Miguel Barnet

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Miguel Barnet

Message par Chamaco le Sam 3 Déc - 23:45

Miguel Barnet
(Né en 1940)



Né en 1940 à La Havane, cet écrivain (trés connu à Cuba) fut professeur de Folklore à l'école pour les instructeurs des Beaux Arts, il travailla aussi à l'Institut d'Ethologie. Il a publié de nombreux articles sur le folklore cubain et sur les racines africaines de la culture cubaine. Poète il a fait publier :"La piedra fina y el pavorreal" et "Isla de Guijes". Son ouvrage :"Biografia de un cimarron" l'a rendu célèbre. C'est en fait un temoignage recueilli du vivant d'un des esclaves protagoniste des révoltes contre l'esclavage dans cette île, il relate la participation d'Estaban Montejo (agé de 104 ans lorsque Barnet recueillit son temoignage) a la guerre d'Indépendance menée par les Mambises contre les espagnols à l'époque de Antonio Maceo et Maximo Gomez, ainsi qu'à la fin de l'esclavage a Cuba.
Pour ecrire "Biografia de un cimarron" Barnet proceda comme un ethnologue en realisant l'interview d'Esteban et en la transcrivant dans le recit rédigé à la première personne, celle du témoin principal, dans son ouvrage sont abordés entre autres les thèmes de la religion afro-cubaine, celle de la vie des esclaves dans leurs cases, ainsi que celle des révoltés (cimarrones) dans les montagnes de l'île; c'est un récit vrai, vécu de l'interieur par un homme fier luttant pour sa liberté...
Il est édité en français sous le titre "Esclave à Cuba" et peut être trouvé (avec un peu de chance) en bibliothèque.
Amicalement.

Bibliographie en français

La mémoire éclatée
Esclave à Cuba
Cuba métissage : le merveilleux dans le monde réel (avec Éric Lobo)










Dernière édition par Chamaco le Sam 10 Déc - 5:43, édité 3 fois
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Chamaco

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Re: Miguel Barnet

Message par Bédoulène le Sam 3 Déc - 23:53



Esclave à Cuba

Cette biographie d'un cimarron constitue un véritable documentaire d'époque en plus d'être un intéressant témoignage.

Esteban, donc un cimarron, nom donné aux esclaves africains fugitifs. Ce centenaire  témoigne de la vie des esclaves dans les plantations et les nombreuses raffineries (d'où l'appellation de Cuba la sucrière) leur dure exploitation par les "maîtres" et les contre-maîtres. Le son de la cloche qui rythmait leur journée et annonçait la nuit où ils devaient rester enfermés dans leur habitat les "barracons". Les punitions pour désobéissance ou quelle que soient les raisons invoquées sont cruelles : le fouet et le carcan. C’était une vie de casi  prisonnier.
Les esclaves qui arrivaient à s’enfuir se cachaient dans les bois et les grottes, ils devenaient  des « cimarrons ». Esteban a bien vécu sa période de fugitif car il est, de son aveu, individualiste et la Nature a su combler cette vie en solitaire. L’individualisme d’Esteban se confirme d’ailleurs tout au long de son récit par sa prudence et sa méfiance envers les autres, attitude qui a contribué à sa  longue vie. Comme il était habile, il volait les cochons dans les haciendas, la nature fournissait les fruits, le feu (avec l’amadou) l’eau et même les médicaments  (par exemple infusion de cuajani)

Dans ce chapitre le lecteur apprend beaucoup sur la faune et la végétation de la région de Siguanea. Esteban remarquera et regrettera  d’ailleurs plus tard que l’abattage des arbres au profit  des cultures de canne à sucre ait programmé la déforestation.
Quand Esteban apprit que les esclaves étaient libres, que c’était le gouverneur Martinez Campos qui avait aboli l’esclavage il sorti des bois et chercha du travail. Sa vie de fugitif était terminée. Tout en conservant son indépendance il se rendait parfois dans les lieux où l’on joue ; les jeux d’argent étaient très prisés, des Noirs, des Blancs et des Chinois.

S’il y avait une importante communauté Chinoise, considérée d’ailleurs par Esteban comme » les gens les plus éduqués », on reconnait parmi les Africains 2 ethnies principales les Lucumis et les Congos, distinction faite par leur pays de provenance et leur religion.
La sorcellerie était une pratique intégrante de la religion ; les Blancs même y recouraient parfois. Esteban était respectueux des vieux conteurs et de leurs conseils.  Son rapport avec la sorcellerie était plutôt celle d’un spectateur , toujours son esprit indépendant,  mais  il acceptait et croyait le plus souvent  ce qui lui était rapporté.

La religion Chrétienne était connue d’Esteban, il n’en ignorait pas les fondements mais il ne comprenait pas certaines obligations lors de fêtes.  Il portait un regard très lucide sur les curés notamment.
Esteban  est très perspicace, il semble bien connaître les hommes et la société ; la vie dans la grande ville de Havana ne lui  convient pas il préfère celle de la campagne.

Esteban s’engagea dans la guerre d’indépendance ; les chefs avaient réunis les Africains et leur avaient expliqué l’utilité de se battre pour conquérir l’Indépendance de Cuba.

« Les vieux qui conservaient  encore frais le souvenir de l’autre guerre* ont fait celle de l’Indépendance. Avec courage mais sans enthousiasme. »

Les jeunes eux se battirent avec vigueur, les Espagnols craignaient encore plus leur machette que les balles ou les bombes.
Esteban décrit les caractéristiques physiques et morales des différentes ethnies qui ont participé à la guerre. Il est très partial pour ceux de sa race, l’auteur avait prévenu le lecteur de ce trait de caractère dans l’introduction.
Esteban explique que nombreux étaient les bandits qui se sont battus pour l’indépendance, certains participaient financièrement ; les voleurs, assassins cotoyaient les ouvriers, Esteban louait certains chefs comme Maceo et José Marti « le plus pur » selon lui. Il fait preuve de beaucoup d’intelligence et de lucidité dans ses propos. Il dénonce aussi les agissements des chefs, notamment ceux qui se sont rendus aux Espagnols (Cayito par exemple)

L’armée des libérateurs Cubains fut victorieuse, mais c’est aux Américains que l’armée Espagnole se rendit. En effet, au prétexte de  protéger ses intérêts suite à des émeutes à la Havane et surtout suite à la destruction de leur cuirassé « Maine » les Américains intervinrent, les Cubains se retrouvèrent donc sous domination Américaine.

Esteban pour sa part assure que ce sont les Américains eux-mêmes qui ont détruit leur cuirassé pour avoir un prétexte plus décisif d’intervenir. Comme ils accusèrent les Espagnols de ce forfait, ce fait débouchera sur la guerre Hispano-américaine.
Malgré cette guerre d’Indépendance le sort des Cubains restait déplorable. Esteban termine ses confidences en  se proclamant prêt à participer aux grandes batailles à venir. Mais avec sa machette.

Le sort des esclaves m’a émue, la guerre d’indépendance est affligeante, d’une part à cause des drames générés, d’autre part parce que la victoire de l’armée Cubaine leur a été volée par les Américains.

A l’époque où l’auteur reçu les confidences d’Esteban la révolution Cubaine a eu lieu et Esteban a l’envie de tout raconter, parce qu’à présent il a le droit de parler.

« En passant dans un parc, j’ai vu qu’on avait perché Gomez sur un cheval de bronze. Je suis descendu encore un peu dans le même par cet j’ai vu qu’on avait mis Maceo sur un autre cheval de bronze. La seule différence, c’est que Gomez regardait vers le Nord et Maceo vers le peuple.
Cela, tout le monde doit le comprendre. C’est la clef même de notre histoire. Je passe mon temps à le répéter, car on ne peut cacher la vérité. Je peux mourir demain, je marcherai jusqu’au bout la tête haute. Mais si le ciel m’en laissait le temps, je raconterais tout. Car, autrefois, à l’époque où j’allais nu et sale dans les bois et où les soldats espgnols étaient propres comme des sous neufs et biena rmés, il fallait se tarie. Maintenant, non ! »



mots-clés : #esclavage #guerre #independance

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Re: Miguel Barnet

Message par Chamaco le Sam 3 Déc - 23:54

-----Bédoulène a parfaitement commenté le livre "esclave à Cuba" de Barnet, en refaire un résumé serait redondant et inutile, je n'y ajouterai donc que quelques petits détails.

édition originale en ma possession.

Lorsque Miguel Barnet rencontre Esteban Montejo en 1963, lui même a 23 ans est écrivain et ethnologue, pour lui c'est une aubaine de pouvoir recueillir les propos d'un temoin de l'histoire de son pays en pleine reconstruction. Esteban serait né en 1860 à Sagua la Grande, dans la province de Santa Clara que Che Guevara rendra célèbre par l'épisode de l'attaque du train blindé lors de la Revolution castriste.

L'intérêt du livre porte surtout sur le temoignage de la vie d'esclave par un des derniers esclaves vivant à l'époque, la description des rafineries de sucre, des logements d'esclaves, de leur vie (hommes et femmes) dans ces lieux, le rôle de la sorcellerie et des religions africaines. Et lors de sa fuite la vie d'un cimarron dans les grottes et les forêts. On y découvre un homme proche de la nature ce qui lui a permis de survivre, un homme plein de prudence et respectueux des autres.
J'ai bien aimé sa description des remèdes par les plantes, celle des oiseaux cubains dont certains ont disparu de nos jours.
Avec objectivité il aborde le sujet du contact des religions, il accepte la Santeria, croit à la sorcellerie et se méfie des curés. Ce qui m'a amusé c'est l'interêt qu'il porte à la nourriture lors des fêtes lucumis (Santeria), il decrit des légumes et des plats qui existent toujours de nos jours, ainsi les boniatos (dont on fait des frites ou des gâteaux), des malangas (dont on fait des beignets), des ignames, du riz aux haricots blancs et noirs (que l'on appelle moros y cristianos).
Un passage m'a interessé également, celui où il explique la grande présence d'insectes par la vengeance des premiers indiens de Cuba exterminés par les conquistadores, et celle de la lutte de leur chef Hatuey que la Revolution castriste a pris pour un des pères de la nation (on en a même fait une marque de bière)...

La Hatuey

Bien que maintenant brassée aux Etats-Unis, la bière Hatuey a ses racines à Cuba et a longtemps été populaire auprès de la population cubaine. Elle est encore en grande circulation à Cuba, où elle peut être trouvé dans les bars le long de la plage, ainsi que dans la ville. La bière Hatuey possède un goût moyennement corsé et sucré, ce qui la rend facile à boire et idéal pour profiter d’une journée ensoleillée.


Dernière édition par Chamaco le Dim 4 Déc - 0:00, édité 1 fois
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Re: Miguel Barnet

Message par Chamaco le Sam 3 Déc - 23:58

La guerre d'independance contre l'Espagne, images :



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Re: Miguel Barnet

Message par Chamaco le Mer 7 Déc - 0:39

Poème 1

Maintenant je quitte l'omnibus et son dernier visage
Il est tard mais il y a tant à faire
La chaleur envahit la ville



autour de moi les gens, le cri éveillé,
et les enfants avec leurs foulards au cou
dans un délicieux labeur

sur La Havane il y a beaucoup à dire
quand les portes du marché ouvrent
et que se voient les vendeurs
aux portails
avec un grand couteau à la ceinture
et les yeux jaunes

sur la havane les eglises barroques
dans leurs marches d’oranges à la Goya
et de fermes kilos de sueur sans éclat


a midi ses rues s’enfoncent sous la terre


et que monte par les grilles torsadées une vieille mélodie

le vieillard de la philarmonique tend son chapeau
défraichi aux dames
on devine l’arrivée de l’automne
cela peut être aussi triste
autant que cela peut être joyeux

la grande population sommeille
et se precipite
dans ce fracas
quand le jour n’est pas encore arrivé
nous pouvons contempler le ciel tranquillement

les lumières de la havane sont blanches la nuit
le malecón est propice à l’amour
et unie à Yemayà (déesse de la mer)
une barque s’éloigne lentement devant mes yeux


impossible de dormir dans le passage
c’est trop beau
et cette nostalgie est mienne
et les phantasmes de ma tenue
et les femmes avec des fruits dans les mains
et les larges hanches aux odeurs de mousses
et tout


plus que jamais la chaleur embrase
vrai Juvenal, que c’est bon de se rappeler
comment on a pu capturer un lézard rouge
une fois par bonheur ?
et se rappeler que dans cette même cité il y a peu d’années en arrière
nous étions un morceau de verre qui se brisait en été
ou une graine sèche.


peut être la plume d’un oiseau mort ?

A mes amis legitimes
ceux qui portent ma chemise
et à la maitresse de maison qui reçoit souriante.
au vendeur d’essences

je les aime plus que tout...


il fait chaud
et je me rappele du 8 Janvier
ou peut être du 6
quand j'ai vu pleurer le soldat aux moustaches grises


autant cela peut être triste
autant cela peut être joyeux...


(de la pierre fine et du paon)...

Mots-clés : #poésie
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