Manil SURI

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Manil SURI

Message par Armor le Jeu 15 Déc - 20:54

Manil Suri
Né en 1959


Manil Suri (né Juillet 1959) est un mathématicien et écrivain Indo-américain.

Manil Suri est né à Bombay en en 1959. A l'âge de 20 ans, il part aux Etats-Unis pour étudier les mathématiques, qu'il enseigne à l'université de Baltimore depuis 1983.
S'il a adopté la double nationalité, indienne et américaine, son pays d'origine demeure sa principale source d'inspiration.
Ses romans témoignent de son intérêt pour le cinéma, la mythologie et la philosophie hindoues.

Manil Suri a commencé à écrire dans les années 80, durant son temps libre. Son premier roman, La mort de Vishnou, a été publié en 2001, devenant un best-seller mondial, et déclenchant une guerre d'enchères entre maisons d'éditions. Manil Suri a ainsi reçu une avance à 6 chiffres pour son roman suivant !

Outre ses romans, Manil Suri a publié des articles et éditoriaux sur la difficile condition des homosexuels en Inde.
source : Evene et wikipédia

Bibliographie en français :

2001 : La mort de Vishnou
2008 : Mother India
2013 : Bollywood Apocalypse


Dernière édition par Armor le Sam 1 Juil - 20:52, édité 7 fois
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Re: Manil SURI

Message par Armor le Jeu 15 Déc - 21:01



Mother India

Delhi, 1955.
Mîra convoite en secret le petit ami de sa soeur Roopa, le beau Dev à la voix envoûtante. Aussi, lorsque Roopa rompt pour un prétendant bien plus riche, il suffit d'un aveu, de quelques minutes de fol abandon surprises par des yeux indiscrets pour que coure et enfle la rumeur, et que le destin de Mîra soit scellé ; avant même de se demander sérieusement si elle est amoureuse, la voici mariée.

Le choc est rude ; car si les deux  familles font partie des réfugiés de la Partition, leurs idées comme leur niveau social n'ont rien de commun. Mîra a été élevée dans un milieu aisé ; son père, éditeur et admirateur Nehru, prônait l'éducation des femmes, l'amitié entre hindous et musulmans et l'abandon des pratiques religieuses.
Du jour au lendemain, la voici propulsée dans une maison à la promiscuité embarrassante, avec un beau-frère membre actif d'un mouvement nationaliste intolérant, et une belle-mère qui attend d'elle qu'elle vénère son époux à l'égal d'un dieu.

Le jeune couple rêve d'évasion. Depuis toujours, Dev a envie de tenter sa chance à Bombay comme son idole, l'acteur et chanteur Saigal. Mais le jeune couple manque d'argent. C'est là qu'intervient le père de Mîra : il paiera, à condition que Mîra aille à la faculté. Et il exigera d'elle, pour cela, le pire des sacrifices...
Cet homme ambigü, usant de son argent comme d'un appât pour manipuler sa fille, est sans conteste l'un des personnages les plus intéressants du roman. Aussi progressiste que patriarcal. Véritable tyran au nom de l'émancipation des femmes…
Les tentatives de rébellion de Mîra se révèleront bien pitoyables, et tandis que Dev, échouant sans cesse dans sa quête de célébrité, est tenté de trouver refuge dans la boisson, elle accumule sa rancoeur contre les hommes de sa famille.

C'est alors que naît Ashvin. D'emblée, Mîra éprouve pour son fils un amour absolu et possessif. Prête à tout pour entretenir avec son enfant une relation exclusive, envahissante, obsessionnelle, à la limite de l'inceste. Certaines pages se révèleront étouffantes pour le lecteur…


J'ai beaucoup aimé ce livre, qui se lit d'une traite malgré ses 630 pages. L'auteur réussit la prouesse de nous passionner pour le destin de Mîra, personnage pourtant antipathique et aux motivations obscures, lointaine cousine de Jeanne, l'héroïne d'Une Vie de Maupassant, à laquelle elle m'a plus d'une fois fait penser.

Ce roman au long cours donne aussi au lecteur l'occasion de se plonger dans vingt ans de l'histoire indienne ; si Mîra, tout occupée d'elle-même, ne s'intéresse guère à la politique, elle vit dans une période historiquement troublée, et très riche. Traumatismes de la Partition, Répression de l'état d'urgence ou montée du nationalisme Hindou, autant d'événements qui nous donnent à comprendre un peu de l'histoire de l'Inde moderne.

Enfin, le livre est émaillé, par petites touches sensibles, de très beaux portraits de femmes dans toute leur complexité. Soumises aux mâles désirs par une société patriarcale, elles ont bien peu de possibilités de s'affirmer…
C'est probablement dans ces portraits nuancés que le talent de Manil Suri prend toute sa dimension…


(Ancien commentaire remanié).


mots-clés : #psychologique #famille


Dernière édition par Armor le Mer 9 Aoû - 15:39, édité 3 fois
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Re: Manil SURI

Message par Armor le Lun 26 Déc - 21:42



La mort de Vishnou

En Inde, il y a des hommes qui vivent sur les paliers des immeubles. Une place qu'ils achètent au précédent bénéficiaire, sans omettre de verser quelques pots de vin afin que l'aubaine ne soit pas ébruitée. Ils y entassent leurs maigres possessions, et la nuit, y déroulent leur couverture.
Vishnou est l'un de ceux-là. Pour survivre, il effectue de menues tâches payées une misère pour le compte des habitants du palier. Vishnou est toléré, méprisé, et en même temps, on lui voue un très vague attachement, comme à un meuble encombrant qu'on est pourtant bien obligé de garder.

Mais aujourd'hui, le corps agonisant et souillé de Vishnou gît sur le palier, et cet événement va agir comme un révélateur, bouleversant la petite vie tranquille de l'immeuble. Une routine bien rodée que Manil Suri prend un plaisir évident à nous conter, faite des chamailleries incessantes et tellement prévisibles de mesdames Asrani et Pathak, des souvenirs attendris d'un veuf reclus ou encore des rendez-vous amoureux de Kavita, hindoue et fille des Pathak, et de Salim, le fils musulman de la famille Jalal. D'ailleurs, ces deux-là projettent une évasion que la demoiselle, férue de films bollywood, imagine en technicolor.
Tout se petit monde forme un microcosme bien représentatif de la société indienne, cohabitation de castes et religions sereine en apparence, mais qu'un rien peut embraser.

Vishnou se meurt, les deux amoureux s'évadent ; ces deux événements vont se télescoper, et d'un quiproquo imbécile naîtra le drame, aussi soudain que terrifiant.

De tout cela, pourtant, Vishnou se moque bien. Des bribes de réalité parviennent encore à son esprit, mais il préfère flotter dans les limbes de ses souvenirs, et se prendre pour l'ultime réincarnation de son dieu éponyme.
Peu à peu, dans un contraste saisissant, la réalité terre à terre du drame se jouant quelques marches plus haut se mêle au délire ésotérique du mourant.
Dans la religion hindoue, Vishnou est le protecteur de l'univers, celui qui en garantit l'équilibre ; lorsque celui-ci est menacé, il descend sur terre sous forme d'avatar. La symbolique des événements simultanés se déroulant dans l'immeuble, cette petite Inde en miniature, semble alors évidente, quoique certaines subtilités m'aient très certainement échappé.

Ce roman souffre peut-être d'une trame déjà vue et de quelques imperfections, mais n'en reste pas moins marquant, et exempt du côté "mélo" que d'aucuns ont pu reprocher à Mother India. Avec tendresse parfois, avec ironie souvent, il nous dépeint une société à l'équilibre précaire, où superstitions, jalousie et ségrégation règnent en maîtres. Situations dramatiques ou faussement cocasses _ Ah, les délires mystiques de Monsieur Jalal ! _ nous dépeignent au final une société égoïste, figée dans sa soumission aux dictats de l'origine, de la religion et des castes.

Alors, certes, Vishnou se meurt... Mais au fond, tout le monde s'en fout. Cette mort au milieu de tous et pourtant si solitaire n'est pour chacun que le prétexte à assouvir ses bas instincts ou ses envies personnelles, dans un scénario sordide où Kavita, qui sait, pourrait bien trouver l'occasion de son premier grand rôle…

(Ancien commentaire remanié)

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