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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Shawn Cotton

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Message par Jack-Hubert Bukowski Jeu 5 Jan - 15:12

Shawn Cotton
Né en 1983


Shawn Cotton Shawn_10

Shawn Cotton a une oeuvre naissante. Il n'est connu que dans les milieux undergrounds et toutefois, la reconnaissance littéraire se fait assez spontanément en ces milieux-là. Après avoir écrit Jonquière LSD, il a lancé le 11 octobre 2012 à la librairie Port de tête, le recueil moins connu Les armes à penser. Doctorak go l'a reconnu à titre honorifique au cours de l'un des galas qu'ils présentent annuellement.

Oeuvres :

Jonquière LSD, 2010
Les armes à penser, 2012

Mots-clés : #poésie #québec

Fil rapatrié


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Message par Jack-Hubert Bukowski Jeu 5 Jan - 15:18

Shawn Cotton Shawnc10

Shawn Cotton est l'un des poètes dont nous préférons parler de l'oeuvre que de leur profil. En tant qu'assidu de la librairie Le port de tête, j'arrive en retard pour vous parler de son oeuvre. Je l'avais déjà repéré il y a plusieurs années déjà... mais je me suis collé à la poésie il y a peu.

Dans Les armes à penser, j'ai pu constater que j'avais une connivence de vues avec Shawn Cotton. Il dédie son recueil à Maxime Catellier et il mentionne au passage François Guerrette. En outre, il est souvent rapproché de Geneviève Desrosiers. Je ne dis pas nécessairement que je partage leurs esthétiques, mais François Guerrette et Shawn Cotton apprécient la poésie contemporaine québécoise en se référant à certaines figures pas nécessairement médiatisées mais qui méritent le détour.

Je vous avertis d'avance : la poésie de Shawn Cotton n'y va pas avec le dos de la cuiller. Il annonce en ouverture du recueil :

QUAND J'AI TROUVÉ
LA CLÉ
DANS LA LANGUE
DE TON OREILLE
J'AI TORDU
MES SOULIERS
TREMPÉS :
DANS LE MATIN
L'AIR FROID
M'A CHAUFFÉ
LES SANGS
ET J'AI MANGÉ
TON POÈME
C'ÉTAIT BON -
VRAIMENT BON

Après avoir écrit à L'Écrou, Shawn Cotton passe à L'Oie de Cravan un an plus tard. Nous pouvons le voir comme une reconnaissance littéraire assez sélecte. Quand je vous dis de prendre garde :

L'APPARTEMENT LA NUIT

C'est le matin
nos mains ont déjoué
les verres qui voulaient nous coucher
avec la neige et les cons je dis
que tu n'avais plus ta place
les arènes bruyantes des cheveux
des filles ont détourné les yeux
de nos amis   nouveau jour
      je t'aime encore
comme les lettres qui s'embrassent
dans le repos des livres

Il y a des poèmes de longueurs diverses. Shawn Cotton semble bien maîtriser celui-là :

MONSIEUR LE FEU

m'abattre sur le lit
tant qu'en ton corps pousse l'équerre très lente
     du champ
     dynamités
tant qu'en ta myopie le monde farouche peut
     perdre son clair
ça traverse violent les nouveau-sherbrookes à
     grands coups de flûte se retenant à la note
     de l'oeil et des manuscrits qui disparaissent
     dans les fards d'orgue de la première pierre
     de rythme que nous ne sommes pas
c'est une main de cavalier sur laquelle on écrit le
     mot fantôme
c'est une main aimant la guitare sans corde sans
     note sans viande et sans rougeur
dans ces temps qui comme les reines découvrent
     le sucre
dame fougue de la tristesse des amants de sel
     que l'on appelle Mexique
dame des poésies qui ne te disent rien qui
     prennent la saveur d'une nuit amère sur
     ton oreille
l'homme du nouveau siècle court de ses espadrilles
     de rire de ton doigt à ta chenille de veine
un nom   une inconnue   le fer et le vin
     monsieur le feu en infraction
chez toi la nuit

(Commentaire rapatrié et remanié)
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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 22 Sep - 8:55

Je vous propose un autre poème de Shawn Cotton dans Les armes à penser. Une de mes connaissances m'a d'ailleurs parlé de ce recueil qu'elle avait lu de lui... Je suis tombé sur ce poème en rouvrant le recueil :

SONNEZ LES MATINES

Je ne pleure plus sur l'idée fânée d'une révolution
je dors sur la grenade
du gène plein les sangs
j'ai beaucoup de livres, parfois je ne suis que la
somme de mes influences
je rêve de hockey, de famine
de goudron & de vampires
je m'amuse que je crève de faim 30 000 fois à
chaque seconde, j'ai dû vouloir donner
10 000 baisers, j'ai dû me censurer
10 000 fois et chacune d'elles est un cratère
sur mon envie
- passent les vents & les asiles

J'avais un mythe,
j'ai du désert -
on ne répare pas le coeur

j'ai la jeunesse qui attend son cancer,
mieux que mes bois
j'avais mes civilisations

je me pose les ailes pleines d'essence
ça sent la damnation au creux du sein vidange -
les petites guerres
ça s'oublie, plus rien n'existe

je garde ma monnaie

Extrait, p. 30-31

Je maintiens ce que j'ai dit à propos de son oeuvre. Nous devons beaucoup à Shawn Cotton dans l'édification de la poésie québécoise et les courants contemporains, du moins les diverses évolutions récentes au sein des maisons d'édition. En tant que travailleur à la librairie Port de tête, j'imagine qu'il doit y être beaucoup pour l'important fonds de poésie qui est offert à la librairie. Son amitié avec Maxime Catellier a permis l'incursion des poètes d'une maison d'édition à l'autre, du moins des courants hétérogènes de s'interpénétrer (Shawn Cotton, Charles Dionne, Olyvier Leroux-Picard, Daria Colonna, Emmanuel Deraps, Daniel Leblanc-Poirier, Philippe Chagnon, Jean-Christophe Réhel, etc.).

On peut voir une photo où on le reconnaît ici :

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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 22 Sep - 9:05

Shawn Cotton est un poète majeur à mon sens. Il est dommage qu'il ne publie pas plus pour le moment, car ses deux premiers recueils étaient des feux d'artifice.

Je vous offre un autre poème en attendant (que je rapatrie du forum défunt) :

CENTRE-VILLE CHALEUR BLANCHE
à François Guerrette

Centre-ville chaleur blanche
le temps tombe sur Saint-Denis
mes yeux lunent
les âmes qui tournent à terre
- école d'eau où le ciel
roule -
sourire d'orage sourire
dans la chambe d'exploser
noircir
noircir
l'air du large au fond du ventre
quartier général
et pads de hockey aux chevilles
- cette nuit j'ai vu
trois maisons
s'effondrer
et chacune d'elle
portait une fille
que j'ai aimée -
Montréal me mange le coeur
les hommes endormis
comme des boîtes électriques
les chenilles d'amour vers l'état policier
sous
les paupières de verre
les paumes capitulées



abrillé
du voile gris
de la pluie
les mains du temps comme
un chemin de fer dans la gorge
la pluie tombe sur Saint-Denis
la plus belle fleur est la plus triste

Extrait, p. 37-38.
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Message par Bédoulène Dim 22 Sep - 10:35

merci Jack ! triste !

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“Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal.”
― Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia



[/i]
"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Message par Jack-Hubert Bukowski Dim 22 Sep - 11:57

C'est le cas de le dire. Shawn Cotton a quand même, si on doit se fier à la description de la critique de Maxime Catellier sur Les armes à penser, une manière d'évoquer la poésie qui soit loin de l'académisme. Je me permets de citer le texte dont j'ai posté le lien sur la page 18 du fil Poésie :

«Ce rythme qui déboule en catastrophe pour finir sur une note énigmatique, cette chute du sens qui a pris naissance durant la nuit pour finir endormi sous la robe du matin, cette voix que l’on entend immanquablement dans tous les poèmes de Shawn Cotton nous assurent que nous avons affaire à quelqu’un qui n’écrit pas de la poésie pour faire beau.»
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Message par Bédoulène Lun 23 Sep - 8:14

merci pour ce complément !

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Message par Jack-Hubert Bukowski Ven 21 Jan - 21:35

Je vais revenir à la charge avec Shawn Cotton. Il a écrit un autre recueil depuis (La révolution permanente et autres poèmes). Je vais renchérir avec deux poèmes du recueil Les armes à penser en lien avec le legs que Bix nous a laissé sur ce forum :

LA SIRÈNE D'OUBLIER

Souviens-toi de ce qui t'enneigeait
de temps et de ruines
la forme des doigts
qui t'ont rendu si fou si triste
trop facilement un nom
en efface un autre
et seul le vent
se scotche à ta vie.

// p. 53

LE DEUIL BLANC

Bandé d'espoir
l'oiseau harnaché béat
à la petite rivière qui crache
la mort du petit enfant
mon coeur Capitaine Hélas lançant
la lance stridente sur sa propre vase
l'âme noyée au détour des fêtes
d'une rue invisible
où l'on mangeait
les dernières alarmes de guerre
la terre est belle
mon deuil est blanc

// p. 54
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Message par Jack-Hubert Bukowski Jeu 3 Fév - 10:32

La révolution permanente et autres poèmes :

Lire un recueil de Shawn Cotton est toujours autant un charme et il est rare que je le dise d'un écrivain. Il m'avait mis sur la piste de Georges Schéhadé au moment où je consultais les suggestions de livres à la librairie Port de tête. Nous pouvons donc voir ce qui fait le grain de sa démarche particulière et il s'est préservé dans sa démarche de poète en observant une période de silence assez longue entre ses deux premiers recueils et le troisième (dernier trimestre de 2020).

Il y aurait peut-être un regret que j'exprimerais dans la mesure où il est resté cantonné à la griffe de la maison d'édition L'Écrou. Il m'aurait semblé qu'il aurait pu trouver une meilleure chaussure à son pied et je le dis même si j'apprécie beaucoup la plupart des oeuvres publiées à L'Écrou. Il m'aurait semblé que la maison L'Oie de Cravan répond mieux à son identité et sa recherche poétique.

Sans plus vous embarrasser avec ces considérations somme toute secondaires, il y a un extrait qui coule particulièrement :

À peine sortie
de l'écume et des plumes
de tes propres mots
tu n'auras plus
la glace des blessures
la joie des guérisons
ni rien de ce qui te releva
de chaque rêve à
chaque saison
dans ta nuit
rasée par le vent
la cigarette te tombe de l'oreille
tu n'as même plus le temps
de la ramasser
il est trop tôt pour toi
tu te penches
et disparais

// p. 26

Il y a une belle recherche dans la composition en même temps que c'est simple :

COMME LE MATIN

Comme le matin sur moi
l'eau de douche coule
sur ton corps rouge
et ton âme a
la grande impatience
des toasts
oui

// p. 55

Je perçois une parenté thématique et dans les images choisies qui rappelle François Guerrette et Daniel Leblanc-Poirier...

FRILEUSES

Je sais tu étais belle
comme quand le vent
médite dans les cantines

La pizza que je cuis
le café que tu fais
les jours sont comme fruits
des frappés par la foudre

Et me dispersent et font
de nous l'encre à la rivière

À l'histoire grecque gravée
à même l'étoile
de nos hémisphères

// p. 60

Shawn Cotton invente son registre de thématiques poétiques bien à lui en maniant le bagage littéraire québécois reçu :

NOSTALGIE DE LA BOUE

J'ai emballé ma chair dans le sparadrap
ils m'ont saucé dans le baril de résidus
nos corps qu'on croyait supernovas
un élan désintégré par heure
- sonnent les cloches électroniques -
un drap propre demain
recouvrira le monde

// p. 75

Il est spécial, Shawn Cotton, mais il est sympathique :

CHANSON IDIOTE

C'est la vérité parfaite, collante
comme le feuillage nouveau des parcs
on l'avait placée dans le bain
pour écouter les cantiques jolis
et je m'impatiente à l'entrée
tandis que tu finis de caler
le verre épais de ma vie
La petite noirceur s'évanouit
avec le printemps qui essore les taxes
et continue sa petite promenade
chaque main / chaque matin / chaque
même peau
et le soleil ignore l'ambiance de cul
tape des mains joyeusement
et revoici dieu
qui ronronne comme un chat

// p. 84
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