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Jacques Le Goff

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Jacques Le Goff Empty Jacques Le Goff

Message par Tristram Mar 4 Avr - 12:40

Jacques Le Goff
(1942 – 2014)

Jacques Le Goff Le_gof10

Jacques Le Goff est un historien médiéviste français, né le 1er janvier 1924 à Toulon et mort le 1er avril 2014 à Paris.
Dès son enfance, Jacques Le Goff se montre réticent vis-à-vis de la pratique religieuse.
Il entre dans la Résistance, mais même s’il vit la guerre, il ne la ressent pas et n’a pas conscience des changements qui s’opèrent, car pour lui les guerres ne sont pas un grand moteur de l’histoire, même si elles sont capables d'accélérer ou de retarder les évolutions. On retrouve toujours sa pensée selon laquelle l’histoire politique et l’histoire des grands évènements doivent céder la place à une histoire plus profonde et plus longue qui s'écrit sous la forme de lentes évolutions.
Il s'intéresse particulièrement dans ses recherches à l'anthropologie médiévale, et à l'histoire des mentalités.
Pour comprendre et expliquer la continuité des évènements historiques, Jacques Le Goff s'intéresse à l'histoire des sociétés et en particulier à celle des mentalités qui pour lui constituent une histoire plus « subtile » : « l’histoire est mue par des mouvements profonds et continus, elle ne connaît pas de rupture brusque. »
Pour Jacques Le Goff, l’histoire ne peut être objective : c’est une « activité presque involontaire de rationalisation ».
Dans les années 1980, il s’intéresse à l’imaginaire politique (ses symboles, ses rites, ses cérémonies, ses rêves, ses images) et écrit L'Imaginaire médiéval. Il porte ses recherches sur le rêve, la culture populaire et les croyances collectives dans la société du Moyen Âge, sur les mentalités ainsi que sur leurs modifications et évolutions.

Publications
Faut-il vraiment découper l'histoire en tranches ? Paris, Le Seuil, 2014.
À la recherche du temps sacré, Jacques de Voragine et la Légende dorée, Paris, Perrin, coll. Pour l'histoire, 2011.
Le Moyen Âge et l’argent : Essai d’anthropologie historique, Paris, Perrin, coll. « Pour l’Histoire », 2010.
Avec Hanka, Paris Gallimard, 2008.
L'Europe expliquée aux jeunes, Paris, Le Seuil, 2007.
Marchands et banquiers du Moyen Âge, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2006.
Héros et merveilles du Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 2005.
Un long Moyen Âge, Paris, Fayard, 2004.
Héros du Moyen Âge, Le roi, le saint, au Moyen Âge, Paris, Gallimard Quarto, 2004.
De la pertinence de mettre une œuvre contemporaine dans un lieu chargé d'histoire : Entretien avec Pierre Soulages à propos des vitraux de Conques (préface de Xavier Kawa-Topor, photographies Pascal Piskiewicz). Toulouse, 2003. Le Pérégrinateur Éditeur
À la recherche du Moyen Âge (avec Jean-Maurice de Montremy), Paris, Louis Audibert, 2003.
Une histoire du corps au Moyen Âge (avec Nicolas Truong), Paris, Liana Lévi, 2003.
Le Dieu du Moyen Âge, Paris, Bayard, 2003.
L'Europe est-elle née au Moyen Âge ? Paris, Le Seuil, 2003.
Cinq personnages d’hier pour aujourd’hui : Bouddha, Abélard, saint François, Michelet, Bloch, Paris, La Fabrique, 2001.
Le Sacre royal à l'époque de Saint-Louis, Paris, Gallimard, 2001.
Un Moyen Âge en images, Paris, Hazan, 2000.
Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval (en collaboration avec Jean-Claude Schmitt), Paris, Fayard, 1999.
Saint François d'Assise, Paris, Gallimard, collection « Bibliothèque des histoires », 199834.
Un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1999, 1372 p. (ISBN 2-07-075463-4).
Le Moyen Âge aujourd'hui, Paris, Léopard d'Or, 1998.
Pour l'amour des villes (en collaboration avec Jean Lebrun), Paris, Textuel, 1997.
Une vie pour l'histoire (entretiens avec Marc Heurgon), Paris, La Découverte, 1996.
L'Europe racontée aux jeunes, Paris, Le Seuil, 1996.
Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996.
L'Homme médiéval (dir.), Paris, Le Seuil, 1994.
La Vieille Europe et la nôtre, Paris, Le Seuil, 1994.
Le xiiie siècle : l'apogée de la chrétienté, Paris, Bordas, 1992.
Gallard, passeport 91-92 : une œuvre d'art à la rencontre de…, Paris, Fragments, 1992.
Histoire de la France religieuse (dir., avec René Rémond), 4 volumes, Paris, Le Seuil, 1988-1992.
L'État et les Pouvoirs, (dir.), Paris, Le Seuil, 1989.
Histoire et mémoire, Paris, Gallimard, 1988.
Intellectuels français, intellectuels hongrois, xiie – xxe siècle, Paris, Éditions du CNRS, 1986.
Crise de l'urbain, futur de la ville : actes, Paris, Economica, 1986.
La Bourse et la Vie, Paris, Hachette Littératures, 1986.
L'Imaginaire médiéval, Paris, Gallimard, 1985.
La Naissance du purgatoire, Paris, Gallimard, 1981.
La Nouvelle Histoire (en collaboration avec Jacques Revel), Paris, Éditions Retz, 1978.
Pour un autre Moyen Âge : temps, travail et culture en Occident : 18 essais, Paris, Gallimard, 1977.
Faire de l'histoire (dir., avec Pierre Nora), 3 volumes, Paris, Gallimard, 1974.
Les Propos de Saint Louis, Paris, Gallimard, 1974.
Hérésie et sociétés dans l'Europe pré-industrielle, xie – xviiie siècle : communications et débats du colloque de Royaumont, Paris, EHESS, 1968.
La civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Arthaud, 1964.
Le Moyen Âge, Paris, Paris, Bordas, collection d'histoire Louis Girard, 1962 (manuel d'histoire pour 4e).
Marchands et banquiers au Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 1957.
Les Intellectuels au Moyen Âge, Paris, Le Seuil. Collections Microcosme « le Temps qui court », 1957.

(Wikipédia)

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Mar 4 Avr - 12:54

L’Imaginaire médiéval

Jacques Le Goff Laimag11

Butiné dans la préface, où Le Goff précise son regard d’historien sur l’imaginaire, et surtout les images :
« Les images qui intéressent l'historien sont des images collectives brassées par les vicissitudes de l'histoire, elles se forment, changent, se transforment. Elles s'expriment par des mots, des thèmes. Elles sont léguées par les traditions, s'empruntent d'une civilisation à une autre, circulent dans le monde diachronique des classes et des sociétés humaines. »

« J'ai toujours été fasciné par les naissances et les genèses, accordant en revanche peu d'intérêt aux origines qui ne sont souvent que des illusions et sont menées par le préjugé d'un déterminisme sous-jacent (dis-moi d'où tu viens, et je te dirai qui tu seras) et aux déclins et décadences, fortement imbibés d'une idéologie pessimiste et moralisante que je ne partage pas, persuadé que la mort est rare en histoire, car l'histoire est transformation et mémoire, mémoire d'un passé qui ne cesse de vivre et de changer sous le regard des sociétés successives. Ce qui m'émeut, c'est l'accouchement d'une société et d'une civilisation, selon une logique traversée et même faite de hasards. Rien de moins « événementiel » que les événements. »

« Pas d'idée qui ne trouve à s'exprimer par des mots, pas de mots qui ne renvoient à des réalités ! L'histoire des mots est de l'histoire tout court. Disparition et apparition de termes, évolution et changements sémantiques du vocabulaire, c'est le mouvement même de l'histoire. »

« Il n'y a pas d'espace-temps plus riche en imaginaire que le voyage. »
S’ensuit un recueil d’essais regroupés par thèmes eux-mêmes subdivisés : le merveilleux, l’espace et le temps, le corps, littérature imaginaire, les rêves et « vers l'anthropologie politique ».
Le Goff développe d’abord le concept de « long Moyen Âge », période qui s’étend de l’Antiquité à la révolution industrielle, englobant la Renaissance, datation peu significative dans cette évolution constante.
Il distingue ensuite un merveilleux préchrétien qui perdure (populaire, oral, folklorique), un magique satanique et un surnaturel miraculeux proprement chrétien, l’hagiographie tendant à remplacer le premier, à la fois imprévisible et quotidien, naturel, grâce à des tendances au symbolisme et à la moralisation, à la rationalisation scientifique et historique. Dans les fonctions du merveilleux, il identifie le monde à l'envers (le pays de Cocagne), et le monde à rebours (Paradis terrestre, Âge d'or).
Intéressante remarque sur la citation (et quelque part l’intertextualité) :
« …] la compilation médiévale est une des principales voies de la recherche et de la création originale. »
Les considérations sur l’espace et le temps m’ont paru un peu hors de propos, mais seront utiles plus tard dans l’ouvrage. La haine chrétienne du corps me semble expliquer le contrecoup de la récente révolution sexuelle et féministe (de même, la gesticulation honnie, considérée comme païenne et/ou diabolique, correspond au rejet du théâtre, qui a perduré).
« L'incarnation est humiliation de Dieu. Le corps est la prison (ergastulum – prison pour esclaves) de l'âme, c'est, plus que son image habituelle, sa définition. L'horreur du corps culmine dans ses aspects sexuels. Le péché originel, péché d'orgueil intellectuel, de défi intellectuel à Dieu est changé par le christianisme médiéval en péché sexuel. L'abomination du corps et du sexe est à son comble dans le corps féminin. D'Ève à la sorcière de la fin du Moyen Âge, le corps de la femme est le lieu d'élection du Diable. À l'égal des temps liturgiques qui entraînent un interdit sexuel (carême, vigiles et fêtes), le temps du flux menstruel est frappé de tabou : les lépreux sont les enfants d'époux qui ont eu des relations sexuelles pendant la menstruation de la femme. L'inévitable rencontre du physiologique et du sacré conduit à un effort de négation de l'homme biologique : vigile et jeûne qui défient le sommeil et l'alimentation. Le péché s'exprime par la tare physique ou la maladie. La maladie symbolique et idéologique par excellence du Moyen Âge, la lèpre (qui remplit les mêmes fonctions que le cancer dans notre société), est avant tout la lèpre de l'âme. Le chemin de la perfection spirituelle passe par la persécution du corps : le pauvre est identifié à l'infirme et au malade, le type social éminent, le moine, s'affirme en tourmentant son corps par l'ascétisme, le type spirituel suprême, le saint, ne l'est jamais aussi indiscutablement que lorsqu'il fait le sacrifice de son corps dans le martyre. Quant aux clivages sociaux laïcs essentiels ils ne s'expriment jamais mieux qu'en oppositions corporelles : le noble est beau et bien fait, le vilain est laid et difforme (Aucassin et Nicolette, Yvain, etc.). Plus encore que poussière, le corps de l'homme est pourriture. La voie de toute chair c'est la décrépitude et la putréfaction. Dans la mesure où le corps (Marie-Christine Pouchelle en parlera plus pertinemment) est une des métaphores privilégiées de la société et du monde, ils sont entraînés dans cette inéluctable décadence. Le monde du christianisme médiéval, selon la théorie des six âges, est entré dans la vieillesse. Mundus senescit. »
Analyse structurale (inspirée de Lévi-Strauss, portant sur Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes) du monde sauvage, la forêt (Brocéliande).
« Et tornai mon chemin à destre
Parmi une forest espesse
Molt i ot voie felenesse
De ronces et d'espinnes plainne. »
Cet extrait (et la suite du texte) renvoie me semble-t-il à ceux cités ici https://deschosesalire.forumactif.com/t2233p20-louise-erdrich#134944
Intéressante association médiévale (au moins) de la fonction guerrière et du viol – d’une ville, d’une femme.
À propos de l’urbanité, et je pense généralisable :
« Aussi loin que le regard de l'historien peut se porter, toute culture se nourrit d'héritages. Le poids de ces héritages dans une culture est un des éléments les plus importants pour définir la nature de cette culture. La plupart des médiévistes seront, je pense, d'accord pour estimer que ce poids est particulièrement lourd dans la culture de l'Occident médiéval. […] Cela ne signifie pas à mes yeux que la société de l'Occident médiéval n'ait pas été créatrice, au contraire, mais que sa créativité a, pendant longtemps, surtout consisté en des choix, des déplacements d'accent, des assemblages inédits parmi les éléments légués par les cultures dont elle avait hérité. »
À propos de généralisation :
« Quand et comment s'est constitué le stock primitif d'images et d'idées des sociétés humaines très anciennes, nous l'ignorons, mais ce que nous observons le plus souvent, c'est l'antériorité de l'idéologie par rapport à l'histoire. L'histoire rejoint plus souvent l'idéologie que l'inverse. Ce qui ne veut pas dire que l'idéologie soit le moteur de l'histoire, mais elle n'en est pas non plus le produit. »
Longue analyse de l’évolution de l’attitude vis-à-vis des rêves, vrais ou faux, de Dieu ou du Diable (ou des morts), réservés ou non à des spécialistes (« des oniromanciens savants et des "devins de place publique" »), puis aux martyrs, saints et rois, visions ou songes dans le sommeil, jusqu’à leur refoulement indifférencié.
« Le refoulement et la manipulation des rêves.
Ils ont été imposés, comme pour la sexualité, par la grande censure ecclésiastique dont nous ne sommes pas encore complètement libérés et qui, pour le meilleur et pour le pire, a conduit à la psychanalyse. »

« Dans ce monde devenu celui du cauchemar dans une certaine vision de christianisme névrosé, même pas la nuit n'apporte le repos et l'homme a été réduit à la situation de Job aux pires moments de ses épreuves. »

\Mots-clés : #essai #historique #moyenage

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