Juan Rulfo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Juan Rulfo

Message par bix_229 le Mar 27 Déc - 16:03

Juan Rulfo (1917-1986)


Juan Rulfo (Juan Nepomuceno Carlos Pérez Rulfo Vizcaíno) est un écrivain mexicain et aussi un photographe réputé.

Né à Sayula, une petite localité de l'état de Jalisco, il passa son enfance dans un orphelinat de Guadalajara. Son père est assassiné en 1923, ainsi que de nombreux membres de sa famille.

La publication d'un livre de contes, "Le llano en flammes" (1953), traitant de la vie des paysans de la région de Jalisco dans une nature aride et hostile, en a fait un des écrivains mexicains modernes les plus célébrés.

En 1955, il publie son unique roman "Pedro Páramo", qui traite de la confusion entre le monde des morts et des vivants. Ce roman qui aura une répercussion mondiale reflète en particulier cette fascination qu'entretiennent les mexicains avec la mort.

Curieusement, après ces deux succès, il s'éloigne progressivement de l'écriture et travaille pour la télévision. Il finit sa carrière comme directeur éditorial de l’Instituto Indigenista de México, qui équivaudrait à un Bureau des affaires indiennes.

En 1983 il reçoit en Espagne le Prix du Prince des Asturies.

Malgré une carrière d'écrivain assez brève, Juan Rulfo marque d’une empreinte profonde la littérature hispanique de son siècle et reçoit les témoignages d'admiration d'un grand nombre de ses représentants comme Gabriel Garcia Marquez ou Jorge Luis Borges.
source : wikipédia

Bibliographie de ses oeuvres traduites en français :

1953 : Le Llano en flammes
1959 : Pedro Páramo
1980 : Le coq d'or
avatar
bix_229

Messages : 2692
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par bix_229 le Mar 27 Déc - 16:12



Pedro Paramo



Pedro Paramo est un voyage au pays des morts est un des grands livres de l'Amérique Latine, poétique, envoûtant et d'une construction extraordinaire. Tout à fait en marge du courant "baroque", ce qui l'a peut être pénalisé par rapport à un romancier comme Garcia Marquez. Même remarque pour Juan Carlos Onetti ou Felisberto Hernandez...

Pedro Paramo est un livre à la construction dérangeante, où l'imaginaire se mêle au réel et les morts aux vivants. C'est ce qui en fait la difficulté mais aussi le prix, car c'est un grand livre. Et c'est pourquoi, il faut le relire.
J'ai appris qu'il y avait une nouvelle traduction française, c'est ce que je vais esayer de faire.

Messages récupérés
avatar
bix_229

Messages : 2692
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Aventin le Mar 27 Déc - 18:53



"Le Llano en flammes"
Le titre sonne mieux en castillan: "El Llano en llamas", allitération...

Bonne claque, bonne reculée que ce livre. Il a fallu que je repousse sine die toute autre tentative de lecture après, indice de livre vécu comme un chef-d'œuvre.

C'est un recueil de dix-sept nouvelles, souvent courtes.

Une langue proche de l'oralité, typique, "facile" allez-vous dire, mais, essayez - j'ai essayé - de faire du Rulfo-style, vous n'êtes pas au bout de vos peines.

La toile de fond est la révolte, la rébellion ou plutôt, pour employer le mot exact que les ultimes, vraiment tout derniers survivants appliquent encore à ces évènements, la révolution des Cristeros.

1925. Le Président du Mexique, Plutarco Elias Calles décide d'établir le contrôle absolu de la religion par l'État et la fermeture des églises. La plus grande partie de la population des États ruraux du centre du Mexique se soulève et initie une opposition armée, la guerre des Cristeros, d'après un surnom douteux donné par l'armée fédérale aux insurgés du sanctuaire de la Vierge Noire de Guadalupe, à Guadalupe.
L'affrontement s'étendit jusqu'en 1929.

Il faut imaginer des campesinos et des peones pauvres, des miséreux, équipés de bonne volonté et d'escopettes de réforme, contre l'armée fédérale, puissamment armée, commandée et organisée, et appuyée par l'aviation, des blindés et des canons, toutes armes en version dernier cri de la technologie d'alors.

Juan Rulfo est enfant, et écolier dans une institution Catholique. Son propre père a trépassé, assassiné en 1924 dans les troubles pré-révolutionnaires et son grand-père est mort pendu, après que ses deux pouces lui soient arrachés vifs.

Gamin, sa mère lui mettait la main sur les yeux afin qu'il ne puisse voir les Cristeros amenant au poteau leurs prisonniers pour l'exécution.

Au reste, et même si le Llano en flammes décrit de l'intérieur, en insider en somme, bien davantage les Cristeros que les troupes fédérales, nous ne sommes pas sur un brûlot révolutionnaire.
Le renvoi de la violence se fait dos à dos.
La nouvelle éponyme au titre du recueil est, du reste, assez parlante à cet égard.

Il nous reste un recueil écrit "près de l'os" (NB: il faut rester près de l'os, disait Cioran).

Dépouillé, avec parfois une touche d'humour, on rit certes un peu jaune, un rire-cicatrice si vous voulez, mais il se peut que le rire prenne, rarement il est vrai, le dessus.
Pour ceux qui souhaitent comparer la version d'origine avec la traduction, quelques-unes d'entre ces nouvelles en langue originale sont disponibles ici.

Dans le Llano en flammes, qu'y a-t'il ?
Eh bien, par exemple et pas nécessairement par ordre de compilation des nouvelles dans le recueil par l'éditeur:

On trouve l'absurde, comme par exemple celle de la terre stérile mais donnée (ou stérile et par conséquent donnée ?) comme par exemple dans la nouvelle "On nous a donné la terre".

On trouve le mauvais sort, la poisse qui s'acharne (par ex. dans "C'est qu'on est très pauvre").

On trouve l'assassin d'une famille entière, coursé, et un berger involontairement mêlé à l'histoire, qui craint la justice, pour sa peau (L'homme).

On trouve un pélerinage-calvaire-agonie (Talpa).

On trouve un Cristero, laissé parce qu'il n'en pouvait plus, qui sauve sa vie d'extrême justesse (La nuit où on l'a laissé seul).

On trouve une émouvante tranche de filiation dans "Tu n'entends pas les chiens aboyer".

On trouve une inhumaine, détestable tranche de filiation dans "L'héritage de Matilde Arcángel".

On trouve une bizarre tranche de filiation, un peu d'humour, un peu de bêtise aussi dans Paso del Norte.

On trouve sans doute la plus comique des nouvelles du recueil dans "Le jour du tremblement de terre".

On trouve un orphelin (peut-être un idiot de village ?) famélique et cloîtré par nécessité de violence alentours à son encontre (Macario).

On trouve la guerre, son absurdité, son horreur, et les protagonistes renvoyés dos-à-dos dans la nouvelle éponyme à l'ouvrage.

On trouve la vengeance et une vie entière à se planquer pour finir exécuté quand même (Dis-leur de ne pas me tuer !).

On trouve un endroit hostile, une campagne inhumaine, un village de bout de monde qui n'a que les bras de ceux qui s'exilent pour apporter un peu de ressource au pays, une très belle nouvelle (Luvina).

On trouve de l'inceste, du meurtre, de l'escroquerie, de la pudibonderie à œillères pharaïsantes dans la dernière nouvelle, Anacleto Morones.




Deux messages du 15 et du 16 octobre 2013 rapatriés et contractés


mots-clés : #insurrection #nouvelle
avatar
Aventin

Messages : 209
Date d'inscription : 10/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Aventin le Mar 27 Déc - 19:11



Pedro Pàramo


Exceptionnel roman, lecture très marquante.
En toute hypothèse, et c'est à infirmer ou confirmer plus érudits que moi, on serait dans une parenté lointaine avec le roman gothique, davantage que dans le baroque ou le fantastique.
Et les "illustrations" qui me viennent en tête seraient plutôt de l'ordre du style architectural, sculptural, pictural et de l'art du vitrail gothiques
(NB: ce surplus de précisions pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, je ne parle pas du courant dit gothique né de l'imagination fertile et halloweenienne de quelques adolescents des années 1980 et qui continue de faire vaguement florès de nos jours, mais bel et bien du roman dit gothique !).


C'est un chorus, un chant.
Ci-dessous le commentaire de l'auteur mexicain le plus connu, afin de tenter un éclaircissement de plus sur la très riche matière de ce court livre, à haute puissance poétique affinée sous une concision formelle, basée sur un alliage de clarté de langue et de sobriété générale.

Carlos Fuentes, quatrième de couverture de l'édition française 1979 a écrit:Juan Preciado arrive au village de Comala à la recherche de son père inconnu, Pedro Pàramo. Pour accompagner ce Télémaque nu-pieds dans sa contre-odyssée, nous devons traverser avec lui une rivière de poussière. L'autre rive est celle de la mort, où règne un cadavre qui fut maître de toutes les vies: le cacique Pedro Pàramo, Ulysse de pierre et d'argile, immobile et impuni, entouré d'une cour de rumeurs et de spectres: la mère et amante Doloritas, Jocaste-Eurydice qui conduit le fils et amant, Oedipe-Orphée, sur les chemins de l'enfer; Susana San Juan, Electre à l'envers; les vieilles virgilliennes - Eduwiges, Damiana, la Cuarraca-, fantômes de fantômes, fantômes qui contemplent leurs propres fantômes; les couples de frères édéniques et adamiques qui dorment ensemble dans la boue de la création pour recommencer le genre humain dans le désert de Comala... Juan Rulfo accroche à l'arbre sec et nu de la révolution mexicaine quelques fruits d'un sombre éclat: fruits doubles, fruits gémeaux auxquels il faut goûter si l'on veut vivre, tout en sachant qu'ils contiennent les sucs de la mort (...).

A noter qu'il y a un seul vivant dans ce livre, Juan Preciado, et encore, jusqu'à mi-ouvrage environ (page 70 sur 145 dans l'édition dont je dispose).

page 70 a écrit:Je le dis, pour toujours. J'ai souvenir d'avoir vu comme des nuages d'écume tournoyer au-dessus de ma tête et je m'y engloutissais, perdu dans leur tourbillon. Ce fut la dernière chose que j'aie vu.


- Tu veux me faire croire que tu es mort étouffé, Juan Preciado ? Je t'ai trouvé sur la place, très loin de la maison de Donis; il était avec moi et disait que tu faisais le mort. A nous deux, nous t'avons traîné à l'ombre du portail; déjà tout raide, crispé, comme font ceux qui meurent de peur. S'il n'y avait pas eu d'air à respirer, cette nuit dont tu parles, les forces nous auraient manqué pour te porter, et plus encore pour t'enterrer. Et tu vois bien, nous t'avons enterré;

Il est à noter que Juan Preciado échoue dans sa quête, il ne rencontre pas Pedro Pàramo outre-tombe.
Et l'on peut se demander qui est le personnage principal ?
Juan Preciado, c'est évident ?
Hum; n'est-ce pas la mère de Juan Preciado, qui, in fine, a ourdi ce voyage et qui murmure sans cesse ?
Pedro Pàramo lui-même, despote local, père de tous, amant de toutes et possédant tout ?
Ou Susana San Juan, la seule faiblesse de Pedro Pàramo ?

Parmi les personnages campés avec force et non évoqués par Carlos Fuentes dans la citation plus haut, j'ai aimé celui de Miguel Pàramo et l'espèce de couple, ou de centaure (mythologie, mythologie !), qu'il figure avec son cheval alezan colorado.
Cet animal non plus, à la conscience non en paix, ne repose pas au village, mais le hante.

Fuentes a dû aussi noter, dans sa tentative de mise en évidence d'une correspondance mythologique qu'il y a un Charon, Abundio, lui aussi fils de Pedro Pàramo.

Aussi le Père Renteria. Accablé de ce travers très commun à l'humanité entière et qui traverse histoire, civilisations et latitudes: il est veule.

Dur avec les faibles, et faible avec les (ou plutôt "le", en l'occurrence) fort(s).
Ce qui, quand on a charge d'âmes, est antéchristique, incompatible. Une clé de la compréhension du livre est sans doute là, dans ce que lui dit le curé de Contla, et qui explique l'errance des âmes en peine dans le village, lequel a pour sort de finir vidé de ses habitants, abandonné:
page 85 a écrit:- Cet homme dont tu ne veux pas dire le nom a mis ton église en pièces et tu l'as laissé faire. Que peut-on encore attendre de toi, Père Renteria ? Qu'as-tu fait de la force de Dieu ?

(L'homme en question est bien entendu Pedro Pàramo, l'omnipotent).

J'ai aimé aussi l'utilisation très dosée, très perspicace, du jour et de la nuit, certaines âmes errantes y étant particulièrement sensibles (la sœur, dans le couple formé par le frère et la sœur, par exemple), et la symbolique assez évidente jour/vie mort/nuit, avec les vols de Tordos (vautours locaux) au crépuscule...

Et, dans cette perspective, cette page où, petite fille, Susana San Juan, soumise à la cupidité de son père, est descendue par son père dans une fosse, (une tombe précolombienne ?) en retire dans le noir un squelette os après os, puis défaille...

A ce propos:
Bartolomé San Juan, le seul qui oppose à Pedro Pàramo une quelconque résistance (à part la mère de Juan Preciado, qui a choisi la fuite, l'exil), du moins quelques temps, est mineur de métier. Donc œuvre sous terre et dans la nuit.

Et, pour l'anecdote, j'ai fais un bref rapprochement, avant de l'écarter parce que je ne suis pas sûr qu'il vaille tripette, avec le héros de Giono dans Batailles dans la montagne, celui qui se confronte avec les éléments contre lesquels on ne saurait lutter afin de sauver la petite population de la vallée inondée, et qui s'appelle aussi Saint Jean.


A signaler enfin un lien vers un intéressant article, de surcroît traduit en français.




Message du 20 octobre 2013 récupéré et contracté
avatar
Aventin

Messages : 209
Date d'inscription : 10/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par bix_229 le Mar 27 Déc - 20:47

Merci pour le complément, Aventin !
avatar
bix_229

Messages : 2692
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Avadoro le Lun 6 Fév - 0:43



Pedro Páramo

Je me suis plongé une première fois dans le roman en ayant l'impression de suivre un conte aux contours incertains, avec des détours temporels constants autour d'un lieu asséché à l'inspiration presque magique. Et j'ai enchaîné avec une deuxième lecture pour m'attacher aux personnages, aux nuances d'un récit à la fois limpide et complexe dans sa structure.

La figure de Pedro Páramo hante chaque page, incarnation tragique d'une démesure mythologique. Le contexte historique est passionnant mais lointain, tant chaque mot semble hanté par une angoisse inaccessible, une douleur indicible. Les liens entre la vie et la mort se renouvellent sans cesse pour former un paysage éprouvant, étrange et magnifique.
avatar
Avadoro

Messages : 342
Date d'inscription : 07/12/2016
Age : 31

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par bix_229 le Lun 6 Fév - 15:15

D'accord avec toi, Avadoro, il faut au moins deux lectures pour percevoir le passage d'une réalité à une autre sans déceler forcément quelle est celle où l'on navigue..
Peut-être dans cet espace de l'esprit où, selon André Breton, la vie et la mort, le réél et l'imaginaire, le passé et le futur, cessent d'être perçus comme contradictoires.
Et c'est peut-être cela qui peut irriter ou même bloquer le lecteur trop rationnel.
avatar
bix_229

Messages : 2692
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Chamaco le Jeu 30 Mar - 18:25

"Le llano en flammes" a été réédité en 2014 chez Folio Gallimard avec une préface de J.M.G Le Clézio
avatar
Chamaco

Messages : 1336
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 70
Localisation : Au balcon du Luberon

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Nadine le Dim 2 Avr - 0:48



Pedro Pàramo

J'ai lu ce livre à l'invite de @quasimodo, à l'occasion de la chaîne de lecture du printemps 2017.

Je n'ai pas tellement envie de reprendre le corps du texte, je vous renvoie au commentaire d'@Aventin, ci-dessus, qui est assez fouillé et qui sait je pense placer les touches là où il faut pour démontrer l'existence et la direction de la chair du roman. Et qui allèche assez bien sur les images et points chocs.

Me reste à transmettre mon état d'sprit à suivre Juan Preciado sur la terre maternelle.(Car s'il cherche son père, il est bien là sur les terres de sa mère, qu'elle aura quitté et donné pour destin à son fils)


Les qualités dépaysantes  résident à mes yeux dans le niveau d'analyse: tout est très sensoriel, d'ici on dirait fataliste et sensuel.
j'ai aimé retrouver l'analyse qu'a, en fait , sollicité en moi la découverte de l'Afrique noire, pour moi, enfant. Immergée à 6 ans du jour au lendemain à Abidjan, j'ai juste eue à ouvrir grand les yeux, le nez et les pores . D'avoir été immergée dans un monde sans présupposés, gamine, m'a il me semble fais goûter particulièrement à la saveur que peut enclore une seule transcription factuelle de sens.
C'est de cela qu'il s'agit pour moi, à lire ce roman. Des hommes et des femmes, la rencontre de leur parole qui acte leur traversée de l'existence, sur un mode descriptif et factuel. Ourlée, cette traversée, d'une acceptation fataliste de ses gourmandises , peurs et renoncements.

Je suis passée à côté de l'aspect ethnographique ou historique, je méconnais trop l'histoire de ce pays, j'ai en revanche lu dans d'autres commentaires sur l'oeuvre qu'elle s'y croise.Cela ne me frustre pas spécialement, il y a assez à faire sur le plan humain.
Non, moi ce qui m'a parlé c'est cette sorte de couleur qui baigne toutes les prosodies, toutes les bribes des fantômes, jusqu'à atteindre une vision de ce que le passé le present et le néant peuvent signifier selon Rulfo.
Je dirais que c'est un roman qui démontre l'absence des espaces temps, ou les révèle tout au contraire. Evidemment la construction non chronologique , en bribes, rend cette derniere remarque un peu bateau. Mais entendez la comme si je disais : il n y aurait plus ni mort ni vie, ni present ni passé, que tout en même temps, tout, éternel et éternellement, ou rien, plus rien et pour toujours, avec un choeur pour nous raconter tout.
La construction , en trivial cycle de parole, où chaque génération commente et reconnait les autres, amène une paix métaphysique.
A la mort de Juan Preciado, j'ai baillé tout mon saoul, et me suis endormie.

Je n'étais pas sûre d'avoir encore quelque chose à découvrir sur l'autre moitié du roman, quant à ses révélations ou images. Et en effet c'est plutôt en continuité et non en rupture, enrichissement, ou montée scénarisée, que j'ai continué, aux côtés du jeune enterré, à prêter l'oreille aux bribes de conteurs, aussitôt réveillée de mon court somme.

C'est un livre qui m'a paru simple, réel, aussi paisible que la mort telle qu'elle parait pour ces morts. Certains sont dans l'intranquilité , bien sûr; mais qu'ils le disent, qu'on le dise d'eux, tout amène la concorde et l'envie de ne dorénavant jamais plus craindre la mort. Parce qu'il y a la parole.

Mention spéciale pour les femmes, gourmandes, qu'on y rencontre, du corps d'Un qui viendra à elles. J'ai trouvé cette posture mentale très caractéristique du fossé d'avec notre culture actuelle.

J'ai, attentive, suivi le chemin, heureuse de trouver l'animisme dans le rythme des images et des mots, incapable de vous dire que j'ai beaucoup aimé, trop préservée pour être reconnaissante. C'est le paradoxe .
Comme ses protagoniste je serais prête à raconter, sans plus aucun jugement de valeur, mais pleine d'un jugement de substance. Autant dire sans jugement.

Je suis surprise que les critiques aient autant salué cette oeuvre, je pense qu'elle n'est pas flamboyante, mais plutôt subtile, du coup je suis étonnée qu'elle ait été plébiscitée à l'époque. ça me donne envie de rencontrer davantage le contexte historique. On n'a pas l'habitude , moi en tous cas, de rencontrer une louange envers une prosodie aussi dépouillée.
je trouve que si je n'étais pas aussi sensible au petit et au sensible j'aurais sans doute fais une sieste d'ennui plutôt qu'une sieste "traitement-de sens impromptu-urgent".(C'est manifestement ce qui s'est passé : dormir plutôt que juger)
Je pense que ce livre ne fait rien sur le coup, qu'il fait après, en consolant de ses propres morts passés.
Un truc comme ça.
Mais que ceux qui sont en mesure d'être consolés : le remède est précis, il siège en cet espace-temps simple hors de toute science, plein de toute connaissance.
avatar
Nadine

Messages : 1955
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Tristram le Dim 2 Avr - 15:00

Grâce à ce fil, je viens de relire Pedro Paramo. Fascinante omniprésence de la mort dans l'imaginaire mexicain, murmures et parlers des morts présents parmi les morts en puissance, aspirant à la non-vie au-delà de la souffrance vaine et sans fin, en relation avec les postures impuissantes, de la religion (chrétienne), et même du farouche Pedro Paramo...
avatar
Tristram

Messages : 1493
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Juan Rulfo

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum