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Raymond Chandler

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Message par Tristram Sam 18 Fév - 11:26

Raymond Chandler
(1888 – 1959)

polar - Raymond Chandler Chandl10

Raymond Chandler (Chicago, 23 juillet 1888 – 26 mars 1959) est un écrivain américain, auteur des romans policiers ayant pour héros le détective privé Philip Marlowe. Son influence sur la littérature policière moderne, et tout particulièrement le roman noir, est aujourd'hui incontestable. Son style, alliant étude psychologique, critique sociale et ironie, a été largement adopté par plusieurs écrivains du genre.
Chandler déménage en Grande-Bretagne, avec sa mère, d'origine irlandaise, au cours de l'année qui suit le divorce de ses parents (1895) ; il voyage pendant les vacances en France et en Allemagne. Il est naturalisé britannique en 1907 et travaille pendant moins d'un an dans les bureaux de l'Amirauté britannique. Après avoir démissionné du service civil, Chandler travaille comme pigiste pour divers journaux, dont The Spectator, et continue de composer des poésies de style « romantique tardif ».
Chandler rentre aux États-Unis avec sa mère en 1912 et entreprend un temps des études pour devenir comptable. En 1917, il s'engage dans l'armée canadienne et combat en France. Après l'armistice, il s'installe à Los Angeles et commence une liaison avec une femme de dix-huit ans son ainée, Cissy Pascal, qu'il épousera en 1924 après qu'elle aura divorcé de son mari Julian, un pianiste de concert.
Par la suite, Chandler exerce divers petits métiers : cueilleur d'abricots, employé d'un fabricant de raquettes de tennis. En 1932, il est vice-président du Dabney Oil Syndicate à Signal Hill en Californie, mais il perd cet emploi lucratif en raison de son alcoolisme et de la Grande Dépression de 1929.
Lecteur de pulps, il se décide à rédiger des nouvelles policières, espérant sans trop y croire pouvoir gagner sa vie grâce à sa plume. Sa première nouvelle, Blackmailers Don't Shoot, qu'il passe cinq mois à écrire et pour laquelle il touche 180 dollars, paraît dans Black Mask en 1933. Jusqu'en 1938, Chandler en produit une bonne douzaine, dont plusieurs seront en partie reprises ou refondues pour tisser la trame de ses romans. Le premier, Le Grand Sommeil (The Big Sleep), que l'auteur rédige en trois mois et qu'il publie en 1939, connaît un succès immédiat.
Le Grand Sommeil marque la première apparition d'un héros récurrent, le détective privé de Los Angeles Philip Marlowe, nommé ainsi en l'honneur du dramaturge élisabéthain Christopher Marlowe. Ce fin limier, plutôt taciturne, apparaît proprement dégoûté par l'hypocrisie du milieu ambiant et de la société américaine en général. Son regard sévère sur cet univers décadent se voit relevé par un humour grinçant et pince-sans-rire. S'il se révèle à ses heures aussi alcoolique que désabusé, il poursuit avec sagacité la vérité sur les affaires qui lui sont confiées. On retrouve Marlowe dans tous les romans de Chandler et dans deux nouvelles tardives.
Sa célébrité acquise lui ouvre rapidement les portes de Hollywood. Ses livres sont adaptés au cinéma : Adieu ma belle en 1944 par Edward Dmytryk, Le Grand sommeil par Howard Hawks en 1946, La Dame du lac par Robert Montgomery en 1947, La Grande Fenêtre par John Brahm la même année. De plus, après la publication de La Dame du lac, Chandler met ses activités de romancier en veilleuse pour se consacrer à l'écriture de scénarios. Mais jamais il ne participera à l'adaptation d'un de ses livres.
En 1953, Chandler renoue avec Philip Marlowe dans un nouveau livre, The Long good-bye, qui sera porté à l'écran 20 ans plus tard par Robert Altman (Le privé).
Cissy meurt en 1954, à l'âge de 84 ans, plongeant Chandler, alors âgé de 66 ans, dans un profond abattement. Il recommence à boire. La qualité de son écriture s'en ressent et il tente de se suicider en 1955.
En dépit de l'admiration grandissante que lui vouent les milieux littéraires et le grand public, les dernières années de l'écrivain se placent sous le signe d'un état dépressif chronique.
Il meurt d'une pneumonie le 26 mars 1959, laissant derrière lui un roman inachevé intitulé Poodle Spring qui met encore une fois en scène son héros fétiche. Le livre sera complété en 1989 par Robert B. Parker, un autre écrivain spécialiste du genre.
Œuvre
Romans de la série Philip Marlowe

• The Big Sleep (1939). Roman fondé sur les nouvelles Killer in the rain (1935) et The curtain (1936) [publié en français sous le titre Le Grand Sommeil, traduit par Boris Vian, Paris]
• Farewell, My Lovely (1940). Roman fondé sur les nouvelles The man who liked dogs (1936), Try the girl (1937) et Mandarin's jade (1937) [publié en français sous le titre Adieu, ma jolie]
• The High Window (en) (1942). Roman fondé sur les nouvelles Bay City blues (1938) et The lady in the lake (1939) [publié en français sous le titre La Grande Fenêtre]
• The Lady in the Lake (1943). Roman fondé sur les nouvelles Bay City blues (1938), The lady in the lake (1939) et No crime in the mountains (1941) [publié en français sous le titre La Dame du lac, traduit par Boris et Michèle Vian]
• The Little Sister (1949). Quelques passages fondés sur la nouvelle Bay City blues (1938) [publié en français sous le titre Fais pas ta rosière ! et sous le titre La Petite Sœur]
• The Long Goodbye (1953 en G.-B.), (1954 aux É.-U.) [publié en français sous le titre Sur un air de navaja, traduit dans une version tronquée par Henri Robillot et Janine Hérisson, et sous le titre The Long Goodbye dans une traduction intégrale de Henri Robillot et Janine Hérisson]
• Playback (1958). Roman fondé sur un scénario non-produit, [publié en français sous le titre Charades pour écroulés, et sous le titre Playback]
• Poodle Springs (1959). Roman inachevé ; complété par Robert B. Parker en 1989 [publié en français sous le titre Marlowe emménage, Paris, Gallimard, 1990]

Nouvelles
Nouvelles policières

• Blackmailers Don't Shoot (1933) [Titre français : Les maîtres chanteurs ne tirent pas]
• Smart-Aleck Kill (1934) [Titre français : Un crime de jobard ou Un crime fait de chic]
• Finger Man (1934) [Titre français : L'Indic ou La rousse rafle tout]
• Killer in the Rain (1935) [Titre français : Un tueur sous la pluie]
• Nevada Gas (1935) [Titre français : La Mort à roulette ou La Mort à roulettes]
• Spanish Blood (1935) [Titre français : Du sang espagnol]
• Guns at Cyrano's (1936) [Titre français : Fusillade au Cyrano]
• The Man Who Liked Dogs (1936) [Titre français : L'Homme qui aimait les chiens]
• Noon Street Nemesis ou Pick up on Noon Street (1936) [Titre français : Rouge sang au Quartier noir ou Coup dur à Noon Street]
• Goldfish (1936) [Titre français : Poissons rouges]
• The Curtain (1936) [Titre français : Le Rideau]
• Try the Girl (1937) [Titre français : Cherche la souris]
• Mandarin's Jade (1937) [Titre français : Le Jade du mandarin]
• Red Wind (1938) [Titre français : Vent rouge]
• The King in Yellow (1938) [Titre français : Le Roi jaune ou Le Roi en jaune]
• Bay City Blues (1938) [Titre français : Bay City Blues]
• The Lady in the Lake (1939) [Titre français : La Dame du lac]
• Pearls Are a Nuisance (1939) [Titre français : Attention aux perles]
• Trouble is My Business (1939) [Titre français : Les Ennuis, c'est mon problème]
• I'll Be Waiting (1939) [Titre français : J'attendrai]
• No Crime in the Mountains (1941) [Titre français : La Paix des cimes]
• Marlowe Takes on the Syndicate (1959), nouvelle aussi connue sous les titres The Wrong Pigeon ou The Pencil ou Philip Marlowe's Last Case [Titre français : Le Crayon]

Autres nouvelles
• The Bronze Door (1939) [Titre français : La Porte de bronze]
• Professor Bingo's Snuff (1951) [Titre français : La Reniflette du professeur Bingo]
• English Summer (1976), nouvelle posthume [Titre français : Un été anglais]

(Wikipédia)

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Sam 18 Fév - 11:47

The Long Goodbye

polar - Raymond Chandler The_lo10

C’est le sixième roman de Chandler où apparaît le célèbre (pour nous) détective privé Philip Marlowe, et que son auteur considérait comme son meilleur livre. J’ai tout de suite apprécié la réaction de Marlowe, qui aide gratuitement un pauvre type ivre, Terry Lennox, refusant même de s’intéresser à sa vie privée. Marlowe, personnage aussi tenace que taciturne, est le narrateur, précis et observateur.
« Pourquoi entrais-je à ce point dans les détails ? C’est que, dans une atmosphère aussi tendue, chaque geste devenait une performance, un acte d’une importance capitale. C’était un de ces moments cruciaux où tous les mouvements automatiques, bien qu’établis de longue date et consacrés par l’habitude, se muent en manifestations isolées de volonté. Vous êtes alors comme un homme qui réapprend à marcher après une polio. Rien de vous paraît aller de soi ; rien du tout. »
Plus conventionnellement, ce dur-à-cuire s’insurge contre la brutalité policière (là aussi, l’histoire récente peut donner du crédit à son point de vue).
« La loi n’est pas la justice. C’est un mécanisme très imparfait. Si vous appuyez exactement sur les boutons adéquats et qu’en plus vous avez de la chance, l’ombre de la justice peut apparaître dans la réponse. Jamais la loi n’a été conçue comme un mécanisme. »
Terry est un trentenaire aux cheveux blancs et au visage couturé, dont Marlowe décrit « le charme de sa faiblesse et son genre très particulier de fierté ».
« Je ne le jugeais pas, ne l’analysais pas, comme je ne lui avais jamais posé de questions sur l’origine de ses blessures ou sur les conditions dans lesquelles il s’était marié à une femme comme Sylvia. »
Terry se remarie avec Sylvia, belle et riche cadette du millionnaire Potter, qui mène une vie dissolue avant d’être massacrée. Terry est accusé de sa mort, ce qui est invraisemblable pour ; il se serait suicidé en laissant des aveux. Marlowe est inquiété par la police, qui comprend qu’il l’a aidé à fuir au Mexique, mais Potter étouffe l’enquête pour sauvegarder sa vie privée. Toutes les personnes proches de l’affaire conseillent à Marlowe de laisser tomber.
« Un mort est le bouc émissaire idéal. C’est pas lui qui pourrait vous contredire. »
Terry aurait été blessé à la guerre, sauvant deux compagnons devenus depuis des caïds, Mendy Menendez et Randy Starr, auxquels il n’a pas eu recours alors qu’il était dans la mélasse.
« Ce type avait été un homme impossible à détester. Combien en rencontre-t-on dans la vie dont on puisse en dire autant ? »
Roger Wade est un auteur à succès qui a un fort penchant pour l’alcool ; son éditeur, Spencer, demande à Marlowe de l’empêcher de boire pour qu’il puisse finir son roman en cours, et sa femme, la belle Eileen Howard aux yeux violets, de le retrouver car il a disparu en pleine phase éthylique.
Regard attentif sur les marges de la société.
« Tous les bureaux étaient occupés par divers charlatans, adeptes miteux de la Christian Science, avocats de l’espèce qu’on souhaiterait à ses adversaires, docteurs et dentistes dans la débine, maladroits, malpropres, attardés, trois dollars et payez l’infirmière, s’il vous plaît, des hommes fatigués, découragés, qui savent exactement à quoi s’en tenir sur eux-mêmes, à quel genre de patients ils peuvent s’attendre et combien ils peuvent leur soutirer. Prière de ne pas demander de crédit. Le docteur est là ; le docteur est absent. Vous avez une molaire bien branlante, madame Karinski. Maintenant, si vous voulez ce nouveau plombage en acrylique, ça vaut n’importe quel inlay en or. Je peux vous poser ça pour quatorze dollars. Pour la Novocaïne, ça fera deux dollars de plus, si vous voulez. Le docteur est là ; le docteur est absent. Ça fera trois dollars. Payez l’infirmière, s’il vous plaît.
Dans un immeuble pareil, il y aura toujours une poignée de gens pour se faire du fric mais ça ne se voit pas sur eux. Ils se fondent dans un anonymat grisâtre qui leur sert d’écran protecteur. Avocats marrons associés à des rackets de récupération de caution (deux pour cent en moyenne de tous les versements gagés sont récupérés). Avorteurs se faisant passer pour n’importe quels fricoteurs pour justifier la présence de leur matériel. Trafiquants de came qui se prétendent urologues, dermatologues ou toute autre branche de la médecine où le traitement peut être suivi et où l’usage répété des anesthésiques est normal. »
De nombreux personnages et situations pittoresques sont décrites, vie ordinaire d’un privé de L.A. ; Chandler a le talent des portraits lapidaires.
« Il était roux, les cheveux coupés court et son visage me fit l’effet d’un poumon vidé d’air. J’avais rarement vu un gazier aussi laid. »
On trouve aussi de la sociologie (datée, livre paru en 1953).
« Le téléphone est un objet tyrannique, envahissant. Le gadgetomane de notre époque l’adore, l’abhorre, le craint. Mais il le traite toujours avec respect, même quand il a bu. Le téléphone est un fétiche. »
Marlowe récupère Wade chez un médecin charlatan ; il rencontre Linda Loring, sœur de Sylvia et épouse du docteur d’Eileen.
« Il croit avoir un secret enfoui dans sa mémoire et il ne peut pas y accéder. Peut-être est-ce une forme de culpabilité vis-à-vis de lui-même, peut-être vis-à-vis de quelqu’un d’autre. Il croit que c’est ce qui le pousse à boire parce que, précisément, il n’arrive pas à élucider ce mystère. Il s’imagine sans doute que quoiqu’il ait pu se passer, c’est arrivé quand il était ivre et il se figure qu’en buvant il finira par voir clair. C’est un cas qui relève du psychiatre. Bon, si je me trompe, alors il se soûle parce qu’il en a envie ou ne peut s’en empêcher et cette histoire de secret n’est qu’une mauvaise excuse. Il ne peut pas écrire son livre ou, du moins, le terminer. Parce qu’il boit. Je veux dire qu’apparemment il est incapable de finir son livre parce qu’il se soûle à mort. »
Considérations sur l’écriture, solipsiste, via Wade.
« Ce monde, c’est toi qui l’as fait toi-même et le peu de secours que tu as reçu du dehors tu en es aussi l’auteur. Alors, cesse de prier, tocard. Lève-toi et bois ce verre. Il est maintenant trop tard pour quoi que ce soit d’autre. »
Wade se suicide, selon toutes apparences ; Marlowe, à proximité lors des faits, est innocenté, toujours grâce à l’influence de Potter. Il a affaire à Bernie Ohls, un lieutenant de police qu’il connaît depuis longtemps.
« – Il n’existe aucun moyen pour faire cent millions de dollars honnêtement, dit Ohls. Le grand chef se figure peut-être qu’il a les mains propres, mais sur le trajet, il y a des gars qui se font arnaquer jusqu’à l’os, de bonnes petites affaires peinardes qui sont liquidées et vendues pour trois sous, des types tout ce qu’il y a de réglos qui perdent leur boulot, des stocks de marchandises rayés du marché, des prête-noms achetés au rabais et de grands cabinets juridiques payés des fortunes pour tourner des lois dont se réclament le commun des mortels mais qui dérangent les riches parce qu’elles leur rognent leurs bénéfices. La grosse galette donne le pouvoir et le pouvoir on en fait pas bon usage. C’est le système qui veut ça. C’est peut-être pas possible d’en avoir un meilleur mais c’est pas encore la promotion de la blancheur Persil. »

« – Je suis un romantique, Bernie. J’entends des voix qui pleurent la nuit, et je ne peux pas m’empêcher d’aller voir ce qui se passe. On ne fait pas un rond comme ça. Si t’as un peu de jugeote, tu fermes tes fenêtres et tu augmentes le son de ta télé. Ou tu appuies sur le champignon et tu fous le camp au diable. Tu te mêles surtout pas des ennuis des autres. Tout ce que ça peut te rapporter, c’est d’être mal vu. La dernière fois que j’ai vu Terry Lennox, on a pris ensemble le café que j’avais préparé chez moi et on a fumé une cigarette. Alors, quand j’ai appris sa mort, je suis allé à la cuisine, j’ai fait du café, j’en ai servi une tasse pour lui, j’ai allumé une cigarette pour lui et quand le café a été froid et la cigarette consumée, je lui ai dit bonne nuit. On fait pas un rond comme ça, je te dis. Tu ferais pas ça, toi, c’est pour ça que t’es un bon flic et que je suis privé. Eileen Wade s’inquiète pour son mari, alors je me mets en chasse et je le ramène chez lui. Une autre fois, il est dans le pétrin, il m’appelle, j’y vais, je le ramasse sur la pelouse, je le mets au lit et je ne me fais pas un rond. Zéro pour cent. Rien, sauf qu’à l’occasion je me fais casser la gueule, foutre au trou ou menacer par un malfrat comme Mendy Menendez. Mais pas d’argent, pas un centime. J’ai un billet de cinq mille dollars dans mon coffre mais jamais j’en dépenserai une miette. Parce que c’est par une combine louche que je l’ai reçu. Au début, ça m’a amusé, et je le sors encore de temps en temps pour le regarder. Mais c’est tout – ce fric-là ne se dépense pas. »

« On ne fait plus un boulot de policiers, on devient une branche du racket de la médecine. On les voit partout en taule, devant les tribunaux, dans les salles d’interrogatoire. Ils écrivent des rapports de quinze pages pour expliquer pourquoi un petit voyou a braqué un débit de boissons, violé une écolière ou refilé de la came aux élèves de terminale. Dans dix ans, les zèbres comme Hernandez et moi subiront les tests de Rorschach ou d’associations de mots au lieu de faire de la gym et de s’entraîner à la cible. Quand on partira sur un coup, en emportera des petits sacs de cuir noir avec des détecteurs de mensonge portatifs et des ampoules de sérum de vérité. »

« Tu t’imagines que dans leurs grosses boîtes de Las Vegas et de Reno, il n’y a que des types pleins aux as qui vont prendre des culottes pour se marrer ? Mais c’est pas ceux-là qui font marcher le racket, c’est la foule des pauvres pigeons qui paument régulièrement le peu de fric qu’ils peuvent mettre de côté. Le flambeur plein aux as perd quarante mille dollars, se marre et remet ça. Mais le flambeur plein aux as n’enrichit pas le racket. C’est les petites pièces, la mitraille, un demi-dollar par-ci, par-là, quelquefois même un billet de cinq qui grossissent le magot. Le fric du racket rentre comme l’eau coule dans les conduites de ta salle de bains sans jamais s’arrêter. Chaque fois qu’on veut avoir la peau d’un flambeur professionnel, c’est à moi de jouer. Et chaque fois que le gouvernement prend sa dîme sur le jeu en appelant ça des impôts, il contribue à la prospérité de la pègre. […]
— Tu es un flic épatant, Bernie, mais tu te goures complètement. En un sens, les flics sont tous pareils. Ils interviennent toujours à tort. Si un type perd sa chemise à la passe anglaise, interdisez le jeu. S’il se cuite, interdisez l’alcool, s’il tue quelqu’un dans un accident de voiture, arrêtez de fabriquer des bagnoles, s’il se fait pincer avec une nana dans une chambre d’hôtel, interdisez la baise. S’il tombe dans l’escalier, ne bâtissez plus de maisons.
– Ah, mets une sourdine !
– Une sourdine, naturellement. Je ne suis qu’un citoyen quelconque. Passe la main, Bernie. Si on a des truands, des mafiosi, des équipes de tueurs, ce n’est pas à cause des politiciens véreux et de leurs acolytes à l’hôtel de ville et dans les instances juridiques. Le crime n’est pas une maladie, c’est un symptôme. Les flics me font penser aux toubibs qui te refilent de l’aspirine pour une tumeur au cerveau, à part que les flics la soigneraient plutôt à la matraque. Nous formons une grande population riche, rude, sauvage et le crime représente le prix à payer en échange, et le crime organisé est le prix à payer pour l’organisation de cette société. Ça va encore durer comme ça un bon bout de temps. Le crime organisé n’est que le côté malpropre du dollar roi. »
L’intrigue est finement, longuement exposée, de façon circonstanciée, analytique ; dénouée, elle se prolonge, prenant aussi le temps de dénoncer le système de l’argent, tout comme de fouiller le personnage de Marlowe l’indépendant. L'alcoolisme est également décortiqué, sans doute basé sur l'expérience personnelle de Chandler.
C’est une sorte de classique du roman policier, apprécié par de nombreux écrivains, par forcément de la veine polar, comme Jim Harrison, et son influence marquera de nombreux auteurs ultérieurs.
Il est fort agréable de lire un polar de temps à autre : mais il y en a tant, encore faut-il en lire un bon – celui-ci en est un !

\Mots-clés : #polar #psychologique

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Message par Bédoulène Sam 18 Fév - 17:00

merci Tristram pour ton commentaire argumenté (je pensais qu'un fil avait déjà été ouvert)

l'occasion de relire Chandler !

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“Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal.”
― Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia



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"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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