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Christoph Martin Wieland

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Message par Dreep Dim 22 Jan - 10:45

Christoph Martin Wieland

Christoph Martin Wieland Weimar10

(1733 - 1813)

Fils d’un pasteur protestant, Wieland montra dans ses études une précocité extrême et voulait entreprendre, à douze ans, un grand poème sur la destruction de Jérusalem. D’une nature extraordinairement mobile, il subissait l’influence du milieu et de l’entourage, et il préluda à l’esprit de raillerie et de satire par le mysticisme le plus exalté. Au collège de Kloster Berge près Magdebourg, où il entra à l’âge de quatorze ans, il se laissa dominer par le piétisme et la théosophie. Bientôt il se jeta avec passion dans l’étude de la Grèce antique et de la littérature anglaise contemporaine. Les auteurs français, Bayle, Voltaire, et les libres penseurs français du xviiie siècle vinrent ajouter de nouveaux éléments à la fermentation de ses idées.

À peine âgé de dix-sept ans, il conçut une passion romanesque, dont sa vie entière se ressentit, pour une jeune fille de Biberach, Marie Sophie Gutermann von Gutershofen, qui devait devenir, sous le nom de Sophie von La Roche, une femme de lettres distinguée et former autour d’elle un cercle de beaux esprits. Wieland alla passer plusieurs années à Tübingen pour y étudier le droit, mais il donna tout son temps à la littérature et à la poésie, sous l’inspiration de son premier amour. C’est à cette époque qu’il écrivit des Hymnes (1751) à la manière de Klopstock, un poème didactique : Die Natur der Dinge. Ein Lehrgedicht in 6 Büchern (La Nature des choses ou le Meilleur des mondes. Poème didactique en 6 livres, 1757), exposition obscure et enthousiaste de la métaphysique optimiste ; des Zwölf moralische Briefe in Versen (Lettres morales, Heilbronn, 1752), en vers alexandrins ; des Briefe von Verstorbenen an hinterlassene Freunde (Lettres des morts à leurs amis survivants, Zurich, 1753), toutes pénétrées des souvenirs de la philosophie platonicienne.

Le penchant de Wieland pour les idées chrétiennes et les traditions littéraires purement germaniques fut fortifié par ses relations avec Klopstock et avec le vieux Bodmer qui l’appela auprès de lui comme secrétaire, et dont il défendit chaudement les principes religieux et littéraires. Wieland s’exerçait alors, suivant le programme de l’école suisse, à l’épopée. Son premier poème, der Geprüfte Abraham (l’Épreuve d’Abraham, 1753), ses Moralische Erzählungen (Récits moraux, 1753), imitation sentimentale des ouvrages anglais d’Elizabeth Rowe ; son Cyrus enfin (1759), dont le véritable héros est, sous les traits de celui de Xénophon, Frédéric le Grand, appartiennent à la manière de Klopstock et de Bodmer.

Une révolution complète s’accomplit cependant chez Wieland lorsque, après avoir été plusieurs années précepteur à Zurich et à Berne, il rentra en 1760 à Biberach, où il remplit les fonctions de directeur de la chancellerie. La vue des hommes et de la réalité de la vie sous leur vrai jour rabattit beaucoup de ses rêveries sentimentales. Le mariage de sa chère Sophie avec Georg Michael Franck von La Roche, secrétaire du comte Stadion, porta le dernier coup à ses illusions. Il vécut dans la société de cette femme et du comte Stadion et se familiarisa avec les écrits de Young, de Shaftesbury, de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de Marie-Catherine d'Aulnoy etc.

Dès lors, l’esprit de liberté acerbe et léger propre au xviiie siècle influença définitivement son imagination ardente, son enthousiasme allemand et chrétien, ses prédilections savantes pour la philosophie et les lettres grecques. Nous retrouverons les effets de cette fusion dans ses meilleurs ouvrages. En 1765, Wieland épousa une femme simple et aimable qui, du propre aveu de celui-ci, ne lut jamais une seule page de son mari, mais qui le rendit heureux par sa bonté et lui donna quatorze enfants en vingt ans. Peu après il fut nommé professeur de philosophie au collège d’Erfurt où il passa trois années, signalées par de nombreuses publications philosophiques et politiques.

En 1772, la duchesse de Saxe-Weimar-Eisenach, Anne-Amélie, l’appela auprès d’elle, pour lui confier l’éducation de ses deux enfants, Charles-Auguste et Constantin. À Weimar, une cour littéraire très brillante se forma peu à peu autour de Wieland, réunissant notamment Gœthe, Friedrich Justin Bertuch, Karl Ludwig von Knebel, Schiller, Herder, Musäus, Voigt, Einsiedel, et une foule d’hommes distingués. Ce fut pour lui l’époque la plus heureuse de sa vie et de son activité littéraire. Il y passa trente-cinq années, interrompues seulement par un voyage en Suisse, où il reçut l’accueil le plus gracieux et le plus enthousiaste, malgré son éclatante renonciation aux traditions de l’école helvétique.

De 1798 à 1803, Wieland vécut, entouré de sa nombreuse famille, dans le petit domaine d’Oßmannstedt qu’il avait acheté près de Weimar, où il recevait les visites et les hommages des personnes les plus importantes de l’époque, et, suivant Madame de Staël, sa conversation était encore plus brillante que ses écrits. Les revers l’atteignirent dans cette retraite et l’en chassèrent. Il rentra à Weimar, presque sans fortune, ayant perdu sa femme et une fille de Sophie von La Roche qu’il avait adoptée. Sa popularité souffrit des révolutions politiques ; il avait applaudi aux débuts de la Révolution française, puis désavoué ses excès sanglants. Des pamphlets violents étaient publiés contre lui. La bataille d'Iéna lui apporta, avec de stériles hommages, de nouvelles épreuves : Napoléon fit placer une garde devant la maison du poète pour la protéger, mais l’ordre avait été donné trop tard, et la maison fut pillée de fond en comble. L’Empereur voulut voir lui-même Wieland et s’efforça de se montrer aimable envers le poète, qui ne vit en lui qu’un « homme de bronze ». Il le décora de la Légion d'honneur et le tsar Alexandre de l’ordre de Sainte-Anne.

Ni ces témoignages ni l’amitié constante du duc de Weimar, son élève, ne purent arracher Wieland à la sombre mélancolie que lui inspirait, au milieu de l’assujettissement de l’Allemagne, la perte successive de ses plus illustres amis. Il succomba aux infirmités de la vieillesse et fut enterré, selon son désir, à Osmannstaedt à côté de sa femme. Il avait été élu associé étranger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1803.

Il fut initié en Maçonnerie le 4 avril 1809, à l'âge de 76 ans, dans la loge de Weimar Amalia zu den drei Rosen (Amalia aux trois Roses) par l'ami franc-maçon Johann Wolfgang von Goethe, qui composa et lut son éloge funèbre dans le Temple maçonnique lors de sa mort.

Bibliographie :

Zwölf moralische Briefe in Versen, Heilbronn, 1752.
Der Sieg der Natur über die Schwärmerei oder die Abenteuer des Don Sylvio von Rosalva, Ulm, 1764.
Geschichte des Agathon, Frankfurt & Leipzig, Zurich, 1766-7 (Traduction : Histoire d'Agathon ou Tableau philosophique des mœurs de la Grèce - Tome 1 & Tome 2 Tome 2 sur Gallica [archive]
Musarion, oder die Philosophie der Grazien, Leipzig, 1768
Idris und Zenide, Leipzig, 1768.
Nadine, Leipzig, 1769.
Combabus, Leipzig, 1770.
Die Grazien, Leipzig, 1770.
Der neue Amadis, Leipzig, 1771.
Der goldene Spiegel, oder die Könige von Scheschian, Leipzig, 1772.
Die Geschichte der Abderiten, Leipzig, 1774
Oberon, Weimar, 1780. Obéron, Paris, Allia, 2014, 208 p. (ISBN 9782844858504)
Dschinnistan, 3 vols., Winterthur, 1786-1789
Aristipp und einige seiner Zeitgenossen, 4 vols., Leipzig, Göschen, 1800-2
Über den Zweck und den Geist der Freimauerei, 1809 (Discours prononcé pour son initiation à l'âge de 76 ans. Traduction : Sur le but et l'esprit de la Franc-maçonnerie
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Message par Dreep Dim 22 Jan - 10:47

La vie, les amours et les aventures de Diogène le cynique

Christoph Martin Wieland Oip

Quelle a bien pu être la motivation de Wieland en écrivant ce texte, La vie, les amours et les aventures de Diogène le cynique, le faisant passer pour une traduction d’un écrit à la craie retrouvé dans le célèbre tonneau où le philosophe séjournait ? L’ouvrage est composé de deux parties : Le Socrate Fou puis, La République de Diogène. La première représente les trois quart du livre. On n’est pas plus éclairé, en lisant cette suite d’anecdotes, sur les motivations de Wieland, d’autant que celles-ci n’ajoutent pas grand-chose à celles que Diogène de Laërce a compilées dans Vie et doctrines des philosophes illustres. Un ton plus comique, peut-être. Le titre de Wieland annonce beaucoup, mais il est assez trompeur. Le Diogène de Wieland ressemble peu ou prou à celui de Sinope (pour ce qu’on en sait de ce dernier…) et l’écrivain allemand a mis l’accent sur un Diogène prodigue en services, charitable, une sorte de personnage Hugolien à la manque. Wieland invente deux ou trois petites histoires comiques que l’on sent faites pour illustrer cette belle phrase du début : « Je devrais commencer par vous dire comment il m’est venu dans l’idée d’écrire mes aventures, mes observations, mes sensations, mes opinions, mes rêveries, mes folies… les vôtres, et la sagesse que j’en ai su tirer.. » Tout un programme, et la dernière partie de la phrase est sans doute celle qui donne le plus l’idée de l’intérêt ― il n’est pas immense ― que peut avoir le récit de ce faux Diogène. Le philosophe y joue le rôle d’un moraliste, qui faute d’être très original, n’en sait pas moins être piquant. Les nababs d’Athènes sont vraiment bouffons et ont surtout une très mauvaise conception de leur bonheur, ce sont les courtisans dont Diderot ou d’Holbach (et tant d’autres…) se sont moqués. La seconde partie est bouffonne, paraît absurde : suggérez à Diogène d’imaginer sa république, vous le verrez alors se teinter de rousseauisme (celui de l'académie de Dijon).
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Message par Bédoulène Dim 22 Jan - 14:13

merci Dreep

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