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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 4 Déc 2020 - 9:59

27 résultats trouvés pour minoriteethnique

Prajwal PARAJULY

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire 41jeay10

Fuir et revenir

Chitralekha avait vu trop de gens mourir _ son mari, son fils, sa belle-fille. Elle serait incapable de supporter un nouvel évènement tragique. Selon le marché que la vieille femme avait conclu avec Dieu ce quart de sa vie au moins devait être préservé de toute tristesse. Et elle veillerait assurément à ce qu’il tienne promesse.


Chitralekha a 84 ans. Pour la communauté hindoue du Sikkim, c’est une date importante, que l’on célèbre lors d’une fête assortie d’une cérémonie religieuse, le chaudrasi. Tout naturellement, Chitralekha a invité ses petits-enfants, d’ordinaire éparpillés aux quatre coins du monde, afin de fêter l’évènement. Vous pensez avoir affaire à une bonne petite grand-mère qui attend sa famille les bras grands ouverts ? Vous avez grandement tord. Chitralekha est une maîtresse femme, qui mène son entreprise de confection de main de maître, et n’a pas sa pareille pour corrompre politiques et entrepreneurs… Rien ne lui résiste, ou presque. Et ses petits enfants, eh bien, il n’est même pas  dit qu’elle ait tant que cela envie de les revoir… D’ailleurs, tous ont une raison de redouter ces retrouvailles : Bhagwati, qui a osé braver les interdits de caste et s’est mariée à un intouchable, reverra son intraitable grand-mère pour la première fois depuis 18 ans ; Manasa, qui a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son beau-père, n’est qu’aigreur et regrets… Agastaya, oncologue reconnu aux Etats-Unis, n’ose avouer son homosexualité à sa famille qui lui recherche activement la femme idéale. Et puis il y a Ruthwa, l’écrivain sulfureux, celui qui n’est même pas invité...

Et voilà que tous ces êtres qui n’ont, au fond, guère envie de se côtoyer, se retrouvent forcés de cohabiter une semaine durant. Ce qui, évidemment, ne va pas sans heurts, et ce d’autant plus que Prasanti, la servante haute en couleurs de la maison, n’a pas du tout l’intention de les laisser empiéter sur son territoire. Et donc, tout ce petit monde se jauge, se pique, se dispute, pleure, rit et s’évite. Rien de mièvre ou de sucré dans ces retrouvailles, c’est d’une plume caustique à souhait que l’auteur nous relate les lâchetés, les empoignades, l’amertume et la colère qui règnent dans la famille. Et aussi, les tendresses inavouées...

On ne va pas se mentir, le fait que l’auteur soit originaire du Sikkim, ce tout petit état himalayen majoritairement bouddhiste, est ce qui m’a attirée de prime abord. On apprend d’ailleurs quelques petites choses sur sa communauté hindoue, et notamment sur le sort inique réservé à certains de ses membres dans l’état voisin du Bhoutan (vous savez, le pays du bonheur ? Hum). Mais, derrière l’aspect « exotique » et les problématiques typiquement indiennes, c’est bien le thème universel de la quête d’identité qui est au coeur du livre. Une quête d’autant plus difficile dans une société aux mœurs cadenassées dont les clivages semblent à jamais indépassables. Ressortent en particulier les figures de deux beaux personnages féminins, la résiliente Bagwati et la hijra Prasanti, infiniment émouvante sous son masque gouailleur.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée. J’espère bien qu’on n’en restera pas là avec cet auteur en France.


Mots-clés : #amour #famille #minoriteethnique #vieillesse
par Armor
le Lun 12 Oct 2020 - 17:00
 
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Sujet: Prajwal PARAJULY
Réponses: 6
Vues: 143

Joseph Conrad

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire -190110
Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
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Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

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Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

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Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
par Aventin
le Dim 24 Mai 2020 - 18:33
 
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Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 76
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Joseph Conrad

La folie Almayer
Titre original: Almayer's folly, sous-titré A Story of an Eastern River.

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire Rivizo10
Le fleuve Berau (Bornéo).

Peut se lire ici en version originale ici.

Je disais il y a quelque jours:
fil nos lectures de mai a écrit:
Disons qu'à ce jour La folie Almayer (son tout premier roman) reste, de toute son œuvre, celui que j'ai le moins apprécié (souvenir d'un truc hétéroclite, décousu, verbeux, mal bâti): on verra bien, la lecture précédente est lointaine...

Cette fois-ci j'ai mieux appréhendé ce roman, lu avec une lenteur extrême, et, sans doute histoire de ralentir encore, en sondant profond dans la biographie de Conrad, du coup la présentation de l'auteur du message initial, en provenance d'Encyclopædia Universalis, me hérisse - mais c'est une autre histoire !

Ne nous égarons pas dans d'autres méandres que ceux de la rivière Berau, identifiée seulement en 1952 de façon certaine par les biographes - Conrard a entretenu le mystère de son vivant: elle s'appelle Pantaï dans le roman, permettant de localiser le village du roman, Sambir, il s'agit de Gunung Tabur: la preuve se trouvait dans le cimetière abandonné et que la jungle s'était réapproprié, une dalle portant les noms de deux des onze enfants et de l'épouse de Charles Olmeyer, qu'avait rencontré Conrad et dont il s'était inspiré pour le personnage principal, Kaspar Almeyer.

Conrad a baladé ce roman, l'échafaudant, sur un bon paquet de mers et trois océans, sur trois continents et on perd le compte du nombre de ports, avant de se décider à le poster à un éditeur, sous le pseudonyme de Kamoudi (gouvernail, en Malais), puis finissant par demander de le lui retourner, après un délai assez long sans aucune réponse: encore longtemps après, alors que Conrad avait perdu tout espoir, arrive un courrier d'avis favorable assorti d'une proposition d'émoluments (plus que très maigres, 20 £ !).  

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Drame touffu, et de touffeur.

Roman compliqué d'intrigues imbriquées, de caractères singuliers brossés avec vivacité, et cette patte littéraire naissante, comme s'il elle était de l'intérieur (poussant à la thèse d'une sorte de Kipling Malais, d'un insider comme on devrait ne pas dire, Conrad choisit un pseudo ad hoc), dans ce drame exotique, lointain géographiquement mais aussi dans le temps -à présent-.

Conrad, comme on le voit dans ses romans africains, mais aussi dans Nostromo et Lord Jim, a beaucoup d'avance sur la réflexion occidentale en matière de colonialisme, mais aussi de jugement sur la ségrégation raciale:
Voir Le Nègre du Narcisse aussi, l'extranéité et Conrad, voilà qui pourrait faire un beau sujet universitaire.

Le côté rébarbatif vient peut-être de ces temps de caniculaires langueurs moites que Conrad utilise pour rendre encore plus l'atmosphère générale, mais aussi la torpeur d'Almayer, sa faiblesse, son inadaptation létale. Il y a aussi sûrement un parallèle à faire entre l'amour filial (et la projection personnelle) du capitaine Whalley d'Au bout du rouleau et celui d'Almayer pour sa fille Nina.

Conrad, débutant romancier, s'il pêche un peu dans le bâti, nous servant par instants un roboratif poudingue, nous assène -et c'est ce qu'au bout du compte je retiendrai- de magnifiques descriptions, outre qu'il campe déjà à merveille ses personnages.    
Parti avec beaucoup de circonspection dans cette relecture, j'en ressors comblé.

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire Jetzoe10
Jetée sur le fleuve, Berau.

Sur le fleuve est le village. Dans ce village, qui se donne des airs d'indépendance sous drapeau néerlandais, un Rajah, et son conseiller, borgne, le visage cinglé de petite vérole.
Il y a des commerçants, grossistes ou demi-grossistes, un Chinois qui a jeté le gant et s'adonne à la pipe d'opium, des arabes, qui tiennent le commerce, et Almayer, le Blanc, réduit à quelques misérables bribes.

Almayer, qui travaillait pour le compte d'Hudig, gros négociant de Malaisie, avait été recruté par Rajah Laut, le Maître de la Mer, le capitaine Tom Lingard (qui a vraiment existé, était une légende de ces mers-là, Conrad, qui l'a rencontré, a gardé le nom et changé le prénom, qui était William).
Lingard avait fait épouser à Almayer sa fille adoptive, jeune fille d'un bateau de pirates à qui il a laissé la vie en massacrant navire et occupants. Bien que Mme Almayer déteste et invective son mari Kaspar, ils ont une fille, Nina.

Elle fut envoyée, par les soins de Rajah Laut, à Singapour chez l'austère Mme Vink, Vink étant un adjoint d'Hudig, afin de recevoir une éducation occidentale, et finit par s'en faire chasser bien des années plus tard -à cause des effets de sa beauté sur les courtisans potentiels des filles Vink- pour retourner au Kampong (ou compound) d'Almayer à Sambir.

Cette jeune et jolie fille est à peu près tout ce qui reste à Almayer, dont les affaires périclitent.
Il ne vit pas dans mais à côté de sa demeure, bâtie pour les splendeurs futures, le retour en gloire d'un commerce qui soit florissant pour Almayer, maison plutôt neuve et déjà délabrée (la demeure est qualifiée, ironiquement, de "Folie Almayer" par les visiteurs orang-blanda -néerlandais- de passage, d'où le titre).
Il rêve de l'installer, riche, en Europe, cette Europe que lui-même n'a jamais connue et de faire de Nina, en Europe, une jeune femme oisive, nantie, haut-du-pavé et en vue. 

Tout l'espoir d'Almayer repose sur un gros coup, on pense que Lingard a les moyens de monter une grosse expédition commerciale pour aller chercher de l'or dans la jungle, pour cela il a besoin de pas mal d'argent, il s'en va, à Singapour, puis en Europe et puis...ne donne plus de ses nouvelles.

Concrètement, à Sambir, Almayer ne doit la vie sauve qu'au fait qu'il n'est pas gênant en affaires et que l'on pense qu'il connaît quelques secrets de Lingard.

La déchéance d'Almayer se cristallise sur sa fille, c'est son seul espoir, la seule perspective qui le maintienne en vie.
Survient un jeune, célibataire, riche et beau, fils et héritier du Rajah de Bali, Dain Maroola, qui devient l'ami d'Almayer, mais pour courtiser sa fille.  
Mme Almayer, sur fond d'espionnage des gens qui comptent dans le village et de l'amour transi d'une esclave, tente de pousser sa fille dans les bras de Dain, Almayer n'y voit que du feu.

Mais Dain finit par être fort recherché par les autorités néerlandaises, suite à l'attaque d'un navire - Almayer est mouillé dans le coup, il avait vendu la poudre, commerce prohibé...

Mots-clés : #colonisation #esclavage #insularite #minoriteethnique #trahison #violence #xixesiecle
par Aventin
le Mar 12 Mai 2020 - 18:08
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Pierre Clastres

Chronique des Indiens Guayaki, Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire Chroni10

Le texte de Pierre Clastres paraît d’abord assez brouillon : observations en immersion chez les Guayaki (en 1963), présentation historique de ceux-ci découverts par le monde extérieur (mais sans suivre le cours chronologique), récit de sa venue chez eux s’entremêlent avec des réflexions sur notre civilisation, y compris sa thèse d’un pouvoir politique séparé de la violence, c'est-à-dire en occurrence où le chef parle mais n’ordonne pas (finalement pas si éloigné de notre société).
Les Guayaki sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui auraient régressé et se seraient réfugiés dans la forêt (en perdant l’agriculture) sous la pression de l’expansion des Guarani plus nombreux (leurs langues sont apparentées) ; ce sont des « "gens de la forêt", des selvages ». Toute leur existence ressortit à la chasse ; le chasseur ne consomme pas le gibier qu’il flèche, mais le distribue dans une économie d’échanges courtois ; si l’arc est viril, le panier est féminin (passionnant épisode du cas d’un homosexuel). Ils sont assez souvent d’un teint clair et d’une pilosité inusités chez les Amérindiens, ce qui suscite quelques mythes non-amérindien. A propos, ils sont aussi cannibales, « mangeurs de graisse humaine » ‒ « endocannibales, en ce qu’ils font de leur estomac la sépulture ultime des compagnons », régime nourrissant, excellent au goût, même rapproché de l’amour.
« Parce que manger quelqu’un c’est, d’une certaine manière, faire l’amour avec lui. »

Certaines extrapolations interprétatives m’ont paru audacieuses, surtout après un séjour d’à peine 8 mois chez les Guayaki (groupe hélas éteint dans les années qui suivirent), et peut-être datées après les travaux Lévi-Strauss et Descola ‒ bien sûr mon incompétence ne peut avancer que des impressions, moi je suis seulement venu pour la ballade en forêt, grignoter quelques larves de palmier pinto, tâter du miel de l’abeille irö (dilué d’eau), chatouiller les femmes en kivay coutumier.
C’est donc l’habituelle opposition nature et culture, la violence devant rester en-dehors de la communauté qui s’applique à maintenir l’ordre, l’équilibre entre excès et manque.
« Là-même gît le secret, et le savoir qu’en ont les Indiens : l’excès, la démesure sans cesse tentent d’altérer le mouvement des choses, et la tâche des hommes, c’est d’œuvrer à empêcher cela, c’est de garantir la vie collective contre le désordre. »

Sinon, la grande affaire est de posséder des femmes, que ce soit par rapt guerrier ou liaison consentie qu’on se les procure. Ils pratiquent le meurtre d’enfant par vengeance-compensation d’un autre décès ; ils tuent aussi les vieillards qui ne peuvent plus marcher ‒ et, bien sûr, ils les mangent.
Revigorante, cette comparaison d'une autre société à la nôtre, avec peut-être plus de rapprochements à faire que de différences à pointer.

Mots-clés : #amérindiens #contemythe #essai #identite #minoriteethnique #mort #social #temoignage #traditions
par Tristram
le Lun 14 Oct 2019 - 1:14
 
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Sujet: Pierre Clastres
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Pascal Picq

De Darwin à Lévi-Strauss ‒ L’homme et la diversité en danger

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire De_dar10

« Quand Christophe Colomb touche les Amériques en 1492, la même année, les juifs sont chassés d’Espagne, qui ne s’en remettra jamais. Les empires, les royaumes et les États s’écroulent quand ils commencent à exclure. Tel est le vieux monde pétri d’histoire et d’humanités, mais incapable d’apprendre de sa propre histoire alors qu’il prétend l’imposer au reste du monde. Y a-t-il de l’espoir dans le nouveau monde ?
Un siècle est passé entre l’arrivée de Darwin et celle de Lévi-Strauss au Brésil. Entre-temps, presque toute la Terre a été explorée, exploitée, aujourd’hui surexploitée. Tous deux, juste avant de mettre le pied à terre, ont décrit le spectacle étonnant de bancs de petites plantes dérivant le long des côtes. Après cet enchantement, l’un a découvert la luxuriance des tropiques, l’autre leur tristesse. L’un a aimé le voyage, l’autre pas. »

Ces quelques phrases présentent bien le projet épistémologique de ce livre, rapprochement entre ces deux génies et bilan de la dégradation de la planète par l’homme entre leurs voyages en Amérique du Sud à un siècle d’intervalle : pertes de diversité naturelle et culturelle, sauvage et domestique.
Ensuite, cet ouvrage est utile pour préciser les notions d’évolution (la descendance avec modification) et de biodiversité, si faciles à mésentendre, ainsi que les enjeux :
« Voilà un bon exemple de la fonction adaptative de la diversité : la probabilité qu’existent des individus différents susceptibles de mieux répondre à des changements de l’environnement. C’est la véritable assurance-vie d’une espèce. Quand on dit qu’une espèce "s’adapte, ce ne sont pas les individus qui se transforment. L’adaptation est la conséquence d’une sélection sur une diversité préexistante d’individus, dont certains étaient ou semblaient moins adaptés dans les circonstances précédentes. La diversité est la matière première, la condition nécessaire de la sélection et in fine de l’adaptation. »

Pour Pascal Picq, diversité biologique et diversité culturelle sont tout un :
« Depuis, nous savons que nous vivons dans un monde qui change constamment. En revanche, ce dont nous avons moins conscience ‒ et que Darwin avait déjà compris ‒, c’est que l’homme a déjà engagé une entreprise de destruction de la diversité naturelle et qu’il en va de même pour les populations humaines confrontées à l’expansion planétaire de la société occidentale. »

Il précise la notion de coévolution :
« La coévolution, c’est l’évolution qui s’appuie sur la biodiversité et les interactions entre les espèces. »

« Or la biodiversité n’est pas une question d’espèce : c’est l’ensemble de la diversité des gènes, des interactions, des individus et des populations des espèces qui constituent un écosystème. Par conséquent, si un acteur d’éteint, c’est l’ensemble de la communauté écologique qui est menacée. Pourquoi ? Parce que la biodiversité est intrinsèquement liée à la coévolution. »

Picq insiste sur la mobilité de l’homme ‒ voyages, migrations ‒ mais on peut rester dubitatif quant à ses motivations :
« Trois faits majeurs caractérisent le genre Homo [à sa sortie d’Afrique]. Sur le plan biologique, il hérite d’une bipédie et d’une physiologie qui l’autorisent à faire de longs déplacements et à transporter armes et objets ; il avance dans le monde. Sur le plan technique, il invente des outils de pierre taillée plus efficaces, met au point des chaînes opératoires complexes d’une structure cognitive identique à celle du langage, maîtrisant le feu et construisant des abris ; il transforme le monde. Sur le plan cognitif, il développe le langage et témoigne d’expressions symboliques complexes par l’esthétique des bifaces ‒ matière, couleur, forme ‒ et l’usage de colorants ; il construit des représentations symboliques du monde. »

« Homo sapiens ne s’arrête pas comme cela puisqu’il navigue depuis plus de cent mille ans. Plusieurs vagues atteignirent l’Australie, les Amériques et l’Océanie. Comme ces migrations ne sont pas le fait d’une seule population, il s’agit donc d’une étrange pulsion de notre espèce à aller par-delà les horizons et les lignes de crête. C’est certainement la conséquence de sa propension à s’inventer des mondes. »

Il souligne aussi l’érosion de la biodiversité domestique :
« Aujourd’hui, on évoque rarement la disparition en quelques décennies de toute cette biodiversité de races et de variétés de plantes et d’animaux domestiques, et encore moins les pratiques et les savoir-faire qui allaient avec. Les nouvelles plantes génétiquement modifiées et qui éliminent toutes les autres formes d’agriculture, sont un déni de l’évolution : le "cauchemar de Darwin". »

« Cette agrodiversité est liée à des pratiques et à des savoir-faire portés par des mots, des langues, des gestes et des croyances. C’est l’un des facteurs les plus fondamentaux pour espérer conserver toute la biodiversité ; il faut œuvrer pour que les peuples, les langues et leurs savoirs ne disparaissent pas, ce qui serait un désastre d’une ampleur encore plus dommageable que l’incendie de la grande bibliothèque d’Alexandrie. »

On arrive à l’avenir de notre alimentation (et survie) :
« Toutes les recherches entreprises depuis une quinzaine d’années aboutissent au même résultat : plus il y a de la diversité dans un écosystème, quelle que soit sa superficie, plus la productivité de chaque variété est augmentée, la stabilité de la communauté écologique renforcée et la qualité des sols en nutriments améliorée. »

Il y a aussi un intéressant détour par la médecine (qui a particulièrement retenu mon attention comme je pâtis actuellement d’une bactérie opportuniste qui serait d’après la faculté cause de maladies nosocomiales en métropole) :
« On persiste de plus en plus à vouloir éradiquer les maladies et les agents pathogènes, ce qui conduit à l’aberration des maladies nosocomiales. D’une manière générale, en éliminant des bactéries avec lesquelles nous avons coévolué ‒ et même si elles ont des effets peu désirables ‒, on a libéré des "niches écologiques" pour d’autres agents pathogènes redoutables, non pas en soi, mais parce qu’on a aucune histoire épidémiologique avec eux.
D’une manière plus générale, on lit de plus en plus de travaux qui évoquent la moindre résistance aux infections ou la diminution de la tolérance à certaines nourritures, sans oublier les allergies. […] D’une certaine façon, la médecine évolutionniste nous enseigne qu’il vaut mieux coévoluer avec des maladies qu’on sait soigner que de les éradiquer au risque d’en favoriser d’autres. »

« D’une façon plus générale et sans nier les apports de la biologie fondamentale, il serait grand temps de comprendre que la plupart des maladies qui affectent l’homme proviennent de ses activités (agriculture, élevage, villes, pollutions, comme en atteste la direction REACH de la Commission européenne). »

Picq rappelle des évidences utiles à garder à l’esprit pour éviter toute dérive suprématiste :
« Aucune lignée n’est restée en panne d’évolution ou à un stade ancien par rapport à la nôtre. Toutes les espèces qui nous entourent sont les représentantes actuelles de leurs lignées respectives. »

L’ouvrage s’achève par une Esquisse des progrès de l’esprit et des sociétés humaines en annexe, qui distingue les époques et révolutions de façon nouvelle.
« Dans une perspective darwinienne, il faut toujours distinguer la question de l’apparition d’un caractère ou de son origine de celle de sa diffusion et de sa participation au succès d’une espèce (adaptation). C’est aussi la différence épistémologique, au sens de Joseph Schumpeter ‒ qui avait très bien lu Darwin ‒ entre invention et innovation. Un changement de société, ce n’est pas tout inventer, mais appréhender et arranger des inventions déjà existantes et les intégrer dans un projet porté par une nouvelle représentation du monde. Sans savoir où nous allons, tout ce qui a accompagné l’idée de progrès ‒ économie, démocratie, travail, politique, société ‒ est en train de changer ; en un mot, les rapports de l’homme à son évolution et à la nature du progrès sont à inventer. »

Peu de bouleversements peut-être dans cette actualité des sciences de l’évolution (2013), mais les pensées sont magistralement synthétisées en quelques mots qui disent beaucoup :
« Le début du XXe siècle hérite d’une tension formidable entre les utopies scientistes et progressistes exprimées par la naissance de la science-fiction ‒ Jules Verne, H. G. Wells ‒ et les promesses d’utopies sociales nourries par la condition misérable des classes sociales dont témoignent les œuvres de Charles Dickens et d’Émile Zola. Le rêve d’un progrès de l’humanité s’effondre dans l’horreur de la Première Guerre mondiale, où les hommes sont broyés par les machines. »

Ce livre collationne beaucoup de faits, d’ordres de grandeur, de moyens d’appréhension, de rapprochements parlants.
Picq fait référence à Jay Gould aussi bien qu’à Hampâte Bâ ou Conrad.
Bien que ce ne soit pas du tout nécessaire pour cette lecture, il est quand même recommandé d’avoir lu Claude Lévi-Strauss, au moins Tristes tropiques, et bien sûr, sinon d’avoir lu Darwin (pourtant passionnant même pour qui a peu de bagage scientifique, mais le goût des voyages aventureux), de connaître un minimum la théorie de l’évolution (et ça, ça devrait être au programme de tous).
Fait partie de ces ouvrages de vulgarisation qui sont si stimulants, au moins pour l’imagination !

Mots-clés : #ecologie #essai #historique #minoriteethnique #mondialisation #nature #science
par Tristram
le Lun 12 Aoû 2019 - 14:18
 
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Sujet: Pascal Picq
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Navarre Scott Momaday

La Maison de l’aube

Tag minoriteethnique sur Des Choses à lire La-mai10

« Dypaloh. Il y avait une maison faite d’aube. » Il faut être balaise pour renommer un texte qui commence ainsi, et appelé House Made of Dawn, par La Maison de l’aube au lieu de La maison faite d’aube, ou même La maison d’aube… L’expression est d’ailleurs un leitmotiv du livre.
Dypaloh (et Qtsedaba), mot qui commence (et finit) le livre, sont les formules conventionnelles de la tradition Jemez Pueblo (entité tribale autochtone du Nouveau-Mexique) pour débuter (et terminer) un récit.
Cette région peut ramentevoir à certains lecteurs Hillerman, Abbey (ou encore Bolaño) ; on est d’ailleurs au moins partiellement dans la veine Nature writing.
C’est l’histoire d’Abel, de retour de la Seconde Guerre mondiale en pays pueblo, où sa seule parentèle est son grand-père Francisco (soit sept ans de sa vie après sept ans d’absence) ; grâce au père Olguin, prêtre de la Mission (et pendant de Tosamah, « orateur, médecin, Prêtre du soleil, fils d’Oiseau-Mouche » qui apparaîtra plus loin ?), il va couper du bois pour une jeune femme californienne de passage dans la région… Mais le récit est savamment déconstruit sur un découpage chronologiquement identifié (quatre parties, la première et la dernière à Walatowa, San Diego, les deux centrales à Los Angeles, les chapitres titrés de dates), structure assez déconcertante alternant des séquences en patchwork-puzzle sur la nature grandiose (mesas et canyons, animaux et notamment oiseaux, comme les oies), des mythes, légendes, cultes, cérémonies et danses rituelles (à nouveau animaux, comme l’aigle), et la déchéance dans l’alcool, la violence dues à l’existence dans une réserve et au contact avec la société matérialiste états-unienne. D’ailleurs Abel est symboliquement comme pratiquement pris entre ces deux mondes et temporalités, les cultures pueblo déchue et occidentale moderne (héritage de spiritualité traditionnelle et profanité vaine, désespérée) ; cela fait aussi du livre un témoignage (littéraire) sur la situation sociale de ce peuple dans les années 1960, et plus vastement de l’ensemble des Indiens des Plaines. Abel est devenu incapable de renouer avec ses origines (l'innocence perdue : il est aussi le meurtrier d’un albinos/ Blanc, scène qui revient dans le kaléidoscope du texte) comme de s’intégrer au "nouveau monde" ‒ cas amérindien typique.
Il y a une dimension à la fois lyrique et métaphysique dans la présentation du paysage désertique, l’immensité, le silence, l’espace, l’infini, la grandeur, l’immuable et l’éternité (ou plutôt l’intemporalité paraissant immortalité) :
« La solitude est un élément constitutif du paysage. Dans la plaine, toutes les choses sont isolées les unes des autres ; le regard ne peut confondre les objets, et c’est bien une colline, un arbre ou un homme. La moindre éminence permet de voir jusqu’à la fin du monde. Regarder ce paysage tôt le matin, avec le soleil derrière soi, équivaut à perdre le sens des proportions. Votre imagination revit et vous en venez à penser que la Création à commencé en ce lieu précis. »

Une image, ou plutôt un concept, qui est repris, peut-être en opposition à la maison d’aube :
« C’était une maison dont la principale particularité consistait à tenir le monde en échec, comme une tombe. »

Comme répondant à un atavisme, la course à pied commence et achève le récit ‒ peut-être pour en faire un cercle.
C’est un livre exigeant de son lecteur à la fois sagacité et abandon : écoute attentive. Et c’est une œuvre riche au sens littéraire. J’apprécie par exemple une image qui décrit en creux, sans la nommer, la turquoise :
« Et aussi les lourds ceinturons aux boucles reluisantes, les bracelets, les étuis des arcs, les graines de melon et les pierreries bleu pâle… Il aurait aimé porter au doigt une pierre semblable, véritable toile d’araignée pétrifiée, ovale comme un œuf de rouge-gorge [… »



Mots-clés : #amérindiens #minoriteethnique #nature #nostalgie #spiritualité #traditions
par Tristram
le Mer 3 Juil 2019 - 16:08
 
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Sujet: Navarre Scott Momaday
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Louise Erdrich

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Un magnifique roman de cette auteure prolixe...ayant toujours en toile de fond ses origines indiennes et son héritage culturel.

"Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d'un gris acier, recouvre les champs nus d'un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c'est la chasse au cerf qui annonce l'entrée dans l'automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d'honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l'animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s'effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans. Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, couronné par le National Book Critics Circle Award, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L'auteur continue d'y explorer le poids du passé, de l'héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d'observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences. "


Le décor est planté. De nombreux personnages s'entrecroisent dans ce roman, sur plusieurs générations, en dehors du drame que constitue la mort accidentelle de cet enfant.....comment les indiens ont réussi à préserver une partie de leur culture malgré le forcing de l'homme blanc pour l'anéantir....notamment au travers de l'éducation dans des pensionnats indignes...

Comment les deux familles , Emeline et Landreaux, parents du jeune LaRose....et Peter et Nola, les parents du jeune Dusty tué accidentellement par Landreaux...vont-ils faire face au deuil sans passer par la case vengeance ....tout le talent de Louise Erdrich s'emploie à le démontrer.... Un homme peut-il commettre un acte aussi grave que tuer un enfant et obtenir son pardon ? La réponse est oui.... un oui bouleversant...et magnifique !


mots-clés : #minoriteethnique #mort #traditions
par simla
le Sam 16 Fév 2019 - 7:43
 
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Valérie Manteau

Le sillon
Prix Renaudot 2018

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Le sillon est le livre de la progressive dérive vers le désespoir de l’auteure, arrivée comme touriste à Istanbul, mais installée dans la place, amante en perdition d’un turc rebelle désigné par « il », amoureuse de la ville dont elle fréquente une intelligentsia contestataire. Cette  dérive accompagne précisément celle d’une ville et d’un pays, dont elle décrit les soubresauts de rébellion vite muselés par l’autorité erdoganienne, la répression, le climat vengeur et délétère. Chacun autour d’elle  résiste à sa façon, qui mêle manifestations vite réprimées, journaux d’opposition sous permanente surveillance, productions artistiques, discussions autour d’un verre dans une ville  électrique où errent, ou s’installent, les réfugiés et les enfants vagabonds.

Dans ce décor cosmopolite, dans cette ville pleine de charme où les époques historiques se confrontent,  elle évite les quartiers touristiques,  déambule à vue, fréquente les fêtes, entre ivresses et rencontres , intuitive quoique mal instruite de ce qu’est être turc et subir ce régime dans sa chair. Elle s’attache à la figure des grands résistants qui en ont marqué l’histoire, au premier rang desquels Hrant Dink, chef de fil de la résistance arménienne, leader pacifique et charismatique, directeur du journal Agos.

(...)que signifie le nom du journal, Agos. Jean fait le geste de semer des graines par poignées.  Agos, c'est Le Sillon. C'était un mot partagé par les Turcs et les Arméniens ; en tout cas par les paysans, à l'époque où ils cohabitaient. Le sillon, comme dans la Marseillaise ? Qu'un sang impur abreuve nos sillons, quelle ironie pour quelqu'un assassiné par un nationaliste.


Elle va de l’un à l’autre, d’un lieu à l’autre, recherchant des indices  sur cet homme, cherchant aussi un sens à un  séjour qui est en train de perdre le sien. Cette collecte constitue un assemblage de facettes plus qu’une vraie biographie. L’actualité brutale la rattrape peu à peu, comme tant d’autres, la fuite paraît le seul salut.

C’est un mélange assez harmonieux, quoique singulier,  entre autofiction et information journalistique, ballade amoureuse et géopolitique, à travers cette  jeune femme écartelée entre deux mondes  turc et européen, qui voit dans ses tripes à quel point les hommes sont proches et en quoi les régimes les séparent. Elle adopte un style décalé, précipité, renonçant aux guillemets et transitions, elle nous promène à son propre rythme, il faut s'y soumettre, dans une urgence singulière et noire.

Hrant Dink

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Naji Jerf

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Tahir Elçi

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mots-clés : #autofiction #contemporain #lieu #minoriteethnique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 14 Jan 2019 - 10:08
 
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Sujet: Valérie Manteau
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Anne-Marie Garat

Le Grand Nord Ouest

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15 ans plus tard, Jessie raconte à Bud l'année de ses six ans, et retourne avec lui au Canada dans le Grand Nord Ouest, dans une espèce de pèlerinage, de quête de sens qui se heurte au temps écoulé. Fille choyée d'un nabab d'Hollywood, elle voit son père mort noyé sur la plage le jour de sa fête d'anniversaire. A l'aube de cette année qui va la mener à l'âge de raison, sa mère, une femme fatale fantasque et pleine de secrets, l'emmène sans un mot d'explication dans une folle équipée vers le Grand Nord, ses immensités enneigées, ses indiens animistes. Que fuit-elle? Que cherche-t'elle accrochée tant à ses rêves qu'à ses racines? On va le découvrir au même rythme que Jessie, sans avoir toutes les clés pour autant : cette mère étrange aux identités multiples, grande manipulatrice, gardera sa part de mystère. La petite rouquine (évidemment) connaît là une belle initiation à une vie autre, authentique, à la sagesse, à une certaine dignité auprès d'un vieux couple d'indiens empreints de traditions qu'elle a séduits au premier coup d’œil

C'est bien d'Anne-Marie Garat de nous offrir pour personnages principaux de ce roman du Grand Nord une fillette et sa mère, là où l'on ne croise d'ordinaire que prospecteurs, trappeurs et autre traîne-savates. Il y a aussi ces deux indiens pleins de sagesses, de croyances  de pré-sciences, solidement ancrés dans le territoire qu'on est en train de leur arracher, et qui  transmettent leurs savoirs. Cette épopée aurait du être jubilatoire, mais sans doute du fait du style si spécifique d'Anne-Marie Garat, qui prend ici une boursouflure un peu submergeante (ça grouille un peu trop, c'est une coulée de lave qui ne s'arrête jamais), je ne suis pas pleinement entrée dans ce récit, pourtant plein de poésie, de nature sauvage et de nobles sentiments qui n'excluent pas la facétie. j'ai souvent trouvé ça longuet.

Mots-clés : #aventure #contemythe #enfance #initiatique #lieu #minoriteethnique #nature #relationenfantparent #traditions #voyage
par topocl
le Mer 19 Sep 2018 - 10:06
 
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Sujet: Anne-Marie Garat
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David Grann

La note américaine

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(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar 2018 - 20:26
 
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Sujet: David Grann
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Philippe Sands

Retour à Lemberg

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Lemberg, ville aujourd'hui ukrainienne, qui fut aussi Lwow, Lviv selon  la souveraineté  autrichienne ou polonaise,  l'occupation allemande ou soviétique, au fil du XXème siècle.

Lemberg, villle d'origine de Leon , grand-père de l'auteur, qui a fui d'abord à Vienne, puis à Paris l'oppression nazi, survivant muet sur son passé, comme tant d'autres, et dont Philippe Sands va, tel une fourmi obstinée et besogneuse, décrypter le passé à partir de quelques lettres, photos, recueillant des témoignages auprès de survivants éparpillés dans la diaspora.

Mais à Lemberg sont aussi nés Lauterpacht et Lemkin, deux éminents juristes de renommée internationale, qui eux aussi ont fui les discriminations , eux aussi laissé derrière eux des familles destinées à l'assassinat de groupe. Chacun à sa façon, a travaillé à analyser ces actes d'infamie, à leur donner une tournure, un nom afin de permettre au Droit International, dont la première étape fut le procès de Nuremberg, de se positionner et de porter sereinement son verdict. Le droit international est en train de naître, Philippe Sands, là encore gorgé de lectures et d'archives, interlocuteur de descendants,  nous en livre les balbutiements et les subtilités. Il décortique pour le lecteur profane l'opposition des deux écoles : Lauterpacht décrit la notion de crimes contre l'humanité, perpétrés sur des individus, fussent-ils multiples. Lemkin introduit celle de  génocide (et crée le mot) , qui s'adresse à des groupes, raciaux, religieux ou nationaux

Et c'est sur Lemberg encore qu'a régné Franck,  Gouverneur Général de la Pologne occupée, opprimant, humiliant, exilant, spoliant, assassinant les juifs par milliers. Franck condamné à la pendaison par le Tribunal de Nuremberg, fustigé par son fils Niklas, contrairement à l’attitude de la plupart des enfants de responsables nazis.

Ce récit historique, parcouru tout au fil des  pages d'un puissant souffle romanesque, s’attache à ces quatre figures pour raconter, une fois de plus, le destin tragique des Juifs sous le nazisme. Une fois de plus, oui, c'est cette histoire si connue, sa montée en puissance, son écrasante dévastation. Et une fois de plus les destins individuels au milieu de cette destinée universelle émergent avec toute leur  singularité. Les histoires racontées sont un miroir tendu à la réflexion des deux juristes: destins individuels, destin du groupe, indissociables et complémentaires.

Philippe Sands est impressionnant d'érudition, il fournit un travail de titan,  traque l'information, aiguille dans le tas de foin des archives et souvenirs, ne lâche pas une piste si infime soit-elle, : le résultat est époustouflant. On pense aux Disparus de Daniel Mendelsohn, où la littérature et la mythologie, mise en abîme de l'Histoire,  sont remplacées par le droit. C'est sans doute un peu plus sec, un peu moins habité. Mais c'est une contribution indispensable, une invitation à la réflexion, à l'heure où nationalismes et antisémitisme sont, encore et toujours, à nos portes.

Ah, j’oubliais il y a a plein de photos, de gens et de documents. c'est passionnant, terriblement émouvant évidemment, instructif et plein de pistes, on en croirait que le droit international, c'est simple.

Chaude recommandation.



mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #genocide #historique #justice #lieu #minoriteethnique
par topocl
le Sam 13 Jan 2018 - 20:32
 
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Sujet: Philippe Sands
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Jim Fergus

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Mille femmes blanches

En 1875, Little Wolf, un chef Cheyenne décide de rejoindre Washington pour faire une proposition assez incroyable au président Grant : il s'engage à livrer mille chevaux sauvages contre mille femmes blanches, en expliquant que les enfants étant toujours élevés par la tribu de la mère, les bébés qui naîtront de ces unions apprendront au contact de leur mère toutes les techniques blanches pour vivre sans les bisons. Ce qui apparaît comme lumineux ou franchement immoral, soulève un tolet à Washington et Grant entre deux hoquets (peut-être dus à son alcoolisme) quitte la salle scandalisé.

C'est sans compter sur le courrier de centaines de femmes prêtent à s'engager dans cette aventure folle. Le gouvernement fait un rapide calcul et se dit qu'un cheyenne apprivoisé vaut mieux qu'un cheyenne humilié. Dont acte. Seulement voilà, nous sommes loin des mille femmes blanches et il va donc falloir aller recruter dans les prisons et les asiles un peu de chair toute rose.

C'est ainsi que nous découvrons May Dodd, une femme enfermée dans un asile et qui pense échapper à l'horreur blanche en nomadisant avec les cheyennes.

Si le Journal de May Dodd permet au lecteur de découvrir mille et une facettes de la vie indienne, des relations (souvent basées sur des incompréhensions) entre les armées blanches et les tribus qu'elles tentent de parquer (soit disant pour les protéger mais en réalité pour mieux pouvoir les surveiller), j'avoue ne pas avoir été touchée par l'écriture extrêmement naïve de Jim Fergus.

Le texte n'est pas désagréable à lire, il gratte fort justement aux endroits qui font mal (le rapport aux femmes, à la sauvagerie, aux rituels, au respect de l'autre) mais l'ensemble est englué dans une sorte de mélasse un peu pâteuse, qui ne parvient pas à emporter la lecture.

Pas mal de fond mais pas assez de forme...



mots-clés : #historique #journal #minoriteethnique #Amérindiens
par shanidar
le Lun 19 Juin 2017 - 18:51
 
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Sujet: Jim Fergus
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Craig Johnson

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Little Bird


Je vais tout de suite vous dire qu’à la fin de ma lecture, je me suis précipité pour faire des recherches, et… Quelle joie !… Craig Johnson a publié 11 romans en anglais, 7 sont traduits en français, dont 4 en poche… Que de plaisirs en perspective !
(Par contre il paraît que la série, Longmire, est décevante)

Quatre ans plus tôt, quatre jeunes gens ont violé la petite indienne Melissa Little Bird et sont restés presque impunis. Personne n'a oublié. Surtout pas le shérif Longmire, et, apparemment,  encore moins l’inconnu qui commence par descendre le premier des quatre.

Cela part comme un polar délectable. Le shérif est désabusé à souhait. Il s’est lié d’amitié lors de la guerre du Vietnam avec l’indien Henry Standing Bear, plein de sagesse et de bienveillance, une amitié qui s’exprime plus par les actes et les silences que par de grandes déclarations. L’enquête piétine. Ce n’est pas faute d’assistants passionnés et attachants, qui ont chacun leur sale caractère, leurs secrets, leurs sarcasmes facétieux et leur dévouement. Ce n’est pas faute non plus, on l'apprendra à la fin, d'indices déposés avec discrétion par l'auteur.
Peu à peu, tranquillement,  le suspense monte, tant par la progression de l’intrigue, par l'opacité du mystère que par l’enrichissement des liens qui unissent les personnages. La spiritualité indienne, l’évocation d’une nature sauvage,  les effroyables conditions météo, qui nous valent quelques scènes d’anthologie, contribuent à la progressive montée en puissance.
Et puis la fin… comme une claque: bien installé dans son fauteuil, on a cru savourer un excellent roman, et c’est bien plus que ça…  la fin est dérangeante et déchirante…

Il faut parler des dialogues. Je n’aime pas trop les livres qui regorgent de dialogues ; mais ceux –ci sont des dialogues de taiseux à l’humour décapant, pleins de mordant pour mieux cacher leurs fêlures. Les réparties,  des plus concises, s‘enchaînent en échanges décoiffants. Elles alternent avec les silences, les gestes ébauchés, les regards. Nul besoin de fioritures, cela claque, Craig Johnson ne recule devant aucune réplique monosyllabique. Et cela donne une ambiance de délicieux vieux westerns d’amitié virile. Mais justement il y a des femmes aussi, et pas des moindres.  

Citation :
   Les morts veulent simplement la même chose que les vivants : qu’on les comprenne.


C’est vraiment excellent, ce mélange de douceur et de violence, de mélancolie et d’humour, de légèreté et de tragique..
Ouaip !

Récup.


Je ne pouvais pas passer sous silence un auteur de polars, pour moi une révélation de ces dernières années.


mots-clés : #minoriteethnique #polar
par bix_229
le Jeu 8 Juin 2017 - 16:28
 
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Sujet: Craig Johnson
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Bernardo Carvalho

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Neufs nuits

Un jour, un article de journal attire l'attention de Bernardo Carvalho sur l'existence de Bell Quain, un ethnologue américain qui, venu au Brésil pour étudier la vie des indiens Krahô, a fini par se suicider au fin fond de la jungle amazonienne à seulement 27 ans. Mais pourquoi donc ce jeune homme brillant et prometteur a-t'il ainsi mis fin à ses jours ?
Tout ce que l'on sait, c'est que les indiens ont parlé d'une lettre, qui, reçue peu de temps auparavant, l'aurait profondément perturbé. Dans les missives trempées de larmes qu'il a adressées à ses proches, Bell Quain a pour sa part évoqué la maladie dont il serait atteint et la trahison de sa femme. Hors, on ne lui connaissait ni maladie, ni femme… Il n'en faut pas plus que s'éveille l'intérêt de l'auteur, qui se lance dans une quête inlassable de la vérité.

Je l'avoue, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. Durant les quarante premières pages, je me suis un peu sentie noyée sous l'accumulation de détails sur la vie personnelle de Bell Quain, le tout me semblant décousu, parfois redondant, et surtout, sans réel fil conducteur.
Mon intérêt s'est évidemment éveillé lorsque l'auteur s'est enfin décidé à évoquer la vie de Bell Quain chez les indiens. J'avoue que j'espérais en apprendre plus sur les observations de l'ethnologue sur les coutumes des indiens Krahô. Mais le propos de Bernardo Carvalho est ailleurs. Ce qui l'intéresse, ce sont les raisons du suicide de Bell Quain, et les théories (plus ou moins fumeuses !) qu'il échafaude sur le sujet.

Il semble bien que quelque chose chez les indiens Krahô ait fait écho en Bell Quain. Il éprouvait pour eux des sentiments ambivalents. Bien loin des solides gaillards des îles Fidji qui l'avaient tant impressionné lors de sa toute première mission, les indiens Krahô étaient des êtres chétifs, vivant dans la peur perpétuelle des attaques ennemies. Bell Quain ne se mêlait pas à eux, et semblait même les mépriser un peu. Et pourtant, il était incapable de les quitter. Selon Bernardo Carvalho, leur situation désespérée entrait en résonnance avec le propre mal être de cet homme tourmenté, complexe, changeant, et peu adapté au puritanisme de son époque.

Avec Neuf nuits, Bernardo Carvalho nous livre un objet hybride assez bizarre, mi-roman mi-témoignage, dans lequel il n'hésite d'ailleurs pas à se mettre lui-même en scène à plusieurs reprises. Le moment le plus mémorable restera certainement le récit plein d'auto-dérision de sa propre expérience chez les indiens Krahô, épisode aussi drolatique que délectable - pour le lecteur tout au moins ! -
Neuf nuits n'est pas un texte "confortable" ;  il m'a tour à tour déroutée ou intéressée. Ce roman, parce qu'il est roman justement, rend inutile toute tentative de démêler le vrai du faux, ce qui au final n'a pas grande importance. La quête de vérité de l'auteur est bien plus intérieure que factuelle, mais Bernardo Carvalho se heurte aux limites des faits et de sa propre imagination. S'il a certainement éclairé quelques pans de la vie et de l'âme ambiguë de l'ethnologue, il a surtout mis en évidence à quel point Bell Quain (ou, peut-être, Bernardo Carvalho lui-même ?) aurait pu choisir pour devise une célèbre phrase de Rimbaud. Oui, décidément, parfois "Je est un autre"…


Merci à Barcarole de m'avoir suggéré ce livre lors de la chaîne de lecture. Wink


mots-clés : #biographie #minoriteethnique
par Armor
le Sam 29 Avr 2017 - 19:40
 
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Sujet: Bernardo Carvalho
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Jean Raspail

Le Roi de Patagonie (Moi, Antoine de Tounens)

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Par charité chrétienne, il faudrait tordre le cou aux enfants qui rêvent, car ceux-la sont toujours malheureux…


C'est l'histoire vraie d'Antoine Tounens, petit paysan périgourdin, nourri aux romans d'exploration, qui s'empare d'une idée folle qui sera le substrat de toute sa vie. Autoproclamé Roi de Patagonie, sous l’œil  amusé,  moqueur ou exaspéré de ses amis , riche de l'argent généreusement offert par son frère qu'il va ruiner, le voilà parti pour le grand Sud, à la rencontre de son Royaume et de ses sujets .

Je hais l'ordinaire et le convenable…


Sous la figure tutélaire d’une douce Véronique perpétuellement fantasmée, malgré le légitime mépris des autorités, il finit par rencontrer une vague tribu indienne de sauvages sanguinaires prêts à lui passer tous ses caprices contre quelques litres de rhum. Mais ce n'est , une fois de plus qu’illusion et humiliation.

il raconte cela, moqué de tous, au crépuscule de sa vie, sublime roi déchu revenu en exil dans son Périgord natal.

iI n'existe que 2 formes de grandeurs appropriées à l'homme bien né,  le triomphe et le  désespoir. Elles se valent.


C'est d’abord un roman d'aventure qui nous fait gambader allégrement d'un continent à l'autre,  rencontrer des terres hostiles et encore inexplorées, fréquenter des colons exotiques et des "sauvages" d'anthologie.  C'est surtout le portrait plein de superbe et de douleur de cet homme halluciné, ne cédant rien malgré sa solitude, fidèle à sa foi non partagée. Un récit, très joliment écrit dans un style qui sied à un roi, où le cocasse le dispute en permanence au superbe et au désespoir.

Lorsqu'il ne subsiste que celle-là, la majesté de dérision est encore une royauté.


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mots-clés : #biographie #minoriteethnique
par topocl
le Mer 5 Avr 2017 - 21:00
 
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Sujet: Jean Raspail
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Thierry Murat

ÉtuŋwAŋ Celui-Qui-Regarde

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Joseph Wallace est un jeune bourgeois de Pittsburg promis à une existence ordinaire. Mais il part un beau jour à la découverte des "Territoires". Fasciné et respectueux, ouvert au doute et à autrui, il devient l'hôte des indiens qu'il photographie dans leur quotidien. Sa découverte de ce peuple, de sa sagesse va bouleverser sa pensée, son intimité  et sa présence au monde à défaut de sa vie ordinaire. Il assiste impuissant au massacre de ces habitants premiers par les colons avides de richesses et de pouvoirs, dont ses photographies constituent un ultime témoignage.

C'est un très beau livre, qui prend son temps,  d'une grande paix et d'un grand poésie, autant dans le texte que dans les images.
Thierry Murat a un travail des noirs te des camaïeux très personnel, sublime pour tout dire, qui souligne autant les moments de paix que ceux de révolte.

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mots-clés : #bd #colonisation #minoriteethnique
par topocl
le Mer 1 Fév 2017 - 11:25
 
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Sujet: Thierry Murat
Réponses: 3
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Katou

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Coloriste : Franz K

Là où dansent les morts

Il s'agit d'une adaptation en deux tomes d'un roman de Tony Hillerman.

Quelques mots sur Tony : Naissance en mai 1925, dans l'Oklahoma. Enfance originale où il fréquente les bancs de l'école avec des indiens pottawatomies et séminoles. Engagé volontaire dans l'infanterie pendant la seconde guerre mondiale, il reçoit pour sa bravoure au combat les plus hautes distinctions de l'US Army. De retour dans le civil, il commence une carrière de journaliste et d'universitaire.
Quand il donne à lire à un agent new-yorkais son premier roman, celui-ci lui demande d'enlever toutes les références... aux indiens ! Tony Hillerman n'abandonne pas et envoie son livre chez l'éditeur Harper & Row qui l'accepte immédiatement. La carrière de Tony Hillerman est alors lancée. Aujourd'hui, ses romans policiers se déroulant au cœur des réserves navajos ont fait le tour du monde. Aux Etats-Unis, ils permettront même aux jeunes indiens navajos et zunis de redécouvrir leurs traditions ancestrales.

Sympathique découverte que cette BD, dont le dessin, a priori, n'est pas celui que j'affectionne. Très classique, bourré de détails, la page est quasiment saturée par les traits ; cependant je me suis très vite familiarisée à cette surabondance et la découverte des univers navajos et zunis, la capacité de Katou à donner un maximum d'informations en un minimum d'espace m'a beaucoup intéressée.

L'histoire tient en deux lignes : un jeune navajo qui devait participer à une grande fête en enfilant les habits d'un dieu du feu est tué et son meilleur ami, un zuni (ennemi juré des navajos) a disparu. L'enquête est prise en charge par un policier zuni lancé à la poursuite de son jeune coreligionnaire. Il visitera ainsi les institutions navajos et américaines, un camp de hippies aux relations assez troubles avec le trafic de drogues et un camp de fouilles archéologiques qui devrait révolutionner l'histoire paléolithique américaine.

On le voit, les sujets brassés sont forts vastes et très efficacement traités par un dessinateur que l'on sent très à l'aise dans l'agencement du scénario et dans la prise en charge de ses personnages. L'intérêt dévie très rapidement de la simple enquête policière pour se tourner non seulement vers les us et coutumes des indiens mais également vers l'ensemble d'un territoire chargé d'Histoire.
Et Joe Leaphorn, le flic zuni, le traqueur par excellence, a beau faire partie du clan de ceux qui parlent lentement, son personnage fascinant, d'un stoïcisme saisissant, donne un sacré relief à l'aventure.

Je ne m'attendais pas à être aussi emballée par cette très riche BD.


mots-clés : #bd #minoriteethnique #polar
par shanidar
le Mar 10 Jan 2017 - 13:56
 
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Sujet: Katou
Réponses: 5
Vues: 428

NAKAJIMA Atsushi

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Portrait de Stevenson par Fanny Osbourne (sa femme), 1876

La mort de Tusitala

Mélange des genres et brouillage des pistes par l'auteur qui joue une petite partie en biographie documentée et l'essentiel en journal de Stevenson aux Samoa, partie documentée elle aussi. Stevenson à travers Nakajima Atsushi, ou l'inverse, partage avec nous son amour pour ces îles du bout du monde et leurs habitants.

Son implication dans les affaires des occidentaux qui se partagent et sa volonté d'aider ces gens pas vraiment à se libérer mais à gérer au mieux l'inévitable cohabitation implique un regard critique sur les affaires du monde d'alors que peut-être l'auteur (japonais) retrouvais dans le sien à l'aube des années 40.

Mais Stevenson c'est aussi l'écriture, comme métier et comme vocation ainsi qu'une réflexion sur la création entre le métier, l'inné et une quête de liberté dans l'imaginaire que cela plaise ou non aux critiques et soit conforme ou non aux modes littéraires du moment.

Immanquablement j'ai repensé au journal commun de RL Stevenson et F. Osbourne (publié chez Phoebus : Notre aventure aux Samoa) et c'est parfois à s'y méprendre. Et c'est de sentir cette vie avec l'île et les Samoans que j'ai aimé retrouver.

Par contre j'ai été moins séduit par la réflexion artistique, et morbide (mais le parallèle entre les conditions de malades des deux auteurs ne se discute pas), il y a des morceaux intéressants, et documentés, mais ça fait plus bricolé et puis la ligne directrice du narcissisme créatif s'épuise et je ne suis pas sûr que ce soit hyper original ce qu'on trouve dans ces passages.

En tout cas une lecture étonnamment homogène pour un si drôle d'objet qui l'air de rien pose des ponts temporels et culturels pas si évidents tout en réservant un sentiment de forte intimité.

Récup' de message sans scrupules.


mots-clés : #biographie #creationartistique #minoriteethnique
par animal
le Lun 9 Jan 2017 - 21:14
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: NAKAJIMA Atsushi
Réponses: 5
Vues: 643

Jim Harrison

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Dalva

Une lecture qui m'a intéressée

- par son rapport avec les Indiens Sioux, certains faits qui m'étaient inconnus, ce qui n'a pas amélioré mon opinion sur le gouvernement US, le comportement de beaucoup de "Blancs" de l'époque ( leur situation n'est à ce jour toujours pas enviable)

- Les personnages sont tous bien campés, de la faiblesse de Michael à la force de Dalva, du grand-père ; la fidélité de Linquisd et Frieda ; la force paisible et efficace  de Paul et Naomi ; l'affection constante de Rachel pour le Gd-père......

- Les descriptions de la faune et la Nature : le bruit de l'eau, du vent, les longues marches et chevauchées salvatrices   de Dalva

- L'histoire d'amour dramatique de Dalva et Duane, ses aventures ensuite, les amitiés,

- Malgré leur statut de "riches" l'auteur nous fait découvrir des hommes et des femmes généreux et surtout une famille !

- Alors que Dalva pourrait ne pas pardonner à ceux qui lui ont "enlevé" son enfant, elle accorde toute son affection au grand-père (mais vu le lien unissant Dalva et Duane on comprend sa décision) et à plusieurs reprises elle agit, parce que cela fait plaisir à Naomi, sa mère (qui ne connaissait pas leur lien) mais qu'elle nomme par son prénom (c'est ce qui m'a interpellée, rebellion ? punition ?)

- la décision de Dalva de demeurer à la ferme

- la découverte de son Fils !

Une écriture prenante et enivrante comme  l'air des grands espaces , et pimentée avec les passages plus crus mais qui se prêtent à la situation.

Une première rencontre réussie, je note un prochain RV  

rivière Niobrara

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Ballands

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région de Buffalo

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(message rapatrié)


mots-clés : #famille #minoriteethnique #nature
par Bédoulène
le Mar 27 Déc 2016 - 7:56
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jim Harrison
Réponses: 53
Vues: 3354

Robert Louis Stevenson

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CEUX DE FALESA

Je connais Stevenson depuis l'enfance et j'ai lu et relu l'Ile au trésor avec beaucoup de plaisir.
J'ai lu ensuite des nouvelles, dont le superbe Ollala, Un mort encombrant, Le voyage en âne dans les Cévennes.
Docteur Jekyll et Mr Hyde m' a paru plutôt caricatural. Mais j'ai beaucoup apprécié ses récits de voyage en Amérique : Sur la route de Silverado.
Même si Stevenson n' avait écrit que cela, il aurait déjà beaucoup apporté, tant son style est fluide et nouveau.
Et enfin j' ai lu -et relu- Le Maitre de Ballantrae qui est un chef d' oeuvre d' ambiguité et de fascination.

Et ces jours-çi, Ceux de Falesa.

On sait que Stevenson est allé vivre aux Iles Samoa et son regard sur ces îles est étonnamment neuf. Ces îles étaient déjà ravagées par le colonialisme, l'aculturation et le trafic de copra, et Stevenson jette un coup d' oeil étonnament empathique sur leur population.

Le narrateur du livre est un traficant de copra et il a tous les préjugés et défauts du métier : cynique, brutal, cruel. Il change peu à peu sous l'influence d' une femme, une indigène, qu'il "épouse" fictivement d' abord, puis réellement. Ses sentiments changent, son regard sur les indigènes, leur culture aussi.
Je ne raconterai pas ce roman étonnant qui recèle un mélange de subtilité, de mystère et de violence qui en font un livre vraiment beau et nouveau.

Mais il faut dire un mot sur l'histoire du livre. Stevenson n'a pu voir de son vivant son livre publié. Le manuscrit provoqua un véritable scandale chez ceux qu' il pensait être ses amis. L'histoire du "mariage", mais aussi le fait qu' un blanc vivait maritalement avec une indigène et s'en trouvait bien. Et parvenait même a avoir une opinion sans trop de préjugés sur la société où il vivait. Etc.
Bref, le manuscrit fut sabré, censuré, retouché et publié de façon immonde sans que Stevenson puisse intervenir.
Michel Le Bris aime beaucoup Stevenson, et s'est livré à un travail d'archives considérable pour publier un manuscrit complet et digne de ce nom, ce qui n'a pas encore été fait en Angleterre, du moins en 1994 quand il a fait éditer le manuscrit.

Ceux de Falesa. - La Table ronde. Coll. La petite Vermillon


mots-clés : #insularite #minoriteethnique

par bix_229
le Sam 24 Déc 2016 - 17:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Robert Louis Stevenson
Réponses: 53
Vues: 2972

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