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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 10:49

123 résultats trouvés pour deuxiemeguerre

John Steinbeck

Nuits noires

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Nuits_10

Ce court roman a aussi été publié en langue française sous les titres de Lune noire, ou encore Nuits sans lune. Le titre original est The Moon Is Down (extrait du Macbeth de Shakespeare, acte II scène 1, remarque de Fleance tandis que Macbeth arrive pour assassiner le roi). Steinbeck a écrit ce texte pendant la Seconde Guerre mondiale ; il a été traduit et diffusé clandestinement par la Résistance dans les pays européens occupés par l'Allemagne nazie (ici, Yvonne Desvignes pour les éditions de Minuit).
Une force armée (qu’on devine facilement allemande) conquiert une petite ville par surprise (et avec l’aide d’un collaborateur interne).
Les portraits des officiers de la force d’occupation caricaturent les diverses modalités de servir la puissance nazie.
« Le capitaine Loft estimait que le soldat est l’ultime achèvement de la vie animale. »

« Les lieutenants Prackle et Tonder étaient deux jeunes morveux, étudiants récemment promus, rompus au régime du jour et persuadés que l’ordre nouveau était l’œuvre d’un génie tel qu’ils ne prenaient jamais la peine de vérifier ses résultats. »

« Seul parmi eux, le colonel Lanser savait ce qu’est vraiment la guerre au bout d’un certain temps. Lanser avait été en Belgique et en France vingt ans plus tôt et il essayait de ne pas penser à ce qu’il savait : que la guerre n’est que trahison et haine, confusion de généraux incompétents, torture et meurtre, maladie et fatigue jusqu’à ce qu’enfin cela s’achève sans que rien ait changé, sauf qu’il y a de nouvelles lassitudes et de nouvelles haines. »

En premier lieu désemparée, la communauté civile organise peu à peu sa résistance à l’envahisseur, d’abord passive puis actes de sabotage, tandis que la tension « sans repos » monte chez l'occupant dans l’engrenage d’exécutions sommaires et de prises d’otages.
« Ainsi, cela recommence. Nous allons fusiller cet homme et nous faire vingt nouveaux ennemis. C’est tout ce que nous savons faire, tout ce que nous savons faire. »

« Nous avons dressé nos jeunes gens en vue de la victoire, et il faut reconnaître que dans la victoire, ils sont magnifiques, mais ils ne savent plus comment se comporter dans la défaite. Nous leur avons dit qu’ils étaient plus vifs et plus vaillants que les autres. Ça a été un vrai choc, pour eux, de s’apercevoir qu’ils ne sont nullement plus vifs ou plus vaillants que les autres. »

Le propos principal de cette novella est l'évolution psychologique et morale tant des forces d’occupation que de la population civile (notamment le bourgmestre, son ami médecin, sa cuisinière).
Le côté propagandiste de ce texte explique une certaine pompe parfois excessive :
« Les peuples libres ne peuvent engager une guerre, mais une fois qu’elle est commencée, ils peuvent continuer à lutter dans la défaite. Les peuples-troupeaux, ceux qui suivent un chef, en sont incapables ; ainsi, ce sont toujours les peuples-troupeaux qui gagnent les batailles et les peuples libres qui gagnent les guerres. »

Sans surprise, on pense à certains textes de H. G. Wells et George Orwell à la lecture de cet intéressant document.

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #psychologique #regimeautoritaire
par Tristram
le Mar 27 Juil - 13:41
 
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Sujet: John Steinbeck
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Richard Birkefeld - Göran Hachmeister

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 41r2rv10

Deux dans Berlin

Il voulut cracher par terre, mais il avait la bouche sèche. Il cogna du poing sur la pierre. Ma patrie allemande ! Le sol allemand ! Elle lui avait tout pris, la patrie, elle l’avait trompé et réduit en esclavage, et voilà qu’elle voulait aussi éteindre en lui la dernière étincelle de vie. (…) Il haïssait la guerre, les uniformes, la race aryenne des seigneurs, le Führer, cette ordure mythomane et toute sa suite (…). Il haïssait tout cela. Et pourtant, naguère, il y avait cru.


Hiver 1944. Ruprech Haas s’évade du camp de Buchenwald. Autrefois fervent adepte du régime hitlérien, il a tout perdu, un soir, pour quelques mots de trop. Il y a d’abord eu la prison, puis le camp. Et s’il a résisté tout ce temps, c’est dans l’unique but d’accomplir sa vengeance : ceux qui sont responsables de son arrestation et de sa vie détruite, il les fera payer, un à un.
Arrivé à Berlin, Haas apprend la mort de sa femme et son fils lors d’un bombardement. Dès lors, il n’a plus rien à perdre ni à espérer. Il n’est plus qu’une grenade dégoupillée...

Blessé lors d’une opération militaire, Hans-Wilhem Kalterer est lui aussi de retour à dans la capitale. Le vent tourne, et Kalterer n'est pas dupe du sort que les vainqueurs alliés risquent de lui réserver, à lui, le SS si parfaitement zélé. Aussi est-il est fermement décidé à terminer cette guerre dans une autre peau que la sienne... En attendant, compte-tenu de son ancien passé de flic, il a été chargé de retrouver le meurtrier d’un cadre du parti. Très vite, il s’aperçoit que les faits sont complexes, et qu’un homme est en chasse dans la ville...

Tout au long du livre, Haas et Kalterer vont s’épier, se croiser, s’éviter. Deux fauves aux abois dans un Berlin d'apocalypse. Et il faut dire que le grand intérêt de ce livre, bien au-delà de l’intrigue, c’est justement la plongée dans l’atmosphère de fin du monde de la capitale allemande en cette année 44. Avec ses bombardement quotidiens et ses rues entières rayées de la carte, piégeant les civils dans les caves. Et puis le marché noir, la survie au jour le jour, et ce sentiment de défaite imminente qui délie les langues, insuffle l’espoir aux citoyens hostiles au régime, et affole au contraire ses thuriféraires. Pendant ce temps, les fanatiques du IIIème Reich s'entêtent à armer des adolescents...
C’est vraiment cette ambiance délétère, très bien rendue par les deux auteurs, historiens de formation, qui m’a tenue en haleine tout au long de ce polar rondement mené, où victimes et bourreaux se confondent...


\Mots-clés : #deuxiemeguerre #polar #regimeautoritaire
par Armor
le Mer 7 Juil - 0:17
 
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Sujet: Richard Birkefeld - Göran Hachmeister
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Philip Kerr

La mort, entre autres

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire La_mor12

Quatrième parution du détective Bernhard Gunther, cette fois dans l’Allemagne dévastée de 1949. Malgré les revers d’une existence désastreuse qu’il partage avec la majorité de ses contemporains, il demeure un flic, et n’est toujours pas enclin à l’empathie pour les nazis, même ces Vestes rouges (criminels de guerre emprisonnés par les Alliés, si j’ai bien compris) que certains voudraient voir amnistiés afin que la nouvelle République Fédérale prenne un nouveau départ… Ce polar historique est notamment axé sur les réseaux d’exfiltration de criminels SS, essentiellement vers l’Argentine de Perón, et tout particulièrement dirigés par l’Église catholique…
C’est bien construit, bien écrit (malgré des maladresses de traduction, ou au moins de rédaction française), avec un rythme enlevé et des péripéties à la fois plausibles et exemplaires illustrant le drame de cette époque (c’est très bien renseigné – au moins pour un roman) ; les remarques du narrateur sonnent juste.
« Le travail du détective, c'est un peu comme entrer dans une salle de cinéma quand la projection a déjà commencé. Vous ne savez pas ce qui s'est déjà passé, vous essayez de vous repérer dans le noir et, inévitablement, vous marchez sur les pieds d'un spectateur ou vous l'empêchez de voir. Parfois, les gens vous injurient, mais en règle générale ils se contentent de soupirer ou de vous inviter bruyamment à faire silence, remuent les jambes, déplacent leurs manteaux et s'arrangent ensuite pour faire mine de vous ignorer. Poser des questions à la personne assise à côté de vous peut entraîner toutes sortes de conséquences, allant du récit complet de l'intrigue et du générique à la tape sur la bouche, d'un revers de programme roulé en tube. Bref, vous achetez votre billet, et vous tentez votre chance. »

« La guerre rend la tuerie accessible et ordinaire, en apparence. En temps de paix, elle ne l'est pas. Pas de la même manière. En temps de paix, on redoute juste que tuer quelqu'un ne laisse de vilaines saletés sur le tapis. S'inquiéter de ces vilaines saletés sur le tapis et des conséquences, c'est la seule différence véritable entre la guerre et la paix. »

« J'avais moi-même eu du mal à appréhender la chose – que nous qui formions peut-être la nation la plus civilisée qui soit sur cette terre, nous ayons pu commettre, au nom de la science médicale, des actes aussi atterrants. Difficile à comprendre, oui. Mais pas si difficile à croire. Après mes propres expériences sur le front russe, j'avais fini par croire les êtres humains capables d'un degré d'inhumanité sans limites. Il se peut que ce soit elle avant tout – notre inhumanité même – qui fasse de nous des humains. »

Situé en 1937, le prologue est également intéressant :
« Ce fut peut-être la première fois que nous l'entendîmes utiliser cette formule du Lebensraum – l'espace vital. Personne ne songea un instant que notre espace vital ne pourrait voir le jour que si d'autres trouvaient la mort. »

Kerr relate comment le service des Affaires juives de la Police de sécurité – le SD – envisageait de faire immigrer les Juifs en Palestine pour en débarrasser l’Allemagne (nous voyons toujours aujourd’hui les conséquences de cette colonisation) ; un mot de l'auteur en fin d'ouvrage précise certains de ces faits.
« Non, nous [les Affaires juives de la Gestapo] ne sommes pas seulement des fanatiques. Il y a une différence. Nous n'espérons pas que Dieu soit content de nous voir brûler la cervelle de quelqu'un. Eux [le Haut Comité arabe en Palestine], si. C'est ce qui fait d'eux des fous. »


\Mots-clés : #antisémitisme #deuxiemeguerre #historique #polar
par Tristram
le Sam 29 Mai - 19:29
 
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Sujet: Philip Kerr
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Mario Rigoni Stern

Le sergent dans la neige

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Index110

Le narrateur/ auteur raconte comment avec les chasseurs alpins il était positionné sur le Don face aux Russes pendant la Seconde Guerre mondiale, et leur long repli vers l’Occident. Je partage l’avis de Topocl sur cet ouvrage, témoignage qui finalement apporte peu littérairement – mais sauvegarde cet instant de grâce au milieu des combats, un partage miraculeux avec l’ennemi, que Stern semble toujours considérer avec le respect dû à un être humain.
« Je traverse la palissade et aussitôt, une balle siffle à mes oreilles : les Russes nous ont à l’œil. Je cours frapper à la porte d’une isba. J’entre.
Il y a là des soldats russes. Prisonniers ? Non. Ils sont armés. Et ils ont l’étoile rouge sur leurs bonnets ! Moi, je tiens mon fusil. Pétrifié, je les regarde. Assis autour d’une table, ils mangent. Ils se servent en puisant dans une soupière commune, avec une cuiller en bois. Et ils me regardent, la cuiller immobilisée à mi-chemin de la soupière. Je dis : "Mnié khocetsia iestj." Il y a aussi des femmes. L’une d’elles prend une assiette, la remplit de lait et de millet à la soupière commune, avec une louche et me la tend. Je fais un pas en avant, j’accroche mon fusil à l’épaule et je mange. Le temps n’existe plus. Les soldats russes me regardent. Les femmes me regardent. Les enfants me regardent. Personne ne souffle. Il n’y a que le bruit de ma cuiller dans l’assiette. Et de chacune de mes bouchées.
– Spaziba, je dis en finissant.
La femme reprend l’assiette vide que je lui rends et répond simplement :
– Pasa Usta. »
Les soldats russes me regardent sortir sans bouger.



\Mots-clés : #deuxiemeguerre
par Tristram
le Dim 16 Mai - 0:29
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
Réponses: 19
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Andreï Makine

La Vie d'un homme inconnu

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 51s-lv10

Première partie : Choutov, le « clown triste », « écrivain à audience modeste », est un ancien dissident russe dans la cinquantaine ; il vit à Ménilmontant avec la jeune Léa, qu’il a recueilli voilà plus de deux ans, et qui le quitte ; il décide de retourner trente ans après retrouver Iana, un amour à peine prononcé à l’époque.
« …] agir en écrivain : vivre à l’écart de la situation pour ne pas en souffrir et pouvoir la décrire un jour. »

C’est l’occasion d’une critique de la littérature contemporaine et de son intelligentsia par Andreï Makine, ou du moins par cet admirateur de Tchékhov.
« …] se comportait comme un héros d’un de ces romans psychologiques dont les auteurs étalent avec pédanterie leur science de l’âme humaine, le genre littéraire qu’il abhorrait. »

« Des petites dissertations de psychologie que les Français appellent "romans". »

Curieusement, il semble y avoir eu une charge contre certains écrivains de l’Est, dont Kundera, qui aurait été supprimée (voir https://www.lemonde.fr/livres/article/2009/01/22/la-vie-d-un-homme-inconnu-l-homme-dont-la-patrie-etait-une-epoque_1144993_3260.html et https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-d-un-homme-inconnu_815396.html).

Deuxième partie : Choutov retrouve Saint-Pétersbourg transfigurée dans le carnaval du tricentenaire de la ville, « Exorcisme collectif […] de cette comique révolution de Mai » après « la funeste parenthèse soviétique ».
« Arrivé sur la place du Palais, Choutov commence à percer le secret des changements. Un geyser d’énergies longtemps comprimées. La fièvre des nouvelles raisons d’être après la démence très raisonneuse de la dictature. »

Dans la résidence en cours d’aménagement d’Iana, qui regroupe « quatre appartements communautaires, et ça sur deux étages. Onze pièces à réunir, vingt-six personnes à recaser ! », demeure encore un vieillard en instance de départ en maison de retraite : Volski.

Troisième partie : Volski, un jeune chanteur d’opéra plein d’avenir avec sa collègue Mila, voit leurs rêves brisés par la survenue de la Seconde Guerre mondiale. Survie dans Leningrad assiégée, bataille de Koursk pour lui en tant qu’artilleur tandis que Mila se prostitue pour nourrir les seize enfants perdus qu’elle a recueilli.
« La souffrance logique de la masse humaine et, soudain, cette souffrance singulière qu’aucune logique ne pouvait justifier. »

Quatrième partie : après-guerre, Volski et Mila vivent simplement, mais heureux, jusqu’à être envoyés dans des camps, victimes des purges du « Parti et de son Guide » pour, « démesure de l’absurde », avoir participé à la conservation des souvenirs du blocus…
Le sort des enfants est particulièrement poignant.
« Dans ces années, après les massacres staliniens et la saignée de la guerre, les orphelins étaient trop nombreux pour surprendre. Non, les orphelins qu’il voyait n’auraient pas dû se montrer : c’étaient des rebuts qu’habituellement on prenait la peine de cacher. Des enfants mutilés, des aliénés, des aveugles… Broyés par la guerre ou bien venus au monde dans un baraquement de camp. Trop faibles pour être envoyés dans une colonie de rééducation, trop dégradés pour en forger, dans un orphelinat ordinaire, de bons petits ouvriers. »

Makine oppose la « vie si légère » du vieillard (sic) à celle de Iana et de ses proches, faite de vitesse, d’activité, de variété, de superficialité, d’abondance de biens.

Cinquième partie : Choutov revient en France, puis retourne en Russie, vers ses « feuillages dorés ».
Finalement, ce que Makine évoque, lui aussi, ce sont les existences des "petites gens" négligées par l’Histoire.
« Ce qu’il faudra écrire, c’est juste cela : ces "femmes inconnues" et ces "hommes inconnus" qui s’aimaient et dont la parole est restée muette. »

Comme l’a déjà signalé Tom Léo, ce livre est très "russe", mais je l’ai malheureusement trouvé plus convenu que proche de Tchékhov… problème personnel (à la différence d'Eglantine) dans l’approche du sentiment(alisme) slave ?

\Mots-clés : #deuxiemeguerre
par Tristram
le Ven 23 Avr - 22:34
 
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Sujet: Andreï Makine
Réponses: 26
Vues: 2937

Claudio Magris

Enquête sur un sabre

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Enquzo10


Un vieux prêtre se penche en « historien dilettante qui ne reconstruit pas les faits mais leur déformation » sur le sort conjectural de l’Ataman des cosaques Krasnov, général blanc allié des nazis pendant la guerre en Carnie (au nord du Frioul), et romancier. Histoire de guerre et de trahisons, ce bref récit évoque les cavaliers des steppes, aventuriers épris de liberté, et réactionnaires condamnés par l’Histoire.
« Mes journées, te disais-je, sont longues, lentes. Le temps est distendu, il s’écoule calmement et j’ai souvent le sentiment qu’il coule en tournant sur lui-même et retourne sur les rives qu’il a laissées derrière lui. Il me semble que je tourne avec lui et en lui, mais librement, du passé au futur et du futur au passé, dans un présent de toutes les choses. »

« C’est peut-être, comme il arrive parfois, un livre plus intelligent que celui qui l’a écrit, qui ne se rend pas compte de ce qu’il a compris de la vie quand il décrivait un visage ou une soirée : quelque chose d’essentiel, qui lui a glissé de la plume et qu’ensuite il ne sait pas ou ne veut pas reconnaître. »

« Le mensonge est aussi réel que la vérité, il agit sur le monde, il le transforme, il est devant nous, nous pouvons le toucher [… »

J’ai beaucoup aimé, vous l’aimerez peut-être aussi, tout particulièrement si vous prenez plaisir à interroger l’Histoire lorsqu’elle n’est pas simple.

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
par Tristram
le Lun 19 Avr - 0:25
 
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Sujet: Claudio Magris
Réponses: 15
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Paul Gadenne

La Plage de Scheveningen

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire La_pla10
Roman, 1952, 330 pages environ.


Difficile d'ajouter aux commentaires d'Églantine, Tristram et Bédoulène !


Ouvrage tout en atmosphères et déplacements (Paris intra-muros déglingué, pauvre et rationné en 1944, un trajet clair-obscur en vieille voiture très usée, une chambre d'hôtel proche de la côte flamande pour une nuit interminable qui forme le corpus du roman, la dernière vallée française (?) des Alpes (du Nord ?), un train bondé et piteux, une belle villa de Biarritz semi-abandonnée ...).

Écriture empreinte d'une certaine lenteur rythmique, laquelle ajoute à l'épaisseur, à la densité du propos, lequel est assez singulier.

Style souple, avec beaucoup de ferveur et de fragilité, épatant, comme incantatoire par instants, semblant toujours quêter l'absolu - comme les deux personnages principaux du reste - marquant beaucoup les dialogues et les monologues (ceux-ci en italiques), mais sans réellement faire surgir des temps forts par rapport à des temps plus faibles, afin d'obtenir un effet de relief et de mise en valeur lors de la narration (à d'autres, ces vieilles ficelles ?!).
On n'est vraiment pas dans du convenu, du conventionnel, et c'est heureux.
Imagination, signification...le contexte (1944, donc) ajoute encore au souffle du roman.

Dialogues et pensées, autour de deux êtres, Irène et Guillaume, tandis que plane l'ombre d'un troisième, le brillant Hersent, dont Irène et Guillaume apprennent incidemment la condamnation à mort et, du côté de Guillaume, l'épisode biblique de Caïn et Abel (Genèse 4.1-15). Tuer son amour (au sens figuré de tuer, s'entend !) est bien occire son frère et en porter le poids (Caïn dit à l'Eternel: «Ma peine est trop grande pour être supportée (...)").

Beaucoup d'introspection analytique (pas au sens freudien ou lacanien du terme) - vraiment un ouvrage qui apporte beaucoup, laisse de la matière à ruminer, une fois les pages refermées.

Vous pouvez sans peine vous figurer la joie que c'est de tomber sur un roman de cette qualité, de haute et originale tenue littéraire !

   

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Ruysda10
La plage de Scheveningen, tableau de Jacob van Ruisdael, peint entre 1665 et 1670.

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #relationdecouple #xxesiecle
par Aventin
le Mer 14 Avr - 20:58
 
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Sujet: Paul Gadenne
Réponses: 20
Vues: 1076

Amin Maalouf

Les échelles du Levant

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Les_zo11
Roman, paru en 1996, 250 pages environ.


Étymologie et explication du titre ici.

Roman assez alerte, prenant, lu avec une célérité inaccoutumée.

Un journaliste (il n'est pas malaisé de voir l'auteur en personne derrière celui-ci) reconnaît dans les traits d'un soixantenaire un jeune homme de ses livres d'Histoire au Liban, un Beyrouthin qui a servi dans la Résistance française lors de la seconde guerre mondiale. Le suivant et parvenant à attirer son attention il réussit, en quelques jours qui sont autant de parties ou chapitres, à lui faire raconter son histoire.

Je me suis assez volontiers laissé happer par cette histoire-ci, où l'on retrouve le décor qui semble cher à l'auteur, un certain Levant (puisque l'auteur préfère, de toute évidence, cette dénomination à "Proche-Orient") inspiré, fraternel, cosmopolite, ouvert et semblant porteur d'avenir.  

Toutefois, certaines ténuités des épisodes narrés, quelques raccourcis, et aussi des développements occultés, des voies qu'on aperçoit, mais qui demeurent inexplorées et ne sont même pas tacitement suggérées, des éléments composites jetés là et autres vraisemblances qu'on admet parce que c'est une fiction mais qui eussent gagné à avoir été quelques peu chiadées, voilà qui au final laisse sur sa faim.
Sans doute y-a-t-il là un souci de conserver un caractère enlevé, léger, à la narration, mais cent pages de plus et un approfondissement façon roman XIXème et j'en fus, c'est certain, ressorti sustenté.
Autrement dit, avec un tel matériau, c'est un peu gâcher; certes, l'on n'a pas prétendu être chez Tolstoï ici, je me le tiens pour dit.

Reste le procédé littéraire, lequel offre bien des libertés: Le "je" passe du journaliste-témoin non nommé au narrateur -  Ossyane Ketabdar.
Amin Maalouf a toute latitude pour faire bien monter l'intensité dramatique, de la position du journaliste-auditeur qui a le temps face au protagoniste qui lui, ne l'a pas trop, le temps, c'est habile.
Il peut user d'un style parlé sans se le voir reprocher, et peut à sa guise jouer des circonvolutions (il n'en abuse guère) si ça lui chante.
Comment dire ?
Cela est bien et bien bon, c'est le romancier qui tire les ficelles dans sa production, c'est une affaire entendue, mais je n'atteins pas au ravissement, du coup.


Promis, je ne dévoilerai en rien l'histoire, parce qu'il s'en passe des choses et là, pour le coup, ce serait gâcher.

Allez, un petit extrait:
Partie jeudi soir a écrit: Cela dit, il faut ramener mes prétendus exploits à leur juste mesure: pas une fois je n'ai pris part à une vraie bataille.Je ne portais d'ailleurs jamais d'arme sur moi, cela aurait rendu mes déplacements hasardeux. C'est pourquoi, lorsque vous me demandiez, hier, si j'avais "pris les armes", je ne pouvais honnêtement pas dire "oui"; ni même "pris le maquis", ce ne sont pas les mots qui conviennent. J'ai surtout beaucoup pris le train ! J'ai parfois l'impression d'avoir passé la guerre dans les trains, avec ma sacoche...J'étais un postier, en somme, un facteur, le courrier de l'ombre.
  Ma contribution était utile, je crois, tout en restant modeste. Elle me convenait. N'en déplaise à la mémoirede mon père, je n'ai jamais su jouer "les dirigeants", ni les héros. Je n'ai jamais été autre chose qu'un garçon appliqué, consciencieux. Un tâcheron de la Résistance. Il en faut, vous savez...  


\Mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #xxesiecle
par Aventin
le Mer 24 Fév - 17:01
 
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Sujet: Amin Maalouf
Réponses: 23
Vues: 2084

Yasmina Reza

Serge

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 413-fa10

Dédicace : "À mon Vladichka    À Magda et Imre Kertész, amis chéris"

 
 
Jean, Anna (Nana pour la famille) et Serge, une fratrie, une famille d'origine juive ; le père est disparu il y a quelque temps et la mère malade s'éteint aussi.

"Assis au bord du lit matrimonial dans la chambre sombre quelques mois plus tard, Serge avait dit, tu veux être enterrée où maman ?
      — Nulle part. Je m’en fiche pas mal.
      — Tu veux être avec papa ?
      — Ah non pas avec les juifs !
      — Tu veux être où ?
— Pas à Bagneux.
      — Tu veux être incinérée ?
      — Incinérée. Et on n’en parle plus.
      On l’a incinérée et on l’a mise à Bagneux dans le caveau des Popper. Où d’autre ? Elle n’aimait ni la mer ni la campagne. Aucun endroit où sa poussière aurait fait corps avec la terre."


Il y a aussi le cousin Maurice et les enfants de Nana et Ramos (Victor et Margot), la fille de Serge (Joséphine) ; les ex de Serge et Jean.

Le narrateur, Jean, est à la piscine avec Luc l'enfant de Marion son ex-maîtresse, il aime beaucoup cet enfant différent et aime s'occuper de lui.

"Il sautillait en faisant le bruit, tchout tchout tchout, sans se lier avec des amis. Je restais un peu, en retrait à regarder à travers la grille. Personne ne lui parlait.
      J’aime bien ce gosse. Il est plus intéressant que d’autres. Je n’ai jamais su exactement qui j’étais pour lui. Pendant un temps il me voyait dans le lit de sa mère. Je garde un lien avec Marion pour ne pas le perdre lui. Mais ça je ne pense pas qu’il le sache. Et ce n’est peut-être pas complètement vrai. Il m’appelle Jean. C’est mon nom. Prononcé par lui, il a l’air encore plus court"


Alors que Serge, superstitieux, se demande comment renouer avec Valentina qui l'a quitté récemment :

"Elle farfouille dans la valise, trouve le Ganesh protecteur qu’il croyait avoir mis à l’abri au creux d’une manche et le projette de toutes ses forces sur le carrelage de la cuisine. La statuette vole en éclats. Serge contemple le dieu désagrégé. Passé la seconde d’horreur et de sidération, il s’accroupit pour ramasser fébrilement tous les morceaux, tous, y compris les plus infimes, y compris la poussière de terre qu’il met dans un torchon.
Qu’avait-il déclenché en jurant sur la tête de sa fille ? N’avait-il pas attiré sur l’enfant des forces maléfiques ? Il avait en tête l’image vague de serpents s’enroulant autour des jambes de la personne désignée. Comment annuler ces paroles irréfléchies ? Elles avaient répondu à l’urgence du moment, elles comptaient pour du beurre ! Que faire pour que rien ne s’abatte sur Joséphine ? Il allait booster son propre système de conjuration.
Et tandis qu’à quatre pattes dans la cuisine il furète sur le carrelage, il se sent comme délivré d’un poids terrible. Je suis puni, pense-t-il, c’est moi Serge Popper qui suis puni et non ma fille innocente ! C’est pourquoi il ramasse avec tant de soin le Ganesh en miettes, convaincu de la clémence et de la persistance des forces de la divinité modifiée. "

La  fille de Serge, Joséphine  convainc la fratrie de l'accompagner à Auschwitz. Lors de ce voyage Nana et Serge, qui fera la gueule pendant toute la visite du camp, se disputent  à propos de l'attitude de son fils Victor. Retour morne. Ce que chacun aura retenu ou pas de ce retour dans le passé restera personnel. Mais Nana et Joséphine se sont intérêssées, quant à Jean, comme le lui reproche Nana il est le "dévot" de Serge et s'est donc attaché à le réconforter.

"Je retourne m’asseoir au volant. Serge fume. Je dis, c’est la Judenrampe.
      — C’est quoi la Judenrampe ? Vous me faites chier avec la Judenrampe.
— C’est là où les juifs sont arrivés en grande majorité.
      — Bon. Je la vois. Je vois tout ça de la bagnole.
      — Je te dis juste ce que c’est.
      — Elles font chier à vouloir bouffer du malheur toutes les deux.
      — Tu pourrais être plus gentil avec Jo.
      — C’est une obsessionnelle. Hier l’académie de sourcils, aujourd’hui l’extermination des juifs. Tout le monde doit rentrer dans ses délires. En dehors de ça c’est une fille qui ne donne pas signe de vie sauf quand elle veut de l’argent ou un appartement."

Nana à Serge : "— Tu pourrais juste humblement regarder. Non, il faut constamment que tu te démarques. Qu’est-ce que tu veux prouver ? Que tu as déjà intégré tout ça ? Que tu n’es pas un touriste ? On a compris que tu étais là à reculons. Tu n’as pas besoin de le faire savoir à chaque instant. Moi je regrette, j’ai pris l’avion pour Cracovie pour voir de mes yeux les lieux où des milliers de gens sont morts abominablement, des gens de notre famille des gens avec qui on aurait pu être liés. Serge Popper a tiré les leçons de l’horreur, tant mieux, je te félicite, mais pas moi, et pas ta fille. Et Jean on ne sait pas, il est ton dévot. Mais si, tu es son dévot "


Jean : " Je vois Nana toute seule à l’avant, la bandoulière rouge lui barre le dos. Je suis pris d’un élan pour cette petite femme vieillie. Il s’en faut de peu que je coure lui faire peur et l’embrasser dans le cou. Mon frère et ma sœur je nous vois sur cette route bordée de cheminées et de pierres mortes et je me demande ce qui nous a fait tomber fortuitement dans le même nid, pour ne pas dire dans la vie même."

Au retour le quotidien revient avec , les interrogations sur le sens de leur vie ; réussite ou échec ?

Bref comme dans toutes les familles des partages ou des reproches, des rancunes que se soit dans la fratrie ou dans la parentèle. Mais quand Serge apprend qu'il a un cancer, ils sont trois à attendre dans le couloir de l'hôpital, le lien fraternel qui n' était que distendu se ressere.

" Nous sommes trois dans le bunker. Collés au mur sur la banquette industrielle, les trois enfants Popper. Nous serons toujours pour nous-mêmes les trois enfants Popper.
      Nana dit, la dernière fois qu’on était ensemble c’était à Auschwitz, maintenant PET-scan à Madeleine-Brès. Il faudrait qu’on trouve un truc plus marrant à faire.
      Il se tourne vers elle (il est assis au milieu), l’attire à lui par sa queue-de-cheval et l’embrasse dans le cou.
Elle se déporte pour se presser contre lui et lui caresser le dos de la main mais ces sièges ne sont pas faits pour l’intimité"


Une très bonne lecture.  Est-il besoin de visiter les lieux de cette tragédie pour accomplir notre devoir de mémoire ? me semble que c'est la question que pose Serge implicitement.

Qu'en est-il de nos liens familiaux ?  

De beaux portraits des personnages. Les extraits sont parlant je pense.
 


Mais je pense que topocl vous en dira plus.

Je lirai encore cette auteure que je rencontre pour la première fois.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #devoirdememoire #famille #fratrie
par Bédoulène
le Jeu 4 Fév - 14:25
 
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Sujet: Yasmina Reza
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Paula Fox

L'hiver le plus froid : une jeune Américaine en Europe libérée

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En 1946, Paula Fox a vingt-trois ans et c'est une jeune fille, pour qui cependant la vie n'a déjà pas été facile, qui décide de partir découvrir cette Europe qui se relève à grand peine des années terribles de la Seconde Guerre Mondiale.

De par ses rencontres, elle fera le voyage vers le »Vieux Continent » en tant que journaliste pour un organe d'information anglais.

Autant, elle est abasourdie du Londres détruit, autant, les rencontres qu'elle fera à Paris dans une ville davantage épargnée dans son architecture, la plongeront dans les abîmes de la monstruosité de ce dont l'homme a été capable durant ce conflit.
Et quand elle découvre l'Est de l'Europe : la Tchécoslovaquie et la Pologne, le gouffre s'ouvre davantage sur la misère humaine et le désastre qui s'offre à son regard.


Car, c'est bien là, je trouve, l'intérêt de ce livre : Paula Fox est une toute jeune femme, et c'est un regard "innocent" - je ne trouve pas d'autre mot pour le décrire et il faut l'entendre au sens fort - qu'elle pose sur les paysages et sur ceux qu'elle croise ou du moins les ombres qu'ils sont devenus. La jeune femme qu'elle est n'a, ni appréhendé l'existence de ces orphelinats dénués de tout où pourtant le sourire et l'envie d'aller de l'avant ont encore un sens, ni imaginé la réalité insoutenable de la disparition intégrale des Juifs de Pologne, ni envisagé le fait que les vainqueurs d'hier, ces hongrois fascistes, côtoient encore, au fil des rues, les démunis et oubliés d'aujourd'hui, ceux dont ils sont responsables de la persécution.

C'est une Europe anéantie dans laquelle tout sentiment d'émotion ou d'affection semble disparu.
C'est une Europe dans laquelle le froid de l'hiver le dispute au froid des coeurs, ceux de ces hommes et femmes qui ont trop vu d'abominations pour retrouver si vite, un semblant d'âme humaine.



Le style parfois journalistique de l'écrit fait que lire ces mots s'apparente davantage à feuilleter un album photos,
- qui en l'occurrence ne montre que la tristesse du monde, que lire un récit structuré et chronologique. Il en reste une impression de flashs bouleversants pour évoquer ces années où tout ce qui peut l'être reste à reconstruire, où tout ce qui a disparu hante pour longtemps les coeurs et les esprits.



J'étais si ignorante, et le peu que je savais me paraissait incompréhensible. L'intérêt insatiable que je sentais en moi se satisfaisait de tout et de n'importe quoi.


Les souvenirs paraissent souvent commencer au milieu d'une histoire.



Mots-clés : {#}autobiographie{/#} {#}deuxiemeguerre{/#} {#}voyage{/#}
par Invité
le Sam 2 Jan - 21:19
 
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Sujet: Paula Fox
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Curzio Malaparte

Le Soleil est aveugle

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Correspondant de presse dans l’armée italienne avec grade de capitaine, Malaparte écrivit ce récit sur la bataille des Alpes pendant le mois de juin 1940, lorsque Mussolini envoie ses troupes attaquer la France, loyales malgré leur dissentiment. Ce « roman » (tel que Malaparte le met entre guillemets dans sa « Déclaration préliminaire et nécessaire »), paru dès janvier 1941 dans la presse, est d’autant plus court qu’il fut amputé par la censure : manquent les chapitres III, XVII et XVIII (les deux derniers).
Le personnage principal est un capitaine, qui sempiternellement doit « s’en aller » (pour son service ?), et où on peut reconnaître l’auteur.
C’est un compte-rendu avec de nombreuses descriptions des Alpes et des Italiens qui les franchissent, une suite de chroniques au gré des envois de Malaparte à un journal, plutôt prosaïques au commencement de chaque épisode, mais rendues poignantes par l’emballement lyrique qui les soulève parfois. Sans doute manière tourmentée dont Malaparte souffre de ne pouvoir et/ou s’efforce de témoigner de la réalité en contournant la censure, il tord la syntaxe avec des hésitations et des parenthèses, entremêle des souvenirs (par exemple d’enfance ou d’Éthiopie), croise des personnages récurrents (l’ami officier Barbiéri, ou l’alpin Calusia avec sa cloche de vache, une sorte d’incarnation de l’Italie montagnarde et pure), place peut-être des allusions qui m’échappent entre les non-dits, tergiverse de répétitions en oscillations accélérées jusqu’à la syncope jazzy entre rage et désarroi ‒ tel ce capitaine qui « s’embrouille dans l’écheveau » du brouillard…
« Le Major Cattaneo dit au Capitaine : – Eh oui, la jeunesse ! et voudrait ajouter que, voudrait justement ajouter que, mais il se rassied et regarde vers la rive opposée du lac où les hommes et les mulets défilent, la tête à l’envers dans l’eau. Les alpins rient et chantent, ils sont joyeux ce matin, même le cri des mulets semble un chant, comme si les Bataillons, ce matin, allaient à la promenade, à un quelconque exercice tactique, et ne savaient pas que là-haut, après le sommet du Col de la Seigne, les Français les attendent avec le Lebel chargé, ce ne sont certes pas les soldats du Pape, ces Français, à peine verront-ils pointer le Bataillon qu’ils tireront dessus ; et le Major Cattaneo dit j’ai l’impression de les tromper, nos garçons, oui, l’envie me prend de leur dire à haute voix que ce n’est pas une promenade, que d’ici peu les Français nous tireront dessus, que les Français ne sont pas les soldats du Pape, mais le Capitaine le regarde en souriant et lui dit ils le savent déjà, ils le savent très bien que d’ici peu les Français nous tireront dessus, (et Bristot ne se retourne pas au bruit que fait la porte en se refermant très lentement. Il dort sans un souffle, le visage moisi serré dans sa main comme un mouchoir sale) et le Major Cattaneo, assis sur l’herbe à côté du Capitaine, fume sa courte pipe, le chapeau trop petit au sommet de sa tête ronde, et il a un visage gras, des yeux pétillants, une moustache hérissée, des cheveux en désordre qui lui sortent par touffes de dessous l’aile du chapeau, un nez pâle et gonflé, et sur le visage le sourire timide d’une délicate bonté, quelque chose de fort et de bon, d’ingénu et de fort. Il est de Bergame, Cattaneo, d’une noble famille bergamasque, un cœur d’or, et il dit regardez ce nuage là-haut. Le Capitaine lève les yeux et voit sur les pics qui surplombent le glacier du Miage un nuage vert, d’un vert intense et brillant, presque un beau pré vert, et le Major Cattaneo dit il ne vous semble pas que ? Mais il s’interrompt et se tait parce qu’il s’aperçoit que le Capitaine sourit, et le Major aussi sourit, fumant sa courte pipe. »

Sous le feu de l’artillerie française, dans les névés qui s’élèvent en geysers, la vision se fait onirique, voire hallucinée (jusqu’à une lutte avec des anges) :
« Les projectiles s’élancent vers les hommes courbés, haletants, enfoncés dans la neige jusqu’aux genoux, s’élancent comme les chevaux mécaniques d’un carrousel, comme les wagonnets du haut d’une Montagne Russe, comme un homme au milieu de la route devant une machine de course lancée à 180 à l’heure. À la voix, on devine la forme : les uns ont la forme d’une tête de chien et ils s’élancent en aboyant, les autres ont une tête de serpent et ils trouent le ciel en sifflant de leur front vert triangulaire (les yeux ronds, fixes, la langue fourchue dardée hors de la gueule cruelle). D’autres ont la forme d’objets, de petits objets familiers, peignes, brosses, ciseaux, bouteilles pleines d’un liquide jaune, bobines de fil, d’autres encore la forme d’un fruit, pêches, pommes, abricots, d’autres d’épis de maïs, d’autres de visages humains, d’autres de paysages, le Bisenzio à Santa Lucia, la maison du prêtre de Coiano, le couvent de Gallici, le môle du Purgatoire à Lipari, le château de Sala Dingai dans le Choa. D’autres sont comme des têtes de cheval, la longue crinière dénouée dans le vent à travers la vallée déjà gonflée de brouillard, les yeux obliques, grands et féminins, pleins d’une pitié merveilleuse, et le hennissement, d’abord lointain et faible, se rapproche rapidement, se fait aigu, menaçant, désespéré : maintenant le bombardement ressemble à un escadron de chevaux lancés au galop contre l’ennemi, le hennissement des 155, le long hennissement des obus-chevaux s’éloigne dans l’air sale de grésil. »

La bataille historique se généralise en aversion pour l’absurdité de la guerre. Le leitmotiv « les bêtes sont folles » parcourt tout le récit, et cette folie renvoie certainement à celle des hommes.
« Je pensais que les bêtes sont bien meilleures que nous. Ce sont des êtres purs, désintéressés. […]
‒ Ce qui corrompt les hommes, ce qui les rend méchants, lâches, égoïstes, c’est la conscience de la mort. Les bêtes n’ont que l’instinct de conservation, peut-être un pressentiment lointain. Mais elles n’ont pas la conscience de la mort. Elles savent qu’elles peuvent mourir, mais non qu’elles doivent mourir. »

Le titre souligne l’indifférence des éléments aux destinées humaines.
Évidemment on songe à Kaputt. Quel style, vraiment !

Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #deuxiemeguerre #guerre
par Tristram
le Mar 3 Nov - 22:07
 
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Sujet: Curzio Malaparte
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Claudio Magris

Classé sans suite

Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire Classz10

Luisa Brooks, fille d’un soldat noir américain et petite fille d’une juive passée par le four crématoire nazi installé dans une ancienne rizerie triestine, reprend le projet d’un collectionneur d’armes mort dans un incendie :
« Arès pour Irène ou Arcana Belli. Musée total de la Guerre pour l’avènement de la Paix et la désactivation de l’Histoire. »

« Toute exposition – de tableaux, de sculptures, d’objets, d’engins – est une nature morte et les gens qui se pressent dans les salles, en les remplissant et en les vidant comme des ombres, s’entraînent pour leur futur séjour définitif dans le grand Musée de l’humanité, du monde, dans lequel chacun est une nature morte. »[

La mémoire de la Rizerie est occultée pour protéger les familles des collaborateurs, dont le créateur du Musée aurait recopié, dans ses carnets disparus, les noms d’après des graffitis depuis chaulés.
Un livre total, ou de l’importance du big data ?
« Pour comprendre la guerre et donc pour la vaincre, il faut connaître tout ce qui conflue dans la guerre c’est-à-dire tout, les bulletins de salaire, la publicité à la télévision, la courbe des mariages des divorces et des viols, les repas de famille, les contes de grand-mère, la fraternité qui ne se crée que pendant les guerres [… »

Plusieurs biographies sont plus ou moins développées, telle celle du tchécoslovaque Alberto Vojtěch Frič, expert en cactus et ethnographe des Chamacocos (sisi), Indiens du Gran Chaco ; nombre des personnes évoquées (Italiens et Autrichiens notamment) m’est d’ailleurs inconnu.
« Otto Schimek, condamné à mort et exécuté par la Wehrmacht pour avoir refusé de tirer sur des civils polonais. »

Moment fort que ce controversé « martyr antinazi autrichien » ‒ ou simple déserteur :
« Tout ce qui arrive est un faux, l’œuvre d’un copiste. L’univers entier est la copie retouchée de qui sait quel autre monde. »

Martin Pollack est directement impliqué dans la révélation de cette histoire.

Le passé de Luisa est revu en parallèle de l’exposition muséographique du projet auquel elle travaille, et il s’avère peu à peu que son père est Martiniquais, soi du croisement de l’Afrique, l’Amérique (amérindienne) et l’Europe (Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant sont même pris comme références).
Le flot verbal parfois se presse, assez lyrique voire litanique, mêlant surtout éléments bibliques et mitteleuropéens, mais aussi latino-américains.
Une vaste métaphore associe le glioblastome à l’œil, à l’agate et à la guerre tandis que les Allemands, les fascistes, les titistes, les communistes, les Slovènes, les Néo-Zélandais se disputent Trieste à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le collectionneur-notateur serait un certain Carlo Fozzi (en fait le personnage est inspiré de Diego de Henriquez), « Témoin, historien, collectionneur ou maniaque ? », « caricature totalisante du tempérament anal » ; ce syllogomane devient essentiellement recueilleur de noms, jusqu’à la conflagration finale de sa collection-compilation, incendie où il disparaît, en miroir de crématoire.
« …] pourtant c’était le seul four crématoire qui ait existé en Italie et personne, vraiment personne, n’en savait rien, c’est cela qui est tragique, ils étaient parvenus à effacer cette vérité, cette réalité… »

« Mieux, l’acte de disparaître et surtout de faire disparaître est un objet privilégié d’occultation et d’oubli. De refoulement, a dit au procès le docteur Wulz. Effacer l’absence, annuler la personne, la chose qui n’est plus là ; éteindre non seulement le souvenir de celui ou celle qui s’en est allé, mais aussi la conscience qu’il, elle, quelqu’un s’en est allé. Qui n’est plus là encombre, c’est un compte non soldé, un trou dans le mur ; on fait tout alors pour ne pas savoir qu’il n’y est pas, qu’il n’y a jamais été, pour effacer et reboucher ce trou. […]
Le four crématoire est une excellente chirurgie de l’oubli. »


Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #deuxiemeguerre #historique #mort
par Tristram
le Lun 28 Sep - 22:11
 
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Sujet: Claudio Magris
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Henning Mankell

Le retour du professeur de danse

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Ce n’est exceptionnellement pas une enquête du commissaire Wallander, peut-être parce que Mankell n’a pas voulu affliger son personnage habituel d’un cancer de la langue. Ce dernier est une des causes de l’angoisse d’un policier s’intéressant au cas d’un ancien collègue, qui fut massacré et se révèle être un ancien nazi… Dans une Suède où le nazisme a encore des adeptes ‒ et ce n’est pas le seul pays concerné…
« Il se trouve que les nazis étaient allemands. Mais personne ne me fera croire que ce qui est arrivé ici n’aurait pas pu se produire en Angleterre. Ou en France. Ou, pourquoi pas, aux États-Unis. »

Il semble que la fameuse neutralité suédoise pendant la Seconde Guerre mondiale fut assez complaisante.
« Il y a toujours eu dans ce pays des personnes qui me respectaient à cause de mon courage. Des personnes qui partagent mes convictions, mais qui, pour différentes raisons, préfèrent ne pas se faire connaître. »

Sinon c’est très flic : en congé maladie, Stefan va s’immiscer dans l’enquête de confrères d'une autre région (ah ! si les autres fonctionnaires, pour le même salaire de misère, se jetaient de même sur le travail !) Il a la vie dure et encore de belles heures devant lui, le topos du policier sous-payé qui ne compte pas ses heures par conviction professionnelle !
Les fascistes sont aussi, comme souvent, décrits de façon caricaturale et peu convaincante ‒ mais peut-être sont-ils vraiment ainsi ?!
Ce roman (assez long) n’est pas le meilleur de Mankell (et il y a beaucoup d’invraisemblances), mais j’ai trouvé fort significative cette remarque :
« Stefan devina qu’il cherchait une réponse à la question que les policiers se posaient encore et encore, toujours la même. Qu’est-ce que je ne vois pas ? »

Deuxième couche :
« Mais je crois qu’il est temps de faire machine arrière. À un moment donné, on a vu quelque chose. Mais on n’a pas compris. »


Mots-clés : #deuxiemeguerre #polar
par Tristram
le Mer 9 Sep - 0:15
 
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Sujet: Henning Mankell
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Jean Dutourd

Au Bon Beurre

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C’est l’histoire d’un couple de crémiers, les Poissonard, et de leurs deux enfants, qui possèdent l’épicerie « Au Bon beurre », quartier des Ternes à Paris. Parallèlement, on suit les aventures de Léon, issu du même quartier, évadé de guerre, puis résistant, idéaliste et naïf.
L’Occupation est bien sûr un âge d’or pour les épiciers et Jacques-Hubert Poissonard ainsi que son épouse savent en profiter, accumulant dès les premiers temps des monceaux de fromages, jambons et nourriture variée qu’ils vont écouler à prix d’or :

«  Des boîtes de jambon Olida, grosses comme des foies de bœufs, servaient de support au lit conjugal ; des sacs de riz et de lentilles tapissaient les murs. Les sardines avaient pris possession de la « bibliothèque ». Aux plafonds pendaient des saucissons serrés comme des stalactites et des dizaines de jambes de porc fumées qu’un naïf aurait pris pour des lustres dans leurs housses. Banania, sur des étagères, alignait des régiments de Sénégalais hilares qui reluquaient cinq mille hollandaises de la maison Van Houten. Les petites morveuses du chocolat Menier montraient leurs innombrables gambettes à des multitudes de clowns Elesca. Routes les rivières du monde semblaient avoir déversé là leurs saumons au naturel. Le thon a l’huile frétillait. Il y avait cinq cents fois plus d’éléphants sur les paquets de thé que dans l’armée d’Hannibal. Des roues de Gruyère, des tomes de Savoie, des fourmes du Cantal, les unes sur les autres, figuraient les puissantes colonnes de ce temple de la Prévoyance. »


« Sous l’action du temps, les saucissons se pétrifiaient, les jambons vieillissants acquéraient un parfum quintessencié, qui transperçait l’étamine protectrice et troublait autant que l’odeur d’une femme désirée respirée à travers la chemise. Le gruyère et le cantal prospéraient sous leur carapace comme des tortues paresseuses dans une grotte. Les légumes secs, sourdement travaillés par la vie, émettaient un murmure incessant : le riz répondait aux lentilles, qui dialoguaient avec les pois cassés et les fèves, un chant imperceptible, une symphonie chuchotée qui accompagnait l’évolution ralentie de ce monde immobile. »


L’année suivante, nos deux zigotos passent à une activité plus rationnelle et quasi industrielle :

« L’homme nouveau, que les événements accouchaient, n’allait pas tarder à apparaître. De 1925 à 1940, le commerce avait obéi à un certain nombre de lois psychologiques qu’il s’était assimilées, telles que : « Le client a toujours raison, Servir avec le sourire, etc ». En 1941, ces lois étaient caduques. Le client avait maintenant besoin du commerçant pour vivre. La loi de l’offre et de la demande, qui était la charpente, la maîtresse poutre de la pensée de Charles-Hubert, lui inspira un raisonnement que le lecteur jugera simpliste, mais qui lui paraissait, à lui, une merveille de complication. Cette analyse hardie, ce plan d’attaque infaillible, se résume de la sorte : la demande est supérieure à l’offre ; par conséquent, le commerçant est dans une position favorable. Il doit en profiter. Que fait le client ? Petit a : il propose des sommes de plus en plus considérables ; petit b : il courtise le commerçant. Conclusion : pas besoin de se gêner. »


« C’est ce jour là, sans même qu’il s’en aperçut, il passa de l’état de crémier à celui de spéculateur. Cet empirique devint un théoricien. Le palier décisif entre la médiocrité et l’opulence était franchie. »


« Malhonnête, jadis, un commerçant faisait faillite ; honnête, aujourd’hui, il se ruinait. »


Laudateurs de l’ordre allemand, les Poisonard passeront peu à peu et sans aucun scrupule à la « Résistance » sachant trouver les appuis bien placés. Riches à millions, ayant investi judicieusement, quand il le fallait, dans l’immobilier, les Poissonard marient leur fille à un noble, député à la Libération et précédemment secrétaire de Laval.
« Au Bon Beurre » est une satire féroce, souvent très drôle, mais aussi grinçante de la vie quotidienne sous l’occupation. Dutourd y révèle sa nature de moraliste, dans la lignée des Saint-Simon, La Rochefoucauld ou Chamfort. Il sait vous camper un personnage en quelques phrases :

« - Répression des fraudes, dit le petit homme en touchant son chapeau.
- Tiens, réplique Charles-Hubert, faraud, je ne vous ai jamais vu, vous ?
- Voilà ma carte, dit le petit homme d’une voix sans timbre, la voix même avec laquelle Robespierre proclamait la Terreur à l’ordre du jour. »


Portrait sarcastique d’un peuple qui est passé sans vergogne d’une adulation au Maréchal à celle pour de Gaulle, collaborateurs puis résistants.
Certains passages sont excellents. Je retiens notamment l’accueil des délégations venues offrir à Pétain qui une canne sculptée,  qui un poste à galène ou encore des œufs. Le portrait du chef scout, le général  Giraudet-Lempérière, vaut le détour :

« L’autre groupe, plus pittoresque, se compose d’une douzaine de boy-scouts, âgés de douze à quinze ans, accompagnés d’un treizième, d’une génération sensiblement antérieure. Ce treizième boy-scout, si l’on en croit l’apparence, est né vers 1880. Il a un visage énergique et borné, que traverse une paire de moustaches blanches à la gauloise. Sous le chapeau à larges bords, il évoque quelque shérif arverne, contemporain, à la fois, de Dumnorix et de Jesse James. Son équipement rustique, son couteau suisse, sont quart de fer-blanc et son alpenstock, accentuent le caractère de cette figure surprenante, mi-antique mi-moderne. »


L’auteur donne rarement une opinion personnelle, mais quand il le fait, elle fait mouche :

« Pour en revenir aux vélotaxis, ceux-ci soulevèrent pendant quelque temps une polémique. Certains journaux les décrétèrent immoraux. Il était contraire à la dignité de la personne humaine, disait-on, que des hommes pédalants traînassent leurs semblables assis. Cet appel à la dignité de la personne humaine à une époque où les Juifs étaient tenus de porter sur le sein une étoile jaune large comme un crachat autrichien, a quelque chose d’assez piquant. »


Mots-clés : #deuxiemeguerre #viequotidienne
par ArenSor
le Jeu 3 Sep - 19:46
 
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Sujet: Jean Dutourd
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Littérature et alpinisme

Marie-Louise Plovier-Chapelle

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Une femme et la montagne
éditions Flammarion 1954, 210 pages environ.




J'ai eu la joie de le trouver dans l'édition originale, malheureusement une vingtaine de pages, à peu près au second quart de l'ouvrage, ne sont pas lisibles.

Livre drôle, empli d'une cocasserie de répartie et d'un comique de situation, rendant hilarant des passages, où, sous une autre plume, il y aurait lieu de se lamenter, ce qui est une prodigieuse qualité.
Livre daté, où affleure ce qu'on prenait alors pour un déterminisme des sexes, aujourd'hui dépassé du moins en occident, donc qu'on ne saurait écrire aujourd'hui, qui hérisserait, ne serait guère publiable et pourtant, 1954, ce n'est pas si ancien.

Voilà une mère de famille du Nord, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, qui par amour des montagnes et par contraintes de guerre (zone libre/zone occupée) se retrouve dans les Alpes, s'initie au ski (celui de l'époque) et l'alpinisme, dont c'était quelque part encore l'âge d'or, le tout sur le tard.
Peu douée, mais dotée d'un moral en chrome-molybdène, d'une insouciance d'airain, sans jamais se prendre pour ce qu'elle n'est pas, notre Marie-Louise nous égrène avec légèreté et humour toutes les incongruités de sa situation.

Défilent dans ces pages ses enfants bien sûr, ainsi qu'Édouard Frendo, le fameux guide de Haute-Montagne, quelques amis, et en filigrane Gaston Rebuffat, Louis Lachenal, Lionel Terray, Gilbert Chappaz...

Pages de guerre, d'occupation et de maquis, aussi, et toujours cette bonne humeur, cette joie de mise même dans pires galères et les instants les plus critiques.  
Marie-Louise Plovier-Chapelle pratique sérieusement sans se prendre au sérieux, son nom est à jamais attaché à l'Aiguille du Roc dont elle signa la première en compagnie de son fils Luc, Édouard Frendo étant le guide et maître d'œuvre de la réalisation (photo de l'Aiguille de Roc en bas de message, - par ailleurs une des plus célèbres photos représentant Gaston Rebuffat est prise alors qu'il se tient sur ce sommet-là).

Et, ces travaux d'aiguille accomplis, reste le charme de sa plume alerte et rigolote, sans prétention, mais aussi juste (voir le 2ème extrait ci-dessous) et un grand chapeau bas à tirer à son intrépidité couplée à son humilité.


Au moment du coucher, un grave problème d'arithmétique s'imposa à tous les esprits: on parvint bien, à force de compression, à entasser onze personnes sur le bat-flanc supérieur conçu pour six, et autant sur celui du dessous, mais il restait le vingt-troisième et qui n'était pas divisible par deux !
  J'imagine qu'un examen approfondi des espaces interstitiels lui révéla que le moins exigu se trouvait précisément entre Luc et moi; toujours est-il que je sentis le tiers du poids du monsieur s'installer sur ma personne tandis qu'un calcul élémentaire me faisait présumer que le second tiers était sur Luc et le troisième dans le vide, mais le vide comptait-il ? Supportait-il une part du poids ?
  Mes connaissances en dynamométrie étaient insuffisantes pour que je puisse déclarer à coup sûr si la force de pesanteur devait être divisée par deux ou par trois.
  Cette incompétence me tracassait.
  Pour me débarrasser de cette obsession, je décidai, par des manœuvres savantes et patientes, d'amener la moitié de la personne dudit monsieur sur le bat-flanc, ce qui n'était possible qu'en plaçant la moitié de la mienne sur la sienne.
  Je ne fus guère bien inspirée !
Car le monsieur, au lieu de respirer d'une façon lente et régulière, qui aurait bercé mon sommeil, avait un petit souffle sec et saccadé qui me donna pour toute la nuit l'impression d'être dans un autobus corse ou dans un château hanté.
  J'eus des heurs pour me persuader de l'urgence qu'il y avait de faire voter par le comité responsable du Club Alpin Français un amendement interdisant l'accès des refuges aux ronfleurs et, aux jours de grande affluence, à tous ceux qu'une respiration saccadée apparente à une locomotive en surcompression.

Je me levai au petit jour complètement moulue.
- Puisque vous êtes si fatigués, nous n'allons faire que le Grand Dru, nous dit Frendo.
  Décision malheureuse, car la sécheresse des années précédents avait tellement abaissé le niveau du glacier que nous nous trouvâmes à l'attaque du rocher en présence d'une rimaye décollée de cinq mètres, dominées par un surplomb qui nous sembla tout de suite bien coriace.
- Les autres années le glacier monte beaucoup plus haut, tout ceci est dans la neige.
- Et pas un piton, bien entendu !
- On ne s'attendait pas à celle-là !
  Frendo essaye une première fois le passage qu'on descend généralement en rappel au retour de la traversée des Drus.
- Ça ne passe pas.
Nouvel essai à droite, puis à gauche sans plus de succès.


       
Recherche du danger alors ? Je ne crois pas: le danger en soi ne m'attire pas, je le déteste en voiture et ailleurs.
Peut-être victoire sur le danger, ce qui, en fin de compte, revient à dire: victoire sur soi-même, victoire sur la peur d'abord, victoire sur la fatigue, victoire sur les années qui passent, réalisation du meilleur de soi, réalisation plus complète, je pense, que dans nul autre sport, car je me refuse à considérer la montagne comme un sport.
[...]
Tout cela fait qu'on se sent meilleur, en montagne.

Les célèbres frères Ravier feront un écho involontaire à cette toute dernière affirmation, quelques années plus tard, en se demandant: à quoi ça sert tout ceci, si ça ne fait de nous de meilleurs hommes ?

" Un bloc de neige plus gros que les autres, détaché par une cordée ", eus-je le temps de penser avant de voir, bien plus bas, un très gros caillou qui rebondissait comme une balle, et de sentir en même temps un coup dans la nuque.
  Je hurlais de douleur et aussi parce que j'étais sûre que j'allais m'évanouir, je voulais les mettre tous en état de parer ma chute.
  Je ne m'évanouis pas.
- J'ai sûrement encore une vertèbre cassée, vous voyez bien que j'aurais mieux fait de ne pas insister et de redescendre quand je vous l'ai dit, c'était un pressentiment.
  Je sentais mon cou et mon épaule se contracter et d'engourdir.
- Jamais je ne pourrai descendre.
- Allons, allons, me dit Frendo, songez plutôt à la veine que vous avez eue de recevoir ce caillou à ma place !


Je quittai Chamonix avec l'espoir de revenir et je me demande pourquoi diable cela me remplissait d'aise, puisque, après tout, la preuve était faite que j'étais d'une maladresse tenace en montagne; mais, en plus de la maladresse, j'étais atteinte d'illogisme, maladie incurable pour moi et endémique, je crois, chez les alpinistes.


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Aiguille de Roc

Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #deuxiemeguerre #humour #xxesiecle
par Aventin
le Dim 12 Juil - 19:15
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Léo Malet

120, Rue de la Gare

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Pendant l’Occupation, entre Lyon et Paris, « Dynamite Burma », de retour du stalag, enquête sur un mystérieux personnage mort sous ses yeux… de fièvre.
Premier polar signé Malet, première apparition de Nestor Burma, c’est peut-être le premier roman noir français, type "dur-à-cuire".
En fait, Burma n’est pas tant hard-boiled qu’une personnalisation de l’enquêteur envers et contre tout, aussi tenace qu’intuitif. Et il manie avec bonheur l’imparfait du subjonctif.
Dans le prolongement de l’œuvre de Simenon, celle de Malet est également caractérisée par la prépondérance de l’atmosphère.
On trouve déjà le journaliste Marc Covet, l'inspecteur Florimond Faroux, sa secrétaire Hélène Chatelain, familiers qui apparaîtrons aussi dans les aventures suivantes.
J’ai un souvenir ému d’avoir découvert l’auteur et le personnage par quelques volumes de Les Nouveaux Mystères de Paris dans une bibliothèque en Afrique ; je connaissais assez (peu) la capitale pour que l’évocation de ses quartiers m’ait été précieuse.

Mots-clés : #deuxiemeguerre #polar
par Tristram
le Sam 27 Juin - 0:44
 
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Sujet: Léo Malet
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Patrick Modiano

Voyage de noces

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Roman, 1990, 145 pages environ.

On est bien chez Modiano, la preuve: c'est écrit au "je" et le héros s'appelle Jean (je plaisante !).

Bon il y a le suicide à Milan d'une française et le personnage qui narre au "je" qui s'y trouve tout juste après en catimini, un Milan désert de quinze août, un bar d'hôtel frais comme un puits (comment dire ? on est bel et bien chez Modiano ?).

Il se trouve qu'il l'a bien connue, elle s'appelait Ingrid Teyrsen, formait un couple avec un certain Rigaud et ils accueillirent le narrateur longtemps avant, alors qu'il faisait de l'auto-stop du côté de Juan-les-Pins.  

La suite ? Le narrateur se fait passer pour mort ou, en tous cas, disparu, en restant à Paris au lieu de se rendre au Brésil, vivant caché dans des hôtels puis dans un appartement où vécurent le couple Teyrsen-Rigaud.

De fréquents retours sur le passé emmêlent les chapitres, on trouve bien sûr le téléphone, habituel objet presque fétiche chez Modiano, à une époque où l'on pouvait consulter les bottins dans les cabines téléphoniques et où la téléphonie mobile n'existait pas (j'ai versé dans un petit moment de souvenir attendrissant).

J'ai trouvé délectable la peinture de fragments de Paris et de Juan-les-Pins sous la seconde guerre mondiale, à mon humble avis une réussite.

Le paraître et la cache, les faux-fuyants, les histoires calquées ou parallèles, tout ceci est aussi usuel chez Modiano, fait partie de son charme selon ses inconditionnels lecteurs; moi, j'avoue, je ne déteste pas:

Au final j'ai plutôt bien apprécié l'ouvrage, conscient de trouver de l'intérêt dans des pages où d'autres trouvent sans doute de la vacuité (et tous les reproches ordinaires qui lui sont adressés depuis...quasi un demi-siècle).
Peut-être aussi parce que je ne lis Modiano qu'à dose homéopathique, un tous les dix ans - je ne sais si c'est clos pour dix ans à présent, enfin, nous verrons !

Les modianistes du forum, trouveront un recoupement de l'histoire de Modiano lui-même (ou plus exactement la préhistoire de l'auteur) dans le couple Ingrid-Rigaud à Paris en 1942 - du moins à ce qu'il me semble (?).

Ces mêmes modianistes noteront peut-être la quête au travers du personnage d'Ingrid Teyrsen de Dora Bruder, quête qui avait défrayé la chronique dans les années 1990 quand Modiano, allié à Serge Klarsfeld, s'était penché sur le cas de cette jeune fille fugueuse, dont les parents avaient fait paraître en 1942 une petite annonce pour la retrouver, et qui finiront ensemble dans un convoi commun destination Auschwitz.

Ce avant qu'il n'y ait brouille entre Klarsfeld et Modiano, le premier accusant le second d'avoir vampirisé son travail et sa collaboration aux seules fins d'une œuvre romanesque signée Modiano et dans laquelle Klarsfeld et son boulot gentiment mis à disposition ne sont même pas mentionnés, mais c'est une autre histoire.

(NB: tiens ça me rappelle la confession de Modiano jeune auteur cleptomane, lorsque invité avec une amie chez d'autres amis, il y dérobait des livres de collection, des objets de valeur, pour les revendre chez des brocanteurs !)

Mots-clés : #autofiction #deuxiemeguerre #lieu #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 11 Juin - 20:32
 
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Roger Nimier

Les épées


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Roman, 1948, 140 pages environ.

Un Nimier très dérangeant, horripilant. Plus d'abjection froide, de violence et de meurtre en toute gratuité que dans Le hussard bleu, je trouve, et dire qu'il a écrit ça à vingt-trois ans...

Cru, violent - obscène même de violence à certaines scènes, avec aussi une espèce d'insouciance poseuse, de jeu, comme quand on a vingt ans...
On peut comprendre que ce livre heurta les sensibilités, d'autant que les personnages qu'on y croise incarnant la Résistance, valent tout juste à peine mieux (et pas tous) que ceux qui incarnent la Milice, par exemple la scène du massacre du très jeune de Parreneuve, je ne vous la met pas en extrait, par respect pour votre appétit.

On trouve François Sanders en personnage principal, "Bernard" et le Capitaine de Forjac, noms (et quelques facettes des personnages) que l'on reverra dans Le hussard bleu.

L'histoire ? Un ado finissant, devenant jeune adulte, de bonne famille, vit une espèce d'amour aux limites (franchies ?) de l'incestueux et du possessif envers sa sœur, le père (qu'il exècre) est militaire, prisonnier en Allemagne.

Par jeu si ce n'est désœuvrement il entre dans la Résistance, doit infiltrer la Milice pour une mission d'assassinat, qui échoue sur trahison, et, par un quiproquo, ne se fait pas prendre pour le tueur potentiel, et...reste dans la Milice !
Quelques exactions, le bourbier ordinaire de ce milieu-là, le glauque, les abominations.
   
La seconde partie se déroule à Cannes dans l'immédiat après-guerre. Plus verbeuse, faisant la part aux sentiments, rengorgée de violence gratuite pas forcément contenue, donnant à Nimier l'occasion d'asséner quelques bons coups de poignard glacés du styliste qu'il faut reconnaître qu'il est - en effet, ça ne m'écorche pas le clavier de l'écrire, c'est une forte, intéressante plume "hors tout".
Son brouillage des pistes narratives, concomitant au brouillage des pistes idéologiques, est de fort belle maîtrise (ne lâchez pas l'ouvrage trop longtemps, lisez-le assez vite !).

Notre jugement moral a parfois, en cours de lecture, été tellement battu qu'on ne distingue plus le blanc du noir - un inquiétant et sale grisâtre domine, uniforme, presque à qualifier de purulent.
On ne s'étonne pas que Nimier ait contribué à (re)lancer Céline !

Et, n'en jetez plus, on opine presque lorsque, en cours de démo, Nimier nous lâche quelques petites flatulences, du type: le français est bien plus doué pour la trahison que pour la résistance, genre de propos dont on se demande comment il fut reçu dans la France d'alors.  


Alors, Nimier...
Réactionnaire, par provoc' anti-"son temps", et par ineffable goût de la contradiction -et du paraître non-sympathique- ça c'est sûr, mais peut-être est-ce que ça va un peu plus loin - quelle idée d'exécrer à la fois les existentialistes et les communistes en ce temps-là, la fin des années 1940, dans le milieu germanopratin/Café de Flore du jeune éditorialiste en vogue qu'il était...

Nimier (qui, pourtant, fut Gaulliste avant la Libération, puis engagé dans les forces françaises en Allemagne), anarchiste de droite ?

Si le concept existait, je penserais à son personnage de François Sanders en illustration: l'art de ne pas dépeindre juste une brute ou un salaud, mais quelque chose de savamment complexifié, pour qui le monde est imposture, sans qu'il ne se déguise toutefois en jouisseur primaire.
Je ne sais la part de Nimier dans son "héros" (guillemets de rigueur).  

Une lecture, en tous cas, dense et ponctuée de quelques hauts-le-cœur, cependant je viendrai aux ouvrages de Nimier qui me restent à lire, sans aucun doute.

Première partie, entame du chapitre II a écrit:...le visage plein de sang, ce salaud, le visage plein de sang a sombré devant moi. D'abord je n'ai pas compris, sans quoi j'aurais éclaté de rire. Le calme revenu, je vais chercher des ressemblances, et, bien sûr, j'en trouverai. Sinon pour les vicieux, il n'y a pas de plaisir à descendre les inconnus dans la rue. Je ne dis pas que je m'en voudrais, parce que je ne suis pas dans un jour à m'en vouloir de grand-chose. Mais il faut mette à profit ces instants de détente pour installer sa vie entre des horizons convaincants. Si j'ai tiré sur ce garçon par hasard, ce ne sera pas sérieux. Et voilà où je ne suis plus d'accord: l'absurdité est très amusante sur le moment; j'ai appris qu'à deux ans de distance elle emmerde.
 Soyons raisonnable: ce type est un symbole. Avec sa face hilare, ses yeux qui lui dégoulinaient du visage, ses manches de chemise relevées, c'était la première manifestation de la nouvelle France: celle qui mangera à sa faim, laissera des papiers gras sur l'herbe du dimanche, u.s.w. Donc, j'ai tiré sur un symbole, c'est une chose qu'on fait tous les jours et dont on se félicite le soir [...].


Mots-clés : #deuxiemeguerre #fratrie #guerre #trahison #violence #xxesiecle
par Aventin
le Mar 31 Mar - 19:56
 
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Sujet: Roger Nimier
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François Simon

François Simon
Né en 1953


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François Simon est un critique gastronomique et animateur de télévision français, né le 22 mars 1953 à Saint-Nazaire.
près des études de droit à Nantes (DEUG), il entre au quotidien Presse-Océan comme permanencier de nuit (1976-1980) avant de rejoindre Paris où il collabore au Matin de Paris (1980-1981). Christian Millau l’engage pour quatre années au magazine Gault et Millau et aux guides éponymes. En 1985, le groupe Marie Claire le nomme à la rédaction en chef de Cuisine et Vins de France, poste qu’il occupera pendant deux ans. Philippe Villin fait appel à lui pour créer le Figaroscope (1987). Il en sera rédacteur en chef puis directeur de la rédaction (2000) avant d’être nommé grand reporter la même année, opérant ainsi et depuis, à Madame Figaro, au Figaro Magazine, au Figaro et à Figaroscope. Dans le même temps, il collabore à Paris Première aux côtés de Marjorie Alessandrini (1997), puis intègre l’équipe de Rive droite / Rive gauche, avec Thierry Ardisson. Paris Première lui confie alors un rendez vous gastronomique pendant cinq années. Ensuite, il passe à Direct 8 pour la Chronique de François Simon (2009-2012). Depuis, son départ du Figaro, il est passé au journal Le Monde puis a écrit pour Air France Magazine, Dim Dam Dom, Les Échos - Série Limitée ou encore Purple Magazine.

François Simon profite de sa réputation de critique gastronomique pour collaborer au Financial Times (Angleterre), Gourmet, Departures (États-Unis), Brutus, Casa Brutus, Men (Japon). François Simon écrit également sur les parfums, il a remporté le prix Jasmin pour le meilleur papier de l’année (2007). Il a également créé un blog (Simonsays) élu meilleur blog de l’année en 2008.
Il écrit de nombreux ouvrages et participe également à la réalisation de produits comme des confitures (avec Christine Ferber) commercialisées au Japon ; il enregistre des musiques (avec Jun Miyake, Jean Touitou, Marie France), crée des sandwiches (Velvet FS, avec Gontran Cherrier), des souliers (avec Georges Estivel aux États-Unis), participe à des vins (la cuvée Purple, depuis quinze ans) et est nommé chevalier des Arts et des Lettres (1997).

Il anime l'émission Paris Dernière sur Paris Première à partir d'octobre 2013 sans qu'on ne puisse voir son visage comme durant le reste de sa carrière. Il livre également depuis 2016 des chroniques estivales sur Arte, dans le cadre de l'émission 28 minutes[réf. nécessaire].
En 2003, il est cité à de multiples reprises après le suicide du chef Bernard Loiseau. Le drame s'étant déroulé seulement quelques semaines après que François Simon eut reporté publiquement certaines informations concernant la probable dégradation de la note du restaurant de Bernard Loiseau par le guide Michelin. Plus de dix ans après, François-Régis Gaudry (un journaliste culinaire) publie un article dans le journal L'Express dans lequel il défend François Simon. Cependant, cet article sera rapidement décrié par la famille Loiseau.


Bibliographie

Paris vin, Du May, 1987
Guide des stations de sports d’hiver, Julliard
Paris fine gueule, Éditions du Levant, 1997
Guide des restaurants de Paris, TF1 éditions, 1996
52 week-ends en Europe, Assouline, 1999
Guide des restaurants d’affaires, L’Organisation, 1999
Chairs de poules, 200 façons de cuisiner le poulet, Agnès Vienot
La Provence d’Alain Ducasse, Assouline, 2000
Recettes de la cocotte, Staub, 2001
Comment se faire passer pour un critique gastronomique sans rien y connaitre, Albin Michel, 2001
Miam miaou, conseils et recettes pour chats modernes, Noesis, 2002
Hôtels de Paris, Assouline, 2003
Manger est un sentiment, Belfond, 2003
Adresses choisies pour des amis qui ne le sont pas moins, 2004
Toscane(s), Assouline, mai 2004, 284 p. (ISBN 978-2843235795)
N’est pas gourmand qui veut, Robert Laffont, 2005
Eden-Roc, Assouline, 2007
Adresses pour clouer le bec… à ceux qui en connaissent trop, 2007
Jean-Paul Hévin, Assouline, 2008
Recettes de l’Eden-Roc, 2008
Aux innocents la bouche pleine, Robert Laffont, 2008
Pique assiette, Grasset, 2009
Les Artisans du paradis, Assouline, 2009
Hugo Desnoyer, tendre et saignant, Assouline, 2010
Bistro, Flammarion, 2011, avec Bertrand Auboyneau
Dans ma bouche, Flammarion, 2012
Cuisine d’indulgence, Le Chêne, 2012
Radin chic, Le Chêne, 2013
Pierre Jancou, la table vivante, Skira, 2015
Cuisine française, chefs japonais, avec Ryoko Sekiguchi, le Chêne, 2015
Village Paul Bert, le Chêne, 2016
Dictionnaire du savoir (bien) vivre, manifeste hédoniste, le Chêne, 2017.
L'Esprit des Vents", roman, Plon. 2019
Héritage Bocuse, avec Patricia Zizza, Flammarion 2019.

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Tag deuxiemeguerre sur Des Choses à lire 99-fra10

Et bien voici un roman que j'ai beaucoup aimé....qui fut une bonne surprise....écrit par un critique gastronomique.....son premier roman.  Sur fond de guerre sino japonaise.....

"A Qingdao, ville chinoise sous occupation japonaise, le jeune Tateru rencontre Ryu sur la plage et se lie d’amitié avec lui. Dès son plus jeune âge, le premier a appris les vents et n’est que frémissements et vibrations. Fils d’un photographe, Ryu, lui, est tout en observation.

La capitulation de leur pays contraint les deux jeunes garçons à fuir précipitamment. Ils trouvent refuge à Karuizawa, le village natal du père de Tateru, Kanki. Qui ne tarde pas, de désespoir et de honte, à se donner la mort dans le jardin familial. Le père de Ryu, lui, demeure introuvable depuis qu’il a disparu dans la bousculade qui a précédé le départ des Japonais de Qingdao.

Quand sa santé oblige Tateru à rejoindre Tokyo, les deux amis sont séparés l’un de l’autre. Pourtant, Ruy, grâce à sa débrouillardise et à son ingéniosité, retrouvera Tateru et leurs destins s’entrecroiseront de nouveau."

Une guerre un peu passée sous silence, avec notamment le massacre de Nankin.....et le Japon d'après les bombes.......

Petit extrait :


"Tateru apprend les vents. Sur une île, rien n'est plus important. Le vent, c'est un peu la majuscule de l'air. Elle lui donne un sens, une direction, le brasse, l'embrasse. Il affole les oreilles, domine la tâte. le vent, c'est son frère. L'île, sa soeur. Il les protège, calme la mer, nettoie les cieux. Il les tient par les épaules. "


Mots-clés : #amitié #deuxiemeguerre[/center]
par simla
le Mer 4 Mar - 4:16
 
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Sujet: François Simon
Réponses: 4
Vues: 322

Heinz Rein

Berlin finale

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Berlin dévastée et éventrée, avril 1945. Un jeune déserteur qui ouvre enfin les yeux sur les horruers du nazisme intègre un groupe de résistants de la première heure, et affronte avec eux les derniers combats de la bataille de Berlin.
Le livre va de l’expérience individuelle à l'histoire collective, dans une description cinématographique des dernières heures de la ville. Entre Seul dans Berlin et L'armée des ombres, Heinz Rein donne la parole à ces hommes (et (une femme ), magnifiquement campés,  emportés par un destin ravageur mais qui donne du sens à leur vie. Des descriptions spectaculaires, des moments intimistes, des échanges philosophiques, l'auteur tient le plus souvent le pathétique à distance. C'est un thriller historique habilement mené, auquel on  pardonne aisément quelques longueurs et une tendance appuyée aux énumérations.
850 pages haletantes.

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Mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Mer 26 Fév - 15:47
 
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Sujet: Heinz Rein
Réponses: 7
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