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Message par ArenSor Ven 16 Déc - 14:38

Laure Murat

(née en 1967)

Laure Murat Laurem10

Laure Murat est une historienne et écrivaine française.
Membre de la maison Murat, Laure Murat est une cousine du 8e prince Murat, et la fille de Napoléon Murat, producteur de films, et d'Inès d'Albert de Luynes, qui a écrit quelques ouvrages.
Elle obtient son doctorat en histoire, à l'École des hautes études en sciences sociales, en 2006. Son champ d'études s'étend à l'histoire de la culture, l'histoire de la psychiatrie, les gender studies.
Elle est actuellement professeur au département d'études françaises et francophones (Department of French and Francophone Studies) de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Publications :
• « Palais de la nation », 1992
• « Paris des écrivains », 1996
• « L'Expédition d'Égypte : le rêve oriental de Bonaparte », 1998.  
• « La Maison du docteur Blanche : histoire d’un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant », 2001.
• « Passage de l’Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres », 2003.
• « La Loi du genre : une histoire culturelle du troisième sexe », 2006.
• « L'homme qui se prenait pour Napoléon : pour une histoire politique de la folie », 2011.
• « Relire : enquête sur une passion littéraire », 2015.
• « Flaubert à la Motte-Picquet », 2015.
• « Ceci n'est pas une ville », 2016.
• « Qui annule quoi ? : sur la cancel culture », 2022.
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Message par ArenSor Ven 16 Déc - 14:43

La Maison du docteur Blanche : histoire d’un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant.

Laure Murat La_mai11

C’est l’histoire d’une maison de santé privée pour déficients mentaux au 19e siècle.
A la suite de la dénonciation par Philippe Pinel des conditions lamentables infligées aux aliénés, le docteur Esprit Blanche (au prénom prédestiné !) va fonder au début du siècle sur les hauteurs de Montmartre une clinique privée. Son œuvre sera poursuivie par son fils Emile qui lui, va s’établir à Passy.
«  Les Blanche, père et fils logent dans cet écart qui sépare « le moment 1800 », invention de la psychiatrie institutionnelle, du « moment 1900 », avènement de la psychanalyse. Comme si nés une génération trop tard, une génération trop tôt, ils étaient tombés dans la pliure de la page, le point aveugle qui est aussi l’axe fédérateur autour duquel s’ordonnent les feuillets d’un livre ».
Tout au long du 19e siècle, les débats font rage sur la nature organique ou psychique des troubles mentaux, mais la thérapeutique reste sommaire : bains prolongés, saignées, purges... Dans les moments de crise, on recourt sans problème aux douches froides et à la camisole. La particularité de l’établissement du docteur Blanche est d’introduire le patient dans la vie familiale du médecin : prise des repas ensemble, appartements privés, promenades dans le parc, rôle important de la parole. Bref, créer un cadre social apaisant pour le malade. Toutefois, ce côté paternaliste, même si on ne peut douter des qualités de compassion et d’écoute des Blanche père et fils,  va de pair avec une image du médecin s’imposant auprès des patients comme une sorte de maître absolu. Par ailleurs, être soigné dans ce type d’établissement a un coût… très élevé, les séjours à la clinique du docteur Blanche sont donc réservés à une clientèle fortunée. Ainsi, la mère de Baudelaire renoncera à y placer son fils de retour de Belgique. Outre la qualité des soins, la compétence du docteur Blanche, le caractère agréable du cadre de vie, les familles apprécient particulièrement un autre avantage essentiel, celui de la discrétion. A une époque où de nombreux spécialistes insistent sur le caractère héréditaire de l’aliénation, les familles bourgeoises n’ont nulle envie que faire savoir que l’un de leurs membres est soigné pour cette affection.
Principalement par le bouche à oreille, ce qui nous concerne au premier chef, la clinique Blanche devient rapidement un lieu réputé dans le milieu littéraire et artistique parisien. Parmi les patients les plus célèbres figure Gérard de Nerval qui fit deux longs séjours à la clinique, le dernier se terminant quelques mois avant sa mort. Très lucide sur son état lors des périodes de rémission, Nerval noue des relations complexes et ambigües avec son médecin. Moins lourd est le cas de Marie d’Agoult qui souffre de crises de neurasthénie avec tendances suicidaires, elle retrouvera une vie pratiquement normale après un séjour en clinique. En revanche, Charles Gounod devra faire appel à Emile Blanche à plusieurs reprises. Comme le souligne l’auteur, Marie d’Agoult et Charles Gounod seraient traités aujourd’hui par la parole et Nerval dans le cadre de l’hôpital de jour.
Une dernière catégorie de malades, peut-être la plus terrible, a aujourd’hui pratiquement disparue vaincue par la pénicilline. Il s’agit de la « paralysie générale » ou méningo-encéphalite provoquée par la syphilis et entraînant un état de démence jusqu’à la mort. Au moins deux célèbres patients du docteur Blanche étaient atteints par cette terrible maladie : Théo Van Gogh, le frère du peintre, et Guy de Maupassant. Nous suivons les derniers mois pénibles de ce dernier avec ce constat glaçant d’Emile Blanche dans son registre : Maupassant est en train de s’animaliser.
Jacques Blanche, fils d’Emile, ne suivra pas la vocation de son père et grand-père. Né avec une cuiller d’argent dans la bouche, il a appris à lire avec Marie d’Agoult, appris le piano avec Charles Gounod et la peinture avec Edouard Manet ! il va suivre une carrière artistique. Peintre dit « mondain », il est l’auteur du plus célèbre portait de Marcel Proust.

Laure Murat Proust10

A travers les destins d’écrivains et artistes ayant eu affaire aux Blanche père et fils, Laure Murat dresse un tableau vivant de la psychiatrie au 19e siècle. Cette période montre de vrais progrès dans le traitement des troubles mentaux mais des remèdes encore rudimentaires et des préjugés tenaces. Les femmes en particulier sont vite enfermées si elles font trop preuve d’indépendance par rapport à leur père ou leur époux. « La Maison du docteur Blanche » est un livre très intéressant, faisant preuve d’une approche fine du sujet de l'aliénation et servi par une écriture à la fois précise, claire et fluide.


\Mots-clés : #biographie
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Message par Bédoulène Ven 16 Déc - 16:15

merci Aren, c'est donc une biographie !

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Message par Tristram Ven 16 Déc - 16:47

Sujet très intéressant, d'autant que l'histoire de la psychiatrie est loin d'être achevée (j'espère), oscillant actuellement entre camisole chimique et En thérapie...

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Message par Pinky Ven 16 Déc - 17:47

Oui sujet intéressant et d'actualité car faute de moyens et de soignants, la prise en charge se détériore en ce moment et des moyens coercitifs qui avaient été plus ou moins abandonnés reviennent en force.
Il faut que je retrouve le livre qui a été rédigé récemment sur la condition des malades dans certains établissements actuellement.
Je viens de lire le roman Le Bal des folles qui met au jour les méthodes de Charcot sur les femmes et leurs dispositions "hystériques". Je vais en faire un rapide commentaire.
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Message par Tristram Ven 16 Déc - 18:17

On attend avec impatience !
Sinon, ce que je voulais surtout dire, c'est que je pense qu'il nous manque encore beaucoup de connaissance en matière de psychiatrie (et psychologie).

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Message par Bédoulène Ven 16 Déc - 18:19

dommage que Chrysta se soit éloignée, sa participation serait bienvenue

merci Pinky de ton renseignement sur la prise en charge des malades.

le mot hystérique n'a pas le même sens pour le citoyen lambda et pour le psychiatre : l'emploi d'hystérique signifie simplement "symptôme visible"

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Message par ArenSor Mer 21 Déc - 10:12

Passage de l'Odeon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l'entre-deux-guerres

Laure Murat Rue_de10

Il y a déjà un certain temps que je veux vous parler d’Adrienne Monnier et de Sylvia Beach, les deux libraires de la rue de l’Odéon. Elles furent les maîtresses d’oeuvre de ce qui est probablement la plus fabuleuse aventure littéraire du XXe siècle : la première publication de « Ulysses » de James Joyce en 1922 et de sa traduction en français en 1927.
Grâce à un prime d’assurance pour accident donnée par son père, Adrienne Monnier peut créer en 1915 une librairie située 7 rue de l’Odéon à la belle enseigne de « La Maison des Amis des Livres ». La particularité de cette librairie est d’être également une bibliothèque où les lecteurs qui s’abonnent peuvent emprunter des livres et des revues à une époque où ces imprimés coûtent chers. Le choix d’ouvrages proposés est de grande qualité, émanant d’auteurs qui bien vite fréquentent la librairie-bibliothèque : André Gide, Valery Larbaud, Paul Valéry, Valéry Adelphe,  Jules Romains, Léon-Paul Fargue, Paul Claudel, pour ne citer que les plus célèbres. En majorité, des écrivains de la mouvance NRF et Gallimard. D’autres, à la pointe de la modernité, sont présents aussi dès les débuts : Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Blaise Cendrars. Régulièrement, Adrienne Monnier organise des causeries dans sa librairie où les grands auteurs viennent lire leurs derniers écrits et discuter avec les auditeurs. Tout ceci attire de jeunes écrivains. Ainsi en 1918, André Breton et Louis Aragon  découvrent à la librairie une revue intitulée « Dada », provenant de Zurich et que Adrienne Monnier a failli retourner. Au fil des ans, bien d’autres écrivains vont fréquenter les lieux : Michel Leiris, Henri Michaux, Nathalie Sarraute, Jean Paulhan, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Walter Benjamin… D’autres encore qui bifurquèrent vers d’autres voies : Gisèle Freund, Claude Cahun, Jacques Lacan, le professeur Jean Bernard (que j’ai eu la chance de rencontrer et qui se souvenait avoir aidé James Joyce ayant des gros problèmes de vue à traverser la rue de l’Odéon !)

Laure Murat 01_adr10

En 1919, une jeune américaine, Sylvia Beach, crée au 8 rue Dupuytren la « Shakespeare and company » une librairie de même type mais tournée vers la littérature anglo-saxonne. La fréquenteront notamment Gertrude Stein et Alice Toklas, Francis Scott Fitgerald, Ezra Pound, Ernest Hemingway (qui pourra se vanter en 1944 d’avoir « libéré » le Ritz et « La Maison des Amis des Livres ») et bien sûr James Joyce.
En 1921, la « Shakespeare and Company » quitte la rue Dupuytren pour le 12 rue de l’Odéon, à deux pas de « La Maison des amis des Livres ». Les deux librairies sont alors dans un même espace géographique, avec les mêmes objectifs mais un public de nationalité différente. Adrienne Monnier et Sylvia Beach sont à la fois un couple et des associés professionnels. Les écrivains passent sans problème d’une échoppe à l’autre. Sylvia Beach revendique d’ailleurs un rôle de « go between ». L’Odéonie devient ainsi un lieu important de brassage entre littérature de langue française et littérature de langue anglo-saxonne.

Laure Murat 02_sha10

Il est difficile de concevoir aujourd’hui le courage, l’enthousiasme, et un peu l’inconscience, qu’il a fallu à  ces deux femmes, somme toute novices dans le domaine de l’édition, pour publier le chef-d’œuvre de Joyce. Rappelons que les extraits du livre publiés dans des revues en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ont attirés rapidement les foudres de la censure se traduisant par une interdiction de publication. Même si en France le libéralisme est plus grand, le risque est énorme. Beaucoup de dactylos qui tapent le texte craquent ; l’une vient au domicile de Joyce, jette les feuillets par terre et s’enfuit en courant, le mari d’une autre jette les feuilles au feu. De ce fait, le chapitre sur Circé est perdu. Il faut alors recourir à un collectionneur américain qui possède le manuscrit original (vendu par Joyce) et qui finit par accepter de le faire photographier ! Aucun éditeur n’aurait accepté de publier le livre dans de pareilles conditions : droits importants accordés à l’auteur, permission  pour lui de modifier son texte jusqu’à la dernière minute – le livre augmentera d’un tiers entre décision de publier et impression proprement dite. Si nous pouvons lire « Ulysses » sous sa forme actuelle, c’est bien grâce à la ténacité de Sylvia Beach ! Côté amateurisme, deux faits vont être lourds de conséquence : l’absence de tout contrat écrit entre l’auteur et l’éditrice et surtout l’absence de dépôt de copyright, lourd handicap pour empêcher les éditions pirates. Finalement, « Ulysses » parait en février 1922. Une partie de cette 1ère édition, introduite frauduleusement en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, sera détruite par les douanes.

Laure Murat Beach_10

Epuisée par l’épreuve, Sylvia Beach renonce à la proposition de Joyce de publier « Finnegans Wake ».
La traduction de « Ulysses » en français a été une autre aventure qui a duré sept ans ! En cause, les difficultés de traductions et les brouilles qui sont intervenues entre les trois traducteurs : Auguste Morell assisté de Stuart Gilbert et Valery Larbaud qui joue le rôle de superviseur. En cas de difficultés, les questions sont traitées directement entre Valéry Larbaud et James Joyce. Offensé de voir la traduction supervisée par Larbaud, Auguste Morelle ne voudra plus entendre parler du livre, il se fera fermier à Belle-Ile où il mourut dans la misère.
Enfin « Ulysse » peut paraître en février 1929 !
Loin d’enrichir les deux libraires, la publication d’Ulysse les a singulièrement appauvries. Il faut dire qu’elles entretiennent James Joyce dont les besoins en argent sont considérables. A ceci s’ajoute la crise de 29 et la disparition de la clientèle anglo-saxonne.
En 1933 « Ulysses » est enfin autorisé de parution aux USA. Un mois plus tard, le livre est publié par Random House qui s’empresse de déposer le copyright. En un mois la firme vend plus d’exemplaires que « Shakespeare and Company » en douze ans. Sylvia Beach a tout perdu, sauf l’honneur d’avoir été la première à publier.
Adrienne Monnier pourra elle céder en 1937 les droits sur « Ulysse » à la maison Gallimard.
Malgré les difficultés, les deux librairies se maintiennent jusqu’à la guerre. En décembre 1941, Sylvia Beach refuse de céder un exemplaire de « Finnegans Wake » en devanture à un officier allemand. Par peur des représailles, elle ferme la librairie et déménage tous les livres dans un appartement. C’est la fin de « Shakespeare and company ».
Quelques années plus tard, en 1951, Adrienne Monnier cède la librairie « La Maison des Amis des Livres ». Elle décède quatre ans plus tard. Sylvia lui survivra jusqu’en 1962. C’est la fin de l’aventure.
« Des « Mamelles de Tirésias » de Guillaume Apollinaire en 1917 aux « Mouches » de Jean-Paul Sartre, pièce représentée en 1943, le Paris de l’entre-deux-guerres a connu cet âge d’or d’une littérature qui « faisait spectacle » et créait l’événement. Du surréalisme à l’existentialisme, en marge des projecteurs, l’Odéonie aura été un autre théâtre, l’une de ces scènes alternatives qui autorisaient tous les croisements, des hommes et des mouvements, de la France et de l’Amérique, où l’écriture et la lecture trouvèrent une forme originelle d’application. Un lieu de passage, en somme, où, dans le décor neutre d’une librairie, par la grâce de deux interprètes, deux traductrices des langues et des passions, s’est joué, trente-cinq ans durant, le répertoire vivant des idées. »
Nota : la librairie « Shakespeare and company » de Sylvia Beach n’a rien à voir avec la librairie du même nom située rue de la Bûcherie. Celle-ci a été fondée par George Whitman en 1964 sur un modèle original (hébergement temporaire de jeunes écrivains en échange d’heures de participation au fonctionnement de la librairie). L’établissement devint un lieu de rencontres de la Beat Generation : Allen Ginsberg, Gregory Corso, William Burroughs etc.


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Message par Tristram Mer 21 Déc - 10:43

Fabuleuse (exemplaire ?) histoire que celle de cette littérature occidentale vivante dans le Paris d'alors ! à noter qu'Olivier Rolin évoque Shakespeare & Co dans Vider les lieux.

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Message par Pinky Mer 21 Déc - 11:20

Je comprends les réticences à propos de Circé. J'ai retrouvé les notes que j'avais prises en lisant Ulysse. Je me cite moi-même :

Le chapitre est écrit sous forme théâtrale et mélange faits « réels » se passant dans le bordel et hallucinations. Bloom est tantôt roi, tantôt condamné à mort, bafoué, transformé en femme. Toute sa culpabilité concernant sa sexualité le tourmente de manière obsédante. L’auteur s’amuse, joue avec les costumes des personnages, fait parler les objets (le savon, l’éventail…), les arbres (les ifs du cimetière). Allusions nombreuses aux pourceaux que sont les hommes accusés par de nombreuses femmes pour leur obsession sexuelle et références constantes aux chapitres précédents.

Les dactylos sont des femmes et j'ai envie de dire :  les hommes n'ont qu'à taper eux-mêmes leurs fantasmes ! (c'est la note féministe). Ce chapitre est amusant car complètement délirant...un peu "osé" pour l'époque.
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Message par Pinky Jeu 22 Déc - 13:49

Laure Murat Img_0611

En juillet 2022, le 12 rue de l'Odéon où Sylvia Beach s'est installée en mai 1921.

Laure Murat 12_rue10
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Message par ArenSor Jeu 22 Déc - 14:38

Merci. "Il est des lieux où souffle l'esprit" dirait Barrès !
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Message par Pinky Jeu 22 Déc - 14:57

J'ai oublié de dire que la librairie se situait en face au 7. Photo du 7 pour une autre fois mais la rue a beaucoup changé. Les rez de chaussée étaient tous des commerces.
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Message par Bédoulène Jeu 22 Déc - 15:28

merci Pinky pour les photos ! (et la note féministe)

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Message par Pinky Mer 15 Nov - 15:19

Proust, roman familial

Laure Murat Proust10

Laure Murat est professeure de littérature française à l’université de Californie, Los Angeles. Elle y enseigne, en particulier, La Recherche du temps perdu. Dans ce livre, elle dévoile la manière dont sa lecture de Proust a mis en lumière et mots ce qu’elle n’arrivait pas à exprimer sur le malaise que lui inspirait ses origines familiales. Son père, prince Murat avait épousé sa mère, une Luynes descendante du duc de Luynes proche de Louis XIII.  Noblesse d’Empire et noblesse d’Ancien Régime forment un arbre généalogique prestigieux mais encombrant.  Tout ce beau monde est plus ou moins convoqué dans La Recherche soit sous des noms d’emprunt soit même sous leur nom véritable, créant chez Laure Murat une confusion entre littérature et vie familiale réelle.
Le livre mêle les souvenirs personnels de l’auteure avec des passages de Proust qui éclairent le malaise ressenti au cœur de ces codes surannés où l’affect est absent, banni et considéré comme grossier. Ce sont les  "domestiques qui pleurent".

Cela commence ainsi :
« Il m’a fallu des années pour comprendre une chose très simple. Elle m’a sauté aux yeux lorsqu’un soir, regardant un épisode de Downton Abbey, j’ai découvert la scène où le maître d’hôtel sort un mètre devant la table dressée pour le dîner afin de mesurer la distance entre la fourchette et le couteau et de s’assurer que l’écart entre les couverts est le même pour chaque convive. […] Je sentais confusément que se manifestait, à travers ce mesurage absurde et appliqué, un signe lointain venu du passé, de l’enfance. »

Puis l'auteure explore les liens qu'elle tisse entre son expérience familiale et le texte de Proust :

« L’aristocrate est incapable de changer de rôle. Car il a été éduqué dans le mimétisme. S’en défaire, cela reviendrait – croit-il- à changer la nature profonde de son être, comme si la noblesse était une partition inscrite dans les gènes  à interpréter tous les jours. Il n’y a pas plus aliéné que l’aristocrate.
[…] Or, en représentant des gens en représentation, Proust, capable de percer les secrets de leur pantomime, les rend en quelque sorte à leur nature véritable, positive, comme dans la formule mathématique -x-=+. »

Un bel exemple de vulgarité est le passage où Swann annonce qu’il est condamné à la duchesse de Guermantes qui lui répond
« Vous voulez plaisanter ? » dit-elle à Swann
- Ce serait une plaisanterie d’un goût charmant, répondit ironiquement Swann »
On voit ensuite le duc et la duchesse, préoccupés à résoudre un problème majeur : la duchesse peut-elle aller à un diner avec des souliers noirs alors qu’elle porte une robe rouge ?
« Proust dit assez combien la duchesse est le fruit, voire la prisonnière d’une éducation qui repose sur un « code de convenances » ignorant le cœur, sur une « jurisprudence » désincarnée dont, confrontée à une situation inédite, elle ne parvient pas à se défaire. Célèbre pour son sens de la répartie et son à-propos dans tout le faubourg Saint-Germain, elle ne peut répondre à la confidence tragique d’un ami que par une invitation à déjeuner, automatisme dont elle est incapable de mesurer la dimension dérisoire et, partant, la violence. Plutôt que de consacrer son attention à Swann et de marquer la considération élémentaire que réclame l’annonce de sa mort, elle se sent « gênée » par une situation qu’elle ne fait pourtant rien pour interrompre ou infléchir »
.
« Lire, relire Proust est une incitation permanente à survivre, et à vivre. Car les découvertes de Proust sur le Temps, affranchi de la chronologie au profit d’une temporalité inhérente au sujet, ont pour effet de conjurer la mort. La mémoire involontaire lui a prouvé d’une part que les choses loin de mourir étaient en nous, prêtes à ressusciter à tout instant, d’autre part que la littérature, capable de les restituer dans la durée étale et subjective, était la « vraie vie ».

"Parce qu'il ne peut pas en être rassasié, le petit Marcel se sait à jamais condamné au désespoir d'être privé de ce baiser du soir qui ouvre le roman. Ce chagrin inaugural sonne comme un avertissement. Nous sommes tous et toutes inconsolables, à commencer par le narrateur qui admet, adulte, malgré l'instabilité du "moi" demeurer toujours le même, n'ayant pas grandi depuis Combray, ....Ce constat, pour tragique qu'il soit est d'emblée posé non pas comme l'objet d'une plainte complaisante, mais comme le noyau d'une recherche ....Le conversion d'une catastrophe en œuvre d'art."


Proust n'endort pas nos douleurs dans les volutes de sa prose, il excite sans cesse notre désir de savoir, cette libido sciendi qui, en séparant l'enfant de sa mère, nous affranchit  plus sûrement du malheur que tous les mots de compassion.
A ce titre, il ne serait pas exagéré de dire que Proust m'a sauvée."

Dès sa parution, j’avais envie de lire ce livre. J’ai pu écouter Laure Murat le présenter à Blois aux Rendez-vous de l’histoire et je n’ai pas été déçue par ma lecture. Les propos de l’auteure sur son enseignement de la littérature et son ouverture d’esprit m’ont également fait entrevoir un monde universitaire américain peut-être moins guindé que le nôtre mais il est difficile d’en tirer des conclusions hâtives et générales sur notre propre enseignement.
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Message par Bédoulène Mer 15 Nov - 18:01

merci Pinky, Proust et moi on ne se connait que peu, mais ce livre pourrait combler les manques ?

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Message par ArenSor Mer 15 Nov - 18:07

Il me semble que Laure Murat a été littéralement bannie de sa famille lorsqu'elle a avoué son homosexualité à sa mère.
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Message par Pinky Mer 15 Nov - 18:12

@Bedoulène oui, c'est une bonne idée pour entrer dans le monde de Proust
@Arensor, je me suis rendue compte quand j'ai eu posté mon commentaire que je n'avais pas parlé de l'homosexualité de Laure Murat qui l'a en effet bannie de toute sa famille. Je pense que je ne me suis pas censurée mais que ce qui m'a le plus intéressée dans cette relation intime à Proust, c'est le poids du "code" et évidemment l'homosexualité pas plus que les affects ne peuvent entrer dans le code.
Oui l'homosexualité les rapproche mais ce n'est pas tout loin de là.
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Message par Bédoulène Mer 15 Nov - 18:23

merci Pinky

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