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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Pierre de l'Estoile

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historique - Pierre de l'Estoile Empty Pierre de l'Estoile

Message par ArenSor Lun 28 Aoû - 16:55

Pierre de l'Estoile  
(1546-1611)

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Issu d'une famille d'officiers de judicature orléanaise, mais né à Paris, Pierre de l'Estoile est entré dans l'histoire grâce au témoignage exceptionnel que constituent ses Mémoires-journaux  rédigés entre 1574 et 1610. Ils recouvrent la majeure partie de la dure période des guerres de Religion, ainsi que le règne réparateur de Henri IV. Ayant lui-même acheté une charge de la chancellerie auprès du Parlement de Paris (audiencier), Pierre de l'Estoile est bien l'homme le plus représentatif de ce Tiers Parti, formé de catholiques non ligueurs, favorables à Henri IV, dont émane la Satire Ménippée, célèbre pamphlet politique. Cette attitude moyenne, qui ne va pas sans prudence (d'aucuns l'ont qualifiée de pusillanimité), a été naturellement peu appréciée du parti ligueur et a valu à cet auteur, pour un moment, un séjour à la Conciergerie. Son fils, Claude, devait d'ailleurs suivre cet exemple de fidélité au pouvoir royal puisqu'il passait, à l'époque, pour être l'un des nègres travaillant au bénéfice du cardinal de Richelieu. La famille se situe donc dans les rangs des serviteurs distingués (mais non aux premiers rangs) de la monarchie. Pour l'historien, le journal de Pierre de l'Estoile est un document irremplaçable, pittoresque, souvent utilisé. Il est l'écho fidèle d'une certaine bonne bourgeoisie parisienne dont il décrit la vie quotidienne, relève les multiples cancans, permet de mesurer la portée de ce qui, dans les autres types de documentation, n'a guère laissé de traces. S'il n'y a pas encore vraiment d'opinion publique, au sens propre du terme, Pierre de l'Estoile dévoile cependant le cheminement (parisien) des idées au fil des jours. Mieux que quiconque, il permet de pénétrer au cœur de la vie quotidienne. Le document vaut par l'abondance et le caractère banal des faits relatés ainsi que par la sûreté, l'honnêteté avec laquelle tout a été enregistré.
(Jean Meyer : Encyclopedia Universalis)
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Message par ArenSor Lun 28 Aoû - 17:24

Journal du règne de Henri III

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« En ce registre que j’appelle le magasin de mes curiosités, on m’y verra, comme dit le sieur de Montaigne, en ses « Essais », parlant de soi, tout nu, et tel que je suis, mon naturel au jour, mon âme libre et toute mienne, accoutumée à se conduire à sa mode, non toutefois méchante ni maligne, mais trop portée à une vaine curiosité et liberté (dont je suis marri). »

Pour ne pas vous imposer un pensum trop long, je sépare en deux parties :

Partie I : le contexte

Pierre de l’Estoile débute son journal en 1574, à la mort du roi Charles IX et à l’avènement de son frère, Henri III, alors roi de Pologne. C’est un moment où le pouvoir royal est très affaibli après le bref règne de François II, puis celui de Charles IX dont la mémoire est entachée par le massacre de la saint Barthélemy survenu deux ans plus tôt.
Le pays est toujours déchiré par les querelles religieuses opposant catholiques et protestants. A l’extérieur, les nations allemandes, l’Angleterre, l’Espagne, soufflent sur les braises prêtes à se rallumer à tout instant. En réalité, trop souvent, le prétexte religieux sert de justificatif à l’ambition personnelle des princes : Condé, Guise, Mayenne, Montmorency … Les grands du royaume montent des expéditions composées en partie de mercenaires, peu ou mal payés, gens souvent sans foi ni loi :
« Au commencement d’avril, les huguenots firent contenance d’assiéger la ville de Nevers et la branquetèrent de trente mille francs, comme ils avaient auparavant branqueté ceux de la Limagne, d’Auvergne, de cent cinquante mille livres, et ceux de Berry de quarante mille livres. D’autre côté, les gens de pied et de cheval partisans du roi, épandus par tous les endroits du royaume, vivant sans conduite ou discipline militaire à discrétion, sous ombre qu’ils n’étaient pas payés, pillaient, brigandaient, ravageaient, saccageaient, tuaient, brûlaient, violaient et rançonnaient villages et leurs villageois, bourgs et bourgeois. Par ainsi le pauvre était pillé et ruiné, et le peuple mangé de tous les deux partis ; car si en l’un il y avait bien des larrons, il n’y avait pas faute de brigands en l’autre. »
Avril 1576
Ces razzias incessantes sont source de misère. Il suffit alors d’une mauvaise récolte pour déclencher la disette :
« En ce mois d’août, quasi par toute la France, les pauvres gens des champs, mourant de faim, allaient par troupes, couper sur les terre les épis de blé à demi mûrs et les manger à l’instant pour assouvir leur faim effrénée ; et ce, en dépit des laboureurs, et autres auxquels les blés pouvaient appartenir, si d’aventure ils ne se trouvaient les plus forts, même les menaçaient ces pauvres gens de les manger eux-mêmes s’ils ne leur permettaient de manger les épis de leur blé. »
Août 1586
« Le vendredi 22 juillet, aux halles de Paris, le peuple se mutina contre les boulangers, vendant leur pain trop chèrement à son gré, ravit leur dit pain à force ouverte, et furent tués deux bourgeois passant par là, qui ne pouvaient mais de la querelle, au contraire tâchaient de l’apaiser. Grand fut ce séditieux tumulte, jusqu’à forcer les maisons de quelques bourgeois, esquelles le peuple avait opinion que lesdits boulangers avaient retiré et caché leur pain. Toutes les hottes et charrettes desdits boulangers, qui se trouvèrent au marché, furent brûlées. »
Juillet 1587
Quant au roi, très décrié, il œuvre sincèrement à l’unité du pays, à limiter les désordres et à réformer les institutions. Par ailleurs, il cherche à redonner du prestige à la fonction royale. Moins porté que ses prédécesseurs  sur les valeurs chevaleresques traditionnelles, joutes et pratique intensive de la chasse, il est plutôt attiré par la danse, la musique, le théâtre, le raffinement des costumes, les fêtes. Ces goûts qu’il cultive jusqu’à la préciosité sont mal perçus par la population qui souffre de la dureté des temps :

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« Cependant le roi faisait tournois, joutes et ballets et force mascarades, où il se trouvait ordinairement habillé en femme, ouvrait son pourpoint et découvrait sa gorge, y portant un collier de perles et trois collets de toile, deux à fraise et un renversé, ainsi que lors portaient les dames de la cour ; et était bruit que, sans le décès de messire Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, son beau-père, peu auparavant advenu, il eût dépendu au carnaval, en jeux et mascarades, cent ou deux cent mille francs, tant était le luxe enraciné au cœur de ce prince. »
24 février 1577
« En ce temps, le roi commença de porter un bilboquet à la main, même allant par les rues, et s’en jouait comme font les petits enfants. Et à son imitation, les ducs d’Epernon et de Joyeuse et plusieurs autres courtisans s’en accommodaient, qui étaient en ce suivis des gentilshommes, pages, laquais et jeunes gens de toutes sortes. Tant ont de poids et de conséquence (principalement en matière de folies) les actions et déportements des rois, princes et grands seigneurs ».
Août 1585
Le roi s’entoure de « mignons », ils forment une sorte de garde rapprochée et sont totalement fidèles au souverain. Les mignons sont hais du peuple pour leur mode de vie efféminé, leur luxe, leur morgue.
« Le dimanche 20 octobre, le roi arriva à Olainville en poste avec la troupe de ses jeunes mignons, fraisés et frisés avec les crêtes levées, les ratepennades en leurs têtes, un maintien fardé avec l’ostentation de même, peignés, diaprés et pulvérisés de poudres violettes et senteurs odorifantes, qui aromatisaient les rues, places et maisons où ils fréquentaient. »
Octobre 1577
« Ces beaux mignons portaient leurs cheveux onguets, frisés et refrisés par artifices, remontant par-dessus leurs petits bonnets de velours, comme font les putains du bordeau, et leur fraise de chemises de toile d’atour empesées et longues de demi-pied, de façon qu’à voir leur tête dessus leur fraise, il semblait que ce fût le chef de saint Jean dans un plat ; le reste de leurs habillements fait de même ; leurs exercices étaient de jouer, blasphémer, sauter, danser, volter, quereller et paillarder, et suivre le roi partout et en toutes compagnies, ne faire, ne dire rien que pour lui plaire ; peu soucieux en effet de Dieu et de la vertu, se contentant d’être en bonne grâce de leur maître qu’ils craignaient et honoraient plus que Dieu »
Juillet 1576
Pour ces mignons, le roi dépense des fortunes. En 1581, les noces du duc de Joyeuse prennent un caractère pharaonique et font gronder le peuple.

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« Les habillements du roi et du marié étaient semblables, tant couverts de broderie, perles et pierreries, qu’il était impossible de les estimer, car tel accoutrement y avait qui coûtait dix mille écus de façon ; et toutefois aux dix-sept festins qui de rang de jour à autre par l’ordonnance du roi depuis les noces, furent faits par les princes et seigneurs, parents de la mariée et autres des plus grands et apparents de la cour, tous les seigneurs et les dames changèrent d’accoutrement, dont la plupart étaient de toile et drap d’or et d’argent, enrichis de passements, guimpures, recanures et broderies d’or et d’argent, et de pierre et perles en grand nombre et de grand prix. La dépense y fut faite si grande, y compris les mascarades, combats à pied et à cheval, joutes, tournois, musiques, danses d’hommes et femmes, et chevaux, présents et livrées, que le bruit était que le roi n’en serait point quitte pour douze mille écus. ¬[…] Et était tout le monde ébahi d’un si grand luxe, et tant énorme et superflue dépense qui se faisait par le roi et par les autres de sa cour de son ordonnance et exprès commandement en un temps mêmement qui n’était des meilleurs du monde, ains fâcheux et dur pour le peuple, mangé et rongé jusqu’aux os en la campagne par les gens de guerre, et aux villes par nouveaux offices, impôts et subsides. »
Septembre 1581
Parfois ces mignons s’entretuent pour des questions de préséance, de femmes, d’honneur, de rivalité entre clans….

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« Le dimanche 27 avril, pour démêler une querelle née pour fort légère occasion, le jour précédent, en la cour du Louvre, entre le seigneur de Caylus, l’un des grands mignons du roi, et le jeune Entragues, qu’on appelait Entraguet, favori de la maison de Guise, ledit Caylus avec Maugiron et Livarot, et d’Entragues avec Ribérac et le jeune Schomberg, se trouvèrent, dès cinq heures du matin, au Marché-aux-chevaux (anciennement les Tournelles, près la Bastille Saint-Antoine), et là combattirent si furieusement que le beau Maugiron et le jeune Shomberg demeurèrent morts sur la place ; Ribérac, des coups qu’il y reçut, mourut le lendemain à midi ; Livarot, d’un grand coup qu’il eut sur la tête, fut six semaines malade et enfin réchappa ; Entraguet s’en alla sain et sauf avec un petit coup qui n’était qu’une égratignure au bras ; Caylus, auteur et agresseur de la noise, de dix-neuf coups qu’il y reçut, languit trente-trois jours et mourut le jeudi vingt-neuvième mai, en l’hôtel de Boisy où il fut porté du champ du combat comme lieu plus ami et plus voisin. »
Avril 1578
L’époque est violente : guet-apens, pistolades, arquebusades, coups de poitrinal, d’épée ou de dague sont légion :
« Le vendredi 29 mai, à six heures du soir, un gentilhomme de Berry, nommé Beaupré (qui se disait avoir été outragé par le seigneur d’Aramont, son voisin, allant à la chasse) accompagné de cinq autres, tous bien montés sur coursiers et chevaux d’Espagne, vint charger ledit seigneur d’Aramont, étant en un carrosse, près la porte Buci à Paris, avec le seigneur de Bouchemont et les dames maréchale de Retz et de la Bourdaisière, à grands coups de pistolets, et fut ledit seigneur d’Aramont blessé d’un coup de pistolet au bras droit, dont les balles lui froissèrent les os depuis le coude jusques à l’épaule […]. Le seigneur de Bouchemont, qui n’était point de la querelle, faisant contenance de vouloir sortir du carrosse, fut atteint de trois coups de pistolet en la tête et au corps, et mourut sur-le-champ. Le trompette du seigneur d’Aumont, le suivant à cheval, donna un coup d’épée au travers du corps d’un des assaillants, qui avait arrêté et blessé le cocher, lequel fuyant avec les autres, à quatre lieues de Paris, ne pouvant plus se soutenir, fut achevé par Beaupré et défiguré par le visage à coups de dague, afin qu’il ne fût reconnu ; et le lendemain fut son corps rapporté à Paris. »
Mai 1579
Il ne se passe pas de semaine sans exécutions dans la bonne ville de Paris, pour différents motifs :
" Le 11e jour de juillet, à Paris, devant l’hôtel de Bourbon, furent pendus un nommé Larondelle et un autre sien complice et compagnon, chacun d’eux âgé de soixante ans et plus, atteints et convaincus d’avoir l’un gravé les sceaux de la chancellerie du roi, et l’autre scellé plusieurs lettres d’importance, avec lesdits faux et contrefaits sceaux, desquels ils usaient avec telle dextérité que même le chancelier et les secrétaires d’Etat et autres, desquels ils contrefaisaient les seings et les sceaux, y étaient abusés, de mode que voyant lesdits sceaux et seings contrefaits, ils osaient assurer que c’étaient leurs seings et sceaux propres. »
Juillet 1584
« Le 15 juillet, Jeanne le Juge, fille d’un apothicaire épicier, demeurant en la rue Saint-Martin, prés Saint-Jacques de l’Hôpital , âgée de seize à dix-sept ans, par sentence du lieutenant-criminel, confirmée par arrêt de la cour, fut pendue et étranglée en Grève à Paris, et son corps ars sous la potence, pour avoir à son mari (avec lequel elle avait été mariée environ un an auparavant et ne l’aimait ni ne s’accordait aucunement avec lui), baillé de l’arsenic sublimé en un potage, dont il était mort trois ou quatre jours après.
Ce même jour, à Paris, devant l’hôtel de Bourbon, par sentence du prévôt de l’Hôtel, confirmée par arrêt du grand conseil, fut brûlé vif un quidam, suivant la cour, qui avait violé et gâté trois petites filles, dont la plus âgée n’avait pas atteint l’âge de dix ans. »
Juillet 1585
Autre condamnation d’un apprenti sorcier en explosifs qui invente une vraie machine infernale… :
« Le samedi 26 septembre, fut rompu et mis sur la roue, à Paris, un Normand nommé Chantepie, qui avait envoyé au seigneur de Meilhaud d’Alègre, par un laquais, une boîte artificieusement par lui composée, dans laquelle étaient arrangés trente-six canons de pistolets, chargés chacun de deux balles, et y était un ressort accommodé de façon qu’ouvrant la boîte, ce ressort lâchant faisait feu, lequel prenant à l’amorce à ce préparée, faisait à l’instant jouer les trente-six canons et jeter soixante-douze balles, dont à peine se pouvaient sauver ceux qui se trouvaient à l’environ. »
Septembre 1587
De son côté, le roi continue de s’amuser et, par repentance, se complait dans des manifestations ostentatoires de dévotion :
« Le jeudi saint 7 avril, sur les neuf heures du soir, la procession des Pénitents, où le roi était avec tous ses mignons, alla toute la nuit par les rues et aux églises, en grande magnificence de luminaire et musique excellente faux-bourdonnée. Et y en eut quelques-uns, même des mignons à ce qu’on disait, qui se fouettèrent en cette procession, auxquels on voyait le pauvre dos tout rouge des coups qu’ils se donnaient. »
Avril 1583
« Aux jours gras, le roi fait mascarades, ballets et festins aux dames, selon sa mode accoutumée, et se donne du plaisir et du bon temps tout son saoul ; et persévérant en ses dévotions (que beaucoup appelaient hypocrisie), le premier jour de carême se renferme aux Capucins, faisant ou feignant y faire pénitence avec ses mignons. »
Février 1587
Le roi fait venir des Feuillants de Toulouse, réputés pour leur sainteté. Certains ne tardent pas à se laisser corrompre :
« Quelques-uns des Feuillants se firent suivre et admirer en leurs prédications, entre autres un frère Bernard, gascon, âgé de vingt-un à vingt-deux ans, vivant (selon le bruit commun) fort saintement et austèrement, et disant bien jusques à miracle. Ce qui fut tant agréable aux dames de Paris, que l’allant voir souvent, elles lui changèrent son austérité en mignardise, lui envoyant si souvent de leurs confitures qu’elles lui firent enfin venir, comme l’on disait, l’appétit de la chair. »
Juillet 1587
Quant aux princes de l’église, il y aurait parfois à redire… Portrait d’Aimeric de Rochechouart, évêque de Sisteron :
« Remarquable fidèle de Bacchus et compagnon de Vénus, première gloire et première louange du troupeau d’Epicure, redoutable avant tout par la pointe de sa langue cynique, ardent à blesser Jupiter de sa bouche parjure, quant au reste pieux évêque, qui, large aux indigents, effaça ses lourdes fautes par ses aumônes et racheta ses débauches par autant de dons, toujours réjoui de nouveaux adultères, jamais il ne refusa ses propres ressources aux vierges consacrées de l’amour incestueux desquels il brûla. Sa mort fut semblable à sa vie ; la vie et la mort marchèrent du même pas. En effet, une proche le visitant alors qu’il était mourant, cette femme digne des plus grands amants lui dit : « Me voici, évêque, je me présente avec obligeance à celui qui me demande. Dis-moi donc si quelque chose de moi peut t’être de quelque douceur ? ». Et lui, mourant, répondit ainsi, sans tristesse : « Donne-moi ton con. Rien ne me plaît de toi que lui. Ce qui est cher aux vivants doit être cher aux mourants. » Dernières paroles, dignes d’un tel pontife. »
Décembre 1580
Sinon, à la cour, se sont les habituelles querelles ridicules de préséance (elles seront toujours de mise à l’époque de Saint-Simon) :
« Le 3 mai, au Louvre, au dîner du roi, y eut prise entre le comte de Saint-Paul, second fils de la maison de Longueville, et le duc de Nemours, sur ce que chacun d’eux prétendait être préférable à l’autre pour bailler la serviette au roi quand il lavait ; et montait leur débat en hautesse de paroles et grand querelle, quand le roi craignant pis, les accorda sur le champ, leur défendant très expressément de passer outre, et commandant que dès lors en avant un des gentilshommes servants lui baillât la serviette et non autre. »
Mai 1587
Les jeux d’esprit : une anecdote que le réalisateur Patrice Leconte a transposée au 18e siècle dans son film « Ridicule » :
« Le vendredi 25 de ce mois, advint au dîner du roi que monsieur Du Perron, grand discoureur et philosophe, et que le roi oioit volontiers, comme faisant cas de son esprit et de sa mémoire, fit un brave discours contre les athéistes et comme il y avait un Dieu, et le prouva par des raisons si claires, évidentes et à propos, qu’il semblait bien n’y avoir lieu aucun d’y contredire ; à quoi le roi montra qu’il avait pris plaisir et l’en loua. Mais Du Perron s’oubliant, comme font ceux de son humeur que le plus souvent la présomption et vaine gloire transportent et éblouissent, va dire au roi : « Sire, j’ai prouvé aujourd’hui, par raisons très bonnes et évidentes, qu’il y avait un Dieu ; demain, Sire, s’il plaît à Votre Majesté me donner encore audience, je vous montrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu’il n’y a point du tout de Dieu. » Sur quoi le roi entrant en colère, chassa ledit Du Perron, et l’appela méchant, lui défendant de se plus trouver devant lui, ni comparoir en sa présence. »
Novembre 1583
Le roi ne manque pas d’esprit à certaines occasions :
« Le 14 juillet, le roi et la reine sa femme arrivèrent à Paris revenant du pays de Normandie, d’où ils rapportèrent grande quantité de guenons, perroquets et petits chiens achetés à Dieppe. Entre ces perroquets, la plupart, sifflés par les huguenots, jargonnaient mille fadaises et drôleries contre la messe, le Pape et cérémonies de l’Eglise romaine ; dont quelques-uns s’offensant, le dire au roi, qui fit réponse qu’il ne se mêlait point de la conscience des perroquets. »
Juillet 1576


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Message par Bédoulène Mer 30 Aoû - 8:19

Dépenses et violence ! et 7 siècles plus tard............les pauvres ont encore faim ! les religions ont querelle encore et il y a aussi à redire des servants de l'Eglise.

merci Aren

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