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Ursula K. Le Guin

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Message par Tristram le Lun 18 Déc - 19:05

Ursula K. Le Guin
(1929-2018)

Ursula K. Le Guin Captur16

Ursula Kroeber Le Guin est une femme auteur américaine de science-fiction et de fantasy.
Elle a écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des livres pour enfants et des essais. Elle est surtout connue depuis les années 1960 pour ses nouvelles et romans de fantasy et de science-fiction dans lesquels elle se distingue par son exploration des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques ou sociologiques.

Née à Berkeley en 1929, Ursula K. Le Guin est la fille de l'anthropologue Alfred Louis Kroeber et de l'écrivaine Theodora Kroeber. Elle vit à Portland en Oregon depuis 1958. Son intérêt pour la littérature se déclare très tôt : à onze ans elle soumet une première histoire (refusée) au magazine Astounding Science Fiction.
Elle poursuit ses études à l'université Columbia à New York, puis en France où elle rencontre son mari, Charles Le Guin. Elle présente en 1952 une thèse sur Les idées de la mort dans la poésie de Ronsard.
Elle publie régulièrement à partir des années 1960, et devient célèbre en 1969 avec son roman La Main gauche de la nuit.

En 2002, le jury du prix Nebula lui décerne le titre de grand maître de la science-fiction.

Auteur prolifique, Ursula K. Le Guin a également publié des essais sur la littérature, des conseils sur l'écriture, de nombreuses nouvelles et des recueils de poèmes.

Œuvres traduites en français

Cliquer ici pour accéder à la bibliographie de cet écrivain prolifique:
Cycle de Terremer
Le Sorcier de Terremer, (A wizard of Earthsea, 1968)
Les Tombeaux d'Atuan (The Tombs of Atuan, 1970)
L'Ultime Rivage (The Farthest Shore, 1972)
Tehanu (Tehanu, 1990)
Contes de Terremer (Tales From Earthsea, 2001)
Le Trouvier (The Finder, 2001)
Rosenoire et Diamant (Darkrose and Diamond, 1999)
Les Os de la terre (The Bones of the earth, 2001)
Dans le grand marais, (On the High Marsh, 2001)
Libellule (1997)
Le Vent d'ailleurs (The Other Wind, 2001)

Cycle de l'Ekumen
Le Monde de Rocannon (Rocannon's world, 1966) Incluant la nouvelle Le Collier (Semley’s Necklace, 1964)
Planète d'exil (Planet of Exile, 1966)
La Cité des illusions (City of illusion, 1967)
La Main gauche de la nuit (The Left Hand of Darkness, 1969)
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969), nouvelle
Plus vaste qu'un empire (Vaster Than Empires and More Slow, 1971), nouvelle
Le nom du monde est forêt (The Word for World is Forest, 1972)
Les Dépossédés (The Dispossessed, 1974)
À la veille de la Révolution (The Day Before the Revolution, 1974), nouvelle
Le Dit d'Aka (The Telling, 2000)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Le recueil L'Effet Churten (reprend les trois nouvelles relevant du cycle L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990), La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993), Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Quatre chemins de pardon (Four Ways to Forgiveness, 1995)
Trahisons (Betrayals, 1994)
Jour de pardon (Forgiveness Day, 1994)
Un homme du peuple (A Man of the People, 1995)
Libération d'une femme (A Woman's Liberation, 1995)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World and Other Stories, 2002)
Puberté en Karhaïde (Coming of Age in Karhide, 1995)
La Question de Seggri (The Matter of Seggri, 1994)
Un amour qu'on n'a pas choisi (Unchosen Love, 1994)
Coutumes montagnardes (Mountain Ways, 1996)
Solitude (Solitude, 1994)
Musique ancienne et les femmes esclaves (Old Music and the Slave Women, 1999)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World, 2000)
Paradis perdu (Paradises Lost, 2002)

Cycle des chats volants
Les Chats volants (Catwings, 1988)
Le Retour des chats volants (Catwings Return, 1989)
Alexandre et les chats volants (Wonderful Alexander and the Catwings, 1994)
Au revoir les chats volants (Jane on her Own, 1999)

Chronique des rivages de l’Ouest
Dons (Gifts, 2004)
Voix (Voices, 2006)
Pouvoirs (Powers, 2007)

Romans indépendants
L'Autre Côté du rêve (The Lathe of Heaven, 1971)
Loin, très loin de tout (Very Far Away From Anywhere Else, 1976)
L'Œil du héron (The Eye of the Heron, 1978)
Malafrena (Malafrena, 1979)
Le Commencement de nulle part (The Beginning Place, 1980)
La Vallée de l'éternel retour (Always Coming Home, 1985)
Lavinia (Lavinia, 2008)

Recueils de nouvelles (sélection)
Le Collier de Semlé (Semley’s Necklace, 1964)
Avril à Paris (April in Paris, 1962)
La Règle des noms (The Rule of Names, 1964), Préquelle au Cycle de Terremer
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969)
Neuf vies (Nine Lives, 1969)
Plus vaste qu'un empire (Vaster than empires and more slow, 1971)
Étoiles des profondeurs (The Stars Below, 1974)
Champ de vision (Field of vision, 1973)
Le Chêne et La Mort (Direction of The Road, 1973)
À la veille de la révolution (The Day Before The Revolution, 1974)
Ceux qui partent d'Omelas (The Ones Who Walk Away From Omelas, 1973)
Les Quatre Vents du désir (The Compass Rose, 1982)
L'Auteur des graines d'acacia ("The Author of the Acacia Seeds" and Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics, 1974)
La Nouvelle Atlantide (The New Atlantis, 1975)
Le Chat de Schrödinger (Schrödinger's Cat, 1974)
Deux retards sur la ligne du Nord (Two Delays on the Northern Line, 1979)
Le Test (SQ, 1978)
Une pièce d'un sou (Small Change, 1981)
Premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb (The First Report of the Shipwrecked Foreigner to the Kadanh of Derb, 1978)
Le Journal de la rose (The Diary of the Rose, 1976)
L'Âne blanc (The White Donkey, 1980)
Le Phœnix (The Phoenix, 1982)
Intraphone (Intracom, 1974)
L'Œil transfiguré (The Eye Altering, 1974)
Labyrinthes (Mazes, 1975)
Les Sentiers du désir (The Pathways of Desire, 1979)
La Harpe de Gwilan (Gwilan's Harp, 1977)
Malheur County (Malheur County, 1979)
L'eau est vaste (The Water Is Wide, 1976)
Le Récit de sa femme (The Wife's Story, 1982)
Quelques approches au problème du manque de temps (Some Approaches To The Problem of The Shortage of Time, 1979)
Sur  (Sur, 1982)
Chroniques orsiniennes (Orsinians Tales, 1976)
Les Fontaines (The Fountains, 1976)
Le Galgal (The Barrow, 1976)
La Forêt d'Ile (Ile Forest, 1976)
Conversation dans la nuit (Conversations At Night, 1976)
La Route vers l'est (The Road East, 1976)
Frères et Sœurs (Brothers and Sisters, 1976)
Une semaine à la campagne (A Week In The Country, 1976)
An Die Musik (An Die Musik, 1961)
La Maison (The House, 1976)
La Dame de Moge (The Lady of Moge, 1976)
Pays imaginaires (Imaginary Countries, 1973)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Première rencontre avec les Gorgonides (The First Contact with the Gorgonids, 1991)
Le Sommeil de Newton (Newton's Sleep, 1991)
L'Ascension de la face nord (The Ascent of the North Face, 1983)
La Première Pierre (The Rock That Changed Things, 1992)
Le Kerastion (The Kerastion, 1990)
L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990)
La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993)
Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)






Ursula Le Guin, La Main gauche de la nuit

Ursula K. Le Guin La_mai10

Dans le futur, Genly Ai, un Terrien, est envoyé sur la planète Gethen (alias Hiver, ou Nivôse) pour tenter de convaincre ses gouvernements d'adhérer à l’Ekumen (l’écoumène, ou univers habité des Grecs), organisation interplanétaire qui réunit différents systèmes stellaires dans un libre échange d'idées et de technologie.
Sur Gethen, les individus sont androgynes, asexués la majorité du temps (la période de "soma"), jusqu'à ce qu'une poussée hormonale (le "kemma"), se produisant une fois par mois (voir le calendrier gethenien en annexe du livre), leur fasse prendre de manière aléatoire l'un ou l'autre sexe.
Un aspect de cette modalité est particulièrement intéressant : sans dimorphisme sexuel la plupart du temps, il y a moins de relations dominant/ dominé, et la violence a moins tendance à s’organiser en guerre…

« Il parlait beaucoup aussi de la Vérité, qu'il se vantait de "mettre au jour en grattant le vernis de la civilisation".
C'est là une métaphore tenace, universelle et spécieuse, ce vernis (ou couche de peinture, ou pliofilm, ou tout ce que vous voudrez) cachant la noble réalité qu'il recouvre. Cela peut contenir une douzaine de sophismes à la fois. L'un des plus dangereux, c'est l'idée que la civilisation, étant artificielle, n'est pas naturelle, qu'elle est à l'opposé des vertus primitives... Naturellement il n'y a pas de vernis, mais un processus de maturation dans lequel ce qui est primitif et ce qui est civilisé sont des étapes du même développement. Si l'on veut que quelque chose soit l'opposé de la civilisation, ce sera la guerre. Civilisation et guerre s'excluent mutuellement. […]
Ce à quoi il visait, c’était le moyen le plus sûr, infaillible, rapide et durable de transformer un peuple en une nation : la guerre. Il ne pouvait en avoir une idée bien précise, mais il voyait juste. La seule autre façon de mobiliser rapidement tout un peuple, c’est de l’enrôler sous la bannière d’une religion nouvelle ; il n’en avait pas sous la main ; la guerre ferait l’affaire. »

Hasard de la présence en médiathèque de ce roman (peut-être parce que prix Nebula et Hugo suite à sa sortie en 1969), opportunité saisie à cause de bons souvenirs de cette auteure, qui mène à la coïncidence de son thème avec un vif débat actuel, celui des genres.
C’est un planet opera, c'est-à-dire que l’auteure a créé un monde qui n’existe nulle part ailleurs que dans son imagination (et peut-être un imaginaire collectif), à fin d’étudier un concept psycho-anthropo-sociologique, soit in fine une évolution humaine possible.
D’ailleurs, dans le récit, cette planète a peut-être été le laboratoire d’une expérimentation extraterrestre sur une évolution génétique menant à un mode de sexualité particulier, l’indifférenciation sexuelle de ses habitants, qui se "polarisent" aléatoirement en homme et femme pour la reproduction. Evidemment, l’Envoyé passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, paraissant bloqué dans une phase hormonale qui le maintient du côté masculin de son organisme, perpétuellement "excité". La difficulté de l’observateur extérieur à appréhender cette condition fondamentale est telle qu’il ne sait comment envisager ses interlocuteurs (hermaphrodites, bisexuels ?) en dehors de leur période de fertilité : "il", "elle", "ça" (« ni masculin, ni féminin, mais simplement humain ») ? En définitive, il apparaît que :

« Le masculin est moins défini, moins spécifique que le neutre ou le féminin. Mais l’emploi même de ce genre me fait continuellement oublier que le Karhaïdien avec qui je me trouve n’est pas un homme mais une synthèse d’homme et de femme. »

Cet aspect est simultanément découvert avec les intrigues politiques entre le Karhaïde (monarchie) et l'Orgoreyn (État bureaucratique), l’histoire et la géographie de la planète (belles descriptions paysagères, comme lors de la longue traversée épique de l’inlandsis de cette planète à l’ère glaciaire), les mythes, religions, philosophies et même la poésie, dans une sorte d’ethnologie de rêve, d’exploration de mentalités vraiment exotiques, et l’ensemble occasionne une lecture aussi captivante que fluide de ce roman genré (science-fiction, étiquetage réducteur qui peut écarter de belles explorations).
De plus, c’est adroitement agencé dans une structure polyphonique, bien écrit (et, exceptionnellement, bien traduit, autant qu’on puisse en juger sans l’original en vis-à-vis), avec beaucoup de réflexions intéressantes :

« S’opposer à quelque chose, c’est contribuer à son maintien. […] Il faut aller ailleurs, avoir un autre but ; alors on marche sur une autre route. […] il faut aller ailleurs et rompre le cercle. […]
Savoir quelles sont les questions auxquelles on ne peut répondre, et ne pas y répondre, voilà ce qu’il fait apprendre avant tout en période de tension et de confusion. »

« Je n'ai aucune raison de haïr ce pays. Et d'abord comment peut-on haïr ou aimer un pays ? Tibe en est capable, à en juger par ses discours. Moi, j'en suis foncièrement incapable. Je connais des hommes, des villes, des fermes, des collines et des rivières et des rochers, je sais comment les rayons du soleil couchant éclairent à l'automne les mottes d'un certain champ labouré au flanc d'une colline. Que vient faire une frontière dans tout cela ? Ça ne rime à rien. Vérité en deçà, erreur au-delà ‒ voilà que je cite vos grands hommes ! Pour aimer son pays, faut-il haïr les autres ? Si oui, le patriotisme n'est pas une bonne chose. Si ce n'est qu'une forme d'amour-propre, alors c'est une bonne chose, mais dont il faut éviter de faire profession, ou de faire parade comme d'une vertu. J'aime les collines du Domaine d'Estre parce que j'aime la vie, mais c'est un amour d'une nature telle qu'il ne saurait se changer en haine au-delà d'une certaine ligne de démarcation. »

« C’est très bien de voyager vers un but, mais ce qui importe, en fin de compte, c’est ce qu’apporte le voyage lui-même. »


La Main gauche de la nuit appartient au Cycle de l'Ekumen, traitant de la rencontre entre mondes différents, avec toutes les variations de situations et rapports possibles. L'Ekumen prône une éthique de partage libre des connaissances civilisationnelles et notamment techniques, comme le transport spatial. « Elle a vocation pour favoriser la communication et la coopération […] » « Il prend le contrepied de la doctrine suivant laquelle la fin justifie les moyens. » L’entreprise est développée prudemment, patiemment, n’imposant d’autres contraintes que les droits de l'Homme et des restrictions de sécurité, dans le respect des indigènes et de leur environnement ‒ une sorte de mondialisation anticoloniale…
Le thème majeur de ce livre, comme peut-être de toute l’œuvre d’Ursula le Guin, c’est la découverte et l'apprentissage de l'Autre.

mots-clés : #sciencefiction


Dernière édition par Tristram le Jeu 25 Juin - 17:05, édité 2 fois

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Message par Dreep le Mar 19 Déc - 12:06

He bien, je le lirai peut-être l'année qui vient... ça me fait penser au travail d'un Henry Darger (du moins ce qu'on a dit, on a, à ce jour, rien publié de ses fictions) qui au coeur d'une énorme série de fantasy, a indifférencié les sexes d'enfants-esclaves.
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Message par Tristram le Jeu 25 Juin - 15:04

Les Dépossédés

Ursula K. Le Guin Les_dz11


Deux planètes jumelles, Urras et Anarres (chacune étant la lune de l’autre…) ont des civilisations ayant évolué différemment : la seconde a été colonisée par des rebelles de la première voici près de deux cents ans.
« En fait, le Monde Libre d'Anarres était une colonie minière d'Urras. »

« Vous êtes notre histoire. Et peut-être sommes-nous votre avenir. »
Le Dr Shevek, éminent physicien d'Anarres, vient sur Urras de sa propre initiative afin de tenter de rapprocher les deux mondes, porteur d’un plaidoyer « pour la communication libre et la reconnaissance mutuelle entre le Nouveau Monde et l'Ancien. » Pionnier en chronosophie, il développe une Théorie Temporelle Générale qui pourrait déboucher sur des moyens de transport spatial moins lents, et qu’il entend partager avec la planète originelle, et l’ensemble de l’Ekumen.
« L'unité fondamentale des points de vue de la Séquence et de la Simultanéité devenait évidente ; le concept d'intervalle servait à relier les aspects statique et dynamique de l'univers. »
Anarres, dans un milieu aride et pauvre, a une société « odonienne » (communiste-libertaire) sans lois ni gouvernement, administrée par la CPD, « Coordination de la Production et de la Distribution », communautaire, décentralisée et pragmatique, où les notions de possession et de contrainte sont rigoureusement combattues voire inconnues, et communes les valeurs de partage, de solidarité et d’aide mutuelle.
« Rien n'est à toi. C'est pour utiliser. Pour partager. Si tu ne partages pas, tu ne peux pas utiliser. »

« Mais pour ceux qui acceptaient le privilège et l'obligation de la solidarité humaine, l'intimité n'avait de valeur que lorsqu'elle servait une fonction. »

« L'existence est sa propre justification, le besoin est le droit. »

« Il reconnaissait ce besoin, en termes odoniens, comme étant sa "fonction cellulaire", le terme analogique désignant l'individualité de l'individu, le travail qu'il pouvait accomplir au mieux, donc sa meilleure contribution envers la société. Une société saine le laisserait exercer librement cette fonction optimale, trouvant dans la coordination de telles fonctions sa force et sa faculté d'adaptation. »
La belle Urras, ou tout au moins la nation de l’A-Io, est caractérisée par une société plus ancienne, plus riche, plus élégante, cultivant dans le confort un luxe inutile et ostentatoire, hiérarchique, centralisée, inégalitaire, égotiste, éprise de politique, capitaliste, composée d’exploités et d’exploiteurs ; elle présente aussi une édifiante démonstration de sexisme et de machisme appliqués.
« Les Urrastis avaient du goût, mais il semblait être souvent en conflit avec un désir d'exhibition - une ostentation coûteuse. L'origine naturelle et esthétique de l'aspiration à posséder des choses était dissimulée et pervertie par les contraintes économiques et compétitives, qui à leur tour exerçaient un effet néfaste sur la qualité des choses : cela ne leur donnait d'ordinaire qu'une sorte de surabondance mécanique. »

« Il avait remarqué, dès le début de son séjour sur Urras, que les Urrastis vivaient parmi des montagnes d'excréments, mais ne mentionnaient jamais la merde. »
Sur Urras également, Thu a un régime socialiste, autoritaire, et le Benbili est une dictature militaire.
« La liberté de la presse est complète en A-Io, ce qui veut dire inévitablement que beaucoup de journaux ne renferment que des idioties. Le journal thuvien est bien mieux écrit, mais il donne uniquement les faits que le Présidium Central Thuvien veut y voir figurer. La censure est totale, en Thu. »
Si cette planète est un reflet de la nôtre, la société d'Anarres présente une culture issue d’un projet anarchiste aux conséquences imaginées par l’auteure.
« La validité d'une promesse, même d'une promesse sans terme indéfini, était très importante dans la pensée odonienne ; bien qu'on pût penser que l'insistance d'Odo sur la liberté de changer invalidât l'idée de promesse ou de vœu, c'était en fait la liberté qui donnait de l'importance à la promesse. Une promesse est une direction prise, une limitation volontaire du choix. Comme Odo l'avait fait remarquer, si aucune direction n'est prise, si l'on ne va nulle part, aucun changement ne se produira. La liberté de chacun de choisir et de changer sera inutilisée, exactement comme si on était en prison, une prison que l'on s'est construite soi-même, un labyrinthe dans lequel aucun chemin n'est meilleur qu'un autre. Aussi Odo en était-elle arrivée à considérer la promesse, l'engagement, l'idée de fidélité, comme une part essentielle dans la complexité de la liberté. »

« Mais les brutalités étaient extrêmement rares dans une société où le désir sexuel était généralement comblé dès la puberté, et la seule limite sociale imposée à l'activité sexuelle était la faible pression en faveur de l'intimité, une sorte de pudeur imposée par la vie communautaire.
D'un autre côté, ceux qui entreprenaient de former et de conserver une alliance, qu'ils soient homosexuels ou hétérosexuels, se heurtaient à des problèmes inconnus de ceux qui se satisfaisaient du sexe là où ils le trouvaient. Ils devaient faire face, non seulement à la jalousie, au désir de possession et autres maladies passionnelles pour lesquelles l'union monogamique constitue un excellent terrain, mais aussi aux pressions externes de l'organisation sociale. Un couple qui formait une alliance devait le faire en sachant qu'il pourrait être séparé à tout moment par les exigences de la distribution du travail. »

« Si nous devons tous être d'accord, tous travailler ensemble, nous ne valons pas mieux qu'une machine. Si un individu ne peut pas travailler solidairement avec ses compagnons, c'est son devoir de travailler seul. Son devoir et son droit. Mais nous avons dénié ce droit aux gens. Nous avons dit de plus en plus souvent : vous devez travailler avec les autres, vous devez accepter la loi de la majorité. Mais toute loi est une tyrannie. Le devoir de l'individu est de n'accepter aucune loi, d'être le créateur de ses propres actes, d'être responsable. Ce n'est que s'il agit ainsi que la société pourra vivre, changer, s'adapter et survivre. Nous ne sommes pas les sujets d'un État fondé sur la loi, mais les membres d'une société fondée sur la révolution. La Révolution est notre obligation : notre espoir d'évolution. »
Nombre de réflexions d’Ursula K. Le Guin sont imputées à Odo, la femme à l’origine de la rébellion.
« N'avons-nous pas mangé tandis que d'autres mourraient de faim ? Allez-vous nous punir pour cela ? Allez-vous nous récompenser pour avoir été affamés alors que d'autres mangeaient ? Aucun homme ne possède le droit de punir, ou celui de récompenser. Libérez votre esprit de l'idée de mériter, de l'idée de gagner, d'obtenir, et vous pourrez alors commencer à penser. »
Les clins d’œil à nos époque et planète ne sont pas rares, et souvent intéressants :
« A l'époque féodale, l'aristocratie avait envoyé ses fils à l'université, conférant une certaine supériorité à cette institution. Maintenant, c'était l’inverse : l'université conférait une certaine supériorité à l'homme. Ils dirent avec fierté à Shevek que le concours d'admission à Ieu Eun était chaque année plus difficile, ce qui prouvait le côté essentiellement démocratique de cette institution. "Vous mettez une nouvelle serrure sur la porte et vous l'appelez démocratie", leur dit-il. »
Une perception fine du désordre hormonal des ados :
« Ils étaient venus sur cette colline pour être entre garçons. La présence des filles les oppressait tous. Il leur semblait que ces derniers temps le monde était plein de filles. Partout où ils regardaient, éveillés ou endormis, ils voyaient des filles. Ils avaient tous essayé de copuler avec des filles ; certains d'entre eux, en désespoir de cause, avaient aussi essayé de ne pas copuler avec des filles. Cela ne faisait aucune différence. Les filles étaient là. »
Livre publié en 1974 :
« On lui fit visiter la campagne dans des voitures de location, de splendides machines d'une bizarre élégance. Il n'y en avait pas beaucoup sur les routes : la location était très élevée, et peu de gens possédaient une voiture privée, car elles étaient lourdement taxées. De tels luxes, si on les autorisait librement, tendraient à épuiser des ressources naturelles irremplaçables ou à polluer l'environnement de leurs déchets, aussi étaient-ils sévèrement contrôlés par la réglementation et le fisc. Ses guides insistèrent là-dessus avec une certaine fierté. Depuis des siècles, disaient-ils, l'A-Io était en avance sur toutes les autres nations dans le domaine du contrôle écologique et de l'administration des ressources naturelles. Les excès du neuvième millénaire étaient de l'histoire ancienne, et leur seul effet durable était la pénurie de certains métaux, qui heureusement pouvaient être importés de la Lune. »

« ‒ Ma planète, ma Terre, est une ruine. Une planète gaspillée par la race humaine. Nous nous sommes multipliés, et gobergés et nous nous sommes battus jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, et ensuite nous sommes morts. Nous n'avons contrôlé ni notre appétit, ni notre violence : nous ne nous sommes pas adaptés. Nous nous sommes détruits nous-mêmes. Mais nous avons d'abord détruit la planète. Il ne reste plus de forêts sur ma Terre. »
Entr’autre histoire d’un étranger qui découvre une civilisation fort différente de la sienne, un peu dans la position du sociologue ou de l’ethnologue, ce roman ambigu est un bel exemple de fiction spéculative, c'est-à-dire de laboratoire des sciences humaines : ce sont les possibilités sociétales qui sont explorées par ce puissant outil de réflexion ("expérience de pensée") sur les questions éthiques (au-delà du niveau de lecture d’évasion). Ce genre, exemplairement pratiqué par des auteurs majeurs, tels que Huxley, Orwell, Brunner, Ballard ‒ et Damasio ‒ est voisin de l’utopie, comme c’est le cas de Les Dépossédés, même si la société anarrestie ne constitue pas une réussite idéale (par exemple, Shevek se heurte à des « murs », l’administration devient une structure de pouvoir, l’isolationnisme menace à terme la révolution de sclérose, son professeur se révèle égotiste, etc.)
« Ces administrateurs du Port, avec leur formation particulière et leur position importante, avaient tendance à acquérir une mentalité bureaucratique : ils disaient automatiquement "non". »
Léger reproche, d’ailleurs souvent mérité dans ce même genre, la rédaction comme la traduction auraient peut-être mérité plus de finition.

Mots-clés : #politique #sciencefiction #social #solidarite

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Message par bix_229 le Jeu 25 Juin - 15:26

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J'avais apprécié ce petit livre un peu mélancolique dans mon souvenir et qui n'a rien à voir avec la SF. B

Loin, très loin de tout, c'est la rencontre de deux adolescents d'aujourd'hui, leur amour et leurs incertitudes, le chemin qu'ensemble ils cherchent vers l'âge adulte... Familière des voyages interstellaires (on sait quelle notoriété lui vaut son œuvre de science-fiction), Ursula Le Guin retrouve ici, avec l'adolescence, un univers musical, onirique, et pourtant si présent. Car une double perspective ordonne ce roman de formation. Les personnages ne sont pas seulement contemporains, vrais, exemplaires par leurs interrogations : ils sont en nous. Et leur histoire, leurs émotions soudain viennent illuminer les nôtres, intactes, déposées là et comme clarifiées par le temps, par le regard de la maturité. A-t-on jamais écrit, sur l'adolescence, livre plus limpide ?

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Message par Tristram le Jeu 25 Juin - 16:37

Tu parles de quel (petit) livre ?

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Message par bix_229 le Jeu 25 Juin - 17:02

Pardon, corrigé !
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Ursula K. Le Guin Empty Re: Ursula K. Le Guin

Message par Quasimodo le Dim 28 Juin - 21:52

Après avoir écouté l'épisode de La méthode scientifique qui lui est consacré et lu les commentaires de ce fil, je me pencherais volontiers sur La main gauche de la nuit. Merci Tristram d'avoir attiré notre attention sur cette écrivaine !

_________________
Il vécut pendant des années, l'œil sur le bassin intérieur.
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