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Annie Ernaux

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Message par Tristram le Jeu 7 Mai - 17:47

La Place

Annie Ernaux - Page 4 La_pla10

« Une période blanche, sans pensées. »

« Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de "passionnant", ou d’"émouvant". Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée.
Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles. »
Dixit, donc pas grand-chose à ajouter.
Toute cette médiocrité vergogneuse, envieuse, soucieuse du qu'en-dira-t-on, n’est effectivement guère ragoûtante. On devine l’emportement d’un Flaubert contre cette Normandie-là.
« J’ai fini de mettre au jour l’héritage que j’ai dû déposer au seuil du monde bourgeois et cultivé quand j’y suis entrée. »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène le Jeu 7 Mai - 18:49

quel métier, situation de ses parents ?

c'est que le dernier extrait m'interpelle

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Message par Quasimodo le Jeu 7 Mai - 18:52

Ils ont été ouvriers avant de tenir un bar, si je me souviens bien.

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Message par Tristram le Jeu 7 Mai - 18:55

Oui : vacher, soldat, puis petit épicier avec l'usine à côté.

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Message par topocl le Ven 8 Mai - 8:49

tristram, c'est fini pour Annie Ernaux?

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Message par Bédoulène le Ven 8 Mai - 9:55

le livre me tente bien moins !

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Message par Quasimodo le Ven 8 Mai - 10:19

@Bédoulène a écrit:le livre me tente bien moins !
Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

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Message par Bédoulène le Ven 8 Mai - 10:36

d'une part le commentaire de Tristram et le dernier extrait, pourquoi ce livre ? mais j'ai peut-être tort !

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Message par Tristram le Ven 8 Mai - 12:19

Oh, il n'est pas si plat et blanc que ça, ce texte, Bédoulène (en plus c'est très court) ; ça pourrait te plaire.
On sent même l'auteure par endroits, comme lorsqu'elle évoque "Le sublime à l’usage des enfants pauvres" à l'école.
Topocl, je continue avec Les années, mais pas tout de suite !

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Message par topocl le Ven 8 Mai - 12:44

@Tristram a écrit:Topocl, je continue avec Les années, mais pas  tout de suite !

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Message par Bédoulène le Ven 8 Mai - 16:40

bon je tenterai donc,  merci Tristram !

en remontant Nadine dit : " Il y a une recherche sur la question du déclassement social qui est ténu, c'est ce qui bouleverse lorsqu'on le reconnait.

que j'ai lu "les armoires vides"


que topocl apprécie

donc de bonnes raisons de la lire


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Message par ArenSor le Ven 8 Mai - 18:25

@Tristram a écrit:  

« Une période blanche, sans pensées. »

« Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de "passionnant", ou d’"émouvant". Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée.
Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles. »


Parfois les écrivains disent des conneries en parlant de leur écriture, mais parfois pas. Là, c'est parfaitement défini : écriture neutre, détachée de toute fiction, autocentrée, c'est qu'on a eu coutume d'appeler l'auto-fiction.
On adhère ou pas.
Je ne suis pas particulièrement fan de cette tendance, mais je pense que c'est Annie Ernaux qui l'incarne le mieux.
Moi, je conseille les "Années", aux lecteurs un peu âgés, pour la simple raison qu'ils vont retrouver nombre de faits qu'ils ont vécus. Et dans le contexte d'écriture d'Annie Ernaux, ce n'est pas anecdotique Very Happy
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Message par Bédoulène le Ven 8 Mai - 18:40

merci pour le conseil Arensor ! Smile

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Message par Tristram le Jeu 14 Mai - 17:38

Les années

Annie Ernaux - Page 4 Images17

Ces années vont des quarante au début du XXIe. Revue de l’enfance et de l’adolescence, où je me suis largement retrouvé malgré le décalage ‒ et j’ai compris pourquoi ces évocations me déplaisent assez : c’est leur aspect terne, un peu sale, misérable, « gaucherie et honte » dans le souvenir (et nous revient par exemple la frappante image d’un rat crevé, pas les nombreux moments heureux avec des animaux de compagnie).
Aussi un rendu prosaïque des époques traversées, tant personnellement (ou familialement) que l’ensemble de la société, et sans infatuation a posteriori.
« Le progrès était l’horizon des existences. »

« Les parents affirmaient les jeunes en sauront plus que nous. »

« Les gens faisaient fond de plus belle, sur une existence meilleure grâce aux choses. »

« Pour nous, à qui il avait été prescrit durant l’enfance de sauver notre âme par de bonnes actions, en classe de philo de mettre en pratique l’impératif catégorique de Kant agis de telle sorte que ton action puisse s’ériger en maxime universelle, avec Marx et Sartre de changer le monde ‒ qui y avions cru en 68 ‒, il n’y avait aucune espérance là-dedans [les « nouveaux philosophes »]. »

« Le temps des enfants remplaçait le temps des morts [ceux de la seconde Guerre Mondiale]. »
Pour la dernière phrase, sinon le sens de la formule, au moins celui du raccourci !
« Les enfants n’avaient plus de vers et ils ne mouraient presque jamais. Les bébés-éprouvette naissaient couramment, les cœurs et les reins fatigués des vivants étaient remplacés par ceux des morts. Il fallait que la merde et la mort soient invisibles. On préférait ne pas parler des maladies nouvellement apparues qui n’avaient pas de remèdes. Celle au nom germanique, Alzheimer, qui hagardisait les vieux et leur faisait oublier les noms, les visages. L’autre, attrapée par la sodomie et les seringues, punition des homosexuels et des drogués, à la rigueur manque de chance de quelques transfusés. »

« La réélection de Mitterrand nous rendait à la tranquillité. Il valait mieux vivre sans rien attendre sous la gauche que s’énerver continuellement sous la droite. »
J’ai particulièrement apprécié l’observation de notre société au début du XXIe :
« L’anomie gagnait. La déréalisation du langage grandissait, comme un signe de distinction intellectuelle. Compétitivité, précarité, employabilité, flexibilité faisaient rage. On vivait dans des discours nettoyés. On les écoutait à peine, la télécommande avait raccourci la durée de l’ennui. »

« Les gens se fatiguaient du jour au lendemain. L’effusion alternait avec l’atonie, la protestation avec le consentement. Le mot « lutte » était démonétisé, comme un relent du marxisme désormais ridiculisé, « défense » désignait d’abord celle des consommateurs. »

« Nous étions débordés par le temps des choses. Un équilibre tenu longtemps entre leur attente et leur apparition, entre la privation et l’obtention, était rompu. La nouveauté ne suscitait plus de diatribe ni d’enthousiasme, elle ne hantait plus l’imaginaire. C’était le cadre normal de la vie. Le concept même de nouveau disparaîtrait peut-être, comme déjà presque celui de progrès, nous y étions condamnés. La possibilité illimitée de tout s’entrevoyait. Les cœurs, les foies, les reins, les yeux, la peau passaient des morts aux vivants, les ovules d’un utérus à l’autre et des femmes de soixante ans accouchaient. Le lifting arrêtait le temps sur les visages. »
Intéressante perspective sur la gestion de la mémoire dans la société actuelle :
« Le processus de mémoire et d’oubli était pris en charge par les médias. »

« Il n’y avait ni mémoire ni narration […]
Dans la vivacité des échanges, il n’y avait pas assez de patience pour les récits. »
Annie Ernaux a non seulement un point de vue féministe, mais féminin et sans fard, ce qui ne manque pas d’intérêt :
« Elle voudrait avoir le droit de mettre du rouge à lèvres, porter des bas et des talons hauts ‒ les socquettes lui font honte, elle les enlève hors de la maison ‒ afin de montrer qu’elle appartient à la catégorie des jeunes filles et qu’elle peut être suivie dans la rue. »

« À faire l’amour avec le même homme, les femmes avaient l’impression de redevenir vierges. »
Le procédé narratif d’Annie Ernaux est curieux, sans doute innovant, disruptif ; ainsi, là où l’on attendait un "nous déménageâmes" pour une expérience personnelle, surprend un :
« On partait. On s’installait dans une ville nouvelle à quarante kilomètres du périphérique. »
… et ainsi le singulier rejoint le générique d’une époque. Le choix des temps, généralement l’imparfait, donne aussi un rendu très particulier.
Étroitement tissée dans la société, l’expérience de son existence passée est exposée chronologiquement ; j’ai eu l’impression d’un rapport entre les deux, déroulement de son histoire et de l’Histoire, comparable à celui de l’ontogenèse avec la phylogenèse (développement de l'individu versus celui de l’espèce), en fait inséparables :
« Mais des phrases lui viennent souvent spontanément aux lèvres, que sa mère utilisait dans le même contexte, des expressions qu’elle n’a pas le souvenir d’avoir utilisées avant, « le temps est mou », « il m’a tenu le crachoir », « chacun son tour comme à confesse », etc. C’est comme si sa mère parlait par sa bouche et avec elle toute une lignée de gens. »

« À l’inverse de l’adolescence où elle avait la certitude de ne pas être la même d’une année, voire d’un mois, sur l’autre, tandis que le monde autour d’elle restait immuable, maintenant c’est elle qui se sent immobile dans un monde qui court. »

« Elle retrouve alors, dans une satisfaction profonde, quasi éblouissante ‒ que ne lui donne pas l’image, seule, du souvenir personnel ‒, une sorte de vaste sensation collective, dans laquelle sa conscience, tout son être est pris. »
Justement, vers la fin de cette non-fiction, Annie Ernaux expose sa démarche ‒ un projet aussi sociologique qu’autobiographique :
« Elle voudrait réunir ces multiples images d’elle, séparées, désaccordées, par le fil d’un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d’une génération. Au moment de commencer, elle achoppe toujours sur les mêmes problèmes : comment représenter à la fois le passage du temps historique, le changement des choses, des idées, des mœurs et l’intime de cette femme, faire coïncider la fresque de quarante-cinq années et la recherche d’un moi hors de l’Histoire, celui des moments suspendus dont elle faisait des poèmes à vingt ans, Solitude, etc. Son souci principal est le choix entre « je » et « elle ». Il y a dans le « je » trop de permanence, quelque chose de rétréci et d’étouffant, dans le « elle » trop d’extériorité, d’éloignement. »

« Ce que ce monde a imprimé en elle et ses contemporains, elle s’en servira pour reconstituer un temps commun, celui qui a glissé d’il y a si longtemps à aujourd’hui ‒ pour, en retrouvant la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle, rendre la dimension vécue de l’Histoire. »

« Aucun « je » dans ce qu’elle [l’auteure/ narratrice] voit comme une sorte d’autobiographie impersonnelle ‒ mais « on » et « nous » ‒ comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d’avant. »
Dans le prolongement de cette lecture, je suis vivement attiré par celle de L'atelier noir, son journal d'écriture :
« Je me suis servie de ce journal comme d’une sorte de document, d’archive de la conception et de l’écriture des Années, qui sont inscrites à l’intérieur même de ce livre. Je ne voulais pas inventer la gestation du texte mais m’appuyer sur la réalité et celle-ci était contenue dans le journal d’écriture, de 1983 à 2002. Je l’ai donc utilisé de façon très précise pour évoquer les étapes du projet, ses modifications successives jusqu’au livre que le lecteur est en train de lire. »
Annie Ernaux, Florilettres 128
Ce texte fait partie bien sûr de la grande famille des témoignages intimistes et déplorations sur le temps qui passe ‒ non sans style et originalité :
« Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l’histoire. »

Mots-clés : #autobiographie #social

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Message par ArenSor le Jeu 14 Mai - 18:47

@Tristram a écrit:
Dans le prolongement de cette lecture, je suis vivement attiré par celle de L'atelier noir, son journal d'écriture
Pas facile à se procurer, sauf prix délirants proposés par les margoulins de service... Very Happy
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Message par Bédoulène le Jeu 14 Mai - 20:11

merci Tristram ! j'y penserai !

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Message par Nadine le Lun 18 Mai - 17:04

C'est très intéressant ton retour, merci Tristam.

Moi j'ai vraiment été transportée, à la lire, avec Mémoire de fille.
Je suis frappée par ce que tu dis sur les évocations un peu nimbées de terne, sale etc.
C'est, pour le dire autrement, que c'est vrai qu'il y a un truc triste dans certains des livres que j'ai lu d'elle.Dans la vision transmise, ou sa posture. Je n'ai pas lu celui ou ceux qui parlent de ses passions amoureuses, qu'on donne pour un peu masochistes en leur ressassement mis en scène. Mais plutôt ceux liés à sa famille .
De ce que je comprends de son expérience de vie, ce terne est aussi une absence à elle même, latente et relative, qu'elle transmet en propre.

Dans Mémoire de fille, la perspective manquante de toute une part de son âge adulte est travaillée. En page 1 du fil j'en parlais,
Concrètement, elle revient sur les pas des faits vécus sur une courte période, et j'ai été très impressionnée par le fait qu'elle réussisse à nommer quelque chose de très indicible.C'est le dernier édité à ce jour, il me faudrais vérifier, mais l'écriture blanche n'y a pas dutout le même aspect. De mémoire et d'impression.
"Peu d'images des deux dernières semaines à la colonie. Sans doute à cause de la fixité et de la pauvreté de mon rêve qui n'a pas permis à la réalité de s'incruster dans la mémoire" avais je cité.
C'est un peu ça, donc, pauvreté du rêve, qui n'exclue pas dutout la flamboyance analytique.

C'est marrant, dans la vie elle a l'air d'être tout à fait solaire, enfin j'ai en tête son passage à Pivot et l'émission radio, elle a l'air très marrante.
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Message par Tristram le Lun 18 Mai - 17:16

Chouette de te revoir, Nadine ! Ce que je pensais, en matière d'"évocations un peu nimbées de terne, sale etc.", c'est que celle lecture m'a un peu explicité pourquoi pour moi (et semble-t-il pas dans le cas des "verts paradis" d'apparemment une majorité) il y a bien moins de souvenirs d'enfance solaires (pas scolaires, hein : en été, ces immenses étés qui ont malheureusement eu un fin) que de vagues vasouillages un peu glauques, en tout cas pas glorieux, plutôt misère quoi...
Je n'ai pas trouvé l'écriture "blanche" dans Les années...
En tout cas, merci de m'avoir ramentu de relire d'Ernaux !

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Message par Nadine le Lun 18 Mai - 19:04

Je suis très contente aussi de vous lire un peu)

Voilà tu as tout dis. En ce cas essaie Mémoire de fille.
L'indicible qu'elle dit c'est ce truc de vague vasouillage qui cette fois là est comme explicité, décodé phénoménologiquement : la conscience constante, en situation, qui assimile sans traiter et qui pourtant réagit, s'adapte. Ce livre parle d'un déflorage, mais il est bien evident que ce n'est pas dutout ça l'important, ce sont les effets de conscience, de perspectives, de causalités, que tout adolescent qui met ses premiers pas hors de sa gangue peut vivre. C'est génial de se rappeler de trucs vécus mais non traités, de ses absences, comme un film vu, qui marque, auquel on ne réfère jamais ou en décalant. je n'avais jamais lu de ma vie un texte qui fasse passer ces trous pleins de savoir.

Bédoulène, il faut que tu essaies, oui. les extraits ne donnent pas ce qu'on y reçoit. Ils sont biens, mais c'est autrement que ça passe, les trucs. C'est pas intello en plus, c'est pas "je fais du style décalqué des passions", c'est du sensoriel de ... disons de "sommeil qui tarde, avec vue sur la peinture au plomb, vert d'eau, ou pourquoi pas vieux-rose, dans l'obscurité d'un soir d'été, qui s'étire, comme un martinet qui siffle." (Bon, disons que c'est ça pour moi ! seulement)
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Message par Bédoulène le Lun 18 Mai - 21:09

d'accord Nadine ! je veux bien entendre sifflet le martinet Smile

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