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Robert Brasillach

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Message par ArenSor Lun 10 Juil - 19:06

Robert Brasillach
1909-1945

Robert Brasillach Brasil10

Robert Brasillach est un écrivain, journaliste et critique de cinéma français.
Ancien élève du lycée de Sens où il a pour professeur Gabriel Marcel, Robert Brasillach est, après trois ans de classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand, admis à l'École normale supérieure en 1928, période qu'il décrira longuement dans les premiers chapitres de Notre avant-guerre, livre de mémoire écrit en 1939-1940.
Il assura une chronique littéraire dans le quotidien L'Action française et dans L'Étudiant français durant la première moitié des années 1930.
Auteur de l'entre-deux guerres et de la Seconde Guerre mondiale, il fut, de 1937 à 1943 rédacteur en chef de l'hebdomadaire Je suis partout, dans lequel il laissa transparaître sa haine des Juifs, du Front populaire, de la République, et, sous l'Occupation, son admiration du IIIe Reich.
La violence de ces attaques conduira à son arrestation à la fin de la guerre et il sera emprisonné à Fresnes ou il attendra son procès et sa condamnation à mort en dépit d'une demande de grâce signé par Mauriac, Malraux, Camus... mais celle-ci sera refusée par le Général De Gaulle.
Il est fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.
(d'après Wikipédia)

Bibliographie sélective :

Présence de Virgile, 1931
Le Voleur d'étincelles, 1932
Le Procès de Jeanne d'Arc, 1932
L'Enfant de la nuit, roman, 1934
Portraits. Barrès, Proust, Maurras, Colette, Giraudoux, Morand, Cocteau, Malraux, etc., 1935
Histoire du cinéma, 1935 (en collaboration avec son beau-frère Maurice Bardèche)
Le Marchand d'oiseaux, 1936
Animateurs de théâtre, 1936
Les Cadets de l'Alcazar, 1936
Léon Degrelle et l'avenir de « Rex », 1936
Comme le temps passe..., 1937
Pierre Corneille, 1938
Les Sept Couleurs, 1939
Histoire de la guerre d’Espagne (avec Maurice Bardèche), 1939
Le Siège de l'Alcazar (avec Henri Massis), 1939
Notre avant-guerre, 1941
La Conquérante, 1943
Poèmes, 1944
Les Quatre Jeudis, 1944

Publications posthumes
Poèmes de Fresnes, 1945
Lettre à un soldat de la classe 60, 1946
Les Frères ennemis, 1946
Chénier, La Pensée française, 1947
Morceaux choisis, 1949
Anthologie de la poésie grecque, 1950
Lettres écrites en prison, 1952
Six heures à perdre, 1953
Bérénice, théâtre (drame), 1954
Journal d'un homme occupé, 1955
Poètes oubliés, 1961
Domrémy, 1961
Commentaire sur La Varende, 1962
En marge de Daphnis et Chloé, 1963
Nouvelle prière sur l'Acropole, 1963
Écrit à Fresnes, 1967
Une génération dans l'orage, 1968
Vingt lettres de Robert Brasillach, 1970
Abel Bonnard, 1971
Les Captifs, roman inachevé, 1974
Le Paris de Balzac, 1984
Hugo et le snobisme révolutionnaire, 1985
Montherlant entre les hommes et les femmes, 1985
Fulgur, roman collectif, 1992
La Question juive, articles de Brasillach et Cousteau, 1999
Relectures Robert Brasillach, 2002
Son beau-frère Maurice Bardèche assura la direction de publication, au Club de l'Honnête Homme, des Œuvres complètes (expurgées) en 12 tomes, de 1963 à 1966.





Robert Brasillach fait partie de ces écrivains dont la réputation a été entachée par leur comportement pendant la seconde guerre mondiale. Drieu la Rochelle, Rebatet, Céline, dans une moindre mesure quelques autres : Chardonne, Morand, Jouhandeau, ont subi le même sort. Certains de ces auteurs peuvent être considérés comme plus coupables que d’autres dans la mesure où ils ont participé activement par leurs écrits à diffuser des messages de sympathie pour l’occupant nazi, un antisémitisme virulent et des appels aux meurtres. Céline a publié des pamphlets, Drieu-la-Rochelle a dirigé la NRF, Brasillach et Rebatet ont écrit dans « Je suis partout », l’un des journaux les plus antisémite et collaborationniste de ces années là. Deux paieront de leur vie cet engagement, Drieu se suicide, Brasillach est fusillé ; les autres, jugés plus tardivement échappent au peloton d’exécution.
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Message par ArenSor Lun 10 Juil - 19:21

Une génération dans l’orage

Robert Brasillach Brasil11

Cet ouvrage comporte deux livres : « Notre avant-guerre » écrit en 1939-1940 et publié l’année suivante, « Journal d’un homme occupé » constitué de récits divers et d’extraits d’articles parus dans « Je suis partout », mis en ordre et publié après la mort de Brasillach par son beau-frère Maurice Bardèche.

Notre avant-guerre est une évocation du Paris des années 20 et 30 vu par Brasillach. Le récit commence avec l’entrée à Louis-le-Grand, l’exposition des arts décoratifs de 25, la découverte de la littérature, du cinéma muet, des théâtres. Il se poursuit par les premières expériences journalistiques et se termine par les voyages dans l’Espagne en guerre et en Allemagne lors du congrès de Nuremberg de 37.

Brasillach excelle dans un univers proustien, décrivant avec émotion et mélancolie un temps qui ne reviendra pas. L’extrait suivant en donne toute l’ambiance :

« Le soir de « Comme ci ou comme ça » ou le soir d’ « Hamlet », moins encore, d’une pièce oubliée, triste et énervée, qui peut dire ce qu’il est devenu dans notre symbolique personnelle ? C’était un soir de l’avant-guerre, un de ces soirs comme il n’y en aura plus, et on aura de la peine à savoir ce que de pareilles minutes pouvaient représenter pour nous, qui avions dix-sept ans, ce printemps parfumé, ces féeries envoûtantes, ces voix blanches et alternées. C’était un soir de l’avant-guerre, où l’on croyait encore à tant de choses, et à la jeunesse éternelle, et au goût de miel des tilleuls sur Paris. »

Le style de Brasillach peut être qualifié de « vieille France », ce qui n’est pas pour moi péjoratif, bien au contraire. Des phrases amples, admirablement construites, sans scories. La plume nous accompagne avec fluidité, sans aucune lassitude, dans un récit de 300 pages. Brasillach est sans conteste un bon écrivain, plaisant à lire.

Que peut-on en déduire de la personnalité de l’auteur ?  A Paris, à Louis-le-Grand et à l’ENS, Brasillach baigne dans un univers culturel marqué bien à droite, celui de l’Action française qui a beaucoup d’audience dans la 1ère moitié du 20e siècle. Ses compagnons se nomment Maurice Bardèche, qui deviendra son gendre, Thierry Maulnier, Georges Blond, et quelques autres,  il y a tout de même quelques exceptions comme Roger Vailland mais qui n’apparait que fugitivement. Brasillach va être amené à fréquenter Bainville, Gaxotte et celui qu’il considère comme le plus grand penseur politique de l’époque, Charles Maurras. Il est intéressant de voir les principes qui unissent tous ces personnages : anti bourgeoisie, culte de la jeunesse, de la nature, de la virilité, mépris sinon haine pour la démocratie. Tout cela s’enchaîne avec des gouvernements jugés corrompus et de compromis, qui amènent aux journées anti parlementaires de 1934, premier point de fracture. C’est à cette date par exemple que Rebatet renie l’Action française qu’il juge trop molle pour promouvoir un «fascisme à la française ». L’attitude de Brasillach semble plus nuancée, il gardera jusque 1940 (et peut-être au-delà) une grande admiration pour Maurras. La seconde rupture a lieu en 1936 avec le Front populaire, vécu comme une victoire du marxisme entraînant la pagaille, puis ce sera Munich et la guerre. Curieusement, Brasillach semble un peu en retrait de ces événements qu’il juge avec un certain détachement et une bonne dose d’ironie.

Le Journal d’un homme occupé
vaut surtout pour la description de la drôle de guerre et des manœuvres absurdes des régiments en mai et juin 1940. Brasillach narre également ses conditions de vie comme prisonnier dans un stalag.En revanche, les extraits de « Je suis partout » ont été choisis pour leur qualité littéraire et leur côté politique acceptable. Vous n’y trouverez pas la phrase terrible : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits. »

Comment un individu cultivé, fin, sensible, doté d’une solide culture humanisme, d’humour et d’auto dérision, a-t-il pu en arriver à proférer de pareilles horreurs ? Il y a là une folle course vers l’abîme qui part d’une volonté de régime fort, à la fois social et national, qui passe par les hommages au Maréchal, sauveur de la France, à la collaboration et la situation se raidissant, se range définitivement au côté d’une Allemagne garante d’une grande Europe, ultime rempart contre la menace bolchevique.

Un point m’a frappé tout de même dans ces récits : la notion d’un « génie français » qui parcourt toute l’histoire de France à travers un certain nombre de réalisations et de figures tutélaires qu’elles soient politiques, littéraires ou artistiques. Il y a là une construction intellectuelle et morale qui se sent menacée par certaines catégories de la population : les Juifs, les Bolcheviques, pire les Juifs bolcheviques ! Tout cela protégé par un régime parlementaire corrompu, expert en alliances de partis et en compromis.

Alors pourquoi lire Brasillach aujourd’hui ? D’abord pour le plaisir du style, ce qui n’est pas rien ; ensuite pour une évocation sensible de certains milieux culturels de l’entre deux-guerres, de cette génération quelque peu sacrifiée ; enfin pour tenter de comprendre, encore et toujours ; même si c’est impossible ; en tout cas, « Une génération dans l’orage » offre quelques clefs.

Pour conclusion, on a souvent cité le général de Gaulle qui a refusé la grâce à Brasillach et qui a écrit : « Dans les Lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité ». Je suis assez en accord avec cette opinion.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #journal
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Message par Tristram Lun 10 Juil - 21:37

L'audience, en tout cas, engendre des obligations...

« La guerre, disait de Sur, cela ressemble un peu à un édit qui livrerait un condamné à mort à des médecins. On fera sur lui des expériences utiles. S’il en réchappe il aura la vie sauve. »
Robert Brasillach, « Comme le temps passe », Cinquième épisode, « Le grand voyage »


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Message par Bédoulène Lun 10 Juil - 22:16

Arensor je viens de croiser ces idées, Maurras et d'autres dans ma lecture de Bernanos (les cimetières sous la lune) ; les réflexions faites à propos des Juifs m'ont fait pensé qu'il était lui aussi antisémite. Les mêmes propos sur les démocraties, la jeunesse ........ même journal !

Michel Laval a écrit une biographie sur Brasillach (ayant lu avec Shanidar, celle de Koestler, je pense qu' elle doit être intéressante)

merci pour ton commentaire !

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Message par ArenSor Mer 12 Juil - 19:16

Bédoulène a écrit:Arensor je viens de croiser ces idées, Maurras et d'autres dans ma lecture de Bernanos (les cimetières sous la lune) ; les réflexions faites à propos des Juifs m'ont fait pensé qu'il était lui aussi antisémite. Les mêmes propos sur les démocraties, la jeunesse ........ même journal !

Michel Laval a écrit une biographie sur Brasillach (ayant lu avec Shanidar, celle de Koestler, je pense qu' elle doit être intéressante)

merci pour ton commentaire !

Brasillach parle justement de Bernanos, un peu comme un traite et une personne qui a perdu la tête ! Preuve que dans une même communauté d'esprit les choix peuvent être différents, voire opposés. J'ignore si Bernanos était antisémite mais le personnage me plait, farouchement antifasciste durant la guerre, protestant contre les excès de l'épuration, refusant un poste au gouvernement, une place à l'Académie... C'est un auteur que je connais mal, lacune qu'il va me falloir combler Smile
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Message par Nadine Mer 12 Juil - 20:07

J ai entendu ce dont tu parles en presentation, Arensor, lors de mes cours en lettres modernes, magistraux, les seuls en amphithéâtre, ce contexte me les rend encore plus vifs, j ai d'ailleurs encore toute la fresque historique des mouvements littéraires en leur contemporanéité que notre professeur nous transmettait, dans un cahier .
J ai toujours eue le projet d'un jour y revenir.

Les 40 ans et leurs fétus sont une bien belle période, ils nous forcent à entendre les choses encore à faire pour se rester fidèle en sa curiosité et ses lacunes.
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Message par Pinky Sam 16 Mar - 14:47

Notre avant-guerre

Robert Brasillach Notre-10

Le livre court de l'arrivée de Brasillach à Louis le Grand à Paris pour préparer Normale Sup en 1925 jusqu'à la mobilisation en 1939 avec un petite postface rédigée en Alsace en 1940.  Il mêle souvenirs d'étudiants, vie culturelle parisienne, théâtre (les Pitoeff, Giraudoux entre autres), débuts du cinéma (René Clair, John Ford...), création artistique et réflexions politiques dans le sillage de Maurras. Cette actualité à chaud de ce que fut cette entre deux guerres qu'il nomme Notre avant-guerre restitue tout un parcours idéologique contrasté : profond pacifisme et fascination pour les dictatures militaristes, ouverture intellectuelle et obsession anti juive, anti communiste ou socialiste. Un personnage complexe mais qui restera fidèle à ses convictions d'extrême droite.

"Enfin, ces années-là (début des années 1930) furent les dernières où l'on put se promener au quartier juif, rue Brise-Miche, rue du Roi de Sicile, rue de Venise, les plus sales et les plus étroites rues de Paris, aujourd'hui détruites. La beauté lépreuse et balzacienne de ces vieilles maisons noires, de ces renfoncements hideux, nous évoquait le Paris médiéval, et puis soudain, nous nous apercevions que les ghettos de l'Europe Centrale avaient déversé là leurs Juifs à chapeaux de fourrure, leur crasse, leurs patois, leurs commerces, leurs boucheries Kasher, leurs restaurants à quarante sous, pour un rapide décrassage avant les ghettos luxueux de l'avenue du Bois et de Passy. Ainsi s'approfondissait l'envoûtement de Paris, à quoi ceux qui l'ont connu à dix-huit ans n'échapperont jamais."

"La littérature continuait, on se lançait dans les romans-fleuve; On se souvient des Hauts Ponts de Lacretelle, Les Hommes de Bonne volonté de Jules Romains coulent encore. Louis-Ferdinand Céline avait inventé en 1932 une sorte d'épopée de la catastrophe et de l'injure avec Le Voyage au bout de la nuit. M. Gide devenu communiste levait le poing dans les meetings et faisait savoir qu'il donnerait volontiers sa vie pour l'URSS. Montherlant publiait Les Célibataires. Mauriac entrait à l'Académie. Je le rencontrais parfois au théâtre, chez des gens. Au théâtre, je rencontrais aussi Colette, je la regardais, de ses vifs et longs yeux de myope qui voit tout, du plus exact regard qui se soit jamais posé sur les choses terrestres et charnelles."

Le Front Populaire déchaîne Brasillach : anti communisme, anti féminisme et anti Juifs
A la suite d'une campagne de presse, le ministre de l'Intérieur, Roger Salengro, sans raison apparente, se suicidait. On donnait son nom à des rues, on baptisait Karl Marx des groupes scolaires, on créait des stades Lénine, des squares Marty ou Barbusse. Pour flatter le féminisme, Léon Blum avait pris dans son cabinet des femmes : une grosse Juive autoritaire, Mme Brunschwig, une petite institutrice maigre et chafouine. On les chansonna beaucoup. Avec un idiot à frange de cheveux, les photographies du ministère alignaient sur les marches d'escalier d'inoubliables bobines.
"

"Je suis partout publia en avril 1938 un numéro spécial sur les Juifs dans le monde, un second numéro en février 1939 sur les Juifs en France, masse de documents rassemblés par Lucien Rebatet et tentative d'un statut des Juifs raisonnable. Ce fut un gros succès, mais un beau tollé aussi. En même temps, l'antisémitisme instinctif trouvait son prophète dans Louis-Ferdinand Céline, l'auteur du Voyage au bout de la nuit qui lançait avec Bagatelle pour un massacre, un livre torrentiel d'une férocité joyeuse, excessif bien entendu, mais d'une verve grandiose. Pas de raisonnement là-dedans, seulement "la révolte des indigènes". Le triomphe fut prodigieux."

Le goût de la plaisanterie, de l'anticonformisme aboutit à des manifestations antinomiques par pur plaisir de choquer :
« Nous nous sommes beaucoup amusés, nous avons beaucoup travaillé, nous avons monté quelques farces, nous nous sommes attiré des haines solides, à droite comme à gauche. C’est que nous n’étions ni des conservateurs ni des marxistes. Au mois de mai 1938, lorsque les communistes défilèrent au Père-Lachaise en l'honneur des morts de la Commune, d’une part nous publiâmes la liste des « morts de la Révolution nationale » depuis la guerre, de Philippe Daudet au petit Gignoux, et de l’autre nous allâmes au Mur des Fédérés porter une couronne « aux premières victimes du régime ». Et nous tenions aussi avant tout pour des victimes du régime, les ouvriers marxistes de Clichy tombés sous les balles de la police du Front Populaire, lors d’une grève. »

La fascination pour les fascismes

Le voyage en Belgique : de Rex et du rexisme au romantisme des fascismes :
« Et dans la nuit, tandis que l’auto rapide nous ramène  Bruxelles, il continue alors de parler, pour moi, pour lui Je ne vois pas son visage. J’entends seulement la voix dans l’ombre. Je ne sais pas à ce moment-là, ce que sera le rexisme, je ne sais pas ce que sera Léon Degrelle : tout est possible dans l’univers, même l’échec après la victoire. Mais je sais que je ne pourrai jamais oublier  cette promenade dans la nuit, et ces mots magiques qui montaient d’une jeune homme mis en présence de son destin. Il n’est pas d’animateur, j’en suis sûr, sans une profonde poésie. Lorsqu’il parle aux Italiens de la terre natale et d’au-delà des mers, Mussolini est un grand poète, de la lignée de ceux de sa race. Il évoque la Rome immortelle, les galères sur le Mare nostrum,  et poète aussi, poète allemand, cet Hitler qui invente  des nuits de Walpurgie et des fêtes de mai, qui mêle  dans ses chansons le romantisme cyclopéen et le romantisme du myosotis, la forêt de Venusberg, les jeunes filles aux myrtilles  fiancées à un lieutenant   des sections d’assaut, les camarades tombés  à Munich devant la Feldherrenhalle ; et poète  le Codreanu des Roumains, avec sa légion de l’archange Michel. .Il n’est pas de politique  qui ne comporte sa part d’images, il n’y a pas de politique qui ne soit pas visible. »

La guerre d’Espagne et la détestation de Bernanos
« Des catholiques égarés, Georges Bernanos, Jacques Maritain prenaient le parti de ceux qui avaient exposé sur les marches des églises  des carmélites déterrées, tué seize mille prêtres, dix évêques.
Je rencontrai un jour Georges Bernanos chassé de Majorque où il avait fixé sa tente d’errant. Ce gros homme chevelu, pendant une heure,  ressassa ses griefs devant moi, répéta sans arrêt les mêmes phrases fuligineuses  , hochant sa tête de vieux lion intoxique, et  tournant en rond, attelé à ses marottes. Il allait publier un livre  contre l’Espagne, puis, à la veille de la guerre de 1039, un livre contre la jeunesse française, tous deux incitations au désespoir. Cette rencontre m’éberlua, et je me persuadai  avoir vu un fou. »

La rencontre vécue et personnelle avec l’Allemagne nazie et Hitler
«En 1937, nous nous mîmes en tête d’aller au Congrès de Nuremberg […] Nous nous sommes fort amusés. […]
C’est la nuit. Le stade immense  est à peine éclairé de quelques projecteurs qui laissent deviner les bataillons massifs et immobiles des S.A. vêtus de brun.  Entre leurs rangs des espaces sont ménagés. L’un d’eux plus large que les autres, forme une sorte d’avenue, qui mène à l’entrée du stade à la tribune où passera le Führer. Il est très exactement  huit heures, quand celui-ci entre, et suivi de son état-major, gagne sa place, sous la rafale des acclamations de la foule. Ceux qui crient le plus fort sont les Autrichiens. Nous les retrouverons à toutes les parades , avec leur appel rythmé :
- L’Autriche salue son Führer !
Les Bavarois sourient , lorgnent les tribunes diplomatiques, applaudissent.
A l’instant  précis où il franchissait  le stade, mille projecteurs, tout autour de l’enceinte, se sont allumés, braqués verticalement sur le ciel. Ce sont mille piliers bleus qui l’entourent désormais mais, comme une cage mystérieuse. On les verra briller toute la nuit de la campagne, ils désignent le lieu sacré du mystère national, et les ordonnateurs ont donné à cette stupéfiante féérie le nom de Licht-dom, la cathédrale de lumière. »

« On ne veut pas faire de romantisme. Pourtant devant l’homme au regard lointain, qui est un dieu pour son pays, comment ne pas songer que dans une aube de juin, il est descendu du ciel, tel l’archange de la mort, pour supprimer par devoir quelques-uns de ses plus vieux compagnons. Et sans doute, on est bien libre de voir, dans le 30 juin, une révolution de palais. Mais c’est aussi autre chose. Car cet homme a sacrifié à ce qu’il jugeait son devoir, et sa paix personnelle, et l’amitié, et il sacrifierait tout le bonheur humain, le sien et celui de son peuple par-dessus le marché,  si le mystérieux devoir auquel il obéit le lui commandait. On ne juge pas Hitler comme un chef d’État ordinaire. Il est aussi un réformateur, il est appelé à une mission qu’il croit divine , et ses yeux nous disent qu’il en supporte le poids terrible. »


Été 39, le voyage en caravane jusqu’à Gibraltar,
épopée de tourisme expérimental et parcours de l’Espagne franquiste admirée après sa victoire contre les Républicains
«
Dans l’espoir de trouver des cornes de gazelle, nous avions été la veille à la Foire de Paris. Il n’y avait pas de cabr-zel mais on nous donna des prospectus pour les roulottes de camping. Et tout le mal vint de là.
« Le caravaning est une marotte si économique que la plupart des motoristes deviennent des caravaneurs enthousiastes ». Je ne dis pas que cette phrase d’un français sublime ait été notre raison essentielle de partir pour l’Espagne en roulotte, mais il est certain que nous ne pouvions rester insensibles à la poésie qu’elle dégage. »

Le retour :
Ainsi finissait la chevauchée. Pendant un mois sous le ciel espagnol, nous avions suivi le Chemin de Saint-Jacques, voie lactée qui menait jadis les pèlerins. Autour de nous la fièvre européenne montait. De temps en temps nous jetions un coup d’œil sur un journal, qui nous apprenait que la situation était toujours tendue à Dantzig. Mais nous revenions, par la force des choses, au ciel espagnol à notre marche sans arrêt, à nos repas dans les fossés, à notre confrontation avec le petit peuple courageux et gracieux. Rien ne gâcha nos dernières journées de la paix. […] Le 1er septembre, Je suis partout privé des trois quarts de ses collaborateurs, paraissait avec la manchette : « Vive la France ! A bas la guerre ! » Quelques heures plus tard la Pologne était envahie, la mobilisation générale décrétée.
Notre avant-guerre était finie »
Le livre proprement dit se termine là. Il est suivi d’une petite postface rédigée le 6 février 1940 (An VII) soit début de l’année VII après l’année I du 6 février 1934.
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Message par Bédoulène Sam 16 Mar - 15:27

cela me parait instructif et à la fois terrible.

mais c'est tentant.

merci Pinky pour ce commentaire argumenté

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Message par Pinky Sam 16 Mar - 15:31

Oui c'est terrible car ils sont aussi sympas ces jeunes gens mais plus qu'inquiétants quand on connaît la suite.
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Message par Tristram Sam 16 Mar - 15:55

Tout cela paraît fort instructif (ainsi la dimension poétique des grands dictateurs du XXe m'avait jusque là échappé). Intéressante aussi la vision religieuse, sacrée, de ces nouvelles valeurs.

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Message par ArenSor Sam 16 Mar - 17:24

Pour faire suite à la réflexion de Tristram et à la citation de Brasillach parlant de Hitler comme un archange descendu sur terre pour semer la mort, il y a, je pense, une claire allusion au film de Reni Riefenstahl "Triomphe de la volonté" consacré au congrès de Nuremberg en 1934. Le film (sorti en 1935) débute sur cette métaphore de Hitler arrivant en avion et atterrissant telle une divinité venue du ciel au lieu de rassemblement. Grand amateur de cinéma, Brasillach connaissait forcément ce film.
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Message par Tristram Sam 16 Mar - 17:30

Merci, tout s'explique : le salut descend du ciel.

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Message par Pinky Dim 17 Mar - 8:26

Oui intéressant la relation au cinéma car en effet Brasillach rédigeait même des critiques cinématographiques. Je n'ai jamais vu le film. Est-il possible de se le procurer ?
Pinky
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