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Karel Schoeman

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Message par Tristram Lun 24 Mai - 21:21

En étrange pays

Karel Schoeman - Page 3 Captur30

Un Hollandais, Versluis, arrive fort malade à Bloemfontein, « petite ville poussiéreuse et moribonde », « cette ville endormie et poussiéreuse », capitale de l’État libre d’Orange où il est venu soigner ses poumons dans un climat chaud et sec, celui du veld, « le vide ». Reclus dans son hôtel, il retrouve progressivement la santé tout en s’interrogeant sur cet « étrange pays » qu’il devine derrière le mur. Le sujet de ce roman est aussi ce sentiment, partagé entre décalage et déchirement entre le pays qu’on a quitté et celui qu’on découvre. Cette définitive irréconciliabilité entre deux lieux est bien connue des expatriés qui, à défaut d’être de partout, sont irrévocablement de nulle part.
« Il n’avait vraiment rien à écrire à ceux qu’il avait quittés, se rendit-il compte dans un éclair de lucidité troublante, et pourtant il n’aurait pas su en expliquer la logique. Il n’existait pas de route, pas de chemin par lequel un message pouvait les atteindre d’aussi loin. »

« Nous vivons tous dans deux mondes »

« C’est exactement ce qu’Adèle considère comme notre faiblesse, le fait d’être écartelés entre deux mondes et, en conséquence, de ne pouvoir vraiment être loyaux à aucun des deux. »
Mme Van der Vliet sa logeuse est elle aussi Hollandaise, et Versluis se confine dans son douillet cocon bourgeois, en opposition larvée avec les Allemands, et surtout les Anglais de la ville (langues, mais aussi confessions, et surtout puissances nationales différentes dans le melting pot d’un pays « neuf », en plein développement, source d’intérêt depuis la récente découverte des gisements diamantifères).
Mais c’est encore une époque où l’existence est lente, et lentement narrée, du conservatisme nationaliste des colons au léger son du glissement des pieds nus des domestiques noires.
Les pionniers restent attachés à leur pays d’origine comme des exilés, mais ceux qui sont nés sur place n’ont pas les mêmes liens avec l’Europe. Ainsi, le jeune pasteur Scheffler, né dans le veld, ayant pourtant suivi ses études en Allemagne, a choisi l’Afrique ; son père n’envisage pas de retourner en Allemagne.
L’Afrique est perçue comme une terre de liberté, où tout est à découvrir, contrairement à l’Europe.
« Nous vivons encore dans un pays si bizarre et si hésitant, non ? Nous n’avons pas encore décidé ce que nous voulons être, où nous voulons aller. Nous nous accrochons encore à ce que nous avons et nous avons encore trop peur de l’abandonner, même si cela est superflu depuis une éternité. »

« Et, en Europe, on ne peut s’échapper nulle part, on ne peut jamais vraiment respirer, même la campagne est très habitée, construite, entourée. »
Bloemfontein est une destination prisée des malades européens − ou l’endroit où l’on expédie l’incurable de la famille.
« – Les gens ont peur de la mort, monsieur Versluis. Ils ont peur de mourir et ils ont peur qu’on leur rappelle la mort. On se débarrasse du membre de la famille qui est malade en le mettant sur un bateau pour l’Afrique et il finit ses jours parmi des étrangers. »
Versluis, dont on prit soin lors de son accès à son arrivée, est insupporté par sa voisine agonisant à l’hôtel, par l’infirmité d'Adèle la sœur du pasteur – sans doute par un rappel inconscient de sa propre précarité ; il réalise peu à peu qu’en fait il est condamné, comme tout le monde, mais lui à courte échéance. Les derniers jours de Gelmers, un jeune Hollandais arrivé depuis peu, pauvre et antipathique, et recueilli par Scheffler, le font s’interroger sur l’aide à l’autre, l’amour de l’autre, l’acceptation de la mort, la fin du voyage.
« Ce n’est pas facile de mourir dans un pays étranger. »
Il se plaît à demeurer seul, mais c’est un isolement aussi imposé par son état de santé, et son statut de voyageur "de passage".
Le veld est bien sûr très présent, quelle que soit la saison.
« Nous aimons nos étendues désolées de terre, monsieur Versluis, lui dit-elle doucement.
– Vous trouvez cela étrange, monsieur ? lui demanda son père. Mais oui, c’est probablement ainsi. C’est un pays aride et inhospitalier – des pierres, du sable, de la poussière, rien pour adoucir la vue ou pour séduire le cœur. »
La référence à La Montagne magique par Topocl est pertinente, rappelant le parcours initiatique du personnage principal, et son avis comme ceux d’Avadoro et Bix soulignent la valeur de ce roman.
Décidément Karel Schoeman est un auteur qui me ravit, sans que je sache bien pourquoi… le style, certes, mais encore ?

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Message par Bédoulène Mar 25 Mai - 14:30

merci Tristram, les souvenirs remontent ! mon premier livre et conquise

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