpinisme, à coup sûr les noms suivants ressortiront (dans le désordre): Emilio Comici, Riccardo Cassin, Reinhold Messner, Walter Bonatti. Et très loin derrière ceux de Compagnoni et Lacedelli, sauf peut-être un petit peu en italie, surtout du côté de Cortina d'Ampezzo.

Maintenant c'est la version Bonatti des évènements qui est adoptée, partout. Mais à quel prix, combien d'années à subir la calomnie et l'ostracisme pendant que se pavanaient les menteurs ?  

Bonatti dit que c'est sans doute très italien, cette Comedia avec un fond réellement tragique, et aussi cette mise sous le boisseau de la vérité pour que la version officielle soit gravée dans le marbre, à jamais non retouchable.
C'est peut-être le seul point de ses livres où je serais en désaccord.

Lire Annapurna Premier 8000 (Maurice Herzog), voir la grandiloquence des discours présidentiels et autres au décès de celui-ci (2012, un an après Bonatti), et lire Annapurna, une affaire de cordée, du journaliste américain David Roberts, certain(s) passage(s) du fameux Les Conquérants de l'inutile de Lionel Terray, ou encore les témoignages posthumes en faveur du rôle exact joué par Louis Lachenal, réunis par le célèbre Pierre Mazeaud, qui avait, lui, assez de stature pour s'opposer au "Grand Français" iconique Maurice Herzog, au point de le ternir (ce que fera aussi, dans un autre domaine, sa propre fille Félicité Herzog).


Non, cher Walter, ceci n'est pas propre aux italiens. Mais ce sont d'autres histoires, si ça se trouve nous en reparlerons sur ce fil un jour.





Mots-clés : #alpinisme #sports #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Mar 27 Oct - 21:28
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Le One-shot des paresseux

   Suzanne Labry

Au pays de Luchon
Contes et récits de la vallée de l'Oueil
Tag temoignage sur Des Choses à lire Labry11
Paru en 2002, probablement écrit à la fin des années 1970-début 1980.

Titre et sous-titre (voire même préface, de William Fournier) assez peu heureux; certes la vallée d'Oueil se situe dans ce qu'on peut appeler le Pays de Luchon, mais c'est vraiment pour situer - aucune allusion à Luchon proprement dit ni aux vallées adjacentes dans ce propos.
Surtout: ce ne sont en rien des contes, juste des récits, ce qui est déjà fort plaisant et se suffit amplement !

Mais qu'on se rassure, le livre lui-même, en matière de forme -de style- file doux et agréable, pour un ensemble très maîtrisé...on se sent bien à lire votre écriture, madame...

Le thème est celui de la déprise humaine et de l'exode rural, Suzanne Labry narre avec passion, retenue et sobriété son amour de la vie rurale et montagnarde traditionnelle.
Quelques petites références bien glissées, du type Virgile, Jean-Jacques Rousseau, les vitraux de Marc Chagall...
Mais où sont les neiges d'antan ? Où les fileuses de laine ?



Elle cite le Professeur Fourcassié de la faculté de Lettres de Toulouse, qui écrivait en 1946:
[...] À Bourg-d'Oueil par exemple, à 1350 mètres, les quarante habitants et les deux mille brebis qui peuplent ces toits de chaume et d'ardoise pourraient sans doute se passer de l'autobus qui descebd à Luchon. Chacune des neuf familles du village récolte sur les terres qu'elle possède assez de lé pour cuire elle-même son pain. La cave contient des réserves de pommes de terre et des pois, de ces pois fondants, semés en même temps que le seigle et qui, en septembres, marient leurs cosses aux épis mûrs. Dans la cheminée pendent des jambons; au plafond, la saucisse ou des gigots fumés de brebis. À la cave encore, les fromages. L'hiver peut venir et bloquer de ses neiges rotes et sentiers. Il suffit de maintenir ouverte la tranchée qui va à l'étable. Les raffinements de la division du travail sont ici inconnus. Chaque chef de famille est à la fois propriétaire, boucher, quand il faut tuer une brebis, boulanger tous les dix jours, maçon et menuisier, quand il s'agit d'agrandir son étable ou de restaurer l'église, bûcheron en hiver, berger en automne, coiffeur le dimanche, carilloneur quand vient son tour, chantre ou lutrin, marchand de laine blanche et fine. Et, en été, du lever au coucher du soleil, il fauche ses prés et rentre son foin.     


À l'appui de son vertigineux propos, lequel est qu'en trente ans, cette civilisation -car c'en est une- à peu près immuable depuis les carolingiens et peut-être -sans aucun doute même- bien plus avant encore, qui vivait en osmose avec sa montagne, dans une relative liberté de petits propriétaires -ce qui n'excluait certes pas les tâches dures, la vie difficile- et le tout sans impact humain négatif sur la nature, entretenue, la montagne dont on prenait soin.

En trente années seulement tout cela s'est effondré.

Cette vie, la plus simple et la plus vraie, la plus pauvre et la plus riche, dans ces espaces encore purs, où le temps ne compte pas, où les jours s'écoulent comme la source, dans le silence et l'uniformité, sans ces vides du cœur que l'homme des villes appelle l'ennui, "la première vie" [...] !


Hélas, aujourd'hui, dans cette douce vallée d'Oueil, les carrés clairs et propres des prés encore fanés se font de plus en plus rares sur le vert-de-gris uniforme de ma montagne en friches. On s'inquièrte devant cet abandon, on craint qu'elle ne soit d'ici peu envahie par les genévriers, la ronce, la mauvaise herbe lisse qui provoque les avalanches. Et l'on ne voit plus les moutons en hiver.

Pourtant, je le crois, hommes et femmes reviendront un jour au flanc des montagnes, pas seulement pour glisser sur les pentes enneigées, mais pour réapprendre la fatigue heureuse de la fenaison; on verra peut-être, chantant et joyeux, des groupes de faneurs, heureux de remonter la pente. L'ordre du monde se reformera: l'homme ira aux foins, le foin aux bêtes, les bêtes à l'homme: la magie de l'herbe recommencera.


Mais, aux parfums anisés de ces quelques foins ne se mêle plus l'odeur maternelle du pain, cuit au four de la maison, ni celle des pommes tombées, car les pommiers sont vieux ou morts. Et tout le monde se demande avec une certaine angoisse jusqu'à quand flotteront encore les senteurs laiteuses des étables, l'odeur âcre et chaude des bergeries, quand les brebis descendues de l'estive y séjournent pendant l'hiver.

 Dans ses formes d'autrefois la vie rurale ici se meurt rapidement. Il y a des scènes qu'on ne verra plus et qui font déjà partie du folklore: la paysanne à demi-nie campée devant son four ardent où elle retire le pain, le paysan "dayant" son pré en silence, affûtant de temps à autre avec la pierre cachée dans le coffin de bois suspendu à sa ceinture la fine lame de la faux, la force des hommes au marronage, la patience des femmes lavant dans l'eau vive des bassins de pierre la laine grasse des brebis.

  Il y a des bruits, des odeurs qui disparaissent. Ils seront remplacés par d'autres, et ce sera un nouvel univers.

 Aussi le spaysans qui vient cette mort la vivent-ils avec le cruel sentiment de mourir tout vifs. Les solutions proposées, en général collectives, groupement pastoral, remembrement des pacages, étable collective, ventilastion en grange, ils les refusent avec des prétextes variés. Ces idées un peu diaboliques les entraîneraient au-delà d'eux-mêmes, les empêcheraient de mourir comme ils ont vécu, les dépossèderaient à leurs propres yeux. Ils préfèrent enterrer avec eux ce passé qu'ils ne peuvent ni ne veulent sauver, et volent même au-devant de leur mort.



Spoiler:
]center]Tag temoignage sur Des Choses à lire Suzann10
Suzanne Labry[/center]


Mots-clés : #nature #nostalgie #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Aventin
le Lun 26 Oct - 18:26
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Henning Mankell

Le Dynamiteur

Tag temoignage sur Des Choses à lire 13881110

Le narrateur est quelqu’un qui a connu Oskar retraité, et qui s’efforce de composer sa biographie.
« Et le narrateur ? Oskar trouve qu’il remonte trop lentement son filet. »

De ce point de vue, ce roman s’apparente à la grande famille des témoignages sur les gens de peu.
« Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. »

C’est aussi un témoignage sur la condition ouvrière et les débuts du socialisme en Suède, le lent changement social, dans la conscience de l’insignifiance individuelle.
Est décrite la fameuse affiche de la pyramide du capitalisme, « We rule you » :
Tag temoignage sur Des Choses à lire We_rul10

Ainsi que pointé par Avadoro, la forme est originale, un éclatement des faits dans le temps (censé emboîter l’explosion dans le texte ?) Pour illustration, la table des matières me paraît démonstrative de cette structure (et pour une fois que les éditeurs nous font la grâce d’une table des matières !) :
Le faire-part
1962
1911
L’île
Les sœurs
Les coups de rame
Oskar Johansson
L'accident
Les mots clés
Elly
Oskar Johannes Johansson
Magnus Nilsson
Elvira, la sœur d'Elly
Le membre du parti
L'iceberg
Le retraité
Oskar, quarante-quatre ans
L'affiche
Le processus du développement photographique
D'un seul coup de dynamite, et bien le bonjour de ma part.
Été 1968
Les souvenirs
Oskar Johansson 1888-1969
Après

La forme donnée par Mankell à son livre ne m’a cependant pas gêné dans la perception de ce destin à la fois simple et digne de mémoire.
Quoique peu féru de littérature engagée, ici le traitement m’a paru adéquat ‒ sans doute parce qu’il ne s’y résumait pas.

Mots-clés : #biographie #mondedutravail #politique #social #temoignage #xxesiecle
par Tristram
le Sam 5 Sep - 0:10
 
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Sujet: Henning Mankell
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Isaac Babel

Cavalerie rouge

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Trente-quatre nouvelles généralement brèves d'Isaac Babel, correspondant de guerre dans l'Armée rouge pendant la campagne de Pologne, en 1920. C’est en fait un narrateur qui raconte, mais on croit reconnaître l’auteur dans ce « binoclard » mal intégré dans les rangs prolétaires, qui (au début) monte mal à cheval, et ne parvient pas à tuer un autre homme…
Trente-quatre nouvelles, plus quelques autres textes dont des extraits du journal et des Plans et esquisses de Babel, autant de bribes ; parfois des fragments d’un épisode réapparaissent dans plusieurs récits, ce qui donne une forte impression d’égarement, de hantise et de foisonnement.
Donc (a minima) un témoignage paraissant à la fois distancié et d’évidence vécu de la guerre et ses méfaits collatéraux sur les moujiks, petites gens des campagnes, les juifs…
« Une aube humide dévalait en flots de chloroforme vers nous. Des fusées vertes vrillaient au-dessus du camp polonais. Elles palpitaient dans l’air, s’effeuillaient comme des roses sous la lune et s’éteignaient. Et dans le profond silence, j’ai perçu les effluves lointains des râles. L’haleine du meurtre celé rôdait autour de nous.
‒ On tue, dis-je, qui est-ce qu’on tue ?…
‒ Le Polonais s’inquiète, répondit le moujik, le Polonais égorge les youpins…
[…]
‒ Le youpin, dit-il, est le coupable, pour nous comme pour vous. Après la guerre, il n’en restera plus beaucoup. Combien qu’on compte de youpins sur terre ? »

…mais aussi les cosaques, les Galiciens, les femmes (« sœurs-infirmières », servantes, prostituées) ‒ et les abeilles !
« C’était une fille épaisse, aux joues fleuries. Seule, une existence lentement coulée sur la fertile terre ukrainienne peut injecter à une juive des sucs bovins pareils et faire reluire son visage d’un lard aussi lustré. Les jambes de la fille, grasses, d’un rouge brique, gonflées comme des sphères, exhalaient une odeur fade et écœurante comme la viande fraîchement découpée. »

Au-delà du témoignage, c’est une œuvre littéraire qui dépasse la contingence pour faire percevoir au lecteur la brutalité de la guerre, de la mort, l’épique, l’atroce, l’Histoire, le peuple en marche, avec un style saisissant, d’une grande concision, sans rien de dilatoire, et des qualificatifs inattendus, presque surréalistes, fantastiques. J’ai par endroits songé à Kaputt de Malaparte.
« Et après qu’y a-t-il eu ? Après, ça a été le front, la Cavalerie Rouge et la troupe qui sent le sang tiède et la chair morte. »

« Devant moi, voici la halle, la mort de la halle aussi. Elle est tuée, l’âme grasse de l’abondance ! Des cadenas muets pendent aux étals et le granit des pavés est net comme la calvitie d’un squelette. »

« Rutilant des gueules de chevaux cousues sur nos soutaches, échangeant des chuchotements et tintant des éperons, nous tournons dans l’édifice sonore et la cire coule sur nos mains. Les Vierges, aux parures de pierres précieuses, suivent notre chemin de leurs prunelles roses comme celles des souris, la flamme palpite dans nos doigts refermés et des ombres angulaires se tordent convulsivement sur les statues de saint Pierre, de saint François et de saint Vincent, sut leurs petites joues vermeilles et leurs barbes frisotées, enluminées de carmin. »

« ‒ Pourquoi que les femmes, elles se donnent tant de mal, répondit-il plus tristement encore, pourquoi les accordailles, les mariages ? Pourquoi que les commères, elles prennent tant plaisir aux noces !…
Une traînée rose irradia la nue et s’éteignit. La voie lactée filtra d’entre les étoiles.
‒ Ça me fait rire, dit Grichtchouk avec amertume et il m’indiqua de son fouet un homme assis au bord de la route, ça me fait rire de voir pourquoi que les femmes, elles se donnent tant de mal…
L’homme, assis au bord de la route, était Dolgouchov, le téléphoniste. Les jambes déjetées, il nous regardait droit dans les yeux.
‒ Voilà je…, dit Dolgoucov lorsque nous fûmes près de lui, je suis foutu… Compris ?
‒ Compris, répondit Grichtohouk, en arrêtant les chevaux.
‒ Il faut claquer une balle pour moi, dit Dolgouchov [avec sévérité].
Il était assis, adossé à un arbre. Ses bottes dressaient leurs pointes écartées. Sans me quitter des yeux, il retroussa précautionneusement sa chemise. Il avait le ventre arraché, les boyaux glissaient sur ses genoux, et on voyait les battements du cœur. »

« La nuit volait vers moi sur de fringants chevaux. La plainte aiguë des chariots emplissait l’univers. Sur la terre ceinte de jappements, les routes s’éteignaient. Les étoiles s’extirpaient du ventre rond et frais de la nuit et les villages désertés s’embrasaient au-dessus de l’horizon. »

« Bientôt Sachka revint. Elle changea les pansements du blessé et leva son falot sur la plaie qui se gangrenait.
‒ Tu passeras demain, dit Sachka en épongeant la sueur froide de Chévéliov. Tu passeras demain, elle s’est glissée dans tes tripes, la mort. »

« De nouveau, il se mit à pleuvoir. Des souris mortes dérivaient sur les routes. L’automne tenait nos cœurs encerclés dans ses embuscades et les arbres, cadavres nus remis debout, titubaient à la croisée des chemins. »

« Nos troupes avaient lâché pied et s’étaient emmêlées. Le train de la Section Politique battait en retraite, rampant sur l’échine morte des champs. [Et une Russie monstrueuse, invraisemblable, comme un troupeau de poux de corps, bordait nos wagons d’un piétinement de chaussons de tille] Une moujikaille typhique roulait devant elle la gibbosité familière de la camarde à soldats. Elle bondissait sur les marche-pieds de notre train et retombait, refoulée à coups de crosses. Ce n’était que souffles rauques, raclements, vols en avant et silence. »

(Entre crochets et en italiques, passages de l’édition princeps ensuite censurés.)
À signaler en postface l’intéressant essai de Jacques Catteau, le traducteur, qui postule que le fantastique remplacerait l’épopée :
« Toutes les deux puisent au même fonds ancestral : l’épopée exalte la naissance d’un ordre dans le fer et le sang, le fantastique pour peu qu’il s’éloigne de la simple activité ludique, pressent l’éclatement de cet ordre et la sourde montée d’un nouvel ordre ennemi ; il enregistre les effrois d’une société qui croule et désespérément se réfugie dans l’idéal ancestral… Ainsi la littérature fantastique déploie ses somptueuses fleurs vénéneuses aux heures d’échec, de désespoir ou de l’attente trouble d’une nouvelle ère tandis que les épopées flambaient aux aurores des peuples, transmettant d’âge en âge la flamme première. »

Épopée sans sublime, à l’orée du XXème siècle...

Mots-clés : #guerre #historique #temoignage
par Tristram
le Ven 4 Sep - 0:15
 
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Sujet: Isaac Babel
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Juan Rulfo

Castillo de Teayo
Courte nouvelle, 7 pages environ, peut-être écrite en 1952 (?)

Tag temoignage sur Des Choses à lire Rulfo10
Lu en langue originale dans cette édition (Editorial RM - Fundación Juan Rulfo), qui comprend aussi El Llano en llamas, Pedro Pàramo, et des textes introductifs de Jorge Luis Borges et Susan Sontag.

Cette nouvelle (ou reportage ?) est précédée de 7 photos de l'auteur, prises sur site à Castillo de Teayo.

Je ne sais pas si cette bribe de l'œuvre de Rulfo est disponible en français.


__________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le point de départ embarque bien:
Castillo de Teayo est un site précolombien notoire (monument pyramidal spectaculaire, statues et abondant site de fouilles).
Que peut-on donc vouloir y faire, de nuit sous la pluie, en somme dans les pires conditions, même un féru d'archéologie n'y verrait...goutte, c'est le cas de le dire ?

Ces quelques pages m'ont semblé un point de jonction entre Rulfo-écrivain, Rulfo-photographe (voyez l'extrait !) et Rulfo-collaborateur de l'Instituto indigenista de Mexico, en espérant ne pas avoir trop mésinterprété.

C'est mélodieux, prosodique, avec quelques traits de forte puissance tout à fait caractéristique de son écriture de romancier.
Je ne sais si les fonds de tiroirs et les recyclages de corbeilles à papier de Rulfo sont de ce tonneau-là, ou bien si c'est justement pour l'exceptionnelle qualité littéraire que le choix d'Editorial RM - Fundación Juan Rulfo s'est porté sur ce seul texte, en particulier.

Vous avez compris que je suis tout enthousiasme et recommandations vives.


En guise d'extrait, l'entame:

Un farol nos detiene. Un farol rojo que expande su luz y se balancea frente a nosostros. Sólo se ve el farol. La lluvia y la noche cierran la carretera.
"¿Qué quieren esos? ¿Dónde estamos?"

El farol se acerca y alguien, allà en el fundo de la oscuridad, nos dice: "¡Bajen sus luces!¡Favor!¡Favor de hacerse a un lado!"
El automóvil se nubla con la lluvia. Brinca. Retrocede un poco y se sale del asfalto metiéndose en la cuneta. Allà se detiene.
La lluvia golpea ahorra màs fuerte, en ràfagas blancas, mezcladas con neblina.
Por la ventanilla abierta se asoma una cara extraña, como de cobre: "No se puede seguir màs allà - dice. Se ha derrumbado el paredón en Mata Oscura. No hay paso. Esto es todo. Pueden volverse a Poza Rica o quedarse aquí. Como quieran."

Es un soldado. Detràs de él està un rifle por el que escurre el agua en hilos brillantes.

- ¿Dónde estamos? ¿Qué lugar es éste?  
Nada. El soldado ha desaparecido.
Se hace un claro en la niebla. Un agujero por donde entra una luz anaranjada como de amanecer, hacia atràs de nosotros.  


Un fanal nous arrête. Un fanal rouge qui répand sa lumière et se balance en face de nous. On ne voit que le fanal. La pluie et la nuit referment la route.
"Que veulent-ils ? Où sommes-nous ?

Le fanal s'approche et quelqu'un, là-bas au fin fond de l'obscurité, nous dit:
"Baissez vos phares ! Sil vous plaît ! Veuillez vous écarter de là !"
L'automobile s'ennuage de pluie. Se secoue. Recule un peu et sort de l'asphalte, se range sur le bas-côté. Elle s'arrête là.
La pluie frappe à présent plus fort, en rafales blanches, mêlées de brume.
Un visage étrange, comme s'il était en cuivre, se penche par la vitre ouverte: "Vous ne pouvez pas continuer plus loin - nous dit-il. Le parapet s'est effondré à Mata Oscura. On ne passe pas. C'est tout. Vous pouvez retourner à Poza Rica ou rester ici. Comme vous voulez.

C'est un soldat. Derrière lui un fusil ruisselle d'eau en fils brillants.  
"Où sommes-nous ? Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?
Rien. Le soldat a disparu.

Une éclaircie se forme dans la brume. Un trou par lequel pénètre une lumière orange clair comme à l'aube, derrière nous.


Mots-clés : #amérindiens #nouvelle #temoignage
par Aventin
le Dim 7 Juin - 17:49
 
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Sujet: Juan Rulfo
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Francis Jammes

Le 15 août à Laruns
Prosodie, témoignage - tout début XXème

Tag temoignage sur Des Choses à lire Flageo10
Flageolet

Ne pas cataloguer trop vite ce texte en régionalisme ou folklore, ou encore en un romantisme à la française qui se serait attardé aux années Lamartine-Sand.

Il y a des éléments d'impression façon impressionnisme, certes un peu suggérés, ou sous-jacents, du type
un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.

.

La note du flageolet elle-même, par son apparente pauvreté, et le pas de danse si simple (en est-il un ?) jouent sur une équivoque d'insignifiance, mais -paradoxe- allant vers un terme qui s'avère, au terme de ces lignes, quasi d'ordre paroxysmique:  
tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…


J'avoue savourer les petites touches comme celle-ci:
Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.

 

Bref...

Le texte in extenso:
LE 15 AOÛT À LARUNS

LE BRANLE
À Auguste Brunet.



Au milieu de cette coupe d’émeraude taillée dans les montagnes de Laruns, le son aigu du flageolet de buis prélude sur une note unique, extraordinairement prolongée — qui se continue, émise sans un essoufflement, jusqu’à devenir la seule chose que l’on entende, jusqu’à ne devenir que le chant de cette solitude plus verte et bleue qu’une plume de paon.

Alors, comme un remous de gave, lentement, qui charrierait des fleurs, on voit hésiter et naître le rythme du branle.

… La note du pipeau se traîne encore, semblable au cri de détresse de quelque oiseau de sommet, à quoi tout à coup s’allient l’entêté frappement du tambourin et le grincement du violon.

Le rondeau s’ordonne, se déploie en cercles concentriques, frémissants de couleurs. On ne pense point, tout d’abord, que ce soient là des danseurs et des danseuses, mais un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.

Chaque bergère alterne avec chaque berger qui la tient par la main, coiffée d’un capulet sanglant dont la doublure relevée forme une large bande d’un grenat mat qui retombe sur les épaules et les drape comme celles d’un sphinx. À peine sous le rebord de ce capulet et sur le front, distingue-t-on le liseré d’un bonnet blanc que l’on devine pareil à un bol. Deux petits bouts de tresses, nouées d’un ruban, pendent sur la taille.

Mais la merveille est le châle ossalois.

Il est mystérieux et paré de fleurs comme un autel. Des générations l’ont porté et se le sont transmis. Il contient l’angoisse de la montagne, l’effroi des pelouses vertigineuses, la couleur des végétaux qui hantent les sommets, les prismes invraisemblables, l’éclat des minerais brisés par les torrents. L’iris d’azur s’y harmonise avec le mica de glace ; la digitale avec la teinte des calcaires rougis par le soleil couchant ; l’edelweïss s’y fond aux cristaux de givre ; la gentiane à l’épouvante bleue des lacs.

Il tombe, croisé au-dessous du col où pendent les bijoux et la croix, et retombe en arrière de la robe, très bas, imitant les ailes aiguës d’un insecte au repos.

Par la main, ai-je dit, le danseur conduit sa danseuse. Il porte une chemise aux manches plissées et, jetée négligemment sur l’épaule, la veste dont la couleur se marie à celle du capulet. Son gilet et ses guêtres — elles montent jusqu’aux genoux — sont d’un tricot neigeux. Le béret large est marron. De sous le gilet on voit saillir une poche carrée destinée à contenir le sel que l’on donne aux brebis.

… Le rondeau s’élargit encore, ondule, et, lorsque le rythme de la flûte, à de certains moments, vacille, le rondeau tout entier vacille aussi comme un indécis remous, comme une vague de vent.

Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.

La disposition de cette chaîne vivante, quatre ou cinq fois enroulée sur elle-même avec un art infini, crée ainsi des rondeaux qui tournent les uns dans les autres ; de telle façon que, de la circonférence au centre, on voit, alignés sous un même rayon visuel, quatre ou cinq capulets processionnant ensemble.

Tous et toutes semblent ainsi accomplir un pèlerinage vers un but jamais atteint. Pas un tressaillement dans les physionomies qui revêtent une gravité déconcertante, une attention soucieuse et méditative ; une sorte de catalepsie qui tient de l’amour et de la mort.

Et c’est la beauté de ces femmes, cette expression à la fois passive et recueillie dans ce visage rond, coloré et duveté comme une pêche. Et c’est le mystère de cette danse, cette évocation des origines où elle retourne : le tournoiement des neiges et des écumes ; la giration des fleurs dans les cyclones de vent — tandis que la brume du soir enveloppe peu à peu les cataclysmes des torrents et des rochers, se suspend aux sapinières qu’elle déchiquète, se traîne au flanc des pelouses — tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…


Tag temoignage sur Des Choses à lire Le_bra10


Tag temoignage sur Des Choses à lire Laruns10




Mots-clés : #musique #ruralité #temoignage
par Aventin
le Jeu 9 Avr - 17:15
 
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Sujet: Francis Jammes
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Riss

1 minute 49 secondes

Tag temoignage sur Des Choses à lire Extern29

Riss, comme Philippe Lançon, a réchappé de l’attentat de Charlie Hebdo. Le lambeau, le livre de Lançon, m’avait bouleversée, celui de Riss m’a intéressée.

Si son  seul combat reste celui de Charlie Hebdo,  ou en tout cas le seul combat qu’il veuille bien évoquer, il virevolte comme un homme qui ne peut plus se fixer : entremêlés, l’enfance, les expériences antérieures de la mort et de la violence, les minutes terribles de l’attentat, de (trop?) beaux portraits de ses camarades morts, la chasse aux cons qui ont voulu profiter des évènements et abuser de Charlie Hebdo, le rôle de la presse et du dessin satirique, la liberté d’expression, la place de la culture...

Riss n’aime pas les geignards, les chouineurs, et il ne laisse pas prise à cette empathie que j’avais ressentie pour Lançon, qui lui non plus n’aime pas les geignards et les chouineurs, mais d’une autre manière. C’est son choix incontestable, que je respecte.
En effet, comme il n’est pas question de comparer les souffrances des survivants, il n’est pas question de comparer leurs livres et il ne m’appartient pas de juger. Juste d’exprimer un ressenti.

Riss n’a aucune envie de faire pleurer dans les chaumières. Il aime mieux parler de sa rage, de sa lutte,  de son impossible avancée, que de sa douleur. Il veut montrer l’essentiel mais pas l’intime. Mais il ne trompe personne, son désespoir hurle entre les lignes. C’est un exercice délicat, comme un non-dit qu’il ne s’autorise pas à dévoiler. Cette réserve, ce contrôle, que je comprends ô combien, m’ont empêchée d’accéder totalement à la souffrance de cet homme, indicible.

Mots-clés : #temoignage
par topocl
le Lun 6 Avr - 16:40
 
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Sujet: Riss
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Danièle Sallenave

Viol

Tag temoignage sur Des Choses à lire Bm_15610

Un livre compliqué à juger.
Le sujet doit être traité, il est important, cette histoire d'épouse narrant la découverte d'un viol au sein de sa famille et retraçant les événements, le choc, la prise de conscience, le rejet de cette idée, le rejet des accusatrices. C'est troublant, cela fait réfléchir même si la forme choisie (entretiens) laisse dubitatif, car cela appauvrit le style et il faut un certain talent pour tenir un récit uniquement sur des dialogue. Peu d'écrivains y parviennent et je pense que cet exercice fut trop périlleux pour l'auteure perdant en émotion, en capacité à transmettre de l'information.
Le poids du réalisme est cependant bien présent et les personnages représentent bien une classe populaire silencieuse en proie avec beaucoup de détresse.
Une lecture en demi-teinte que j'ai cependant appréciée.


Mots-clés : #contemporain #entretiens #temoignage #violence
par Hanta
le Sam 7 Mar - 11:08
 
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Sujet: Danièle Sallenave
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Jon Swain

Tag temoignage sur Des Choses à lire 5114r812

River of time

L’Indochine, Jon Swain en a toujours rêvé. Aussi, lorsque l'AFP lui propose en 1970 de couvrir les conflits alors en cours au Vietnam, au Laos et au Cambodge, n’hésite-t-il pas une seconde. Entre l’Indochine et lui, c’est le coup de foudre. Jon Swain sillonne inlassablement le terrain, passant d’une armée à une autre, d’un pays à un autre, toujours au plus près des évènements. Une vie trépidante et dangereuse, qui coûta la vie à de nombreux reporters. Entre deux bouffées d’adrénaline, les journalistes se retrouvent dans les fumeries d’opium, les bordels, ou au bord des piscines où les expatriés continuent le cours d’une vie en apparence insouciante. La première moitié du livre nous raconte donc cela, d’un ton assez distancié malgré quelques moments forts au milieu des combattants. L’intérêt du propos est indéniable, mais il me manquait quelque chose, une implication plus personnelle de l’auteur, plus de chair et de vérité.

C’est arrivé d’un coup, et je l’ai reçu en pleine face.

Lorsque les khmers rouges envahissent Pnom Penh, Jon Swain se retrouve parqué avec des centaines d’étrangers à l’ambassade de France dans des conditions plus que précaires. Là, il voit la mort en face, les proches arrachés à leur famille au sein même de l’ambassade, les colonnes d’habitants sommés de partir pour la campagne, la barbarie innommable des vainqueurs. Lui-même, fou d’inquiétude, est sans nouvelles de sa compagne, restée à Saïgon qui vient de tomber aux mains des communistes. Des jours de tensions extrême, narrés au plus près, où se révèlent toute la mesquinerie ou la grandeur des êtres.
Anéantie, la petite équipe de journalistes doit laisser partir vers l’inconnu leur ami et collaborateur Dith Pran qui, quelques heures plus tôt, les avait sauvés d’une mort certaine.

Il nous avait enseigné ce qu’est l’amitié et lorsque la chance avait tourné, nous n’avons rien eu à lui donner, sinon de l’argent et de la nourriture. L’avoir abandonné me confirma que nous autres journalistes n’étions au bout du compte que des passagers privilégiés, en transit dans l’enfer cambodgien. Nous étions les témoins d’une gigantesque tragédie humaine qu’aucun de nous ne comprenait. Nous avions trahi nos amis cambodgiens. Nous n’avions pas été capables de sauver ceux qui nous avaient sauvés. Nous n’étions protégés que par nos peaux blanches. J’avais honte.


Jon Swain révèle dans des pages poignantes sa détresse face aux civils mutilés, son sentiment d'impuissance et d'inutilité. Il n'en continue pas moins d’écrire et d’alerter sur le calvaire des boat people et du peuple cambodgien. L’on sent toute sa révolte face au silence assourdissant de l’Occident, sa colère et sa tristesse face à la destruction de cultures qu’il avait appris à aimer.
Puis Jon Swain a continué sa vie de reporter, ailleurs. Il a été pris en otage en Ethiopie, a failli être tué au Timor. Au final, il n’est resté que 5 ans en Indochine. Mais elle lui a valu ses plus beaux reportages (et de prestigieux prix journalistiques). Elle lui a surtout laissé au coeur une trace indélébile. Son livre est un véritable cri d’amour à l’Indochine, à ses habitants, ses paysages, son atmosphère... Et à une femme. Si la première partie m’a laissée quelque peu sur ma faim, la seconde m’a conquise et parfois bouleversée.
River of time, ou le spleen infini de l’Indochine...

J’étais convaincu que, pour ma part, il n’y aurait jamais d’autre Indochine.
S’étaient réunis par hasard les éléments créant une alchimie unique : le lieu, la guerre, l’histoire, la femme que j’aimais ; l’endroit le plus gai et le plus romantique pour un jeune homme encore bardé d’un optimisme et d’un idéalisme forcené.



Mots-clés : #guerre #guerreduvietnam #medias #temoignage
par Armor
le Mer 18 Déc - 6:02
 
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Sujet: Jon Swain
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Wallace Stegner

Lettres pour le monde sauvage

Tag temoignage sur Des Choses à lire Lettre10

Textes autobiographiques, les souvenirs d’une enfance dans les plaines du Saskatchewan, et l’expérience déterminante de se tenir seul dans l’immensité de la nature :
« Le monde est vaste, le ciel encore plus, et vous tout petit. Mais le monde est également plat, vide, presque abstrait, et, dans sa platitude, vous êtes une petite chose dressée sur son chemin, aussi soudaine qu’un point d’exclamation, aussi énigmatique qu’un point d’interrogation. »
La quadrature du cercle

Ces différents récits se superposent, donnent des variantes ou se complètent. Ils retracent notamment l’histoire d’un melting pot pionnier à la frontière canadienne (métis d’Indiens et de Français, cockneys, cow-boys, Scandinaves, etc.), un pot-pourri de migrants idéalistes, naufragés ou escrocs. Ils permettent aussi de trouver l’origine de certaines scènes des romans de Wallace Stegner, comme celle du poulain à la décharge.
Et surtout, ils expriment la réalité du contact avec la nature :
« Mon enfance dans l’un des derniers espaces de la Frontière m’a inculqué deux choses : la connaissance du monde sauvage et de ses créatures, et, sur le tard, la culpabilité d’avoir participé à leur destruction.
J’étais un enfant chétif, mais pas soumis. Comme tous les garçons que je connaissais, je reçus une arme et l’utilisai dès l’âge de huit ou neuf ans. Nous tirions sur tout ce qui bougeait ; nous abattions tout ce qui n’était pas apprivoisé ou protégé. L’hiver, nous posions des pièges pour les petits animaux à fourrure de la rivière ; l’été, mon frère et moi passions chaque jour des heures à piéger, abattre, prendre au collet, empoisonner ou noyer les spermophiles qui affluaient dans notre champ de blé et dans l’eau précieuse de notre rezavoy [réservoir, en français]. Nous empoisonnions les chiens de prairie et liquidions au passage les putois à pieds noirs qui s’en nourrissaient – ce sont aujourd’hui les mammifères les plus rares d’Amérique du Nord. Nous ignorions même qu’il s’agissait de putois ; nous les qualifiions de grosses belettes. Mais nous les tuions comme nous tuions tout le reste. Un jour, j’en transperçai un avec une fourche dans le poulailler et fus écœuré par sa vitalité farouche, épouvanté par la résistance des créatures sauvages face à la mort. J’eus la même impression en attrapant un blaireau dans un piège à spermophiles. Je l’aurais volontiers laissé partir, mais il était si féroce et se jeta sur moi avec une telle sauvagerie que je dus le frapper à mort avec une pierre »
Trouver sa place : une enfance de migrant


« Chaque fois que nous nous aventurons dans le monde sauvage, nous recherchons la perfection de l’Éden primitif. »
Au jardin d’Éden

C’est par exemple « le Havasu Canyon, le sanctuaire profondément enfoncé, cerclé de falaises, des Indiens havasupai » d’Au paradis des chevaux. (Le lieu m’a ramentu un paysage des Himalayas décrit par Alexandra David-Néel.)
Mais c’est « Un paradis pas complètement idyllique, malgré son isolement, sa tranquillité et son eau d’un bleu éclatant. », notamment à cause de « l’insensibilité habituelle des Indiens vis-à-vis des animaux »
Wallace Stegner lui-même ne sait pas quelle solution préconiser pour sauvegarder les dernières cultures libres :
« Est-il préférable d’être bien nourri, bien logé, bien éduqué et spirituellement (c’est-à-dire culturellement) perdu ; ou bien est-il préférable d’être ancré dans un schéma de vie où décisions et actions sont guidées par de nombreuses générations de tradition ? »


Puis viennent des remarques d’une "brûlante" actualité sur l’arrogance aberrante de notre civilisation inadaptée, qui n’ont pas été entendues. À propos d’une mirifique, prodigue et vaine réalisation architecturale :
« Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours, un paradigme – plus qu’un paradigme, une caricature – de notre présence dans l’Ouest au cours de ma vie. »
Frapper le rocher

L’aridité comme mode de vie est plutôt un essai historique sur l’Ouest américain, vaste espace pour migrants déracinés, tandis que Les bienfaits du monde sauvage interroge le devenir du rêve américain.
« Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l’amenuisement des possibles et à l’élargissement du fossé entre riches et pauvres ? »
Les bienfaits du monde sauvage

« Car, pendant que nous nous acharnions à modeler le monde sauvage, celui-ci nous modelait en retour. Il a changé nos habitudes, notre cuisine, notre langue, nos espoirs, nos images, nos héros. Il a courbé le manche de nos haches et marqué un tournant dans notre religion. Il a façonné notre mémoire nationale ; il nous a fait une promesse. Manifestement, ce changement n’a pas affecté tous les Américains, et les nouveaux Américains arrivés trop tard pour être rebaptisés par le monde sauvage, qui ne connaissent d’autre Amérique que les jungles d’asphalte, risquent de ne pas l’avoir ressenti du tout. Mais il a affecté suffisamment de gens et de générations pour insuffler à nos institutions, nos lois, nos croyances et notre rapport à l’univers une dynamique dont les futurs Américains ont pu bénéficier et dont ils ont pu tirer des enseignements, une dynamique à laquelle le droit tend à se conformer, qui fait partie intégrante d’une foi typiquement américaine. »
Les bienfaits du monde sauvage


« Nous sommes une espèce sauvage, comme l’a montré Darwin. Personne ne nous a jamais apprivoisés, domestiqués ou engendrés scientifiquement. Mais, pendant au moins trois millénaires, nous nous sommes engagés dans une course effrénée et ambitieuse pour modifier notre environnement et en prendre le contrôle, et, dans ce processus, nous nous sommes quasiment domestiqués. »
Coda : lettre pour le monde sauvage

« Il me semble significatif que notre littérature ait ostensiblement glissé de l’espoir à l’amertume presque au moment précis où le mythe de la Frontière touchait à sa fin, en 1890, et quand l’American way of life a commencé à devenir largement urbain et industriel. À mesure de cette urbanisation, notre littérature et, je crois, notre peuple devenaient affolés par le changement technologique, malades et aigris. »
Coda : lettre pour le monde sauvage


Mots-clés : #amérindiens #autobiographie #ecologie #essai #nature #ruralité #temoignage
par Tristram
le Dim 8 Déc - 11:46
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Roger Nimier

Le hussard bleu

Tag temoignage sur Des Choses à lire Roger-11

Roman, publié chez Gallimard en 1950, environ 415 pages.

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Roger Nimier ?
Diagnostiqué dangereux pestiféré chez les tenants du haut du pavé parisien et germanopratin des années 1950, suite à ce livre (ou est-ce par les positions affichées des parutions auxquelles il collabore, ou encore est-ce pour avoir publié Céline, Chardonne, Morand, ou est-ce un tout?).
- Toujours est-il que:
Le journaliste Bernard Frank, entendant dénoncer une coterie à abattre, utilise l'expression de "Hussard" en référence au "Hussard bleu" de Nimier, pour désigner quelques écrivains à honnir: Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon, Roger Nimier, etc..., même si l'expression fait encore florès, il est assez discutable qu'il y eût réellement mouvement au sens artistique, c'était plutôt un groupage journalistique extérieur, commode pour servir de cible à la vindicte.

Je voulais quand même voir de quoi il retourne avec ce livre-là en particulier, puisqu'il a donné son intitulé au pseudo-mouvement, mais entre l'idée vague et ouvrir effectivement les pages, se plonger dedans, il faut un déclic, la lecture récente de pas mal de bouquins d'Antoine Blondin fut celui-ci.

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Le procédé d'As I lay dying - Tandis que j'agonise - de Faulkner y est repris, à savoir:
L'écriture consiste en des monologues de tailles variées, par les protagonistes, tous masculins sauf un.
42 monologues, répartis en trois parties.

Le caractère féminin allemand, pourtant de tout premier plan, en est curieusement exclu, l'on comprend à la fin qu'il y a une bonne raison de construction littéraire, comment faire parler ce protagoniste sans dévoiler la chute ?

Nous avons deux personnages principaux, deux hussards français, Saint-Anne en lequel Nimier a mis l'essentiel de lui-même et de son regard d'alors (du moins peut-on le présumer via la concordance des âges et des expériences), c'est lui le hussard bleu, et François Sanders, l'insolent, le séduisant, troupier efficace, revenu de tout (dans tous les sens de l'expression), il est celui que Saint-Anne admire.

Le thème du livre est, disons, la vie au sein d'un escadron de hussards français après la Libération, sur sol allemand occupé (les fameuses TOA - Troupes d'Occupation en Allemagne), en 1945.

Si vous avez quelques doutes sur l'aspect civilisateur et culturel de la présence militaire française dans le contexte d'alors, ainsi que sur les héros auréolés de la Libération qui composaient ces forces-là, alors c'est un livre qu'il vous faut: on comprend qu'il ait pu choquer, faire couler pas mal d'invectives, d'encre et enclencher des polémiques à n'en plus finir à sa parution.

Nimier a dû paraître dans ce livre, qui a pu être un tantinet déflagrant alors (et sans doute encore aujourd'hui, peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons), comme une sorte de provo, tendance nihiliste, de droite anti-gaulliste par-dessus le marché, histoire de ne faire aucune concession, et ce sans singer ou s'adonner au rôle de l'histrion. Il y a, cela sans doute, un second degré qui parcourt l'ouvrage, voire un incontestable humour, ricanant jaune et froid, très ironie-du-désespoir, bref, du type que je ne prise pas, bien qu'il connaisse une vogue indéniable, qui ne se ralentit pas depuis un gros siècle.

Outre ceci, qui a trait au propos, [pour ne rien arranger diront certains] l'ensemble est de surcroît assez cru, cynique, provocant, peut faire tiquer et tordre le nez, cependant reste toutefois de lecture preste, littérairement plutôt bien troussé, agréable bien qu'inégal: ça démarre vraiment sur les chapeaux de roues, et puis ça s'étiole quelque peu, et reprend sur les interventions finales.

L'argot de troupes de l'époque en vigueur chez les suçards (traduisez hussards) s'avère parfois décoiffant (ça a son petit charme), mais aussi ordurier à l'occasion.
Nimier, qui a vécu la vie d'un hussard français en Allemagne occupée sait peindre à vif, rendre du choc, croquer des instants, des scènes en quelques traits; quant aux caractères mis en avant, c'est là toute la réussite du livre.

Casse-Pompons a écrit:Ça fait penser à ces enculés de Shleus, des mômes de quatorze ans ou des vieux duchnoques qui se cachaient dans les buissons pour nous tirer dessus. Comme disait Los Anderos: "Qu'est-ce que c'est que ce genre-là ? Faut de l'ordre, dans la vie. Aux francs-tireurs, il y avait de l'ordre." Pour ce qui est des francs-tireurs, je ne pouvais pas en parler très exactement comme lui, vu que, à la même époque, mes obligations militaires me retenaient dans la garde à Pétain. Mais dans la garde à Pétain, on avait tout à fait l'esprit du maquis.

 Quand même, c'est les partisans schleus qui ont fait sauter l'half-track du peloton avec un bazouka. Ça, y a rien que le Schleu pour inventer une arme aussi perverse. Je me murmurais en coulisse: comme ça, y sera plus en panne. Évidemment, c'était ennuyeux pour les copains. Mais y z'ont eu la belle mort et le lieutenant, il a dit qu'ils auraient aussi la citation. Ça, d'ailleurs, c'est rien injuste. J'estime et je considère qu'un qui a pas froid aux yeux et qui fait reculer la mort par son attitude méprisante et glacée, c'est çui-là qu'il la mériterait la médaille. Mais je ne veux nommer personne. N'empêche: la croix d'honneur, quand elle est accrochée au mur, c'est ça qui fait regretter aux vieux de ne pas avoir envoyé plus de mandats à leur cher petit disparu, tant qu'il était en vie, histoire qu'il puisse aller de temps à autre à l'estaminet pour se nettoyer la pente avec du gros bien acide.  


Colonel de Fermendidier a écrit:L'âme germanique n'a plus de secrets pour moi. Ai complètement maté ces gaillards, en un rien. D'ailleurs, ils sont très pétainistes. Le vieux les impressionne encore. Ces gens-là sont plus poétiques qu'on ne croit. Verdun, c'est un souvenir, tandis que toutes ces histoires de Vercors et de Stalingrad, on sent bien que ce sont des inventions de la propagande maçonne. Suffit.
[...] On pense qu'il est gai pour un vieux blédard comme moi d'être sous les ordres d'un déserteur. Ça s'est mêlé d'organiser des concerts, des expositions. Expositions de mes couilles, oui, en paquet de douze et dégraissées. À Sidi ou-Saïd et à Bidon V, ça aurait bien amusé tout le monde.
[...] L'autre jour, à minuit, dans le poste de garde, ai surpris un jeune margis qui lisait un journal de Paris. Lui ai défendu de réveiller les hommes qui ronflaient d'un seul cœur. Lui ai demandé:
- Pourquoi tu lis ça, mon petit ami ?
A bredouilé que c'était pour se tenir au courant, réfléchir, quoi.
- Mais c'est à peine bon à t'essuyer le cul, mon petit ami. Une fois que tu l'auras essuyé, tu n'y toucheras plus à ton journal, n'est-ce pas ? Eh bien, quand tu verras un journal, agis toujours comme si tu venais de t'en servir, et tu verras comme tu passeras vite maréchal des logis-chef.
Je dois dire, les livres ne valent quelquefois pas mieux. Un exemple: avais depuis longtemps l'intention de lire Servitude et grandeur militaire. Fichue intention ! Littérature à la graisse de bottes. Aurais bien voulu connaître l'auteur. Ne devait pas être un franc-baiseur, ce Vigny, mais plutôt un petit sacristain qui se l'agite dans les coins. Une sorte de gaulliste, en somme.



Sanders a écrit:
Un jour, il y a un an, il a été tué dans un bombardement. on n'a pas retrouvé grand-chose de son corps. Ça m'a bien aidé pour l'enterrement, ça, vous savez. Car je suis restée quatre jours avec la bière dans l'appartement. Mais je pensais qu'il n'était plus dangereux; il n'en restait presque plus rien. Cette mort, enfin, nous faisait participer un peu aux malheurs de la patrie? C'était plus chic, vous comprenez.
- Et votre frère ? Le parachutiste...
- Oui... celui-là a été tué à la guerre, mais par la dysenterie. On n'a pas de chance dans la famille. On n'est pas doués pour l'héroïsme. Moi, quand on me viole, vous l'avez vu, j'y prends un grand plaisir. Ça n'a pas été très compliqué. Nous couchions ensemble: un garçon, une femme. Un souvenir comme les autres.
 Elle a eu un rire faux qui n'a pas duré longtemps. Je lui ai pris le menton et je l'ai embrassée.
- Vous avez eu raison de mentir. J'aurais tiré de vous moins de plaisir, en connaissant tout cela. Vous savez, le viol, c'est comme la confiture d'orange, ça parle à l'imagination. À travers vous, ma petite fille, je pensais atteindre un général, un héros, le paradis terrestre, en somme...Un monde beaucoup trop difficile pour que nous y mettions jamais les pieds. Mais nous pouvions le faire bascule dans notre saleté. Comme ça, il n'y a plus de paradis pour personne.


Saint-Anne a écrit:Nous retrouvons enfin notre nouveau chef de peloton, l'adjudant Maréchal. C'est un buffle mal rasé qui ne peut pas rester une minute sans démonter un moteur. Quand il n'en a pas sous la main, ce qui est rare (il en traîne partout), il fouille dans sa montre. Il nous traite de lâches, de déserteurs, de poseurs de ses deux; je ne sais pas à quoi il fait allusion. Il nous accuse de passer plus de temps à nous gominer les cheveux qu'à poursuivre l'Allemand. C'est un peu exagéré. Maximian se coiffe très sommairement et il extermine les Fridolins jusque dans ses prières.
Puis ce Maréchal examine le ciel. Il prédit pour le lendemain l'Apocalypse, la merde et la mort.
  C'est assez bien vu, car il reçoit un éclat d'obus dans le ventre, ce qui lui donne une meilleure occasion de brailler. Nous faisons la connaissance du lieutenant des Môles, qui le remplace. Il vient du premier escadron. Comme il n'est pas marié, ça n'a aucune importance. Il est dix heures. Le soleil s'étire, dans un ciel qui ressemble à un brouillon de mauvais élève. Tous les quatre, nous écoutons:
- Envoyons une reconnaissance sur l'axe AB. Voyez la carte. Sales coin...Plein de mines. Vot' voiture est la plus moche du peloton. Vous souhaite pas bonne chance. Au bout de deux kilomètres, vous pourrez revenir. Vous avez la radio. Tâchez de prévenir avant de sauter.
  Nous prenons un air ennuyé. Cet ennui augmente quand le lieutenant nous serre la main. Ce jeune homme, après tout, nous ne l'avons pas invité à notre enterrement.  



Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #temoignage #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 7 Déc - 8:19
 
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Moritz Thomsen

Mes deux guerres

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Récit autobiographique, l’histoire de cette famille plus extraordinaire qu’une création romanesque, mais aussi typiquement nord-américaine dans la démesure de la fortune et du désastre, du sordide et de la folie, gravitant sans fin autour de la figure du père haïssant et haïssable ‒ le tout épicé d’un humour subtil, mais fort teinté de dérision. Avec le bizarre contrepoint de l'expérience tout aussi traumatisante de la Seconde Guerre mondiale comme bombardier.
Thomsen est un puissant narrateur, comme de cette séance déterminante dans une taverne munichoise en pleine poussée fasciste, ou celle du choc de Pearl Harbor ‒ et bien sûr les bombardements vus d’un B-17. Le point de vue dont il témoigne m’est souvent paru différent de ce que j’aurais cru, mais toujours plein d’enseignements (telle cette significative diffamation officielle : « Lack of Moral Fibre », défaut de combativité).
« Et il est tout aussi étrange que, lorsqu’on se met à creuser le passé, on n’y trouve pas, bien souvent, ce à quoi on s’attendait ; dans nos souvenirs les plus vivaces, on est rarement dans les bras de quelqu’un, mais presque toujours seul et peut-être à ne rien faire de plus important qu’être posté à la fenêtre tandis que la lune monte au-dessus des arbres, ou contempler, dans une sorte d’extase, les eaux limpides d’un lac de montagne. »

« La monotonie s’est parée d’une qualité enchantée, comme si nous vivions des journées qui ne seront pas décomptées de notre espérance de vie, dividendes sans valeur, mais dont, avec un peu d’imagination, il est possible de retirer quelques moments de relative joie. »

« Le temps de quelques instants, je fus ébranlé par l’idée de ces artistes, alors clandestins [dans l’Europe occupée par les nazis], dont nous avons besoin pour interpréter la nature transcendante du réel, et de ces penseurs sans illusions qui, en l’absence de Dieu, ne peuvent que nous indiquer comment marcher avec grâce et courage vers notre propre extinction. […]
Qui d’autre, là en bas, portait le fardeau du monde, maintenait la cohésion du monde, recréait un monde à partir des menus éléments de son expérience et de sa vision personnelles ? »

« On entend dans sa jeunesse les accords d’ouverture d’un concerto tout de puissance et de romantisme et, pour le restant de sa vie, l’on est prisonnier de cette émotion qui revient avec chaque répétition de l’œuvre. »

« Pourquoi, quand la vie est à ce point odieuse, sommes-nous si terrifiés à l’idée d’en être soulagés ? »


Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #relationenfantparent #temoignage
par Tristram
le Mar 26 Nov - 13:15
 
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Jacques Perret

Le Caporal épinglé

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Je ne l'avais pas lu (crois-je), et ne regrette pas de l'avoir fait ; c'est que j'ai tellement croisé cette couverture du poche dans les bouquineries qu'il m'était devenu familier.
Donc captivité d’un soldat de la débâcle à l’évasion en passant par la captivité dans « la grosse Rèche » (gross Reich). C’est d’abord un témoignage historique circonstancié, avec d’intéressantes observations sociologiques (la piaule-clan), malgré du patriotisme guerrier, et même un certain antisémitisme (mais c’était aussi d’époque).
« Au sens propre le bouteillon, qui s’écrit bouthéon du nom de son inventeur, désigne un récipient en usage dans l’armée française. La cuisine étant réputée pour être un foyer d’informations officieuses, les hommes déjà corvée de soupe avaient coutume de rapporter, en même temps que les bouteillons pleins, un lot de nouvelles plus ou moins consistantes et qui fournissaient, dans l’aimable cliquetis des cuillers et gamelles, une matière de conversation toute fraîche. Bouteillon est donc devenu tout naturellement synonyme d’information sans garantie. »

« Pour séparer deux copains de misère, c’est trop difficile ; plus l’infortune est grande et la pagaye confuse, plus la soudure se durcit. Le matelotage n’est pas seulement une institution préhistorique qu’on voit refleurir dans les mauvais jours, c’est un besoin, un instinct qui a des racines profondes, mystérieuses, transcendantales. Platon a beaucoup travaillé la question des potes. »

Il y a beaucoup de renseignements sur l’époque, et bien sûr le milieu carcéral, spécialement en temps de guerre ; ici, les tatouages :
« …] je me souviens d’une Vénus drapée d’une peau de panthère qui, reproduite sur la cuisse, donnait la première et pénible impression d’un phoque gravement blessé au ventre par une décharge de chevrotines. »

Perret signale un sens "allemand" de l’organisation des rassemblements humains qui sera sinistrement vérifié.
« Le plus inquiétant dans ce maniement des foules, c’est la virtuosité et la préméditation. Le camp est donc divisé en deux grandes zones : celle des pouilleux (dans les tentes) et celle des épouillés (dans les baraques), séparées l’une de l’autre par un puissant réseau de barbelés, sentinelles et chevaux de frise. »

« On sent que la chose a été organisée par de grands manieurs de foules. »

Travail en usine :
« Il est possible encore que cet inventeur ait eu, à l’instant d’achever son appareil, l’idée assez jolie et émouvante d’abandonner à l’homme un petit rôle, tout juste, de quoi lui laisser l’impression d’être le conducteur et l’âme de la machine. »

Il y a beaucoup d’ironie, notamment sensible dans les excellents portraits :
« A propos de bavards monologuistes, j’allais oublier Emile, premier comique rural. Sur son petit corps prématurément tassé se balançait une grosse tête sentencieuse, toute en nez. Un nez lourd, encombrant et qui conservait de la belle époque chopinière un fond de teint rubescent dont le vieux vernis s’écaillait doucement faute d’entretien. Cet organe semblait d’ailleurs végéter avec une curieuse autonomie dans l’ensemble falot du visage et distillait sans défaillance une roupie hyaline par laquelle il s’allongeait imperceptiblement à la manière des stalactites. Cette rosée était généralement épongée par une petite touffe de moustache en chiendent puis lapée d’une grande lippe molle exercée depuis toujours à ne rien laisser perdre. Assez près du nez s’ouvraient deux petits yeux marron sans reflets qui regardaient les choses avec avidité mais les hommes avec parcimonie. »

« Voici Bourazan qui vient de passer à longues et lourdes enjambées ; c’est un grand Périgourdin efflanqué avec les jambes flûtées et fichées dans le torse comme deux allumettes dans un marron d’Inde et une tête de lézard à regard plat. Il est seul au camp à toucher deux gamelles officielles à cause de son ver solitaire. Sorti des profondeurs du couloir, il m’est apparu sous l’ampoule, spectre géant avec ses deux grandes pattes squelettiques où flottait comme un pan de linceul un caleçon bien propre. »

Et Perret n’hésite pas à pousser jusqu’à la caricature :
« Le masque tenait lieu de visage, la casquette de cervelle et la défroque habillait un céphalopode en forme d’homme. C’est une force. L’Allemagne est jurassique, peut-être crétacée, il ne faut pas lui en vouloir. »

L’ensemble forme d’ailleurs une sorte de portrait (incisif) du Français, dans le meilleur des cas le (Parisien) rebelle beau gosse plein d’humour :
« Nous sommes peut-être un peuple décadent, à en croire il est vrai certains signes éloquents, mais notre résistance à l’abrutissement est encore une chose assez remarquable et, tout compte fait, on pouvait croire à certains moments que c’était nous qui avions convoqué quelques Fritz en uniforme pour nous distraire. »

« L’un de nous, un petit gars de l’active tout rose et mignon, était particulièrement gâté, d’où il appert que le cœur féminin est moins sensible à la misère famélique qu’à la jeunesse et à la grâce. Ce jouvenceau avait noué une sorte d’intrigue gastrolyrique avec une charmante fille du cinquième. Elle l’aimait et jetait par la fenêtre son cœur en sandouiche dans le pain blanc avec un billet doux quelquefois dans un paquet de Juno. Lui, bouffait les tartines, se remplumait à vue d’œil et lançait au cinquième des regards éperdus d’amour et d’appétit. »

Il y a aussi une curieuse complaisance à la crasse odorante, mi-clodo mi-populo :
« Le gross Berlin se néglige beaucoup à certains endroits et nous rigolâmes doucement en lisant un jour dans le "Trait-d’Union", journal corporatif imposé, que de solennels urbanistes berlinois allaient enfin nettoyer Paris et sa banlieue de ses honteux îlots insalubres pour répandre partout le coquet, le moderne et le solide. Comme dit Vanstenkyste : c’est bluffeur et Cie. Mais comment allons-nous retrouver Paris si ces cocos-là s’en mêlent ? Ils vont nous flanquer du médiéval à Saint-Ouen et du pavillon social-hygiénique aux Gobelins. Comme si nos urbanistes municipaux n’étaient pas capables de saccager tout seuls les derniers vestiges d’obscurantisme oubliés par le baron vandale. Plus je vais, d’abord, plus je suis pour les îlots insalubres. »

« L’hygiène balaiera d’une haleine au menthol rédempteur les derniers miasmes de la civilisation. Cuistres qui condamnez vos aïeux parce qu’ils posaient culotte dans les taillis de Versailles ! Zaoubère machen, c’est bien ça ; les butors aux pieds propres. »

Autre savoureux trait d’esprit :
« On ne peut quand même pas élever un militaire dans l’idée qu’il sera captif, et pourtant, ce serait un enseignement à prévoir au cas où l’on persisterait, dans les conflits futurs, à consacrer la majeure partie de l’armée française aux barbelés. »

Il me semble que voici un écrivain injustement "oublié" en considération de son style, dans l’œuvre duquel on pressent peut-être Céline (?) et que je souhaite confronter à Barbusse (que je n’ai pas encore lu).
Wikipédia avance pudiquement :
« Ses prises de positions lui valent aujourd'hui d'être dans une sorte purgatoire littéraire malgré la puissance et l'équilibre de son style. »

Evidemment, je pense aux écrivains "fautifs" de l’époque ; n’est-il pas trop facile, et sot, de ne pas les lire ? Sans vouloir discuter des ouvrages d’écrivains "engagés" où sont prônés des crimes, les proses d’auteurs qui ont pu par ailleurs soutenir des positions aujourd’hui décriées ne méritent pas l’ostracisme. Bien sûr il est inconfortable de lire, par exemples, un va-t-en-guerre ou un colonialiste, mais cela aide à comprendre le passé (et le présent, et même l’avenir).
Toujours est-il que, dans ce caporal épinglé, j’ai mieux saisi des situations qui m’étaient obscures, et surtout j’ai été ému par des aspects humains (comme l’attachement aux copains ou, tout aussi inconditionnel, à un objet familier ‒ pipe, couteau). En prime, cela me rappelle de me demander avec circonspection comment j’aurais réagi dans les mêmes conditions, à une époque où me semble-t-il on avait au moins pour excuse d’être mal informé, et mal préparé à dépister les biais.
Son lyrisme est un peu daté, mais j’aime ce ton de grandiloquence narquoise où se trouve dissimulé de l'émotion, du sentiment ou de la pensée :
« Une défense de ronces, vue de près, pour peu qu’on ait l’âme chagrine, est un spectacle des plus suggestifs, c’est vraiment la hargne, ou plutôt le long squelette d’une hargne morte qui a réussi à emmêler ses côtes avant de crever dans une dernière quinte ; c’est le rébarbatif à multiples révolutions, le dernier lichen d’un monde puni et je vois la terre enfin déserte rouler sous un froid soleil ses flancs barbelés où voltigent les derniers lambeaux d’homme. »


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par Tristram
le Dim 17 Nov - 14:43
 
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