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Franz Hellens

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nouvelle - Franz Hellens Empty Franz Hellens

Message par Tristram Sam 11 Nov - 11:50

Franz Hellens
(1881 - 1972)

nouvelle - Franz Hellens Franz_10

Franz Hellens est le pseudonyme de Frédéric Van Ermengem, né le 8 septembre 1881 à Bruxelles et mort le 20 janvier 1972 dans la même ville, un romancier, poète, essayiste et critique d'art belge.
Fils d’un bactériologiste, il vit jusqu'à 12 ans dans la propriété de ses parents à Wetteren près de Gand. Il entre au collège jésuite Sainte-Barbe de Gand. Puis il fait des études de droit. Il obtient la licence puis, en 1905, le doctorat. N'aimant pas la profession d'avocat il devient stagiaire à la Bibliothèque Royale, puis à la Bibliothèque du Parlement, et devient bibliothécaire en chef. Il vécut à Paris de 1947 à 1971.
Influencé par Edgar Poe, il est connu comme un des représentants majeurs de la littérature fantastique en Belgique. Mais il fut aussi l'infatigable animateur des Lettres belges, notamment de la revue d'abord appelée Signaux de France et de Belgique puis Le Disque vert (1922-1941). C'est lui qui découvrit Henri Michaux, avant que Jean Paulhan ne prenne le relais. La revue reparaîtra de 1952 à 1954, codirigée par Franz Hellens et René de Solier. Michaux était très admiratif de Hellens, et surtout de son roman Mélusine (1920), écrivant notamment : « poète, romancier, écrivain - son œuvre est d'une diversité rare - il a écrit de tant de façons - on renonce souvent à le trouver [...] Une imagination telle qu'il n'y en a guère de semblable ; elle part de zéro et court à l'infini. »

Œuvres :
1906 - En ville morte, roman poétique illustré
1909 - Les Hors-le-vent, recueil de nouvelles expressionnistes
1912 - Clartés latentes. Vingt contes et paraboles
1919 - Nocturnal
1920 - En écoutant le bruit de mes talons, Éditions de la Renaissance d'Occident, Bruxelles, 1920
1920 - Mélusine ou La Robe de saphir, roman fantastique
1922 - Bass-Bassina-Boulou (la réédition de 1936 sera illustrée par Élisabeth Ivanovsky)
1923 - Réalités fantastiques
1925 - Œil-de-Dieu
1926 - Le Naïf
1929 - La Femme partagée
1930 - Les Filles du désir
1930 - Grippe-cœur
1931 - Réalités Fantastiques Contes choisis 1909-1929
1932 - Documents secrets, livre autobiographique
1933 - Fraîcheur de la mer
1935 - Frédéric
1935 - La Mort dans l'Âme illustrée de bois d’Élisabeth Ivanovsky
1936 - Le Magasin aux poudres
1946 - Moreldieu
1951 - L’Homme de soixante ans
1952 - Una, poésies
1954 - Mémoires d'Elseneur
1957 - Sainte Marie de Woluwé la misérable, Plon, Paris
1960 - Entre toutes les femmes
1966 - Poétique des éléments et des mythes
1967 - Le Fantastique réel, essai
1970 - Cet âge qu’on dit grand
1971 - Suite. Derniers poèmes
1986 - Modigliani le Voyant illustré de gouaches d'Élisabeth Ivanovsky
2007 - Carnets d'un vieillard : L'Age et Moi

(Wikipédia)

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
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Message par Tristram Sam 11 Nov - 12:03

Mélusine ou la robe de saphir

nouvelle - Franz Hellens Mzolus10

Le narrateur accompagne Mélusine en Afrique (en fait il la suit, car elle est toujours devant), et la première péripétie de leur pérégrination est la découverte d’une cathédrale dans le désert, qu’ils tentent vainement d’escalader.
« Elle porte une robe bleue, d'une seule pièce, taillée dans le saphir et dont la forme simple flotte et s'allonge avec des plis ciselés. Sa tête brune oscille sur un cou souple, ses bras sont deux clartés de marbre qui ondulent et, comme toujours, elle est heureuse de marcher, car elle est la lumière et le mouvement. »
Beaucoup de renvois ou au moins de rapprochements s’effectuant dans la sphère artistique ; ainsi, évocation d’un tableau de Modigliani ?
« À terre, dans un tub à bord roulé, une femme prenait son bain. Son corps jaune et luisant était composé de pièces cimentées. Sur les épaules rondes et trapues la tête était figurée par un simple ovale incliné, dont l'équilibre, doublé par celui de l'image réfléchie dans le bassin, semblait tenir à cet appareil de forces symétriques. Au nid de l'aisselle du bras qu'elle tenait replié, le sein était marqué par un cône souligné d'un trait noir ; l'autre bras, relevé, soutenait le casque d'une pesante chevelure où la main semblait prise. Comme la baigneuse posait un genou dans l'eau, le ventre bombait entre le torse et la cuisse son hémisphère, où l'œil creux du nombril semblait rêver.
Surprise par notre entrée, comme Suzanne au bain, elle ne bougeait pas. Pourtant elle ne paraissait nullement embarrassée ; bien qu'ils fussent absents du visage, je me figurais ses grands yeux en amandes qui nous regardaient sans cligner, son nez taillé en triangle et ses lèvres d'une finesse aristocratique idéale. S'il s'était dressé soudain, le corps apparemment inerte se serait grandi jusqu'au plafond et ses rondeurs puissantes comme par miracle se seraient assouplies dans la plus parfaite harmonie. »
Une curieuse scène de mécanique, où des humains imitent des machines, leurs « maîtres » :
« Plus on avançait vers le fond de la salle et plus la vitesse des machines s'accélérait. Les bielles tournaient avec une feinte maladresse dont la reproduction exacte accusait bientôt une étonnante sûreté. Des cylindres métalliques, des cubes, des sphères et des losanges s'élevaient, avançaient, s'arrêtaient tout d'un coup, retombaient morcelés, s'enchevêtraient sans se troubler, formant un dessin mille fois rompu et renoué, d'une harmonie indestructible, sans cesse renouvelée. Chaque machine figurait en même temps le nombre et l'unité. Leurs formes nettement découpées offraient des rondeurs et des aspérités qui s'emboîtaient dans une rumeur de chocs et de murmures. »
Entr’autres influences (telle celle d’Hoffmann et ses chats), il m’a semblé reconnaître une image de Poe :
« Mais je n'apercevais que les plis des murs inconsistants. »
Le monde moderne est présent avec la technique (assez futuriste pour l’époque), et le narrateur (plutôt gauche, et jaloux des personnages qu’ils rencontrent – Nilrem, Locharlochi, Torpied-Mada, qui sont peut-être de connivence, ou le même ingénieur qui subtilisa la robe de Mélusine pour en faire le saphir au chaton de sa bague) se montre plus terre-à-terre et rationnel que Mélusine, mouvement et lumière, vertige et caprice, qui le lui reproche (et se détache progressivement de lui).
« Le bourdonnement de la ville, comme d'une scie mécanique se déroulant sous nos fenêtres, parvenait jusqu'à nous. Une abeille qui entrait le couvrit un moment tout entier. »
Le narrateur projette un Comité de la cathédrale afin de l’étudier, mais Mélusine le dissout ; de même, sa tentative de recouvrer le saphir avec l’aide du détective Œil-de-Dieu échoue grotesquement.
« Mon rêve est comme une pelote de velours où viennent se planter les impressions de la route. »
Le bain de Mélusine, qui semble y trouver sa nature de sirène :
« La salle s'enfermait dans une intimité étroite. Un paradis en cube, isolé du monde, cadenassé de volupté. Le nu y régnait comme un marbre portant des fruits mûrs. Je regardai les seins mouillés de Mélusine, ses épaules émergeant des cheveux répandus, les courbes tendres de ses bras. À hauteur de ceinture, la surface de l'eau partageait son corps blanc. On l'eût dit tranché par une fine lame de verre séparant deux fractions divergentes ; car, si le haut du corps s'affirmait en masses définies et sûres, les jambes et le ventre au contraire avaient l'air de s'évanouir, entraînées par l'eau vague.
Au plafond, les gouttes durcies ressemblaient à des clous de cristal. Le torse de Mélusine pivotait sur sa base instable, on pouvait toucher la chair, mais les cuisses et le ventre demeuraient la part du liquide. Seules s'animaient les mains librement et commandaient à l'eau. »
Onirique et surréaliste (j’ai songé à la Nadja de Breton), cette fantasmagorie où surgissent nombre de spectacles (cirque, fête foraine, etc.) m’a ramentu Raymond Roussel, qui l’a peut-être inspirée. Cela m’a aussi évoqué Jacques Abeille, et bien d’autres auteurs de la veine de l’enchantement merveilleux, même si son rendu fabuleux renouvelle la légende de façon originale.

\Mots-clés : #aventure #fantastique #reve

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Message par Bédoulène Sam 11 Nov - 16:11

merci Tristram pour ton commentaire, c'est plus aventure que rêve ?

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― Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia



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Message par Tristram Sam 11 Nov - 17:13

Plus onirique, je retirerais peut-être le hashtag "aventure" !

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Message par Tristram Ven 9 Fév - 11:33

Herbes méchantes et autres contes insolites

nouvelle - Franz Hellens Herbes10

Quinze nouvelles, parfois originales par le thème, toujours écrites dans un français châtié.
Incipit du bref texte éponyme, où les morts préfèrent à un écrasant tombeau la végétation de la fosse commune :
« Il n’y a ni bêtes méchantes ni herbes méchantes ; il n’y a que méchantes gens, méchants yeux, méchantes langues, humaine méchanceté, d’un pôle à l’autre.
La société végétale n’est mal faite qu’à l’égard et à l’égal de l’homme. Comment une herbe poussant en terre pourrait-elle être méchante ? Parce qu’elle dérange l’ordre du parterre, un ordre dont elle n’a aucune idée ? Son ordre à elle est de vivre dans l’ordre de la nature, que l’homme civilisé veut ignorer. L’ordre du parterre, c’est la loi du sécateur, la tyrannie du tuteur, pour le plaisir de l’œil humain, la satisfaction de sa vanité. Ainsi le troupeau s’aligne, mordu à l’oreille par le chien de garde. Le rosier est le chien de garde du jardin, qui n’a pas encore trouvé sa proie à déchirer de ses épines. »

\Mots-clés : #fantastique #nouvelle

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Message par Bédoulène Ven 9 Fév - 13:30

très bel extrait, merci Tristram

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