Enrique Vila-Matas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Quasimodo le Jeu 27 Juil - 15:29

@Tristram a écrit:Remarques générales :
Le citationnisme, comme le name-dropping, est dans l’air du temps en littérature ; il participe en la prolongeant à la tendance de plus en plus évidente et/ou voulue, à exposer son ego, ses tripes de littérateur, et la machinerie de la création littéraire, qui s’inscrit évidemment dans un continuum où la forme change plus que le fond. Les écrivains parlent de l’écriture et des écrivains (ici avec humour), comme les journalistes parlent surtout de journalisme (ce qui peut devenir agaçant, effectivement).
Oui, c'est mauvais signe. Comme le procédé est un peu creux, on ne peut qu'être déçus par l'emploi qui est fait d'un nom plein de promesses. (je crois que Cercas donne pas mal là-dedans). Enfin si c'est bien fait, je suppose qu'on peut se prendre au jeu.

@Tristram a écrit:Surtout, l’auteur semble avoir des lacunes en matière de belles-lettres !
On peut savoir ??

@Tristram a écrit:Bien sûr, on peut ne pas adhérer à toutes les opinions exprimées :

« Je partage avec Maugham la croyance que dans l’héroïque courage avec lequel l’homme affronte l’irrationalité du monde, il y a plus de beauté que dans la beauté de l’art. » (II)
Paradoxalement, j’aurais plutôt la conviction que toute la beauté de l’art se retrouve patente dans l’opiniâtreté avec laquelle l’homme résiste à la rationalité du monde.
(bien d'accord !)

_________________
Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
avatar
Quasimodo

Messages : 780
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 22

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Jeu 27 Juil - 15:40

Quaimodo a écrit:@Tristram a écrit:
Surtout, l’auteur semble avoir des lacunes en matière de belles-lettres !
On peut savoir ??
Oui, il existe(rait) quelques auteurs auxquels Vila-Matas ne fait pas référence !!! Laughing
Je vais quand même lire bientôt un autre de ses livres...
avatar
Tristram

Messages : 1507
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Dim 30 Juil - 20:37

Explorateurs de l'abîme



Suite à la présentation d’ArenSor, qui cite justement (dans le quatrième texte du recueil, le troisième étant de Kafka, un peu en manière d’épigraphe) :

« La tension la plus forte était provoquée par le dur effort à fournir pour raconter des histoires de personnes normales tout en luttant contre ma tendance à m’amuser avec des textes métalittéraires : en définitive, il me fallait faire un gros effort pour raconter des histoires de la vie quotidienne avec mon sang et mon foie, comme l’avaient exigé de moi mes contempteurs qui m’avaient reproché des excès métalittéraires et une "absence absolue de sang, de vie, de réalité, d’intérêt pour l’existence normale des gens normaux". »

Dans cette phrase apparaît deux fois le terme "métalittéraire", qu’il faut donc un peu expliciter, même si cela donne un faux air professoral à mon commentaire. Je n’ai pas trouvé de définition formelle, mais peux préciser, avec ce que j’ai pu glaner :
méta (hors, au-delà) du littéraire ; semble s’apparenter directement à la notion barthésienne de métalangue :

« Et puis, probablement avec les premiers ébranlements de la bonne conscience bourgeoise, la littérature s'est mise à se sentir double : à la fois objet et regard sur cet objet, parole et parole de cette parole, littérature-objet et méta-littérature. »
Barthes, Littérature et méta-langage

Il s'agit de ce qui, au sein même de l'œuvre littéraire, en vient à dépasser le cadre de la fiction littéraire : une parole qui se détourne du champ fictionnel pour s'interroger sur l'acte même d'écriture. Dans une certaine mesure, la rupture de l'illusion théâtrale, procédé fréquent chez des dramaturges tels que Pirandello, Beckett ou Anouilh, tient de la même logique ; c’est un procédé de mise en abyme, de jeu sur l'acte narratif ; c’est un amalgame de l'essai et du narratif (chez Borges) ; c’est une sorte de second niveau (supérieur, spéculaire) de l’œuvre se commentant elle-même. (Ce que je note est en grande partie tiré de l’intervention suivante).

Pour en revenir à Explorations de l’abîme, c’est d’entrée déroutant, voire abscons, avec décidément une jubilation toute borgésienne de l’auteur qui intervient directement à tout bout de champ, explicitant sans arrêt sa fiction, ou plutôt noyant sans cesse le poisson-lecteur. Il parle de son retour au genre littéraire de la nouvelle, tout en faisant évoluer des personnages fictifs. Des indices ou clins d’œil relient ces "nouvelles", fil d’Ariane, sorte de "motif dans le tapis" type Henry James, faisceau d’allusions comme autant de coïncidences qui feraient sens (après tout, la littérature tente souvent de nous réconforter d’une possibilité de signifiance dans l’existence, à l’exception notable de celle de l’absurde). Fascination pour l’abîme de la mort, puis pour les parterres vides et le silence de l’univers, le néant cosmique, le vertige de l’absence, le naufrage dans l’ennui, le vide littéraire ; répétitions de répétitions ; personnages « de sang », "normaux" ; astrophysique, funambules, convalescences, progénitures ingrates ; décalages spatio-temporels qui nous mènent jusque dans la science-fiction (rappelant par endroits certains textes d’Italo Calvino, comme ceux de Sous le soleil jaguar me semble-t-il).
Dans l’une des dernières nouvelles, Parce qu’elle ne me l’a pas demandé, déjà signalée par ArenSor, on retrouve notamment les îles açoriennes de Pico et Faial, déjà familières au lecteur de Le Mal de Montano, dans la mise en abyme de ce texte antérieur. L’« artiste narrative » Sophie Calle, connue pour faire de sa vie une œuvre, y joue son propre "rôle" sur un thème de filatures qui fait fort penser à Paul Auster. Puis, dans la seconde partie du texte, on apprend quel pacte extraordinaire lierait la performeuse à Vila-Matas, qui s’implique dangereusement dans son écriture. Comme je prends des notes au fur et à mesure de la progression de ma lecture (plutôt étourdissante), mon compte-rendu ne manque pas de trébucher dans les chausse-trappes ménagées par l’auteur : nombreux malentendus, ambiguïtés, signes mystérieux et références, imbroglios et sautes d’humeur…  

« Il venait sûrement de découvrir que le passé affleure n’importe quand, qu’il se manifeste dans le présent. Le temps n’est pas comme les tristes humains le croient, il ne rate jamais l’occasion de passer le temps. »

« Je me dit qu’en fait cette tension entre littérature et vie avait été dès le départ, à partir de Cervantès, le type de débat développé par le roman. Ce qu’on appelle roman est en fait ce débat. »


En définitive, commenter ce livre (tout en n’approchant pas de l’exhaustivité) serait beaucoup plus long et moins intéressant que le lire, ce que je vous recommande de faire par vous-mêmes !
avatar
Tristram

Messages : 1507
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 31 Juil - 15:49

Je voulais prendre le temps de revenir sur le fil de Vila-Matas depuis qu'il y a eu plusieurs personnes qui ont commenté sur son œuvre. Encore une fois, j'ai l'impression qu'il s'agit d'un auteur qu'il faut fréquenter avec modération car il y a un risque de «trop-plein» et de saturation si on aligne ses œuvres à la suite. J'ai moi-même fait la connaissance de Vila-Matas en fréquentant les librairies et consultant la collection «Titres». Par la suite, j'ai eu la chance de lire des commentaires sur son œuvre au sein de la critique et de lire un essai de Patrick Tillard sur les écrivains négatifs, De Bartleby aux écrivains négatifs. Vila-Matas était l'un des auteurs centraux à sa présentation.

Quand nous évoquons Vila-Matas et que nous commençons à le fréquenter, il y a un risque que les attentes soient assez hautes dans la mesure où il semble faire un commentaire littéraire d'érudition sur le plan de la connaissance des auteurs qu'il chérit. En ce sens, il est possible de mieux comprendre les mises en garde de Tristram. Néanmoins, je garde à l'esprit que la littérature a beaucoup changé dans sa pratique, du moins depuis les dernières grandes époques. Je dirais que les structuralistes et les post-modernistes ont beaucoup changé la façon d'appréhender la littérature, de même que les adeptes des différentes théories littéraires et de la narratologie. Je garde à l'esprit des auteurs comme Vila-Matas, Bolano et certain-e-s en ont déjà nommé par ici. Au Québec, la maison d'édition Le Quartanier est friande des différentes applications d'une pratique d'écriture éclectique. J'ai moi-même mes réserves à propos de certains ouvrages qui y sont publiés.

Comme dans tout effet d'avant-garde, il y a une querelle entre anciens et modernes. Pour ma part, en ce qui concerne Vila-Matas, j'ai déjà lu Bartleby et cie, Abrégé de la littérature portative, une grande partie de Docteur Pasavento et Perdre des théories. Dans la mesure où Vila-Matas a beaucoup publié et qu'il a aligné les romans qui étaient quand même assez épais et volumineux (du moins pour certains), j'ai eu l'impression qu'à l'instar du Docteur Pasavento, il y avait un certain risque que ses romans tournent à vide un peu... Vila-Matas commente beaucoup, fait des montages de pseudo-théories et du «name-dropping» en plus de se lancer dans des élans narratifs... je trouve que son écriture fait partie davantage de ceux-celles qui repiquent ce qu'ils-elles ont déjà lu ailleurs, que d'être réellement innovante. Il faut quand même lui donner une plus-value lorsque vient le moment de donner un certain «éclat» à une littérature qui a besoin de s'innover. Il peut tous nous nourrir d'une certaine manière.

Je disais donc que la littérature du roman a beaucoup changé depuis quelques temps. Je dirais que les Calvino, Gombrowicz, Perec, Bolano et autres auteurs ont hissé la pratique du métier à un autre niveau. Nous pouvons penser aussi à Manuel Puig. La génération Internet a beaucoup changé la manière que les écrivains pratiquent le roman et l'écrivent dans une notion plus «instantanée». En ce sens, nous pouvons beaucoup voir plus d'écriture à fragments. Au Québec, nous avons déjà eu comme «ancêtre» du fragment, La Québécoite de Régine Robin. Enrique Vila-Matas utilise beaucoup de notion de divers registres d'écriture comme le journal littéraire, l'essai, les procédés narratifs entre autres choses. C'est dans ce dernier grand mouvement qu'il faut l'interpeller...
avatar
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 806
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 35
Localisation : Montréal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Lun 31 Juil - 16:20

Merci de ce commentaire, Jack-Hubert. Cependant, je ne crois pas que Vila-Matas soit si avant-gardiste, plutôt dans la lignée de Borges (mais dont il n'a effectivement pas la dense concision), et d'ailleurs plusieurs des autres auteurs que tu cites n'écrivent plus, hélas. Et je n'ai pas pensé mes commentaires comme des "mises en garde", mais juste de petits compte-rendus avec quelques précisions peut-être utiles : je n'ai encore lu que 2 livres de Vila-Matas !
avatar
Tristram

Messages : 1507
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 31 Juil - 16:43

Salut Tristram,

Merci pour toutes ces précisions. Elles nous aident mieux dans la portée à donner à ton commentaire. Il y a certaines tournures de phrases qui me font penser aux analyses pointues de Nabokov. Smile Pour les auteurs que j'ai cités, je les ai inscrits dans la lignée de la contemporanéité de Vila-Matas et il en d'ailleurs cité lui-même dans ses livres, notamment Perec, Montaigne, Musil et cie. Il y a donc beaucoup d'écrivains qui n'écrivent plus. Parmi ceux que je suis le cheminement et qui écrivent encore, il y aurait peut-être Echenoz, Ernaux et des écrivains québécois. Il faut dire que je suis avant tout un amateur de poésie.
avatar
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 806
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 35
Localisation : Montréal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Enrique Vila-Matas

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains de la péninsule Ibérique

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum