Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 1 Mar - 18:57

306 résultats trouvés pour famille

Vénus Khoury-Ghata

L'adieu à la femme rouge

Tag famille sur Des Choses à lire L_adie10
Roman, 2017, 165 pages environ.

Quelque part en Afrique sub-saharienne (en Érythrée apprendrons-nous au fil du roman), une jeune femme suit, de gré, un photographe aux cheveux jaunes qui la mitraille de son appareil photo.

Son mari et ses enfants la recherchent jusqu'en Andalousie (Séville), où elle trône sur les affiches publicitaires. Puis elle quitte le photographe pour un écrivain, et sa truculente femme de ménage Amalia.
S'ensuit une histoire complètement hallucinante, dans laquelle les enfants, aidés d'un géant noir nommé Baobab, habillent la nuit les affiches dénudées montrant leur mère, tandis que le père se fond dans la masse plus ou moins ingénieuse des clandestins et autres sans-papiers pour gagner sa vie.
Après bien des péripéties, les top-models de couleur noire s'avèrent ne plus être à la mode, laquelle s'est reportée sur les slaves éthéreés...

Livre non dénué de tendresse, ni d'amour, ni d'humour.

Vénus Khoury-Ghata en mode foutraque a décidé de s'amuser, bien que le thème soit de première lourdeur, et, tour de force, sans escamotage, sans galvauder la profondeur du sujet; à titre personnel je lui en sais gré.

Un style imagé, servi par une écriture maîtrisée à la technique éprouvée (l'avantage de ces auteurs qu'on dit avancés en âge, sans doute...?), des touches réellement poétiques, une peinture des âmes dites simples, un rendu d'ensemble très facile et coulé au service d'une cocasserie qui rend léger ce petit ouvrage, lequel avait pourtant tout pour ne pas l'être:
S'il l'on confiait le sujet douloureux et les protagonistes fragiles à toute autre plume, n'obtiendrions-nous pas un mélo dans neuf productions sur dix ?      

Marcher sur la pointe des pieds pour ne pas alerter le maître qui n'aime pas les enfants, dormir le plus souvent possible, sortir de la chambre et manger quand il dort.
Zina et Zeit hochent la tête pour dire qu'ils ont compris.
Mais la secouent lorsque la mère leur annonce qu'ils iront dans peu de temps dans un pensionnat.
"C'est quoi un pensionnat ?
- Une école où on dort et mange trois fois par jour.
- Dormir trois fois par jour ?"
Autant leur dire que la lune a mangé toutes les étoiles du ciel et roté leurs arêtes sur le désert.
De sa voix brutale, la mère énumère les exigences d'admission en pensionnat.
Des enfants propres, des habits propres. Des cahiers et des chaussures propres, un crayon à papier taillé et surtout pas de poux dans la tête.
Zina et Zeit sont d'accord pour le spoux, les cahiers, les crayons et les chaussures mais à condition de ne pas s'éloigner de la mère. Ils ont eu tant de mal pour la retrouver.
Et pourquoi le pensionnat ?
Ils sont assez grands pour remplir trois cahiers avec les mots qu'ils ont appris depuis leur arrivée dans le pays.
Conocer, no conocer, bono, no bono. Auxquels il faudra ajouter gracia Señor el filosofo appliqué au maître des lieux.
Dire qu'ils le prenaient pour un escritor.
"Un gran escritor, précise Amalia dans sa cuisine, son crayon est si long qu'il touche le plafond."


\Mots-clés : #enfance #exil #famille #immigration #misere #social
par Aventin
le Dim 14 Fév - 16:25
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
Réponses: 20
Vues: 2270

Irène Frain

Tag famille sur Des Choses à lire Phpyxg10

Un crime sans importance


La sœur d’Irène Frain , femme âgée vivant en zone pavillonnaire pas très loin de Paris, a été sauvagement assassinée.

L’autrice ne l’avait pas vue depuis des années, connaissait à peine ses enfants : cette femme atteinte de troubles bipolaire avait trouvé une place (laquelle ? ) hors du cercle familial, lequel semble avoir bien laissé faire, un psy plutôt bizarre avait conseillé à Irène de ne plus voir sa sœur, des dénis et des silences obscures s’en sont mêlés… une histoire familiale étrange et regrettable parmi tant d’autres. Mais voila, l’enfance et les regrets remontent vite à  la gorge devant le drame.

Plus d’un an après les faits, inexplicablement, l’enquête n’a pas avancé, Irène n’arrive pas à obtenir d’informations  sur ce décès (peut-être lié à d’autres assassinats de vieilles personnes), elle va de la rage au désespoir et utilise ce qu’elle a comme arme pour faire face, et, qui sait faire bouger la justice ( … ?? ) : l’écriture.

Voilà ; le livre n’apporte pas grand chose de plus que ce résumé, pas de suspense, pas de progression, pas de réponses, pas de vraie écriture, des zones qui restent franchement pas claires ; sans doute salvateur pour l’autrice mais plutôt fade pour la lectrice qui reste sur sa faim, et comprend mal le prix Interallié.


Mots-clés : #autobiographie #faitdivers #famille #justice
par topocl
le Mar 9 Fév - 14:28
 
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Sujet: Irène Frain
Réponses: 4
Vues: 263

Camille de Toledo

Tag famille sur Des Choses à lire Thesee10

Thésée, sa vie nouvelle

Le frère de Thésée, Jérôme est retrouvé pendu. Dans les années qui suivent ses deux parents meurent prématurément. Thésée, l’alter ego de Camille de Toledo, fuit à Berlin, où il croit, « l’idiot » pouvoir faire table rase. Ce n’est qu’au bout de treize ans qu’il est rattrapé par ces démons, s’effondre, se délite, puis connaît une difficile reconstruction en reconstituant une histoire familiale délétère où le déni, le silence et l’occultation de fait tragiques cruciaux (morts prématurées, suicide d’un grand oncle notamment) laissaient la place au culte de la réussite et à une  course en avant.

Autofiction ou autobiographie, qu’importe, cette histoire familiale renvoie à des personnalités qui ont été en vue :
wikipedia a écrit:Camille de Toledo est le fils de Gérard Mital, producteur de cinéma, et de Christine Mital, qui fut rédactrice en chef au Nouvel Observateur. Il est le petit-fils d'Antoine Riboud20, fondateur et président du groupe Danone, et le petit-neveu du photographe Marc Riboud qui l’a initié à la photographie. Son oncle maternel, Franck Riboud, a été le PDG de Danone de 1996 à 2014.


… mais on peut tout à fait lire hors de ce contexte. Camille de Toledo en appelle largement – et parfois naïvement ? - à  la psychogénéalogie pour montrer comment son histoire, et celle de tout un chacun, a été marquée par les générations antérieurs, ce qui a été vécu et caché, et par les grands traumatismes du XXème siècle, dan un récit d’une poésie sauvage et assumée.


\Mots-clés : #autofiction #famille #mort
par topocl
le Mar 9 Fév - 13:58
 
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Sujet: Camille de Toledo
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Yasmina Reza

Serge

Tag famille sur Des Choses à lire 413-fa10

Dédicace : "À mon Vladichka    À Magda et Imre Kertész, amis chéris"

 
 
Jean, Anna (Nana pour la famille) et Serge, une fratrie, une famille d'origine juive ; le père est disparu il y a quelque temps et la mère malade s'éteint aussi.

"Assis au bord du lit matrimonial dans la chambre sombre quelques mois plus tard, Serge avait dit, tu veux être enterrée où maman ?
      — Nulle part. Je m’en fiche pas mal.
      — Tu veux être avec papa ?
      — Ah non pas avec les juifs !
      — Tu veux être où ?
— Pas à Bagneux.
      — Tu veux être incinérée ?
      — Incinérée. Et on n’en parle plus.
      On l’a incinérée et on l’a mise à Bagneux dans le caveau des Popper. Où d’autre ? Elle n’aimait ni la mer ni la campagne. Aucun endroit où sa poussière aurait fait corps avec la terre."


Il y a aussi le cousin Maurice et les enfants de Nana et Ramos (Victor et Margot), la fille de Serge (Joséphine) ; les ex de Serge et Jean.

Le narrateur, Jean, est à la piscine avec Luc l'enfant de Marion son ex-maîtresse, il aime beaucoup cet enfant différent et aime s'occuper de lui.

"Il sautillait en faisant le bruit, tchout tchout tchout, sans se lier avec des amis. Je restais un peu, en retrait à regarder à travers la grille. Personne ne lui parlait.
      J’aime bien ce gosse. Il est plus intéressant que d’autres. Je n’ai jamais su exactement qui j’étais pour lui. Pendant un temps il me voyait dans le lit de sa mère. Je garde un lien avec Marion pour ne pas le perdre lui. Mais ça je ne pense pas qu’il le sache. Et ce n’est peut-être pas complètement vrai. Il m’appelle Jean. C’est mon nom. Prononcé par lui, il a l’air encore plus court"


Alors que Serge, superstitieux, se demande comment renouer avec Valentina qui l'a quitté récemment :

"Elle farfouille dans la valise, trouve le Ganesh protecteur qu’il croyait avoir mis à l’abri au creux d’une manche et le projette de toutes ses forces sur le carrelage de la cuisine. La statuette vole en éclats. Serge contemple le dieu désagrégé. Passé la seconde d’horreur et de sidération, il s’accroupit pour ramasser fébrilement tous les morceaux, tous, y compris les plus infimes, y compris la poussière de terre qu’il met dans un torchon.
Qu’avait-il déclenché en jurant sur la tête de sa fille ? N’avait-il pas attiré sur l’enfant des forces maléfiques ? Il avait en tête l’image vague de serpents s’enroulant autour des jambes de la personne désignée. Comment annuler ces paroles irréfléchies ? Elles avaient répondu à l’urgence du moment, elles comptaient pour du beurre ! Que faire pour que rien ne s’abatte sur Joséphine ? Il allait booster son propre système de conjuration.
Et tandis qu’à quatre pattes dans la cuisine il furète sur le carrelage, il se sent comme délivré d’un poids terrible. Je suis puni, pense-t-il, c’est moi Serge Popper qui suis puni et non ma fille innocente ! C’est pourquoi il ramasse avec tant de soin le Ganesh en miettes, convaincu de la clémence et de la persistance des forces de la divinité modifiée. "

La  fille de Serge, Joséphine  convainc la fratrie de l'accompagner à Auschwitz. Lors de ce voyage Nana et Serge, qui fera la gueule pendant toute la visite du camp, se disputent  à propos de l'attitude de son fils Victor. Retour morne. Ce que chacun aura retenu ou pas de ce retour dans le passé restera personnel. Mais Nana et Joséphine se sont intérêssées, quant à Jean, comme le lui reproche Nana il est le "dévot" de Serge et s'est donc attaché à le réconforter.

"Je retourne m’asseoir au volant. Serge fume. Je dis, c’est la Judenrampe.
      — C’est quoi la Judenrampe ? Vous me faites chier avec la Judenrampe.
— C’est là où les juifs sont arrivés en grande majorité.
      — Bon. Je la vois. Je vois tout ça de la bagnole.
      — Je te dis juste ce que c’est.
      — Elles font chier à vouloir bouffer du malheur toutes les deux.
      — Tu pourrais être plus gentil avec Jo.
      — C’est une obsessionnelle. Hier l’académie de sourcils, aujourd’hui l’extermination des juifs. Tout le monde doit rentrer dans ses délires. En dehors de ça c’est une fille qui ne donne pas signe de vie sauf quand elle veut de l’argent ou un appartement."

Nana à Serge : "— Tu pourrais juste humblement regarder. Non, il faut constamment que tu te démarques. Qu’est-ce que tu veux prouver ? Que tu as déjà intégré tout ça ? Que tu n’es pas un touriste ? On a compris que tu étais là à reculons. Tu n’as pas besoin de le faire savoir à chaque instant. Moi je regrette, j’ai pris l’avion pour Cracovie pour voir de mes yeux les lieux où des milliers de gens sont morts abominablement, des gens de notre famille des gens avec qui on aurait pu être liés. Serge Popper a tiré les leçons de l’horreur, tant mieux, je te félicite, mais pas moi, et pas ta fille. Et Jean on ne sait pas, il est ton dévot. Mais si, tu es son dévot "


Jean : " Je vois Nana toute seule à l’avant, la bandoulière rouge lui barre le dos. Je suis pris d’un élan pour cette petite femme vieillie. Il s’en faut de peu que je coure lui faire peur et l’embrasser dans le cou. Mon frère et ma sœur je nous vois sur cette route bordée de cheminées et de pierres mortes et je me demande ce qui nous a fait tomber fortuitement dans le même nid, pour ne pas dire dans la vie même."

Au retour le quotidien revient avec , les interrogations sur le sens de leur vie ; réussite ou échec ?

Bref comme dans toutes les familles des partages ou des reproches, des rancunes que se soit dans la fratrie ou dans la parentèle. Mais quand Serge apprend qu'il a un cancer, ils sont trois à attendre dans le couloir de l'hôpital, le lien fraternel qui n' était que distendu se ressere.

" Nous sommes trois dans le bunker. Collés au mur sur la banquette industrielle, les trois enfants Popper. Nous serons toujours pour nous-mêmes les trois enfants Popper.
      Nana dit, la dernière fois qu’on était ensemble c’était à Auschwitz, maintenant PET-scan à Madeleine-Brès. Il faudrait qu’on trouve un truc plus marrant à faire.
      Il se tourne vers elle (il est assis au milieu), l’attire à lui par sa queue-de-cheval et l’embrasse dans le cou.
Elle se déporte pour se presser contre lui et lui caresser le dos de la main mais ces sièges ne sont pas faits pour l’intimité"


Une très bonne lecture.  Est-il besoin de visiter les lieux de cette tragédie pour accomplir notre devoir de mémoire ? me semble que c'est la question que pose Serge implicitement.

Qu'en est-il de nos liens familiaux ?  

De beaux portraits des personnages. Les extraits sont parlant je pense.
 


Mais je pense que topocl vous en dira plus.

Je lirai encore cette auteure que je rencontre pour la première fois.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #devoirdememoire #famille #fratrie
par Bédoulène
le Jeu 4 Fév - 14:25
 
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Sujet: Yasmina Reza
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Louise Erdrich

La Chorale des maîtres bouchers

Tag famille sur Des Choses à lire La_cho11

À la fin de la Première Guerre mondiale, le jeune Fidelis Waldvogel rentre du front et rencontre Eva, la fiancée enceinte de son ami mort au combat, et l’épouse. Puis, quittant l’Allemagne défaite, il part en Amérique, avec une valise de saucisses fumées pour payer le voyage (et ses couteaux de boucherie) jusqu’à Argus, Dakota du Nord, où Eva et Frank le rejoindront. Ils rencontreront ensuite Cyprian Lazarre l’équilibriste et sa partenaire Delphine, Roy le père ivrogne de cette dernière, et son amie d’enfance Clarisse l’embaumeuse. Les protagonistes hauts en couleur sont souvent remarquables, comme Un-Pas-Et-Demi la chiffonnière, mais « Tante » est caricaturale.  
Au début, Fidelis paraît être le personnage principal (qui sera plutôt Delphine), et semble trop parfait :
« Avant de le rencontrer, elle sentit sa présence, tel un afflux de courant électrique dans l’air lorsque les nuages sont bas et que la foudre passe en bondissant sur la terre. Puis elle sentit une pesanteur. Un champ de gravité lui traversa le corps. Elle essayait de se lever, de chasser cette sensation, lorsqu’il remplit brusquement tout l’encadrement de la porte. Puis il entra et remplit toute la pièce.
Ce n’était pas sa taille. Il n’était pas extraordinairement grand, ni large. Mais de lui émanait une puissance, comme s’il contenait un homme plus grand tassé à l’intérieur. Ou était-ce, pourquoi pas, qu’il était bourré de hurlements d’animaux ? C’était peut-être ses épaules musclées, ou son silence attentif. »

C’est un roman à la fois classique et original sur le rêve américain, relevé de quelques scènes épouvantables et surtout de bizarreries dont on ne sait si elles sont des maladresses dues à la traduction :
« …] il devait abattre une truie primée appartenant aux Mecklenberg, et la décréer en côtelettes, filet, jambons, jarrets, pieds en saumure, lard maigre, bacon et saucisses. »

« D’un coup de talon, il referma avec soin la porte derrière eux, puis déposa Delphine sur le couvre-lit jaune d’or, froid et glissant. »

Il y a une évidente part d’inspiration puisée par Erdrich dans son vécu (mari allemand, etc.), et la Seconde Guerre mondiale sera un dilemme pour les États-Uniens d’origine allemande ; le livre critique par moments la société états-unienne.
« Une réclame pour du chewing-gum laissant entendre qu’une tablette dans chaque lettre combattrait la solitude, et aviverait même les facultés d’observation des troupes. "Voilà comment nous sommes dans ce pays, cria-t-elle. La destruction est une façon de vendre du chewing-gum !" »

Les odeurs (pas forcément agréables) sont prégnantes.
« Elle sentait les érables, les pins, le suintement de la rivière plutôt que l’odeur crue, primitive et caverneuse des bœufs que l’on ouvre. »

Certaines observations psychologiques me paraissent douteuses :
« Par contraste, Clarisse réservait sa précision à son métier et négligeait sa maison, tenait les lieux dans un état de désordre féminin. »

Erdrich a une sensibilité particulière, qui occasionne de beaux passages.
« En entrant dans la cuisine d’Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l’impression d’une chute en vrille et puis d’un silence, à la façon d’un oiseau qui se pose. »

On peut s’interroger sur une influence amérindienne de sa perception du monde.
« Si je meurs, ne soyez pas trop tristes, leur recommanda-t-elle, la mort n’est qu’une partie de choses plus vastes que ce que nous pouvons imaginer. Nos cerveaux entament simplement ce qui est grand, pour apprendre comment faire des choses telles que voler. Et après ? Vous verrez, et vous verrez que votre mère fait partie du plan d’ensemble. Et je serai toujours composée de choses, et les choses seront toujours composées de moi. Rien ne peut se débarrasser de moi parce que je suis déjà contenue dans le motif. »

Mais j’ai regretté une certaine outrance, et une sorte de manque de cohérence dans l’ensemble.
Il me semble que l’œuvre de Louise Erdrich s’apparente à celle de Joyce Carol Oates (mais je n’ai pas assez lu celle-ci pour être affirmatif), ou plus largement à Jean-Christophe Grangé et consorts (même remarque).

\Mots-clés : #famille #immigration #viequotidienne #xixesiecle
par Tristram
le Ven 29 Jan - 13:17
 
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Sujet: Louise Erdrich
Réponses: 33
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Paule du Bouchet

Emportée

Tag famille sur Des Choses à lire Du-bou10
Parution augmentée mars 2020 (1ère édition Actes Sud 2011), édition des femmes - Antoinette Fouque, 120 pages environ, suivies de 80 pages environ de correspondances entre Tina Jolas et Carmen Meyer.


Cet Emportée est poignant, en ce sens que Paule du Bouchet nous fait toucher du doigt, sans fard ni emphase, toute la souffrance et la détresse de la vie des du Bouchet, en premier lieu la sienne.
Résumons:
Août 1949, André du Bouchet et Tina Jolas s'épousent, fraîchement débarqués de New-York.
Naissent Paule et 1951 et Gilles en 1954.
En 1956, c'est le début pour Tina Jolas-du Bouchet d'une liaison passionnée avec René Char, ami d'André du Bouchet.
Tout en devenant une ethnologue relativement en vue, Tina Jolas est aux côtés de René Char, un appui sans faille, pas vraiment un rôle de muse, René Char finira pourtant, octogénaire, à un an de son décès, par en épouser une autre, Marie-Claude Le Gouz de Saint-Seine, éditrice, aujourd'hui Mme veuve Char.

Tina Jolas survivra à Char une dizaine d'années à Faucon (Vaucluse) avant de s'éteindre en septembre 1999, soit un peu moins de deux ans avant le décès d'André du Bouchet.        

Paule du Bouchet a énormément souffert. André du Bouchet aussi, pour Gilles du Bouchet on ne sait pas: peut-être dans un prochain opus de sa sœur (ce serait le continuum des deux que je commente sur ce fil), à moins, bien sûr, que l'intéressé...

J'ai toujours su qu'il faudrait la mort. Enfant, je pensais que celle de Char me rendrait ma mère. Il y avait dans leur amour quelque chose d'irrémédiable comme la mort. [...] Petite fille, j'ai souhaité ardemment, de façon constante, qu'il disparaisse, prié tous les dieux du ciel et de la terre, fabriqué et piqué d'aiguilles des poupées de chiffon pour qu'il meure. "Mon Dieu, faites qu'il meure". Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère.


Ma mère a été l'incarnation de ma détresse et l'incarnation de la lumière.


Un jour, mon père m'a rapporté une formule qui lui était venue autrefois, au temps de la grande souffrance. Une pensée avait surgi, qui l'avait frappé et soulagé, comme l'évidence, parfois, a ce pouvoir de cautériser. Énoncée ainsi: "la souffrance n'est pas un argument". Surtout, il m'avait dit cela, à moi. Sur le moment, je n'ai pas compris. Je l('ai entendu alors, mais compris des années plus tard. Ma souffrance, je l'ai certainement utilisée comme un "argument", un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère.   


(avec sa mère, les avant-bras tailladés après une tentative de suicide)
- Tu aurais préféré que je meure plutôt que de t'appeler quand tu es chez lui.
- oui.


Reste la fin, très belle, poétique, je me retiens -parce que c'est la fin- de reproduire ici un extrait, j'ai vraiment été étonné de trouver ça là, et l'ai beaucoup apprécié.

Les missives de la correspondance Tina Jolas -Carmen Meyer viennent faire contrepoint. Tina Jolas nous échappe, d'ailleurs, n'a-t-elle pas échappé à tous, sauf à René Char ? Mais, l'espèce de vivacité solaire de sa plume, sa liberté, son ton - du moins avec son amie, cela illustre un caractère, une personnalité hors normes.

Et puis je vais peut-être redonner une chance aux écrits de René Char - à commencer par ceux que Tina Jolas indique, qui n'étaient pas ceux sur lesquels mes tentatives avant permis personnel d'inhumer m'avaient conduit...  





Mots-clés : #famille #portrait #relationdecouple #relationenfantparent #temoignage
par Aventin
le Mar 5 Jan - 20:45
 
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Sujet: Paule du Bouchet
Réponses: 4
Vues: 361

Flannery O'Connor

Merci Tristram  cheers  !

Flannery O'Connor est vraiment la Grande Dame des Lettres du Sud US !

Voici ce que j'en bafouillais antan:

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Et ce sont les violents qui l'emportent

Tag famille sur Des Choses à lire The_vi10

Titre original: The violent bear it away, 1955 pour l'écriture, 1960 pour la parution en langue originale.

Roman (195 pages environ, trois parties, douze chapitres), qui a la particularité d'avoir été son premier opus publié post-mortem en français, comme dans pas mal d'autres langues.

Un écrit-malaise. On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ? En refermant "Et ce sont les violents qui l'emportent" ne répond pas "oui, peut-être", mais oui.  
L'histoire elle-même nous peint quelques-unes d'entre les tares, plus ou moins familières, susceptibles d'apparaître au sein du Bible Belt comme de l'humanité entière, qui sont autant d'incompréhensions prospectives de Flannery O'Connor.

Une figure de père possédé enlève sans succès un neveu (Rayber) dans son antre de Powerhead (tout un patronyme !).
Celui-ci lui échappe et un petit neveu (Tarwater, tout un patronyme également !) est à son tour pris sous la coupe (ou la coulpe ?) du vieillard.

En de paroxystiques scènes, Flannery O'Connor nous dépeint un quotidien où des effluves de Bible mal digérées tiennent lieu de règles de conduite, érigées par un vieil homme se parant des attributs de prophète et désireux de continuer sa lignée prophétique.

Puis nous assistons au trépas du vieillard, ponctué par une cuite de Tarwater, qui croit incendier le corps (sacrilège) et la maison avant de s'enfuir rejoindre, à la ville (Atlanta ?), Rayber.
Rayber qui incarnerait (cela reste fort hypothétique !) une certaine normalité. Du moins au sens où nous l'entendons, et d'ailleurs sens où s'était entendu à la date de parution.
Mais, Rayber...un autre désemparé, un autre cabossé de la vie, un autre déconnecté, pas seulement par son appareillage auditif, lien vers autrui et le monde, qu'il branche...ou parfois non.
Rayber, une femme en fuite, un enfant anormal à charge (nommé Bishop, cet innocent, ce qu'il y a de moins innocent ne serait-il pas, de la part de l'auteur, le choix du nom ?), Rayber, des convictions, un process analytique qui lui tient lieu de pensée, mais ce n'est parfois pas si loin de l'illumination que ne l'est son oncle, et ça, c'est fort, en termes de perte de repères lectoraux, chère Flannery O'Connor.

Bishop, l'innocent, l'anormal, le petit garçon et ses yeux, son physique rappelant sans coup férir le vieux fou.

Rayber demi-sourd, conséquence d'un tir au fusil du vieux psychopathe qui lui emporta une oreille.

Arrivé en ville, alors qu'il n'est pas du tout adapté à l'univers urbain, Tarwater frappe à la porte de Rayber son oncle. Quelques jours suffisent, qui sont le prétexte à l'action du roman.

Rayber, ambitieux, le félicite de son choix et l'héberge, pensant amener Tarwater à la normalité, enfin, telle que Rayber la conçoit.
Quelques scènes, qui ont dû faire jubiler l'écrivain à l'écriture, sont immanquables et d'une profondeur des plus rares. Vraiment de très haute volée. Obsédé par le fait de se défaire du vieux taré, qui l'a modelé sinon corps du moins âme, Tarwater entre d'emblée dans l'opposition la plus déroutante envers Rayber, qui pourtant désire autant que lui ce but, mais par d'autres voies que celles, brouillonnes, sanguines et aliénées, de son neveu. Et Tarwater poursuit son legs, son idée fixe, à savoir baptiser Bishop, afin qu'il continue la lignée prophétique de l'ancêtre. Six journées de vie commune, et...

Farfelu ? Sans aucun doute. Mais fébrile, nauséabond jusqu'au nauséeux, le livre se laisse continuer avec un plaisir malsain, celui du voyeur. On ne peut pas dire qu'on ne soit pas tenté de lâcher de telles pages, si l'on est un être humain constitué. Mais on est pris. Quelle force d'écriture, tout de même, Flannery O'Connor. Juste un grand auteur...

Le roman ne s'étiole jamais. Une analyse de l'eau, du feu, de la faim rapportées à cet ouvrage doit avoir nourri force pages savantes et universitaires, du moins je le présume (il y a matière, large !!).

Tarwater dépassera Rayber; accomplira ce dont il ne s'est pas senti la force. Reviendra sur le lieu de son méfait par un cheminement (géographiquement) long, un chemin signifié. Les eaux du baptême (par effraction) sont celles de la mort du summum de l'innocent incarné, donc une crucifixion supplémentaire de Jésus, sans doute, si j'analyse bien.
Tarwater probablement violé (le texte, sans doute pour éviter une censure de l'époque, et c'est un texte déjà borderline, est tout en suggestion magistrale). Tarwater trompé, comme cocufié dans son immolation de préférence à une inhumation, Tarwater qui se (re) dirige à la ville pour conclure.

Je défends ce roman, et le défendrai loin. Mais je ne suis pas sûr de le conseiller à des yeux non avertis. Manière de dire que je suis sûr de ne pas le faire. Il y a là de la très haute littérature. Avis net de chef d'œuvre en ce qui me concerne, s'il me faut jauger l'ouvrage.  

Chapitre IX a écrit:
Il réfléchit avec amertume qu'elle n'avait même pas réussi à vivre avec le visage de Bishop où il n'y avait rien d'arrogant. Le petit garçon s'était relevé et avait grimé sur la banquette arrière et, penché en avant, il lui soufflait sa respiration dans l'oreille. Par nature et par entraînement elle était qualifiée pour prendre en charge un enfant exceptionnel mais pas un enfant aussi exceptionnel que Bishop, portant son nom de famille et le visage de "cet horrible vieillard". Elle était revenue une seule fois au cours de ces deux dernières années et lui avait enjoint de placer Bishop dans une institution parce que, disait-elle, il était incapable de l'élever comme il fallait - néanmoins il était évident, rien qu'à le regarder, qu'il prospérait comme une plante au soleil. La façon dont Rayber s'était conduit en cette occurrence était encore pour lui une source de satisfaction. D'une bourrade, il avait envoyé sa femme rouler presque au milieu de la chambrée.

 A cette époque, il savait déjà que sa propre stabilité dépendait de la présence du petit garçon. Il pouvait contrôler son terrifiant amour aussi longtemps qu'il le concentrait sur Bishop, mais si quelque chose arrivait à l'enfant, c'est à cet amour même qu'il lui faudrait faire face. Alors le monde entier deviendrait son fils idiot. Il lui faudrait, par un suprême effort, résister à l'admission; avec chaque nerf, chaque muscle, chaque pensée, il lui faudrait résister au moindre sentiment, à la moindre pensée. Il lui faudrait anesthésier sa vie.


Première phrase du chapitre I de la première partie (entame du roman) a écrit:
L'oncle de Francis Marion Tarwater n'était mort que depuis quelques heures quand l'enfant se trouva trop soûl pour achever de creuser sa tombe, et un nègre nommé Buford Munson, qui était venu faire remplir sa cruche, fut obligé de la finir et d'y traîner le cadavre qu'il avait trouvé assis à table devant son petit déjeuner, et de l'ensevelir d'une façon décente et chrétienne, avec le signe du Sauveur à la tête de la fosse et assez de terre par-dessus pour empêcher les chiens de venir le déterrer.




Rafistolé d'un message sur [i]Parfum du 11 août 2014[/i]


Mots-clés : #famille #religion #satirique
par Aventin
le Dim 3 Jan - 10:50
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Flannery O'Connor

Et ce sont les violents qui l'emportent

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Tarwater a quatorze ans lorsque meurt son grand-oncle, avec qui il vivait seul, à l’écart de la ville. Le vieillard l’a enlevé à sa naissance (ses parents ayant disparu dans un accident) pour l’éduquer afin d’en faire le continuateur de sa mission prophétique ; il avait déjà tenté de ravir son neveu, Rayber, devenu maître d'école et père de Bishop, enfant idiot que Tarwater a le devoir de baptiser. Ce dernier, après avoir incendié leur maison (métaphore du feu mystique), rejoint Rayber en ville ; plein de méfiance, dialoguant avec soi-même sous la forme d’un étranger (puis un ami) qui lui parle, il oscille entre l’emprise du vieillard qui l’a conditionné et la révolte contre celle-ci.
D’entrée, les scènes de la mort et l’enterrement du vieux prophète donnent le ton : il est féroce, puissant, impitoyable, d’une noirceur sans échappatoire.
« Ou s’il n’était pas exactement fou, ça revenait au même, mais d’une façon différente : il n’avait qu’une chose en tête. C’était l’homme d’une seule idée. Jésus. Jésus ceci, Jésus cela. »

« Ce n’est pas Jésus ou le diable, c’est Jésus ou toi. »

« Les prophètes, c’est bon qu’à ça – à trouver que les gens sont des ânes ou des putains. »

« Quand il en avait plein le dos du Seigneur, il se soûlait, prophète ou pas prophète. »

L’incarnation des personnages est impressionnante, et pour cela aussi j’ai pensé à Steinbeck.
Sur quatre générations, les quatre membres de cette famille se voient les uns dans les autres comme dans un miroir ‒ avec haine, comme des monstres répugnants ‒ la malédiction de la folie dans leur sang.
Ce roman (1960) reprend la dénonciation de La Sagesse dans le sang (1952) à propos des fanatiques, faux prophètes et illuminés qui imposent leurs convictions religieuses (fondamentalistes, bibliques, évangélistes) dans un prosélytisme abusif, exploitant jusqu’aux enfants ‒ en fait, Flannery O’Connor défend ou illustre moins un point de vue qu’elle semble être emportée par une vision, à l’instar de Faulkner ; à l’opposé de toute démonstration, elle présente sans explication jusqu’aux menues incohérences et confusions qui caractérisent l’existence.
Laïque et même athée, le maître d’école, qui à sept ans a été subjugué par les « yeux fous de poisson mort » de son oncle le vieux prophète et l’a rejeté à quatorze ans, qui adulte se débat avec l’amour et veut aider, sauver, guérir, surveiller son neveu (ainsi que l’étudier), est aussi un porteur de certitude à sa manière, mais qui ne peut agir.
« La malédiction des enfants, c’est qu’ils croient. »

« La grande dignité de l’homme, dit l’oncle, c’est qu’il peut dire : Je suis né une fois et ça suffit. Ce que je peux voir et faire pour moi et pour mon prochain dans cette vie, ça ne regarde que moi et je m’en contente. C’est bien suffisant pour un homme. »

Le baptême d’eau qui est nouvelle naissance constitue la trame du récit comme l’augure du drame que le lecteur regarde survenir.

\Mots-clés : #famille #misère #religion
par Tristram
le Sam 2 Jan - 23:45
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Ismet Prcic

Ismet Prcic
Né en 1977

Tag famille sur Des Choses à lire Avt_is10

Ismet Prcic (prononcer ISS-met PER-sick) est un écrivain né en 1977 à Tuzla, en Bosnie Herzégovine. Il a émigré en Amérique en 1996. Diplômé de théâtre de l'université de Californie, auteur de nombreuses pièces et professeur de théâtre, il a travaillé comme réalisateur et acteur aussi bien aux États-Unis qu'à l'étranger. Ismet Prcic vit actuellement avec sa femme à Portland, dans l'Oregon. Son premier roman, California Dream, est d'inspiration autobiographique.


Ouvrage traduit en français :

- California dream, ed. 10/18, 2014





Tag famille sur Des Choses à lire Prcic10

Ismet Prcic : California Dream. - Les Escales

Avant moi, deux autres Prcic avaient fait le même voyage: mon grand-oncle Bego avait échappé aux nazis en passant par Paris et s'était installé dans un appartement de Flushing Meadows, où il était mort seul; et mon oncle Irfan avait fui les communistes en 1969 et s'était installé en Californie, où il m'invitait à le rejoindre vingt-six ans plus tard.
Nous étions tous trois originaires de la même ville bosniaque, mais nous avions quitté trois pays différents: Bego avait fui le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes; Irfan avait fui la République socialiste fédérative de Yougoslavie; et moi, je fuyais le jeune Etat de Bosnie-Herzégovine.
Ce qui donne une petite idée de la situation dans les Balkans: les régimes se succèdent, aucun ne dure, mais tous poussent à la fuite.


A dix huit ans, Ismet subit la guerre qui sévit dans son pays, la Bosnie et cette autre guerre entre son père (un imbécile irresponsable) et sa mère, très aimante et très aimée.
Le théatre est une diversion bienvenue. Elle l'amène à quitter le pays pour se rendre en Ecosse d'abord, puis en Californie. Mais il ne se sent nulle part à sa place. Partout il a laissé un être qu'il aime et qu'il a laissé pourtant.
Des images du conflit bosniaque le hantent. La culpabilité le mine.
Entre son destin particulier et l'Histoire, il se sent dépossédé d'un véritable choix. Poussé toujours ailleurs et toujours rejeté.

Dans ce livre en partie autobiographique, Ismet, a écrit un texte qui reflète la violence, le désespoir, l'attente vaine, une rage bouillonnante et autodestructrice.
Très moderne. La guerre, la sale guerre de Bosnie est vue comme celle du Vietnam, entre réalité atroce et cauchemars speedy.
Un texte fort, cru et brutal mais puissant.


Mots-clés : #exil #famille #guerre
par bix_229
le Lun 16 Nov - 15:40
 
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Sujet: Ismet Prcic
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Carl Aderhold

Rouge

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Avec comme sous-titre roman, Carl Aderhold raconte comment à la mort de son père, la cinquantaine venue, la colère a fait remonter un mal-être qui l’a mené à une hospitalisation en psychiatrie. Celle-ci lui permet, enfin, de parler de son enfance à ses enfants. Il raconte sans tendresse son père communiste primaire, violent, alcoolique, qu’il situe dans une malédiction des hommes Aderhold, de génération en génération.

L’intérêt de la description de cet homme qui ne respire que par le Parti, préfère les dates anniversaires de Marx à celles de ses enfants, est noyée dans les excès de violence d’un père immature et égocentrique. Assez répétitif, parfois drôle, pas toujours très clair…


Mots-clés : #addiction #famille #relationenfantparent
par topocl
le Sam 14 Nov - 10:47
 
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Sujet: Carl Aderhold
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Paule du Bouchet

Debout sur le ciel

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Récit, 2018, 110 pages environ.


Alors évidemment, j'en conviens, il faut se mettre un peu à ma place:
Quand l'on a vent que la fille d'André du Bouchet a fait paraître un ouvrage dont le sujet principal est l'évocation de son enfance avec son père, et que le père en question est, ni plus ni moins, parmi vos poètes préférés -allez, même votre poète préféré- votre petit cœur, déjà si sensible, est tout prêt à fondre lorsque, rendu à la maison, la première page s'ouvre.  

Belle maîtrise d'écriture, au demeurant, que les premiers chapitres: À consulter sa biblio, on se doute que Paule du Bouchet sait parler à l'enfance, oui, mais de l'enfance, la sienne de surcroît, c'est autre chose, en rendant compte comme elle essaie de le dire, tournant autour de la formule, autre chose d'assez périlleux même, non ?

Ai-je extrapolé ?
Il me semble aussi avoir ressenti la musicienne dans ses propositions de phrase - de phrasé -, sa recherche d'harmonie dans les brèves et les longues - dans le style, disons.    
Et puis on en apprend -sans voyeurisme, sur l'homme André du Bouchet, le poète qui écrivait debout, "sur le ciel" si l'on veut.

La simplicité, la pauvreté sans doute, mais pas la dèche, plutôt une façon démunie avec de la joie, des bons moments, de l'attention.
Une lumineuse complicité passe dans ces pages: André du Bouchet, père aimant et père aimé.  

Chapitre Nourritures a écrit:Ce fut la grande vie de mon père. Pris dans l'étau d'un quotidien où tout se précipitait comme à contretemps, le désespoir d'une séparation, l'impératif des jours avec deux jeunes enfants, le travail difficile - il y eut pourtant, au cœur de tout cela, le miracle d'une éducation sauvage et raffinée dont nous fûmes les bénéficiaires insouciants.
 Il avait trente-deux ans. La vie le fuyait d'un coup, l'écrit se prenait en glace, petite fille, je guettais un œil qui parfois s'emplissait de larmes, devinais, au matin, l'impossible du jour qui commençait. Pourtant, il était là, avec la vie matérielle pour adversaire et pour alliée. Il le fallait parce que nous étions là, et que nous étions part de sa présence au monde. Admirable, ce père le fut. À ce point précis de son existence, attelé à cette vie solitaire avec ses enfants.

Comme dit Paule, mais à propos d'elle-même, bien plus loin dans le récit:
pleurer longtemps solitaire mène à quelque chose

Quelques constructions curieuses, comme la troisième phrase ci-dessous (le scond paragraphe):
Chapitre Eaux a écrit:
Cette eau rare et profonde, mon père en tire deux seaux chaque jour. L'un pour boire, l'autre pour laver. Elle nécessite des gestes précis, comme puiser avec un gobelet dans le seau de l'eau à boire, ou cueillir avec le creux de la main dans l'autre seau de quoi rafraîchir le visage ou rincer un bol.

 Suivant son usage, on jette cette eau parcimonieuse tout près de la maison - l'eau presque propre du débarbouillage du matin, l'eau où les poissons ont été lavés ou celle des légumes terreux, avec lesquelles on donne à boire aux hortensias-, ou plus loin sur la lande - l'eau grasse de la vaisselle ou l'eau savonneuse du linge. Même si nous ne sommes que trois, il faut laver le linge chaque semaine, mettre les vêtements très sales à tremper dans un baquet, changer cette eau de trempage quand le beau temps tarde, puis frotter dehors dès que le soleil est là, rincer plusieurs fois à l'eau claire du puits, mette à sécher sur les buissons en arrimant le petit linge à cause du vent qui souffle en continu.

 Le soir, nous descndons jusqu'au fond du vallon. De hautes fougères bordent un lavoir abandonné traversé par une source bruissante. Cette fougère que nous cueillons rituellement, c'est "maman". Nous la choissons avec soin, grande et souple, de manière à ce qu'une fois fixée au-dessus de mon lit, elle ploie sur mon sommeil. Au matin, un léger pollen orange poudre mon visage. Papa m'assure que c'est elle. Il dit aussi que la poussière bleutée qui recouvre les quetsches reproduit le même phénomène que le bleu du ciel sur le noir de la nuit éternelle. LA nuit est poudrée de bleu et la dent qui mord la qutsche noire ouvre sur une chait verte. Je ne comprends pas l'image, je cherche la nuit dans la prune.




Les chapitres finaux, en dépit de quelques éclairs, sont en-deçà, du moins à mon goût - mais j'ai assez apprécié quelques instants d'écriture - et l'ensemble jusqu'à un large trois-quart - pour avoir envie de me plonger dans Emportée, un de ces jours.


Si vous avez le temps:
France Cult. "par les temps qui courent"

\Mots-clés : #enfance #famille #relationenfantparent #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Ven 6 Nov - 20:56
 
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Sujet: Paule du Bouchet
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Honoré de Balzac

Ursule Mirouët

Tag famille sur Des Choses à lire Nemour10
Vue de Nemours

Roman, écrit en 1841, paru en 1842, dans les Études de mœurs, section des Scènes de vie de province de La Comédie humaine.

Une première partie dense, très habituelle chez Balzac, dans laquelle le lecteur sait qu'il ne faut pas lâcher, toute pétrie d'un fourniment de personnages, de caractères, de lieux campés, de multiples débuts de fils noués qui pourraient faire pelote plus tard.
Balzac vous l'a déjà faite, vous avez tenu ?

Bon, alors allons-y.

Le sujet:
Le roman commence en 1829, à Nemours.
Ursule a quinze ans et son parrain, le Docteur Minoret, plus de quatre-vingts. Elle est la fille légitime du demi-frère bâtard de la femme du Docteur Minoret (vous suivez ?).
Ursule est elevée entre trois vieillards de statuaire, qui se chargent de son éducation, autant de muses, autant d'exemples: le Docteur Minoret (la Raison, la Science), un ami de celui-ci, militaire à la retraite (la Droiture, l'Engagement), et l'abbé de la ville (la Foi, la Spiritualité). Les trois hommes sont, en outre, partenaires de trictrac.
L'enseignement dispensé par un professeur de musique vient compléter cette belle éducation.

Mais Ursule, au regard des lois de l’époque, n’est pour le Docteur Minoret ni une parente ni une étrangère, et tout testament en sa faveur un peu trop exclusive pourrait déboucher sur une action en justice de la part des héritiers plus directs: or le Docteur Minoret, bien que vivant simplement, est supposé être à la tête d'une jolie petite fortune.
Déjà, tous ces ayants-droits se méfient de la foi retrouvée du Docteur Minoret, en ignorant la cause, et craignent qu'il ne lègue à l'Église une part importante de ses avoirs...
Il s'inquiètent aussi pour le voisinage, tout en pensant que la noblesse de la maison d'en face est la meilleure protection face à une union qui serait mésalliance, avec la roturière Ursule Mirouët.
Ce qu'ils ne savent c'est que, parade à tout, le Docteur Minoret cache des titres au porteur d’une valeur considérable dans un livre de sa bibliothèque, à l'insu de tous...

Les portraits des ayants-droits héritiers du Docteur Minoret sont particulièrement gratinés, dans ce roman-là, Balzac fait dans le féroce, la caricature à gros traits.

Puis, histoire d'emmêler un peu le lecteur et de donner une petite dimension supplémentaire à l'opus, Balzac nous emmène, sans grande conviction pour ma part, sur les voies du Magnétisme, la transmission de pensée, les rêves prémonitoires, les visions, y voyant là une alliance Foi et Raison, lesquelles campaient au temps de Balzac plutôt dans des camps opposés, nous donnant au passage la clef de la métamorphose du Docteur Minoret.

Le jeu du préjugé face à la vérité, les dessous inattendus, les dons d'Ursule, on pressent Balzac en pleine prise de risque alors qu'il pouvait se cantonner à une sombre histoire d'héritiers avides dans une petite ville de province, comme on disait alors, et faire ronronner son roman, juste une brique de plus dans La comédie humaine: cela aurait pu être "et pour quelques pages de plus...", en somme.

Mais ça ne l'est pas. Et le final, avec l'issue de la belle histoire d'amour -un peu à l'eau de rose, juste ce qu'il faut- entre Ursule et son prince charmant, peut désarçonner bien des lecteurs balzaciens: ce n'est pas à quoi ils sont rompus !
Pourtant, l'avant-propos de l'auteur aurait pu mettre la puce aux plus aiguisées d'entre leurs oreilles...   


Tag famille sur Des Choses à lire H-300010
Un exemplaire de l'édition originale

Mots-clés : #amour #famille #jalousie #trahison #vieillesse #xixesiecle
par Aventin
le Mar 3 Nov - 18:27
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Necati Cumali

Tag famille sur Des Choses à lire Maczod10

Necati Cumali : Macédoine 1900. - Sindbad/Actes Sud

"Les onze nouvelles réunies dans cet ouvrage restituent une période charnière de l'Empire ottoman dans les Balkans : fin du XIXe-début du XXe siècle. Elles éclairent aussi les tragédies récentes dans cette région ravagée par les conflits ethniques et confessionnels. Chacune des nouvelles pose le problème des mutations des cadres traditionnels de la vie sociale, de la naissance des nouvelles identités, des revendications politiques des différentes communautés dans un Empire à bout de souffle. Pratiquement autobiographiques, ces nouvelles font penser inévitablement aux oeuvres des classiques balkaniques : Ivo Andric, Panaït Istrati ou encore Nikos Kazantzakis. Mais contrairement à Panaït Istrati, qui déclarait "n'adhérer à rien", Necati Cumali pensait que dans ces Balkans déchirés et perpétuellement en guerre, seule l'idéologie socialiste et humaniste pouvait instaurer un climat d'apaisement et de fraternité." 

Les Balkans; longtemps dominés par l'EmpireOttoman sur une mosaique de peuples, parfois en accord, parfois à l'origine de conflitsethniques comme dans l'ex Yougoslavie.
Avec ses souvenirs, ses enquètes familiales, Cumali reconstitue le cadre géograhique, social et 
politique de la Macédoine de la fin du 19e et du début du 20e siècle
Il considère comme un devoir de contribuer à la fraternité du genre humain par son écriture
et ses témoignages.
Ce que l'auteur ajoute, c'est le vécu intime de la famille de l'auteur, chassée de Macédoinei, ajoutant à la dimension humaine un grand talent d'écrivain qui le situe très haut, à la meme place que des auteurs tels que Ivo Andric, Panait Istrati ou Kazantzakis, tous classiques des Balkans
et excellents écrivains.

Mots-clés : #famille #historique #nouvelle #xxesiecle
par bix_229
le Dim 1 Nov - 16:12
 
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Sujet: Necati Cumali
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NG Kim Chew

Tag famille sur Des Choses à lire Kim10

La Pluie

Le livre se compose de 7 tableaux sous la pluie.
Une famille de migrants Chinois installés en Malaisie,  exploitent leur plantation d’hévéas ; dur travail de saigner les arbres pour récupérer le latex dont la vente est le principal revenu.

Cette famille se compose du père, de la mère et de Sin leur fils, du moins dans le premier tableau, car par la suite s’ajoutent des sœurs à la famille mais j’ai cru comprendre que le destin d’une autre famille était aussi relaté, famille où le fils s’appelle aussi Sin. Quelques tableaux plus tard je saisi le fait que le premier enfant Sin était en fait l’oncle du deuxième Sin.

La plantation est située dans la jungle malaisienne qui abrite beaucoup d’animaux dangereux dont le fameux tigre de Malaisie dont l’un des enfants sera la proie, car on meurt souvent brutalement et atrocement dans ces récits. Comment pourraient-il en être autrement quand on vit dans la jungle, dans la pauvreté, loin de la ville, avec pour moyen de défense seulement des bâtons, des couteaux et de nombreux chiens pour alerter.

Les prières, les rites qui s’élèvent vers les divers Dieux, n’éloigneront pas la pluie incessante durant de nombreux jours, les agressions, puis l’arrivée de l’armée japonaise (qui déjà avait conduit la famille à fuir la Chine) qui exerce ses exactions sous l’invite des malaisiens du coin, à l’encontre des Chinois migrants et donc de la famille de Sin.

Les rêves se confondent avec la réalité ou bien c’est la réalité qui se fond dans les rêves. Les esprits aimables ou méchants s’invitent souvent dans la vie de la famille.
Malgré leur culture la mère est assez pragmatique et n’hésite pas à contrevenir aux lois quand cela sert la famille.

***
Ces tableaux de vie sont contés avec tant de poésie que la lecture de ce petit livre est très agréable malgré l’étrangeté.

L’arrivée dans la plantation de l’armée japonaise est l’occasion de rappeler, leur invasion de la Chine, les nombreuses tueries dans des villes, puis par la suite,  la demande de participation et de soutien auprès des  Chinois migrants des révolutionnaires Chinois.

Les relations entre les membres de la famille sont intéressantes, voire étonnantes.

Je vous engage à faire cette lecture.

Extraits

La lecture s’ouvre sur un très beau poème :
« Jours de pluie

Après la longue sécheresse, voici les jours de pluie, continus
comme si les clartés n’allaient plus revenir
Dans l’arrière-cour les vêtements mouillés pendent, pesants
Les grenouilles pondent dans les ourlets des pantalons
Elles bondissent effrayées éclaboussant le mur
Le sol en ciment trempé, glissant,
reflète ton mal du pays
comme un poisson
dans un marais à sec
Les pages des livres, gorgées d’eau, gondolent
Des pousses d’herbes ont germé dans les mots, entre les lignes de caractères
Des cernes du bois des étagères sortent
de chatouilleuses
têtes de champignons

Comme cette année où avaient poussé sur l’arbre
contre lequel le père souvent appuyait son échelle
de nombreux champignons en forme d’oreille
petits et grands, ici et là,
pour écouter le bruit de la pluie
le bruit du vent
Bien des années après sa mort, pendant la mousson,
une sandale en plastique abandonnée dans la boue
se souvenait encore des cals obstinés de sa plante de pied

Alors, dans la forêt d’hévéas
où de grands éclairs poursuivaient de petits éclairs parmi les nuages,
la mère a dit tout doucement :
« Le feu a ri, à cette heure-là,
quelqu’un va-t-il encore venir ? »



« Les frondaisons des arbres sont luxuriantes.
Après tant d’années déjà, le chemin est presque comme dans ses souvenirs, il n’a pas beaucoup changé. Il s’étend toujours tranquillement, les feuilles mortes ne l’ont pas recouvert. Là où l’herbe ne pousse pas, c’est le chemin. Il ne change d’aspect qu’au moment des grandes pluies, quand les précipitations le submergent. Quelques feuilles s’entassent au milieu du petit chemin, retenues par les racines qui le traversent. Mais elles seront bien vite repoussées sur le côté par les marcheurs, tout comme les racines qui font trébucher seront coupées, mises à nu.
La grosse pluie de la veille au soir a trempé les arbres. Les feuilles éparpillées sur le sol ont recueilli l’eau, de la vapeur s’en échappe, elles luisent. Les araignées s’affairent à réparer leurs toiles anéanties par la pluie, elles dévident leur fil de la pointe des herbes au tronc des arbres, font des allers-retours dans les fourrés. Sur les toiles, des gouttelettes scintillantes restent accrochées.
Et le ciel est maintenant d’un azur limpide. «


« Elle s’approche  pas à pas et lui tend la bouteille. Il distingue progressivement ce qui est dedans – on dirait une peinture ou des figurines d’argile –, dans le goulot il y a une espèce de chose blanche et ronde qui lui rappelle du coton, le fond est tout noir, d’innombrables gouttelettes tombent sur ce qui ressemble à des cimes d’arbres verts. Au fond de la bouteille, en forme de motte brune, on dirait un tertre sur lequel ont poussé une dizaine de maigres arbres ; entre les arbres, une maison au toit de tôle en zinc, sous l’auvent sont posés deux vélos noirs. En y regardant de plus près, il voit un homme minuscule, d’âge moyen, assis sur une chaise en rotin, une pipe à la bouche, qui regarde le ciel, l’air complètement détendu. A côté de lui, un chien jaune, un chien blanc et un chien noir sont couchés. De l’autre côté, une femme est assise avec deux enfants sur un long banc. Ils la regardent avec une grande attention, ils semblent écouter cette femme qui raconte une histoire en faisant de grands gestes. »
« A-Yeh a brusquement cessé de téter, elle ne boit plus que du lait concentré Milkmaid. Elle est encore petite, il y doit y avoir quelque chose qu’elle ne comprend pas. Est-ce que le goût de son lait ne serait plus bon ? Elle demande à Sin d’en prendre une gorgée, pour voir, mais il secoue la tête, non, il ne veut pas. Elle en tire un peu dans une cuillère pour le goûter, eh bien c’est toujours le même lait, fade et légèrement sucré. Si personne ne lui en prend, ses seins vont enfler et lui faire mal. Cela devient bientôt insupportable, et Sin refuse toujours de la soulager, au moment de se coucher, il lui faut ôter son soutien-gorge. Ses deux seins pendent, pesants, elle souffre plusieurs jours durant. Un matin au chant du coq, elle s’aperçoit, chose incroyable, que la douleur a disparu, quelques boutons de son chemisier sont ouverts, elle sent qu’elle a été tétée avec avidité, sur le bout de son sein il reste un peu de salive. La bouche l’a quitté à l’instant même où elle s’est réveillée. Elle va jeter un coup d’œil aux enfants, ils sont tous les deux profondément endormis. Elle regarde d’un peu plus près, aucune trace de lait au coin de leur bouche ; elle hume, pas d’odeur de lait. Et si c’était… le fantôme de ce sacré A-To ? Mais comment serait-ce donc possible ? »
« Un jour, profitant d’être allée faire les courses, elle se rend au temple prier pour ses enfants et s’enquérir de ses affaires à elle. A sa grande surprise, le vieil aveugle du temple prend un ton mystérieux pour lui déclarer : « Dans ton ventre, il y a une grenouille. » Après cette déclaration, elle trouve encore le temps de courir à la consultation ouverte par le médecin indien. Une fois le diagnostic établi, elle se fait opérer et supplie le médecin aux bras couverts de poils noirs de saisir cette occasion pour la ligaturer. Plus tard, elle se souviendra toujours de ces deux mains avant qu’elles soient gantées, et après, quand les gants ont été jetés. Elle n’a pas osé regarder ce qu’on a extrait de son ventre, pas osé vérifier s’il s’agissait d’une grenouille – qu’elle soit enceinte d’une grenouille ou d’un poisson, les deux choses seraient horribles. Et elle ne voulait pas non plus savoir comme c’était arrivé là. »

« Le prêtre taoïste recommande à Sin de servir pendant cent jours un bol de nourriture à son père lors des repas, comme s’il était encore en vie. Au bout de deux jours à peine, la femme d’A-To n’y tient plus. Donner des bons plats aux chiens et aux fourmis ? Un petit bol de riz suffira, pas la peine de varier les plats.
Sin ne parle presque plus. »






Mots-clés : #famille #immigration #lieu #ruralité
par Bédoulène
le Sam 31 Oct - 18:20
 
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Sujet: NG Kim Chew
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Vues: 139

Stig Dagerman

L'Enfant brûlé

Tag famille sur Des Choses à lire 41c7s510

D'abord il y a le style de Dagerman, fortement marqué par l’oralité, où les petites phrases s’accumulent, où le choc entre ce qui est dit dans une phrase et la nuance ou la négation apportée dans la suivante opère une coupure fréquente. Les phrases ne décrivent pas ensemble l’atmosphère d’une famille, elles luttent les unes contre les autres pour ouvrir une brèche, où doit s’échapper ce qui a été étouffé : le ressentiment, la tromperie. Kafka disait qu’un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous (merci @tom léo, à qui je dois cette citation). Pour les personnages liés ici, il y a du boulot, et les pensées de Bengt sur lui-même et son entourage de nous alerter sur les implications et les conséquences de chaque attitude, sur le sens de ce qui est dit ou de ce qui ne l’est pas. C’est une technique d’écriture idéale pour mettre au jour les processus de manipulation, générateurs de tensions et d’hypocrisie. Lorsqu’on forme un écheveau de rancunes à partir de quelque chose d’irréparable ― à commencer par la mort de la mère, ici ―, il n’y a plus de bonne attitude possible. Mais le but du roman ne semble pas tant d’analyser ces processus que de brûler aussi bien avec le chaud qu’avec le froid. C’est-à-dire que les relations entre les personnages étant particulièrement instable, il y a une fusion permanente entre le désir et la haine, la suspicion et la complicité, le beau et la laideur, etc… Il se peut que L’Enfant brûlé ait votre peau, non sans avoir ouvert de nouvelles voies à l’expression d’une douleur et à l’écriture, à l’égal d’un Thomas Bernhard.


Mots-clés : #famille
par Dreep
le Dim 25 Oct - 19:50
 
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Sujet: Stig Dagerman
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Fatima Daas

La petite dernière

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Récit autobiographique d’une jeune  femme lesbienne née dans une famille traditionnelle maghrébine.

J’ai eu un peu l’impression de lire encore et toujours la même famille maghrébine, la même adolescence rebelle où l’identité sexuelle se comprend peu à peu, alternativement se cache et se crie, où la religion se questionne… dans un récit pas très fouillé, volontairement elliptique, où l’attention est surtout retenue par une composition incantatoire, obsessionnelle, comme une prière un peu vaine adressée à un monde rejetant.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #initiatique
par topocl
le Lun 19 Oct - 12:48
 
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Sujet: Fatima Daas
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Francesca Melandri

Eva dort

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Tout au long des 1397km qui l’amènent au chevet de l’homme mourant qui aurait pu être son père si la vie était plus aimable,  et qu’elle n’a pas vu depuis 30 ans, Eva se remémore les évènements qui l’ont construite, imbriquant l’histoire familiale (d’une mère célibataire) et collective (le Tyrol du Sud, population allemande que Mussolini a voulu italianiser, qui a revendiqué son indépendance au fil des décennies, y compris par des actes terroristes).

On voyage donc très habilement entre temps et espace, récit personnel et destin d’un peuple. Le sort de ces Allemands du Nord de l’Italie est resté longtemps méconnu, y compris là-bas , et Francesca Melandri nous apprend  beaucoup de choses, sous une forme romanesque élaborée parfaitement maîtrisée, à travers des personnages complexes et attachants.


Mots-clés : #conditionfeminine #famille #historique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 14 Oct - 11:16
 
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Sujet: Francesca Melandri
Réponses: 14
Vues: 326

Prajwal PARAJULY

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Fuir et revenir

Chitralekha avait vu trop de gens mourir _ son mari, son fils, sa belle-fille. Elle serait incapable de supporter un nouvel évènement tragique. Selon le marché que la vieille femme avait conclu avec Dieu ce quart de sa vie au moins devait être préservé de toute tristesse. Et elle veillerait assurément à ce qu’il tienne promesse.


Chitralekha a 84 ans. Pour la communauté hindoue du Sikkim, c’est une date importante, que l’on célèbre lors d’une fête assortie d’une cérémonie religieuse, le chaudrasi. Tout naturellement, Chitralekha a invité ses petits-enfants, d’ordinaire éparpillés aux quatre coins du monde, afin de fêter l’évènement. Vous pensez avoir affaire à une bonne petite grand-mère qui attend sa famille les bras grands ouverts ? Vous avez grandement tord. Chitralekha est une maîtresse femme, qui mène son entreprise de confection de main de maître, et n’a pas sa pareille pour corrompre politiques et entrepreneurs… Rien ne lui résiste, ou presque. Et ses petits enfants, eh bien, il n’est même pas  dit qu’elle ait tant que cela envie de les revoir… D’ailleurs, tous ont une raison de redouter ces retrouvailles : Bhagwati, qui a osé braver les interdits de caste et s’est mariée à un intouchable, reverra son intraitable grand-mère pour la première fois depuis 18 ans ; Manasa, qui a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son beau-père, n’est qu’aigreur et regrets… Agastaya, oncologue reconnu aux Etats-Unis, n’ose avouer son homosexualité à sa famille qui lui recherche activement la femme idéale. Et puis il y a Ruthwa, l’écrivain sulfureux, celui qui n’est même pas invité...

Et voilà que tous ces êtres qui n’ont, au fond, guère envie de se côtoyer, se retrouvent forcés de cohabiter une semaine durant. Ce qui, évidemment, ne va pas sans heurts, et ce d’autant plus que Prasanti, la servante haute en couleurs de la maison, n’a pas du tout l’intention de les laisser empiéter sur son territoire. Et donc, tout ce petit monde se jauge, se pique, se dispute, pleure, rit et s’évite. Rien de mièvre ou de sucré dans ces retrouvailles, c’est d’une plume caustique à souhait que l’auteur nous relate les lâchetés, les empoignades, l’amertume et la colère qui règnent dans la famille. Et aussi, les tendresses inavouées...

On ne va pas se mentir, le fait que l’auteur soit originaire du Sikkim, ce tout petit état himalayen majoritairement bouddhiste, est ce qui m’a attirée de prime abord. On apprend d’ailleurs quelques petites choses sur sa communauté hindoue, et notamment sur le sort inique réservé à certains de ses membres dans l’état voisin du Bhoutan (vous savez, le pays du bonheur ? Hum). Mais, derrière l’aspect « exotique » et les problématiques typiquement indiennes, c’est bien le thème universel de la quête d’identité qui est au coeur du livre. Une quête d’autant plus difficile dans une société aux mœurs cadenassées dont les clivages semblent à jamais indépassables. Ressortent en particulier les figures de deux beaux personnages féminins, la résiliente Bagwati et la hijra Prasanti, infiniment émouvante sous son masque gouailleur.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée. J’espère bien qu’on n’en restera pas là avec cet auteur en France.


Mots-clés : #amour #famille #minoriteethnique #vieillesse
par Armor
le Lun 12 Oct - 17:00
 
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Sujet: Prajwal PARAJULY
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Hélène Bessette

Lili pleure

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Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
Réponses: 7
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Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils

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Originale : Français, 2020

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Le fils, c'est André. La mère, c'est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, « Histoire du fils » sonde le coeur d'une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.


REMARQUES :
Douze chapitres, titrés selon des jours incisifs, décisifs dans la vie des protagonistes. Mais ils ne s’ensuivent pas chronologiquement, mais sautent entre des dates allant de 1908 jusqu’à 2008 : cent ans, trois générations. Et toujours et encore la questions des origines, des pères et mères et des enfants, la suite des générations malgré tous les dénis, négations ou alors l’ignorance. « Histoire de fils ». Car la mère de cet André avait une liaison comme infirmière avec un garçon tellement plus jeune, mais quand même déjà macho et dévorateur de chair. André en résulte. Il va grandir chez la sœur de Gabrielle, son mari et ses trois cousines-sœurs. Ce sera son chez soi ! Il va pas trop apprécier la venue, deux fois par an, de sa mère dans ces régions ruraux, elle, qui avait fui vers Paris. L’histoire de son père inconnu, il ne la connaît pas, ou seulement très peu à peu, et sur le tard. Mais combien de temps on porte avec soi ces questions d’origine et de filiation ? « Qui a un père inconnu est aussi un fils inconnu. » Et ces trous de mémoire, de savoir, ne seront-ils pas transmis à la prochaine génération encore ?

Le principal centre d’intérêt seront alors ces liens familiaux . Mais comme en passant – comme si souvent chez Lafon – on parle de cette tension, les différences entre les départements ruraux et Paris de l’autre coté. Aussi les sujets concernant la deuxième guerre vont apparaître dans le fond : résistance et collaboration...

Tout cela nous sera présenté peu à peu, avec des sauts. Lafon, ou la narratrice de l’histoire, dirige son attention une fois sur tel protagoniste, une fois sur tel. Parfois une situation sera éclairci bien plus tard. Car dans les premiers chapitres d’abord on comprend pas grande chose. Alors la lecture demande une attention aux détails. L’auteure joue avec des énumérations, des variations d’une expression, d’un mot. C’est bien fait, « travaillé » ! A l’intérieur d’un chapitre elle écrit quasimment sans paragraphes et sans dialogue directe.

C’est bien dans la veine de Lafon, et cela me plaît !

Mots-clés : #famille #lieu
par tom léo
le Mer 7 Oct - 9:26
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
Réponses: 57
Vues: 2777

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