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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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321 résultats trouvés pour famille

Richard Russo

Tag famille sur Des Choses à lire Captu106

Richard Russo : Quatre saisons à Mohawk. - Quai Voltaire

"J'avais dix ans, et j'avais découvert par hasard qu'une fille de deux ans mon aînée se déshabillait devant sa fenêtre, à dix heures trente le week-end. Elle devait être très fière de ses seins naissants, de leur croissance régulière, car elle les admirait chaque soir presque autant que moi, avant d'enfiler une chemise de nuit transparente. Je redoutais qu'un jour elle ne se rende compte que, par mégarde, elle ne fermait ses stores qu'aux deux tiers. Plus tard, à l'adolescence, je devais comprendre, ô fulgurante révélation, que cette adorable friponne avait pleinement conscience que, de l'autre côté de la rue, c'était bien mon haleine qui embuait ma fenêtre. Quand, à la rentrée suivante, elle a rempli ses cartons pour partir en Floride avec père et mère, ç'a été pour moi une perte dont j'ai rarement retrouvé la teneur. Bien sûr, à cette époque, l'intéressée était devenue plus avare de ses apparitions, mais ses seins bien plus dignes de mon admiration."

Comment aimer son père, un père absent, fuyant, irresponsable. Passant sa vie à boire, à parier, à aimer des femmes sans jamais se lier...
Mais dans l'amour, on le sait bien et on n'a pas le choix. Et donc, Ned Hall, enfant puis ado, passe son temps à courir après son père sans jamais le rattraper. Sauf pendant une période où sa mère est hospitalisée. Et ce n'est pas une expérience glorieuse.
Sa mère, il y a longtemps qu'ils se sont séparés, son père et lui, après son retour de guerre, même s'il continue  épisodiquement à lui pourrir la vie. Jusqu'à ce qu'un jour, elle lui envoie  une volée de plombs par la fenêtre.

Entre elle et Ned, rien d'affectif ne se passe. Elle offre trop l'image de la dépression et elle est par trop exigeante.

On peut juger que l'histoire paternelle mérite une justification. Il fait partie d'une génération qui a participé à la seconde guerre mondiale. Une génération perdue de plus. Dont les survivants sont sortis déboussolés et amers. Seuls les mort sont devenus des héros,
et les vivants se sentent coupables d'être encore en vie, incapables de mener une vie normale et d'assumer ce qu'on attend d'eux.

Sam, le père de Ned en fait partie. Pour lui, son fils n'est qu'une pièce rapportée, enfin c'est  ce qu'on croit longtemps. Et puis il sait brouiller les pistes, entouré de ses pareils, joueurs fauchés, travailleurs intermittents, piliers de bars. En plus il a un ami et compagnon véritable, Wussy, un noir, qui le guide et lui sauve la mise.
Wussy deviendra aussi un ami pour Ned un initiateur, dont la vie devient une série d'aventures où il apprend à vivre, à aimer, à rêver.
Telle cette somptueuse maison blanche perchée sur une colline, mirage fabuleux.

Mohawk est une ville de moyenne importance, mais caractéristique de l'Amérique profonde.
Et Russo parvient à y faire vivre une galerie de personnages attachants, dont le père est aussi connu que le loup blanc.
En fait, on pense beaucoup à Mark Twain, dans l'humour, la fantaisie, l'empathie et la magie du récit.

Les années passent, et Sam est rattrapé par le temps et ses avanies. Il se retrouve seul, et de guerre lasse, il laisse enfin apparaitre ses sentiments filiaux. Et à notre tour, émus, on révise notre opinion sur lui.

Voilà un moment que je n'avais pas rencontré un livre qui m'ait à ce point tenu en haleine.
Une histoire, une atmosphère et des personnages. Surtout les rapports entre un père et un fils. La difficulté des rapports inter familiaux et cette amère vérité qu'on ne parvient jamais à dire l'essentiel à ceux qu'on aime.


\Mots-clés : #famille #relationenfantparent
par bix_229
le Jeu 6 Jan - 19:33
 
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Sujet: Richard Russo
Réponses: 9
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Joseph Roth

Tag famille sur Des Choses à lire 00817410

Job, roman d'un homme simple

Une tonalité sombre pour cette vie de Mendel Singer, humble professeur d'école. Très croyant et pratiquant il est possible que dans sa maison la religion pèse lourdement sur la famille. Un fils handicapé arrive, Menouchim. Le début des tracas... Je ne vais pas trop en dire pour laisser les lecteurs découvrir ce cheminement. On peut cependant parler de l'exil de cette famille juive et du mirage ou miracle américain, de la communauté. Beaucoup de chose dans cette trame de vie apparemment "simple".

Le fond de l'histoire se situe dans la foi, la pratique de la religion, les doutes, l'épreuve.. et le miracle ? Il y a ça et le portrait consciencieux, amer peut-être, d'un homme d'abord confiant puis en colère. Le portrait du père au fil des ans dans une langue nette et mesurée. Un portrait assez lourd, si ce n'était le texte en lui-même, la fin semblerait-elle aussi lumineuse ?

Pas si simple et pourrait favoriser les mauvais rêves. L'image du texte religieux qui se superpose autant qu'elle sert de miroir ne doit pas faire perdre de vue ce que le propos a d'essentiel : amour, souffrance, âge, doute, espoir, ... et surtout l’ambiguïté persistante donne toute son humanité et sa force au mélange.

A lire mais à lire dans les bons jours ?

A noter aussi qu'on trouve apparemment plusieurs traductions dont une initiale qui franciserai trop la manière.

Mots-clés : #exil #famille #religion #traditions
par animal
le Lun 27 Déc - 20:41
 
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Sujet: Joseph Roth
Réponses: 28
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William Melvin Kelley

Tag famille sur Des Choses à lire Tambou10

[b]L’autre tambour[/b]

Un lieu l’ Etat, une ville Sutton deux familles : les Willson des blancs dont l’ancêtre le Général est né et mourut ; les Caliban une famille de Noirs dont l’ancêtre était l’Africain.

Un jour de juin 1957, voici que tous les Noirs partent, pour ne plus jamais revenir.

Tucker Caliban s’est libéré, tout seul, et il est parti avec femme et enfant, abandonnant sa ferme et sa terre achetée à Mr David Willson. Alors tous les Noirs se sont eux aussi libéré.

Les hommes qui se retrouvent tous les jours sous la véranda d’un marchand, n’en croient pas leurs yeux ; ils voient défiler à pieds ou en voiture les familles Noires.

Mais comment osent-ils, pensent ces Blancs ?

Monsieur Harper, militaire confédéré à la retraite discutait tous les jours avec quelques hommes de la ville, il les instruisait de ce qui se passait ici et par le monde. Aujourd’hui tous attendent qu’il donne une explication à ce qui se passe dans leur ville ; on ne peut pas les stopper dit-il !
Mr Harry ose même ajouter que les Noirs ont le Droit de partir !

La raison pense Mr Harper, c’est une question de sang, celui de l’Africain qui coule dans les veines de Tucker Caliban ; et de raconter encore une fois l’histoire de l’Africain.

L’Africain, un esclave arrivé par bateau à New Marsails à l’époque du Général Dewey Willson  lequel l’avait  acheté mais l’esclave s’est enfui portant sous son bras son bébé. L’Africain était très grand, une force qui avait terrifié tout l’équipage du bateau.

« Il était d’un noir d’ébène et luisait tout autant que la blessure huileuse du capitaine. Sa tête était aussi grosse et paraissait aussi lourde que ces chaudrons de cannibales qu’on voit au cinéma. Il était entouré de tellement  de  chaînes  qu’on  aurait  dit  un  arbre  de  Noël  richement décoré.  C’étaient  surtout  ses  yeux  qui  attiraient  tous  les  regards, enfoncés  si  profond  dans  leurs  orbites,  de  sorte  que  sa  tête ressemblait à un gigantesque crâne noir. Il  avait  quelque  chose  sous  le  bras.  À  première  vue,  les  gens pensèrent que c’était une grosseur ou une tumeur et n’y prêtèrent pas attention. Ce n’est que quand la chose se mit à remuer d’el e-même qu’ils  remarquèrent  qu’el e  avait  des  yeux  et  que  c’était  un  bébé. »

Le Gal était venu au port récupérer une commande, une énorme horloge. Il poursuivi l’esclave et du l’abattre alors que celui-ci s’apprêtait à tuer son enfant, certainement afin qu’il ne devienne pas esclave. Le général Dewey emporta le bébé.

« Dewitt trébucha sur le tas de pierres auquel l’Africain avait parlé. C’était une pile composée de pierres plates. Dewitt resta un  moment  à  la  regarder,  puis  il  se  baissa,  ramassa  une  pierre blanche, la plus petite de toutes, et la glissa dans sa poche. »

Au fil du temps, l’Africain et la pierre blanche devinrent presque légende.

Quand l’enfant eu 12 ans le général le prénomma Caliban. Tucker Caliban est son petit-fils. Tous les Caliban ont travaillé pour la famille Willson. Au rythme des générations, des amitiés se nouèrent entre les Caliban et les Willson.

Dans plusieurs chapitres la lectrice fait connaissance avec  chaque membre de la famille Willson. Cela concerne outre leur personnalité,  la politique et le racisme.

Tucker s’est marié et sa femme attend un enfant. Il décide de devenir fermier et donc d’acheter une terre. Celle qu’il désire c’est une parcelle de la plantation des Willson.

David Willson est étonné et veut savoir pourquoi celle-là précisément.

«  Je  veux  ce  terrain  sur  la plantation parce que c’est là que le premier des Caliban a travaillé, et il est temps, maintenant, que cette terre soit à nous.
Là maintenant,  tout  ce  que  je  peux  dire,  c’est  que  mon  bébé  travaillera pas  pour  vous.  Il  sera  son  propre  maître.  On  a  travaillé  pour  vous assez  longtemps,  monsieur  Willson.  Vous  avez  essayé  de  nous libérer autrefois, mais on est pas partis, et maintenant il faut qu’on se libère nous-mêmes. »


Retour à 1957, Tucker part.

David : « Le geste de renonciation qu’il a eu hier constitue le premier coup porté à mes vingt années gâchées, à ces vingt années que j’ai perdues à me lamenter  sur  mon  sort.  Qui  aurait  pu  penser  qu’une  action  aussi humble,  aussi  primitive,  pouvait  apprendre  quelque  chose  à  un homme prétendument cultivé comme moi ?
N’importe  qui,  oui,  n’importe  qui  peut  briser  ses  chaînes.  Ce courage,  aussi  profondément  enfoui  soit-il,  attend  toujours  d’être révélé.  Il  suffit  de  savoir  l’amadouer  et  d’employer  les  mots appropriés, et il surgira, rugissant comme un tigre. »


Tucker  à David Willson : « On a une seule chance dans la vie, c’est quand on peut faire quelque chose et qu’on a envie de la faire.
Mais quand  on les a et qu’on  en  profite  pas,  on  n’a  plus  qu’à  tirer  un  trait  sur  tout  ce  qu’on voulait faire ; on a laissé passer sa chance, pour toujours. »
J’ai acquiescé. Je sais tout ça »


Et à présent que la ville s’est vidée des Noirs ? Restent les hommes sous la véranda !

« Mais  aucun  d’eux  n’était  capable  d’aller au bout de sa pensée. C’était comme s’ils tentaient de se représenter le  Néant,  une  chose  à  laquelle  aucun  d’eux  n’avait  jamais  songé.
Aucun d’eux n’avait le moindre repère auquel il aurait pu rattacher la notion d’un monde dépourvu de Noirs. »


L’alcool aidant, ils se rabattirent sur le seul Noir qu’il virent, le Révérend qui repartait chez lui après avoir vu la ferme de Tucker.

«   Les  gars,  vous  savez  pas  que c’est  notre  dernier  nègre  ?  Réfléchissez  un  peu.  Notre  dernier, dernier  nègre.  Y  en  aura  plus  après  celui-là.  Finis  leurs  chansons, leurs  danses  et  leurs  rires.  À  moins  d’aller  dans  le  Mississippi  ou dans l’Alabama, les seuls nègres qu’on verra jamais ce sera ceux de la  télévision,  et  ceux-là  ils  chantent  plus  les  vieilles  chansons  et  ils dansent plus les danses d’autrefois. Ceux-là c’est des nègres de luxe, avec  des  femmes  blanches  et  des  grosses  bagnoles.  Alors  je  me suis  dit  que,  pendant  qu’on  en  avait  encore  un  sous  la  main,  on devrait lui faire chanter une de leurs vieil es chansons. »

Des bruits, des cris réveillèrent le jeune Leland ; y aurait-il une fête à la ferme de Tucker ? mais ce n’est pas possible, il n’y a plus de ferme et Tucker est parti !

                                                               
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Quel plaisir de lecture, quelle écriture !

Beaucoup de réflexions à tirer de cette histoire, de l’attitude des personnages, leurs actions ou leur silence. Comment vivre sa vie et les précieux rapports avec les autres.
Je pense que les extraits sont parlant et qu’ils vous inciteront à faire cette lecture (185 pages)






\Mots-clés : #amitié #amour #famille #racisme #xxesiecle
par Bédoulène
le Ven 26 Nov - 17:35
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: William Melvin Kelley
Réponses: 3
Vues: 110

Mario Vargas Llosa

Conversation à La Catedral

Tag famille sur Des Choses à lire Conver10



Titre original: Conversación en la Catedral, 1969, 610 pages environ.
Lu dans la seconde traduction, d'Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, Gallimard collection Du monde entier, 2015.


Au début un journaliste rentre chez lui, voit sa femme éplorée, on a subtilisé de force leur chien; le chroniqueur, Santiago Zavala, se rend à la fourrière canine afin de le récupérer (amener les chiens divagants à la fourrière rapporte quelques soles, et, quand ils ne divaguent pas...).

Là, après quelques saynètes et propos crus, Zavala tombe sur Ambrosio, ex-chauffeur de son père, et, sur proposition du premier et indication du dernier, ils vont se jeter quelques bières dans un boui-boui nommé La Catedral.
Les 600 pages sont la teneur de cette conversation, par séquences voire chapitres entiers très embrouillée, mâtinée de flashes-back, de réminiscences, d'évocations, de soliloques, de dialogues entremêlés, de bâtons rompus, bien que plus l'on avance, plus le propos soit formellement clarifié.

J'avais lâché cet embrouillamini indigeste et long il y a une quinzaine d'années, dans l'ancienne traduction.
Aujourd'hui c'est passé crème, le style narratif (parlé mais pas nécessairement ordonné) nécessite un peu d'accoutumance et le nombre des caractères ou personnages fait qu'on peut conseiller de le lire avec une relative célérité, du moins une linéarité.

In fine j'ai beaucoup apprécié cet apparent magma d'écriture faussement désinvolte, comme des micros qui captent toutes les bribes de conversations éparses, fissent-elles sens ou non, doublés de micros plus sophistiqués qui saisissent ce qui traverse les esprits, ce qui passe par les têtes:
N'est-ce pas plus proche de ce qui se passe dans la vie ?

Rendu on ne peut plus original donc, qui "classe" l'ouvrage dans un courant littéraire exploratoire. Techniquement, le rendu de ces interférences permanentes, de ces coqs-à-l'âne, couplé à la narration de style parlé permet beaucoup de choses: La légèreté sur un sujet et une époque qui réunissent pourtant tous les ingrédients pour que ce soit bien pesant, l'attention pseudo-détournée du lecteur, qui du coup en redemande à la lecture d'une saynète, sans trop savoir à quel moment du bouquin il va trouver la suite (ou ce qui précédait, via les flashes-back en nombre !).  

Le Pérou, époque dictature d'Odría, il y avait tout pour faire du livre un mélo, ce qu'il n'est pas. Vargas Llosa réalise un petit coup de maître en réussissant une fresque où rien ne semble manquer excepté la vie rurale. Mais nous avons des destins, certains humbles, d'autres de premier plan, la violence, la corruption, la répression, les "arrangements", les oligarques, les révoltés, l'intérieur des familles, les maîtres et les servants, la prostitution - de luxe ou de caniveau.
Et même une certaine chronologie de ces temps particulièrement troublés. Les mondes des casseurs, des petites frappes, des indics, du journalisme, de la nuit sont particulièrement gratinés, le tout servi dans un bouillonnement où mijotent les entrelacs des histoires.  

Certains personnages évoqués sont réels, Odría, Bustamante par ex. (mais la parole ne leur ait jamais laissée directement), la toponymie aussi, et les évènements narrés coïncident avec exactitude à l'histoire péruvienne de ces années-là.  

Le personnage de Santiago Zavala a du Mario Vargas Llosa en lui, on dira qu'il colle avec sa bio (quant au personnage d'Amalia, il est remarquablement troussé, à mon humble avis).

Ce curieux kaléidoscope est sans aucun doute un vrai grand livre, à placer -à mon humble avis, toujours- parmi les ouvrages incontournables de la littérature latino-américaine de la seconde moitié du XXème siècle.


Un exemple de superposition de plusieurs situations, plusieurs dialogues (deux, en l'occurence); on note le simple "dit" pour informer le lecteur de l'auteur de la prise de parole.
Jamais ce "dit", comme un invariable, n'est remplacé par un des équivalents habituels lorsqu'on écrit des dialogues, du type annonça, interféra, trancha, cria, coupa, affirma, etc.

Chapitre VII, Partie 1 a écrit:
- Fondamentalement, deux choses, dit maître Ferro. Primo, préserver l'unité de l'équipe qui a pris le pouvoir. Deuxio, poursuivre le nettoyage d'une main de fer. Universités, syndicats, administration.
Ensuite élections, et au travail pour le pays.
- Ce que j'aurais aimé être dans la vie, petit ? dit Ambrosio. Riche, pour sûr.
- Alors tu pars pour Lima demain, dit Trifulcio. Et pour faire quoi ?
- Et vous c'est être heureux, petit ? dit Ambrosio. Évidemment que moi aussi, sauf que riche et heureux, c'est la même chose.
- C'est une question d'emprunts et de crédits, dit Don Fermín. Les États-Unis sont disposés à aider un gouvernement d'ordre, c'est pour cela qu'ils ont soutenu la révolution. Maintenant ils veulent des élections et il faut leur faire plaisir.  
- Pour chercher du travail là-bas, dit Ambrosio. Dans la capitale on gagne plus.
- Les gringos sont formalistes, il faut les comprendre, dit Emilio Arévalo. Ils sont ravis d'avoir le général et demandent seulement qu'on observe les formes démocratiques. Qu'Odría soit élu, ils nous ouvriront les bras et nous donneront tous les crédits nécessaires.
- Et tu fais chauffeur depuis longtemps ? dit Trifulcio.
- Mais avant tout il faut impulser le Front patriotique national, ou Mouvement restaurateur, ou comme on voudra l'appeler, dit maître Ferro. Pour se faire, le programme est fondamental et c'est pourquoi j'insiste tant.
- Deux ans comme professionnel, dit Ambrosio. J'ai commencé comme assistant, en conduisant de temps en temps. Après j'ai été camionneur et jusqu'à maintenant chauffeur de bus, par ici, dans les districts.
- Un programme nationaliste et patriotique, qui regroupe toutes les forces vivves, dit Emilio Arévalo. Industrie, commerce, employés, agriculteurs. S'inspirant d'idées simples mais efficaces.
- Alors comme ça t'es un gars sérieux, un travailleur, dit Trifulcio. Elle avait raison Tomasa de pas vouloir qu'on te voie avec moi. Tu crois que tu vas trouver du travail à Lima ?
- Il nous faut quelque chose qui rappelle l'excellente formule du maréchal Benavides, dit maître Ferro. Ordre, Paix et Travail. J'ai pensé à Santé, Éducation, Travail. Qu'en pensez-vous ?  
- Vous vous rappelez Túmula la laitière, la fille qu'elle avait ? dit Ambrosio. Elle s'est mariée avec le fils du Vautour. Vous vous rappelez le Vautour ? C'est moi qui avait aidé son fils à enlever la petite.
- Naturellement, la candidature du général doit être lancée en grandes pompes, dit Emilio Arévalo. Tous les secteurs doivent s'y rallier de façon spontanée.
- Le Vautour, le prêteur sur gages, celui qu'a été maire ? dit Trifulcio. Je me le rappelle, oui.
- Ils s'y rallieront, don Emilio, dit le colonel Espina. Le général est de jour en jour plus populaire. Il n'a fallu que quelques mois aux gens pour constater la tranquillité qu'il y a maintenant et le chaos qu'était le pays avec les apristes et les communistes lâchés dans l'arène.
- Le fils du vautour est au gouvernement, il est devenu important, dit Ambrosio. Peut-être bien qu'il m'aidera à trouver du travail à Lima.


\Mots-clés : #corruption #criminalite #famille #insurrection #medias #misere #politique #prostitution #regimeautoritaire #relationdecouple #temoignage #violence #xxesiecle
par Aventin
le Lun 1 Nov - 10:28
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
Réponses: 35
Vues: 2445

Marie Richeux

Tag famille sur Des Choses à lire 31xbgi10

Sages femmes

Se plaçant explicitement sous la férule de Les Disparus de Daniel Mendelssohn, aiguillonnée par sa fillette Suzanne de 3 ans, qui  a le don de poser les bonnes questions, Marie part, dans un texte sous-titré Roman,  à la  rencontre des générations de femmes qui l’ont précédée, des filles-mères depuis 4 générations.

Alors oui, comme dans les Disparus,  c’est une quête faite  d’archives remuées, de références mythologiques (ici bibliques), de rencontres, de vieilles personnes interrogées, de hasards qui n’en sont pas.

Et la lectrice est émerveillée par la subtilité de Marie Richeux (dont elle aimait déjà les  émissions radiophoniques) : par-delà les faits, il y a quelques chose d’intelligemment évanescent, de sensoriel, un intime et une sincérité transcendée dans ce livre très personnel ; très féminin, en fait.

Le fil rouge entre ces femmes, c’est bien plus que leurs destins tragiques (qu’on ne fait qu’ effleurer, en fait) avec leurs questions sur le nom, l’abandon, la honte. C’est un lien émotionnel profond, une communauté féminine à travers les siècles, qui trouve sa marque dans les tissus : femmes à la couture, femmes pliant du linge, dont la lignée aboutit à Marie, femme moderne, ayant eu une  enfant avec père, mais habitée par le textile, fascinée par des courte-pointes moyenâgeuses comme par les créations contemporaines de Sheila Hicks,  bouleversée par des chaussons reprisés, et qui voit en sa façon de tricoter les mots comme un écho à ces destins filés.

Et humble, troublée par ces femmes qui ont gardé leurs secrets – n’est-ce pas leur droit ? -, elle finit par se dire que ce mystère est le leur. Et qu’importent ce qui est transmis et ce qui ne l’est pas, le chemin faisait déjà sens, semé de rêves éclairants : elle a appris sur ces femmes, sur elle-même, sur la maternité et sur le monde, et que c’est déjà très beau, il lui reste à vivre.

Un livre remuant.


\Mots-clés : #conditionfeminine #famille
par topocl
le Lun 11 Oct - 17:00
 
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Sujet: Marie Richeux
Réponses: 2
Vues: 84

Albert Cossery

Les Fainéants dans la vallée fertile

Tag famille sur Des Choses à lire Les-fa10

Un père et ses trois fils vivent ensemble, ou plutôt dorment de concert. Serag, le dernier, rêve d’une émancipation qu’il appelle « travailler », même si le concept de travail paraît biaisé dans son milieu et alors qu'une brève promenade l’épuise, le laissant hébété et ressentant douloureusement un manque, celui de l’activité, de l’ardeur. Rafik, le second, est un paresseux remué par la malveillance, qui a « étudié à l’école des ingénieurs » et renoncé par souci de sa quiétude à épouser Imtissal, prostituée spécialisée dans les étudiants, tandis que l’aîné, Galal, parvient difficilement à se lever pour manger.
« J’avais peur de tout ce qui n’était pas notre maison. De tout ce qui bouge et se démène vainement dans la vie. Quand je ne suis pas dans mon lit, il me semble qu’un tas de choses funestes peuvent m’arriver. Je ne suis vraiment tranquille que couché. C’est pourtant facile à comprendre. Fais un effort. »

Le vieil Hafez, qui a recueilli Mustapha son frère ruiné, réside seul à l’étage de leur maison ; quoique affligé d’une grotesque hernie, il a décidé de se remarier par l'intermédiaire de l’entremetteuse Haga Zohra, afin de réaffirmer sa tyrannique autorité sur ces fils dont le repos risque d’être perturbé par ce changement. Hoda, la jeune serve plus que servante, insultée et violentée, amoureuse de Serag, complète la maisonnée en veillant aux tâches nécessaires parmi les dormeurs.
Ce livre est hallucinant : c’est une description très précise de la fainéantise avec ses variantes, paresse érigée en système du rien faire « – la volonté du moindre effort – » comme « philosophie de vie ». L’exposé de ce comportement est si minutieux qu’on a l’impression d’une étude sur le vif de cette sorte d’irrépressive apathie, genre d’anémie morbide et généralisée. Certes l’humour donne le sourire, mais le sordide de cette condition ne permet pas d’y voir autre chose qu’une satire – en tout cas pas un éloge de l’oisiveté. Seul un Égyptien pouvait dresser un tel portrait sans s’attirer des accusations de paternalisme et de mépris pour le petit peuple du Nil : Cossery donne vie au préjugé le plus réactionnaire qu’un lecteur, surtout occidental, puisse avoir sur cette population. Évidemment il force le trait et il serait stupide de généraliser son point de vue, mais il y a sans doute un fond de vérité dans cette accablante dénonciation d'une malédiction familiale, d'un certain fatalisme oriental. À noter que Cossery voit un travers systémique, national, dans cette fascination du sommeil :
« Ils n’avaient par l’air harassé, mais plutôt triste. Eux aussi devaient dormir dans leurs bureaux poussiéreux au fond de quelque ministère. Ce qui les tracassait surtout, c’était de ne pouvoir dormir chez eux. Il fallait qu’ils se déplacent pour aller dormir ailleurs, et donner ainsi l’impression qu’ils accomplissaient de hautes besognes. »

Mimi l’artiste inverti, Abou Zeid le misérable marchand de cacahuètes, Antar l’énergique enfant vagabond sont d’autres protagonistes gravitant autour de la famille, mais le thème central est bien la turpitude des membres de cette dernière. Leurs rares velléités d’action, généralement motivées par le vague ressentiment qui les habite, n’aboutissent qu’à un épuisement résigné qui semble atavique. Ils émanent la torpeur, retombent sempiternellement dans un stérile abattement.
Serag, ayant renoncé à la perspective de travailler dans une usine dont la construction est abandonnée, décide d’aller en ville ; je ne peux m’empêcher de voir dans ce personnage poignant l’image dramatique d’une jeunesse qui ne rêve que d’aventure, de partir dans une fuite polarisée par un projet plus ou moins chimérique, ce qu’est souvent l’émigration.
Petit livre déroutant, donc recommandable !

\Mots-clés : #Famille #misere
par Tristram
le Sam 25 Sep - 20:39
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Albert Cossery
Réponses: 18
Vues: 2684

Alexandra Fuller

Alexandra Fuller

Née en 1969

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Alexandra Fuller, née en 1969 à Glossop dans le Derbyshire en Angleterre, , est une écrivaine africaine d'origine européenne.
Elle a grandi en Rhodésie (Zimbabwe) et en Zambie. Elle est l’auteure de sept livres, traduits dans une dizaine de pays, et a signé de nombreux articles pour The New Yorker, Granta, New York Times Book Review, Financial Times, Vogue et National Geographic. Ses deux volumes de mémoires, Larmes de pierre et L’Arbre de l’oubli ont figuré parmi les meilleurs livres de l’année du New York Times, qui compare l’auteure à Karen Blixen, Doris Lessing et Nadine Gordimer. Elle habite aux Etats-Unis depuis 1994.  


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Tag famille sur Des Choses à lire L_arbr10[/center]

Extraordinaire famille que celle d'Alexandra Fuller. La mère, Nicola est native d'une ile d'Ecosse, le père d'Angleterre.
Tous deux ont une passion commune, l'Afrique.
Contre toute évidence, ils décident d'y vivre et d'y travailler. D'abord au Kenya, puis en Rhodésie (l'actuel Zimbabwe).
Leur projet, y implanter une ferme.
Nicola est une héroïne, une vraie. Drôle, intelligente, courageuse. Un tantinet romantique, obstinée et inébranlable.
Heureusement, le mari est plus pragmatique. Grace à lui, sa famille pourra à peu près manger à sa faim.
Il n'empêche.
Les guerres d'indépendance vont déclencher des années de guerres, de violences.
Il était encore temps de partir.
Mais Nicola s'y refuse. Elle en paira le prix. Un prix exorbitant en souffrances, en angoisse et en deuils.

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, Alexandra a choisi délibérément l'humour, du moins tant que
le pittoresque l'emporte sur la tragédie.
C'est pour cela que le livre se lit comme le roman de folles aventures qu'il est aussi.
C'est pour cela que je conseille en vue de futurs confinements.




\Mots-clés : #autobiographie #famille #lieu
par bix_229
le Dim 5 Sep - 22:14
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Alexandra Fuller
Réponses: 4
Vues: 728

Jean-Luc Lagarce

Juste la fin du monde

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Pièce de théâtre, 80 pages environ, 1990, éditions Les Solitaires Intempestifs.

Cinq acteurs en tout, Louis 34 ans, sa sœur Suzanne 23 ans, Antoine, leur frère 32 ans, Catherine, épouse d'Antoine 32 ans, La Mère (de Louis, Suzanne et Antoine) 61 ans.

Louis, le frère aîné qui a quitté le giron familial depuis belle lurette et vit sinon loin, dans un ailleurs où l'on suppose que l'on s'occupe d'écriture (journalisme ? littérature ?) et ne se manifeste que par l'envoi de courtes cartes postales à l'occasion des évènements familiaux, choisit de s'en retourner dans sa famille afin d'annoncer sa mort prochaine.
Prologue a écrit: dire,
seulement dire,
ma mort prochaine et irrémédiable,
l'annoncer moi-même, en être l'unique messager,
et paraître pouvoir là encore décider,
me donner et donner aux autres, et à eux, tout précisément,
toi, vous, elle, ceux-là encore que je ne connais
pas (trop tard et tant pis),
me donner et donner aux autres une dernière fois
l'illusion d'être responsable de moi-même et d'être,
jusqu'à cette extrémité, mon propre maître.


Seulement cet acte d'anti-fils prodigue  -en somme-, Louis n'y parviendra pas. Cela m'a fait penser à cette nouvelle d'Emmanuel Bove où le héros/narrateur s'en revient à la maison familiale après une interminable absence/désertion, va jusqu'au loquet de la porte d'entrée et s'enfuit à toutes jambes au tout dernier instant.

Louis incarne l'exogène, l'étrangeté. Et, jusqu'à un certain point, il est déjà un spectre qui apparaît dans le petit cercle familial. On peut aussi tout à l'opposé, par un jeu de tiroirs, considérer qu'il est le seul vivant devant cette petite assemblée de morts-vivants.

L'ensemble, c'est-à-dire l'interaction des personnages, des dialogues, des interruptions et soliloques, procède d'une certaine incommunicabilité décousue - un débraillé chic.
Là est (à mon humble avis) tout le sel de la pièce, plutôt que dans le synopsis, la dimension dramatique (dramatique et par là-même classique, s'agissant de théâtre).
Je n'ai pas vu la pièce, mais par moments ça doit être bonheur d'acteurs, il y a la place pour un jeu tout en mouvements suggestifs, regards et tons employés.


Mots-clés : #famille #mort #théâtre #xxesiecle
par Aventin
le Dim 6 Juin - 7:56
 
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Sujet: Jean-Luc Lagarce
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Tobias Smollett

L'Expédition de Humphry Clinker


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Roman épistolaire qui retrace les pérégrinations du sieur Matthew Bramble, hobereau rendu aux eaux de Bath avec une partie de sa maisonnée ; évidemment son point de vue contraste avec ceux de sa sœur Tabitha (accompagnée de son chien Chowder et de sa suivante, Winifred), de sa nièce Lydia et de son neveu Jery.
Ce personnage d’« humeur bilieuse » semble rappeler l’auteur ; misanthrope, hypocondriaque, ses ennuis de santé le rendent acerbe, mais il est foncièrement généreux.
« Voilà, je dois l’admettre, un sujet à propos duquel je ne peux rien écrire sans perdre tout à fait patience, car la foule est un monstre dont je ne saurais souffrir ni la gueule, ni la queue, ni l’estomac, ni les membres : je l’abhorre dans son entier, comme un amas d’ignorance, de présomption, de méchanceté et de brutalité : et l’expression de ma réprobation s’adresse de même aux personnes des deux sexes qui en affectent les manières et en goûtent la société, sans distinction de rang, de condition ni de qualité. »

Malgré ce dégoût marqué de la populace, le petit peuple n’est pas oublié, par exemple avec le personnage de Win :
« Ah ! ma bonne femme ! Si tu pouvé seulmant te douter du plaisir que nous avons nous autre laitrès, de pouvoir lire les maux les plus entortillonnés sur le boue des dois, et de savoir écrire les maux étrangers sans devoir chercher dans la baissédère. »

(À son anglais, qu’elle partage d’ailleurs avec sa maîtresse, on mesure aussi le manque d’instruction des femmes au XVIIIe).
C’est satirique, et drôle, non sans finesse :
« Quant à Higgins, c’est assurément un braconnier notoire, et je trouve ce mauvais sujet bien impudent de vouloir ainsi venir poser ses collets jusque dans mon propre enclos. Il me semble bien qu’en mon absence, il s’est cru quelque droit à prendre sa part de ce que la nature semble avoir promis à l’usage général ! »

Les politiques, les écrivains, les gens de justice, roturiers comme aristocrates, toute la société est dénigrée.
C’est écrit dans le style feuilleton à épisodes et rebondissements, et d’ailleurs réapparaît Ferdinand, comte de Fathom, d’un précédent roman. Smollett s’inscrit dans la veine picaresque de Sterne, auquel il fait un clin d’œil : à propos de « correspondances de voyageurs », il cite « le voyage sentimental de Shandy ». D’ailleurs Tristram s’y retrouve :
« Il a beaucoup lu, mais sans jugement ni méthode, de sorte qu’il n’en a rien digéré. Il croit tout ce qu’il lit, surtout lorsqu’il y a décelé une part de merveilleux, et sa conversation est un étonnant fatras d’érudition et d’extravagance. »

Au quart du livre, Bramble et les siens partent pour Londres, et à cette occasion est engagé comme valet de pied Humphry Clinker, un jeune infortuné assez ingénu. Il devient prêcheur méthodiste, puis prisonnier accusé de brigandage ; ensuite la compagnie fait route vers le pays de Galles, et l'Écosse.
Savoureux passage où Matt discute l’inspiration sarrasine des cathédrales, mal conçues, inesthétiques et insalubres. Parmi les personnages de rencontre, un Écossais haut en couleur ayant combattu les Indiens en Amérique et ardent défenseur de sa langue rappelle Don Quichotte, et peut-être aussi l’auteur :
« L’esprit de contradiction est naturellement si ancré chez Lismahago que je suis convaincu qu’il a fouillé, lu, étudié avec une infatigable attention à seule fin de pouvoir réfuter les idées établies et s’octroyer des trophées en récompense de son orgueil de polémiste. Son amour-propre est si aiguisé qu’il ne tolérera pas le plus léger compliment, qu’il soit adressé à son pays ou à lui-même. […]
Cependant, s’il s’en prenait librement à ses compatriotes, il ne pouvait souffrir d’entendre qui que ce fût lancer impunément le moindre sarcasme à leur endroit. »

Le séjour calédonien est occasion de curiosités tant touristiques qu’historiques et folkloriques, notamment chez les Highlanders, ainsi que de rendre visite au « Dr Smollett »…
L’expression d’une langue soutenue n’est pas le moindre plaisir procuré par cette lecture. Autant qu’il est possible sans accéder à l’original, ce livre m’est apparu comme excellemment traduit par Sylvie Kleiman-Lafon (un premier traducteur fut Giono) ; il convient de signaler les traductions bien faites, presque autant que les mauvaises.
Happy end de rigueur.
« Le plus grand avantage qu’il y a à voyager et à observer l’espèce humaine en chair et en os est sans aucun doute de pouvoir ensuite dissiper le honteux brouillard qui obscurcit les facultés de l’esprit et nous empêche de juger avec franchise et précision. »


\Mots-clés : #aventure #correspondances #famille #voyage
par Tristram
le Ven 28 Mai - 13:55
 
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Sujet: Tobias Smollett
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Honoré de Balzac

La maison du chat qui pelote

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Cette maison d'un autre siècle abrite en son rez-de-chaussée le magasin du drapier : Monsieur Guillaume, digne successeur de Mr Chevrel dont il a épousé la fille.

Or depuis plusieurs jours un passant s'arrête pour regarder attentivement la vieille maison, son regard est le plus souvent dirigé vers une fenêtre du 3ème étage ; celle de la chambre de mademoiselle Augustine. Tentant d'apercevoir l'objet de son désir.

Mais dans la vitrine du magasin un objet a toute son attention, un tableau dont la vue l'amuse mais aussi le navre. Sentiments que l'on comprend car ce passant est un jeune peintre qui a été primé ; il revient d'un long séjour en Italie.

"Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait. Cette toile causait la gaieté du jeune homme. Mais il faut dire que le plus spirituel des peintres modernes n’inventerait pas de charge si comique. L’animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait un gentilhomme en habit brodé. Dessin, couleurs, accessoires, tout était traité de manière à faire croire que l’artiste avait voulu se moquer du marchand et des passants. En altérant cette peinture naïve, le temps l’avait rendue encore plus grotesque par quelques incertitudes qui devaient inquiéter de consciencieux flâneurs. Ainsi la queue mouchetée du chat était découpée de telle sorte qu’on pouvait la prendre pour un spectateur, tant la queue des chats de nos ancêtres était grosse, haute et fournie. "

Augustine et Théodore se rencontrent lors de l'exposition de ce dernier, ils correspondent et se retrouvent en rusant. Après des concessions,  (bien évidemment les règles et valeurs de la famille Guillaume doivent être respectées et diffèrent totalement de la société dont Théodore fait partie) et grâce à l'intervention d'une cousine des Guillaume le mariage entre Augustine et le peintre - Théodore de Sommervieux - a lieu.

Dans la première année, la beauté et l'amour d'Augustine suffisent à Théodore, mais intellectuellement et socialement la jeune femme ne s'adapte pas à la société de son époux et cela lassera le jeune peintre.
Malgré ses efforts, son envie de plaire à son mari, elle ne sera jamais à ses yeux à la hauteur de sa classe ; le mariage n'apparait plus à Augustine que comme difficilement vivable. Une ultime tentative de sa part auprès  la Duchesse de Carigliano, adulée par son mari, et malgré ses judicieux conseils, ne fera que précipiter la fin.


Je pense que cet échec peut s'illustrer dans les deux tableaux dont le style et la technique s'opposent : celui représentant "le chat qui pelote" et le portait couronné d'Augustine fait par Théodore.

C'est un drame de la différence de classes.

L'ambiance feutrée et restreinte de la maison Guillaume, son éducation ne pouvaient permettre à Augustine d'évoluer vers une autre société et notamment celle de Théodore et son monde qui ne lui pardonnait pas son extraction.




Extraits :

" les deux toiles furent exposées. La scène d’intérieur fit une révolution dans la peinture. Elle donna naissance à ces tableaux de genre dont la prodigieuse quantité importée à toutes nos expositions, pourrait faire croire qu’ils s’obtiennent par des procédés purement mécaniques. Quant au portrait, il est peu d’artistes qui ne gardent le souvenir de cette toile vivante à laquelle le public, quelquefois juste en masse, laissa la couronne que Girodet y plaça lui-même. Les deux tableaux furent entourés d’une foule immense. On s’y tua, comme disent les femmes. Des spéculateurs, des grands seigneurs couvrirent ces deux toiles de doubles napoléons, l’artiste refusa obstinément de les vendre, et refusa d’en faire des copies."

"Un soir, elle fut frappée d’une pensée qui vint illuminer ses ténébreux chagrins comme un rayon céleste. Cette idée ne pouvait sourire qu’à un cœur aussi pur, aussi vertueux que l’était le sien. Elle résolut d’aller chez la duchesse de Carigliano, non pas pour lui redemander le cœur de son mari, mais pour s’y instruire des artifices qui le lui avaient enlevé ; mais pour intéresser à la mère des enfants de son ami cette orgueilleuse femme du monde ; mais pour la fléchir et la rendre complice de son bonheur à venir comme elle était l’instrument de son malheur présent"



Mots-clés : #amour #famille #relationdecouple #xixesiecle
par Bédoulène
le Ven 28 Mai - 13:43
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Richard Millet

La Gloire des Pythre

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« En mars, ils se mettaient à puer considérablement. »

Première phrase, qui se rapporte aux morts de l’hiver, attendant le printemps pour être enterrés en terre consacrée.
Ces cadavres entreposés « dans les pilotis » empestent tout le début du roman, et l’odeur revient souvent par la suite.
Celui qui parle, c’est « nous », les « pauvres bougres », les petites gens (en l’occurrence des paysans) qui constituent le fond de tout un pan de littérature contemporaine, des Vies minuscules de Michon à Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon en passant par Bergounioux, également originaires du Massif central. Sous le plateau (de Millevaches) que les vents rabotent, ce sont ici les gourles (galoches, et par extension personnes gourdes en patois auvergnat, voir https://escoutoux.net/Mots-usites-a-Thiers, https://www.regardsetviedauvergne.fr/2012/09/petit-abecedaire-du-langage-auvergnat.html), dont la vie est « promise à la puanteur des humbles ».
Et Chat Blanc, c’est André, le jeune Pythre, devenu orphelin dans la combe de Prunde, qui doit recueillir la grande Aimée Grandchamp, l’innocente, pour profiter d’une donation, des terres à Veix.
C’est toute une rustre, brute ruralité à la limite de l’humanité (de la chrétienté) et de l’animalité (les bêtes, leur bétail).
« …] la fille de Vedrenne, laquelle n’avait d’ailleurs pas fait de vieux os, plus innocente qu’Aimée, et avait passé plus de dix années près de l’étable à cochons parce qu’on ne parvenait pas à la faire taire dans la maison, devenue à peu près comme eux, en tout cas par sa façon de réclamer pitance, ou d’avoir peur, et devenue, quand on la délivra, aussi fine et méfiante qu’eux, avec, disait-on, le même petit œil rond, fixe et malin – affinée plus que rabaissée, disait-on encore, par cette proximité, et néanmoins perdue pour les humains, et mourant à dix-sept ans de ne savoir vivre avec eux ni sans eux. »

Devenu maître, de terres et de femmes, Pythre ne sera jamais accepté par la méchante petite communauté de son nouveau pays, aura des enfants de plusieurs lits − puis il se voit dépossédé, et s’installe à Siom. Jean, un de ses fils, prend la première place dans l’histoire ; illégitime, malaimé, lui aussi benêt, ses puantes « fientaisons » sont d’importance, et avec lui s'éteindront les Pythre.
C’est je pense Millet qui parle quand est évoquée la (gloire de la) langue :
« …] la façon qu’avait le maître de plier les mots de l’autre langue [le français vis-à-vis du patois] (comme le curé les linges de l’autel ou les femmes les habits des morts) et d’en faire des constructions aussi solides qu’une barge ou un fournil, quoiqu’ils n’imaginassent pas qu’une œuvre de langage pût durer plus qu’une meule de foin ou un nuage […]
Ils seraient quelques-uns à comprendre que c’était aussi beau, justement, qu’une meule de foin qui entre dans la nuit d’été entourée d’or et d’insectes bourdonnants ; à comprendre aussi que les mots sont la seule gloire des disparus – et le français la belle langue des morts, comme le latin celle de Dieu et le patois celle des bêtes et des gourles. »

« …] en patois ou en français, le plus souvent dans les deux en même temps et surtout dans ce bruit qui rôde au fond des langues et qui est, au-delà des mots et de ce qu’ils disent, le vrai bruit de gloire [… »

« …] ce que disait l’aumônier de la Légion, que les mots sont comme Dieu ou comme les femmes : ils se dérobent dès lors qu’on les cherche et surgissent dans toute leur gloire après qu’on a renoncé. »

Pauvres destinées paysannes, à la piètre « gloire » :
« …] pris dans la torpeur d’être au monde sans bien savoir pourquoi, dans l’imbécillité forcenée de vivre qui serait leur lot à presque tous, sinon leur vraie joie, malgré la rudesse des tâches, les chagrins, la terre ingrate [… »

« Pauvre gloire que celle qui les rassemblait à jamais par ordre alphabétique [sur le monument aux morts], non pas comme ils étaient tombés, là-bas, dans les jours de colère et les nuits d’acier, mais de la façon qu’on les appelait, chaque matin, à l’école et, comme on les avait hélés, sur le quai de la gare, pour les embarquer dans les wagons ! »

« Or nous n’avions pour tout rêve, nous autres, que des liqueurs brutales, l’entrecuisse de nos femmes, nos pauvres souvenirs, ou encore la grande lande du plateau où l’on s’était mis à planter de ces sapins de Douglas qui appelaient la nuit, non seulement celle des sous-bois mais la fin de ce que nous avions été pendant tant de siècles ; et nous nous disions que ce n’était pas plus mal, que nous n’y pouvions plus tenir, qu’il fallait en finir – ce qui ne nous empêchait pas de nous répéter que notre plus grande gloire était encore de tenir bon, ici, tapis contre cette table de pierre froide où l’hiver régnait plus longtemps que partout ailleurs, oubliés de Dieu, quoi qu’en dît l’abbé Trouche, en sursis dans les combes, les vallées, sur la lande, oui, dans la seule gloire de nos noms, que ceux qui nous avaient précédés avaient mués en terre, en arbres, en rocs, en métiers, en villages même [… »

Ils ont conscience d’appartenir à un monde de déréliction, et en voie de disparition :
« Nous comprenions que la terre même ne valait rien, que la propriété n’est pas plus éternelle que celle d’un corps ou d’un nom, et que nous étions vraiment les derniers. »

Avec ce puissant roman, la langue trouve une vraie grandeur dans le sordide.

\Mots-clés : #famille #ruralité #xxesiecle
par Tristram
le Mar 13 Avr - 21:34
 
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Sujet: Richard Millet
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Daniel Pennac

La Saga Malaussène, I, Au bonheur des ogres

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Attentats à la bombe dans un grand magasin (livre paru en 1985, mais ça choque quand même). Au centre de l’affaire, le narrateur, Benjamin Malaussène, Contrôle Technique au Magasin, Bouc Emissaire « endossant la faute originelle de la société marchande », « un saint » prenant soin de la famille, ses plus jeunes frères et sœurs, tandis que maman batifole. Quant au bouc : en épigraphe, deux citations de René Girard, Le Bouc Emissaire, livre qui m’a aussi marqué. La version Pennac, c’est cet employé qui concentre toutes les réclamations de la clientèle, évitant déboires et débours aux propriétaires de l’établissement.
« − Voyez-vous, le Bouc Emissaire n’est pas seulement celui qui, le cas échéant, paye pour les autres. Il est surtout, et avant tout, un principe d’explication, monsieur Malaussène.
(Je suis un « principe d’explication » ?)
− Il est la cause mystérieuse mais patente de tout événement inexplicable. »

Positionnement socio-politique nettement affiché (et critique), on est à Belleville, et on y vit avec des personnes de couleur et des homosexuels, assez heureux d'ailleurs. Les ogres, ce sont de vrais méchants, mais on est aussi dans l'univers du conte avec la famille Malaussène, tous des enfants, du Petit à l’aîné, Benjamin…
Quelques belles saillies entr’autres :
« Avec cette résignation à la richesse que donne la pratique séculaire des mariages efficaces. »

« Et ils rient du rire carnassier de l’ignorance, le rire féroce du mouton aux mille dents ! »

Polar plein d’esprit, de références littéraires (et à Tintin), d’amour des autres et surtout des enfants.

\Mots-clés : #famille #humour #polar
par Tristram
le Mer 31 Mar - 0:40
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Dezsö Kosztolányi

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Alouette

Ils sont arrivés à la gare. Le petit tortillard haletait déjà sur ses rails. La cloche invitait les gens à monter.


Alouette, une semaine avec un couple de retraités reparaissant dans les rues de Sárszeg après le départ en vacances de leur fille unique âgée de trente-cinq ans. Ils sont libres, à nouveau, et perdus, aussi, sans elle/sans ailes – Alouette. On découvre ce qu’ils redécouvrent enfin dans les différents lieux en vogue de cette ville provinciale hongroise à la fin du dix-neuvième siècle. Et l’on suit les méandres de leurs sentiments complexes, voire contradictoires, à l’égard de leur fille si laide, seule et malheureuse. Quelques jours hors de leur schéma habituel, telle une errance d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à prendre au sens propre, un instant pachydermique dans leur vie apparemment si douce, qui brise tous les repères, dévoile les faux-semblants, exhume un profond chagrin soigneusement refoulé.

Ils ont repris leur marche plus lentement. Ákos a plissé le front. Combien les enfants peuvent souffrir à cause de leurs parents, et les parents à cause de leurs enfants.


Alouette, un roman écrit par un poète et nouvelliste, on le perçoit très vite. Un style lumineux, fluide et nerveux. Une structure impeccable, tant au niveau de la phrase qu’à l’échelle du récit, notamment avec des constructions symétriques qui semblent venir contenir cette rêverie sur la platitude et la banalité de l’existence pour la rendre encore plus intense et mordante.

À tire-d’aile notre petit oiseau nous est revenu.


Le deuxième chapitre et l’avant-dernier, par exemple, se reflètent l’un dans l’autre, avec la description de cette trop longue attente angoissée à la gare, pour des motifs différents. Ils encadrent cette semaine singulière dans la vie du vieux couple, cette crise où le cœur explose, de colère comme de pitié. Au départ comme à l’arrivée du train, les parents débordent d’amour pour leur fille, la couvent, Alouette, et souffrent d’en être séparés. Tout finit donc par rentrer dans l’ordre, chacun retrouvant sa place dans le même système bancal, mais familier.

C’était un vrai vacarme, au restaurant, les garçons couraient à fond de train parmi les cliquetis des assiettes, et le maître d’hôtel voletait de-ci de-là, comme une hirondelle, dans le battement d’ailes de son frac. […] Le maître d’hôtel, brièvement, leur a dit quelques mots d’excuse et de nouveau il s’est envolé dans le battement d’ailes de son frac, comme une hirondelle.


Et un corniste, un Tchèque à face apoplectique et tout petit nez, qui se produisait habituellement dans les cortèges funèbres, était en train de se passer autour du cou son cuivre aux courbes tortueuses, aux prises avec lui comme avec une pieuvre en or qui chercherait à l’étrangler.


Ici et là, derrière les palissades, des chiens aboyaient, réveillés brusquement dans cette lumière et dans cette inquiétude. Avec une rage vieille comme le monde, en écartant de biais à chaque fois leurs pattes postérieures longues et maigres, ils jappaient, lorgnant vers le haut, vers cette lune qui les rendait malades, ce fromage d’or plein de trous que, depuis des millénaires, ils auraient aimé pouvoir à pleines dents arracher du ciel. Leur fureur s’en allait mourant dans un grondement sourd.

Mots-clés : #famille #psychologique
par Louvaluna
le Dim 21 Mar - 0:06
 
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Sujet: Dezsö Kosztolányi
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Anne Pauly

Avant que j’oublie

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Anne Pauly raconte le deuil de son père, cet homme qui fut alcoolique, violent, égocentrique, mais qui n’en était pas moins un père touchant, sensible, bref, un  père, cet homme unique pour chacun.e d’entre nous.

J’ai été réellement touchée par ce récit tendre, attentif, plein d’humour et de tristesse mêlés. Avec une remarquable économie de moyens, une attention aux petites choses, un réel sens du récit, il nous ouvre le cœur d’Anne Pauly,  sonde les mystères de l’identité et nous fait partager cette épreuve que nous serons presque tou.tes amené.es à traverser un jour.

J’étais déjà pleinement séduite par ce bouquin, dans cet état plaisant que je ressens quand je me sens en pleine empathie avec un auteur ou une autrice, et il se trouve que j’ai enchaîné, par un total hasard (si on croit au hasard) avec la Place, d’Annie Ernaux qui traite du même sujet, mais dont la froideur revendiquée m’a laissée totalement à distance. Contraste saisissant !

Je crois que c’est Louvaluna (?) qui m’a conduite à ce livre, merci beaucoup !


Mots-clés : #addiction #famille #mort
par topocl
le Lun 8 Mar - 13:08
 
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Sujet: Anne Pauly
Réponses: 3
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Vénus Khoury-Ghata

L'adieu à la femme rouge

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Roman, 2017, 165 pages environ.

Quelque part en Afrique sub-saharienne (en Érythrée apprendrons-nous au fil du roman), une jeune femme suit, de gré, un photographe aux cheveux jaunes qui la mitraille de son appareil photo.

Son mari et ses enfants la recherchent jusqu'en Andalousie (Séville), où elle trône sur les affiches publicitaires. Puis elle quitte le photographe pour un écrivain, et sa truculente femme de ménage Amalia.
S'ensuit une histoire complètement hallucinante, dans laquelle les enfants, aidés d'un géant noir nommé Baobab, habillent la nuit les affiches dénudées montrant leur mère, tandis que le père se fond dans la masse plus ou moins ingénieuse des clandestins et autres sans-papiers pour gagner sa vie.
Après bien des péripéties, les top-models de couleur noire s'avèrent ne plus être à la mode, laquelle s'est reportée sur les slaves éthéreés...

Livre non dénué de tendresse, ni d'amour, ni d'humour.

Vénus Khoury-Ghata en mode foutraque a décidé de s'amuser, bien que le thème soit de première lourdeur, et, tour de force, sans escamotage, sans galvauder la profondeur du sujet; à titre personnel je lui en sais gré.

Un style imagé, servi par une écriture maîtrisée à la technique éprouvée (l'avantage de ces auteurs qu'on dit avancés en âge, sans doute...?), des touches réellement poétiques, une peinture des âmes dites simples, un rendu d'ensemble très facile et coulé au service d'une cocasserie qui rend léger ce petit ouvrage, lequel avait pourtant tout pour ne pas l'être:
S'il l'on confiait le sujet douloureux et les protagonistes fragiles à toute autre plume, n'obtiendrions-nous pas un mélo dans neuf productions sur dix ?      

Marcher sur la pointe des pieds pour ne pas alerter le maître qui n'aime pas les enfants, dormir le plus souvent possible, sortir de la chambre et manger quand il dort.
Zina et Zeit hochent la tête pour dire qu'ils ont compris.
Mais la secouent lorsque la mère leur annonce qu'ils iront dans peu de temps dans un pensionnat.
"C'est quoi un pensionnat ?
- Une école où on dort et mange trois fois par jour.
- Dormir trois fois par jour ?"
Autant leur dire que la lune a mangé toutes les étoiles du ciel et roté leurs arêtes sur le désert.
De sa voix brutale, la mère énumère les exigences d'admission en pensionnat.
Des enfants propres, des habits propres. Des cahiers et des chaussures propres, un crayon à papier taillé et surtout pas de poux dans la tête.
Zina et Zeit sont d'accord pour le spoux, les cahiers, les crayons et les chaussures mais à condition de ne pas s'éloigner de la mère. Ils ont eu tant de mal pour la retrouver.
Et pourquoi le pensionnat ?
Ils sont assez grands pour remplir trois cahiers avec les mots qu'ils ont appris depuis leur arrivée dans le pays.
Conocer, no conocer, bono, no bono. Auxquels il faudra ajouter gracia Señor el filosofo appliqué au maître des lieux.
Dire qu'ils le prenaient pour un escritor.
"Un gran escritor, précise Amalia dans sa cuisine, son crayon est si long qu'il touche le plafond."


\Mots-clés : #enfance #exil #famille #immigration #misere #social
par Aventin
le Dim 14 Fév - 16:25
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Irène Frain

Tag famille sur Des Choses à lire Phpyxg10

Un crime sans importance


La sœur d’Irène Frain , femme âgée vivant en zone pavillonnaire pas très loin de Paris, a été sauvagement assassinée.

L’autrice ne l’avait pas vue depuis des années, connaissait à peine ses enfants : cette femme atteinte de troubles bipolaire avait trouvé une place (laquelle ? ) hors du cercle familial, lequel semble avoir bien laissé faire, un psy plutôt bizarre avait conseillé à Irène de ne plus voir sa sœur, des dénis et des silences obscures s’en sont mêlés… une histoire familiale étrange et regrettable parmi tant d’autres. Mais voila, l’enfance et les regrets remontent vite à  la gorge devant le drame.

Plus d’un an après les faits, inexplicablement, l’enquête n’a pas avancé, Irène n’arrive pas à obtenir d’informations  sur ce décès (peut-être lié à d’autres assassinats de vieilles personnes), elle va de la rage au désespoir et utilise ce qu’elle a comme arme pour faire face, et, qui sait faire bouger la justice ( … ?? ) : l’écriture.

Voilà ; le livre n’apporte pas grand chose de plus que ce résumé, pas de suspense, pas de progression, pas de réponses, pas de vraie écriture, des zones qui restent franchement pas claires ; sans doute salvateur pour l’autrice mais plutôt fade pour la lectrice qui reste sur sa faim, et comprend mal le prix Interallié.


Mots-clés : #autobiographie #faitdivers #famille #justice
par topocl
le Mar 9 Fév - 14:28
 
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Sujet: Irène Frain
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Camille de Toledo

Tag famille sur Des Choses à lire Thesee10

Thésée, sa vie nouvelle

Le frère de Thésée, Jérôme est retrouvé pendu. Dans les années qui suivent ses deux parents meurent prématurément. Thésée, l’alter ego de Camille de Toledo, fuit à Berlin, où il croit, « l’idiot » pouvoir faire table rase. Ce n’est qu’au bout de treize ans qu’il est rattrapé par ces démons, s’effondre, se délite, puis connaît une difficile reconstruction en reconstituant une histoire familiale délétère où le déni, le silence et l’occultation de fait tragiques cruciaux (morts prématurées, suicide d’un grand oncle notamment) laissaient la place au culte de la réussite et à une  course en avant.

Autofiction ou autobiographie, qu’importe, cette histoire familiale renvoie à des personnalités qui ont été en vue :
wikipedia a écrit:Camille de Toledo est le fils de Gérard Mital, producteur de cinéma, et de Christine Mital, qui fut rédactrice en chef au Nouvel Observateur. Il est le petit-fils d'Antoine Riboud20, fondateur et président du groupe Danone, et le petit-neveu du photographe Marc Riboud qui l’a initié à la photographie. Son oncle maternel, Franck Riboud, a été le PDG de Danone de 1996 à 2014.


… mais on peut tout à fait lire hors de ce contexte. Camille de Toledo en appelle largement – et parfois naïvement ? - à  la psychogénéalogie pour montrer comment son histoire, et celle de tout un chacun, a été marquée par les générations antérieurs, ce qui a été vécu et caché, et par les grands traumatismes du XXème siècle, dan un récit d’une poésie sauvage et assumée.


\Mots-clés : #autofiction #famille #mort
par topocl
le Mar 9 Fév - 13:58
 
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Sujet: Camille de Toledo
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Yasmina Reza

Serge

Tag famille sur Des Choses à lire 413-fa10

Dédicace : "À mon Vladichka    À Magda et Imre Kertész, amis chéris"

 
 
Jean, Anna (Nana pour la famille) et Serge, une fratrie, une famille d'origine juive ; le père est disparu il y a quelque temps et la mère malade s'éteint aussi.

"Assis au bord du lit matrimonial dans la chambre sombre quelques mois plus tard, Serge avait dit, tu veux être enterrée où maman ?
      — Nulle part. Je m’en fiche pas mal.
      — Tu veux être avec papa ?
      — Ah non pas avec les juifs !
      — Tu veux être où ?
— Pas à Bagneux.
      — Tu veux être incinérée ?
      — Incinérée. Et on n’en parle plus.
      On l’a incinérée et on l’a mise à Bagneux dans le caveau des Popper. Où d’autre ? Elle n’aimait ni la mer ni la campagne. Aucun endroit où sa poussière aurait fait corps avec la terre."


Il y a aussi le cousin Maurice et les enfants de Nana et Ramos (Victor et Margot), la fille de Serge (Joséphine) ; les ex de Serge et Jean.

Le narrateur, Jean, est à la piscine avec Luc l'enfant de Marion son ex-maîtresse, il aime beaucoup cet enfant différent et aime s'occuper de lui.

"Il sautillait en faisant le bruit, tchout tchout tchout, sans se lier avec des amis. Je restais un peu, en retrait à regarder à travers la grille. Personne ne lui parlait.
      J’aime bien ce gosse. Il est plus intéressant que d’autres. Je n’ai jamais su exactement qui j’étais pour lui. Pendant un temps il me voyait dans le lit de sa mère. Je garde un lien avec Marion pour ne pas le perdre lui. Mais ça je ne pense pas qu’il le sache. Et ce n’est peut-être pas complètement vrai. Il m’appelle Jean. C’est mon nom. Prononcé par lui, il a l’air encore plus court"


Alors que Serge, superstitieux, se demande comment renouer avec Valentina qui l'a quitté récemment :

"Elle farfouille dans la valise, trouve le Ganesh protecteur qu’il croyait avoir mis à l’abri au creux d’une manche et le projette de toutes ses forces sur le carrelage de la cuisine. La statuette vole en éclats. Serge contemple le dieu désagrégé. Passé la seconde d’horreur et de sidération, il s’accroupit pour ramasser fébrilement tous les morceaux, tous, y compris les plus infimes, y compris la poussière de terre qu’il met dans un torchon.
Qu’avait-il déclenché en jurant sur la tête de sa fille ? N’avait-il pas attiré sur l’enfant des forces maléfiques ? Il avait en tête l’image vague de serpents s’enroulant autour des jambes de la personne désignée. Comment annuler ces paroles irréfléchies ? Elles avaient répondu à l’urgence du moment, elles comptaient pour du beurre ! Que faire pour que rien ne s’abatte sur Joséphine ? Il allait booster son propre système de conjuration.
Et tandis qu’à quatre pattes dans la cuisine il furète sur le carrelage, il se sent comme délivré d’un poids terrible. Je suis puni, pense-t-il, c’est moi Serge Popper qui suis puni et non ma fille innocente ! C’est pourquoi il ramasse avec tant de soin le Ganesh en miettes, convaincu de la clémence et de la persistance des forces de la divinité modifiée. "

La  fille de Serge, Joséphine  convainc la fratrie de l'accompagner à Auschwitz. Lors de ce voyage Nana et Serge, qui fera la gueule pendant toute la visite du camp, se disputent  à propos de l'attitude de son fils Victor. Retour morne. Ce que chacun aura retenu ou pas de ce retour dans le passé restera personnel. Mais Nana et Joséphine se sont intérêssées, quant à Jean, comme le lui reproche Nana il est le "dévot" de Serge et s'est donc attaché à le réconforter.

"Je retourne m’asseoir au volant. Serge fume. Je dis, c’est la Judenrampe.
      — C’est quoi la Judenrampe ? Vous me faites chier avec la Judenrampe.
— C’est là où les juifs sont arrivés en grande majorité.
      — Bon. Je la vois. Je vois tout ça de la bagnole.
      — Je te dis juste ce que c’est.
      — Elles font chier à vouloir bouffer du malheur toutes les deux.
      — Tu pourrais être plus gentil avec Jo.
      — C’est une obsessionnelle. Hier l’académie de sourcils, aujourd’hui l’extermination des juifs. Tout le monde doit rentrer dans ses délires. En dehors de ça c’est une fille qui ne donne pas signe de vie sauf quand elle veut de l’argent ou un appartement."

Nana à Serge : "— Tu pourrais juste humblement regarder. Non, il faut constamment que tu te démarques. Qu’est-ce que tu veux prouver ? Que tu as déjà intégré tout ça ? Que tu n’es pas un touriste ? On a compris que tu étais là à reculons. Tu n’as pas besoin de le faire savoir à chaque instant. Moi je regrette, j’ai pris l’avion pour Cracovie pour voir de mes yeux les lieux où des milliers de gens sont morts abominablement, des gens de notre famille des gens avec qui on aurait pu être liés. Serge Popper a tiré les leçons de l’horreur, tant mieux, je te félicite, mais pas moi, et pas ta fille. Et Jean on ne sait pas, il est ton dévot. Mais si, tu es son dévot "


Jean : " Je vois Nana toute seule à l’avant, la bandoulière rouge lui barre le dos. Je suis pris d’un élan pour cette petite femme vieillie. Il s’en faut de peu que je coure lui faire peur et l’embrasser dans le cou. Mon frère et ma sœur je nous vois sur cette route bordée de cheminées et de pierres mortes et je me demande ce qui nous a fait tomber fortuitement dans le même nid, pour ne pas dire dans la vie même."

Au retour le quotidien revient avec , les interrogations sur le sens de leur vie ; réussite ou échec ?

Bref comme dans toutes les familles des partages ou des reproches, des rancunes que se soit dans la fratrie ou dans la parentèle. Mais quand Serge apprend qu'il a un cancer, ils sont trois à attendre dans le couloir de l'hôpital, le lien fraternel qui n' était que distendu se ressere.

" Nous sommes trois dans le bunker. Collés au mur sur la banquette industrielle, les trois enfants Popper. Nous serons toujours pour nous-mêmes les trois enfants Popper.
      Nana dit, la dernière fois qu’on était ensemble c’était à Auschwitz, maintenant PET-scan à Madeleine-Brès. Il faudrait qu’on trouve un truc plus marrant à faire.
      Il se tourne vers elle (il est assis au milieu), l’attire à lui par sa queue-de-cheval et l’embrasse dans le cou.
Elle se déporte pour se presser contre lui et lui caresser le dos de la main mais ces sièges ne sont pas faits pour l’intimité"


Une très bonne lecture.  Est-il besoin de visiter les lieux de cette tragédie pour accomplir notre devoir de mémoire ? me semble que c'est la question que pose Serge implicitement.

Qu'en est-il de nos liens familiaux ?  

De beaux portraits des personnages. Les extraits sont parlant je pense.
 


Mais je pense que topocl vous en dira plus.

Je lirai encore cette auteure que je rencontre pour la première fois.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #devoirdememoire #famille #fratrie
par Bédoulène
le Jeu 4 Fév - 14:25
 
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Sujet: Yasmina Reza
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Louise Erdrich

La Chorale des maîtres bouchers

Tag famille sur Des Choses à lire La_cho11

À la fin de la Première Guerre mondiale, le jeune Fidelis Waldvogel rentre du front et rencontre Eva, la fiancée enceinte de son ami mort au combat, et l’épouse. Puis, quittant l’Allemagne défaite, il part en Amérique, avec une valise de saucisses fumées pour payer le voyage (et ses couteaux de boucherie) jusqu’à Argus, Dakota du Nord, où Eva et Frank le rejoindront. Ils rencontreront ensuite Cyprian Lazarre l’équilibriste et sa partenaire Delphine, Roy le père ivrogne de cette dernière, et son amie d’enfance Clarisse l’embaumeuse. Les protagonistes hauts en couleur sont souvent remarquables, comme Un-Pas-Et-Demi la chiffonnière, mais « Tante » est caricaturale.  
Au début, Fidelis paraît être le personnage principal (qui sera plutôt Delphine), et semble trop parfait :
« Avant de le rencontrer, elle sentit sa présence, tel un afflux de courant électrique dans l’air lorsque les nuages sont bas et que la foudre passe en bondissant sur la terre. Puis elle sentit une pesanteur. Un champ de gravité lui traversa le corps. Elle essayait de se lever, de chasser cette sensation, lorsqu’il remplit brusquement tout l’encadrement de la porte. Puis il entra et remplit toute la pièce.
Ce n’était pas sa taille. Il n’était pas extraordinairement grand, ni large. Mais de lui émanait une puissance, comme s’il contenait un homme plus grand tassé à l’intérieur. Ou était-ce, pourquoi pas, qu’il était bourré de hurlements d’animaux ? C’était peut-être ses épaules musclées, ou son silence attentif. »

C’est un roman à la fois classique et original sur le rêve américain, relevé de quelques scènes épouvantables et surtout de bizarreries dont on ne sait si elles sont des maladresses dues à la traduction :
« …] il devait abattre une truie primée appartenant aux Mecklenberg, et la décréer en côtelettes, filet, jambons, jarrets, pieds en saumure, lard maigre, bacon et saucisses. »

« D’un coup de talon, il referma avec soin la porte derrière eux, puis déposa Delphine sur le couvre-lit jaune d’or, froid et glissant. »

Il y a une évidente part d’inspiration puisée par Erdrich dans son vécu (mari allemand, etc.), et la Seconde Guerre mondiale sera un dilemme pour les États-Uniens d’origine allemande ; le livre critique par moments la société états-unienne.
« Une réclame pour du chewing-gum laissant entendre qu’une tablette dans chaque lettre combattrait la solitude, et aviverait même les facultés d’observation des troupes. "Voilà comment nous sommes dans ce pays, cria-t-elle. La destruction est une façon de vendre du chewing-gum !" »

Les odeurs (pas forcément agréables) sont prégnantes.
« Elle sentait les érables, les pins, le suintement de la rivière plutôt que l’odeur crue, primitive et caverneuse des bœufs que l’on ouvre. »

Certaines observations psychologiques me paraissent douteuses :
« Par contraste, Clarisse réservait sa précision à son métier et négligeait sa maison, tenait les lieux dans un état de désordre féminin. »

Erdrich a une sensibilité particulière, qui occasionne de beaux passages.
« En entrant dans la cuisine d’Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l’impression d’une chute en vrille et puis d’un silence, à la façon d’un oiseau qui se pose. »

On peut s’interroger sur une influence amérindienne de sa perception du monde.
« Si je meurs, ne soyez pas trop tristes, leur recommanda-t-elle, la mort n’est qu’une partie de choses plus vastes que ce que nous pouvons imaginer. Nos cerveaux entament simplement ce qui est grand, pour apprendre comment faire des choses telles que voler. Et après ? Vous verrez, et vous verrez que votre mère fait partie du plan d’ensemble. Et je serai toujours composée de choses, et les choses seront toujours composées de moi. Rien ne peut se débarrasser de moi parce que je suis déjà contenue dans le motif. »

Mais j’ai regretté une certaine outrance, et une sorte de manque de cohérence dans l’ensemble.
Il me semble que l’œuvre de Louise Erdrich s’apparente à celle de Joyce Carol Oates (mais je n’ai pas assez lu celle-ci pour être affirmatif), ou plus largement à Jean-Christophe Grangé et consorts (même remarque).

\Mots-clés : #famille #immigration #viequotidienne #xixesiecle
par Tristram
le Ven 29 Jan - 13:17
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Louise Erdrich
Réponses: 33
Vues: 1599

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