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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 27 Sep - 7:45

328 résultats trouvés pour famille

Laurent Gaudé

Le Soleil des Scorta

Tag famille sur Des Choses à lire Le_sol14

1875, Luciano Mascalzone, un vaurien qui vient de passer quinze ans en prison, revient au village de Montepuccio dans les Pouilles pour faire l’amour avec Filoména Biscotti. Ceci fait, il est lapidé par les habitants, mais a le temps d’apprendre son erreur : c’est Immacolata qu’il a dépucelée, la sœur de Filoména. Celle-ci donne jour à Rocco, et meurt peu après.
« C'est ainsi que naquit la famille des Mascalzone. D'un homme qui s'était trompé. Et d'une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux. »

Le curé confie le bébé dans un village voisin, car ceux de Montepuccio voulaient le sacrifier. Il devient Rocco Scorta Mascalzone, pillard et tueur, terrorisant Montepuccio qui l’admire pour sa richesse, puis épouse une muette et en a Domenico, Giuseppe et Carmela ; enfin il meurt en léguant sa fortune à l’église, déshéritant ses enfants, les vouant à la misère mais exigeant pour ses descendants des enterrements princiers. Domenico, Giuseppe et Carmela émigrent en Amérique, mais cette dernière est refoulée pour raison médicale, et les trois retournent en Italie.
Raffaele, leur seul ami d’enfance, est intégré au clan Scorta lors de l’enterrement hors du cimetière de la Muette, qui avait été inhumée dans la fosse commune. C’est lui qui déshabille le nouveau curé responsable, qui en mourra d’insolation. À l’initiative de Carmela, le clan des « taciturnes » investit dans un bureau de tabac. Ils se réunissent pour un repas historique sur la plateforme du trabucco accroché à la falaise (carrelet, sorte d’engin de pêche installé à demeure). Elia, un des fils de Carmela, vole les médailles de l’idole de San Michele la veille de sa procession. Son frère, Donata, devient contrebandier par esprit de famille (on ne peut que penser à l’esprit mafieux, et sourire de l’éloge familial comme de sa valeur fondamentale de la « sueur » du labeur). Elia a repris le bureau de tabac familial ; amoureux de Maria, fille de notable, et sur conseil du curé du moment, calabrais, il danse la tarentelle, et incendie le commerce.
Les Scorta ont fait vœu de confier chacun le secret de son existence à un descendant avant de mourir, et Carmela qui ne parlait plus raconte sa vie au curé en fil entrecroisé au cours du récit ; finalement, devenue sénile, elle est engloutie par le cimetière dans un tremblement de terre.
L’histoire, ce pays de soleil, pauvre, de superstition et de religiosité mal assimilée – (mauvais) sort et Dieu (ou ses saints) − peuvent emporter le lecteur, mais son style est un frein puissant. Au moyen de courtes phrases à visée percutante, son emphase lyrique et raboteuse en rend piètrement la dimension dramatique, et sonne faux. Simpliste, artificiel, incohérent et outrancier, il aligne les poncifs. C’est bancal et grandiloquent comme un premier jet d’ado qui ne serait pas Rimbaud, un western au hiératisme caricatural et à la psychologie rudimentaire, une parodie de souffle hugolien ou un pastiche de Chevillard.
Les prix littéraires que le livre a reçu (Goncourt, celui du roman populiste [sic], et même… Jean Giono !) me font craindre qu’on baisse la barre bien bas. Il faut certes promouvoir la lecture (et les ventes), mais à ce niveau d’indigence littéraire on songe à un regrettable enterrement.
J’ai eu des impressions de déjà vu dans cette lecture, et retrouvé une note de lecture de 2018 qui portait déjà le même constat ; j’aurais dû poster mon avis à l’époque, mais au moins la preuve est faite que ce n’est pas une lecture impérissable ; j’espère me rappeler dorénavant avoir déjà lu ce livre dont je ne peux sauver aucun extrait.

\Mots-clés : #famille #fratrie #misere
par Tristram
Hier à 12:43
 
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Sujet: Laurent Gaudé
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Erri De Luca

Pas ici, pas maintenant (Une fois, un jour)

Tag famille sur Des Choses à lire Pas_ic10

Erri de Luca évoque son enfance, en s’adressant notamment à sa mère. Il est né et a grandi dans la région napolitaine, issu d’une famille aisée que la guerre avait appauvrie (dans la petite « première maison » de la ruelle) et qui retrouve une certaine aisance (dans la « nouvelle maison »). Il terminera ce texte assez bref en évoquant son épouse, morte jeune de maladie.
« J’étais un enfant plus pensif que sage. »

« J’étais difficile, une faiblesse dure à cacher. »

« Alors je l’ignorais, l’adolescence est une des stations de la patience, attendant de consister en de futurs accomplissements. Ces années étaient étriquées, le monde immense. »

« Aujourd’hui comme en ce temps-là j’ignore qui est responsable des blessures faites à autrui, la nature même des personnes ou bien celle des institutions qui les gouvernent. »

« Beaucoup de détails ne forment pas un souvenir, beaucoup de souvenirs ne constituent pas un passé. »

Style concis, voire lapidaire, aux qualificatifs à la fois précis, justes et singuliers, il rend toute la triste nostalgie d’un petit bègue aux pieds plats, renfermé, introspectif et culpabilisé, seulement apte à des équilibres instables d’objets divers, jusqu’à ce qu’il prenne la plume.

Au détour de l’évocation, cette remarque aussi elliptique qu’une formule, qui condense tout ce qui fait la cohésion de la foule :
« Une foule hurle, ou elle se décompose. »


\Mots-clés : #enfance #famille #nostalgie
par Tristram
le Jeu 11 Aoû - 12:16
 
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Sujet: Erri De Luca
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Andrea Camilleri

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Le roi Zosimo

Je pensais que c’était pure fiction avant d’avoir lu le propos de l’auteur en fin de livre ; il s’avère que Zosimo a bien existé, mais cette « biographie » elle,  est imagination de l’auteur.

Une première partie raconte l’aventure de son père avec un Prince par lui sauvé, et la naissance dans la paille de l’enfant Michele ( que tous appelleront Zosimo) entouré des animaux, non pas un bœuf et l’âne mais une chèvre, des gélines et un chien.

« Tout d’un train, à une poussée plus forte, elle se benouilla entre les jambes, c’étaient les eaux qu’aidaient la tête du bébé à sortir. La douleur était grande et Filònia prit à quincher, de toute façon elle était seule. À ce moment-là, tous leurs animaux approchèrent : un chien errant désormais amaisonné chez eux et que tout le monde appelait, sans trop se tarabuster, « l’chien », une cabre d’Agrigente, une belle bête au long pelage marron, avec deux cornes de licorne et de plantureuses mamelles sombres, et quatre gélines. »

Dès son plus jeune âge Zo se révèle exceptionnel, buvant et mangeant comme un homme à 7 mois, puis à 7 ans, instruit par le Père Uhu, ermite, il sait écrire, lire et connait même le latin, ce qui est rare au 18ème siècle pour un « pagan » un paysan.
Instruit, intelligent, aimable, il sera toute sa vie l’ami, le chef, « le roi » même des paysans qui réclament son couronnement. Ce couronnement sera fait devant toute la foule des paysans, à la barbe des nobles auxquels Zosimo appliquera « ses lois », lesquelles donneront aux paysans exploités ce qui leur est dû.
Malgré son courage, sa volonté, Zosimo sera trahi par les Nobles, arrêté et condamné au gibet.

Sur les marches du gibet se présenteront à lui, les animaux de sa naissance, le Père Uhu et un magicien.

« Et quand ils arrivèrent au point où il fallait gravir le premier des cinq degrés, le capitaine dit en basset :

« Je m’arrête ici. »
Et il le dit en parfait italien, rapport que le moment était ce qu’il était et que quand le moment est ce qu’il est, c’est nécessité de japiller en italien, sinon on dit que vous avez fait votre éducation autour du collège, que vous n’êtes qu’un pauvre riclaire et pas un marquant.
Zosimo s’arrêta et se retourna pour apincher le capitaine.
« Vous ne me tenez pas compagnie jusqu’au bout ?
— Non, il vaut mieux que vous montiez tout seul, comme ça le monde qu’est agrobé sur les toits vous voit mieux.
— Et comment savez-vous qu’il y a du monde sur les toits ?
— Parce que cette nuit mes soldats les ont aidés à y grimper. »
Il tendit la main à Zosimo, Zosimo la lui serra vigoureusement.
« Merci, dit-il. »

« Il remira vers le ciel, ébaffé, et vit son cerf-volant. Le cerf-volant était revenu et se maintenait immobile en hauteur, pile au-dessus de son coqueluchon. Comment avait-il pu revenir ? Et pourquoi était-il revenu ? Puis il comprit et sentit sa poitrine s’élargir : il avait cru perdre son imagination en lâchant la corde du cerf-volant et, en fait, les choses allaient tout autrement. Au moment précis où le capitaine laissait retomber son bras, Zosimo agrappa la corde des deux mains en percevant un arrachement violent, manquablement provoqué par le cerf-volant qui reprenait de la vitesse et de la hauteur Il se mit à grimper lestement à la corde, sans éprouver de fatigue, et il se sentait à chaque mouvement de bras plus léger et plus libre.
Arrivé un moment, il s’arrêta et remira en bas. Il vit la place, les maisons avec le monde qui redescendait des toits et au mitan de la place, il vit aussi une potence avec une chose, une sorte de sac, qui pendait du gibet en dodinant.
Il éclata de rire. Et reprit à grimper »

Ainsi commença et finit la vie de Zosimo dans un éclat de rire.

***********

Une intéressante lecture qui se déroule pendant le règne de Victor-Amédée II de Savoie alors que les Espagnols veulent reprendre la Sicile.
Evocation de la période de la « controverse de Lipari » affrontement entre les Royaume de Sicile et le Saint-Siège, qui a commencé en 1711 d'un petit conflit local entre Évêque de Lipari et deux agents fiscaux dans la même ville  (une histoire de taxes sur des poischiches)
Zosimo convainc les paysans, qui n’ont rien à gagner de ce conflit de se garder
« ni le Pape, ni le Roi »
Sage mesure.
Avec l’incarcération du Père Uhu est évoqué aussi « l’inquisition »
Evocation également de la « peste » qui décima la région, de la situation sociale des « pagans ».
L’écriture « buissonnière » j’ai bien aimé.

Cette lecture vaut d’être faite, même si par moment j’ai pensé que c’était un peu trop de mascarades mais il faut se rappeler dans quel siècle se déroule l’histoire.

Merci à ZeBebelo d'avoir conseillé cette lecture.


\Mots-clés : #famille #misere #viequotidienne XVIIIe s
par Bédoulène
le Ven 29 Juil - 9:15
 
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Sujet: Andrea Camilleri
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Eduard von Keyserling

Maisons du soir

Tag famille sur Des Choses à lire Maison12

Au château de Paduren, le vieil et intransigeant baron von der Warthe et sa sœur Arabella attendent la mort dans la tristesse. Bolko, le fils du baron, a été tué dans un duel ; revient sa fille Fastrade, qui s’était enfuie, amoureuse de son précepteur, mort lui aussi. Gertrud Port, la fille de l’ami du baron, du château de Witzow, s’est aussi rendue à Dresde pour apprendre le chant, puis est revenue. Dietz von Egloff, je jeune descendant du château de Sirow, est joueur et dilapide son bien. Il est l’amant de Lydia, fille de « fabricant » et femme de Fritz Dachhausen, du château de Barnewitz. Il se fiance à Fastrade, puis Dachhausen découvre son infortune conjugale…
« Avant, les demoiselles de la noblesse n’avaient pas de ces talents qui ont besoin d’être développés, encore un effet des temps modernes. »

« Je n’aime pas penser le mal, mais avec ces dames qui ne sont pas de bonne famille, on ne sait jamais. »

« Et cette attente nous rend tous fous, on attend et attend, on fait ceci ou cela pour tuer le temps mais l’important, le principal doit encore arriver. Et le temps passe et rien ne vient et nous devenons fous. »

L’aristocratie est juste préoccupée de conserver noms et domaines attachés pour se les transmettre de génération en génération, sclérose conservatrice qui maintient ses membres dans l'effacement individuel, notamment les femmes.

\Mots-clés : #famille #social #traditions
par Tristram
le Mer 25 Mai - 13:15
 
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Sujet: Eduard von Keyserling
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Ariana Neumann

Tag famille sur Des Choses à lire 97823610

Ombres portées Souvenirs et vestiges es la guerre de mon père

L’auteure, comme il est dit plus haut, est née à Caracas. Son père ne lui a jamais parlé de son passé, comme beaucoup de survivants, elle savait à peine qu’elle était juive et qu’il était né ailleurs. Mais il a pris soin de lui laisser à sa mort une boîte pleine d’archives, pour qu’il ne lui reste plus qu’à prendre son bâton de marche, et retrouve toute une famille éparpillée aux 4 coins du monde, toute une histoire familiale tragique ancrée dans l’Histoire à travers ces destins de juifs tchèques face au nazisme.

C’est toujours la même histoire et jamais la même, c’est toujours saisissant, surprenant, invraisemblable et bouleversant. C’est toujours des secrets bien gardés mais qui se transmettent d’une génération à l’autre. Il y  a toujours à apprendre.

Ca me fait toujours penser à Marie, évidemment.


\Mots-clés : #famille #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 18 Avr - 19:51
 
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Thomas Gunzig

Le sang des bêtes

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Roman qui questionne selon une tradition existentialiste la place de l'individu dans le monde, dans la société mais aussi dans L Histoire avec comme prisme d'analyse un personnage qui à l'ère écologique est une vache mais qui remplace l'homme naturellement sauvage de Rousseau et qui renvoie d'une certaine façon les interrogations que se posent les personnages de manière brute et sans déterminisme.
Un ouvrage assez contemporain qui substitue à la condition de l'homme moderne, la condition de l'anima présent.
C'est très perspicace, intéressant et nous invite à une grande humilité.


\Mots-clés : #famille #satirique #social
par Hanta
le Mar 22 Mar - 11:32
 
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Véronique Olmi

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La promenade des Russes


"Je marchais dans les rues de Nice, ma Babouchka accrochée à mon bras. Elle venait de poster sa vingtième lettre au directeur d'Historia. Il faisait chaud, je me demandais si Suzanne viendrait à la plage, si ma mère réapparaîtrait un jour, si Anastasia Romanov était toujours vivante et rôdait dans les parages...j'avais treize ans. Peu de certitudes. Et beaucoup d'imagination...."

Très, très sympa ce court roman de Véronique Olmi que je ne connaissais pas du tout..mais que j'ai découverte à la Grande Librairie pour son dernier roman "Le gosse".

Donc, voici une très jeune fille, Sonietchka, qui vit avec sa grand-mère russe, exilée, qui a trouvé refuge avec toute sa famille après la révolution Russe à Nice...comme beaucoup de ceux-ci (ce que j'ignorais je dois dire ) encore imprégnée du passé tumultueux de l'éternelle Russie, les rouges d'un côté, les blancs de l'autre...et obsédée par le triste sort réservé à la famille Romanov, dont une des filles Anastasia, aurait réchappé au massacre perpétré par les bolchéviks..comme chacun le sait, la famille au complet, enfants, parents et même domestiques ont été exécutés par ceux-ci.....Toutefois, un mystère subsiste au sujet d'Anastasia....une rumeur court selon laquelle elle en aurait réchappé.....

Babouchka dit détenir la vérité sur le destin d'Anastasia, et écrit régulièrement au responsable d'Historia, le magazine spécialisé dans l'Histoire et espère vainement semaine après semaine une réponse de celui-ci...  

Les parents de Sonia, séparés, ont donc confié leur fille à sa grand-mère maternelle, Babouchka.... veuve ... ce tête-à-tête se passe plutôt bien, même si Sonia aimerait échapper à l'obsession Anastasia et vivre la vie normale d'une jeune fille de son âge...

La terreur de Babouchka est, vu son âge, de tomber dans la rue, signe définitif pour elle, de la terrible déchéance vers la vieillesse.....

"Ca m'a gênée de la voir dans la salle de bains avec sa combinaison rose. Ma grand-mère est fripée, mon Dieu ! comment est-ce qu'on peut être aussi fripée et tenir debout ? Le pire c'est que elle, elle n'avait pas l'air gênée, elle était habituée faut croire, elle trouvait ça normal. Je me suis demandé à partir de quand on trouvait ça normal d'être fripé....Babouchka était terrifiante dans sa combinaison rose qui laissait voir ses genoux, je ne savais plus où regarder, alors j'ai fixé ses yeux bleus qui n'ont pas bougé depuis sa naissance, même si sans lunettes ils ne servent plus à grand chose."

Le pire arrive...Babouchka tombe.....

" C'était le même grand calme que lorsque le train a quitté le quai. Un calme froid qui faisait qu'on entendait le silence et quelque chose de pas normal flottait dans l'air. Alors Babouchka a soulevé un tout petit peu le bas de sa jupe. Elle a fait "Aïe...Oh là là...Aïe ..." et j'ai regardé. Sa jambe avait un gros trou rouge et plein de bouts de peau pendaient tout autour. J'ai eu mal au coeur, mais dans ma tête une petite voix disait " Regarde en face Sonia, regarde bien en face", j'avais du mal à respirer et froid dans mes habits mouillés.

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J'ai dit ""Excuse-moi". Et j'ai regardé la chambre encore. Sur le haut de l'armoire il y avait deux énormes valises marron. Des vieilles valises démodées. Une petite étiquette accrochée aux poignées. J'ai imaginé la main gantée de ma grand-mère quittant la Russie. Et celle de mon grand-père qui regrettait de fuir avant même que le train soit parti. J'ai imaginé leurs noms sur les étiquettes, écrits avec l'alphabet latin, pour pouvoir passer les frontières. J'ai imaginé le bébé emmitouflé qui était ma mère. Tout ce long chemin qui les avait menés jusqu'à moi.

Et j'ai entendu :
- Sonietchka....
Je me suis tournée vers elle, elle gardait les yeux fermés.
- Oui, Babouchka ?

Elle a laissé passer un long temps et puis d 'une voix très grave, presque une voix d'homme, elle a murmuré :

- Je suis tombée dans la rue
 

Un roman assez émouvant, que j'ai beaucoup apprécié..... Smile


\Mots-clés : #exil #famille #initiatique
par simla
le Jeu 10 Mar - 0:50
 
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Sujet: Véronique Olmi
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Richard Russo

Tag famille sur Des Choses à lire Captu106

Richard Russo : Quatre saisons à Mohawk. - Quai Voltaire

"J'avais dix ans, et j'avais découvert par hasard qu'une fille de deux ans mon aînée se déshabillait devant sa fenêtre, à dix heures trente le week-end. Elle devait être très fière de ses seins naissants, de leur croissance régulière, car elle les admirait chaque soir presque autant que moi, avant d'enfiler une chemise de nuit transparente. Je redoutais qu'un jour elle ne se rende compte que, par mégarde, elle ne fermait ses stores qu'aux deux tiers. Plus tard, à l'adolescence, je devais comprendre, ô fulgurante révélation, que cette adorable friponne avait pleinement conscience que, de l'autre côté de la rue, c'était bien mon haleine qui embuait ma fenêtre. Quand, à la rentrée suivante, elle a rempli ses cartons pour partir en Floride avec père et mère, ç'a été pour moi une perte dont j'ai rarement retrouvé la teneur. Bien sûr, à cette époque, l'intéressée était devenue plus avare de ses apparitions, mais ses seins bien plus dignes de mon admiration."

Comment aimer son père, un père absent, fuyant, irresponsable. Passant sa vie à boire, à parier, à aimer des femmes sans jamais se lier...
Mais dans l'amour, on le sait bien et on n'a pas le choix. Et donc, Ned Hall, enfant puis ado, passe son temps à courir après son père sans jamais le rattraper. Sauf pendant une période où sa mère est hospitalisée. Et ce n'est pas une expérience glorieuse.
Sa mère, il y a longtemps qu'ils se sont séparés, son père et lui, après son retour de guerre, même s'il continue  épisodiquement à lui pourrir la vie. Jusqu'à ce qu'un jour, elle lui envoie  une volée de plombs par la fenêtre.

Entre elle et Ned, rien d'affectif ne se passe. Elle offre trop l'image de la dépression et elle est par trop exigeante.

On peut juger que l'histoire paternelle mérite une justification. Il fait partie d'une génération qui a participé à la seconde guerre mondiale. Une génération perdue de plus. Dont les survivants sont sortis déboussolés et amers. Seuls les mort sont devenus des héros,
et les vivants se sentent coupables d'être encore en vie, incapables de mener une vie normale et d'assumer ce qu'on attend d'eux.

Sam, le père de Ned en fait partie. Pour lui, son fils n'est qu'une pièce rapportée, enfin c'est  ce qu'on croit longtemps. Et puis il sait brouiller les pistes, entouré de ses pareils, joueurs fauchés, travailleurs intermittents, piliers de bars. En plus il a un ami et compagnon véritable, Wussy, un noir, qui le guide et lui sauve la mise.
Wussy deviendra aussi un ami pour Ned un initiateur, dont la vie devient une série d'aventures où il apprend à vivre, à aimer, à rêver.
Telle cette somptueuse maison blanche perchée sur une colline, mirage fabuleux.

Mohawk est une ville de moyenne importance, mais caractéristique de l'Amérique profonde.
Et Russo parvient à y faire vivre une galerie de personnages attachants, dont le père est aussi connu que le loup blanc.
En fait, on pense beaucoup à Mark Twain, dans l'humour, la fantaisie, l'empathie et la magie du récit.

Les années passent, et Sam est rattrapé par le temps et ses avanies. Il se retrouve seul, et de guerre lasse, il laisse enfin apparaitre ses sentiments filiaux. Et à notre tour, émus, on révise notre opinion sur lui.

Voilà un moment que je n'avais pas rencontré un livre qui m'ait à ce point tenu en haleine.
Une histoire, une atmosphère et des personnages. Surtout les rapports entre un père et un fils. La difficulté des rapports inter familiaux et cette amère vérité qu'on ne parvient jamais à dire l'essentiel à ceux qu'on aime.


\Mots-clés : #famille #relationenfantparent
par bix_229
le Jeu 6 Jan - 19:33
 
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Sujet: Richard Russo
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Joseph Roth

Tag famille sur Des Choses à lire 00817410

Job, roman d'un homme simple

Une tonalité sombre pour cette vie de Mendel Singer, humble professeur d'école. Très croyant et pratiquant il est possible que dans sa maison la religion pèse lourdement sur la famille. Un fils handicapé arrive, Menouchim. Le début des tracas... Je ne vais pas trop en dire pour laisser les lecteurs découvrir ce cheminement. On peut cependant parler de l'exil de cette famille juive et du mirage ou miracle américain, de la communauté. Beaucoup de chose dans cette trame de vie apparemment "simple".

Le fond de l'histoire se situe dans la foi, la pratique de la religion, les doutes, l'épreuve.. et le miracle ? Il y a ça et le portrait consciencieux, amer peut-être, d'un homme d'abord confiant puis en colère. Le portrait du père au fil des ans dans une langue nette et mesurée. Un portrait assez lourd, si ce n'était le texte en lui-même, la fin semblerait-elle aussi lumineuse ?

Pas si simple et pourrait favoriser les mauvais rêves. L'image du texte religieux qui se superpose autant qu'elle sert de miroir ne doit pas faire perdre de vue ce que le propos a d'essentiel : amour, souffrance, âge, doute, espoir, ... et surtout l’ambiguïté persistante donne toute son humanité et sa force au mélange.

A lire mais à lire dans les bons jours ?

A noter aussi qu'on trouve apparemment plusieurs traductions dont une initiale qui franciserai trop la manière.

Mots-clés : #exil #famille #religion #traditions
par animal
le Lun 27 Déc - 20:41
 
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Sujet: Joseph Roth
Réponses: 28
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William Melvin Kelley

Tag famille sur Des Choses à lire Tambou10

[b]L’autre tambour[/b]

Un lieu l’ Etat, une ville Sutton deux familles : les Willson des blancs dont l’ancêtre le Général est né et mourut ; les Caliban une famille de Noirs dont l’ancêtre était l’Africain.

Un jour de juin 1957, voici que tous les Noirs partent, pour ne plus jamais revenir.

Tucker Caliban s’est libéré, tout seul, et il est parti avec femme et enfant, abandonnant sa ferme et sa terre achetée à Mr David Willson. Alors tous les Noirs se sont eux aussi libéré.

Les hommes qui se retrouvent tous les jours sous la véranda d’un marchand, n’en croient pas leurs yeux ; ils voient défiler à pieds ou en voiture les familles Noires.

Mais comment osent-ils, pensent ces Blancs ?

Monsieur Harper, militaire confédéré à la retraite discutait tous les jours avec quelques hommes de la ville, il les instruisait de ce qui se passait ici et par le monde. Aujourd’hui tous attendent qu’il donne une explication à ce qui se passe dans leur ville ; on ne peut pas les stopper dit-il !
Mr Harry ose même ajouter que les Noirs ont le Droit de partir !

La raison pense Mr Harper, c’est une question de sang, celui de l’Africain qui coule dans les veines de Tucker Caliban ; et de raconter encore une fois l’histoire de l’Africain.

L’Africain, un esclave arrivé par bateau à New Marsails à l’époque du Général Dewey Willson  lequel l’avait  acheté mais l’esclave s’est enfui portant sous son bras son bébé. L’Africain était très grand, une force qui avait terrifié tout l’équipage du bateau.

« Il était d’un noir d’ébène et luisait tout autant que la blessure huileuse du capitaine. Sa tête était aussi grosse et paraissait aussi lourde que ces chaudrons de cannibales qu’on voit au cinéma. Il était entouré de tellement  de  chaînes  qu’on  aurait  dit  un  arbre  de  Noël  richement décoré.  C’étaient  surtout  ses  yeux  qui  attiraient  tous  les  regards, enfoncés  si  profond  dans  leurs  orbites,  de  sorte  que  sa  tête ressemblait à un gigantesque crâne noir. Il  avait  quelque  chose  sous  le  bras.  À  première  vue,  les  gens pensèrent que c’était une grosseur ou une tumeur et n’y prêtèrent pas attention. Ce n’est que quand la chose se mit à remuer d’el e-même qu’ils  remarquèrent  qu’el e  avait  des  yeux  et  que  c’était  un  bébé. »

Le Gal était venu au port récupérer une commande, une énorme horloge. Il poursuivi l’esclave et du l’abattre alors que celui-ci s’apprêtait à tuer son enfant, certainement afin qu’il ne devienne pas esclave. Le général Dewey emporta le bébé.

« Dewitt trébucha sur le tas de pierres auquel l’Africain avait parlé. C’était une pile composée de pierres plates. Dewitt resta un  moment  à  la  regarder,  puis  il  se  baissa,  ramassa  une  pierre blanche, la plus petite de toutes, et la glissa dans sa poche. »

Au fil du temps, l’Africain et la pierre blanche devinrent presque légende.

Quand l’enfant eu 12 ans le général le prénomma Caliban. Tucker Caliban est son petit-fils. Tous les Caliban ont travaillé pour la famille Willson. Au rythme des générations, des amitiés se nouèrent entre les Caliban et les Willson.

Dans plusieurs chapitres la lectrice fait connaissance avec  chaque membre de la famille Willson. Cela concerne outre leur personnalité,  la politique et le racisme.

Tucker s’est marié et sa femme attend un enfant. Il décide de devenir fermier et donc d’acheter une terre. Celle qu’il désire c’est une parcelle de la plantation des Willson.

David Willson est étonné et veut savoir pourquoi celle-là précisément.

«  Je  veux  ce  terrain  sur  la plantation parce que c’est là que le premier des Caliban a travaillé, et il est temps, maintenant, que cette terre soit à nous.
Là maintenant,  tout  ce  que  je  peux  dire,  c’est  que  mon  bébé  travaillera pas  pour  vous.  Il  sera  son  propre  maître.  On  a  travaillé  pour  vous assez  longtemps,  monsieur  Willson.  Vous  avez  essayé  de  nous libérer autrefois, mais on est pas partis, et maintenant il faut qu’on se libère nous-mêmes. »


Retour à 1957, Tucker part.

David : « Le geste de renonciation qu’il a eu hier constitue le premier coup porté à mes vingt années gâchées, à ces vingt années que j’ai perdues à me lamenter  sur  mon  sort.  Qui  aurait  pu  penser  qu’une  action  aussi humble,  aussi  primitive,  pouvait  apprendre  quelque  chose  à  un homme prétendument cultivé comme moi ?
N’importe  qui,  oui,  n’importe  qui  peut  briser  ses  chaînes.  Ce courage,  aussi  profondément  enfoui  soit-il,  attend  toujours  d’être révélé.  Il  suffit  de  savoir  l’amadouer  et  d’employer  les  mots appropriés, et il surgira, rugissant comme un tigre. »


Tucker  à David Willson : « On a une seule chance dans la vie, c’est quand on peut faire quelque chose et qu’on a envie de la faire.
Mais quand  on les a et qu’on  en  profite  pas,  on  n’a  plus  qu’à  tirer  un  trait  sur  tout  ce  qu’on voulait faire ; on a laissé passer sa chance, pour toujours. »
J’ai acquiescé. Je sais tout ça »


Et à présent que la ville s’est vidée des Noirs ? Restent les hommes sous la véranda !

« Mais  aucun  d’eux  n’était  capable  d’aller au bout de sa pensée. C’était comme s’ils tentaient de se représenter le  Néant,  une  chose  à  laquelle  aucun  d’eux  n’avait  jamais  songé.
Aucun d’eux n’avait le moindre repère auquel il aurait pu rattacher la notion d’un monde dépourvu de Noirs. »


L’alcool aidant, ils se rabattirent sur le seul Noir qu’il virent, le Révérend qui repartait chez lui après avoir vu la ferme de Tucker.

«   Les  gars,  vous  savez  pas  que c’est  notre  dernier  nègre  ?  Réfléchissez  un  peu.  Notre  dernier, dernier  nègre.  Y  en  aura  plus  après  celui-là.  Finis  leurs  chansons, leurs  danses  et  leurs  rires.  À  moins  d’aller  dans  le  Mississippi  ou dans l’Alabama, les seuls nègres qu’on verra jamais ce sera ceux de la  télévision,  et  ceux-là  ils  chantent  plus  les  vieilles  chansons  et  ils dansent plus les danses d’autrefois. Ceux-là c’est des nègres de luxe, avec  des  femmes  blanches  et  des  grosses  bagnoles.  Alors  je  me suis  dit  que,  pendant  qu’on  en  avait  encore  un  sous  la  main,  on devrait lui faire chanter une de leurs vieil es chansons. »

Des bruits, des cris réveillèrent le jeune Leland ; y aurait-il une fête à la ferme de Tucker ? mais ce n’est pas possible, il n’y a plus de ferme et Tucker est parti !

                                                               
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Quel plaisir de lecture, quelle écriture !

Beaucoup de réflexions à tirer de cette histoire, de l’attitude des personnages, leurs actions ou leur silence. Comment vivre sa vie et les précieux rapports avec les autres.
Je pense que les extraits sont parlant et qu’ils vous inciteront à faire cette lecture (185 pages)






\Mots-clés : #amitié #amour #famille #racisme #xxesiecle
par Bédoulène
le Ven 26 Nov - 17:35
 
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Sujet: William Melvin Kelley
Réponses: 3
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Mario Vargas Llosa

Conversation à La Catedral

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Titre original: Conversación en la Catedral, 1969, 610 pages environ.
Lu dans la seconde traduction, d'Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, Gallimard collection Du monde entier, 2015.


Au début un journaliste rentre chez lui, voit sa femme éplorée, on a subtilisé de force leur chien; le chroniqueur, Santiago Zavala, se rend à la fourrière canine afin de le récupérer (amener les chiens divagants à la fourrière rapporte quelques soles, et, quand ils ne divaguent pas...).

Là, après quelques saynètes et propos crus, Zavala tombe sur Ambrosio, ex-chauffeur de son père, et, sur proposition du premier et indication du dernier, ils vont se jeter quelques bières dans un boui-boui nommé La Catedral.
Les 600 pages sont la teneur de cette conversation, par séquences voire chapitres entiers très embrouillée, mâtinée de flashes-back, de réminiscences, d'évocations, de soliloques, de dialogues entremêlés, de bâtons rompus, bien que plus l'on avance, plus le propos soit formellement clarifié.

J'avais lâché cet embrouillamini indigeste et long il y a une quinzaine d'années, dans l'ancienne traduction.
Aujourd'hui c'est passé crème, le style narratif (parlé mais pas nécessairement ordonné) nécessite un peu d'accoutumance et le nombre des caractères ou personnages fait qu'on peut conseiller de le lire avec une relative célérité, du moins une linéarité.

In fine j'ai beaucoup apprécié cet apparent magma d'écriture faussement désinvolte, comme des micros qui captent toutes les bribes de conversations éparses, fissent-elles sens ou non, doublés de micros plus sophistiqués qui saisissent ce qui traverse les esprits, ce qui passe par les têtes:
N'est-ce pas plus proche de ce qui se passe dans la vie ?

Rendu on ne peut plus original donc, qui "classe" l'ouvrage dans un courant littéraire exploratoire. Techniquement, le rendu de ces interférences permanentes, de ces coqs-à-l'âne, couplé à la narration de style parlé permet beaucoup de choses: La légèreté sur un sujet et une époque qui réunissent pourtant tous les ingrédients pour que ce soit bien pesant, l'attention pseudo-détournée du lecteur, qui du coup en redemande à la lecture d'une saynète, sans trop savoir à quel moment du bouquin il va trouver la suite (ou ce qui précédait, via les flashes-back en nombre !).  

Le Pérou, époque dictature d'Odría, il y avait tout pour faire du livre un mélo, ce qu'il n'est pas. Vargas Llosa réalise un petit coup de maître en réussissant une fresque où rien ne semble manquer excepté la vie rurale. Mais nous avons des destins, certains humbles, d'autres de premier plan, la violence, la corruption, la répression, les "arrangements", les oligarques, les révoltés, l'intérieur des familles, les maîtres et les servants, la prostitution - de luxe ou de caniveau.
Et même une certaine chronologie de ces temps particulièrement troublés. Les mondes des casseurs, des petites frappes, des indics, du journalisme, de la nuit sont particulièrement gratinés, le tout servi dans un bouillonnement où mijotent les entrelacs des histoires.  

Certains personnages évoqués sont réels, Odría, Bustamante par ex. (mais la parole ne leur ait jamais laissée directement), la toponymie aussi, et les évènements narrés coïncident avec exactitude à l'histoire péruvienne de ces années-là.  

Le personnage de Santiago Zavala a du Mario Vargas Llosa en lui, on dira qu'il colle avec sa bio (quant au personnage d'Amalia, il est remarquablement troussé, à mon humble avis).

Ce curieux kaléidoscope est sans aucun doute un vrai grand livre, à placer -à mon humble avis, toujours- parmi les ouvrages incontournables de la littérature latino-américaine de la seconde moitié du XXème siècle.


Un exemple de superposition de plusieurs situations, plusieurs dialogues (deux, en l'occurence); on note le simple "dit" pour informer le lecteur de l'auteur de la prise de parole.
Jamais ce "dit", comme un invariable, n'est remplacé par un des équivalents habituels lorsqu'on écrit des dialogues, du type annonça, interféra, trancha, cria, coupa, affirma, etc.

Chapitre VII, Partie 1 a écrit:
- Fondamentalement, deux choses, dit maître Ferro. Primo, préserver l'unité de l'équipe qui a pris le pouvoir. Deuxio, poursuivre le nettoyage d'une main de fer. Universités, syndicats, administration.
Ensuite élections, et au travail pour le pays.
- Ce que j'aurais aimé être dans la vie, petit ? dit Ambrosio. Riche, pour sûr.
- Alors tu pars pour Lima demain, dit Trifulcio. Et pour faire quoi ?
- Et vous c'est être heureux, petit ? dit Ambrosio. Évidemment que moi aussi, sauf que riche et heureux, c'est la même chose.
- C'est une question d'emprunts et de crédits, dit Don Fermín. Les États-Unis sont disposés à aider un gouvernement d'ordre, c'est pour cela qu'ils ont soutenu la révolution. Maintenant ils veulent des élections et il faut leur faire plaisir.  
- Pour chercher du travail là-bas, dit Ambrosio. Dans la capitale on gagne plus.
- Les gringos sont formalistes, il faut les comprendre, dit Emilio Arévalo. Ils sont ravis d'avoir le général et demandent seulement qu'on observe les formes démocratiques. Qu'Odría soit élu, ils nous ouvriront les bras et nous donneront tous les crédits nécessaires.
- Et tu fais chauffeur depuis longtemps ? dit Trifulcio.
- Mais avant tout il faut impulser le Front patriotique national, ou Mouvement restaurateur, ou comme on voudra l'appeler, dit maître Ferro. Pour se faire, le programme est fondamental et c'est pourquoi j'insiste tant.
- Deux ans comme professionnel, dit Ambrosio. J'ai commencé comme assistant, en conduisant de temps en temps. Après j'ai été camionneur et jusqu'à maintenant chauffeur de bus, par ici, dans les districts.
- Un programme nationaliste et patriotique, qui regroupe toutes les forces vivves, dit Emilio Arévalo. Industrie, commerce, employés, agriculteurs. S'inspirant d'idées simples mais efficaces.
- Alors comme ça t'es un gars sérieux, un travailleur, dit Trifulcio. Elle avait raison Tomasa de pas vouloir qu'on te voie avec moi. Tu crois que tu vas trouver du travail à Lima ?
- Il nous faut quelque chose qui rappelle l'excellente formule du maréchal Benavides, dit maître Ferro. Ordre, Paix et Travail. J'ai pensé à Santé, Éducation, Travail. Qu'en pensez-vous ?  
- Vous vous rappelez Túmula la laitière, la fille qu'elle avait ? dit Ambrosio. Elle s'est mariée avec le fils du Vautour. Vous vous rappelez le Vautour ? C'est moi qui avait aidé son fils à enlever la petite.
- Naturellement, la candidature du général doit être lancée en grandes pompes, dit Emilio Arévalo. Tous les secteurs doivent s'y rallier de façon spontanée.
- Le Vautour, le prêteur sur gages, celui qu'a été maire ? dit Trifulcio. Je me le rappelle, oui.
- Ils s'y rallieront, don Emilio, dit le colonel Espina. Le général est de jour en jour plus populaire. Il n'a fallu que quelques mois aux gens pour constater la tranquillité qu'il y a maintenant et le chaos qu'était le pays avec les apristes et les communistes lâchés dans l'arène.
- Le fils du vautour est au gouvernement, il est devenu important, dit Ambrosio. Peut-être bien qu'il m'aidera à trouver du travail à Lima.


\Mots-clés : #corruption #criminalite #famille #insurrection #medias #misere #politique #prostitution #regimeautoritaire #relationdecouple #temoignage #violence #xxesiecle
par Aventin
le Lun 1 Nov - 10:28
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
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Marie Richeux

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Sages femmes

Se plaçant explicitement sous la férule de Les Disparus de Daniel Mendelssohn, aiguillonnée par sa fillette Suzanne de 3 ans, qui  a le don de poser les bonnes questions, Marie part, dans un texte sous-titré Roman,  à la  rencontre des générations de femmes qui l’ont précédée, des filles-mères depuis 4 générations.

Alors oui, comme dans les Disparus,  c’est une quête faite  d’archives remuées, de références mythologiques (ici bibliques), de rencontres, de vieilles personnes interrogées, de hasards qui n’en sont pas.

Et la lectrice est émerveillée par la subtilité de Marie Richeux (dont elle aimait déjà les  émissions radiophoniques) : par-delà les faits, il y a quelques chose d’intelligemment évanescent, de sensoriel, un intime et une sincérité transcendée dans ce livre très personnel ; très féminin, en fait.

Le fil rouge entre ces femmes, c’est bien plus que leurs destins tragiques (qu’on ne fait qu’ effleurer, en fait) avec leurs questions sur le nom, l’abandon, la honte. C’est un lien émotionnel profond, une communauté féminine à travers les siècles, qui trouve sa marque dans les tissus : femmes à la couture, femmes pliant du linge, dont la lignée aboutit à Marie, femme moderne, ayant eu une  enfant avec père, mais habitée par le textile, fascinée par des courte-pointes moyenâgeuses comme par les créations contemporaines de Sheila Hicks,  bouleversée par des chaussons reprisés, et qui voit en sa façon de tricoter les mots comme un écho à ces destins filés.

Et humble, troublée par ces femmes qui ont gardé leurs secrets – n’est-ce pas leur droit ? -, elle finit par se dire que ce mystère est le leur. Et qu’importent ce qui est transmis et ce qui ne l’est pas, le chemin faisait déjà sens, semé de rêves éclairants : elle a appris sur ces femmes, sur elle-même, sur la maternité et sur le monde, et que c’est déjà très beau, il lui reste à vivre.

Un livre remuant.


\Mots-clés : #conditionfeminine #famille
par topocl
le Lun 11 Oct - 17:00
 
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Sujet: Marie Richeux
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Albert Cossery

Les Fainéants dans la vallée fertile

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Un père et ses trois fils vivent ensemble, ou plutôt dorment de concert. Serag, le dernier, rêve d’une émancipation qu’il appelle « travailler », même si le concept de travail paraît biaisé dans son milieu et alors qu'une brève promenade l’épuise, le laissant hébété et ressentant douloureusement un manque, celui de l’activité, de l’ardeur. Rafik, le second, est un paresseux remué par la malveillance, qui a « étudié à l’école des ingénieurs » et renoncé par souci de sa quiétude à épouser Imtissal, prostituée spécialisée dans les étudiants, tandis que l’aîné, Galal, parvient difficilement à se lever pour manger.
« J’avais peur de tout ce qui n’était pas notre maison. De tout ce qui bouge et se démène vainement dans la vie. Quand je ne suis pas dans mon lit, il me semble qu’un tas de choses funestes peuvent m’arriver. Je ne suis vraiment tranquille que couché. C’est pourtant facile à comprendre. Fais un effort. »

Le vieil Hafez, qui a recueilli Mustapha son frère ruiné, réside seul à l’étage de leur maison ; quoique affligé d’une grotesque hernie, il a décidé de se remarier par l'intermédiaire de l’entremetteuse Haga Zohra, afin de réaffirmer sa tyrannique autorité sur ces fils dont le repos risque d’être perturbé par ce changement. Hoda, la jeune serve plus que servante, insultée et violentée, amoureuse de Serag, complète la maisonnée en veillant aux tâches nécessaires parmi les dormeurs.
Ce livre est hallucinant : c’est une description très précise de la fainéantise avec ses variantes, paresse érigée en système du rien faire « – la volonté du moindre effort – » comme « philosophie de vie ». L’exposé de ce comportement est si minutieux qu’on a l’impression d’une étude sur le vif de cette sorte d’irrépressive apathie, genre d’anémie morbide et généralisée. Certes l’humour donne le sourire, mais le sordide de cette condition ne permet pas d’y voir autre chose qu’une satire – en tout cas pas un éloge de l’oisiveté. Seul un Égyptien pouvait dresser un tel portrait sans s’attirer des accusations de paternalisme et de mépris pour le petit peuple du Nil : Cossery donne vie au préjugé le plus réactionnaire qu’un lecteur, surtout occidental, puisse avoir sur cette population. Évidemment il force le trait et il serait stupide de généraliser son point de vue, mais il y a sans doute un fond de vérité dans cette accablante dénonciation d'une malédiction familiale, d'un certain fatalisme oriental. À noter que Cossery voit un travers systémique, national, dans cette fascination du sommeil :
« Ils n’avaient par l’air harassé, mais plutôt triste. Eux aussi devaient dormir dans leurs bureaux poussiéreux au fond de quelque ministère. Ce qui les tracassait surtout, c’était de ne pouvoir dormir chez eux. Il fallait qu’ils se déplacent pour aller dormir ailleurs, et donner ainsi l’impression qu’ils accomplissaient de hautes besognes. »

Mimi l’artiste inverti, Abou Zeid le misérable marchand de cacahuètes, Antar l’énergique enfant vagabond sont d’autres protagonistes gravitant autour de la famille, mais le thème central est bien la turpitude des membres de cette dernière. Leurs rares velléités d’action, généralement motivées par le vague ressentiment qui les habite, n’aboutissent qu’à un épuisement résigné qui semble atavique. Ils émanent la torpeur, retombent sempiternellement dans un stérile abattement.
Serag, ayant renoncé à la perspective de travailler dans une usine dont la construction est abandonnée, décide d’aller en ville ; je ne peux m’empêcher de voir dans ce personnage poignant l’image dramatique d’une jeunesse qui ne rêve que d’aventure, de partir dans une fuite polarisée par un projet plus ou moins chimérique, ce qu’est souvent l’émigration.
Petit livre déroutant, donc recommandable !

\Mots-clés : #Famille #misere
par Tristram
le Sam 25 Sep - 20:39
 
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Sujet: Albert Cossery
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Alexandra Fuller

Alexandra Fuller

Née en 1969

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Alexandra Fuller, née en 1969 à Glossop dans le Derbyshire en Angleterre, , est une écrivaine africaine d'origine européenne.
Elle a grandi en Rhodésie (Zimbabwe) et en Zambie. Elle est l’auteure de sept livres, traduits dans une dizaine de pays, et a signé de nombreux articles pour The New Yorker, Granta, New York Times Book Review, Financial Times, Vogue et National Geographic. Ses deux volumes de mémoires, Larmes de pierre et L’Arbre de l’oubli ont figuré parmi les meilleurs livres de l’année du New York Times, qui compare l’auteure à Karen Blixen, Doris Lessing et Nadine Gordimer. Elle habite aux Etats-Unis depuis 1994.  


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Tag famille sur Des Choses à lire L_arbr10[/center]

Extraordinaire famille que celle d'Alexandra Fuller. La mère, Nicola est native d'une ile d'Ecosse, le père d'Angleterre.
Tous deux ont une passion commune, l'Afrique.
Contre toute évidence, ils décident d'y vivre et d'y travailler. D'abord au Kenya, puis en Rhodésie (l'actuel Zimbabwe).
Leur projet, y implanter une ferme.
Nicola est une héroïne, une vraie. Drôle, intelligente, courageuse. Un tantinet romantique, obstinée et inébranlable.
Heureusement, le mari est plus pragmatique. Grace à lui, sa famille pourra à peu près manger à sa faim.
Il n'empêche.
Les guerres d'indépendance vont déclencher des années de guerres, de violences.
Il était encore temps de partir.
Mais Nicola s'y refuse. Elle en paira le prix. Un prix exorbitant en souffrances, en angoisse et en deuils.

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, Alexandra a choisi délibérément l'humour, du moins tant que
le pittoresque l'emporte sur la tragédie.
C'est pour cela que le livre se lit comme le roman de folles aventures qu'il est aussi.
C'est pour cela que je conseille en vue de futurs confinements.




\Mots-clés : #autobiographie #famille #lieu
par bix_229
le Dim 5 Sep - 22:14
 
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Sujet: Alexandra Fuller
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Jean-Luc Lagarce

Juste la fin du monde

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Pièce de théâtre, 80 pages environ, 1990, éditions Les Solitaires Intempestifs.

Cinq acteurs en tout, Louis 34 ans, sa sœur Suzanne 23 ans, Antoine, leur frère 32 ans, Catherine, épouse d'Antoine 32 ans, La Mère (de Louis, Suzanne et Antoine) 61 ans.

Louis, le frère aîné qui a quitté le giron familial depuis belle lurette et vit sinon loin, dans un ailleurs où l'on suppose que l'on s'occupe d'écriture (journalisme ? littérature ?) et ne se manifeste que par l'envoi de courtes cartes postales à l'occasion des évènements familiaux, choisit de s'en retourner dans sa famille afin d'annoncer sa mort prochaine.
Prologue a écrit: dire,
seulement dire,
ma mort prochaine et irrémédiable,
l'annoncer moi-même, en être l'unique messager,
et paraître pouvoir là encore décider,
me donner et donner aux autres, et à eux, tout précisément,
toi, vous, elle, ceux-là encore que je ne connais
pas (trop tard et tant pis),
me donner et donner aux autres une dernière fois
l'illusion d'être responsable de moi-même et d'être,
jusqu'à cette extrémité, mon propre maître.


Seulement cet acte d'anti-fils prodigue  -en somme-, Louis n'y parviendra pas. Cela m'a fait penser à cette nouvelle d'Emmanuel Bove où le héros/narrateur s'en revient à la maison familiale après une interminable absence/désertion, va jusqu'au loquet de la porte d'entrée et s'enfuit à toutes jambes au tout dernier instant.

Louis incarne l'exogène, l'étrangeté. Et, jusqu'à un certain point, il est déjà un spectre qui apparaît dans le petit cercle familial. On peut aussi tout à l'opposé, par un jeu de tiroirs, considérer qu'il est le seul vivant devant cette petite assemblée de morts-vivants.

L'ensemble, c'est-à-dire l'interaction des personnages, des dialogues, des interruptions et soliloques, procède d'une certaine incommunicabilité décousue - un débraillé chic.
Là est (à mon humble avis) tout le sel de la pièce, plutôt que dans le synopsis, la dimension dramatique (dramatique et par là-même classique, s'agissant de théâtre).
Je n'ai pas vu la pièce, mais par moments ça doit être bonheur d'acteurs, il y a la place pour un jeu tout en mouvements suggestifs, regards et tons employés.


Mots-clés : #famille #mort #théâtre #xxesiecle
par Aventin
le Dim 6 Juin - 7:56
 
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Sujet: Jean-Luc Lagarce
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Tobias Smollett

L'Expédition de Humphry Clinker


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Roman épistolaire qui retrace les pérégrinations du sieur Matthew Bramble, hobereau rendu aux eaux de Bath avec une partie de sa maisonnée ; évidemment son point de vue contraste avec ceux de sa sœur Tabitha (accompagnée de son chien Chowder et de sa suivante, Winifred), de sa nièce Lydia et de son neveu Jery.
Ce personnage d’« humeur bilieuse » semble rappeler l’auteur ; misanthrope, hypocondriaque, ses ennuis de santé le rendent acerbe, mais il est foncièrement généreux.
« Voilà, je dois l’admettre, un sujet à propos duquel je ne peux rien écrire sans perdre tout à fait patience, car la foule est un monstre dont je ne saurais souffrir ni la gueule, ni la queue, ni l’estomac, ni les membres : je l’abhorre dans son entier, comme un amas d’ignorance, de présomption, de méchanceté et de brutalité : et l’expression de ma réprobation s’adresse de même aux personnes des deux sexes qui en affectent les manières et en goûtent la société, sans distinction de rang, de condition ni de qualité. »

Malgré ce dégoût marqué de la populace, le petit peuple n’est pas oublié, par exemple avec le personnage de Win :
« Ah ! ma bonne femme ! Si tu pouvé seulmant te douter du plaisir que nous avons nous autre laitrès, de pouvoir lire les maux les plus entortillonnés sur le boue des dois, et de savoir écrire les maux étrangers sans devoir chercher dans la baissédère. »

(À son anglais, qu’elle partage d’ailleurs avec sa maîtresse, on mesure aussi le manque d’instruction des femmes au XVIIIe).
C’est satirique, et drôle, non sans finesse :
« Quant à Higgins, c’est assurément un braconnier notoire, et je trouve ce mauvais sujet bien impudent de vouloir ainsi venir poser ses collets jusque dans mon propre enclos. Il me semble bien qu’en mon absence, il s’est cru quelque droit à prendre sa part de ce que la nature semble avoir promis à l’usage général ! »

Les politiques, les écrivains, les gens de justice, roturiers comme aristocrates, toute la société est dénigrée.
C’est écrit dans le style feuilleton à épisodes et rebondissements, et d’ailleurs réapparaît Ferdinand, comte de Fathom, d’un précédent roman. Smollett s’inscrit dans la veine picaresque de Sterne, auquel il fait un clin d’œil : à propos de « correspondances de voyageurs », il cite « le voyage sentimental de Shandy ». D’ailleurs Tristram s’y retrouve :
« Il a beaucoup lu, mais sans jugement ni méthode, de sorte qu’il n’en a rien digéré. Il croit tout ce qu’il lit, surtout lorsqu’il y a décelé une part de merveilleux, et sa conversation est un étonnant fatras d’érudition et d’extravagance. »

Au quart du livre, Bramble et les siens partent pour Londres, et à cette occasion est engagé comme valet de pied Humphry Clinker, un jeune infortuné assez ingénu. Il devient prêcheur méthodiste, puis prisonnier accusé de brigandage ; ensuite la compagnie fait route vers le pays de Galles, et l'Écosse.
Savoureux passage où Matt discute l’inspiration sarrasine des cathédrales, mal conçues, inesthétiques et insalubres. Parmi les personnages de rencontre, un Écossais haut en couleur ayant combattu les Indiens en Amérique et ardent défenseur de sa langue rappelle Don Quichotte, et peut-être aussi l’auteur :
« L’esprit de contradiction est naturellement si ancré chez Lismahago que je suis convaincu qu’il a fouillé, lu, étudié avec une infatigable attention à seule fin de pouvoir réfuter les idées établies et s’octroyer des trophées en récompense de son orgueil de polémiste. Son amour-propre est si aiguisé qu’il ne tolérera pas le plus léger compliment, qu’il soit adressé à son pays ou à lui-même. […]
Cependant, s’il s’en prenait librement à ses compatriotes, il ne pouvait souffrir d’entendre qui que ce fût lancer impunément le moindre sarcasme à leur endroit. »

Le séjour calédonien est occasion de curiosités tant touristiques qu’historiques et folkloriques, notamment chez les Highlanders, ainsi que de rendre visite au « Dr Smollett »…
L’expression d’une langue soutenue n’est pas le moindre plaisir procuré par cette lecture. Autant qu’il est possible sans accéder à l’original, ce livre m’est apparu comme excellemment traduit par Sylvie Kleiman-Lafon (un premier traducteur fut Giono) ; il convient de signaler les traductions bien faites, presque autant que les mauvaises.
Happy end de rigueur.
« Le plus grand avantage qu’il y a à voyager et à observer l’espèce humaine en chair et en os est sans aucun doute de pouvoir ensuite dissiper le honteux brouillard qui obscurcit les facultés de l’esprit et nous empêche de juger avec franchise et précision. »


\Mots-clés : #aventure #correspondances #famille #voyage
par Tristram
le Ven 28 Mai - 13:55
 
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Sujet: Tobias Smollett
Réponses: 6
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Honoré de Balzac

La maison du chat qui pelote

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Cette maison d'un autre siècle abrite en son rez-de-chaussée le magasin du drapier : Monsieur Guillaume, digne successeur de Mr Chevrel dont il a épousé la fille.

Or depuis plusieurs jours un passant s'arrête pour regarder attentivement la vieille maison, son regard est le plus souvent dirigé vers une fenêtre du 3ème étage ; celle de la chambre de mademoiselle Augustine. Tentant d'apercevoir l'objet de son désir.

Mais dans la vitrine du magasin un objet a toute son attention, un tableau dont la vue l'amuse mais aussi le navre. Sentiments que l'on comprend car ce passant est un jeune peintre qui a été primé ; il revient d'un long séjour en Italie.

"Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait. Cette toile causait la gaieté du jeune homme. Mais il faut dire que le plus spirituel des peintres modernes n’inventerait pas de charge si comique. L’animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait un gentilhomme en habit brodé. Dessin, couleurs, accessoires, tout était traité de manière à faire croire que l’artiste avait voulu se moquer du marchand et des passants. En altérant cette peinture naïve, le temps l’avait rendue encore plus grotesque par quelques incertitudes qui devaient inquiéter de consciencieux flâneurs. Ainsi la queue mouchetée du chat était découpée de telle sorte qu’on pouvait la prendre pour un spectateur, tant la queue des chats de nos ancêtres était grosse, haute et fournie. "

Augustine et Théodore se rencontrent lors de l'exposition de ce dernier, ils correspondent et se retrouvent en rusant. Après des concessions,  (bien évidemment les règles et valeurs de la famille Guillaume doivent être respectées et diffèrent totalement de la société dont Théodore fait partie) et grâce à l'intervention d'une cousine des Guillaume le mariage entre Augustine et le peintre - Théodore de Sommervieux - a lieu.

Dans la première année, la beauté et l'amour d'Augustine suffisent à Théodore, mais intellectuellement et socialement la jeune femme ne s'adapte pas à la société de son époux et cela lassera le jeune peintre.
Malgré ses efforts, son envie de plaire à son mari, elle ne sera jamais à ses yeux à la hauteur de sa classe ; le mariage n'apparait plus à Augustine que comme difficilement vivable. Une ultime tentative de sa part auprès  la Duchesse de Carigliano, adulée par son mari, et malgré ses judicieux conseils, ne fera que précipiter la fin.


Je pense que cet échec peut s'illustrer dans les deux tableaux dont le style et la technique s'opposent : celui représentant "le chat qui pelote" et le portait couronné d'Augustine fait par Théodore.

C'est un drame de la différence de classes.

L'ambiance feutrée et restreinte de la maison Guillaume, son éducation ne pouvaient permettre à Augustine d'évoluer vers une autre société et notamment celle de Théodore et son monde qui ne lui pardonnait pas son extraction.




Extraits :

" les deux toiles furent exposées. La scène d’intérieur fit une révolution dans la peinture. Elle donna naissance à ces tableaux de genre dont la prodigieuse quantité importée à toutes nos expositions, pourrait faire croire qu’ils s’obtiennent par des procédés purement mécaniques. Quant au portrait, il est peu d’artistes qui ne gardent le souvenir de cette toile vivante à laquelle le public, quelquefois juste en masse, laissa la couronne que Girodet y plaça lui-même. Les deux tableaux furent entourés d’une foule immense. On s’y tua, comme disent les femmes. Des spéculateurs, des grands seigneurs couvrirent ces deux toiles de doubles napoléons, l’artiste refusa obstinément de les vendre, et refusa d’en faire des copies."

"Un soir, elle fut frappée d’une pensée qui vint illuminer ses ténébreux chagrins comme un rayon céleste. Cette idée ne pouvait sourire qu’à un cœur aussi pur, aussi vertueux que l’était le sien. Elle résolut d’aller chez la duchesse de Carigliano, non pas pour lui redemander le cœur de son mari, mais pour s’y instruire des artifices qui le lui avaient enlevé ; mais pour intéresser à la mère des enfants de son ami cette orgueilleuse femme du monde ; mais pour la fléchir et la rendre complice de son bonheur à venir comme elle était l’instrument de son malheur présent"



Mots-clés : #amour #famille #relationdecouple #xixesiecle
par Bédoulène
le Ven 28 Mai - 13:43
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Richard Millet

La Gloire des Pythre

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« En mars, ils se mettaient à puer considérablement. »

Première phrase, qui se rapporte aux morts de l’hiver, attendant le printemps pour être enterrés en terre consacrée.
Ces cadavres entreposés « dans les pilotis » empestent tout le début du roman, et l’odeur revient souvent par la suite.
Celui qui parle, c’est « nous », les « pauvres bougres », les petites gens (en l’occurrence des paysans) qui constituent le fond de tout un pan de littérature contemporaine, des Vies minuscules de Michon à Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon en passant par Bergounioux, également originaires du Massif central. Sous le plateau (de Millevaches) que les vents rabotent, ce sont ici les gourles (galoches, et par extension personnes gourdes en patois auvergnat, voir https://escoutoux.net/Mots-usites-a-Thiers, https://www.regardsetviedauvergne.fr/2012/09/petit-abecedaire-du-langage-auvergnat.html), dont la vie est « promise à la puanteur des humbles ».
Et Chat Blanc, c’est André, le jeune Pythre, devenu orphelin dans la combe de Prunde, qui doit recueillir la grande Aimée Grandchamp, l’innocente, pour profiter d’une donation, des terres à Veix.
C’est toute une rustre, brute ruralité à la limite de l’humanité (de la chrétienté) et de l’animalité (les bêtes, leur bétail).
« …] la fille de Vedrenne, laquelle n’avait d’ailleurs pas fait de vieux os, plus innocente qu’Aimée, et avait passé plus de dix années près de l’étable à cochons parce qu’on ne parvenait pas à la faire taire dans la maison, devenue à peu près comme eux, en tout cas par sa façon de réclamer pitance, ou d’avoir peur, et devenue, quand on la délivra, aussi fine et méfiante qu’eux, avec, disait-on, le même petit œil rond, fixe et malin – affinée plus que rabaissée, disait-on encore, par cette proximité, et néanmoins perdue pour les humains, et mourant à dix-sept ans de ne savoir vivre avec eux ni sans eux. »

Devenu maître, de terres et de femmes, Pythre ne sera jamais accepté par la méchante petite communauté de son nouveau pays, aura des enfants de plusieurs lits − puis il se voit dépossédé, et s’installe à Siom. Jean, un de ses fils, prend la première place dans l’histoire ; illégitime, malaimé, lui aussi benêt, ses puantes « fientaisons » sont d’importance, et avec lui s'éteindront les Pythre.
C’est je pense Millet qui parle quand est évoquée la (gloire de la) langue :
« …] la façon qu’avait le maître de plier les mots de l’autre langue [le français vis-à-vis du patois] (comme le curé les linges de l’autel ou les femmes les habits des morts) et d’en faire des constructions aussi solides qu’une barge ou un fournil, quoiqu’ils n’imaginassent pas qu’une œuvre de langage pût durer plus qu’une meule de foin ou un nuage […]
Ils seraient quelques-uns à comprendre que c’était aussi beau, justement, qu’une meule de foin qui entre dans la nuit d’été entourée d’or et d’insectes bourdonnants ; à comprendre aussi que les mots sont la seule gloire des disparus – et le français la belle langue des morts, comme le latin celle de Dieu et le patois celle des bêtes et des gourles. »

« …] en patois ou en français, le plus souvent dans les deux en même temps et surtout dans ce bruit qui rôde au fond des langues et qui est, au-delà des mots et de ce qu’ils disent, le vrai bruit de gloire [… »

« …] ce que disait l’aumônier de la Légion, que les mots sont comme Dieu ou comme les femmes : ils se dérobent dès lors qu’on les cherche et surgissent dans toute leur gloire après qu’on a renoncé. »

Pauvres destinées paysannes, à la piètre « gloire » :
« …] pris dans la torpeur d’être au monde sans bien savoir pourquoi, dans l’imbécillité forcenée de vivre qui serait leur lot à presque tous, sinon leur vraie joie, malgré la rudesse des tâches, les chagrins, la terre ingrate [… »

« Pauvre gloire que celle qui les rassemblait à jamais par ordre alphabétique [sur le monument aux morts], non pas comme ils étaient tombés, là-bas, dans les jours de colère et les nuits d’acier, mais de la façon qu’on les appelait, chaque matin, à l’école et, comme on les avait hélés, sur le quai de la gare, pour les embarquer dans les wagons ! »

« Or nous n’avions pour tout rêve, nous autres, que des liqueurs brutales, l’entrecuisse de nos femmes, nos pauvres souvenirs, ou encore la grande lande du plateau où l’on s’était mis à planter de ces sapins de Douglas qui appelaient la nuit, non seulement celle des sous-bois mais la fin de ce que nous avions été pendant tant de siècles ; et nous nous disions que ce n’était pas plus mal, que nous n’y pouvions plus tenir, qu’il fallait en finir – ce qui ne nous empêchait pas de nous répéter que notre plus grande gloire était encore de tenir bon, ici, tapis contre cette table de pierre froide où l’hiver régnait plus longtemps que partout ailleurs, oubliés de Dieu, quoi qu’en dît l’abbé Trouche, en sursis dans les combes, les vallées, sur la lande, oui, dans la seule gloire de nos noms, que ceux qui nous avaient précédés avaient mués en terre, en arbres, en rocs, en métiers, en villages même [… »

Ils ont conscience d’appartenir à un monde de déréliction, et en voie de disparition :
« Nous comprenions que la terre même ne valait rien, que la propriété n’est pas plus éternelle que celle d’un corps ou d’un nom, et que nous étions vraiment les derniers. »

Avec ce puissant roman, la langue trouve une vraie grandeur dans le sordide.

\Mots-clés : #famille #ruralité #xxesiecle
par Tristram
le Mar 13 Avr - 21:34
 
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Sujet: Richard Millet
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Daniel Pennac

La Saga Malaussène, I, Au bonheur des ogres

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Attentats à la bombe dans un grand magasin (livre paru en 1985, mais ça choque quand même). Au centre de l’affaire, le narrateur, Benjamin Malaussène, Contrôle Technique au Magasin, Bouc Emissaire « endossant la faute originelle de la société marchande », « un saint » prenant soin de la famille, ses plus jeunes frères et sœurs, tandis que maman batifole. Quant au bouc : en épigraphe, deux citations de René Girard, Le Bouc Emissaire, livre qui m’a aussi marqué. La version Pennac, c’est cet employé qui concentre toutes les réclamations de la clientèle, évitant déboires et débours aux propriétaires de l’établissement.
« − Voyez-vous, le Bouc Emissaire n’est pas seulement celui qui, le cas échéant, paye pour les autres. Il est surtout, et avant tout, un principe d’explication, monsieur Malaussène.
(Je suis un « principe d’explication » ?)
− Il est la cause mystérieuse mais patente de tout événement inexplicable. »

Positionnement socio-politique nettement affiché (et critique), on est à Belleville, et on y vit avec des personnes de couleur et des homosexuels, assez heureux d'ailleurs. Les ogres, ce sont de vrais méchants, mais on est aussi dans l'univers du conte avec la famille Malaussène, tous des enfants, du Petit à l’aîné, Benjamin…
Quelques belles saillies entr’autres :
« Avec cette résignation à la richesse que donne la pratique séculaire des mariages efficaces. »

« Et ils rient du rire carnassier de l’ignorance, le rire féroce du mouton aux mille dents ! »

Polar plein d’esprit, de références littéraires (et à Tintin), d’amour des autres et surtout des enfants.

\Mots-clés : #famille #humour #polar
par Tristram
le Mer 31 Mar - 0:40
 
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Sujet: Daniel Pennac
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