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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Anne Bérest

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Anne Bérest Empty Anne Bérest

Message par Bédoulène Dim 24 Oct - 9:15

Anne Bérest

Née en 1979


Anne Bérest P2788310

Anne Berest, née le 15 septembre 1979 à Paris, est une romancière et scénariste française. Elle est la fille de la linguiste Lélia Picabia et de Pierre Berest, ingénieur général des mines, diplômé de l’École Polytechnique et de l’École des Mines de Paris.
Elle a deux sœurs dont l'écrivaine Claire Berest.
Elle est l’arrière-petite-fille de Francis Picabia et de Gabrièle Buffet-Picabia.

Après des classes préparatoires au lycée Fénelon, elle soutient un mémoire d’études théâtrales sous la direction de Georges Forestier, en dramaturgie baroque.

En 2001, elle crée au Théâtre du Rond-point la revue théâtrale Les Carnets du Rond-Point dont elle assure la rédaction en chef pendant cinq ans.
En 2006, elle fonde Porte-plume, structure éditoriale spécialisée dans les livres de mémoire. Elle rédige de nombreuses biographies dont celle d’Abdelkader Belkhodja le grand-père de la réalisatrice Maïwenn Lebesco.
En 2010, elle adapte pour Edouard Baer le roman Un Pedigree de Patrick Modiano, qui est joué au théâtre de l’Atelier.
En 2011 elle publie au Seuil La Fille de son père, un premier roman «subtil et maitrisé » pour Le Monde.
En 2012, Les Patriarches, chez Grasset, un deuxième roman filial sur la fin des utopies.
De janvier à avril 2011, elle écrit une chronique sur Paris dans le Journal du dimanche, dont un article sur Le Téléphone, l’oeuvre d’art de Sophie Calle.
En 2014, le fils de Françoise Sagan, Denis Whesthoff, lui commande l'écriture d'un livre sur sa mère, ce sera Sagan 1954 à l'occasion des soixante ans de la parution de Bonjour Tristesse.  Le couturier Karl Lagerfeld lui écrit, à la suite de la lecture de ce livre.
La même année, elle participe à l'ouvrage collectif How to Be Parisian Wherever You Are classé dans les dix meilleures ventes du New York Times, un scrapbook qui analyse avec ironie la figure de la Parisienne (stéréotype).
En 2015, elle publie chez Grasset son quatrième roman Recherche femme parfaite, une comédie féministe, réflexion sur les injonctions à la perfection que subissent les femmes dans la société contemporaine

En 2017, elle publie avec sa sœur, l’écrivaine Claire Berest, une biographie à quatre mains intitulée Gabriële, dont l'héroïne est Gabrièle Buffet-Picabia, la femme du peintre Francis Picabia, et compagne de l’artiste Marcel Duchamp. Dans ce livre, les sœurs Berest réhabilitent le rôle intellectuel de Gabrièle Buffet-Picabia dans l’histoire de l’art, mettant en valeur son apport dans la pensée de l’abstraction en matière picturale. Le critique d’art Philipe Dagen leur consacre un article dans Le Monde « Gabriële Buffet-Picabia, une influence manifeste ».

Elle est membre du Collectif 50/50 qui a pour but de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel.

Bibliographie

La Fille de son père, éditions du Seuil, coll. « Cadre rouge », 2010 Prix des dunes
Les Patriarches, éditions Grasset, 2012
Sagan 1954, éditions Stock, coll. « La bleue », 2014
Collaboration : Audrey Diwan, Caroline de Maigret, Sophie Mas et Anne Berest, How to be parisian wherever you are : Love, Style, and bad habits, Doubleday, 2014
Recherche femme parfaite, éditions Grasset, 2015
Gabriële (avec Claire Berest), éditions Stock, coll. « La bleue », 2017
La Visite, suivi de Les Filles de nos filles, théâtre,  2020
La Carte postale, éditions Grasset, 2021

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Message par Bédoulène Dim 24 Oct - 9:26

La carte postale

Anne Bérest 31ulji10


« Parmi le courrier, très ordinaire en ce début de mois de janvier, elle était là. La carte postale. Glissée entre les enveloppes, l’air de rien, comme si elle s’était cachée pour passer inaperçue.
Ce qui a tout de suite intrigué ma mère, c’était l’écriture : étrange, maladroite, une écriture qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Puis elle a lu les quatre prénoms écrits les uns en dessous des autres, sous forme de liste.
Ephraïm
Emma
Noémie
Jacques

Ces quatre prénoms, c’étaient ceux de ses grands-parents maternels, de sa tante et de son oncle. Tous les quatre avaient été déportés deux ans avant sa naissance. Ils étaient morts à Auschwitz en 1942. Et ils resurgissaient dans notre boîte aux lettres soixante et un an plus tard. Ce lundi 6 janvier 2003. »

Qui avait envoyé la carte ? Que penser ? le destinataire : M. Bouveris, le nom marital de la mère de Lélia.

La carte fut rangée dans une boite et n’en ressortit qu’une dizaine d’années plus tard alors qu’Anne, (l’auteure) l’une des filles de Lélia, enceinte passa quelque temps chez ses parents. Elle demanda à sa mère, Lélia de lui parler de sa famille, de ses grands-parents ; Lélia raconta, sorti un dossier qu’elle avait constitué au fil du temps, quelques photos, des documents administratifs et ce qu’elle avait pu trouver et déduire du parcours des Rabinovitch, de Moscou à Riga, à Haïfa et l’arrivée à Paris.

Anne décida de continuer la quête, à savoir, trouver l’expéditeur de la carte postale reçue en 2003. Elle y mit toute son ardeur, elle entraîna parfois sa mère à l’accompagner, elles rencontrèrent des voisines du village où habitait la famille Rabinovitch.

Anne interrogea souvent Lélia, au fur et à mesure de ses découvertes, pour confirmer certains faits dont elle se rappelait, mais Anne se rendit compte que sa mère était parfois réticente, elle la sentait blessée.

« Eh bien moi j’en ai ras le bol de répondre à tes questions ! C’est mon passé ! Mon enfance ! Mes parents ! Tout cela n’a rien à voir avec toi. Et j’aimerais que tu passes à autre chose maintenant. »
Réponse par lettre d’Anne à sa mère : « Mais maman, ce récit est aussi le mien. Et parfois, à la façon d’une Myriam, tu me regardes comme si j’étais une étrangère dans le pays de ton histoire. Tu es née dans un monde de silence, il est normal que tes enfants aient soif de paroles. »


Anne continua sa quête, elle partit sur les traces de sa grand-mère, en Provence, là où elle avait séjourné pour les vacances ; elle visita les cabanes où vécurent ses grands-parents, elle rencontra des anciens du village, encore en vie qui répondirent à ses questions, le parcours de Myriam en France se dévoilait.

Cette quête conforta Anne dans son statut de petite-fille et fille Juive, alors même que sa famille n’était pas pratiquante ; elle éclaira aussi le sentiment qu’elle et sa sœur Claire avaient entre-elles. En effet Anne se rappela la demande de réconfort que Claire lui réclamait enfant, disant qu’elle se sentait Noémie ; toutes deux portaient-elles la mémoire des enfants Rabinovitch disparus ? (1)
Mémoire personnelle et mémoire familiale ; plusieurs similitudes, coïncidences n’étaient-elles qu’hasardeuses ?

Contrairement à ce que Lélia pensait Anne découvrit l’auteur de la carte et la raison de l’envoi. Et même si la quête était nourrissante :

« J’ai du mal à maintenir ensemble toutes les époques de l’histoire. Cette famille, c’est comme un bouquet trop grand que je n’arrive pas à tenir fermement dans mes mains. »


Autres extraits

Relations entre Vicente (qui mourra d’une overdose) et Myriam – les grands-parents – « Elle ne partage ni ses pensées, ni les minutes de son existence, mais il suffit qu’il dise « je vous présente ma femme » pour effacer tous les vides. Son cœur se gonfle d’orgueil parce que sa beauté d’homme lui appartient. Vicente est silencieux mais il est merveilleux à regarder. Elle peut faire une vie avec ça, simplement contempler sa beauté. »

Lélia : «J ’étais confrontée à une contradiction latente. Avec d’un côté, cette utopie que mes parents décrivaient comme un modèle de société à bâtir, gravant en nous jour après jour l’idée que la religion était un fléau qu’il fallait absolument combattre. Et de l’autre, planquée dans une région obscure de notre vie familiale, il y avait l’existence d’une identité cachée, d’une ascendance mystérieuse, d’une étrange lignée qui puisait sa raison d’être au cœur de la religion. Nous étions tous une grande famille, qu’importe notre couleur de peau, notre pays d’origine, nous étions tous reliés les uns aux autres par notre humanité. Mais au milieu de ce discours des Lumières qu’on m’enseignait, il y avait ce mot qui revenait comme un astre noir, comme une constellation bizarre, qui revêtait un halo de mystère. Juif. »

(1) Anne à Claire sa sœur : J’ai réalisé qu’à la naissance, nos parents nous ont donné comme deuxième prénom, à l’une et à l’autre, des prénoms hébreux. Des prénoms cachés. Je suis Myriam et tu es Noémie. Nous sommes les sœurs Bérest mais à l’intérieur de nous, nous sommes aussi les sœurs Rabinovitch. Je suis celle qui survit. Et toi celle qui ne survit pas. Je suis celle qui s’échappe. Toi celle qu’on assassine. Je ne sais pas quel est le plus mauvais costume à endosser. Sur cette réponse, je ne parierais pas. C’est perdant-perdant, cet héritage-là. Nos parents avaient-ils réfléchi à cela ? C’était une autre époque comme on dit.

La phrase de Mendelsohn m’a remuée et je me demande, je te demande – je nous demande – ce que nous devons faire de cette désignation-là. C’est-à-dire, ce que nous en avons fait jusqu’à aujourd’hui, ce que ces prénoms sont venus travailler silencieusement en nous, dans nos caractères et nos façons d’envisager le monde. Au fond, pour reprendre la formule de Mendelsohn : quel pouvoir ces prénoms ont-ils pris dans nos vies ? Et dans notre lien ? Je me demande ce que nous pouvons déduire et construire de cette histoire de prénoms. Prénoms qui apparaissent brutalement sur la carte postale, comme si on nous les jetait au visage. Prénoms cachés dans nos patronymes.

Les conséquences, heureuses ou malheureuses d’ailleurs, sur nos tempéraments.

Réponse de Claire : « Je suis celle qui a joué à saute-mouton par-dessus ses effrois, voir jusqu’où on tombe. Et celle qui a recouvert ses bras de tatouages pour y planquer les ombres.
Mais je te l’écris là aujourd’hui, parce que je n’ai pas à avoir honte. Je n’ai plus honte. J’allais dire, je n’ai plus honte de mes bras.
Je crois qu’arrivées à 40 ans, l’une et l’autre, nous commençons à peine à nous connaître, en ayant pourtant tant vécu ensemble.
Je crois que Myriam et Noémie n’ont pas eu la chance d’à peine commencer à se connaître.
Je crois que nous avons survécu à nos disputes, à nos trahisons, à nos incompréhensions.
Je crois que jamais je n’aurais pu t’écrire cela si tu ne m’avais pas envoyé ce message avec ces questions venues de la tombe.
Je crois mais je ne sais rien. »

----------------------------------

C’était une excellente lecture, qui m’a remuée, comme toujours sur ce sujet.

La belle écriture soutient le ressenti.

Cette quête c'est encore un devoir de mémoire.

Que dire de l’attitude, de l’hypocrisie de l’administration et de l’état français à l’époque, que dire de l’antisémistisme encore présent si ce n’est un sentiment de honte et de colère.

Dans cette recherche sont évoqués des personnages connus, comme René Char, Samuel Beckett, (tous deux résistants) Sarraute, W.Benjamin, Gide …..

Mon commentaire est brouillon et je n’évoque pas tout ce qui m’a touchée, des lois, des évènements que j’ignorais – malgré tant de lectures - ; mais je suis sure que toploc complètera mon propos, car, oui je suis sure qu’elle lira ce livre.






\Mots-clés : #biographie

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Message par topocl Dim 24 Oct - 9:59

je ne vais pas tarder à te suivre, Bédoulène.

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