Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 26 Oct - 0:04

290 résultats trouvés pour famille

Fatima Daas

La petite dernière

Tag famille sur Des Choses à lire Extern60

Récit autobiographique d’une jeune  femme lesbienne née dans une famille traditionnelle maghrébine.

J’ai eu un peu l’impression de lire encore et toujours la même famille maghrébine, la même adolescence rebelle où l’identité sexuelle se comprend peu à peu, alternativement se cache et se crie, où la religion se questionne… dans un récit pas très fouillé, volontairement elliptique, où l’attention est surtout retenue par une composition incantatoire, obsessionnelle, comme une prière un peu vaine adressée à un monde rejetant.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #initiatique
par topocl
le Lun 19 Oct - 12:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Fatima Daas
Réponses: 7
Vues: 83

Prajwal PARAJULY

Tag famille sur Des Choses à lire 41jeay10

Fuir et revenir

Chitralekha avait vu trop de gens mourir _ son mari, son fils, sa belle-fille. Elle serait incapable de supporter un nouvel évènement tragique. Selon le marché que la vieille femme avait conclu avec Dieu ce quart de sa vie au moins devait être préservé de toute tristesse. Et elle veillerait assurément à ce qu’il tienne promesse.


Chitralekha a 84 ans. Pour la communauté hindoue du Sikkim, c’est une date importante, que l’on célèbre lors d’une fête assortie d’une cérémonie religieuse, le chaudrasi. Tout naturellement, Chitralekha a invité ses petits-enfants, d’ordinaire éparpillés aux quatre coins du monde, afin de fêter l’évènement. Vous pensez avoir affaire à une bonne petite grand-mère qui attend sa famille les bras grands ouverts ? Vous avez grandement tord. Chitralekha est une maîtresse femme, qui mène son entreprise de confection de main de maître, et n’a pas sa pareille pour corrompre politiques et entrepreneurs… Rien ne lui résiste, ou presque. Et ses petits enfants, eh bien, il n’est même pas  dit qu’elle ait tant que cela envie de les revoir… D’ailleurs, tous ont une raison de redouter ces retrouvailles : Bhagwati, qui a osé braver les interdits de caste et s’est mariée à un intouchable, reverra son intraitable grand-mère pour la première fois depuis 18 ans ; Manasa, qui a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son beau-père, n’est qu’aigreur et regrets… Agastaya, oncologue reconnu aux Etats-Unis, n’ose avouer son homosexualité à sa famille qui lui recherche activement la femme idéale. Et puis il y a Ruthwa, l’écrivain sulfureux, celui qui n’est même pas invité...

Et voilà que tous ces êtres qui n’ont, au fond, guère envie de se côtoyer, se retrouvent forcés de cohabiter une semaine durant. Ce qui, évidemment, ne va pas sans heurts, et ce d’autant plus que Prasanti, la servante haute en couleurs de la maison, n’a pas du tout l’intention de les laisser empiéter sur son territoire. Et donc, tout ce petit monde se jauge, se pique, se dispute, pleure, rit et s’évite. Rien de mièvre ou de sucré dans ces retrouvailles, c’est d’une plume caustique à souhait que l’auteur nous relate les lâchetés, les empoignades, l’amertume et la colère qui règnent dans la famille. Et aussi, les tendresses inavouées...

On ne va pas se mentir, le fait que l’auteur soit originaire du Sikkim, ce tout petit état himalayen majoritairement bouddhiste, est ce qui m’a attirée de prime abord. On apprend d’ailleurs quelques petites choses sur sa communauté hindoue, et notamment sur le sort inique réservé à certains de ses membres dans l’état voisin du Bhoutan (vous savez, le pays du bonheur ? Hum). Mais, derrière l’aspect « exotique » et les problématiques typiquement indiennes, c’est bien le thème universel de la quête d’identité qui est au coeur du livre. Une quête d’autant plus difficile dans une société aux mœurs cadenassées dont les clivages semblent à jamais indépassables. Ressortent en particulier les figures de deux beaux personnages féminins, la résiliente Bagwati et la hijra Prasanti, infiniment émouvante sous son masque gouailleur.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée. J’espère bien qu’on n’en restera pas là avec cet auteur en France.


Mots-clés : #amour #famille #minoriteethnique #vieillesse
par Armor
le Lun 12 Oct - 17:00
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Prajwal PARAJULY
Réponses: 6
Vues: 107

Hélène Bessette

Lili pleure

Tag famille sur Des Choses à lire 41aq1y10

Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Hélène Bessette
Réponses: 7
Vues: 93

Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils

Tag famille sur Des Choses à lire Histoi11
Originale : Français, 2020

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Le fils, c'est André. La mère, c'est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, « Histoire du fils » sonde le coeur d'une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.


REMARQUES :
Douze chapitres, titrés selon des jours incisifs, décisifs dans la vie des protagonistes. Mais ils ne s’ensuivent pas chronologiquement, mais sautent entre des dates allant de 1908 jusqu’à 2008 : cent ans, trois générations. Et toujours et encore la questions des origines, des pères et mères et des enfants, la suite des générations malgré tous les dénis, négations ou alors l’ignorance. « Histoire de fils ». Car la mère de cet André avait une liaison comme infirmière avec un garçon tellement plus jeune, mais quand même déjà macho et dévorateur de chair. André en résulte. Il va grandir chez la sœur de Gabrielle, son mari et ses trois cousines-sœurs. Ce sera son chez soi ! Il va pas trop apprécier la venue, deux fois par an, de sa mère dans ces régions ruraux, elle, qui avait fui vers Paris. L’histoire de son père inconnu, il ne la connaît pas, ou seulement très peu à peu, et sur le tard. Mais combien de temps on porte avec soi ces questions d’origine et de filiation ? « Qui a un père inconnu est aussi un fils inconnu. » Et ces trous de mémoire, de savoir, ne seront-ils pas transmis à la prochaine génération encore ?

Le principal centre d’intérêt seront alors ces liens familiaux . Mais comme en passant – comme si souvent chez Lafon – on parle de cette tension, les différences entre les départements ruraux et Paris de l’autre coté. Aussi les sujets concernant la deuxième guerre vont apparaître dans le fond : résistance et collaboration...

Tout cela nous sera présenté peu à peu, avec des sauts. Lafon, ou la narratrice de l’histoire, dirige son attention une fois sur tel protagoniste, une fois sur tel. Parfois une situation sera éclairci bien plus tard. Car dans les premiers chapitres d’abord on comprend pas grande chose. Alors la lecture demande une attention aux détails. L’auteure joue avec des énumérations, des variations d’une expression, d’un mot. C’est bien fait, « travaillé » ! A l’intérieur d’un chapitre elle écrit quasimment sans paragraphes et sans dialogue directe.

C’est bien dans la veine de Lafon, et cela me plaît !

Mots-clés : #famille #lieu
par tom léo
le Mer 7 Oct - 9:26
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marie-Hélène Lafon
Réponses: 54
Vues: 2214

Enrique Vila-Matas

Air de Dylan

Tag famille sur Des Choses à lire Air_de10

Le narrateur (un auteur barcelonais…) rencontre lors d’un colloque sur l'échec Vilnius Lancastre, jeune barcelonais ressemblant à Bob Dylan, dont le père, un éminent auteur qui vient de décéder, le hante "littéralement", et qui travaille avec indolence à un projet cinématographique basé sur ses « Archives de l’échec en général ».
L’échec, la paresse, l’hostilité père-fils, la pièce Hamlet, le réalisme, voici quelques éléments autour desquels Enrique Vila-Matas emmêle cet imbroglio romanesque, lui donnant une sorte de cohérence baroque, extravagante et inventive, comme de coutume métissée de références littéraires et cinématographiques, avec nombre de renvois à sa propre œuvre et à ses thèmes de prédilection.
« Oblomov est un jeune aristocrate déshérité, incapable de faire quoi que ce soit de sa vie. Il dort beaucoup, lit de temps en temps, bâille sans arrêt. Hausser les épaules est son geste favori. Il fait partie de ces personnes qui ont pris l’habitude de se reposer avant de se fatiguer. Rester étendu le plus longtemps possible semble son unique aspiration, sa modeste rébellion. Oblomov représente l’indifférent au monde par excellence. »

« …] cette idée du théâtre dans le théâtre utilisée par Shakespeare dans Hamlet, idée consistant à demander à une troupe de théâtre d’illustrer des faits similaires à ceux qui étaient survenus dans la vie réelle pour ainsi donner à entendre à tout le monde (personnages et auditoire) sa propre version, et vérifier, selon les réactions de certains, si c’était la bonne. »

« J’ai toujours essayé de progresser. Mais les thèmes restent inévitablement les mêmes, et c’est encore plus évident quand l’écrivain est un névrosé comme moi. On ne possède que ses propres thèmes dans lesquels on se déplace et, au fond, le mieux à faire, c’est de devenir monotone. »

La recherche de l’origine d’une phrase est un « moteur pour explorer le monde » :
« Ou peut-être que ma recherche servira à montrer que les phrases sont à tout le monde, que la paternité de l’œuvre n’existe pas, que l’origine réelle de toute phrase se perd dans la nuit des temps… »

L’écrivain-narrateur entreprend de réécrire l’autobiographie du disparu, dédiée à son amante (devenue celle de son fils) et détruite par sa veuve :
« Un récit assez synthétisé de sa vie, qu’il n’avait pas terminé. En biais, transversal, oblique. »

(cf. les mémoires de Mac et son contretemps.)
On est dans un pur délire fictionnel :
« Son éternelle et admirable bonne humeur lui donnait le courage d’organiser dans sa vaste librairie – l’achat récent d’un sex shop voisin lui avait permis de doubler la surface de son magasin – toutes sortes de manifestations culturelles et il y avait plusieurs clubs de lecture. »

« …] les écrivains qui survivent […] sont seulement ceux qui tiennent compte de la tragédie de tant de lecteurs dont on a abusé et qui, malgré les abus, montrent qu’ils ont encore la force de prêter attention à ceux qui, comme eux, essaient de mettre de l’ordre dans la conscience chamboulée. On ne voit jamais à la télévision ce travail secret avec la conscience, il n’est pas médiatique, il habite dans les vieilles maisons de la sempiternelle vieille littérature. »

« La vie est une souricière, le réel n’est que théâtre, et nous ne sommes rien sans la mémoire qui invente toujours. »

« Avec leur Théâtre de la souricière, Débora et Vilnius étaient tous les deux convaincus que, pour dire ou insinuer la vérité, la fiction serait toujours très supérieure à d’autres moyens qui s’étaient révélés inefficaces. »


Mots-clés : #ecriture #famille #satirique #universdulivre
par Tristram
le Lun 31 Aoû - 21:17
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Enrique Vila-Matas
Réponses: 58
Vues: 3656

Camille Bordas

Isidore et les autres

Tag famille sur Des Choses à lire 517euq10

Difficile à onze ans de trouver sa place dans une famille de surdoués, surtout lorsqu’on se contente d’être « normal ». Entouré de cinq frères et sœurs qui dissertent à table des mérites comparés de Deleuze et d’Aristote, Isidore est le seul capable d’exprimer des émotions, de poser les questions que les autres n’osent pas formuler. À moins que, épris d’ailleurs, il ne réussisse enfin une énième fugue qui lui ouvrirait un monde de liberté et de légèreté.
Dans Isidore et les autres, écrit initialement en anglais, Camille Bordas brosse avec humour le portrait sensible d’un jeune garçon qui s’affranchit de son enfance sous le regard d’adultes encore plus désorientés que lui. Une fresque familiale tendre et émouvante, un portrait d’adolescent plein de finesse, une voix littéraire qui s’affirme plus que jamais.


Un peu dans la lignée de Salinger, donc, ce roman de Camille Bordas sur la préadolescence. Je songe aussi au roman de Adam Levin (Les Instructions) qui utilise comme Camille Bordas des enfants/adolescents surdoués, c'est peut-être là le moyen le plus sûr de parvenir à un roman abouti dans le genre. Car je n'ai jamais vraiment lu de roman pertinent sur l'enfance, sans doute qu'elle nous échappe à tout jamais, et utiliser des enfants surdoués permet de les faire plus ou moins raisonner et parler comme des adultes, ce qui nous donne l'illusion de grands romans sur cette période. Quoi qu'il en soit, j'ai beaucoup aimé celui-ci, l'autrice a un vrai talent d'écriture, et ne manque pas d'humour, ce qui ne gâche rien. Derrière quelques couches de mélancolie, de détachement, d'un certain cynisme, elle parvient à créer des personnages attachants.

Le père au fond, était un idéaliste. Il disait que dans un monde parfait, il n'y aurait que des bouddhistes. « Et des kinés », il ajoutait, les jours où il avait mal au dos. Il votait toujours pour d'autres idéalistes, des gens qui n'avaient aucune chance, et il était quand même déçu quand ils perdaient, quand il voyait les scores. Léonard lui avait demandé un jour pourquoi il ne voterait pas pour un des partis qui gagnaient à tous les coups, pour changer, juste pour voir ce que ça faisait de pas être du côté des perdants. C'était une blague, bien sûr, mais le père l'avait mal pris, et pendant des semaines il avait à peine adressé la parole à Léonard. Maman nous avait expliqué que le père craignait d'avoir échoué à nous inculquer le sens moral. Je n'arrivais pas à comprendre si le sens moral était un sixième sens, un don essentiel dont on manquerait toute notre vie, ou si c'était juste un truc sans intérêt. Ça avait l'air important pour le père, mais souvent, il focalisait quand même sur les détails.


Et qu'est-ce que tu voudrais que je fasse, maman ? Je veux bien que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, mais s'ils décident de grandir sans ouvrir un bouquin, rien ne m'oblige à subir leur conversation.



Mots-clés : #enfance #famille
par Arturo
le Ven 14 Aoû - 16:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Camille Bordas
Réponses: 3
Vues: 71

Junichiro TANIZAKI

J'ai réécris il y a peu une critique sur

Quatre soeurs

Tag famille sur Des Choses à lire 51eyh110


Qui dit roman dont les personnages sont de la même famille dit foyer de haines sourdes ou exprimées ouvertement ? dit obligations tyranniques observées au nom d'un amour inconditionnel allant de soi et non librement et intimement ressenti, au nom d'une mythologie sur l'ascendance et la descendance ? On peut évoquer les Karamazov, on peut évoquer Kafka, Butler ou Strindberg, on peut sans doute évoquer beaucoup d'autres romans et même ceux dont "un passif familial" n'est pas nécessairement le sujet (ou le seul sujet) mais qui laissent transparaître bien des choses ?

Ne sortons pas tout de suite l'artillerie lourde : Quatre sœurs occuperait une place à part au milieu de cette littérature. Il y a dans mes souvenirs, mille tensions dans le plus gros roman de Tanizaki (près de 900 pages en folio) et, je le crois de plus en plus, ce qu'il a écrit de plus fort... (en dépit du fait qu'il me reste beaucoup de livres à découvrir de lui). Ce n'est pas de l'artillerie lourde, mais seulement dans le sens où Tanizaki ne donne ni dans la démesure ou la monstruosité, ni même dans le procès : rien de cela n'est mis en évidence, tout est concocté dans des ambiances feutrées ; on peut même penser que ces quatre sœurs s'aiment le plus sincèrement du monde. Mais ces quatre jeunes femmes, issues de l'aristocratie, ne comprennent pas dans quel monde elles vivent (et pas plus leurs contemporains qui jugent qu'elles appartiennent au passé, d'ailleurs). Parce qu'il s'agit d'un monde (la société nippone entre 1920 et 1945, donc) qui change, et qui va "changer" (ceci est une litote), à l'instar de la société autro-hongroise dont parle Arthur Schnitzler dans Vienne au crépuscule ou Robert Musil dans L'Homme sans qualités, je pourrais dire aussi à l'instar de la société française, dans Les Thibault de Roger Martin du Gard, que je suis en train de lire. Au vrai, ce roman de Tanizaki, par des circonstances que l'auteur ne pouvait prévoir, gagne une valeur supplémentaire. La guerre est là, même si elle est lointaine. Il y a les gentils voisins allemands de l'une des sœurs (je ne sais plus laquelle) qui parlent d'un retour peut-être nécessaire au pays, aux vues de certains événements.

Allons plus loin : si dire de quoi parle un livre consiste à résumer l'intrigue, j'aurais l'impression légèrement embarrassante de parler de quelque-chose qui fleure un peu la guimauve moisie. L'enjeu est tout simplement celui d'une jeune femme à marier. Bon, du reste, Tanizaki n'est ni le premier ni le dernier sur cette question, que ce soit au Japon ou ailleurs. Reste que Tanizaki était beaucoup critiqué (et même censuré, je crois) parce que son travail était jugé peu compatible avec la mentalité de fierté nationale et de militarisme concertée par les hautes instances de l'époque... donc avec ce roman publié en 1941, mais aussi avec la traduction en japonais moderne du Dit de Genji, énorme classique ― rappelons-le encore une fois ― du Japon raffiné et courtois, énorme livre sur lequel il bûche à la même époque (oui, ce gars est quand même un forcené de travail) le message de Junichir'ô aux instances susdites est parfaitement clair : "Je m'en fiche". L'écrivain japonais fait toujours selon son goût ― c'est même une façon de caractériser son œuvre ― notoirement tourné vers un "monde" féminin.

Ce qui me reste de cette lecture (achevée il y a trois ans), c'est cette fascinante différence entre les quatre caractères, qui n'ont rien d'anodins. (Justement pour cette raison, je mets le paragraphe suivants en "spoiler" vu que je décris les caractères en question. Je ne sais pas s'il "gâche" quoi que ce soit, je laisse le choix à celui qui lit ma critique et qui n'a pas lu Quatre sœurs.)

Spoiler:
La moins jeune, est aussi le personnage le moins présent du roman. Mais une des pages les plus brillantes du roman, qui m'est resté jusqu'à maintenant, la concerne... Sa demeure est appelée "maison aînée". Je me souviens que l'expression m'avait interpellé alors, comme s'il s'agissait d'une institution gouvernementale (peut-être que j'exagère, c'était une impression). Les parents étant morts, c'est elle, officiellement, la cheffe de famille... même si elle a en grande partie délégué la charge à sa cadette directe. Celle-ci, à la fois autoritaire et fatiguée de l'être, a toutes les responsabilités sur le dos, le mariage dont je parlais, voire les deux mariages. Les deux dernières sont toutes les deux à marier, mais il faut que la troisième le soit avant la quatrième, et c'est là où tout se complique. Une fois de plus je résume, mais peu importe, ce sont les bases du roman, et si vous l'avez déjà lu, vous savez tout cela. Ce que j'écrivais au moment où mes souvenirs du roman étaient plus frais ? "Tanizaki nous écrit, avec le regard particulier d’un japonais de son temps. Youki Ko (la troisième) est celle qui regarde en arrière, vers le passé et rend sa vie impossible de ce fait. Tae Ko (la benjamine) est, dit-on, tournée vers l’avenir, mais c’est aussi une impasse." Je suis un peu vague sur la troisième... elle était, à l'image des quatre, mais de façon plus singulière, inadaptée. Pour la quatrième, je suis toujours d'accord avec moi (ahaha) mais je précise : dans ce roman, le passé, l'avenir, comme le présent ne sont, d'une certaine façon, plus possibles. "L'avenir" ou, disons, la tentation d'être en avance, par tous les moyens.


Des caractères subtilement développés, et qui permettent de comprendre tous les non-dits (les tensions dont je parlais) les choses tues parce qu'il est mieux de se retrouver ensemble sans qu'il y ait d'orages, pour aller voir, par exemple, l'éclosion des cerisiers. Cette célébration si chère aux japonais reviens comme un motif tout le long du roman, et inséré de cette manière dans Quatre sœurs, n'a rien de banal ni de simplement folklorique (d'ailleurs je crois qu'en France nous avons aussi des cerisiers). Quatre sœurs me donne la sensation de garder une impression nette d'une époque, avec ce rapport très affectif avec ces personnages, qui se nuance en même temps, d'un peu de hauteur... le regard d'un marionnettiste (Tanizaki était friand de Bunraku) qui, riant et le spectateur/lecteur avec lui, regarde les marionnettes qu'il fait agir. C'est peut-être un peu ça qui m'avait fait penser (pardon, c'est la dernière référence) à Jane Austen.


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique
par Dreep
le Ven 14 Aoû - 10:14
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Junichiro TANIZAKI
Réponses: 28
Vues: 1638

Roger Martin du Gard

Les Thibault

Tag famille sur Des Choses à lire 81esbx10

Du Cahier gris à L’Épilogue, le roman fleuve de Roger Martin du Gard, qu’il aura mis plus de dix-huit ans à écrire, va beaucoup évoluer. D’abord intitulé Deux frères puis Les Thibault. On suit ces deux frères entre 1904 et 1918 ; Jacques et Antoine, ce dernier (né comme l’auteur en 1881) a neuf ans de plus que Jacques. Deux caractères différents, opposés en un sens, que Roger Martin du Gard ne cessera pas de dépeindre au cours de ces huit ouvrages dans mille introspections, ou visages jaugés d’un regard, traits qui s’épanouissent ou se resserrent. Roger Martin du Gard façonne et ausculte de la même manière tous les personnages de son roman, quoique dans une moindre mesure. Ainsi, ce sont vraiment les caractères qui passionnent le romancier. J’ai dit que le roman évoluait beaucoup, pour être plus précis, disons qu’il change de dimension.

C’est d’ailleurs l’un des intérêts du roman puisque l’on voit ces caractères, tandis qu’ils mûrissent, réagir à ces changements, les accompagner. Quelle attitude adopter face à la vie, à la société et ses bouleversements de premier ordre ? En dépit des ellipses (voyez celle entre L’Été 1914 et L’Épilogue !) des profonds changements, des cassures, des catastrophe, le roman tient une continuité. La structure du roman est vivante et le cercle s’étend : d’abord intime, familial ― le caractère du père est un sacré morceau ― puis historique, politique à l'échelle mondiale. Plusieurs positions s’affrontent, sur la guerre, sur la paix, sur le socialisme… Roger Martin du Gard nous rafraîchit la mémoire en racontant très précisément l’enchaînement des événements politiques de cette époque, qui est pour lui un reflet de ce qui faisait plus que se préparer en 1937.


Mots-clés : #famille #politique #psychologique
par Dreep
le Mer 12 Aoû - 10:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Roger Martin du Gard
Réponses: 1
Vues: 69

Wallace Stegner

En lieu sûr

Tag famille sur Des Choses à lire Cvt_en10

À ranger dans le (grand) rayonnage "les universitaires parlent des universitaires" ‒ question de fond qui me taraude : écrivent-ils parce qu’ils sont universitaires, ou deviennent-ils universitaires pour écrire ? Même question pour les journalistes qui parlent des journalistes ‒ mais je tâterais bien des terrassiers qui parlent des terrassiers, pour changer…
De nouveau également le « vieux » (l’auteur avait 78 ans à la parution du livre, et Larry le narrateur a mon âge) qui parle de vieillesse et de souvenirs, et même un vieux couple ‒ pas nouveau, notamment chez Stegner…
A propos, Larry est un écrivain, qui parle donc… d’écriture. Aussi d’une certaine élite intellectuelle, privilégiée ‒ volontiers réfugiée dans son « pensoir »… Et le propos est toujours d’actualité.
« Les écrivains sont-ils reporters, prophètes, agitateurs, amuseurs, prédicateurs, juges, quoi d’autre encore ? Qui les nomme porte-parole ? Et s’ils s’autoproclament tels, ce qui est manifestement le cas, quelle est la validité de ce mandat ? Si, comme le pensait Anatole France, c’est exclusivement la durée qui fait les chefs-d’œuvre, alors les grands écrits ne sont que tâtonnements ayant surmonté l’épreuve du temps ; et, s’ils se ramènent à cela, il faut par-dessus tout qu’ils soient libres, qu’ils procèdent du talent et ne résultent pas de contraintes extérieures. Le talent est sa propre justification, et l’on ne saurait dire avec certitude, avant le pourvoi devant la postérité, s’il vaut vraiment quelque chose ou bien n’est que l’expression éphémère d’un engouement ou d’une tendance, l’expression d’un stéréotype. »

« Une écriture longuement travaillée est gage d’une lecture facile. »

« ‒ Je croyais justement que la fiction était l’art de rendre la vérité à partir du factice. »

Donc un certain entre-soi :
« L’amicitia dure mieux que la res publica et au moins aussi bien que l’ars poetica. »

Langage d’initiés des gens cultivés ; j’ai suivi approximativement les références mythologiques (beaucoup moins celles à la littérature anglo-saxonne de l’époque).
« …] ma Sally au regard placide et au front de Déméter. »

« …] des vaches jersiaises, belles comme des biches, les regardent passer avec des yeux de Junon. »

Larry s’est hissé avec beaucoup d’efforts dans la sphère de ce gotha, est c’est peut-être pourquoi il défend les valeurs méritocratiques :
« Il n’empêche que, lorsque j’ai vent du dénigrement actuel de l’ambition et de l’éthique du travail, cela me hérisse. C’est plus fort que moi. »

« L’ambition est une voie, non une destination, et cette voie est essentiellement la même pour tout le monde. »

À noter que Charity, l’autoritaire planificatrice qui régente, a de l’ambition pour Sid, son mari. De fait, le roman tourne autour de cette dépendance et de…
« …] l’ascension sociale. Il appelait cela le “péristaltisme vertical au sein de la société”. »

La devise du père de Larry me plaît davantage :
« Fais ce que tu aimes faire et cela s’avérera probablement être ce que tu fais le mieux. »

Le milieu académique donc, entre précarité et titularisation :
« Je me suis dit que je ne donnerais pas dans cette attente, cette espérance et cette angoisse. J’ai fait mon boulot. Si on m’aime bien et que l’on juge bon de me reconduire dans ma fonction, tant mieux. Dans le cas contraire, je me débrouillerai. D’ici là, j’ai des devoirs à corriger.
Foutaises, oui ! Sid avait raison : je serais prêt à mettre mon joli corps d’albâtre aux enchères sur la place publique pour conserver mon poste. »

« Ici règnent l’endogamie intellectuelle, la paresse et la peur. »

C’est aussi un roman plein de bons sentiments ‒ sauvé par le style de Stegner, qui glisse malicieusement, en guise d’adroite mise en abyme :
« Comment, à partir d’existences aussi paisibles que celles-ci, faire un livre qui trouverait des lecteurs ? »

La question du manque d’attrait littéraire du bonheur et autres aspects plaisants de l’existence (ou après, confer Dante) est développée plus loin.
« Les méchants et les malheureux ravissaient la vedette parce que le péché et la souffrance étaient le lot universel. Techniquement, le Christ était le héros du Paradis perdu [de Milton] ; en réalité, c’était Satan. La grandeur déchue s’est toujours révélée plus instructive que la perfection. »

Évocation donc de deux jeunes couples très proches, malgré des milieux d’origine très différents ; curieux matriarcat, parfois un peu trop dominateur peut-être ; plaisir dans la nature lors de cette randonnée en Nouvelle-Angleterre ‒ et tout cela rapporté avec beaucoup de finesse, esprit et sensibilité. Les portraits psychologiques sont très fouillés, peu réductibles à des types génériques (mais ils évoquent certains membres de la famille !)
Le serpent n’apparaît dans l’éden qu’à la moitié du livre, et c’est alors seulement que surgira le drame (l’"action" ?)
Une fois encore, c’est en avançant dans le livre qu’il m’a conquis, malgré que j’en eusse…
Stegner reste décidément le grand maître des romans qu’il faut lire jusqu’au bout pour les mériter.

Mots-clés : #famille
par Tristram
le Lun 20 Juil - 13:04
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 89
Vues: 4378

Marguerite Yourcenar

L'Œuvre au noir

Tag famille sur Des Choses à lire Yource10

Roman, 1968, 330 pages environ.  

(relecture)

Magnifique roman, ne cède en rien en altitude aux Mémoires d'Hadrien.

Fine, élégante écriture pseudo-classique, de haute volée.
Marguerite Yourcenar sollicite, à sa façon, le lecteur pour qu'il développe à partir de ses riches énoncés (et c'est régal).

Style remarquable:
On sort du "je" narratif (toujours en comparaison avec les Mémoires d'Hadrien). Une sorte d'impersonnalité narrative, qui peut passer, en trompe-l'œil, pour de la froideur, mais c'est pour mieux poser quelques écrins de tournures et mots rares ou se raréfiant à l'usage de nos jours, la froideur tempérant l'accusation de pédantisme ou d'excès de frivolité dans la recherche fouillée.

Classicisme de la syntaxe (merci, Mme Yourcenar, d'employer dans un roman francophone post Céline/Sartre, des temps de conjugaison peu usités de nos jours en langue française, au lieu de s'en tirer par des périphrases ou des découpes à un point tous les cinq mots !), sur laquelle se greffent des images qu'on dirait baroques, ou bien issues des tableaux des maîtres de la Renaissance.

La Renaissance, justement: Sa mystique, sa violence, ses espérances, ses grands anonymes, ses savants cachés, ses couvents, ses banquiers, ses autorités, ses bourgeois, ses peuples, ses soudards, ses guerres permanentes, ses juges... l'époque nous est brossée sans la moindre complaisance, et de façon très érudite: à ce propos, la note de l'auteur, qui clôt l'ouvrage, est précieuse et fort éclairante, on en regretterait presque que d'autres auteurs ne se plient pas au jeu de laisser sur un coin de table la genèse de leurs créations, leurs recherches...

Une certaine matière médiévale n'est point absente de ces pages, comme une vigueur crue, qui sûrement colle à un regard sagace sur l'époque de narration, la Renaissance n'est pas une rupture avec le monde tel qu'il existait précédemment effectuée en un jour.


Au commencement, deux cousins se rencontrent par hasard sur une route des Flandres: l'un est militaire et s'en va quérir gloire, honneurs et vie de camp, l'autre la science et la sapience, ainsi qu'une quête explorative du monde. On ne sait pas, durant tout le début, lequel d'entre Zénon le philosophe et Henri-Maximilien le soldat sera le héros principal, à supposer qu'il n'y en ait pas deux...

Les thèmes de la recherche, de l'intelligence opposée à la bêtise crue, le combat contre les dogmes et les vérités admises parce qu'assénées, la médecine, la singularité, la Foi et l'athéisme, l'alchimie non traitée de façon farfelue, grotesque ou romantique, la quête de savoir, la médecine et le soin apporté à autrui de façon plus générale, la rébellion, l'audace, la transgression, les erreurs aussi, les découvertes aux conséquences néfastes si ce n'est meurtrières, la solitude et la discrétion, tout ceci compose avec puissance dans le creuset de l'auteur.
Les dialogues sont, parfois, d'une dureté sans nom, bien que d'une grande sobriété.

Le travail d'auteur, L'Œuvre à l'Encre Noire est tellement ciselé qu'on ressent la perfection comme but à atteindre, pour un livre que Marguerite Yourcenar a porté pendant une quarantaine d'années avant de le publier, et qui prendra dix années de dur labeur à sa compagne et traductrice Grace Frick, dans leur maison du Maine, avant d'apposer le point final à la traduction anglais: dix années...

Maintenant, les deux branches de la parabole se rejoignaient; la mors philosophica s'était accomplie: l'opérateur brûlé par les acides de la recherche était à la fois sujet et objet, alambic fragile et, au fond du réceptacle, précipité noir.
L'expérience qu'on avait cru pouvoir confiner à l'officine s'était étendue à tout. S'en suivait-il que les phases subséquentes de l'aventure alchimique fussent autre chose que des songes, et qu'un jour il connaîtrait aussi la pureté ascétique de l'Œuvre au Blanc, puis le triomphe conjugué de l'esprit et des sens qui caractérise l'Œuvre au Rouge ?
Du fond de la lézarde naissait une Chimère.
Il disait Oui par audace, comme autrefois par audace il avait dit Non.  



Mots-clés : #culpabilité #exil #famille #historique #medecine #philosophique #renaissance #violence
par Aventin
le Lun 6 Juil - 19:36
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marguerite Yourcenar
Réponses: 71
Vues: 2800

Earl Thompson

Tag famille sur Des Choses à lire Jds_10

Un jardin de sable

Un roman captivant et fiévreux, parfois outrancier mais souvent bouleversant. Earl Thompson dévoile dans Un jardin de sable le récit de l'enfance de Jacky, né dans le Kansas au coeur de la Grande Dépression. Après la mort accidentelle de son père et abandonné par sa mère, il est élevé par ses grands-parents : confronté à la pauvreté du quotidien, il est ballotté de maisons en maisons durant plusieurs années, quelques instants de tendresse ne parvenant à masquer de constantes désillusions. Jacky retrouve après plusieurs années sa mère avec un beau-père violent et cruel, et noue alors avec elle une relation tourmentée et fébrile, virant à l'inceste au bout d'une colère, d'un manque affectif, d'un rejet de soi et de l'autre. Annonçant alors une entrée dans l'adolescence avec la sensation d'un vide béant.

L'héritage de la crise de 1929 a inspiré de nombreux textes d'une grande puissance émotionnelle, et Earl Thompson impressionne par la dimension chaotique, passionnée et auto-destructrice de son écriture. La violence est omniprésente, et chaque journée semble être un combat perdu d'avance face à un monde qui engloutit chaque promesse d'un renouveau, d'un équilibre. Dans ces conditions, l'enfance a perdu d'entrée son innocence et les maladresses, les éclats de fureur de Jacky sont avant tout les reflets d'une détresse, d'une recherche de compréhension. L'évocation d'une souffrance à travers la sexualité, jusqu'à l'inceste, est alors une fuite en avant, difficilement soutenable et pourtant jamais scabreuse.

Mais au-delà d'une noirceur,  Earl Thompson parvient, dans l'excès, à sublimer des moments de désespoir pour saisir une forme d'obstination, de courage, de force vitale. Un jardin de sable reste ainsi un temps fort de mon année littéraire.


Mots-clés : #enfance #famille #historique #social #violence
par Avadoro
le Sam 27 Juin - 23:59
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Earl Thompson
Réponses: 2
Vues: 126

Sibylle Lewitscharoff

Apostoloff

Tag famille sur Des Choses à lire Aposto10

Originale : Allemand, 2009
description du livre a écrit:
Deux sœurs, installées en Allemagne, acceptent l'offre d'un riche membre de leur communauté d'origine : il leur propose une importante somme d'argent pour l'exhumation de leur père car il veut réunir dans un même tombeau les dépouilles de ses amis bulgares morts en exil.
Un convoi de limousines les conduit donc à Sofia et leur chauffeur, Apostoloff, entreprend de leur faire découvrir les richesses du pays : la céramique... à base de bleu de cobalt toxique, le littoral de la mer Noire… défiguré ou l'architecture locale (un crime contre l'esthétique).
Les péripéties de cette odyssée, racontées avec un humour corrosif, sont l'occasion pour Sibylle Lewitscharoff de mener une réflexion sans concession sur des questions existentielles comme les racines des migrants, le sentiment de nostalgie ou la famille.


REMARQUES :
A vrai dire j’aurais presque jeté le livre dans un coin de ma chambre ! Quel démonstration haineuse  des rapports de la narratrice envers son père, puis le pays de celui-ci, d’où il s’est exilé dans les années 40 ! Amer, plein de « préjugés », - semble-t-il. Plus que méchant ! Pour les amateurs du genre par contre probablement un bonheur !

Et puis je me suis dit : avec le Prix reçu comme meilleur livre de l’année, il doit y avoir autre chose ? Continuons à lire !
Et puis rapidemment apparaissait quelque chose, une lecture possible, de cette amertume sous la lumière de la mélancolie de l’exilé , de l’émigrant. Et cela pas juste dans la première génération, mais même, comme transmise mystèrieusement, dans celle de la deuxième, voir troisième. J’y reconnaissais quelque chose de mon vécu.

D’un coup cette vue acerbe, le criticisme envers la Bulgarie, son père, presque tout le monde, deviennent comme par magie et secrètement une expression d’un désir de plus, d’un inaccomplissement. Et une attente d’autre chose : pour les pays de l’ancien bloc de l’Est, mais aussi soi-même ?

CES sujets sont suggérés et en quelque sorte sécrets. Mais évident et incontournable est (j’ai lu le livre en allemand) l’incroyable art de manier la langue de l’auteure ! La langue est riche, inventive, laconique, aussi « mèchante ». Mais toujours originale. Ce serait intéressant ce qu’un lecteur francophone en tire de la traduction française !

C’est avec effroi presque que nous réconnaissons dans cette écriture de poison tellement de parallèles avec la biographie de l’auteure. Aïe ! Mais reconnaissons alors aussi derrière cette amertume le souffle d’une mélancolie. Celle-là resonne d’une façon merveilleuse parfois. Qu’est-ce qu’on attend, qu’est-ce qu’attend un tel pays ? C’est par le négatif que Lewitscharoff dit ce qui manque, ou ce qu’il faudrait : de l’âme. Le pays aurait été déâmisé… Et pas juste la Bulgarie, j’ajoute, peut-être la maladie d’aujourd’hui ?


Mots-clés : #famille #humour #immigration
par tom léo
le Mer 17 Juin - 7:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Sibylle Lewitscharoff
Réponses: 6
Vues: 349

Amit CHAUDHURI

Tag famille sur Des Choses à lire 41xyeg10

Les immortels

Avec son talent pour les chants dévotionnels, Mallika Sengupta eut pu devenir une chanteuse classique reconnue. Elle a préféré se satisfaire de sa conditions de femme de dirigeant d’entreprise, des obligations mondaines et du prestige qui en découlent. Son amour du chant, elle l’assouvit désormais en prenant des cours avec un maître de musique : Shyamji. Plus encore que Mallika, Shyamji aurait pu briller au firmament. Mais le rôle d’enseignant s'avère finalement plus rentable, et Shaymji a toute une famille élargie à entretenir... Il prête donc indifféremment son sourire et son talent aux puristes comme aux jeunes ambitieux, avides de prêter leurs voix aux héros de Bollywood susurrant de mièvres romances en technicolor...

Au fil des ans, les relations entre Shyamji et les Sengupta s’intensifient, se complexifient. Relations de maître à élèves, mais aussi d’employé à employeurs, de débiteur à bienfaiteurs. Proches et lointaines à la fois. Ambigues. Ca et là, les rêves de gloire des uns et des autres ressurgissent. Mais pour combien de temps, et avec quel espoir de succès face aux réalités de leurs vies respectives ?
Nirmalya, le fils des Sengupta, observe les renoncements et compromissions des adultes avec toute l’intransigeance de l’adolescence. Il en vient à rejeter son milieu d’origine sans vraiment parvenir à se priver de ses nombreux avantages, et, se piquant désormais de philosophie autant que de musique traditionnelle, traîne ostensiblement son spleen à travers les rues de Bombay…

Avec les relations imbriquées de ces deux familles aux antipodes, Amit Chadhuri tenait là matière à de belles études de caractères, et j’aurais aimé qu’il approfondisse les contradictions intimes de ses personnages. Au lieu de cela, il semble avoir privilégié la musicalité de la langue, dans un élégant survol des années qui passent. Pourtant, par petites touches impressionnistes, se dessine le tableau complexe de vies entrelacées tout autant qu'à jamais séparées par les clivages sociétaux. L’air de rien, Les immortels en dit beaucoup sur l'Inde et les mutations fulgurantes de Bombay dans les années 80. Et malgré mes quelques réserves, c’est une lecture que j’ai finalement beaucoup aimée et qui, un mois après, me laisse encore une impression durable.
Ce n’est pas le livre que je conseillerais d’emblée à qui ne connaît rien de la société indienne : trop d’allusions resteraient alors lettre morte. Mais si vous avez quelque appétence pour ce curieux pays, alors il est bien possible que cet univers tout en bémols et demi tons ne vous laisse pas insensible...


Mots-clés : #famille #musique
par Armor
le Jeu 21 Mai - 3:03
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Amit CHAUDHURI
Réponses: 9
Vues: 360

Wallace Stegner

L'Envers du temps

Tag famille sur Des Choses à lire L_enve10


Bruce Mason, ancien ambassadeur, rédacteur en chef, spécialiste des hydrocarbures du Moyen-Orient, revient à Salt Lake City où il vécut « l’innocence » paradisiaque de ses enfance et adolescence mormones dans l’Utah des années vingt et trente. Et le passé resurgit à quarante-cinq années d’écart, par bouffées d’intenses sensations.
« Il connaissait cette rue, mais celle-ci le mettait mal à l’aise. Cela tenait-il à ce que, bien que pourvus des mêmes yeux, celui qui voyait et celui qui se souvenait n’étaient pas les mêmes ? »

« Prenant simultanément conscience de l’endroit où il se trouve et de son caractère familier, ralentissant le pas afin de poursuivre cette conversation imaginaire sur la pelouse de Joe, il ressent comment la somme du passé, massée en un désordre qui n’a rien de chronologique, flotte derrière le rideau du présent, rattachée à un parfum, à un son, à un contact ou à tel ou tel mot, qui va lui ouvrir les portes et la laisser revenir. Alors qu’une bouffée plus forte agite les frondaisons en contrebas, il s’immobilise pour écouter. Le souvenir est instantanément tangible, une giclée d’adrénaline dans le sang, une sensation de chair de poule sur les bras. »

« Or ici, il avait passé l’après-midi et la soirée à arpenter les contours de cette réserve de la mémoire, fasciné par des images extraites de son immaturité et par la fragrance des possibilités perdues. »

Il retrouve avec gêne le souvenir de celui qu’il fut, « maladif et chétif », affligé d’un complexe d’infériorité et « affamé de reconnaissance », ses premières amours, « l’impatiente, spirituelle et fébrile Holly » et surtout la radieuse Nola au regard insondable, qu’il aimait tant et devait épouser, et son ami Joe Mulder, qui l’initia au tennis et l’introduisit dans la communauté de son âge, aussi Jack Bailey, le perpétuel « sujet de scandale ».
Est bien décrit l’espèce de monstrueux "allumage" permanent que constituent les rapports des jeunes Nord-Américains entr’eux, l’optimisation fébrile et assez absurde de l’excitation sexuelle de jeunes gens sportifs, étirée jusqu’au supplice…
« Il vivait dans les livres et dans sa tête, tête engourdie par les drogues altérant la perception que secrète la physiologie adolescente. »

« L’obsession érotique ordinaire. »

Son père avait fait du salon un bar clandestin, puis était devenu bootlegger, et la mésentente, le conflit sourd qui les oppose ne se sont jamais éteints ; on retrouve des éléments autobiographiques déjà présents notamment dans La Bonne grosse montagne en sucre (outre le père dans l’alcool, les frères Bruce et Chet, Salt Lake City, etc.)
Stegner développe l’idée que le choix de sa destinée par Bruce fut en fait casuel (ce que je crois plus fréquent qu’on ne l’admet généralement) :
« Certains d’entre nous n’en savaient pas assez pour être insatisfaits et ambitieux. Certains d’entre nous avaient une expérience et des aspirations si limitées que seulement le hasard ou l’intervention d’autrui ou peut-être on ne sait quelle inéluctable destinée psychosociale furent capables de nous éjecter hors de notre ornière. »

« Il n’est pas né pour fonder Rome, il n’a pas de compulsion particulière à devenir riche et célèbre, il est incapable de calcul et de stratégie. Tout au contraire, ses aspirations et son avenir visible coïncident. »

« Il n’avait pas eu plus d’initiative relativement à sa carrière que l’eau n’en a lorsqu’elle dévale une pente. »

J’ai aussi apprécié le rendu des rêves de Bruce, et d’une manière générale la façon habile de présenter l’histoire.
(Une fois encore avec cet auteur, c’est arrivé presque à la moitié du livre que son intérêt jaillit. J’avais déjà noté que c’était une œuvre mineure, après l’impression de déjà vu due à son histoire familiale.)
Le titre original, Recapitulation, a les mêmes acceptions qu’en français, notamment celles de "sommaire", etc. Le Merriam-Webster précise l’une d’elles : “the hypothetical occurrence in an individual organism's development of successive stages resembling the series of ancestral types from which it has descended so that the ontogeny of the individual retraces the phylogeny of its group”, et Le Grand Robert confirme : « Loi de récapitulation, d'après laquelle l'ontogénie répète la philogénie (et l'embryologie correspond à l'anatomie comparée). » Voilà qui éclaire me semble-t-il l’approche de Wallace Stegner révélée dans la seconde partie (sur quatre) de ce roman :
« Vu et invisible, éclairé et enténébré, tout était présent sans effort. C’était un espace de vie jadis accepté et utilisé, sur lequel il s’était reposé sans incertitude, sans même s’en rendre compte, une sécurité figée comme l’expression d’un visage au moment d’un instantané photographique. Ce territoire contenait et limitait une histoire, personnelle et sociale, dans laquelle il s’était jadis construit. C’était sa place – d’abord son problème, puis son huître et aujourd’hui le musée ou le diorama où étaient conservées des versions antérieures de lui-même. »

Bruce reste le dernier de la famille… Par contre, je n’ai pas de vraie raison au titre en français ; je ne sais pas non plus pourquoi les éditions Gallmeister ont publié ce livre dans la collection "nature writing". Le véritable thème, outre un retour de l’auteur sur son existence, est celui de l’élaboration des souvenirs. Bruce à coutume de noter dans un carnet noir ce qu’il doit faire, et de le caviarder lorsque c’est fait :
« Ce qui ne lui plaisait pas, il pouvait soit le biffer soit le corriger. La mémoire, tantôt agent de conservation, tantôt tampon du censeur, pouvait être aussi un art. »


Mots-clés : #famille #relationenfantparent
par Tristram
le Jeu 7 Mai - 0:44
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 89
Vues: 4378

Yves Ravey

Tag famille sur Des Choses à lire Livre_10

Dieu est un steward de bonne composition

Editions de Minuit a écrit:Le dancing Chez Malaga est en émoi. Alfredo, le fils de la patronne est de retour après seize ans passés à l'étranger.
Mais Alfredo ne revient pas dans la seule intention de revoir ses proches. Il doit récupérer un document de la plus haute importance.


J'ai choisi de lire cette pièce en apprenant que Jean-Michel Ribes, que j'estime sans bien le connaître, s'est chargé de la mise en scène, ce qui m'a paru de bon augure. L'intrigue tient à rien, et l'on se moque du document qui motive le retour du fils. La pièce m'a rappelé La visite de la vieille dame de Dürrenmatt, et plus lointainement, Ghelderode. Ce qui doit advenir ne compte pas : tous les regards sont dirigés vers le passé, toutes les conversations le ruminent et le découvrent par pans. L'action de la pièce est terminée avant que celle-ci commence, il n'en manque que le dénouement. C'est une pièce à l'arrêt, une ronde poussive autour d'un personnage dérobé, une tragédie exsangue. Les caractères recréent par le dialogue les tensions de cette intrigue presque achevée qu'ils se révèlent les uns aux autres, et à nous, lecteurs. Il faut reconnaître à Yves Ravey, je n'ose pas affirmer un talent (il faudrait pour cela que je lise un autre de ses livres), mais un certain savoir-faire de dialoguiste. La plupart du temps, peut-être au détriment du sens, le style est naturel (bien qu'artificiel de bien des manières) : les phrases s'enchaînent sans heurts, portent juste, et la semi-oralité est correctement négociée. Artificiel, car certaines répliques sont comme rêvées (elles sonneraient faux prononcées nettement dans le dialogue), il s'y trouve un léger ton d'irréel, comme une sécrétion de la mémoire qui travaille, du passé qui vient au jour. Mais ces réminiscences (peut-être la trace de la logorrhée qui te fait fuir, @Tristram ?) ne sont pas envoûtantes, elles possèdent une dimension romanesque qui en rend la lecture assez agréable. Il y a en outre chez cet auteur une affection pour le vieillot, une nostalgie du passé qu'il place chez l'un de ses personnages mais que je soupçonne être à lui (après la lecture de quelques pages du Cours classique, dans un cadre qui semble emprunté au Petit Nicolas). J'aime croire que cela lui vient de ses origines franc-comtoises. J'ajoute par scrupule, car ça ne m'a guère intéressé, que l'un des sujets principaux de la pièce est celui de l'exil (l'identité de l'exilé).

Une remarque importante pour qui serait intéressé : ne soyez pas influencé (en bien ou en mal) par la couverture, il n'y a que peu de traces du "maniérisme de Minuit".

Je vous parlais des coiffeuses. C’est comme les caissières, il y en a de nouvelles, un lot, chez Billa, deux rues plus loin direction le cimetière, dans le nouveau magasin. Vous ne le connaissez pas ce magasin-là, monsieur Alfredo, il n’empêche, vous en avez de nouvelles. Par cinq elles arrivent. Vous savez que certaines ne savent même pas vous débiter une tranche de jambon...? Le client dit : « Je voudrais du jambon sec. » Elle vous découpe un morceau d’un centimètre d’épaisseur avec la machine à jambon, alors le client lui dit : « Madame, je ne vais pas payer deux cents euros pour une tranche de jambon, je voulais un demi-millimètre d’épaisseur, pas un centimètre, vous avez déjà vu du jambon de Parme épais comme une planche de contreplaqué? C’est du bois, de la sciure solidifiée, ça fait cher le mètre carré, un bois pareil, c’est du sapin, nom de dieu. » Et elle est là, elle vous regarde les yeux en chien de faïence.


Ni tout à fait séduit, ni irrémédiablement rebuté, la prochaine fois je lirai un de ses romans.


Mots-clés : #exil #famille #huisclos #immigration #théâtre
par Quasimodo
le Dim 3 Mai - 14:24
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Yves Ravey
Réponses: 27
Vues: 500

Angélique Villeneuve

Grand Paradis

Tag famille sur Des Choses à lire Grand_10


Dominique Lenoir travaille chez une fleuriste dans une petite station balnéaire, elle a toujours été passionnée par les plantes et la nature.
Un jour, sa soeur, Marie, la somme de reprendre les affaires qu'elle a laissées chez elle depuis le décès de leur mère. Au milieu des cahiers et de quelques livres, Dominique trouve une enveloppe portant l'inscription " Leontine L" et contenant trois photos d'une femme à trois âges différents de sa vie et la photo de l'adulte est "signée" Albert Londe, le photographe qui officiait aux cotés du Docteur Charcot à la Salpêtrière.
C'est le début d'une quête pour redonner vie à la femme photographiée, pour retracer l'enfance de Dominique et de sa soeur au milieu d'une famille brisée.
De l'évocation des consultations du Docteur Charcot  à celle des journées passée en pleine nature parce que la solitude est son refuge, Dominique essaye de recoller les souvenirs de son enfance et d'imaginer la vie des femmes soignées dans cet hôpital parisien.


C'est un roman sur la folie, l'"hystérie" étudiée par Charcot et ses confrères, un roman sur les choses tues, enfouies, cachées, sur la solitude, l'indifférence au sein d'une famille.
C'est une lecture parfois éprouvante mais qui dégage une grande émotion qui persiste une fois le livre refermé.
Un beau, mais triste, récit de la vie de plusieurs femmes.


Mots-clés : #conditionfeminine #enfance #famille #medecine
par janis
le Dim 26 Avr - 22:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Angélique Villeneuve
Réponses: 3
Vues: 174

Jocelyne Saucier

Tag famille sur Des Choses à lire Produc11

Les héritiers de la mine


Originale : Français/Canada, 2001

« Notre famille est l'émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n'avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s'y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ca détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place. - Mais combien étiez-vous donc ? La question appelle le prodige et je ne sais pas si j'arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chour, ahuris et stupides : - Vingt et un ? Vingt et un enfants ? Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas, comment nous parvenions à nous loger, comment c'était à Noël, à la rentrée des classes, à l'arrivée d'un nouveau bébé, et votre mère, elle n'était pas épuisée par tous ces bébés ? Alors je raconte. Eux, c'est la tribu Cardinal. Ils n'ont peur de rien ni de personne. Ils ont l'étoffe des héros. et leur fragilité. »

La famille Cardinal, vingt et un enfants plus turbulents les uns que les autres, vit à proximité d’une mine désaffectée à Norco, en Abitibi, au Québec. Dans le paysage de broussailles et de maisons à l’abandon, la mine est leur unique terrain de jeux. Le père est persuadé qu’il finira par y trouver du zinc et, ce jour-là, adieu misère et quignons de pain rassis! Tous partagent son rêve et Geronimo, le meneur, impose sa loi au clan. Jusqu’à ce qu’un accident les plonge dans une insoutenable omerta.


REMARQUES :
Ce roman est remarquablement construit. La citation en haut est en fait seulement un extrait d’une première perspective d’une totale d’une demie-douzaine sur ce que la famille a vécu, de l’enfance des uns, jusqu’à « la catastrophe » et la disperions plus tard au début des années 60 et une rencontre après une trentaine d’années, dans les années 90. Chque chapitre est narré par un autre membre de la famille. Tragédie dramatique, dans un certain sens : tôt on comprendra qu’il y a une personne qui manque(ra) à l’appel. Pourquoi ? Qu’est-ce qui est arrivé ? D’où le sentiment d’une culpabilité ou d’une ignorance ? C’est peu à peu que se dévoile cette histoire qui ve seulement trouver « la réponse » dans les dernières lignes. Quelle construction admirable !

Les identités des narrateurs (tous alors dans le « je ») vont se révéler par déduction et allusions, ou le mention du nom. Chaque chapitre est comme un trampolin vers le prochain, le prolongeant, le complémentariant.

Au début je soupçonnais soit une hymne (voir en haut) soit une critique de la famille nombreuse. Probablement c’est ni l’une ni l’autre. Ou l’une ET l’autre ? Mais il y a bien l’antagonisme de bien se savoir UNE famille, unie, rassemblée, luttant s’il faut pour «son droit, sa place». Et de l’autre coté ce sentiment si on est vraiment une personne unique dans un tel troupeau. Quand est-ce que je suis perçu comme personne unique dans mon individalité ? Est-ce que je me perds ? Malgré l’apparence il me semble qu’à travers le regard des uns et des autres – et surtout de la mère - on soupçonne bien que chacun(e) reste unique...

Mais au centre la question qu’est-ce qui a bien pu se passer ce jour fatal… Impressionnant comment Saucier s’en approche et laisse le suspense jusqu’au bout. A découvrir !


Mots-clés : #famille
par tom léo
le Ven 24 Avr - 15:08
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Jocelyne Saucier
Réponses: 10
Vues: 462

Perumal MURUGAN

Suite à une vendetta menée par des nationalistes hindous, Perumal Murugan avait dû renoncer à l’écriture. Il est heureux qu’il y soit finalement revenu, toujours fidèle à ses convictions. A travers lui, l'on ne peut que saluer le courage de tous ces auteurs qui, malgré les menaces, continuent inlassablement de dénoncer l’indéfendable.

Tag famille sur Des Choses à lire 41xpjq10

Le bûcher

Inde du sud, état du Tamil Nadu. Kumuresan a quitté son village pour apprendre un métier en ville. Là, il a rencontré Saroja, et ils sont tombés fous amoureux. Saroja a accepté de s’enfuir avec lui, et voilà que les deux jeunes gens, fraîchement mariés, arrivent au village.
En Inde, il est de coutume d’épouser un conjoint d’une caste bien précise, soigneusement choisi par la famille. L’amour n’a que peu de place là dedans. Kumuresan se doute donc bien que la nouvelle de son mariage avec Saroja ne sera pas accueillie avec des cris de joie. Mais il reste optimiste : orphelin de père, il a été particulièrement choyé par sa famille maternelle, et est intimement convaincu qu’une fois les premières récriminations passées, Saroja sera acceptée comme l’une des leurs. Sauf que les choses ne se passent pas du tout comme prévu…

D’emblée, la mère de Kumuresan entre dans une colère folle et se répand en imprécations et en mélopées funèbres dont elle prend jour après jour le village à témoin. La méfiance est de mise face à cette inconnue… Il faut dire que la peau claire de Saroja crie à tous ce que Kumuresan se refuse à leur avouer : elle n’est pas de leur caste. Alors les ragots vont bon train, les insultes et les sarcasmes fusent, et la colère ne cesse d’enfler. Bientôt ce n’est pas seulement à une famille offensée que le jeune couple doit faire face, mais aux habitants de tout un village, convaincus qu’en épousant une femme d’une autre caste, Kumuresan a bafoué leur honneur à tous...

Même si les mentalités évoluent, aujourd’hui encore, en Inde, des jeunes gens sont bannis, inlassablement pourchassés ou assassinés pour avoir osé aimer une personne d’une autre caste. Le bûcher est le cri du coeur d’un auteur révolté contre ces us archaïques. Avec un don indéniable pour restituer l’âpreté des dialogues et des situations, Perugal Murugan s’élève contre la bêtise humaine, la violence de l’esprit de groupe et le poids des traditions. Une fois le livre refermé, certaines images resteront imprégnées en nous, et pour longtemps.


Mots-clés : #amour #famille #lieu #traditions #violence
par Armor
le Lun 20 Avr - 1:35
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Perumal MURUGAN
Réponses: 8
Vues: 375

Vikram CHANDRA

Ce livre est à l’image de Bombay, à l’image de son sujet : un monstre. Plus de 1000 pages, 1,2 kg sur la balance, écrit pas bien gros. Une aberration d’édition. Ce livre, je le regarde en chien de faïence depuis des années. Très tentée de le lire, incapable d’en arriver à la seule solution envisageable pour en venir à bout, à savoir le tronçonner. Et abîmer un livre, ça, je déteste. Mais je me suis dit que cette période si particulière était l’occasion de vaincre mes réticences. Et donc, j’ai tronçonné gaiement.

Tag famille sur Des Choses à lire 31og1x10

Le Seigneur de Bombay

Le Seigneur de Bombay est un livre monstre sur un homme monstrueux vivant dans une ville monstre. Nous voilà bien partis. Comme il va de soi dans une ville monstre, à Bombay, la corruption est partout. Même la police est concernée, très concernée même. Il y a ceux qui usent de la corruption « raisonnablement », et ceux qui mangent à tout les rateliers, y compris celui de la pègre, dans une relation amis-ennemis dont l’ambiguïté est savamment entretenue. A ce petit jeu-là certains sont rois, mais Sartaj Singh n’en est pas. Il n’est qu’un policier de quartier qui penche du côté plutôt honnête de la force. Le voilà donc bien étonné lorsqu’un appel anonyme lui livre Ganesh Gaitonde, l’un des plus gros parrains de Bombay. Mais Gaitonde se suicide avant son arrestation, entraînant avec lui dans la mort une femme inconnue. C'est une grosse affaire, même les services secrets s'en mêlent. Sartaj est chargé d'enquêter. On ne lui dit qu’une chose : la sécurité de la nation est en jeu, pas moins.

Donc, Sartaj enquête tout en menant sa vie de flic de quartier, ses affaires routinières, ses visites à sa mère, et ses éventuelles amours. Sartaj est un type plutôt bien, fatigué de la vie mais pas encore tout à fait désabusé. La flamme ne demande, peut-être, qu’à être réanimée. Le récit alterne entre le quotidien de Sartaj et le récit d’outre-tombe de Gaitonde. Car même mort, le parrain tient à sa légende. Alors, quand Sartaj se repose, il se raconte, dans une logorhhée méticuleuse qui ne nous épargne rien de ses faits d’arme ; son premier crime, sa première trahison, puis la gloire, l’or et les femmes, les boys fidèles à la vie à la mort, et la lutte acharnée contre son concurrent, Suleman Isa. Le tout matiné d’un chouilla de patriotisme hindou, puisqu’il y avait une place à prendre de ce côté là…

Ganesh use des hommes comme on écosse des petits pois. A chaque cosse ouverte, ce sont 4 ou 5 grains bien ronds et charnus que l’on s’attend à voir rouler dans l’assiette. Mais il arrive qu’il y en ait d’autres, des grains menus et mal fichus qui se cachaient dans les coins. On les accepte quand même dans la pitance, on n’est pas chien. Ganesh Gaitonde les accepte aussi. Sauf que lui n’a que faire des petits pois, ce sont les têtes qu’il fait rouler. S’il y en a plus que prévu, eh bien c’est qu’il devait y avoir des dommages collatéraux. Et bas.
Cela dit, Ganesh a aussi des états d’âme. C’est un homme qui réfléchit, qui a une vision, une pensée, une spiritualité. Il voit loin, il n’est pas fait du même bois que le commun des mortels, et il met tout en oeuvre pour nous en persuader dans ces pages où il expose en détail ses succès et aussi, parfois, quelques faiblesses moins avouables… Fascinante plongée dans la psychée d’un parrain...

Bien qu’essentiellement centré sur Gaitonde et Sartaj, le récit ne néglige pas pour autant les autres protagonistes. Vikram Chandra se délecte à nous raconter par me menu la vie de chacun des personnages rencontrés : policiers, femmes au foyer ou femmes d’affaire, politiciens, délinquants, et même Miss Monde… Un luxe de détails qui pourrait être fastidieux et se révèle au contraire fascinant. Au travers des multiples aspects de ces vies minuscules imbriquées, c’est le portrait de Bombay, l’énigmatique ville monstre, qui se dessine en creux. Avec ses contradictions, ses rêves enfouis, ses amours ravis ou déçus, ses meurtres et sa crasse.
Les nombreux termes hindi, gujarati, marathi, bengali, etc. qui parsèment le récit, et que le formidable travail de traduction nous rend instinctivement compréhensibles, participent de la sensation d'immersion. (Le recours au (très bon) glossaire s'avère évidemment utile, par exemple pour établir la subtile distinction entre maderchood et bhenchood, dont Gaitonde et ses sbires ponctuent la moindre hrase...)
J’y étais, à Bombay, aux côté de Ganesh Gaitonde et de ses boys, de Sartaj et de son adjoint, et même de Miss monde. Un regard, un éclat de rire, et puis une tête qui roule…

1000 pages. Il y a forcément des longueurs, dans un tel pavé, me direz-vous. Je n’en ai pas vu une seule. Ces 1000 pages ont passé comme un éclair. Même tronçonné et désormais moche comme tout, ce livre, je l’aime. J'ai pour lui les yeux de Chimène. Trois jours que je l'ai terminé, et il me manque. Tout me paraît fade, en comparaison. Il fera date, c'est certain.
Vous aurez compris, je crois, que je le recommande vivement, ce Seigneur de Bombay, si vous êtes prêts à découvrir les entrailles de la ville monstre, ses recoins obscurs et ses magouilles, son charme inexplicable et son bouillonnement. Un roman fascinant, palpitant. Même si au final, de ce tourbillon de vies humaines, ne reste que la vacuité et l’impermanence. Un petit tour sur terre, et bas.


Mots-clés : #famille #urbanité #violence
par Armor
le Sam 11 Avr - 16:59
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Vikram CHANDRA
Réponses: 8
Vues: 492

Leah Hager Cohen

Des gens comme nous

Tag famille sur Des Choses à lire Extern23

Comment dire...

Ça parle d'une maison et d'une famille  alors forcément cet aspect-là m'a plus, d'autant qu'il y a plein de jolies choses drôles et tendre, des personnages très bien campés, et un travail sur les instants et la mémoire.

C'est parfaitement maitrisé comme récit. Mais c’est là que le bâts blesse: trop. Toujours le truc qui est là au bon moment, la petite blague après le moment tendu, la chose qui fait sens, la symbolique tape à l’œil, le melting polt parfaitement réparti.

Donc beaucoup de petits plaisirs, mais pas un grand plaisir.
(et j'imagine que le film qui en a été tiré insiste dans le mauvais sens  Tag famille sur Des Choses à lire 575154626 )

Et dans cette période de solidarité, je vais faire plaisir à Tristram.
Quand la  jeune générations ne craint pas d'offenser la précédente, pense-t-il, cela présage bien de l'avenir de l'espèce. Et pas seulement ça : c'est l'hommage ultime. Une façon pour les enfants de dire à leurs aînés : Savourez votre succès. Vous nous avez appris à être libres.



Mots-clés : #famille
par topocl
le Dim 22 Mar - 20:26
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Leah Hager Cohen
Réponses: 6
Vues: 150

Revenir en haut

Page 1 sur 15 1, 2, 3 ... 8 ... 15  Suivant

Sauter vers: