Fédor Dostoïevski
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Re: Fédor Dostoïevski
Y a matière à discussion ; Dostoïevski était-il plus influencé par Pouchkine ou Gogol que par Balzac, Byron, Walter Scott ou Schiller ? Il est aussi vrai qu'il existe une littérature espagnole et une littérature allemande, qu'il existe une littérature européenne.
J'imaginais la réaction de Dostoïevski, qu'on peut subodorer, grâce à ce qu'on sait plus ou moins de ses idées. Maintenant, Dostoïevski est intéressant sans ça. En fait, littérature occidentale, il est discutable que cette notion ait du sens, à un niveau culturel, en effet. Pour la même raison que tu soulignes, laquelle est que ça fait des siècles que les pays s'influencent entre eux.
Par contre, Dostoïevski écrit en russe, et ça c'est indiscutable. Ce n'est pas pour ça qu'on doit en faire une notion identitaire, mais une particularité, qui se partage mondialement. Comme écrire en toutes les langues du monde.
Dreep- Messages : 1539
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Re: Fédor Dostoïevski
bix_229 a écrit:Le fil manquait. Forcément. Et pourtant personne ne l' a ouvert.
Cela pose quand meme question.
Non ?
Les fils viennent au fil des lectures et ce forum est tout de même très jeune.
Par amusement, j'ai remarqué que Rabelais n'avait pas de fil, ni Montaigne, ni Molière, ni Racine, ni Montesquieu, ni Voltaire, ni Stendhal, ni Flaubert... J'arrête là cette longue litanie
ArenSor- Messages : 3428
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Re: Fédor Dostoïevski
Mais je sais !ArenSor a écrit:bix_229 a écrit:Le fil manquait. Forcément. Et pourtant personne ne l' a ouvert.
Cela pose quand meme question.
Non ?
Les fils viennent au fil des lectures et ce forum est tout de même très jeune.
Par amusement, j'ai remarqué que Rabelais n'avait pas de fil, ni Montaigne, ni Molière, ni Racine, ni Montesquieu, ni Voltaire, ni Stendhal, ni Flaubert... J'arrête là cette longue litanie
Je voulais simplement suggérer que le jugement sur les auteurs n' était pas immuable.
Y compris pour le lecteur.
Mon jugement sur Dosto et -sur d 'autres auteurs- a effectivement évolué depuis mes premières lectures.
Les textes restent les memes, mais nous changeons...
bix_229- Messages : 15439
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Re: Fédor Dostoïevski
Mais je sais !
Je voulais simplement suggérer que le jugement sur les auteurs n' était pas immuable.
Y compris pour le lecteur.
Mon jugement sur Dosto et -sur d 'autres auteurs- a effectivement évolué depuis mes premières lectures.
Les textes restent les memes, mais nous changeons...
Ah ça , je ne cesse de m'en rendre compte tous les jours !
Et c'est une étrange sensation de se retrouver par exemple face à une oeuvre que nous avions encensé un temps et se retrouver confronté à celle-ci des années , des décennies après et au mieux le trouver juste bon sans plus et au pire , carrément imbuvable .
Eh oui . On se sent infidèle à soi . Et un peu c... en se remémorant nos injonctions presque à vouloir le faire lire par tous nos amis .
Serait-ce que je prends de l'âge cette récurrente position rétrospective ?
églantine- Messages : 4431
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Re: Fédor Dostoïevski
Les temps changent et nous aussi.
Bien entendu on perd la fraicheur, l' enthousiasme, la spontanéité de l' enfance et de la prime
jeunesse.
Mais en meme temps, nous sommes plus aptes à saisir ce qui réclame de la concentration,
de la patience. De la réflexion, des pauses.
Enfin, peut etre...
Je dis cela pour me consoler.
Les raisins sont trop verts ou trop hors de portée... :
bix_229- Messages : 15439
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Re: Fédor Dostoïevski
je ne sais pourquoi mais c'est l'Idiot qui remonte à ma mémoire.
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“Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal.”
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Bédoulène- Messages : 21642
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Re: Fédor Dostoïevski
Les Annales de Pétersbourg, 1847 (Traduction : André Markowicz)
Les chroniques réunies ici ne soutiennent sans doute pas la comparaison avec les autres livres de Dostoïevski. En particulier avec les Carnets du sous-sol, auxquels on peut penser. Est-ce comme dans ce dernier, un personnage qui parle ou Dostoïevski lui-même ? J’ai eu l’impression que l’auteur, qui avait vingt-cinq ans à l’époque, me parlait directement. Le Pétersbourg décrit dans ces annales est morose, sceptique, il préfère contenir son énergie dans une prudente routine !
Dostoïevski aura créé ce personnage (des Carnets du sous-sol) à la hargne et à la méchanceté maladive dix-sept ans après, le bagne derrière lui. Ses écrits sont bons, ou moins bons mais ils me semblent tous uniques, comme si, à chaque lecture, il n’avait écrit que celui-là. L’auteur des annales est déjà connu, il est d’une intelligence exceptionnelle. Il est tourné comme toujours vers la société russe et vers l’humain, on saisit de grands espoirs en même temps qu’une implacable lucidité.
Magnifique et dure description du rêveur, aussi.
Jamais un de ses textes ne m'aura donner autant l'impression d'avoir un contact avec un de mes auteurs préférés.
Dreep- Messages : 1539
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Re: Fédor Dostoïevski
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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram- Messages : 15927
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Re: Fédor Dostoïevski
C'est une deuxième lecture pour moi des Frères Karamazov .tom léo a écrit:
C'est une écriture qui va dans le centre de ce qu'on est. Sinon - pourquoi le lire? Je ne pense pas qu'on peut tout simplement faire abstraction de la manière de Dosto d'intégrer sa foi. Je ne suis pas d'accord de parler à ce propos de "débat théologique" chez lui. Mais justement, ce n'est pas cela. C'est la souffrance, l'existence qui parle chez lui. Il y a rien d'intellectualisé et de travaillé artificiellement derrière un ordi. Pour Dosto c'est la vie dont il parle. Par ailleurs les parallèles entre son oeuvre et sa bio sont nombreux.
Il n'est pas sans contradictions, ce qui le rend très humain.
Je retrouve ce que j'avais souligné et que j'aurais envie encore de souligner .
Et se rajoutent d'autres passages encore ....
Notamment celui-ci en échos avec ce que tu exprimes Tom léo .
Et de libérations de larmes aujourd'hui .....C'est d'une telle puissance vitale , au coeur des entrailles même de l'homme . Je suis bouleversée ....
"Cette soif de vivre, il y a certains morveux phtisiques, des moralistes, qui la traitent d'ignoble, surtout les poètes. Ce trait, c'est un peu quelque chose de karamazovien, c'est vrai, cette soif de vivre, je veux dire, malgré tout ce qu on peut dire, toi aussi , obligatoirement, tu l'as en toi, mais pourquoi est-ce qu'elle serait ignoble ? La force centripète, c'est encore terrible ce qu'elle existe sur notre planète, Aliocha. Je veux vivre, et je vis, même en dépit de toute logique. Bon, je ne crois pas en l'ordre des choses, mais je tiens à ces petites feuilles collantes qui s'ouvrent au printemps, je tiens au ciel bleu, je tiens à telle personne qu'on se met, comme ça ? à aimer on ne sait pourquoi, je tiens à tel exploit qu'une personne peut faire, et dans lequel j'ai censé de croire depuis longtemps, mais que je respecte, malgré tout, par mémoire atavique, au fond du coeur. Tiens, on t'a servi de la soupe de poisson, bon appétit. Cette soupe, elle est bonne, ils s y connaissent. Je veux faire un voyage en Europe, Aliocha, et je vais y aller d'ici ; je sais que je n'irai voir qu'un cimetière, mais c'est un cimetière auquel on tient mais tellement, mais tellement fort, voilà ! J'y tiens, moi, aux défunts qui y reposent, chaque pierre qui les couvre parle d'une vie passée tellement brûlante, d'une foi si passionnée en son exploit, en sa vérité, en sa lutte et sa science que, je le sais à l'avance, moi, je tomberai au sol et je les embrasserai ces pierres, et je pleurerai dessus - persuadé en même temps, de tout mon coeur, que, tout ça, depuis longtemps, ce n'est plus rien qu'un cimetière, et rien de plus. Et ce n'est pas de désespoir que je pleurerai, mais juste parce que je serai heureux des larmes que je pourrai verser. Mon émotion elle même qui me rassasiera. J'aime ça, les petites feuilles collantes au printemps, et le ciel bleu, voilà ! Là, ce n'est pas de l'intelligence, par la logique, c'est avec les tripes, avec les entrailles qu'on aime, par ses jeunes premières forces qu'on aime...
Tu comprends quelque chose à mon galimatias, Aliocha, ou non ? fit soudain Ivan en éclatant de rire.
- Je ne comprends que trop, Ivan ; c'est par les tripes, par les entrailles qu'on a envie d'aimer, c'est splendide comme tu l as dit, et je suis terriblement content que tu aies tellement envie de vivre, s exclama Aliocha. Je pense que tous les gens sur terre, ce qu'ils doivent faire, c'est apprendre à aimer la vie.
- Aimer la vie, plus que le sens de la vie ?
-Absolument, oui , l'aimer avant la logique, comme tu dis, absolument avant la logique, et c'est seulement à ce moment là que je comprendrai le sens. "
églantine- Messages : 4431
Date d'inscription : 02/12/2016
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Re: Fédor Dostoïevski
Et oui cette semaine là ,l'émission La compagnie des auteurs consacrée à Dostoievski , particulièrement intéressante cette fois là , fut ce qui m'a conduite à le relire !Tristram a écrit:J'écoute ce podcast, et vous le recommande : La Compagnie des auteurs
Il me tarde de lire Les carnets du sous-sol suite à cette écoute .
églantine- Messages : 4431
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Savoie
Re: Fédor Dostoïevski
Titre original: Степанчиково и его обитатели (Selo Stépantchikovo i iévla obitatli).
Sous-titré: Extrait des carnets d'un inconnu.
Roman, publié en 1859, 370 pages environ.
C'est un des premiers écrits parus après ses dix années de bagne, concrètement le second roman post-Sibérie, après Le Rêve de l'Oncle. Comme Le Rêve de l'Oncle, c'est une comédie.
Le narrateur, Sergueï, en général désigné par le diminutif affectueux Serioja, étudiant de 22 ans, est convié par son oncle propriétaire terrien à l'époque du servage (c'est-à-dire "gens et biens"), un certain Iégor Illitch Rostanev, lequel est colonel et fortuné, à se rendre au plus vite à sa propriété de Stépantchikovo.
Cette demande est faite par une lettre un peu confuse, où transparaît l'urgence, dans laquelle l'oncle laisse entrevoir au neveu (le neveu n'a que l'oncle comme famille) l'obligation d'épouser une jeune gouvernante qui est à son service.
Peu avant Stépantchikovo, il rencontre chez un forgeron un familier de la maison de son oncle, Stépane Alexéïtch, qui lui dépeint les gens vivant sous le toit familial comme possédés par un certain Foma Fomitch, qui règne là-bas sans partage, et fait la pluie et le beau temps sous la protection de la Générale, la mère de l'oncle Iégor Illitch.
En effet, après un conciliabule avec son oncle, le jeune homme rate son entrée dans cet "asile d'aliénés" (c'est l'impression qu'il en a), en se prenant les pieds dans le tapis du salon, salon peuplé comme il se doit ce jour-là d'yeux non désintéressés guettant son arrivée...
Il y a une grande théâtralité dans ce Dostoievski-là.
C'est assez enlevé, drôle mais grinçant, douloureux par séquence.
Foma Fomitch est un caractère de manipulateur intéressé, type Tartuffe de Molière, pervers narcissique, pas très loin par instants de Thierry Tilly dans la vraie vie (vous savez, l'affaire dite des Reclus de Monflanquin), mais peut-être d'une moindre dangerosité que ce dernier spécimen.
Son emprise est totale, et il foule, rejette, ridiculise ou assouvit ceux qui le rejettent (au nombre desquels se comptera Sergueï).
(NB: Toujours à propos des Reclus de Monflanquin, j'ai lu que l'avocat des victimes, Me Daniel Picotin, ferraille toujours pour que le délit d'emprise soit juridiquement reconnu).
Iégor Illitch est riche, maladivement pusillanime et soucieux au plus haut point d'une tranquillité, disons même d'une harmonie dans les relations humaines, Foma Fomitch tient là une victime idéale...
Mais, c'est une comédie et non un drame, quelques amours, quelques plans plus ou moins pitoyables échafaudés, quelques pantalonnades pimentées d'un zeste de grandiloquence et d'affectation (du moins à nos yeux d'aujourd'hui -et d'ici- pour ces deux derniers qualificatifs), quelques imprévus et autre improbabilités rendent le livre d'un parcours fort agréable.
Et puis il y a...
Cette façon de Dostoievski de fouiller au scalpel les âmes, d'exacerber les caractères, une manière d'aller au bout du travail d'écrivain lorsqu'un personnage est sorti de sa plume.
C'est un roman fort peuplé de personnages, Dostoievski excelle, comme toujours direz-vous, à d'abord le peindre en trois ou quatre traits efficaces, à bien le marquer dans l'esprit du lecteur, et ensuite à en tirer le maximum.
Et puis il y a...
Cette lave d'écriture parfois, ces élans d'encre bouillante, toujours contenus, dont les exemples les plus vifs qui me restent en tête proviennent de Souvenirs de la maison des morts, et qui font qu'une fois Le Bourg de Stépantchikovo... refermé, je me dis, comme ça, que mes lectures de L'Idiot comme des Frères Karamazov, lectures que j'avais reçues de plein fouet en fin de lycée (oui, je sais, ça remonte !) mériteraient d'être effectuées de nouveau...
mots-clés : #humour #psychologique #xixesiecle
Aventin- Messages : 1985
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Re: Fédor Dostoïevski
bix_229- Messages : 15439
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Re: Fédor Dostoïevski
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Re: Fédor Dostoïevski
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Re: Fédor Dostoïevski
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topocl- Messages : 8546
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Re: Fédor Dostoïevski
topocl a écrit:Rhollala... cette honte... j''y suis jamais arrivée....
Pas de quoi avoir honte, je ne pense pas qu'il y ait un parcours litteraire obligatoire et à sens unique...
Chamaco- Messages : 4510
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Re: Fédor Dostoïevski
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Tristram- Messages : 15927
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Re: Fédor Dostoïevski
Oui, en effet, c'est une idée: D'ordinaire je réponds que Le joueur constitue une excellente porte d'entrée quand on me parle de découvrir Dostoievski, mais pourquoi pas ?Dreep a écrit:Ah oui Aventin, c'est bien que tu parles de ce Dostoïevski là, un peu oublié par rapport aux autres. Pourtant il est vraiment bien, je me suis dit que ça pourrait être une excellente lecture pour un premier Dosto, pour celui qui découvre.
Aventin- Messages : 1985
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Re: Fédor Dostoïevski
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Tristram- Messages : 15927
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Re: Fédor Dostoïevski
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