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Randolph Stow

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Message par Tristram Mer 11 Oct - 16:38

Randolph Stow
(1935 – 2010)

Randolph Stow Randol10
Romancier et poète australien, Randolph Stow se distinguait par son économie de style et ses descriptions puissantes.
Né le 28 novembre 1935 à Geraldton, en Australie-Occidentale, Julian Randolph Stow sort diplômé de l'université de son État natal en 1956. La même année paraît son premier roman, A Haunted Land (1956), récit extravagant, qui touche au gothique. En 1957, le jeune homme prend en charge le cours de littérature anglophone à l'université d'Adélaïde et publie sa deuxième œuvre de fiction, The Bystander, où il reprend les thèmes du livre précédent. Il se rend par la suite dans une mission anglicane qui se consacre aux Aborigènes dans le nord-ouest du pays, travaille au côté d'un anthropologue en Nouvelle-Guinée, puis voyage en Angleterre, en Écosse et à Malte. Randolph Stow enseigne à l'université de Leeds, en Angleterre, en 1962 et en 1968, ainsi qu'à l'université de son État natal en 1963. Cette année-là paraît Tourmaline, autre roman étrange, violent et terrifiant, suivi deux ans plus tard par The Merry-Go-round in the Sea. Dans cet ouvrage, le passé d'une terre qui a pour fondements deux traditions opposées – une colonie pénitentiaire et un paradis du Pacifique sud – se heurte aux valeurs d'une nouvelle Australie qui émerge à la suite du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les autres romans de Randolph Stow figurent To the Islands (1958, éd. rév. 1981), une œuvre poétique par sa nature et sa structure, mêlant certains aspects des cultures et des croyances européennes et aborigènes, Visitants (1979), étude des répercussions de la vie tribale sur les Australiens inspirée par le séjour de l'écrivain dans les îles Trobriand, et The Girl Green as Elderflower (1980).
Stow publie également plusieurs recueils de poésie, parmi lesquels Act One (1957), Outrider (1962) et A Counterfeit Silence (1969). Il publie par ailleurs Poetry from Australia (1969) avec ses confrères Judith Wright et William Hart-Smith. Il est également l'auteur d'un ouvrage pour enfants, Midnite (1967), ainsi que de deux livrets pour des opéras écrits par Peter Maxwell Davies, Eight Songs for a Mad King (publié en 1969) et Miss Donnithorne's Maggot (créé en 1974, publié en 1977).
Randolph Stow meurt le 29 mai 2010 dans le comté d'Essex, au Royaume-Uni.
(Universalis)

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Mer 11 Oct - 17:02

The Visitants

Randolph Stow The_vi10

Avec sa vieille gouvernante-compagne Naibusi et la séduisante Saliba, MacDonnell (Misa Makadoneli), vieux planteur de l’île de Kailuana dans les Trobriand, accueille dans sa maison délabrée par les pluies (appelée « Bois Pourri ») Alistair Cawdor et son assistant Tim Dalwood (Misa Kodo et Misa Dolu’udi), kiaps (officiers de patrouille du gouvernement) venus sur le navire L’Eagle, ou Igau en langue locale (ce qui signifie Tôt ou Tard), avec boys, policiers papous, et l’interprète Osana. Ce dernier paraît malveillant, dépité d’avoir un supérieur qui parle la langue kiriwina ; il considère les indigènes comme des ignorants, dont il profiterait grâce à sa situation.
On apprend progressivement les circonstances, le roman étant constitué de récits des principaux personnages (sauf Cawdor), qui se succèdent chronologiquement ; le regard passe donc de celui d’un indigène à celui d’un Dimdim (Blanc), d’un homme à une femme, procédé polyphonique qui éclaire selon des points de vue différents les évènements rapportés.
On apprend ainsi que Cawdor a été quitté par sa compagne, ou sinabada, et que suite à cette situation infâmante il deviendrait « gone troppo » (ce qu’on appelait dans nos propres ex-colonies « taper dans les gamelles », proche de « travailler du chapeau »).
Les taubadas (toubabs ?) visiteront notamment Wayouyo, le village du vieux Dipapa, où son neveu Benoni, qui a fréquenté la civilisation coloniale australienne, brigue sa succession bien qu’il soit tombé en disgrâce pour avoir couché avec une des neuf femmes du chef. Dipapa semble préférer Metusela, un homme étrange et inquiétant qui serait aussi de sa parenté.
« Ils vont, ils viennent, a dit Dipapa, suçant ses gencives et regardant vers le ciel comme un homme dans un demi-sommeil. Hommes noirs, hommes blancs, pirogues, steamers. Ils apportent leurs quelques-choses. Mais nous… nous restons et observons, c’est tout. Chaque jour pareil. »
Les « quelques-choses », ce sont les biens (du) cargo (culte par imitation des opérateurs-radio qui semblaient déterminer l’arrivée de marchandises) et/ou kula (échanges d’objets de prestige, qui structurent la société).
Croyance réactivée d’une variante du culte du cargo, en l’occurrence un avion, ainsi que le découvre Dalwood dans une ancienne église :
« Le sol en terre était nu mais tout au fond, là où l’autel avait pu se trouver du temps de Dieu, un énorme avion noir, lui aussi en ébène, était suspendu à la verticale par une corde. Comme je m’en approchais, un souffle de vent a touché ses ailes et l’a fait tournoyer, et soudain voilà que je regardais dans des yeux.
Des yeux en cauris, face ventrale du coquillage visible, semblables à deux paupières blanches fripées, sans globe oculaire derrière. Ils me renvoyaient un regard fixe dans une face d’ébène. C’était un pilote, il n’y avait aucun doute possible : il en portait tout l’équipement, j’ai distingué les sangles de son parachute et ses lunettes d’aviateur, relevées sur son casque. Il pendait là, attaché par le cou, les bras écartés, crucifié sur son avion.
Je l’ai fait tourner en effleurant le bout d’une aile pour qu’il me tourne le dos. J’ai pensé : je ferais mieux de repartir maintenant, de toute façon ; et, est-ce que c’est ce qu’on entend par « horreur » ? Parce que cette grande poupée de bois me causait intérieurement des sensations que je n’avais jamais ressenties de ma vie. C’était les clous dans ses mains, et la pensée du cargo, venu dans un Spitfire, piloté par un homme. »
Une variante est « la machine-étoile » aperçue par des témoins qui la considèrent comme un aéronef extraterrestre.
Dalwood se gausse, mais Cawdor (qui lit justement une histoire de la conquête du Mexique avec le rôle qu’y ont joué les présages, voir Todorov) ne prête pas moins de fondement à cette croyance qu’à celle des Rois mages, visiteurs guidés par une étoile vers un Dieu qui s’incarne dans un nouveau-né. Dipapa de nouveau :
« Beaucoup de choses changent. Aujourd’hui les Dimdims sont ici. Demain, peut-être, les gens des étoiles. »
Frictions, malentendus s’accumulent entretemps : « leurs coutumes sont différentes ».
Puis un conflit éclate sur fond de « culte millénariste » et (auto)destructeur, mené par le mystérieux roi disparu après la guerre avec le Japon, Taudoga (Metusela, peut-être guidé par Dipapa qui souhaite que la chefferie ne lui survive pas).
Ce roman baigne dans le mythe, mais c’est aussi une enquête sur des disparitions et l’émeute insurrectionnelle des « hommes peints », et c’est encore un regard sur le colonialisme ; les jeunes Papous, Saliba et Benoni, donnent des signes d’autodétermination et paraissent en mesure de prendre en main la destinée de leur île (leurs voix sont rapportées avec une sympathie attentive par l’auteur, et l’attitude de Cawdor semble refléter celle de Stow).
« Les hommes blancs sont le problème, pas la solution. »
C’est de plus l’initiation du jeune Dalwood, souvent irrité et maladroit, qui déçoit Saliba en lui donnant « la honte » (sans doute un autre reflet de l’auteur quand il accompagnait là un anthropologue), et c’est surtout la narration de la lente déliquescence du conradien Cawdor, avec son leitmotiv : « Tout ira bien. »
« C’est comme s’il y avait quelqu’un à l’intérieur de moi, comme un visiteur. C’est comme si mon corps était une maison et un visiteur était entré et avait attaqué la personne qui y vivait. »
Ce roman n’a pas de prétentions ethnologiques, mais sa lecture est indubitablement enrichie par la connaissance du culte du cargo et de la kula, coutume décrite par Malinowski (son long séjour dans les îles Trobriand est à la base du passionnant Les Argonautes du Pacifique occidental) (aussi étudiée par Mauss).
« La chasteté est une vertu inconnue chez ces aborigènes. À un âge incroyablement jeune, ils sont initiés à la vie sexuelle, et beaucoup parmi les jeux de l’enfance à allure innocente ne le sont pas autant qu’ils le paraissent. »
Bronislaw Malinowski, « Les Argonautes du Pacifique occidental », chapitre II, 2

« Le caractère incomplet de cette possession [des objets échangés lors de la Kula], dû à sa durée limitée, se trouve compensé par la faculté de disposer successivement de beaucoup d’objets, si bien qu’on peut parler de possession cumulative. »
Bronislaw Malinowski, « Les Argonautes du Pacifique occidental », chapitre XXII

« En outre, des passages entiers sont consacrés à des énumérations méthodiques et minutieuses : le récitant [d’une formule d’incantation] passe en revue un par un les éléments d’un canot, les étapes successives d’un voyage, les diverses marchandises et les objets précieux Kula, les parties de la tête humaine, les nombreuses localités d’où l’on croit que viennent les sorcières volantes. En général, on s’attache d’une façon presque pédante à ce que ces listes soient absolument complètes. »
Bronislaw Malinowski, « Les Argonautes du Pacifique occidental », chapitre XVIII, 12

« Vaste organisation de rapports intertribaux qui, à l’intérieur d’un immense territoire, lie un grand nombre d’individus par des obligations sociales réciproques bien déterminées, minutieusement réglementées selon un plan concerté  la Kula représente un système sociologique d’une complexité et d’une ampleur sans précédent, si l’on tient compte du niveau de culture des peuplades qui la pratiquent. »
Bronislaw Malinowski, « Les Argonautes du Pacifique occidental », chapitre XXII
Nota bene : la traductrice précise que le visitant du titre « peut signifier aussi bien "visiteur, personne de passage, invité" que "être surnaturel, spectre, apparition, visitation" ».

\Mots-clés : #colonisation #contemythe #romanchoral

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Message par Bédoulène Mer 11 Oct - 18:33

merci Tristram ! curieux

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“Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal.”
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Message par Avadoro Jeu 12 Oct - 23:56

Merci pour ce commentaire Tristram, c'est un roman qui a suscité ma curiosité à l'occasion de la rentrée littéraire.
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Message par Tristram Ven 13 Oct - 0:21

Oui, découvert pour ma part sur En attendant Nadeau. A noter que ce n'est pas un ouvrage récent (1979) !

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