Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 25 Oct 2020 - 23:23

93 résultats trouvés pour conditionfeminine

Shantabai Kamble - Baby Kamble

Le livre qui suit regroupe les deux récits de Baby Kamble et Shantabai Kamble, qui furent parmi les toutes premières femmes intouchables à rédiger leur autobiographie. Je précise que, malgré leur homonymie, elles ne sont a priori pas de la même famille.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Annota10

Parole de femme intouchable

Des siècles durant, les intouchables, en Inde, ne furent que des ombres destinées aux tâches impures, dont on disait que le seul contact vous souillait… Des êtres à la fierté sans cesse piétinée, vivant dans la misère, se nourrissant de restes rassis et vêtus d’une seule et même guenille sans cesse rapiécée et grouillante de poux. Les femmes souffraient doublement : parce que femmes, parce qu’intouchables. Des vies de labeur, de sévices, de faim dévorante. Des vies niées.
Puis, un jour, un homme est arrivé : B. R. Ambedkar. Lui aussi intouchable, lui aussi de la caste des Mahâr dont sont issues les deux auteures. Le maharaja de Baroda lui paya des études : Ambedkar devint avocat. Plus tard, il fut le principal rédacteur de la constitution indienne et l’instigateur de quotas permettant aux personnes des basses castes d’accéder aux études. Dans les années 30, on n’en était pas encore là. Mais, par son aura et sa force de conviction, il insuffla à toute une communauté le courage de refuser la fatalité et l’asservissement. Surtout, il parvint à convaincre les parents que leur salut viendrait de la scolarisation des enfants.

Baby Kamble et Shantabai Kamble furent des pionnières, parmi les toutes premières fillettes intouchables scolarisées. Et elles tinrent bon malgré les épreuves. Baby devint commerçante, Shantabai institutrice. Bien des années plus tard, chacune prit la plume pour raconter son histoire.
Grâce à elles, la réalité de  l’existence des Mahâr dans la campagne indienne devient tangible. Et c’est atterrant… Leurs deux témoignages font part d’une même réalité : l’indigence, la stigmatisation permanente, puis l’électrochoc Ambedkar et l’amélioration de leur vie d’adulte grâce à l’éducation. Néanmoins, si le fond est proche, la forme diffère considérablement d’un récit à l’autre. A la pondération de Shantabai Kamble succède la fougue et le franc parler de Baby Kamble, qui n’édulcore rien et n’hésite pas à apostropher les oppresseurs comme les piètres successeurs d’Ambedkar, empêtrés dans leurs egos et leurs contradictions.

J’ai beaucoup appris durant cette lecture. Bien sûr, je connaissais Ambedkar. Mais, jusque là, je n’avais pas réalisé à quel point il fut pour les intouchables cet homme providentiel si souvent espéré par les peuples, et pourtant si rarement rencontré. Je ne dirais pas, par contre, que ces récits de vie soient faciles à suivre. Le lecteur est parfois un peu perdu par les nombreux allers et retours temporels de ces écrits au fil de la plume, et par la foultitude de rites et coutumes dont certains aspects lui échappent malgré les notes de Guy Poitevin. Mais ces textes, par leur rareté, le témoignage historique unique qu’ils constituent, et par leur indéniable valeur ethnologique, valent largement la peine qu’on fasse un petit effort.
Je suis ressortie de cette lecture admirative, et quelque peu estourbie. Il faudra encore beaucoup d’Ambedkar, de Baby et de Shantabai avant que l’intouchabilité ne soit plus qu’un mauvais souvenir en Inde. Mais grâce à ces pionniers, l’espoir d’un autre avenir est désormais permis...


Mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #education #enfance
par Armor
le Mar 1 Sep 2020 - 1:10
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Shantabai Kamble - Baby Kamble
Réponses: 7
Vues: 300

MA Jian

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 51xlrc10


LA ROUTE SOMBRE


Effectivement, on peut dire ça...sombre, très sombre, même carrément noire....âmes sensibles et femmes enceintes ou projetant de le devenir, s'abstenir !

Quatrième de couverture : "Jeune paysanne née au coeur de la Chine rurale, Meili est mariée à Kongzi, l’instituteur du village, lointain descendant de Confucius. Ensemble, ils ont une fille, mais Kongzi, qui veut à tout prix un fils pour poursuivre la lignée de sa célèbre famille, met à nouveau Meili enceinte, sans attendre la permission légale. Lorsque les agents de contrôle des naissances envahissent le village pour arrêter ceux qui ont transgressé les règles, père, mère et fille fuient vers le fleuve Yangtze. Ils commencent alors une longue cavale vers le Sud, à travers les paysages dévastés de la Chine, trouvant de menus travaux au passage, parfois réduits à mendier et obligés de se cacher des forces de l’ordre. Alors que le corps de Meili continue d’être pris d’assaut par son mari et que l’État cherche à le contrôler, elle se bat pour reprendre en main sa vie et celle de l’enfant à naître.
Avec La route sombre, Ma Jian, célèbre dissident chinois, signe un roman bouleversant où la violence du contrôle social vous saisit de plein fouet."


Je dois dire que j'ai lu ce roman, excellent, très bien écrit et construit, ne sombrant jamais dans le pathos..un peu comme des faits cliniques analysés....absolument abasourdie par les malheureuses aventures qui arrivent à ce jeune couple et par le tableau de cette Chine... que je n'imaginais même pas...pas à ce point en tout cas.....on est bien loin de Pearl Buck !.

La politique de l'enfant unique mise en place par le gouvernement chinois en 1979 a eu des conséquences dramatiques....stérilisation forcée, avortement jusqu'à 8 mois, commerce des foetus qui finissent dans des restaurants et qui sont censés apporter santé, vigueur et force....tout ce petit monde, hormis les principales intéressées, évidemment, qui se gave....une corruption générale et organisée :

"Les autorités du village ne se contentent plus d'arrêter ceux qui ont enfreint les lois du planning familial [...] Ils confisquent l'argent qu'ils ont sur eux, vident leurs comptes en banque - et tout cela va remplir les poches des dirigeants du district."


Le mari de Meili, notre héroïne, Kongzi, descendant lointain de la lignée de Confucius...

"ces salauds de communistes ont réussi à détruire l'héritage de Confucius : la bienveillance, la droiture, la propriété, la sagesse - toutes les valeurs qu'il mettait en avant ont disparu. Quand la femelle d'un panda attend un petit, la nation entière se réjouit. Mais quand une femme tombe enceinte, on la traite comme une criminelle. Dans quel pays sommes nous donc ?"

Meili, admirable de courage, de détermination, ne cesse de lutter pour assurer sa survie, celle de sa famille... cache sa nouvelle grossesse ( interdite) tant qu'elle le peut....se bat et se débat comme un beau diable pour progresser socialement...ce qui est son but ultime...

"Elle a découvert que les femmes ne sont pas maîtresses de leur propre corps, dont leurs maris et l'état se disputent la possession: les maris pour satisfaire leurs besoins sexuels et engendrer des héritiers mâles - et l'Etat pour affermir son pouvoir et faire régner la terreur, en les contrôlant sans arrêt. Ces intrusions constantes dans les régions les plus intimes de son corps l'ont coupée de son identité profonde......"Mieux vaudrait encore être morte, pense t- elle..."

A ceci s'ajoutent les dégâts écologiques causés par les usines, le recyclage des matériels électroniques récupérés de toute l'Europe....etc....

Un roman glaçant.... faut s'accrocher ! Hallucinant !

Je comprends que l'auteur vive désormais à Londres et soit indésirable en Chine No


\nMots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par simla
le Lun 3 Aoû 2020 - 2:46
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: MA Jian
Réponses: 12
Vues: 676

Deb Spera

Le chant de nos filles

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 51hfvj10

Destins tragiques entrecroisés de trois femmes, libres à leur façon dans la poisse des maris de Caroline du Sud des années 20 : la riche propriétaire et son secret de famille, la servante noire et la pauvre blanche qui lutte pour  nourrir ses trois filles. Des temps forts comme autant d’acmés pour marquer le temps et les esprits : une messe commune, une tempête et une réunion campagnarde.

Dans le genre on n’échappe pas à son destin, il s’agit plutôt de beaux portraits de femmes, échappant au stéréotypes du genre, mais le fond est un peu faiblichon alors que la fin en fait un peu trop.
Bref des pages tournées avec aisance, mais une impression de «tout ça pour ça».

\nMots-clés : #conditionfeminine #romanchoral
par topocl
le Lun 22 Juin 2020 - 17:09
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Deb Spera
Réponses: 2
Vues: 84

Joseph Conrad

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire -190110
Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

______________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
par Aventin
le Dim 24 Mai 2020 - 18:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 76
Vues: 5376

Carl Jonas Love Almqvist

Sara

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 41xim810

Une œuvrette toute simple, très courte, dans la frénésie créatrice de Carl Jonas Love Almqvist, écrivain peu traduit, et encore moins connu en France. L’écrivain suédois est présenté comme un penseur éclectique : d’abord rousseauiste, sensible à la mystique swedenborgienne et aux romantiques allemands, influencé par Hugo et par Balzac. Sara devait faire partie d’une vaste entreprise littéraire, Le Livre de l’Églantine, égalant sans doute en ambition La Comédie Humaine. On est en 1839 (la publication de Sara), dans un pays protestant et conservateur, il n’en reste pas moins étonnant que ce petit récit, dans toute sa simplicité et sa douceur, a déchaîné la presse et provoqué l’indignation à cause de la figure féminine qu’Almqvist a créé. Sara n’est pas vicieuse, ni même virulente, elle est juste libre. Je n’ose imaginer le scandale si c’était La Maison de Poupée qui avait paru à l’époque. Mais oui, certes, la pièce d’Ibsen a été publiée en Norvège quarante ans après Sara.

Le récit d’Almqvist séduit d’abord par son mouvement : on dirait qu’il s’agit tout le long d’un seul voyage, avec des ellipses ; d’une seule conversation entre Sara et le sergent qui l’a rencontrée, faite de courtes pauses où les personnages sont sur leur quant-à-soi. Almqvist profite aussi de ces quelques pauses pour piqueter ce voyage de couleurs et d’éléments réalistes. Le temps est à peine perceptible dans Sara ou l’émancipation, c’est magique mais, à la fois, tout se passe très vite et je dirai même que tout s’arrange trop vite. L’amour (celui du ciel de surcroît), reste un bastion inattaquable pour Almqvist ; et son livre n’est jamais aussi touchant ni si amusant pour moi lorsque ses protagonistes ne sont pas d’accord.


Mots-clés : #amour #conditionfeminine #identite
par Dreep
le Jeu 14 Mai 2020 - 20:29
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Carl Jonas Love Almqvist
Réponses: 3
Vues: 395

Angélique Villeneuve

Grand Paradis

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Grand_10


Dominique Lenoir travaille chez une fleuriste dans une petite station balnéaire, elle a toujours été passionnée par les plantes et la nature.
Un jour, sa soeur, Marie, la somme de reprendre les affaires qu'elle a laissées chez elle depuis le décès de leur mère. Au milieu des cahiers et de quelques livres, Dominique trouve une enveloppe portant l'inscription " Leontine L" et contenant trois photos d'une femme à trois âges différents de sa vie et la photo de l'adulte est "signée" Albert Londe, le photographe qui officiait aux cotés du Docteur Charcot à la Salpêtrière.
C'est le début d'une quête pour redonner vie à la femme photographiée, pour retracer l'enfance de Dominique et de sa soeur au milieu d'une famille brisée.
De l'évocation des consultations du Docteur Charcot  à celle des journées passée en pleine nature parce que la solitude est son refuge, Dominique essaye de recoller les souvenirs de son enfance et d'imaginer la vie des femmes soignées dans cet hôpital parisien.


C'est un roman sur la folie, l'"hystérie" étudiée par Charcot et ses confrères, un roman sur les choses tues, enfouies, cachées, sur la solitude, l'indifférence au sein d'une famille.
C'est une lecture parfois éprouvante mais qui dégage une grande émotion qui persiste une fois le livre refermé.
Un beau, mais triste, récit de la vie de plusieurs femmes.


Mots-clés : #conditionfeminine #enfance #famille #medecine
par janis
le Dim 26 Avr 2020 - 22:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Angélique Villeneuve
Réponses: 3
Vues: 174

Honoré de Balzac

Les chouans
ou: La Bretagne en 1799.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Les_ch11
Roman, 1829, 310 pages environ


Peut être lu ici

Ah la la, le premier chapitre, intitulé L'embuscade  Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 3123379589  !
Balzac revisite sans doute la bataille de La Pellerine en 1796, sans se croire tenu à la moindre fidélité à l'histoire factuelle, laquelle est un décor et non un but à atteindre.

C'est vraiment ça que j'étais venu chercher dans cette relecture !
(Idem, d'ailleurs, pour les autres tableaux, comme La Vivetière ou l'attaque de Fougères, elle aussi empruntant à un épisode historique)

Extrait:

L'embuscade a écrit: Du sommet de La Pèlerine apparaît aux yeux du voyageur la grande vallée du Couësnon, dont l’un des points culminants est occupé à l’horizon par la ville de Fougères. Son château domine, en haut du rocher où il est bâti, trois ou quatre routes importantes, position qui la rendait jadis une des clés de la Bretagne.
De là les officiers découvrirent, dans toute son étendue, ce bassin aussi remarquable par la prodigieuse fertilité de son sol que par la variété de ses aspects. De toutes parts, des montagnes de schiste s’élèvent en amphithéâtre, elles déguisent leurs flancs rougeâtres sous des forêts de chênes, et recèlent dans leurs versants des vallons pleins de fraîcheur.
Ces rochers décrivent une vaste enceinte, circulaire en apparence, au fond de laquelle s’étend avec mollesse une immense prairie dessinée comme un jardin anglais. La multitude de haies vives qui entourent d’irréguliers et de nombreux héritages, tous plantés d’arbres, donnent à ce tapis de verdure une physionomie rare parmi les paysages de la France, et il enferme de féconds secrets de beauté dans ses contrastes multipliés dont les effets sont assez larges pour saisir les âmes les plus froides.
En ce moment, la vue de ce pays était animée de cet éclat fugitif par lequel la nature se plaît à rehausser parfois ses impérissables créations. Pendant que le détachement traversait la vallée, le soleil levant avait lentement dissipé ces vapeurs blanches et légères qui dans les matinées de septembre, voltigent sur les prairies.
À l’instant où les soldats se retournèrent, une invisible main semblait enlever à ce paysage le dernier des voiles dont elle l’aurait enveloppé, nuées fines, semblables à ce linceul de gaze diaphane qui couvre les bijoux précieux et à travers lequel ils excitent la curiosité.
Dans le vaste horizon que les officiers embrassèrent, le ciel n’offrait pas le plus léger nuage qui pût faire croire, par sa clarté d’argent, que cette immense voûte bleue fût le firmament.



La technique balzacienne d'écriture, entrelaçant description-digression-action-dialogue, avec à chaque fois un ingrédient -juste un infime détail parfois-, porteur d'information sur les pages à venir, manière de mettre la puce à l'oreille, est déjà bien rodée.
De même, sa façon de s'adresser à un tiers fictif lorsqu'il introduit une digression, d'ordre descriptif ou linguistique par exemple.

On est, dans ce drame, de plain-pied dans ce qui fera la marque de fabrique de la Comédie humaine, et Balzac fait montre dès ces Chouans d'un tournemain d'orfèvre.
Ainsi il peut sembler que ce cher Honoré en fait des tonnes inextricables sur la façon dont s'amène et se noue la relation Marie de Verneuil-Le Gars, et le lecteur de se dire que l'équivalent d'une petite dizaine de pages eusse pu être lipposucée, alors qu'il s'agit en fait de tresser fil à fil une trame qui ne se dévoilera qu'au final.

Vous ne serez pas étonnés non plus que Balzac s'en donne à cœur-joie dans sa future grande spécialité, la peinture de mœurs, étant donné que, dans ce livre, les rapports sont tous teintés de méfiance, de paraître, de jeux de masques, de double-jeu, d'attitudes, de choix valant implications, de volte-face, rupture de confiance, bras-de-fer, trahisons et chausse-trappes...  

Le personnage principal n'est pas Le Gars (le marquis Alphonse de Montauran, le dernier Chouan en somme), il me semble, mais bel et bien Marie de Verneuil, caractère très fouillé, élaboré tout au long du roman, avec éclairage final.

Parmi les autres traits très Comédie humaine, la justesse du langage des dialogues, il serait sans doute nettement plus ardu de reconstituer ainsi celui-ci de nos jours, tandis qu'alors c'était assez frais pour limiter la déperdition.
Il en vaut de même pour les paysages, bourgades, moyens de transport, auberges, armement, etc...
Ce n'est pas un roman d'historien ni écrit pour les historiens, fussent-ils du langage, mais s'y dissimulent sans doute deux ou trois pépites valant témoignage.

Très Comédie Humaine aussi l'habile choix de la date de narration, servant la démonstration voulue par l'auteur; en 1799 c'étaient les ultimes soubresauts de ce qu'on a appelé les Guerres de l'Ouest (un titre éphémère de ce roman a d'ailleurs été Le dernier Chouan, avec référence évidente au Dernier des Mohicans, de Fenimore Cooper, paru trois ans plus tôt et traduit en français dès sa parution en langue originale):
La condamnation aux poubelles de l'Histoire du mouvement Chouan n'en est que facilitée, tacitement mise en démonstrative évidence.  
 
Toujours s'agissant d'un ouvrage d'histoire récente au moment de son écriture (Balzac est né -coïncidence- en 1799), on apprécie le petit régal de la description d'un muscadin, plus exactement d'un incroyable d'ailleurs, peinture savoureuse d'un caractère (Corentin) qui s'avère être l'œil et l'oreille du pouvoir policier [de Fouché donc], d'une grande habileté à la manigance en sous-main et à la sale besogne discrète d'État.

Comme Corentin, bien des seconds rôles sont campés entre justesse, force et stéréotype, avec, c'est à souligner, un fréquent recours à des comparatifs de l'ordre du bestiaire, ainsi, outre Francine, au fidèle service de Marie, prenons par exemple:

- Hulot, le colonel vétéran de toutes les guerres de la révolution, au langage troupier d'époque et aux attitudes militaires toutes en rectitude, déjà inconditionnel de Bonaparte (lequel, pas encore Napoléon, est alors en Égypte).

- d'Orgemont, qui traverse le roman sans jouer un rôle prépondérant, symbolise, comme Corentin, une des facettes de cette nouvelle race d'hommes "modernes" issue de la révolution, roué, prenant des risques, entre l'avare classique des temps anciens et l'homme d'affaire qui s'adapte à tout et tire profit de tous les chaos sans être habité par la moindre doctrine, éthique ou soupçon d'état d'âme, rapace malfaisant plaçant confiance et ardeur dans l'ère nouvelle.

En fait, le véritable ennemi à combattre d'urgence pour les paysans bretons qui chouannent, ce serait lui, mais il est nettement plus invisible, comme dissous dans l'époque, qu'un soldat bleu menant tambour, cocarde et tricorne...

Ceux-ci, ces paysans, voire la Bretagne elle-même en tant que contrée sauvage et pauvre sont aussi inadaptés aux temps nouveaux que ne le sont, tels qu'ils sont dépeints, les principaux caractères dirigeants masculins de la chouannerie, comme féminin du reste (la Jument de Charette).

Nettement plus subtile est l'inadaptation de Marie de Verneuil à son temps.

Extrait:

Mademoiselle de Verneuil était occupée à contourner les branches de houx qu’elle avait cueillies, et disait :
— Je ne sais pas si ce houx sera bien joli dans les cheveux. Un visage aussi éclatant que le mien peut seul supporter une si sombre coiffure, qu’en dis-tu, Francine ?

Plusieurs propos semblables annoncèrent la plus grande liberté d’esprit chez cette singulière fille pendant qu’elle fit sa toilette. Qui l’eût écoutée, aurait difficilement cru à la gravité de ce moment où elle jouait sa vie. Une robe de mousseline des Indes, assez courte et semblable à un linge mouillé, révéla les contours délicats de ses formes ; puis elle mit un pardessus rouge dont les plis nombreux et graduellement plus allongés à mesure qu’ils tombaient sur le côté, dessinèrent le cintre gracieux des tuniques grecques. Ce voluptueux vêtement des prêtresses païennes rendit moins indécent ce costume que la mode de cette époque permettait aux femmes de porter. Pour atténuer l’impudeur de la mode, Marie couvrit d’une gaze ses blanches épaules que la tunique laissait à nu beaucoup trop bas. Elle tourna les longues nattes de ses cheveux de manière à leur faire former derrière la tête ce cône imparfait et aplati qui donne tant de grâce à la figure de quelques statues antiques par une prolongation factice de la tête, et quelques boucles réservées au-dessus du front retombèrent de chaque côté de son visage en longs rouleaux brillants. Ainsi vêtue, ainsi coiffée, elle offrit une ressemblance parfaite avec les plus illustres chefs-d’œuvre du ciseau grec. Quand elle eut, par un sourire, donné son approbation à cette coiffure dont les moindres dispositions faisaient ressortir les beautés de son visage, elle y posa la couronne de houx qu’elle avait préparée et dont les nombreuses baies rouges répétèrent heureusement dans ses cheveux la couleur de la tunique. Tout en tortillant quelques feuilles pour produire des oppositions capricieuses entre leur sens et le revers, mademoiselle de Verneuil regarda dans une glace l’ensemble de sa toilette pour juger de son effet.

— Je suis horrible ce soir ! dit-elle comme si elle eût été entourée de flatteurs. J’ai l’air d’une statue de la Liberté.

Elle plaça soigneusement son poignard au milieu de son corset en laissant passer les rubis qui en ornaient le bout et dont les reflets rougeâtres devaient attirer les yeux sur les trésors que sa rivale avait si indignement prostitués.


Il faut se souvenir sans doute que Balzac, lui, naît d'un père très homme nouveau, du progressisme que donne le couple argent-appartenance à la capitale, ayant fait fortune en se faufilant dans une carrière administrative centrale, sous la République puis l'Empire, et d'une mère d'une lignée de commerçants parisiens aisés. Ses parents le rêvaient notaire, c'est-à-dire un de ses points de rencontre et de confusion entre avoir et être, aisance, position sociale et titre de maître...

En opposition avec tout ceci donc, les personnages chouans, en premier lieu les nobles, sont un peu stéréotypés, avides de titres et de reconnaissance tarifée, se leurrant sur ce monde Directoire, qu'ils croient une péripétie fugace avant le retour du Trône Bourbon, Directoire d'où pourtant lève confusément le futur Empire.  

Pis encore, les paysans chouans, toujours croqués en traits péjoratifs.
Comme Galope-Chopine, Pille-miche, Mène-à-bien ou Marche-à-terre, ils sont campés comme inhumains, pratiquant -comme dans toute guérilla- le pillage, les représailles envers la population neutre au conflit, la torture, les bassesses diverses.

Inhumains car abrutis, cupides, avides, crédules, violents, manipulés par leur clergé - ce dernier est, vous vous en doutiez, bien entendu illustré tout empli de fausseté, attisant les ardeurs à grands coups de mensonges idéologisés.

Mais inhumains aussi car campés, à trait forci, tels des humains-animaux mais aussi végétaux et minéraux, hommes-pays, au langage déprécié, à l'obscurantisme -par avance et sans recours blâmé- en étendard.
Le thème des manières, des façons, de l'éducation, de la bonne naissance -de la distinction- traverse, en opposition, l'ouvrage.

Au cas où nous serions durs de la comprenante sans doute, le soldat bleu "de base" est tout de suite peint en termes mélioratifs, "plus" - plus amène, plus drôle, plus franc, courtois et plus noble de façons.

Difficile, toutefois, Balzac l'admet, de voir en ces paysans-brigands les stipendiés de l'Angleterre de la propagande du Directoire.

Bref, ces Chouans de terrain sont les néandertaliens de l'histoire, condamnés à mourir ou se fondre, alternative qui est aussi celle du couple principal.

Mais se fondre dans quoi ?
Les menées politiques, sous-entendues impures et truquées (mais Balzac écrit aussi à la clarté des trente premières années du XIXème), ne proposent en guise de Lumières et de renversement de cet obscurantisme, que l'abandon de la langue, des mœurs, de la terre, d'une certaine façon rurale confinant au tribal - bref l'abandon des siens, de ses racines, d'un mode de vie prodigieusement simple et des mânes des ancêtres pour se précipiter dans le libéral règne de l'argent, d'une bourgeoisie naissante qui s'apprête à tirer tous les marrons du feu révolutionnaire - comme, plus tard, à traire les perfusions du sang populaire versé aux hégémoniques visées impériales.

Ce qui permet de faussement interroger, Balzac en illustrant la réponse dans ce livre:
À travers la peinture des personnages féminins principaux -et l'un est central- que sont Melle de Verneuil et Mme du Gua Saint-Cyr, la femme avait-elle plus sa place dans cette conception du monde nouveau, se targuant d'être révolutionnaire et abolissant le précédent, que ne l'avait le paysan de Bretagne ?  

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #guerre #historique #insurrection #politique #revolution #trahison
par Aventin
le Sam 21 Mar 2020 - 16:14
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Honoré de Balzac
Réponses: 41
Vues: 1771

Sony Labou Tansi

Les sept solitudes de Lorsa Lopez

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 97820210

Estina Benta, l’épouse de Lorsa Lopez a été massacrée. Le meurtre provoque un soulèvement des femmes de Valancia, avec Estina Bronzario en chef de file. À part décrire le climat d’extrême violence qui règne dans le roman de Sony Labou Tansi, je ne peux guère en dire beaucoup plus sur ce qu’il raconte puisque souvent je ne comprenais rien. J’ai pourtant accroché, parce qu’ici l’énergie poétique contrebalance tout. Une énergie carnassière, pleine de bruit et de… couleur. Sony Labou Tansi parle beaucoup du corps humain : ignoble lorsqu’il est déchiqueté ; merveilleux, sensuel, lorsqu’il est en vie, non-vulnérable.

Sony Labou Tansi a écrit:Moi aussi je m’étais mise à l’aimer avec la même force du nombril noué sur le monde, très fort. Aussi fort qu’il m’est impossible de l’affirmer. Je l’avais dans mon ventre en guise de viscères, odeur d’amour, eau et jus de rêve, petit lac de paix couleur de pleine lune : le grand poème infini du sang fête le sang, le sang qui cogne son feu sur la paroi de l’être tout entier…


En dehors de quelques fulgurances, le lyrisme de Sony Labou Tansi est plutôt contenu : il y a plus d’urgence à décrire un climat où la déréliction et la terreur sont de mise, où l’assassinat devient quotidien, inévitable. Mais Les sept solitudes de Lorsa Lopez est aussi fait de petites phrases magiques, de belles images qui inoculent un peu d’espoir et un peu de paix dans cette fournaise du crime.


Mots-clés : #conditionfeminine #violence
par Dreep
le Lun 10 Fév 2020 - 22:01
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Sony Labou Tansi
Réponses: 7
Vues: 468

Alaa al-Aswany

Automobile Club d'Égypte

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 97823310

Étalage de bons sentiments, surtout ceux de l’épouse, en Égypte traditionnelle (notamment de Haute-Égypte, d’où proviennent la famille Hamam et Alaa al-Aswany d’après son nom), respect de Dieu, bigoterie et sens des convenances, obséquiosité ‒ mais il est vrai que cette société fait des Égyptiens des êtres foncièrement "sociaux" et gentils.
La misère sexuelle et le rapport problématique au sexe sont aussi typiques de cette société en porte-à-faux entre Orient et Occident.
La phrase citée par Dreep m’a choqué à la lecture :
« ‒ Chers condisciples, généralement nous rattachons le sens du mot “viol” au viol d’un corps. Mais cela est faux. Le viol, fondamentalement, est le viol d’une volonté. L’occupation vise à assujettir l’Égypte. Les Anglais veulent briser notre volonté. L’occupation est un viol. L’Égypte est violée. L’Égypte est violée. Est-ce que vous acceptez que votre pays soit violé ? […]
‒ Égyptiens, étudiants de l’université. Les négociations ne servent à rien. Ce ne sont pas des mots qui feront sortir les Britanniques d’Égypte. Les Britanniques ne comprennent que le langage de la force. Ils ont occupé notre pays par la force et ils ne l’évacueront que grâce à la force. Fils de l’Égypte, vous qui êtes son espérance, l’Égypte vous regarde. Cette journée est votre journée. Les soldats anglais violent vos mères et vos sœurs. Et vous, que faites-vous ? »

C’est l’argumentaire d’Hassan Mo’men, « le responsable du parti Wafd à l’université », pour soulever les étudiants : le moins qu’on puisse dire est qu’il utilise une rhétorique basée sur l’émotivité machiste…
Alaa al-Aswany excelle à croquer ses personnages aux traits caractéristiques ; ils dénotent son sens de l’observation (cf. Bahr le barman, ou Aïcha et sa fille Faïqa). La peinture des atermoiements de la main-d’œuvre servile du Club en difficile voie de passage de la résignation à l’indignation, leur "prise de conscience politique" parallèle à celle de l’Égypte dominée/ occupée/ colonisée par l’Angleterre, est particulièrement fouillée.
« La justice pervertit les serviteurs. »

L’invention de l’automobile par Carl Benz en Allemagne, épaulé par sa femme Bertha, qui débute le roman, de même que le découpage des séquences des fils de différentes vies, m’ont paru plutôt inappropriés ou artificiels, ainsi que la fin.

Mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #fratrie #social
par Tristram
le Mar 10 Déc 2019 - 23:08
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 25
Vues: 2587

Rutebeuf

Le premier béguinage du royaume fut institué à Paris par et sous la protection de Saint-Louis en 1264,  là nous avons une indication historique, le poème ci-dessous est à plutôt dater de la fin de la vie de Rutebeuf.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Bzogui10

Le Dit des Béguines

Spoiler:
Le béguinage naît à la fin du XIIème à Liège dans l'actuelle Belgique, existe encore aujourd'hui et paraît même connaître un regain non seulement d'intérêt, mais de vitalité, après une histoire toute en éclipses et discontinuités.

Pourtant, c'est un peu un pis-aller, une moins mauvaise solution à l'origine:

Les couvents ne pouvaient absorber toutes les vocations (un numerus clausus fut même promulgué, en 1215 au Concile de Latran, tellement les candidatures à la vie monacale étaient nombreuses !), surtout féminines, lesquelles ne pouvaient, en somme, pas être reversées dans le clergé séculier et donc difficilement dans le clergé régulier, à peine dans les nouveaux ordres mendiants, en particulier la branche franciscaine - les Clarisses -:
Ce sont ces ordres mendiants qui ont, sinon peut-être "inventé", du moins protégé et cherché à propager le béguinage.
S'ajoutent aux candidates de vocation un gros afflux venu du veuvage et du célibat féminin non choisi de manière générale, conséquence des guerres, épidémies, rapines et de l'insécurité (le royaume de France étant un peu plus épargné que ses voisins, ce qui peut expliquer une diffusion plus tardive du mouvement du béguinage).

Les béguines optent pour une vie communautaire (repas, prières, soins, travaux...), logent chacune dans un petit habitat individuel le plus souvent, lesquels habitats sont contigus et groupés autour d'une chapelle, ou d'une église, le béguinage étant sous la direction d'une Maîtresse entourée de son Conseil, cette hiérarchie étant le plus souvent élue, mais pouvant être nommée.
Elles ne prononcent pas de vœux et se confortent à un règlement souple qui n'est pas une Règle, à l'instar de celles de Saint-Benoît ou de Saint-François, mais tend à s'en approcher.
C'est une manière d'entraide, quelques garanties de sécurité, la protection royale et des ordres mendiants, une bonne façon de vivre sa foi tout en conservant son autonomie, en restant économiquement actif et en vivant dans le Siècle et non cloîtré: bref, ce n'est pas rien au XIIIème, on comprend l'engouement et la rapide propagation (une ville comme Strasbourg en comptera vite plusieurs dizaines !).

La réaction ne se fait pas attendre: Le Concile de Vienne de 1312 interdit les béguinages, qui subsistent toutefois en Flandre, protégés par quatre évêques n'ayant pas froid aux yeux...

Avant ceci, les béguinages provoquent l'ire de Rutebeuf, qui n'a ni argent, ni logement confortable ou adapté, ni vêtement, ni protection, ni revenu, ni perspectives, et leur reproche ouvertement de n'être pas tout à fait des religieuses mais de bénéficier du respect dû à celles-ci, idem, sinon de pouvoir faire tout ce qu'elles veulent, du moins de jouir d'une certaine liberté alliée à une grande considération, et de changer de vie si elles le désirent, bref, tout ce qui lui manque...




Allez, assez bavassé, en avant pour un joli morceau satirique et drôle !

Li Diz des Béguines a écrit:

Des Béguines,


ou ci encoumence


LI DIZ DES BÉGUINES





En riens que Béguine die
N’entendeiz tuit se bien non ;
Tot est de religion
Quanque hon trueve en sa vie :

Sa parole est prophécie ;
S’ele rit, c’est compaignie ;
S’el’ pleure, dévocion ;
S’ele dort, ele est ravie ;
S’el’ songe, c’est vision ;
S’ele ment, non créeiz mie.

Se Béguine se marie,
S’est sa conversacions :
Ces veulz, sa prophécions
N’est pas à toute sa vie.
Cest an pleure et cest an prie,
Et cest an panrra baron.
Or est Marthe, or est Marie ;
Or se garde, or se marie,
Mais n’en dites se bien non :
Li Rois no sofferroit mie.


Explicit des Béguines.


Proposition de transcription:

Le dit des Béguines

En chaque chose qu'une Béguine dit
N'entendez rien sauf du bien:
Tout est conforme à la religion
Quoi qu'on puisse trouver dans sa vie.

Sa parole est prophétie;
Si elle rit, c'est convivial;
Si elle pleure, dévotion;
Si elle dort, elle est en extase;
Si elle songe, c'est vision;
Si elle ment, n'en croyez rien.

Si elle se marie,
C'est sa nouvelle conversion:
Ses vœux, sa profession de Foi
N'est pas édictée pour la vie.
Cette année elle pleure et cette année elle prie,
Et cette année elle prendra baron pour mari:
Elle est Marthe, elle est Marie,
Elle est chaste, elle se marie,
Mais n'en dites que du bien sinon:
Le Roi ne le souffrirait point.


En somme Rutebeuf reproche que les Béguines aient l'avantage d'une vie ecclésiale, et l'approbation des puissants, sans en connaître les inconvénients: j'ai failli cocher #Jalousie parmi les mots-clefs suggérés.
Il préfigure la décision d'interdiction qui les frappera au siècle suivant.

Lui qui ne connaît que la paille, la misère, les expédients doit trouver que le béguinage, c'est le comble du bien-être, du nantissement en sus d'une vie orans et laborans, qui est le nec plus ultra rêvé du temps...
D'où ce ton persiffleur, cette charge, ce coup de griffe destiné à écorcher.

On est loin du raffinement, de l'aboutissement formel extraordinaire de La griesche d'yver.
Cette prosodie est rendue acérée via le balancement très incisif des S..., quasiment sur les douze vers qui précèdent les deux Or...  proches des vers finaux.
Ces deux vers "Or..." marquent un ralentissement préparatif à la touche terminale du dernier vers, osée, et qui constituerait peut-être une indication de datation à mettre au conditionnel:
Ce serait sous le règne de Philippe III Le hardi et non de Saint-Louis que ce Dit des Béguines fut composé.

Mots-clés : #conditionfeminine #humour #moyenage #poésie
par Aventin
le Lun 11 Nov 2019 - 10:10
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Rutebeuf
Réponses: 18
Vues: 656

Miriam Toews

Ce qu’elles disent

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Proxy208

Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct 2019 - 18:03
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Miriam Toews
Réponses: 1
Vues: 615

Daniel de Roulet

10 petites anarchistes

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Index14

Au XIXème siècle, elles partent du Jura suisse  où les hommes et la vie les ont déçues, ces 10 jeunes femmes qui vont, avec une belle bande d’enfants,  tenter de vivre une utopie anarchiste en Amérique du Sud. L’exil, le climat, la rudesse des mâles, la difficulté de la tâche, l’amour, la mort, vont les éliminer une à une en dix  chapitres ouvertement placés sous la  férule d’Agatha Christie. Mais elles auront vécu – et partagé par ce roman - une belle aventure tout à la fois politique et humaine : d’amitié, de coopération .


Mots-clés : #amitié #conditionfeminine #immigration #politique #social #solidarite #xixesiecle
par topocl
le Jeu 3 Oct 2019 - 11:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Daniel de Roulet
Réponses: 3
Vues: 542

Luca Di Fulvio

Le gang des rêves

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Le_gan10

Titre original: La gang dei sogni. Paru en italien en 2008, roman, 920 pages environ.

Le roman débute à Aspromonte, Calabre, au début du XXème siècle.
Une petite fille (Cetta) grandit sous le regard de sa mère mais aussi celui, concupiscent, du patron de celle-ci, qui visiblement possède êtres, terres et choses et en dispose à son gré.
Cetta, devenue adolescente, se fait estropier par surprise par sa mère, afin de lui éviter les griffes du patron ou de l'entourage de celui-ci.
Ce sera sans succès et elle accouchera, "à presque quatorze ans", d'un garçon prénommé Natale, c'est-à-dire Noël.
Peu désireuse d'appartenir au patron comme l'une de ses terres, elle s'embarque à Naples pour l'Amérique avec son bébé. La traversée se passe en viols continus par le capitaine, contre un quignon de pain et un peu d'eau. Une fois débarqués à Ellis Island et sur recommandation du capitaine, la petite fille, flanquée de son bébé, va connaître des années durant la prostitution en maison close.
Son maquereau, Sal Tropea, sous des allures brutales est doté d'un cœur ainsi qu'on s'en aperçoit petit à petit au fil des pages, pour un premier élément un peu positif dans ce livre, ce qu'on n'osait plus espérer. Ce personnage de souteneur-gangster impuissant fait un petit peu songer à Sanctuaire, de Faulkner, est-ce là une référence que Di Fulvio est allé glaner ?
Une référence certaine est l'emprunt de Diamond Dogs, de David Bowie, revendiqué en-tête du reste, comme nom de gang (tiré de l'album et de l'excellent tube éponymes).

Natale Luminata devient Christmas Luminata, grandit dans le New-York du Lower East Side dans la pauvreté, la violence et hors système scolaire: il ne veut plus retourner à l'école depuis que des gamins lui ont tracé un P à la pointe du couteau sur la poitrine, qui lui laissera une cicatrice à vie, P signifiant Putain en rapport au métier exercé par sa mère.
Son bagout, une ou deux rencontres (Santo le copain docile et effacé, Pep le boucher à la chienne galeuse), et l'observation active de la rue, ses mœurs, ses codes et son spectacle lui tiennent lieu d'apprentissage de la vie.
Son destin commence à basculer le jour où il recueille, dans les immondices d'un terrain en chantier, une adolescente de son âge, presque moribonde, frappée, violée et amputée d'un doigt. Elle se trouve être Ruth Isaacson, petite-fille d'un millionnaire en vue...
mais je ne vais pas vous résumer les 700 pages restantes !

Comme je le disais sur le fil Nos lectures en Août 2019, Di Fulvio pratique un matraquage à la violence, au sordide et à l'abjection durant les premiers chapitres, sans doute pour aguicher le voyeur-lecteur, ça doit marcher sans doute (est-ce assez "grand public" ?), mais, franchement, à mon goût là il en fait trop: a-t-on besoin de ce pilonnage systématique alors qu'on vient à peine de quitter l'embarcadère pour une traversée de plus de 900 pages ?
Retors, il ajoute alors des retours chronologiques permanents afin de bien laisser la tête lourde  à l'heure de reposer le livre sur votre chevet, comme si le contenu ne suffisait pas (le lecteur n'auto-intitulera pas ce bouquin "Le gang des bonnes nuits et des beaux rêves").

Heureusement Di Fulvio rentre à temps dans une espèce de linéarité chronologique, et l'ouvrage se suit, au fil des pages comme si c'était au gré d'un courant non tumultueux. Homme de théâtre, Di Fulvio fait de chaque chapitre une entrée en scène: on suit le ou les personnages avant de passer à une autre scène, un autre lieu souvent, au chapitre suivant.

Reste à décerner beaucoup de points positifs, comme le style, alerte, vif, Luca Di Fulvio s'avère être une plume rompue au tournemain du savoir-camper, tout en restant percutante, sans encombrer.
De plus l'ensemble du roman est bien découpé/calibré, et c'est remarquable sur la très longue distance de cet ouvrage (exercice très casse-figure, tout le monde n'est pas Tolstoï !), et le final, parti de loin, amené sur 150 pages environ, assez travaillé et pas nécessairement prévisible, m'a ravi, m'arrache quelques applaudissements spontanés (encore la patte de l'homme de théâtre, peut-être ?).






Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #enfance #esclavage #immigration #prostitution #segregation #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 10 Aoû 2019 - 6:05
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Luca Di Fulvio
Réponses: 5
Vues: 622

Ramuz Charles-Ferdinand

Aline

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Aline11

Court roman (Ramuz préfère "histoire") 140 pages environ, 1905, souvent remanié par l'auteur au fil des ré-éditions.


Une dramatique faisant efficacement passer la révolte contre l'injustice abjecte, aigüe à l'époque de Ramuz mais bien sûr toujours aussi tristement d'actualité, d'une jeune femme, jeune fille même plutôt, abandonnée enceinte tel un citron qu'on a pressé et dont on peut jeter la peau.

Ramuz précis, sobre, quelques parcimonieux passages de poésie en prose descriptive bien dans sa marque de fabrique, et qui jouait gros sur ce roman, lequel recevra bon accueil et contribuera à lancer un peu mieux l'écrivain, après avoir refusé de publier un roman achevé, "La vieille Henriette":
Henriette, c'est justement le prénom de la mère d'Aline.  

Ramuz en personne minimise l'éclat et la portée d'"Aline", et se contredit en ayant soin de remanier le texte presque à chaque nouvelle édition, pas mal pour un ouvrage "de jeunesse", "sans importance", dont l'auteur se demande "en quoi cette histoire peut encore intéresser les lecteurs".

Dégustons donc un roman percutant, allant au fait avec simplicité et sans détours, épuré.
La charge poético-narrative et descriptive, qui reste son estampille, est au rendez-vous, bien que tenue en bride, comme dans l'extrait ci-dessous (où le lecteur ramuzien ronronne d'aise tout de même !):

L'après-midi passa bien lentement. La chaleur alourdit les heures comme la pluie les ailes des oiseaux. Aline cueillait des laitues avec un vieux couteau rouillé. Quand on coupe le tronc, il sort un lait blanc qui fait des taches brunes sur les doigts et qui colle. Les lignes dures des toits tremblotaient sur le ciel uni, on entendait les poules glousser et les abeilles rebondissaient à la cime des fleurs comme des balles de résine. Le soleil paraissait sans mouvement. Il versait sa flamme et l'air se soulevait jusqu'aux basses braches où il se tenait un moment et il retombait; les fourmis courraient sur les pierres; un merle voletait dans les haricots. Lorsque son tablier fut plein, Aline considéra le jour, le jardin et la campagne. Puis elle entendit sa mère qui l'appelait.  



Mots-clés : #conditionfeminine #jeunesse #ruralité #xxesiecle
par Aventin
le Dim 21 Juil 2019 - 19:41
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
Réponses: 104
Vues: 5248

Isabelle Desesquelles

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Les_ho10

Pour raconter l'histoire d'une existence, la vie qui s'étire, on peut choisir de parler d'une rencontre, d'un couple qui se forme, de la famille qui se crée, du temps qui passe...Ou alors, on fait parler des femmes, membres d'une même famille qui sont toutes liées par une esthéticienne qui s'occupe d'eux, un peu différemment de ce qu'on imaginerait : pour les écouter et leur donner le droit d'être à l'écoute d'eux mêmes.

Les mains d'Alice donnent l'oubli à ceux qu'elles touchent.


Se dessinent alors des portraits de tous les âges : de la petite Judith qui vient de naître à Jeanne la mamie que tout le monde aime. Toutes ont dans leurs pensées Eve qui s'est suicidée et dont l'absence , finalement, crée un besoin de présence.

On meurt mais on continue à tenir les rênes de la mémoire de ceux qui nous ont aimées.

Ces femmes nous racontent leurs vies, leurs sentiments, le temps qui passe, et une intimité que jamais l'écriture ne rend déplacée.

C'est parfois drôle, souvent mélancolique, et les secrets de chacune ne sont pas toujours faciles à porter.


Et la poésie de l'écriture est toujours là, des références cinématographiques, littéraires et musicales viennent animer le récit.

Une bien belle lecture qui nous fait nous questionne longtemps, un fois le livre reposé.


Mots-clés : {#}conditionfeminine{/#} {#}intimiste{/#} {#}nostalgie{/#} {#}romanchoral{/#}
par Invité
le Jeu 27 Juin 2019 - 21:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Isabelle Desesquelles
Réponses: 6
Vues: 337

François Cheng

Quand reviennent les âmes errantes
Sous-titré: Drame à trois voix avec chœur.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Quand10
Court roman, 140 pages environ, paru en 2012.

François Cheng a bâti ce livre comme un opéra, voir le sous-titre en guise de clin d'œil musical.
Cinq actes comme autant de Mouvements, et un chant final.

Tout comme dans Le Dit de Tian-Yi le cœur de l'ouvrage est une relation à trois, une femme, Chun-niang (qui incarne la Beauté) et deux hommes, Jing Ko (le Chevalier) et Gao Jian-li (le Barde).
Ce trio prend le "je" narratif à tour de rôle, mais il y a aussi un narrateur extérieur: cela concourt à cet aspect presto ! qui semble être la marque de fabrique formelle de ce roman.

C'est aussi un roman historique, situé au troisième siècle avant Jésus-Christ, c'est la période, noire, trouble, des Royaumes combattants, avec la victoire unificatrice de l'autocrate plus que très cruel Qin Shi Huang (Zheng dans le roman), le Premier Empereur de Chine, considéré comme le père de la Grande Muraille, qui pense fonder une dynastie pour "dix mille générations", or elle ne lui survivra...que trois ans.  

La poétique (un lyrisme voyant mais jamais criard) et le découpage à la façon musicale ne viennent en rien estomper l'intensité et la noirceur de ce qui est une dramatique, quelques pages (dispensables pour les âmes sensibles) de tortures nous rappellent combien cru et cruauté s'accordent.

Opus un peu en-dedans par rapport aux splendeurs déployées par Le Dit de Tian-Yi, la comparaison ne tourne pas en faveur de Quand reviennent les âmes errantes, peut-être même faut-il conseiller de commencer par ce dernier livre avant d'entreprendre la lecture du Dit (le lecteur pressé et soucieux de quelques éléments de la thématique du trio amoureux chez M. François Cheng y verra une bonne aubaine, d'ailleurs) ?

Le chant final, je ne sais pas ce qu'il vaut en chinois, ni s'il a été composé en français directement (probablement), mais il sonne un peu trop "traduit du" pour valoir...emballage final: allez, lecteur exigeant et conscient du talent de l'auteur, je le dis: j'attendais mieux de M. François Cheng, poète de qualité.

Reste que, et ça va peut-être vous sembler contradictoire avec ce que je viens d'écrire, l'écrivain élégant qu'il est, racé sans préciosité, limpide, est toujours un bonheur de lecture.  


Acte III a écrit: Le repas terminé, Gao Jian-Li se lève et se met à l'écart. Son zhou posé sur les genoux, il joue. Tout d'abord un morceau grave et solennel, puis il entre dans le mode zhi, celui du ton rompu. C'est dans ce mode que les musiciens expriment les sentiments les plus tragiques. À mesure que le chant avance, les sons mêlés au bruit de l'eau sont plus poignants, plus intenses. Les participants à la scène ont les yeux exorbités et les cheveux dressés.  


Acte I a écrit:À peine deux ans plus tard arriva le malheur. Le vert de la nature vira au jaune terreux. Privé de pluie, accablé de chaleur, le sol se mit à craqueler. La sécheresse s'installa, inexorablement, suivie d'une terrible famine. Partout plantes et bétail périssaient. Torturés par la soif et la faim, nous étions réduits à traquer le moindre fruit sauvage, la moindre flaque d'eau, le moindre brin d'herbe, le moindre insecte. Une nuit, la poitrine creuse et le ventre gonflé, mon frère expira dans les bras de ma mère. Le lendemain, enveloppé d'un drap, son pauvre corps fut enterré. L'inexorable exode commença. Nous fuyions sur la grand-route jonchée de cadavres. Mes parents, exténués, devaient me porter tour à tour car, totalement épuisée, je ne pouvais plus avancer d'un pas. Afin que j'ai une chance d'avoir la vie sauve, ils furent acculés à me laisser à un couple d'aubergistes, en échange d'une petite somme d'argent. C'est ainsi que je fus vendue à des étrangers en un rien de temps.  




Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #historique #mort #regimeautoritaire
par Aventin
le Dim 9 Juin 2019 - 18:50
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: François Cheng
Réponses: 18
Vues: 1394

Margaret Atwood

La Servante écarlate

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire La_ser10


Publié en 1985, ce roman s’intitule dans sa langue originelle The Handmaid's Tale ; l’adjectif "écarlate" a-t-il été choisi pour éviter le "rouge" qui renvoyait trop au communisme ?
Defred ("qui appartient à Fred"), une servante rouge, raconte sa vie, ses remémorations et ses espoirs/ rêves du moment au cours d’une « reconstitution » intime (à la fois in petto et postérieurement aux évènements). Sa fonction est la reproduction, ou mieux dit la génération, la procréation, l’engendrement (il n’est pas expressément précisé que nous ne sommes tous que des porteurs de gènes).
« Un homme, c’est juste une stratégie de femme pour fabriquer d’autres femmes. »

« Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

C’est donc une dystopie, uchronie vu de nos jours, en tout cas un recul de la condition féminine ; de plus, celle-ci est perçue de l’intérieur, la narratrice étant une femme, comme l’auteure.
La protagoniste est pleine de sensualité ‒ évidemment bridée, comme tout ce qui fait sa personnalité, dans une société coercitive progressivement décrite, savamment dévoilée. Loin d’être la seule à désapprouver secrètement cette existence imposée, elle n’a d’autre option que se soumettre pour survivre dans les moins mauvaises conditions.
Des scènes frappantes marquent l’esprit du lecteur : un autodafé de revues porno (la pudibonderie fait partie des ingrédients des régimes autoritaires), l’accouchement public, l’exhibition des contrevenants à la norme suite à une « Rédemption » :
« Les corps pendus au Mur sont des voyageurs du temps, des anachronismes. Ils sont venus du passé. »

Les observations/ inventions psycho-sociales sont nombreuses et judicieuses (comme la « Particicution », sur les principes du bouc émissaire et de la soupape de sûreté :
« Pourquoi achetaient-elles tant de vêtements différents, dans l’ancien temps ? Pour donner l’illusion aux hommes qu’elles étaient plusieurs femmes différentes. Tous les jours une femme nouvelle. »

Cela se passe aux USA, et une guerre (réelle ? civile ?) est en cours.
« "Le transfert des Enfants de Cham se poursuit conformément au plan, dit le visage rose et rassurant, revenu à l’écran. Trois mille sont arrivés cette semaine dans la Patrie Nationale Numéro Un, et deux mille autres sont en route." Comment peuvent-ils transporter autant de gens en même temps ? Trains, autocars ? On ne nous en montre pas d’images. La Patrie Nationale Numéro Un est en Dakota du Nord. Dieu sait ce qu’ils sont censés faire, une fois arrivés. De l’agriculture, en principe. »

Les vues de cet univers totalitaire s’apparentent évidemment à un formatage moral-pudibond (et la résistance clandestine repose souvent aussi sur des croyances religieuses).
« Notre société se mourait, disait Tante Lydia, à cause de trop de choix. »

« Ce qu’on ne sait pas ne peut pas faire de mal, voilà tout ce qu’elle a bien voulu dire. »

« Vous ne serez pas tentées par ce que vous ne connaissez pas, avait coutume de dire Tante Lydia. »

« N’importe quelle nouvelle, aujourd’hui, vaut mieux que pas de nouvelles du tout. »

« Je ne m’appelle pas Defred, j’ai un autre nom, dont personne ne se sert maintenant parce que c’est interdit. Je me dis que ça n’a pas d’importance, un prénom, c’est comme son propre numéro de téléphone, cela ne sert qu’aux autres. Mais ce que je me dis est faux, cela a de l’importance. Je garde le savoir de ce nom comme quelque chose de caché, un trésor que je reviendrai déterrer, un jour. Je pense à ce nom comme à quelque chose qui serait enfoui. Ce nom a une aura, comme une amulette, un talisman qui a survécu à un passé si lointain qu’on ne peut l’imaginer. »

« Comme le savaient les architectes de Gilead, si l’on veut instituer un système totalitaire efficace, ou n’importe quel système, d’ailleurs, il est nécessaire d’offrir certains bénéfices et libertés à tout le moins à une poignée de privilégiés, en échange de ceux que l’on abolit. »

Le regard d’Atwood est pointu, voire acerbe :
« Je me souviens d’avoir déambulé dans des galeries d’art, parcourant le XIXe siècle : l’obsession des harems qu’ils avaient alors. De douzaines de tableaux de harems, femmes grasses paresseusement étendues sur des divans, coiffées de turbans ou de toques de velours, à se faire éventer avec des plumes de paon, un eunuque à l’arrière-plan montant la garde. Études de chair sédentaire, peintes par des hommes qui n’étaient jamais entrés dans ces lieux. Ces tableaux étaient censés être érotiques, et je les croyais tels, à l’époque ; mais je vois maintenant ce qu’ils représentaient réellement : c’était une peinture de l’animation suspendue, une peinture de l’attente, d’objets non utilisés. C’était une peinture qui parlait de l’ennui.
Mais peut-être l’ennui est-il érotique, pour les hommes, quand il est figuré par des femmes. »

Livre à message (féministe)…
« Mais s’il se trouve que vous êtes un homme, quelque part dans l’avenir, et que vous avez survécu jusque-là, surtout n’oubliez jamais ceci : vous ne serez jamais soumis à la tentation de croire que vous devez pardonner comme une femme se doit de le faire. C’est difficile d’y résister, croyez-moi. Mais souvenez-vous que le pardon est aussi un pouvoir. Le mendier est un pouvoir, le refuser ou l’accorder est aussi un pouvoir, peut-être le plus grand de tous. Il se peut que rien de tout ceci n’ait à voir avec l’autorité. Il se peut qu’il ne s’agisse pas vraiment de savoir qui peut posséder qui, qui peut faire quoi à qui et s’en tirer indemne, même s’il y a eu mort. Il se peut qu’il ne s’agisse pas de savoir qui a le droit de s’asseoir et qui doit être à genoux, ou debout, ou couchée, jambes écartées et ouvertes. Peut-être s’agit-il de savoir qui peut faire quoi à qui, et être pardonné. N’allez pas me dire que cela revient au même. »

D’autres extraits qui me semblent donner le ton réflexif de l’ouvrage :
« Être un homme, observé par des femmes. Cela doit être tout à fait insolite. Qu’elles soient là à l’observer en permanence. À se demander, qu’est-ce qu’il va faire à présent ? À sursauter quand il bouge, même si c’est un mouvement parfaitement inoffensif, comme tendre la main vers un cendrier. Qu’elles soient là à le jauger, à se dire, il ne peut pas le faire, ça n’ira pas, il faudra bien que ça aille, comme s’il était un vêtement, démodé ou de mauvaise qualité, qu’il faut pourtant mettre parce qu’il n’y a rien d’autre de disponible. Qu’elles soient là à se le mettre, à l’essayer, à le prendre à l’essai, tandis que lui-même les met, comme une chaussette à un pied, en chausse le bout de sa personne, son pouce supplémentaire sensible, son tentacule, son délicat œil de limace pédonculé qui darde, se dilate, tressaille et se ratatine sur lui-même, s’il est touché comme il ne faut pas, regrossit, se renfle légèrement à l’extrémité, se propulse comme au long d’une feuille, en elles, avide d’une révélation. Obtenir la révélation par ce moyen, ce voyage dans une obscurité composée de femmes, d’une femme, qui voit dans l’obscurité alors que lui-même avance péniblement à l’aveuglette. »

« Ce qu’il me faut, c’est une perspective. L’illusion de profondeur, créée par un cadre, la disposition des formes sur une surface plane. La perspective est nécessaire. Autrement il n’y a que deux dimensions. Autrement l’on vit le visage écrasé contre un mur, tout n’est qu’un énorme premier plan, de détails, gros plans, poils, la texture du drap de lit, les molécules du visage, sa propre peau comme une carte, un diagramme de futilité, quadrillé de routes minuscules qui ne mènent nulle part. Autrement l’on vit dans l’instant. Et ce n’est pas là que j’ai envie d’être. »

À l’écriture, on sent que c’est un texte qui a été repris, médité. (À propos, il y a des maladresses et des erreurs dans la traduction en français ‒ j’ai vérifié avec le texte original).
Le leitmotiv de « l’œil de plâtre aveugle, au plafond » est une superbe trouvaille.
Il y a même un clin d’œil à la Umberto Eco : « Nolite te salopardes exterminorum. » (“Nolite Te Bastardes Carborundorum”), voir https://www.arretetonchar.fr/le-latin-pour-comprendre-le-dernier-episode-de-la-serie-the-handmaids-tale/

Un livre qui mérite (voire nécessite) vraiment la lecture !

Post-scriptum : j'avais oublié de préciser l'importance des livres (interdits) dans le monde de Defred ; à ce sujet, le commentaire de Baleine sur l'importance du langage est particulièrement pertinent).

Mots-clés : #conditionfeminine
par Tristram
le Dim 2 Juin 2019 - 13:57
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Margaret Atwood
Réponses: 5
Vues: 903

Laetitia Colombani

Les victorieuses

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 41hmle10


Le récit de ce livre se déroule en alternance à notre époque et en 1925/26.

Solène est avocate en pleine déprime pour avoir assisté au suicide de son client suite à sa condamnation et qu'elle est déjà éprouvée par l'abandon de son compagnon.  Son médecin lui conseille de faire du bénévolat, pour sortir de soi, car elle n'envisage plus de retourner au cabinet d'avocats. une annonce attire son attention :

« Mission d’écrivain public. Nous contacter.
A la lecture de l’annonce, Solène est parcourue d’un étrange frisson, Ecrivain. Un mot seulement, et tout lui revient.
A l’adolescence elle rêvait en secret de devenir écrivain. Elle s’y voyait déjà, assise à un bureau sa vie durant, un chat sur les genoux comme Colette, dans une chambre à soi telle Virginia."


Elle prend donc rendez-vous avec l’association « la plume solidaire », elle a les compétences requises ; elle devra donc 1 heure par semaine assurer une permanence au « Palais de la femme », en fait un foyer pour femmes,  lequel se situe dans un quartier défavorisé, elle sera donc l'écrivain public  pour les résidentes.

Maladie, addictions, surendettement, handicap, migrantes « toutes savent la violence, l’indifférence. Toutes les femmes du foyer  se tiennent à la lisière de la société. Solène se transformera à leur contact ; elle recevra les confidences de certaines et elle sera acceptée. La misère physique, morale, sociale lui sautera aux yeux, sans fard. Elle s’engagera, transformée  par sa mission au foyer qui sera son initiation à la réalité de cette misère aux multiples visages,  langues, religions.
« Le voilà le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie. »

Son premier grand succès s’appellera Lily, une SDF qui’ elle voyait tous les jours, devant la boulangerie et qu'elle sortira de la rue.

1925/1926 :

« Et vous ? Qu’allez-vous faire de votre vie ? lance-t-elle à Blanche. La jeune fille est saisie. Ces mots résonnent en elle comme une voix claire dans une cathédrale ; Comme un sursaut. Comme un appel. Ils font écho à cette phrase d’un texte entendu au temple, qui l’a intriguée : Quitte tout et tu trouveras tout. »

Blanche Peyron sera l’une des premières « Salutistes » française, porteuse des trois S « soupe, savon, salut »
C’ est la devise sous laquelle le pasteur William Booth fonde l'Armée du salut.

« La petite mondaine » comme on la surnommait,  s’engage dans l’Armée (du Salut créée par William Booth). Elle va intégrer l’Ecole militaire de Paris.  En cette année 1925 à Paris, les salutistes sont conspués, rejetés, la ville est catholique et cette armée de protestants n’est pas bienvenue.

Blanche et son mari Albin seront des Salutistes actifs, ils participeront à la création de plusieurs structures en faveur des nécessiteux Femmes et Hommes de toutes religions, nationalités….. : Le Palais du Peuple, le Refuge de la Fontaine au Roi, l’Armoire du Peuple, la Soupe de minuit….

Il en a fallut du courage et de la détermination aux premiers Salutistes mais  Blanche en avait pour tous et avec le soutien indéfectible d’Abin son mari elle arriva à créer ce qui lui tenait le plus à cœur : le Palais de la Femme.

« Pour plaider la cause des démunis, Blanche ne recule devant rien. Elle s’improvise journaliste, chanteuse de rue, oratrice. Elle déambule en femme-sandwich pour vendre la revue de l’Armée, dont elle devient rédactrice. Elle joue de la guitare, du tambourin sur les boulevards […] On a besoin de tout et tout de suite ! «

***

A travers la vie de Blanche Peyron et avec celle de fiction de Solène, l’auteure rend un vibrant hommage à ces « Victorieuses » ces femmes qui se sont battues pour les autres femmes. De beaux portraits de femmes !

1925 : c’est Blanche Peyron qui s’engage, 1954 c’est l’appel de l’Abbé Pierre,  1985 Coluche créé les Restos du Cœur, de nos jours, le Droit au logement,  l’association Utopia et tant d’autres oeuvrent pour les démunis, les rejetés……….

La condition féminine se révèle : l'interdiction aux femmes de posséder un compte en banque, le port du pantalon etc...

La misère toujours. Mais toutes ces femmes qui sont dans le Palais, dans des Foyers sont aussi des victorieuses car malgré ce qu’elles ont subies elles sont encore en vie et beaucoup gardent l’espoir.

C’est une lecture émouvante et nécessaire. Nul n’est à l’abri ! L' aumône quel mot humiliant !


le Palais de la Femme :
Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire Palais10

le couple Peyron :
Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 92565711





Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #social
par Bédoulène
le Lun 27 Mai 2019 - 20:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Laetitia Colombani
Réponses: 8
Vues: 421

Toni Morrison

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 41eo-510

Beloved

Je continue ma découverte de l'auteure avec ce livre que j'ai eue le plaisir de trouver dans une boîte à livres.
Je me rends compte au passage que je ne me souvenais pas avoir lu le roman Délivrances sus commenté, ce qui est préoccupant tout de même. De ce dernier , finalement, me revient la fin, très colorée et sensuelle. Bon .
Passons à celui-ci que je croyais être la première fiction lue de Morrison. Il m'a beaucoup plu.
C'est pourtant une lecture exigeante  dans le sens où la construction narrative impose une grande patience. Par strates on dénoue le passé, des strates s'ajoutent aux strates et peu à peu les refoulés s'exposent au lecteur dans leur terreur nue.
Je lis sur Wikipedia qu'un film a été tiré de ce livre, (par J. Demme) mais surtout qu'il est un hommage, je l'entends en tous cas ainsi, à la tragique histoire de Margaret Garner. Alors ne divulgâchons pas à tous crins , me suivent ceux qui veulent :

Spoiler:
Cette femme "une esclave afro-américaine dans les États-Unis d'avant la guerre de Sécession qui est notoire pour avoir tué sa propre fille plutôt que de la laisser redevenir esclave.

Garner et sa famille s'étaient échappées en janvier 1856 à Cincinnati, en profitant de l'Ohio gelé, mais furent appréhendées par des Marshals américains agissant en vertu du Fugitive Slave Act de 1850. L'avocat de Margaret Garner demanda à ce qu'elle soit jugée pour meurtre en Ohio, afin de pouvoir avoir un procès dans un état libre et pour contester la loi sur les esclaves fugitifs. (Wikipedia)


De tragique, le roman en est en effet tissé, mais avec une pudeur que l'engagement théorique de Morrison sert très bien : elle nous emmène au coeur d'un pays de ségrégation, où chaque liberté a été payée au prix fort.
Je ne veux pas déflorer les sens que le récit distille, aussi je ne citerai que les prémices de l'histoire, pour donner une idée des enjeux : 1855 : Sethe, esclave dans la plantation du Bon-Abri, s'est enfuie pour rejoindre la mère de son mari, Baby Suggs, la seule dont la liberté a pu être rachetée par son fils. Avant sa propre fuite, Sethe a envoyé chez sa belle-mère ses trois enfants : deux garçons et une petite fille . Au cours de sa fuite, Sethe est enceinte. Le récit commence quelques années après la fuite, croise la parole de nombreux personnages, en une prosodie chaque fois spécifique.
L'évocation historique et sociologique sont aigues, poétiques et respectent je crois avec une grande puissance la véracité universelle.
C'est un roman dur, qui a une part de fantastique, pour moitié due à l'univers animiste des protagonistes, et pour une autre moitié due à la folie,folie qui est exposée dans toute sa force.
La poesie qui traduit la folie m'a moins touchée, m'a barbée, même, je pense que je n'aime pas le trip "je me mets dans la peau d'un cerveau qui vrille" puisque Kaschiche m'a déjà bien saoulée avec ce type de procédés, mais ici force est de constater que c'est un ressort pourtant essentiel pour le choral, et le sens même de l'histoire.
Qui a je crois pour ambition de déployer en toute sa complexité et la force et la douleur de toute résilience.
Je vous le conseille vivement. C'est aussi un roman d'Amour.

Depuis ma lecture, adolescente, des Passagers du vent de Bourgeon, une BD très documentée sur le commerce triangulaire et son époque funeste, je n'avais pas été immergée dans ce savoir sombre, je l'ai retrouvé intact et toujours aussi révoltant.

#Adoption; #Amour; #Conditionfeminine; #Culpabilité; #Devoirdemémoire; #Esclavage; #Justice
par Nadine
le Jeu 16 Mai 2019 - 18:17
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Toni Morrison
Réponses: 20
Vues: 1372

Daniel Lang

Incident sur la colline 192  

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 41hkzn10

Le traumatisme que Eriksson a rapporté de la guerre du Viet-Nam, c’est d’avoir participé à une mission d’observation avec quatre autres soldats, dont le chef a sciemment décidé d’enlever une jeune vietnamienne, de se donner du bon temps avec ses copains et de la tuer. Eriksson a refusé de participer à cette folie prédatrice, pris le risque de dénoncer les faits à sa hiérarchie, de s’obstiner malgré les réticences, et des sanctions ont, à force de persévérance, été  prises - puis trop prévisiblement aménagées.

Eriksson un taiseux  du Minnesota, raconte ça à l’auteur, entre de grands plages de silence, réfléchissant à ce que la guerre fait des hommes, mais pas tous.

C’est d’une grande pudeur dans un récit auquel  la précision très clinique donne une grande intensité. Daniel Lang  expose des faits qui impliquent ce que sont les hommes au sens de masculin et ce que la guerre biaise (ou révèle?) en eux. C’est un intéressant retour, digne et retenu, quoique impitoyable, sur notre condition d’humains.


Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #guerreduvietnam #justice #temoignage
par topocl
le Lun 13 Mai 2019 - 9:29
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Daniel Lang
Réponses: 2
Vues: 334

Revenir en haut

Page 1 sur 5 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Sauter vers: