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Maurice Raphaël

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captivite - Maurice Raphaël Empty Maurice Raphaël

Message par ArenSor Ven 15 Oct - 11:13

Spoiler:

Maurice Raphaël (Victor Lepage, alias Ange Bastiani, alias Ralph Bertis, alias…)
(1918 – 1977)

captivite - Maurice Raphaël Raphaz10

« Fils d'un officier de marine breton, mais né à Toulon », il reste discret sur ses origines et affirmait avoir repris le nom de jeune fille de sa mère, d'origine corse. Une chose est certaine : après la Seconde Guerre mondiale, il se lance dans l'écriture, d'abord sous le nom de plume de Maurice Raphaël. Son premier éditeur est Raymond Guérin qui propose de le faire éditer au « Scorpion » dirigée par Jean d'Halluin. Ses premiers écrits ne rencontrent pas le succès escompté, bien que salués par André Breton, à qui il envoie d'ailleurs ses ouvrages. Sous le nom de Maurice Raphaël, sa prose s'inscrit dans la lignée de Céline. On y retrouve les mêmes formules argotiques et scabreuses, souvent orientées vers le dégoût de soi-même. L'ensemble est jugé d'un grand pessimisme.
Lepage est, avec Albert Simonin, l'un des maîtres de l'argot du « Milieu ». Comme Simonin, il a eu un passé trouble : à ce jour, personne ne peut vraiment savoir ce que furent exactement les années de sa jeunesse. Selon Alfred Eibel, entre autres, il aurait été durant la Seconde Guerre mondiale membre actif de la collaboration, « responsable aux questions juives pour les départements de l'Eure et de l'Eure-et-Loir », engagé dans la milice de la rue Lauriston. Ensuite, il n'aurait échappé que de peu à l'épuration. Il fait de la prison au Centre pénitentiaire de Fresnes et à celui de Fontevraud où il est bibliothécaire et y a l'idée d'utiliser sa connaissance très spéciale des truands pour écrire des romans.
Il touche ensuite à de nombreux domaines : romans érotiques, pièces de théâtre, guides… Mais il est surtout connu pour ses romans policiers, publiés dans les années 1950 et 1960 en Série noire et dans la collection Un mystère, « la plupart consacrés à la pègre corse ou marseillaise ».
« Le Pain des jules » est monté en 1959 par Jean Le Poulain au Théâtre des Capucines.
En 1960, son roman paru dans la Série noire, « Le Pain des jules », est adapté au cinéma par Jacques Séverac.
Infatigable piéton de Paris, il meurt rue d'Alésia en 1977.
Après avoir été l'un de ses premiers éditeurs, Éric Losfeld réédite Maurice Raphaël (« Le Festival », « De deux choses l'une », « Claquemur ») fin 1969. Dans les années 1990, les éditions « Le Dilettante » éditent également Maurice Raphaël (« Les Yeux de la tête », « Les Chevaux de bois sont ivres »).
En 2007, Patrick Modiano le décrit dans son roman « Dans le café de la jeunesse perdue ».

Œuvres (uniquement sous le pseudonyme de Maurice Raphaël)

• « Ainsi soit-il », Scorpion, 1948  
• « De deux choses l'une », Scorpion, 1949
• « Le Festival, avant que ne tombe une autre nuit des longs couteaux », Scorpion, 1950
• « Jean Martin-Bontoux », P.L.F., 1951
• « La Croque au sel », J.A.R., 1952
• « Une main lave l'autre », Denoël, 1952
• « Claquemur », Arcanes, 1953, avec des illustrations d'Hans Bellmer
• « Feu et Flammes », Denoël, 1953
• « Une morte saison », J.A.R.,  
• « Biscuit-l'amour », Scorpion, 1956
• « Les Yeux de la tête », Le Dilettante, 1986
• « Les Chevaux de bois sont ivres », Le Dilettante, 1992
• « La Piano, la naine et les chiens errants », 2005
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Message par ArenSor Ven 15 Oct - 11:18

La Croque au sel

captivite - Maurice Raphaël Croque10

André Breton ne s’y était pas trompé : il y a chez Maurice Raphaël une vraie patte d’écrivain, certes pas encore totalement aboutie, encore trop démarquée de Céline, mais l’essentiel est présent.
L’histoire est celle d’une famille du genre affreux, sales et méchants : les parents, Graine qui marche avec une béquille et qui vient de perdre son dernier emploi de ménage, son mari Poro, invalide depuis longtemps et qui va du lit au fauteuil et du fauteuil au lit, les deux fils, Voves employé d’usine en grève et qui chasse la nuit les chats pour nourrir la famille, Ponce qui est en prison, Kromme son compagnon de cellule tout juste libéré. Il y a encore la plus jeune, Cachou, qui se console avec le chien Albert et enfin la belle Nacre, femme de Ponce et devant laquelle bavent tous les mâles de la famille.
Cette belle brochette d’individus loge dans une HBM (habitation à bon marché) ; occasion pour Maurice Raphaël de fustiger ces constructions et les architectes qui les conçoivent

« Chaque tribu son alvéole. Foyers sans âtre. Tables vides, vides buffets. Corps vides qui se propulsaient dans leur cage avec de lentes grâces d’insectes aveugles. Familles entassées, comprimées, condensées, mises en conserve dans leurs deux pièces si bon marché. Pêle-mêle, les couples et leur portée, vioques et lardons, le bidet, la vaisselle et la lessive en train de sécher sur une corde tendue de long en large dans la salle à manger. Les langes, les dessous, les bas, les cotons, les tampons, les serviettes, girandole dégoulinante de drapeaux loqueteux. Grand pavois de la misère. La misère à même le corps, celle qui s’auréole sous les bras d’arcs en ciel douteux, qui transpire des pieds, pue de toute sa peau dans des hardes raidies. On lave son linge sale en famille. On le lave à l’eau froide et sans savon. Et l’hiver, il n’en finit pas de sécher. »

« D’une cellule à l’autre, d’étage à étage, ça fermentait dur, jour et nuit. Le beau bouillon de culture. Des centaines et des centaines de vibrions en piste, chicanant, ahanant, cancanant, crachant, crottant, se grimpant les uns sur les autres, acharnés à se disputer tout morceau de chair à se mettre sous la dent, emportés par un incessant remous les précipitant têtes contre ventres, cuisses et bras mêlés, tripes enlacées et agglutinant par grappes des corps convulsés de désir, de désespoir et de rage. Bien sûr, c’était dans la norme qu’ils finissent par tous chercher à s’entretuer. »

Autour de ces immeubles c’est un peu un no man’s land de boue et neige fondue, tout du moins jusqu’au Boulevard qui marque une frontière :

« Le boulevard, c’était la frontière entre ceux qui crevaient de faim et ceux qui crevaient de peur. De la peur de ceux qui crevaient de faim. Mais ils étaient assez communément installés dans leur peur, depuis des générations qu’ils se léguaient leur colique de père en fils. Ca les empêchait pas de vivre. Le tout était d’avoir du papier hygiénique assez fin à leur portée. Ils avaient toute une presse et des journalistes bien stylés à cet effet. Ils en avaient les moyens. C’était, somme toute, une peur confortable et bien nourrie. Elle se manifestait en surface, assez naïvement par des verrous de sûreté, des pièges à loup, des tessons sur les murs et de fréquentes rondes d’agents cyclistes. »

L’époque est mal définie, les files devant les commerces, la difficulté pour se chauffer et se nourrir font penser à l’Occupation, mais ce pourrait être aussi l’immédiat après-guerre :

« Une foule se tient facilement debout. C’est tout simple. Une construction aisée et fragile à la fois, comme un château de cartes. Et, il suffisait également d’un rien pour voir la file se disloquer et chacune d’entre les femmes s’en retourner de son côté. Les jambes se retrouvaient par paires, toutes semblables, des jambes uniformes avec leurs varices bleuâtres et leurs pieds que les engelures transformaient en plantes obscènes. Et leurs pas étaient bien pareils et laissaient les mêmes empreintes léchées dans la neige des rues et des terrains vagues. »

« Cela faisait à travers le quartier de longs cortèges funèbres immobiles où l’œil cherchait instinctivement au premier regard la place du corbillard et ne trouvait qu’un pas de porte. Pour ajouter à cette impression, des conversations chuchotées émanait cette sorte de bourdonnement feutré, bordé de deuil, qui accompagne les enterrements. Mais ici le bruit croupissait sur place et les mots, les mêmes mots toujours, repris et abandonnés, se tassaient au creux de chaque bouche et lui pourrissaient les dents lentement. Graine avait des dents noires, très espacées, qui peignaient l’air avec un soin cruel. Et les visages se lançaient les uns aux autres des bouffées de buée, au travers desquelles ils apparaissaient flous et inconsistants. »

L’image d’enfants mourant de malnutrition et de maladies revient fréquemment :

« Graine avait la tête bruissante d’une danse de tout petits cadavres qui avaient des sourires rouges de viande de boucherie et des jambes grêles ratatinées comme des radicelles sous des ventres démesurés aux nombrils proéminents. Ils flottaient à l’intérieur de son crâne empli d’un liquide qui pesait un poids énorme, plus lourd que tout le reste de son corps, et lui faisait craquer les tempes et la nuque. A en hurler. »

Des paragraphes sur la prison sentent le vécu !

« - Le mitard, c’est le cachot. La prison dans la prison. Quelque chose de soigné. L’isolement total, une cellule sans fenêtre. La nuit toute la journée et une gamelle tous les quatre jours. De la flotte avec des épluchures de patates et des fanes de carottes. Tous les quatre jours. Les droits de l’homme.
Et le froid. On te donne des habits de singe pour la cérémonie et chaque soir on te retire les fringues pour la nuit. Si j’ai pas crevé.
Le mitard. Parce qu’à la fin, même en taule, on pourrait arriver à se croire libre en oubliant le reste. Le dehors. Ce serait trop beau. Ils ont trouvé le moyen de créer une super taule, à l’intérieur de l’autre, une plus perfectionnée. Ce que c’est que la civilisation. Les vaches. »

« Mais il avait une très longue habitude des pas-perdus et des itinéraires sans but. Cela ne faisait jamais que quelques pas de plus qui s’ajouteraient aux millions de pas dont il avait tracé le dédale à travers les cellules qui l’avaient détenu. Un voyage au très long cours. Qui continuait. Ne pouvait plus avoir de terme. Il faudrait maintenant l’assommer à coups de merlin pour interrompre sa route. Mais déjà on lui préparait des terminus. Des crosses de mousqueton de garde mobile, des sifflets à faire valser les escargots et des machines à secouer le paletot très perfectionnées l’attendaient au prochain tournant. Tant il est vrai que peut être inquiétante pour l’ordre public et attentatoire à la sûreté de l’Etat, la marche d’hommes qui ne vont nulle part. »

« Je te le dis, accepter l’idée qu’on peut être matraqué, c’est déjà se reconnaître coupable. Vous ne faites riens, d’accord. Vous êtes immobile, les mains en l’air. Vous ne les rabaisserez que pour vous laisser passer les menottes. »

Mots-clés : #captivite #misere #social
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Message par Tristram Ven 15 Oct - 12:39

Ça a tout l'air d'une (re)découverte intéressante ! Combien de trouvailles dorment dans les vieux livres ?!

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Message par Bédoulène Dim 17 Oct - 9:18

merci Aventin, je suis tentée

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"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

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