Kazuo Ishiguro

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Kazuo Ishiguro

Message par Tristram le Mar 28 Fév - 23:34

Kazuo Ishiguro
Né en 1954


Kazuo Ishiguro est un écrivain et romancier britannique d'origine japonaise.
Né au Japon, à Nagasaki, le 8 novembre 1954, il suit son père en Angleterre et y réside à partir de 1960. Ses parents ne pensant y rester que temporairement, ils préparent l'enfant à poursuivre le reste de son existence au Japon. Ce retour ne se fera pas.
Ishiguro suit ses études de littérature et de philosophie dans les universités du Kent et d'East Anglia et il reste de manière définitive en Angleterre, aux côtés de sa femme écossaise.
Ishiguro aborde dans Lumière pâle sur les collines le thème de la culpabilité parentale, dans Un artiste du monde flottant celui de la génération du nationalisme belliqueux, dans L'inconsolé le thème de l'oubli et du déni.
Son œuvre se signale par l'usage d'une langue d'adoption très maîtrisée — l'anglais britannique — et une grande empathie pour la culture et les mentalités de son pays d'adoption (notamment dans Les vestiges du jour).
(Wikipédia)

Ouvrages traduits en français :

1982 : A Pale View of Hills (Lumière pâle sur les collines, 1984, traduit par Sophie Mayoux)
1986 : An Artist of the Floating World (Un artiste du monde flottant, 1987, traduit par Denis Luthier)
1989 : The Remains of the Day (Les Vestiges du jour, 1990, traduit par Sophie Mayoux)
1995 : The Unconsoled (L'Inconsolé, 1997, traduit par Sophie Mayoux)
2000 : When We Were Orphans (Quand nous étions orphelins, 2001, traduit par François Rosso)
2005 : Never Let Me Go (Auprès de moi toujours, 2006, traduit par Anne Rabinovitch)
2007 : quatre textes de chansons pour la chanteuse de jazz américaine Stacey Kent pour l'album Breakfast on The Morning Tram
2009 : Nocturnes: Five Stories of Music and Nightfall (Nocturnes, nouvelles, 2010, traduit par Anne Rabinovitch)
2015 : The Buried Giant (Le Géant enfoui, 2015, traduit par Anne Rabinovitch)
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Tristram

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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Tristram le Mar 28 Fév - 23:54

Auprès de moi toujours



Souvenirs d’enfance en pension de la narratrice, à l’écart dans la campagne anglaise fin XXe.
Description méticuleuse de l’enfance, ses jeux, ses fantasmes, ses frictions, ses interrogations, ses manipulations déjà… Une enfance assez heureuse, protégée, avec l’accent mis sur la création artistique, jusqu’à la découverte de la sexualité.
La lecture est un peu longue, malgré une grande finesse psychologique, un style précis, une atmosphère étrange et les allusions à ce qu’on va découvrir – sans omettre une émouvante humanité.
J'hésite à divulgâcher une révélation si minutieusement amenée, une anticipation portant sur une cruelle conséquence du progrès technologique.
divulgâchage:
Les enfants sont des clones élevés pour le don d’organes.
Ce livre vaut aussi, à mon sens, pour la représentation du subtil conditionnement via le système éducatif, employant notamment affligeants euphémismes et xyloglossie ; c’est édifiant, et transposable… Ce que l’on est censé faire, dire, penser…

Réflexion subséquente à ladite lecture, la prolongeant quelque peu (ce bouquin doit avoir été écrit pour ça) : le fait est aujourd'hui que les avancées technologiques sont implémentées sans réflexion préalable. Les moyens justifient la fin (mais vice-versa). On agit, on pense après, et comme notre société va de plus en plus vite, les dérives sont de plus en plus inévitables.  Face à la vibrionnante et vaine suractivité (médiatique) de beaucoup de décideurs économiques et politiques, les conseils de sages, experts ou anciens permettent de moins en moins le contrepoids d’une réaction. Pour mémoire, un tel mécanisme a été un des paramètres obligatoires de la Shoah.


mots-clés : #initiatique
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par shanidar le Mer 1 Mar - 13:19

Je n'ai pas osé cliquer sur le 'divulgâchage' pour garder intact le mystère mais ce que tu dis de la technologie attire mes petits neurones !

Et je découvre le délicieux : xyloglossie = langue de bois ! Une merveille !
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Tristram le Mer 1 Mar - 16:05

@Shanidar a écrit:Et je découvre le délicieux : xyloglossie = langue de bois ! Une merveille !
La langue française n'est pas morte ! Il y a aussi un autre synonyme, xylolalie, un peu moins évident...
Divulgâcher est une traduction québéquoise de spoiler, je crois.
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Bédoulène le Mer 1 Mar - 18:51

Je n'avais pas aimé ce livre et du coup laissé cet auteur de côté

(mais merci pour les mots que j'apprends)

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Re: Kazuo Ishiguro

Message par ArenSor le Mer 1 Mar - 19:18

Forcément, j'ai tout gâché Embarassed
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par ArenSor le Mer 1 Mar - 19:20

@shanidar a écrit: Et je découvre le délicieux : xyloglossie = langue de bois ! Une merveille !

J'ai cru que c'était des insectes xylophages qui s'attaquaient à la langue Very Happy
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Tristram le Mer 1 Mar - 19:43

Je crois qu'Arensor (et moi) ne sommes pas les seuls à ne pas résister au délicieux-délictueux plaisir de soulever le voile spoiler (du français spolier)...

En quelque sorte, la xyloglossie s'attaque bien à la langue, avec ses contournements discursifs...
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Marie le Ven 3 Mar - 4:34

Divulgâcher, ça parle plus que spoiler, je trouve, ils sont forts ces québecois!
Par contre, j'aime mieux l'expression langue de bois!

Et j'aime beaucoup Ishiguro.
Récupération ( je m'étais donné du mal ce jour là, je n'en reviens pas Shocked )

J'ai beaucoup aimé "Les vestiges du jour" ( l'adaptation cinématographique aussi, d'ailleurs..) Et avais lu, dès lors, tous les livres d'Ishiguro.
il est né au Japon de parents japonais, il est arrivé en Angleterre à cinq ans. Avant de devenir un écrivain reconnu, il a exercé divers métiers, dont celui de rabatteur de grouses pour la reine! Ce n'est peut-être pas un métier d'avenir, mais plus anglais, il ne doit pas y avoir...Seulement, un immigré, aussi assimilé soit-il, a toujours une vie antérieure qui finit par le rejoindre. Preuves en sont les deux ouvrages "japonais", Lumière pâle sur les collines et Un artiste du monde flottant.Un thème récurrent qui m'a frappée, celui de la mémoire individuelle. On connait de mieux en mieux sur le plan neuroscientifique les mécanismes de la mémoire et des souvenirs, mais c'est toujours intéressant de découvrir ce qu'on peut faire de ces souvenirs.

Amnésie quasi complète dans L'inconsolé. Un musicien de renommée internationale arrive dans un pays de l'Europe Centrale pour y donner un récital. On attend tout de lui, on le connait, il le constate, mais lui, il ne se souvient de rien. Personnage complètement décalé, il assume et essaie de faire face.

Souvenirs occultés ou refoulés ? Dans Lumière pâle sur les collines, le premier livre paru. Une femme et sa petite fille à Nagasaki. Elles doivent partir aux Etats-Unis. On retrouve cette femme en Angleterre, elle a une autre fille, quelques mots nous apprennent le suicide de sa fille aînée, que s'est-il passé, on ne le saura pas.

Souvenirs embellis, magnifiés, dans Quand nous étions orphelins. Souvenirs d'une enfance magique , rupture brutale et un héros, persuadé que tous les mystères du monde se résolvent aussi facilement que dans les romans d'Agatha Christie, qui retourne à Shangaï résoudre le mystère de la disparition de ses parents. Seulement la concession, ce milieu fermé, paradis de l'enfance, n'existe plus, c'est une ambiance de fin d'un monde, et cette enfance était-elle si belle que cela ?Bien sûr que non...

Souvenirs sans cesse justifiés, le plus connu, Les vestiges du jour. Pendant un voyage soit disant à des fins professionnelles, Stevens, majordome dans une très grande famille anglaise, laisse enfin les souvenirs affleurer. C'est le bilan d'une vie, et il sait que ce qu'il a manqué, c'est en fait pour de fausses raisons. Miss Kenton, le personnage féminin du livre, qu'il aurait pu aimer, lui dit à un moment : "Mais pourquoi faites vous toujours semblant ?" Avait-il le choix, d'ailleurs ?

Souvenirs affrontés, enfin, Un artiste du monde flottant,  titre utilisé par Christine Jordis en tête de chapitre pour parler des artistes anglais des années 80.
Dans ce très beau livre, Ishiguro nous dit : "Il peut arriver, certes, les années passant, qu'on n'accorde plus du tout la même valeur à ses propres oeuvres, mais il est toujours réconfortant de savoir que votre vie a comporté un moment ou deux de satisfaction réelle..."

Le butler et le samouraï, tout un mélange, et de beaux romans.
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Bédoulène le Ven 3 Mar - 7:19

après ce commentaire, Marie, je vais tenter une autre livre (j'ai vu plusieurs fois les Vestiges du jour en film) j'ai peut-être lu celui qui ne me convenait pas ?

ce que je disais sur le livre "Auprès de moi toujours"
Spoiler:
je n'adhère pas à la résignation des personnages. j'attendais qu'au moins un décide de changer le cours de sa vie et s'évade.

de plus ce clonage totalement amoral m'a mise mal à l'aise




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Re: Kazuo Ishiguro

Message par Tristram le Ven 3 Mar - 11:28

Bédoulène, c'est ce que je retiens surtout de Auprès de moi toujours : la parfaite résignation à un destin pré-tracé par la société, une sorte de mécanisme qui conduit l'individu sans libre-arbitre, sans recul, sans même un questionnement. Et c'est pourquoi j'en suis venu à évoquer la shoah, qui aurait pu être vue à l'époque (de l'intérieur) comme une évidence sans alternative ni remise en question...
Marie, merci pour cette précieuse présentation/ analyse de l'oeuvre d'Ishiguro, qui décidément creuse sans concession des aspects troublants de l'existence.
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par tom léo le Jeu 9 Mar - 22:17



Le géant enfoui


Original : The buried giant (Englisch/UK, 2015)

CONTENU :
Les Romains sont disparus depuis longtemps et la Britannie décline. Au moins les guerres entre Britanniques et Saxons semblent avoir céssé. Ce nouveau roman d'Ishiguro se situe en proximité du Roi Arthur décédé, dans un monde de chevaliers errants, de dragons et d'ogres. Deux Britanniques, Axl et Beatrice, se décident à partir en quête de leur fils. Un brouillard étrange d'oubli est sur le pays et leur recherche cible aussi bien leur fils que la reconquête des souvenirs. Vers où est-ce que cela les menera ?

REMARQUES :
Le lecteur des œuvres d'Ishiguro est surpris (ou justement pas) : à nouveau le Britannique d'origine japonais change complètement le registre. Après des romans historique, absurde, aestetique, detective ou dystopique, il change ici le cadre et le genre, apparemment. A travers certaines personnes et le cadre choisi, on peut se croire dans un prolongement des legendes autour du Roi Arthur, voir même une sorte de roman Fantasy avec des chevaliers, des guerriers, des ogres, des dragons… Au même moment nous reconnaissons des élements du style de l'auteur, certains sujets : cette écriture flottante et la place de la mémoire, des souvenirs.

Dans un paysage pauvre Axl et Béatrice, un couple déjà en âge avancée, sont à la maison dans un campement souterrain briton. Derrière leur comportements d'attention, leur affection sensible nous sommes aussi rapidemment amené à constater que quelque chose d'innommables se met entre les gens : un nuage, un brouillard d'oubli, quelque chose d'incertain concernant son propre passé et celui de son peuple même. Juste des morceaux de souvenirs atteignent ces gens, comme si leur propre identité leur reste caché. Alors dès les premiers pages nous sommes devant des questions du lien entre souvenir et identité ! Mais avant que ne disparaît le tout dans l'oubli complet, le couple vieillissant veut se mettre en route et en recherche de leur fils « perdu ». Et au même moment en quête de leurs propres souvenirs. Mais l'oubli – est-ce que c'est une maladie, un sort jetée ? Ou éventuellement une punition de Dieu, signe de sa lassitude ? Ou un coussin sur lequel se reposer ? Y-t-il une responsabilité de se souvenir ou un droit à l'oubli ?

Sur leur chemin ils rencontrent des personnes diverses, chacun avec sa part de souvenirs, voir même sa tâche là-dedans. Il y a surtout Wistand, le guerrier saxon, parti pour tuer Querig, le dragon. Celui-ci, de son coté, semble lié avec ce nuage d'oubli sur le pays ! Aussi y-t-il Gawain, un chevalier d'Arthur, investi lui-aussi d'une tâche autour du dragon.

Mais je vais pas continuer concernant le contenu du roman. Qui, en entendant certains mots clés, s'attend à un roman de Fantasy ou de combats acharnés sera certainement déçu, car les descriptions de scènes d'actions me semblent un peu lourdes, sans vie, voir sans grand intérêt. Mais il me semble clair que pour Ishiguro l'attention centrale n'est pas là, mais que l'importance est dans les sujets tels que le souvenir et l'oubli de fautes, du passé, aussi bien sur un plan personnel (histoire d'amour entre le couple) que intertribal, entre éthnies différents, ici donc les Saxons et les Britons.

Ici Ishiguro met dans un contexte mythique, mi-historique, mi-parabolique, des sujets importants qui devraient nous interpeller aussi aujourd'hui, et dans ces siècles entamés de génocides et de responsabilités niées et repoussées. Est-ce que notre époque (et peut-être toute l'histoire personnelle et suprapersonnelle?) ne reste pas marquer par l'oubli sur différents niveaux ? Y-t-il une responsabilité de souvenir ? Ou aussi une néccessité d'oubli face aux grandes torts subis ? Est-ce qu'il peut y avoir identité sans souvenir, sans passé avoué ?...

En ce qui me concerne j'étais à nouveau fasciné par la capacité d'Ishiguro de poser des questions essentielles dans une écriture apparemment simple, voir une peu flottante. Celui qui cherche la confrontations avec de telles questions aura de quoi manger ici !

Mais de toute façon je suis peut-être un inconditionnel de cet auteur que j'estime énormement ?


mots-clés : #contemythe #historique
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Re: Kazuo Ishiguro

Message par tom léo le Lun 13 Mar - 7:24

Remarques générales:

Pour moi aussi, Ishiguro compte parmi les plus grands, et depuis bon nombre de lectures je me dis à chaque fois : Si jamais cela avait (encore) un sens, il aurait merité le Nobel ! J'attends pour chaque publication avec une certaine impatience, et je ne suis pas deçu. Donc, j'ai tout lu de lui ; son œuvre n'est pas si volumineuse que c'est déjà de l'ordre de l'exploit.

Merci à Marie pour ses remarques pertinentes. A juste titre elle souligne si bien le sujet de cet auteur qui revient comme un Leitmotiv : la mémoire, les souvenirs, le déni, l'oubli…

Mais je soulignerais aussi : pas seulement l'aspect change – comme l'a décrit si bien Marie – à chaque fois legèrement, mais le traitement, le choix du style change aussi. C'est ainsi qu'on pourrait trouver dans chaque livre de l'écrivain un autre genre, un autre approche : tantôt historique, dystopique, tantôt absurde-kafkaesque, policier, esthétique, voir même avec le dernier livre de l'ordre presque de la « fantasy ». J'admire pas seulement la varieté en soi, la maîtrise de différentes styles et écritures, mais le courage : ce choix de nouvelles approches montre que l'auteur ne se contente pas juste de vieilles recettes, mais qu'il ose explorer des nouvelles pistes. Quitte à surprendre. Ce serait si simple d'utiliser vraiment la même recette tout le temps !

Un mot pour la langue : j'ai lu tout en anglais, et même sans être un anglophone de naissance, il m'a semblé toujours que voici, une langue d'une élegance extrême, d'une fluidité incroyable.

Nous avions en haut une petite discussion sur la résignation des personnes, une certaine forme de passivité. Je pense qu'on parlait de ces élèves qui ne se défendent pas contre ce qu'on voulait faire avec eux. On pourrait sans doute retrouver une attitude similaire dans d'autres livres de lui. Cela ne peut que susciter une malaise, voir une non-adhésion de notre part. Mais est-ce que ce n'est pas justement là le noyau de ce que l'auteur veut nous dire ? Il est bizarre que ce qui paraît inacceptable dans nombre de livre d'Ishiguro EST justement le fait soit historique, soit humain de personnes qui consentent, qui acquiescent, pas capables de se revolter, d'être des personnes dans le sens plein d'une responsabilité et d'une autonomie.
Ah oui, cela nous revolte ! Mais à vrai dire : n'est-ce pas cela justement qui est toujours en train de se (re)produire ? Une forme d'ignorance, de fermeture des yeux. Pour faire face, on s'invente des arguments « compréhensibles », et on adhère ! On adhère même à l'impossible. Et il me semble que dans certains livres c'est justement une réalité pas seulement personnelle, individuelle, mais politique, sociétale : Ishiguro met le doigt ici dans les origines des totalitarismes. Non ?

Là je trouve que son origine comme Japonais, chargé avec une certaine histoire, mais aussi comme Britannique (voir Remains of the day/les vestiges d'un jour) lui inspire des réflexions, des pages sur une certaine forme de « mal », ou d'une passivité collaboratrice. Non , pas que les gens sont vraiment « mauvais », mais ils sont incapables de tenir face à la logique du laisser faire (avec soi).
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